La première ébauche de Beguiling Junior

Le mystérieux duo Beguiling Junior, formé par Kaya Wilkins (Okay Kaya) et Oli Burslem (YAK), s'apprête à dévoiler son tout premier elpee intitulé « First Cut ». Attendu pour le 2 octobre 2026, ce disque marque la naissance officielle d'une collaboration aussi…

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The Irrepressibles

Nude

Écrit par

The Irrepressibles est un orchestre titubant dans l’atmosphère qui se raccroche à l’infini en s’agrippant désespérément aux cordes vocales de son leader, Jamie McDermott.

C’est beau, poignant, mais il manque quelque chose à cette belle aura. Comme la buée s’échappant d’une gorge chaude dans l’air glacé, prête à être cristallisée ; et qui au final s’évaporerait dans l’air ambiant.

La voix magnifique s’envole certes dans de hautes sphères qui ne sont pas sans rappeler tantôt Perry Blake ou Antony & The Johnsons, mais dégage elle aussi cette impression de froideur distante qui me laisse clouée au sol comme un enfant regardant la danse de milliers de flocons de neige.

Alors, oui, c’est foncièrement joli, mais un peu plat.

Ce « Nude » dégage une belle esthétique dans l’ensemble, mais semble si convenu, qu’au final, je me lasse.

Là où « Mirror Mirror » ouvrait une voie royale à cet ensemble baroque, « Nude » ne renvoie plus que de lointains échos qui se dispersent dans la longueur de cet elpee.

Une  statue de marbre, copie d’un Apollon, que le temps aura sans doute tôt fait de recouvrir…

 

Jeff Hershey

As the years go passing by

Écrit par

Jeff Healey était un remarquable guitariste canadien de blues, rock et jazz. Il vivait à Toronto. Il avait perdu l’usage de la vue, alors qu'il n'avait qu'un an! Il est décédé en 2008, à près de 42 ans. Mi-80’s, il fonde son Jeff Healey Band, en compagnie d’une section rythmique qui lui restera fidèle jusqu'au bout : le bassiste Joe Rockman et le drummer Tom Stephen. Son premier album, étrangement intitulé "See the light", paraît en 1988.

Ce coffret réunit trois CDs, immortalisés ‘live’, en Allemagne, mais accordés à autant d’endroits différents. Un premier pour l’émission Ohne Filter Extra en mai 1989, le second pour Extraspät, en avril 1995 et le dernier à nouveau pour Ohne Filter Extra, en octobre 2000. Un répertoire souvent semblable mais dispensé à quelques années d'intervalle. Ce qui explique son intérêt!

En 1989, il se produit en formule trio. Le premier elpee était paru peu de temps auparavant. Six titres en sont extraits. La plaque s’ouvre par "I'm tore down", un classique de Freddie King. Jeff démontre déjà tout l'étendue de son talent sur ce blues imprimé sur tempo très enlevé. Son approche personnelle des compositions de John Hiatt, "Confidence man" et surtout le sensible "Angel eyes", est étonnante. Il reprend à sa sauce le "When the night comes falling from the sky" de Dylan avant de se calmer pour aborder "River of no return", une plage issue de la plume de Jon et Sally Tiven. Et la guitare s’y autorise quelques dérapages savamment contrôlés. Le "Roadhouse blues" des Doors est rendu à la manière… des Doors. Il termine ce premier chapitre, par "See the light", se permettant même des exercices de style inspirés par Hendrix.

Nous sommes en 1995. Au cours de cette année, il avait gravé "Cover to cover", un long playing consacré à des reprises. Sept pistes figurent au répertoire du concert. Pour la circonstance, il avait recruté un second gratteur : Pat Thrall, un ancien acolyte de Johnny Winter, de James Cotton et du Downchild Blues Band! Parmi les meilleurs moments de ce compact disc, on épinglera le délicieux "Stop breaking down" de Robert Johnson, le blues lent "As the years go passing by", une superbe version, empreinte de sensibilité, le "Yer blues" de John Lennon, caractérisé par ses riffs lourds et ses changements de tempo, mais surtout ses interventions de slide acharnées, infernales. Le "Roadhouse blues" s’étale sur près de 10', alors que la cover du "While my guitar gently weeps" de George Harrison est fantastique…

