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The Legendary Pink Dots

Canta Mientras Puedas

Cette compilation réunit une sélection de compositions commises entre 90 et 95 sur les albums "The crushed velvet apocalypse" (1990), "The Maria Dimension" (1991), "Shadow Weaver" (1992), Malachai (1993), "Nine lives to wonder" (1994) ainsi que sur deux des opus gravés en 1995, "Chemical playschool vols 8/9" et "From here you'll watch the world go by", mais pour deux nouvelles versions. Depuis 1982, Edward Ka-Spel et ses disciples poursuivent leur processus continuel d'exploration dans le psychédélisme, où chaque découverte est un point de départ. Un périple qui dure depuis près de vingt cinq albums et ne trouvera probablement son épilogue que dans l'espace infini et le temps. D'un style baroque déchiré entre électronique, krautrock, punkadelic, muzak, avant-garde, musique de chambre et industrielle, TLPD s'est progressivement tourné vers un langage cosmique, atmosphérique, expansionniste. Un moyen d'expression destiné à nous transporter dans son monde étrange, kaléidoscopique, sis entre la frontière du réel et de l'irréel...

 

Leanan Sidhe

Planesequence

Lorsqu'on évoque le krautrock, on pense immédiatement à Can, Neu et Faust, trois formations qui ont marqué des ensembles de post rock contemporains tels que Tortoise et Stereolab. Ash Ra Temple appartenait également à cette scène germanique et semble avoir eu une influence majeure sur la musique de Leanan Sidhe. Un groupe italien. De la région de Florence, très exactement. Responsable d'une musique atmosphérique, ambient et psychédélique à la fois. "Planesequence" évoque des paysages sonores où s'épanchent paresseusement des textures sinusoïdales traversées de vocaux éthérés chuchotés, de cordes de guitare bourdonnantes, de claviers fluides, de boucles et d'effets spéciaux. Parfois l'ombre de Spiritualized Electric Mainline plane sur cet album. Parfois celle de Labradford, de Ui, de Flying Saucer Attack. Et puis lorsque la solution polarise toute son intensité et son énergie sur la section rythmique, celle de Pink Floyd circa More...

 

Lambchop

How I quit smoking

Derrière le concept Lambchop se cache un étrange personnage qui répond au nom de Kurt Wagner. Aucun rapport cependant avec Richard, même si la musique de ce quadragénaire épouse un certain profil symphonique. Pour enregistrer "How I quit smoking", cet auteur compositeur interprète et guitariste s'est aussi entouré d'une section à cordes. Responsable d'orchestrations somptueuses, sophistiquées, bouleversantes qui dynamisent une texture country relativement basique, alimentée par le concours d'une bonne quinzaine de musiciens de studio. Paradoxalement, alors que le titre de l'opus s'intitule "How I quit smoking", la voix de Kurt campe des inflexions aussi éraillées et nicotinées que celles de Stuart Staples, chanteur de Tindersticks, pour être plus précis. Une œuvre fascinante, que nous pourrions situer à la croisée des chemins de ce même Tindersticks, de Palace et des Triffids circa "In the Pines"...

 

Labradford

Prazision LP

Labradford nous entraîne dans une spirale multidimensionnelle à la découverte de paysages psychédéliques chatoyants, cosmiquement paisibles. Réduit depuis peu à un duo composé de Carter Brown et de Mark Nelson, Labradford croit fermement à la dimension spirituelle de l'exploration sonore. La voix est volontairement sous-employée, confessionnelle, enfouie profondément à l'intérieur du brouillard instrumental. Les drums absents à l'instar d’Hugo Largo. Rien que des cordes de guitares, des synthés et une pléiade de pédales de distorsion. A conseiller aux consommateurs d'ambient qui regrettent les élucubrations sonores commises par Eno et Fripp au cours des seventies...

 

Lush

Lovelife

Il est bien loin le temps où Lush émargeait à la noisy pop angélique. Où sa musique s'élevait dans l'éther atmosphérique ‘mybloodyvalentinesque’ ou se chargeait d'esthétisme glacé ‘cocteautwinesque’. Sur "Lovelife", il ne demeure d'ailleurs plus que de vagues traces de ce lointain passé. Notamment sur le simple "Single girl" et puis surtout sur les deux derniers titres, "The childcatcher" et "Olympia". Pour le reste, on se rend bien compte que la bande à Emma Anderson et à Miki Berenyi a décidé de s'ouvrir de nouvelles perspectives sonores. Plus extroverties. Plus basiques. Jarvis Cocker, chanteur et leader de Pulp, partage ainsi les vocaux avec Miki sur "Ciao!", alors que "Ladykillers", futur single, et "Heavenly nobodies" émargent à la new wave de la new wave. Respectivement inspirée par Echobelly puis par Elastica. Enrichi d'orchestrations beatlesnesques, "I've been here before" aurait pu tout aussi bien appartenir au répertoire de Boo Radleys alors que "Last night" adopte un profil filmique, presque ‘eniomorriconesque’. Bien que bénéficiant du concours d'une section à cordes, "Papasan" et "Tralala" flirtent avec la romance minimaliste. Reste "500", dont le phrasé de guitare semble avoir été repiqué sur l'album "Forever Fleshtones" du mythe new-yorkais... Rafraîchissant!

