Un sans faute pour la première journée du Pukkelpop. La barre à atteindre est déjà haute mais, au vu de l’affiche de cette seconde journée, nul doute qu’on ne risque pas de s’emmerder. Ce sont surtout les choix cornéliens à opérer qui risquent de faire très, très mal. Un peu comme le prix de la chope ou la bête bouteille d’eau de 25 cl (2,5€, soit 100 balles, pour les nostalgiques du franc belge). Et, vu la température, ce ne sont pas les préposés aux bars qui risquent de s’ennuyer.
Excité comme une puce à la perspective de cette deuxième journée de festival, j’investis les lieux dès 11h55 pour la prestation, tout en douceur, des Villagers. Un réveil délicat sous le Château, déjà bien rempli et bien moite. Exit les gradins qui ornaient les contours du petit chapiteau. Si tu veux faire la feignasse, c’est par terre qu’il faudra s’asseoir. Mais revenons-en à nos moutons irlandais. Les Villagers se sont offert une belle nomination au Mercury Prize cette année pour « Becoming A Jackal », un premier disque dont la transposition live ne manque pas de charme.
Contrairement à Jack Parow, rappeur sud-africain et proche collaborateur de Die Antwoord, qui s’agite sous le Dance Hall. Le rigolo ne fait pas dans la dentelle. C’est un peu grotesque. Il faut un léger temps d’adaptation pour encaisser son rap en Afrikaans et lorsqu’il interprète des textes en anglais, son accent est à couper au couteau. Mais le gars sait comment remuer une foule qui vient à peine d’avaler son petit déjeuner.
Quelques minutes plus tard, retour au chapiteau, où Harlem dépoussière le grunge. Ca passe comme du petit lait. Le trio d’Austin n’a pas l’air d’avoir attrapé la grosse tête malgré le buzz gonflant autour de lui. Les morceaux extraits de « Hippies » sont de parfaites machine à secouer. Suffit de voir la formation et le public se démener sur « Gay Human Bones », « Spray Paint » ou « Faces » pour clore le débat.
Et ça déménage aussi sous le Marquee, où Matt & Kim prennent leurs quartiers en débarquant sur un beat hip-hop. Habillés. Hélas. Le duo est survitaminé, aux limites de l’hyperactivité. Plus particulièrement Kim qui, lorsqu’elle ne tape pas sur ses fûts comme un animal, les chevauchent en sollicitant les hurlements de la foule. Entre deux morceaux, Matt lance une vingtaine de ballons et laisse le soin aux membres de l’assistance de les gonfler. Le résultat est moins impressionnant que la veille, lors du set des Flaming Lips, mais tout aussi coloré et distrayant. Matt & Kim bonifient leurs morceaux sur scène et sont, à mon humble avis, l’une des meilleures surprises de cette édition.
Je quitte le Marquee, juste à temps pour assister aux derniers morceaux du concert d’Ou Est Le Swimming Pool. Mais vu le drame qui s’est déroulé en coulisse après le show des Anglais, je me la jouerai consensuel, en évitant d’évoquer mes impressions peu positives sur ce qui s’est avéré être la dernière apparition de la formation (NDR : tout au moins sous ce line up…)
Ce qui se passe sous le Château est autrement plus joyeux. Fanfarlo, le petit groupe folk qui monte, y présente sa première œuvre, « Reservoir ». Le set est gentil, frais, pas forcément inattendu mais presque aussi efficace qu’un Arcade Fire.
15h15, Dance Hall. We Have Band ne rameute pas grand monde et ce n’est pas le son qui va arranger les bidons. Le trio, tout de blanc vêtu, galère grave en début de parcours. La jolie Dede W-P dissimule péniblement sa frustration. Ce n’est qu’en milieu de show que les baffles se mettent enfin à balancer une purée un peu plus digeste. Juste à temps pour les imparables « Oh! », « Honeytrap » et « Time After Time ». C’est déjà ça de pris.
S’ensuit, pour votre serviteur, une petite pause. Et deux putains d’erreurs de parcours. Première de la liste, une confusion entre le Club et le Château, qui me vaut de manquer le concert d’Avi Buffalo. La deuxième, un manque d’info, qui me coûte celui d’Eels, ce dernier ayant interverti son slot avec celui de Limp Bizkit. Une belle frustration, aggravée par le déchirement que provoquent mes sentiments amoureux pour Foals, la tendresse que je porte aux Local Natives et mon envie de balancer mon arrière-train sous les ordres de Major Lazer. Tous trois jouant au même moment, of course. Mais l’amour est plus fort que tout et c’est sur Foals que je jette mon dévolu. Quitte à les voir reproduire le même show mi-figue mi-raisin délivré lors de l’édition 2008 du Pukkelpop. Mais, mec, « Total Life Forever », c’est une bombe. Rien de moins. Et ça fait plaisir de voir Yannis débarquer sur les planches du Marquee, sans tirer la gueule. Le public est chaud comme la braise ; et dès les premières notes de « Total Life Forever », c’est l’effervescence. Ca pogote sec et ce n’est pas « Cassius », « After Glow », « Two Step Twice », l’élégiaque « Spanish Sahara » ou l’estival « Miami » qui vont calmer les esprits. Résultats des courses, un beau point de côté et un bon paquet de ticket-boissons consommé en moins d’une heure.