Fin 2000, il se produit à nouveau sous la forme d’un quatuor. Comme deuxième guitariste, il a choisi le prometteur Philip Sayce, alors sixcordiste pour la chanteuse américaine Melissa Etheridge (NDR : depuis, il a embrassé une carrière en solitaire). Jeff venait de publier "Get me some". Trois morceaux y sont puisés. Soit "Which one", le captivant "Love is the answer" (Neil Young?) et le brillant "Feel better". La voix de Healey est plus éraillée. L'accumulation des tournées explique sans doute ce phénomène. Sa guitare est plus bavarde mais toujours aussi experte. Il restitue toute l’intensité dramatique du célèbre blues lent "How blue can you get", un titre issu du répertoire de BB King. Sayce se réserve le micro tout au long du "Put the shoe on the other foot" d'Albert Collins, un blues lent de bonne facture, qui passe ensuite en mode funky. La troisième mouture d’"Angel eyes" est la meilleure.

Un bel hommage à la mémoire de feu cet artiste attachant! 

 

The Growlers

Hung At Heart

Écrit par

Chevauche ton fier destrier, Ô abscons rebus de l’univers ! Que valsent les variations allotropiques réglées au dixième de seconde sur l’horloge de nos vies flétries.

Reprenez donc une de ces petites pilules colorées.

Non, pas celle là, plutôt celle-ci.

Oups ! Trop tard.

The Growlers s’invite dans les esprits irrigués par le flux morose de l’univers et réinvente les golden sixties pour les régurgiter dans un panache de couleurs.

Fenêtre ouverte sur une quelconque planète baignée d’une aura rosâtre, soleils déclinants sur de bleutées collines aux contours érodés par les vents de l’espace et les soupirs du temps qui passe.

Tel un organe expulsant une longue complainte psychotrope, « Hung At Heart » prend possession de nos sens par des chemins biaisés.

A l’image de la pochette, cette solution sonore ressemble fort, au premier plan, à un fameux bric-à-brac.

Et dans ce bordel, il y a fort à parier qu’il y ait à boire et à fumer.

Quinze titres, dont certains au sens plus qu’incertain (« Salt On A Slug », « Use Me For Your Eggs ») qui redessinent les contours psychédéliques de ce groupe de surfeurs signant ici leur troisième essai.

Le plus abouti, le plus riche aussi.

Sorte de trip à demi-éveillé qui voit s’entrechoquer les petites cuillères flottantes du film Drugstore Cowboy dans la caboche du chat du Cheshire, debout sur une planche flottante, trois pieds (ou trois pattes) au dessus d’une vague de coulis sucré multicolore : cet album régit à sa manière le genre évoqué.

C’est complètement allumé, génialement foutraque et pourtant diablement accrocheur.

Les mélodies adhèrent aux parois cérébrales du subconscient, le tremolo fait mouche, l’écho renvoie dans l’un de ces tubes aqueux s’échouant sur une plage de Californie, et on se sent bien. On se surprend un sourire béat figé au dessous du nez. Les globes oculaires roulant sur des pentes extatiques.

Tout a l’air si simple…

Mais qu’on ne s’y trompe ! Derrière cette aura pailletée se trame une mélancolie qui sans raviver un sentiment de tristesse ou de nostalgie, rappelle néanmoins qu’ici, tout n’est pas rose bonbon.

Donc, point de mièvrerie. Plutôt un carrousel d’images tendres et drôles qui dans la vitesse du mouvement se marient avec bonheur.

On se réveille groggy, la chemise hors du slip, mâchouillant une sandale ou faisant des papouilles au lapin angora.

Et même dans les rares moments de faiblesse, The Growlers nous tient par la main et nous propulse au-delà de l’arc en ciel.

Délesté de toute inutile sensation.

Un jeu kaléidoscopique dans l’optique tronquée d’un prisme scintillant.

Prenez ! C’est de la bonne !

En concert ce vendredi 12 avril chez Madame Moustache (Bruxelles) et le lendemain au Trix (Anvers).

