5 ans se sont écoulés déjà depuis la sortie de « Vingt à trente mille jours », précédent opus de la charmante Françoiz Breut. C’est dire si ce disque ainsi que son prédécesseur se sont tranquillement installés dans les c(h)oeurs. C’est donc peu dire également de l’excitation entourant cette « Saison volée ». Rassurons d’emblée les fans et les autres, cet album reste dans la lignée du travail de la Nantaise : autrement dit de la bombe bébé. Autant le début de carrière de la chanteuse se plaçait sous le signe de la connivence et de l’exclusivité artistique, autant aujourd’hui, on frise l’orgie. Autour d’un trio plus ou moins fixe de musiciens, pas moins d’une dizaine d’artistes d’horizons divers collaborent aujourd’hui avec Breut. Tous se sont donnés ‘rendez-vous’ pour cet heureux événement que représente un nouvel album, et nous allons le voir, le bébé se porte plutôt bien, merci pour lui. Dès l’intro, le sentiment d’être sur le point d’entendre un très bon disque pointe le bout de son nez. Impression d’emblée confirmée par le très rock « La certitude » sorti tout droit du très bon Jérôme Minière (3 albums, tous recommandables, 2 chez le défunt label Lithium et La Tribu). Même si la patte de Minière imprime profondément ce titre, Breut griffe l’univers du français exilé depuis belle lurette au Québec. Se distingue également sur ce titre, le backing band de Françoiz, s’inscrivant en une trinité cohérente et fraternelle : Luc Rambo aux claviers (vu chez Dominique A), Boris Gronemberger (vu chez les belges de Raymondo et de Grandpiano) et enfin Sacha Toorop (vu chez Zop Hop Hop). Cette mise en bouche terminée, le premier duo en anglais commence. Acoquinée de Joey Burns, Breut trouve dans ‘le joyeux trublion’ de Calexico un duettiste tout en nuance et harmonie. Composé par un des frères Düne (du groupe Herman Düne), « Over all » annonce la couleur : album quadrilingue (français, anglais, espagnol et italien), « Une saison volée » est placé sous le signe de la diversité culturelle et d’une certaine manière, du déracinement. A peine le temps de traverser l’Atlantique que la calanque marseillaise nous frappe de sa chaleur migraineuse et éclatante. Dans la pure lignée des rythmes ‘breutiens’, « Le ravin » et sa thématique amoureuse nous ramènent à la dure réalité de certaines relations humaines. Signé par Deziel, groupe de là-bas dit, « Le ravin » sonne, en moins de trois minutes, le retour de la Françoiz que l’on connaît déjà. S’ensuit une autre franche réussite, issue de la plume de Frederico Pellegrini (Little Rabbits) ou le duo féminin de l’année. Dédoublée par Sandrine Collard (une des voix de la radio belge), Breut livre une étonnante ode maniaco-schizo-désabusée à l’amour. Et 10 secondes de bonheur : les Gilles de Binche à la maison. En route pour la joyeuse Italie made by Fabio Viscogliosi (Married Monk), le beau temps avant la pluie du « Km 83 » de Dominique A. Un goût unique du voyage. Interlude : Françoiz fredonne seule dans la rue. Et c’est reparti pour un tour. Minière remet le couvert. Philippe Poirier abandonne Dani et Rodolphe Burger (Kat Onoma) et emmène Françoiz dans « La boîte de nuit », l’anti « Twenty-two bar ». Anglaise puis espagnole, le jour se lève et ces vieux briscards de Frank et Jean (vus chez le suicidé Mike Brant) surprennent Françoiz au saut du lit. Mais l’incontournable Dominique veille et aura quand même le dernier mot.