 

Lullaby For The Working Class

Blanket warm

Rien que le titre de cet album vous donne une idée du style pratiqué par ce quartette issu du Nebraska. Dont la musique pourrait si facilement se savourer auprès d'un feu de bois, le corps enveloppé d'une couverture chaude. Et pourtant, la fibre basiquement acoustique manifeste un sens mélodique particulièrement développé. Parfois on pense aux Go-Betweens, aux Walkabouts et même à Poco dans sa période la moins grandiloquente. Pas à cause de ces subtils arrangements de cuivres ou de cordes. Mais surtout parce que l'électricité y fait de très éphémères mais très efficaces apparitions. Un peu comme chez Deadly Nightshades, formation australienne, aussi peu connue que ce Lullaby For The Working Class. Mais suffit pas toujours d'avoir un nom ronflant pour mériter un certain crédit...

 

Loves Ugly Children

Cakehole

Sur le label Flying Nun, les 3D'S et Loves Ugly Children incarnent les tendances les plus dures, les plus âpres de la scène néo-zélandaise. Mais L.U.C. va encore plus loin sur ce "Cakehole". Procédant à des expérimentations soniques, psychédéliques dans le noisy punk. Un peu comme le Sonic Youth l'opérait au tout début des eighties. Mais cette exploration fondamentalement mélodique, quoique dispensée à un régime frénétique, est littéralement déchiquetée, mutilée par une surabondance d'électricité statique. Seul "Latest product", onzième morceau sur les quinze que compte le CD, embrasse un profil plus pop, plus conventionnel, plus ‘Clean’...

 

Love & Rockets

Sweet FA

Rick Rubin est vraiment un drôle d'oiseau. Un producteur expérimenté, très sollicité, respecté, mais un type bizarre. Déjà, pour l'enregistrement de "Blood sugar sex magik", il avait entraîné les Red Hot dans une villa réputée pour son mauvais œil. Une aventure que les musiciens n'avaient d'ailleurs par très bien vécue. Confrontée à de multiples incidents techniques, émaillée de troubles psychologiques, elle avait cependant débouché sur une œuvre particulièrement brillante. Rick vient donc de remettre le couvert. En compagnie de Love & Rockets, cette fois. Résultat des courses, tout a été ravagé par un incendie. Demos et équipement, en particulier. Daniel Ash, David J et Kevin Haskins ont d'ailleurs failli y laisser leur peau. Ou leurs os, si vous préférez. Mais par leur âme. Car cet incident a décuplé leurs forces et les a incités à remettre leur ouvrage sur le métier. Mais à Londres, cette fois. Rubin terminant alors la mise en forme dans son propre studio, à Los Angeles. Et il fait reconnaître qu'il a ici réalisé un travail d'orfèvre. Valorisant à la perfection les différentes phases de psychédélisme affichées par le trio depuis 85. C'est à dire après le split de Bauhaus. Psychédélisme extatique, lancinant où l'électricité sursaturée, torturée est épurée de satin acoustique. Psychédélisme climatique, ouaté de chœurs sensuels, enrobé d'orchestrations majestueuses. Psychédélisme hanté (!) par les spectres de Syd Barrett, de Kevin Ayers, de Spiritualized, du Floyd circa "More", de Primal Scream et même du "Magical Mystery Tour" des Beatles, ou l'inverse. Une œuvre qui recèle en outre un titre purement expérimental, à la limite du free jazz, "Here come the comedown", un hommage à Natacha Atlas, vocaliste de Transglobal Underground ("Natacha"), et puis surtout une perle de psyché pop contagieuse, fascinante, indélébile: "Judgment day". Tout un programme!