Bon, dans le cul pour Eels, manifestement... Mais ce qui semble être une très maigre consolation va finalement s’avérer une séquence plutôt jouissive. Les clowns néo-métal de Limp Bizkit entrent dans l’arène principale aux environs de 19h. Oui, je l’avoue, j’ai été, lors de ma post-adolescence, un grand fan des Californiens. Et cet intérêt, que je pensais mort et enterré, s’est soudain réveillé d’un coup, d’un seul. Fred Durst, qui soufflait ce jour-là ses 40 bougies, débarque sur les planches, flanqué de ses partenaires et, surtout, de l’indispensable Wes Borland, intégralement peinturluré en noir comme à la grande époque. « My Generation » fait péter les baffles, suivi de près par « Rollin’ » et « My Way ». C’est clair, les Ricains ont choisi de miser l’essentiel de leur setlist sur « Chocolate Starfish & The Hot-Dog Flavored Water », le disque qui leur a rapporté le plus de cash. Et c’est reparti pour un pogo, grandeur nature. Le public réunit autant les vieux fans que les curieux et autres hipsters (Ouais, toi là, qui retranscrit le show en termes peu élogieux mais qui le mate tout de même des premières aux dernières notes – Big Up à toi :p). Une chose est sûre par contre, on se serait bien abstenu de l’immonde cover de « Behind Blue Eyes » ou du surexploité « Take A Look Around ». En guise de final, Durst se fait plaisir en invitant une bonne cinquantaine de nanas sur scène pour un « Faith » clôturant les festivités. C’est qu’on aurait presque retrouvé ses 18 ans…
Petit tour au Club, histoire de faire retomber la pression en compagnie de Marina & The Diamonds. Jolie, Marina Diamandis l’est assurément. Ses morceaux, par contre, c’est une toute autre histoire. De la pop eurovision bien naze, comparé à tout ce qu’on a pu entendre en moins de deux jours. Sound Of 2010 ? BBC devrait revoir ses critères de sélection. Next !
L’heure du dîner est suivie par le spectacle Prog-House haut en couleurs de Deadmau5. La scène du Dance Hall est dissimulée par un large voile. Ceux qui ont assisté au concert de l’homme à la tête de souris, à l’AB, en mai dernier, savent déjà ce qui s’y cache. L’énorme installation est dévoilée sous les acclamations hystériques de l’assistance. Mais la configuration ‘Festival’ paraît légèrement moins impressionnante. Et Joel ‘Deadmau5’ Zimmerman, qui sort de son repos forcé après avoir été victime d’un malaise en ‘live’, quelques semaines auparavant, est manifestement moins en forme. Il retirera d’ailleurs son masque au bout de deux morceaux. Chaleur oblige.
On l’attendait de pied ferme ce moment. La poule aux œufs d’or de Sub Pop, Beach House installe ses quartiers dans le Club. Ceux qui ont créé l’évènement, en publiant « Teen Dream », délivrent un set tout en délicatesse. Les voix de Victoria Legrand et Alex Scally chatouillent délicieusement les tympans tout au long de merveilles pop, issues de leur discographie.
Un pur moment de bonheur qui se prolonge sous le Marquee, lors du show étrangement séduisant de The xx. Leur Dark Pop est littéralement hypnotique. Sans parler du son cristallin qui s’échappe des baffles. « Shelter », « Crystalized », « VCR » ou encore « Stars » semblent carrément provenir d’une autre dimension. Ou alors j’suis tout simplement mort bourré.
Ce qui ne va pas m’empêcher de finir la journée en apothéose. Grâce aux Canadiens de Holy Fuck. Bien que l’intensité des premiers concerts ne soit plus tout à fait à l’ordre du jour, les trois gaillards parviennent, une nouvelle fois, à asséner un coup de marteau aux membres de l’assistance en balançant leurs « SHT MTN », « Stilettos », « 1MD », « Latin America », « Lovely Allen » et autres « Super Inuit ». Le clou du spectacle nous viendra cependant d’un morceau inédit, une bombe à en faire trembler le sol.
Grands gagnants de cette deuxième journée : Foals et Beach House. Deux formations qui revisiteront Bruxelles à la rentrée. Botanique pour Foals, AB pour Beach House. Et cette misérable Dame Fatalité a décidé que tous deux joueront le même soir. Le 27 novembre, pour être précis. En attendant, d’autres choix douloureux attendent de pied ferme le public du Pukkel dès le lendemain…