 

Alex Beaupain

Après Moi le Déluge

Écrit par

Après lui le déluge. Apparemment. Si le constat s’avère quelque peu alarmant, Alex Beaupain risque en effet de laisser pas mal de ses confrères à des encablures derrière lui, grâce à sa nouvelle collection estampillée variété française haut-de-gamme. Tout d’abord remarqué par son travail opéré aux côtés du réalisateur Christophe Honoré pour qui il avait écrit la bande-son du film ‘Chansons d’Amour’, un long métrage d’ailleurs inspiré par son histoire personnelle (son amie était décédée à la suite d’une malaise à la sortie d’une soirée…), le Français s’était révélé peu à peu comme une nouvelle figure attachante de la chanson française, dans la lignée des illustres Souchon, Biolay ou Marchet. Son cercle d’aficionados devrait encore quelque peu s’élargir, après la sortie d’« Après Moi le Déluge », son 4ème album. Un opus pour lequel il a reçu le concours, apparemment fructueux, de Julien Clerc. Ce qui semble avoir libéré le jeune homme de 39 ans ; et cette nouvelle liberté est reflétée tout au long de ce disque partagé en 12 titres (dont le très cool « Coule », composé en compagnie du même Clerc). Piano, sèches et cordes (le magnifique « Pacotille », balayé de violons 60’s) alimentent les arrangements destinés à exacerber les sentiments amoureux sous toutes ses coutures et mais aussi douleurs (« Je peux Aimer pour Deux »). Souvent vache, Beaupain n’hésite pas affronter l’autocritique (le superbe « Profondément Superficiel »). En outre, le single qui manquait à sa discographie figure probablement parmi les titres de ce nouvel essai agréable à écouter, bien écrit et jamais lassant…

Après lui, le déluge sur la France ; et ce n’est pas Grégoire qui affirmera le contraire.

 

Zanzibar

Tribute to Bessie

Écrit par

Zanzibar est une formation réunissant des artistes issus de différents pays. Un projet interracial, interculturel, destiné à mettre en exergue une musique très ‘black and white’, où se rencontrent blues et jazz. Le collectif a eu la bonne idée de rendre ici hommage à Bessie Smith, la première diva du blues. Elle a commencé à enregistrer en 1923. Elle va même faire fortune, avant de sombrer dans l'alcoolisme et la misère, après la Grande dépression de l’année 1930. Elle est décédée tragiquement, à l’issue d’un accident de voiture qui s’est produit à Clarksdale, au cœur du Delta. Elle avait 43 ans. En fait, elle a perdu la vie, vidée de son sang, car un hôpital réservé aux blancs n'avait pas voulu la prendre en charge. Elle avait mis en boîte plus de deux cent chansons dont une bonne partie figure sur cet opus. Le métissage de la musique de Zanzibar est naturel dès lors qu'il appartient à l'héritage culturel de trois continents. Le responsable de ce projet est un Belge, un digne représentant du piano boogie woogie et barrelhouse, Renaud Patigny. La chanteuse est congolaise. Elle est âgée de 90 balais. En outre, Sylvie Nawasadio possède une morphologie assez proche de l’Impératrice du blues. La section rythmique est constituée de deux percussionnistes togolais et d’un joueur de tuba, le Belge Didier Heggerick. Enfin, une section de cuivres, réunissant trois saxophonistes, complète l'ensemble.

"Devil's gonna get you" ouvre la plaque. La musique est douce. La voix veloutée. Le piano bien senti, face aux interventions de basse du tuba! Blues lent, "Yellow dog blues" est signé par le légendaire W.C Handy. Membre du Fats Domino, Jimmy Molière se réserve la gratte. Tout comme sur "Hop scop blues". Trois plages issues du répertoire du Bessie sont interprétées en lingala : "On revival day", "Poto Poto" et "Yembela ye" ; ce qui communique un climat encore plus afro aux trois pistes. Miss Smith a décroché son plus grand succès en 1929, "Nobody knows when you're down and out". La voix de Sylvie est empreinte de passion sur ce morceau, appuyé par les interventions brillantes de Renaud, aux ivoires. "Cake walkin babies from home" démontre la corrélation qui existait alors entre les musiques populaires afro-américaines : jazz, blues, ragtime. Titre amusant, "Kitchen man" constitue un exercice de style vocal pour notre Congolaise. Tout en délicatesse, le piano barrelhouse de Patigny colore "Lock and key". Voix empreinte de sensualité et cuivres chatoyants alimentent "Careless love", un superbe blues fin de soirée. Chargé de passion, ce long playing s’achève par "Tossing and turning", une relecture contemporaine d'un style ancestral.