 

Loog

Meltdown house

Ne cherchez aucune signification au mot Loog, puisqu'il s'agit tout simplement du nom du leader de cette formation bostonienne. Ancien guitariste de Lemonheads, Corey Loog Brennan a cependant dû faire appel à Chris Brokaw, ex guitariste de Codeine, mais toujours impliqué chez Come, pour compléter le line-up de son quartette. Et "Meltown house" constitue la première application de cette rencontre. Un mini album de huit titres. Popcore. Inspiré tantôt par Veruca Salt, tantôt par les Muffs. Malheureusement, la production de Wharton Tiers (Sonic Youth, Dinosaur Junior, Helmet) étouffe les excellentes dispositions affichées par les musiciens. Seule la voix claire, voluptueuse (Wendy James?), parvient à apporter un zeste de fraîcheur et de sensibilité à une solution sonore qui se cogne continuellement la tête sur le plafond de la mise en forme. Dommage!

 

Longpigs

The sun is often out

Longpigs appartient à l'aile la plus fragile, la plus tendre de la britpop. Hormis "Happy again" imprimé sur un tempo psychobilly et le sauvage, tourmenté "Elvis", sorte de Thousand Yard Stare en moins funk, "The sun is often out" est texturé à la fois dans l'électricité grésillante, pétillante et les cordes de guitares semi-acoustiques. Un peu comme des Bluetones qui auraient beaucoup écouté les LA's. Faut dire que côté harmonies vocales le quintette peut compter sur deux excellents chanteurs, dont l'un affiche un timbre vocal aussi capricieux que celui de Loz Paul Hardy (Kingmaker) alors que l'autre épouse les inflexions opératiques de Rick Witter (Shed Seven). Excusez du peu!

 

Sinead Lohan

Who do you think I am

Tout comme O' Connor, Lohan est originaire d'Irlande. Mais si la première a la boule à zéro, la seconde se paie un look rasta comme à la plus belle époque de Bob Marley. Auteur/compositeur/interprète, Sinead Lohan est âgée de 24 ans et vient d'enregistrer son premier album. Sous la houlette d'un certain Declan Sinnott, personnage qui cumule les fonctions de producteur, d'arrangeur, et de multi-instrumentiste. Un Irlandais également. Ce qui peut paraître étonnant lorsqu'on écoute ce disque. La plupart des compositions s'inscrivant davantage dans un style proche de Joni Mitchell voire de Jan Baez, plutôt que de répondre à une certaine tradition celtique. En fait, les compositions sont surtout destinées à mettre en valeur le timbre vocal de Sinead. Limpide, fragile, velouté, il aurait cependant un meilleur impact dans un tout autre contexte instrumental.

 

Little Axe

The wolf that house built

A la base de Little Axe, on retrouve Skip McDonald, personnage qui a travaillé avec une multitude d'artistes. Aussi bien comme producteur, mixeur ou musicien. Pour enregistrer cet opus, il a reçu le concours de plusieurs de ses potes. Et en particulier de Keith Leblanc, de Doug Wimbish, et puis surtout de l'ingénieur du son, Adrian Sherwood. Donc il bénéficie des studios ‘On U Sound’. Ceux là même qui ont permis tout dernièrement à Gary Clail de commettre l'excellent "Keep the faith". Tout au long de "The wolf that house built", Little Axe réalise une parfaite fusion entre le blues et le dub avec la bénédiction du hip hop, du gospel et de l'ambient...

 

Aimee Mann

I'm with stupid

Jolie, glamour, sexy, Aimee Mann est issue de la scène de Boston. Début des eighties, elle a d'ailleurs sévi au sein de Till Tuesday, formation qui allait donner quelques années plus tard le coup d'envoi à la vague déferlante du rock féminin. Celle de Throwing Muses, Belly, Breeders, sans oublier des Blake Babies. D'autant plus qu'on retrouve Juliana Hatfield sur le deuxième elpee d'Aimee, pour quelques coups de guitare. Une liste d'invités complétée par la présence de Bernard Butler, ex Suede ainsi que de la charnière centrale du Squeeze, Glenn Tilbrook et Chris Difford, préposés pour la circonstance aux backing vocaux de "That's just what you are" et de "Frankestein". Mais l'essentiel de l'instrumentation est assuré par Jon Brion. Collaborateur de longue date qui produit par ailleurs le morceau de plastique. Un opus nettement plus agressif que "Whatever", paru en 1993, mais qui reste cependant encore en deçà de l'intensité électrique dispensée par des formations telle que Veruca Salt ou des Amps.

 

Manic Street Preachers

Everything must go

Porté disparu depuis le 1er février 1995, Richey James n'a jamais été aussi présent dans l'esprit du groupe. Pourtant, cette disparition a failli porter un coup fatal à l'existence du combo. Pensez donc, en 94, la formation avait raflé la plupart des distinctions honorifiques accordées par la presse spécialisée britannique. Et se préparait tout naturellement à entrer dans la cour des grands. Depuis, l'ensemble a marqué le pas, et le mystère reste entier... Après presque un an et demi de silence, M.S.P. s'est quand même décidé à reprendre la route... sous la forme d'un trio. Et d'enregistrer cet "Everything must go". Sur lequel on retrouve trois chansons de Richey: "Kevin Carter", "Removables" et "Small black flowers that grow in the sky". Plus deux ébauches achevées par Nicky Wire: "Elvis impersonator: Blackpool pier" et "The girl who wanted to be God". En ajoutant " Enola/Alone ", composition dédiée directement à la disparition de leur guitariste, il est facile d'imaginer le climat qui règne tout au long de cette œuvre. Pourtant, elle ne reflète pas exclusivement les sentiments d'angoisse, d'amertume, de colère et de désespoir nés de cette expérience traumatisante. Elle laisse également une place à la dignité, au courage et à une certaine forme d'espoir. Un espoir sauvage, reflété avec solennité, détermination et violence dans une pop qui laisse libre cours aussi bien aux arrangements symphoniques ou cuivrés qu'aux envolées incisives de punk rock. Un disque qui justifie finalement cette volonté de faire face à son destin plutôt que d'écrire, par résignation, un quelconque épilogue ou tout simplement un testament...

 

Ann Magnuson

The luv show

Avant d'entamer une carrière solo, Ann Magnuson était chanteuse et compositrice de l'ensemble culte Bongwater. En compagnie de cette formation, elle a ainsi commis cinq albums. Pour concocter "The luv show", elle a pu bénéficier du concours de plusieurs de ses anciens compagnons de groupe ainsi que de musiciens de studio réputés. De Richie Lee, également, bassiste d'Acetone. Et puis de Don Fleming à la coproduction. Une œuvre conçue à la manière d'une comédie musicale. Avec pour thème les avatars d'une provinciale piégée dans la toile d'araignée d'une grande ville. Du rêve à la réalité. Avec pour fil conducteur la névrose psycho sexuelle, le burlesque intellectuel et la dégénérescence pathétique. Quatorze fragments au cours desquels Ann aborde une multitude de styles. Le rock et la pop bien sûr. Mais également le rockabilly ("Miss pussy pants"), le music hall ("MKCF"), le rock sylvestre ("I remember you"), le folkcore ("Live, you vixen") la rumba ("Sex with the devil") et même la no-wave. Etonnant!

 

Magnapop

Rubbing doesn't help

Pour enregistrer son troisième album, le quatuor géorgien a reçu le concours de Geza X à la production, vénérable figure de proue du légendaire Germs. Et alors qu'on aurait pu s'attendre à une solution sonore bien crade, punk et filandreuse, "Rubbing doesn't help" constitue probablement le disque le plus équilibré de Magnapop. Alternant compositions fougueuses et tendres. Affrontant une majorité de thèmes autobiographiques. Des expériences vécues mais également un sentiment d'incompréhension face à la mort. Faut dire que le groupe a vu disparaître ces deux dernières années plusieurs de ses proches ("Open the door"). Notamment un ami qui rêvait de devenir leur nouveau drummer, mais que la maladie a emporté avant qu'il ne puisse réaliser son rêve ("Dead letter"). Un album dont la sensibilité profonde, presque tragique contraste singulièrement avec le sens mélodique excentrique, presque allègre des compositions. Depuis les ‘pixiesques’, "I don't care", et "This family", la new wave de la new wave de Cherry Bomb, le post grunge de "Snake" (Hole?), la popcore féminine de Veruca Salt ou des Breeders ("Jucy Fruit", "Radio Waves"), le punkcore à la limite du noisecore de "Come on inside", jusqu'aux intimistes "Down on me" et "My best friend". Et surtout le superbe, intense, presque ‘remesque’, "Firebrand". Un album pour lequel Ruthie, la guitariste, participe davantage à la magie des harmonies vocales, apportant aux compositions un sens de la contre mélodie inimitable et irrésistible...

 

Mad Dog Loose

Material Sunset

Par la faute de concerts inégaux, voire bâclés, Mad Dog Loose avait dangereusement entamé son potentiel crédibilité. Heureusement, ce "Material Sunset" a remis les pendules à l'heure. La production de Gilles Martin y est sans doute pour quelque chose. Mais aussi et surtout le talent des musiciens, apparemment plus à l'aise en studio que sur les planches. Un opus découpé en seize fragments où se croisent et s'entrecroisent le jazz funk de Butthole Surfers, le psychédélisme syncopé de Beck, le hardcore juvénile des Pixies, la pop progressive de Deus et la soft pop de So. Normal lorsqu'on sait que les deux derniers cités sont également belges et relèvent du même label. Une palette d'influences qui ne s'arrête pourtant pas en si bon chemin. Et que nous vous invitons à découvrir. Mad Dog Loose possède en tout cas un cachet bien à lui. Extrêmement riche. Et même si le nom se prononce beaucoup plus difficilement que Deus, cette originalité mériterait de lui ouvrir les portes du succès. A condition de soigner un peu plus ses concerts...