 

Tosca

Odeon

Écrit par

Tosca est un duo viennois réunissant Richard Dorfmeister et Rupert Huber. Son électro est assez légère et se teinte volontiers de mélodies mélancoliques. « Odeon » constitue leur sixième opus. Un disque pour lequel les deux compères ont souhaité –de leurs aveux même–  emprunter une orientation musicale plus sombre et lourde, tout adoptant un profil ambient nettement plus prononcé.

Et manifestement, les 10 titres de cet elpee sont particulièrement atmosphériques. Une approche accentuée par des interventions au piano, bien plus généreuses. 

Le long playing s’ouvre par « Zur Guten Ambience ». L’intro est assez planante voire même relaxante, mais plaisante. L’ambiance est douce. Plus jazzy « What If » est entretenu par des percus et embrasse une forme plus ‘lounge’. C’est d’ailleurs dans ce style que le reste de l’album va glisser.

Si la plupart des morceaux sont sympathiques, le climat ‘calme et contrôlé’ ne m'a pas véritablement séduit ; d’autant que les morceaux sont assez longs. Paradoxalement, la piste la moins convaincante est le single, « JayJay ». Elle est imprimée sur un tempo bien trop lent, presque poussif. A contrario, « Soda » et une belle réussite, une plage instrumentale qui démontre que Tosca ne manque pas de potentiel…

Quoique différent et plus ‘lounge’ que les albums précédents, « Odeon » a quand même eu le bon goût de conserver sa ‘patte’, celle qui rend les artistes identifiables… 

 

The Tall Ships (UK)

Everything Touching

Écrit par

‘T=O’

Ou comment placer d’emblée l’auditeur dans un carrousel dont la vitesse gravitationnelle s’amplifie au fil des secondes, atteint son apogée, puis freine sa course jusqu’à l’arrêt.

Sur le tableau noir du Math Rock, l’équation Tall Ships reste d’une évidente limpidité.

Les variables s’entrechoquent, se bousculent, frétillent, éclaboussent. Elles altèrent les mouvements circulaires comme les rampements reptiliens d’un vumètre en léthargie. Bref, ces paramètres tiennent de la recette savamment appliquée. Sauf qu’il y a cette étincelle qui à un certain moment fait jaillir le feu sacré.

Un morceau qui frôle l’extatique jouissance immédiate. Il s’intitule « Gallop » et emporte tout dans son sillage.

La voix se fait grave, caresse, embrasse, étreint, tandis que la montée d’adrénaline consume nos sens étourdis.

Un moment de grâce, une flamme, qui malheureusement s’éteint avant la fin de l’album.

Car ni « Send News » en interlude mal positionné, ni « Books » qui révèle les faiblesses vocales, ni « Murmurations » posté en épingle, lors du final, ne viendront raviver le plaisir de la sixième plage, celle où s’échoue les plus belles ambitions de Tall Ships.

Le carrousel a cessé de tourner, mais nous, nous avons toujours la tête qui tourne.

 

K-Branding

Alliance

Écrit par

Sans doute perdu dans une forêt obscure, par une nuit sans lune, n’avais-je soulevé jusqu’à présent l’écorce de ce pinnipède intrigant qui se dressait devant moi ?

Plus tôt, en levant les yeux, mon regard s’était perdu vers ces cimes angoissantes, ces sombres ramures qui tentaient de m’étouffer ?

« Alliance » est une pièce industrielle dont le rideau opaque laisse entrevoir une chorégraphie syncopée qui se joue sur l’arrière-scène d’un esprit claustrophobe.

Autant prévenir d’emblée que le disque n’est pas empreint d’une franche réjouissance et renvoie à des climats plutôt angoissants.

Le trio explore ici un penchant dérangeant, s’évertue à trifouiller dans la chair en décomposition, plonge dans le métal hurlant.

C’est un univers trouble où l’on croise pêle-mêle, d’un côté comme de l’autre du miroir, des visages émaciés, rongés par la frayeur, ainsi que des corps qui ondulent voluptueusement dans les flammes.

La froideur incandescente de Throbbing Gristle, la brûlure glaciale de Cabaret Voltaire, la folie fiévreuse de Lydia Lunch et des visions floues et indistinctes issues de rêves perdus à la lisière des cauchemars.

K-Branding déjoue le piège de la facilité, de la gratuité et propose un essai à la fois intrigant et interpellant. Une pièce de théâtre montée sur une montagne d’images cathodiques dont l’électricité navigue au sein de l’esprit jusqu’à la note finale.

Idéal pour accompagner vos soirées psychotiques…

 

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