 

Mecca Normal

The eagle and the poodle

Encore une formation issue de la scène underground new-yorkaise dont on ne sait pratiquement rien, ou presque, et qui peut se targuer de faire à la fois preuve d'éloquence et de créativité. Un trio qui, à l'instar de Jon Spencer Blues Explosion ne compte pas de bassiste, mais une chanteuse au timbre vocal particulièrement percutant: Jean Smith. Imaginez un peu les capacités de Mélanie, Polly Harvey et Patti Smith concentrées sous un même larynx! Ce qui donne un cachet plutôt singulier à cette musique déjà très particulière par elle-même. Tantôt lo-fi (Pavement, Swell) ou noisecore (Sonic Youth) mais fondamentalement aride et minimaliste elle atteint même des climats où le sordide parvient à choper la fièvre comme chez les Doors...

 

Ian McNabb

Merseybeast

En 1994, l'ex-leader du défunt et mythique Icicle Works débauchait le Crazy Horse de Neil Young pour enregistrer le remarquable "Head like a rock". Un disque qui n'allait pourtant pas récolter le succès escompté et surtout mérité. Dans la foulée, Ian persuadait Ralph Molina et Billy Talbot, de l'illustre cheval fou, de le rejoindre pour quatre concerts aux Iles Britanniques. Sous-titré "North west coast" et découpé en six fragments, le bonus track de ce CD immortalise cet événement. Mais ce qui est le plus paradoxal procède de l'album en lui-même. Ian est apparemment toujours sous le coup de cette expérience; et les treize compositions, pourtant commises en compagnie de son nouveau groupe, Afterlife, auraient tout aussi bien pu figurer sur "Head like a rock". Il y a bien l'une ou l'autre chanson plus romantique, plus pop, davantage dans la lignée de "This way up", mais en général les mélodies sont à la fois texturées dans l'électricité croustillante, étincelante des cordes de guitares et nappées de claviers fiévreux, fluides. La voix ample, vibrante de McNabb apportant une coloration toute particulière à ce flux d'intensité blanche...

 

Mazzy Star

Among my swan

Mazzy Star en est déjà à son troisième album. Les mauvaises langues reprocheront, sans doute, à la formation californienne de ne pas avoir évolué depuis 1990, c'est à dire depuis la sortie de " She hangs brightly ", voire de " Happy nightmare baby ", lorsqu'en 87, Sandoval et Robback sévissaient encore au sein d'Opal. Et pourtant, chaque fois, le charme recommence à produire ses effets. Une musique lancinante, psychédélique dans le sens le plus venimeux du terme qui vous envahit progressivement et finit par vous envoûter. A un tel point que vous ne pouvez qu'y succomber. La voix laconique, gémissante de Hope Sandoval s'enveloppe autour de votre âme et ne vous lâche plus, telle une proie capturée au beau milieu d'une toile d'araignée. Beau, sinistre, et inquiétant à la fois!

 

Eric Matthews

Is heavy in here

Auteur, compositeur, producteur, arrangeur, chanteur et musicien, Matthews partageait encore jusqu'il y a peu le leadership de Cardinal en compagnie de Richard Davies. Un groupe qui doit avoir un fameux coup de plomb dans l'aile, depuis que deux de ses membres ont décidé de suivre Eric dans son aventure en solitaire. Pour enregistrer "It's heavy in here", il a également reçu le concours d'une pléiade de musiciens de studio, et notamment de Jason Falkner, multi-instrumentiste chez Jellyfish, ainsi que d'une section à cordes. Eric se réserve la trompette, bien sûr, fruit de longues études suivies au conservatoire, mais surtout le chant, vocal subtilement mélancolique hérité de Nick Drake. Il joue également de la guitare électrique ou acoustique, de la basse, du piano et de l'orgue. Avec un raffinement et une délicatesse digne des intermèdes instrumentaux dispensés sur le troisième album du Genesis de Peter Gabriel, "Foxtrot". Un savant dosage de baroque et de pudeur, d'opulence et de retenue qui apporte aux quatorze fragments de cet opus une distinction rare à cette pop orchestrale...