Musiczine recherche des collaborateurs.

Tu as une très bonne connaissance musicale et tu souhaites participer à l’aventure Musiczine.net ? Tu es passionné, organisé, ouvert, social, fiable et appliqué ? Tu as une bonne plume ? Alors n’hésite plus : rejoins-nous ! Vu l’ampleur prise par Musiczine et…

logo_musiczine

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Search results (23 Items)

Gary Numan

Le riff d’“Are Friends electric” est un accident...

Pionnier de la new-wave/synthpop, qui a sévi à la fin des années 70, Gary Numan a rencontré un succès phénoménal jusqu'au milieu des années '80. Après une traversée du désert, le Londonien est revenu dans le parcours, début du nouveau millénaire, en proposant une musique plus punchy, proche de Nine Inch Nails. En marge de son concert, il nous a accordé une interview, dans les locaux du Trix, à Anvers. L’occasion d’évoquer son nouvel album, ses influences, Trent Reznor, John Foxx et le riff principal d’« Are Friends Electric ? »...

Ton nouvel album, « Savage (Songs from a Broken World) », cartonne il me semble ?

Oui ! Quand il est sorti, il a atteint la seconde place dans les charts britanniques ; ce qui, pour moi, a été une énorme surprise. C'était la première fois que j'étais aussi haut sur les charts depuis... longtemps (rires). En fait depuis 1980.

Pourquoi n'a-t-il pas atteint la première place?

A cause des Foo Fighters...

Ça aurait pu être pire (rires)

Mais il restera un grand moment, un jalon très important dans ma carrière.

« Splinter », ton précédent long format, parlait d'un ‘esprit brisé’ et « Savage » d'un ‘monde brisé’. Existe-t-il un lien entre les deux thèmes ?

Pas vraiment. Quand j'ai réalisé « Splinter », je venais d’émerger d'une profonde dépression qui a duré trois ans. Je disposais donc de beaucoup de matière, suite à ce que je venais de vivre. C'était agréable d'être de retour et d'avoir quelque chose d'important à écrire. Pour « Savage », c'était différent. Pas de problème, tout allait bien, ma famille était heureuse, « Splinter » avait eu pas mal de succès, je venais de déménager en Amérique...

Dans un château... (rires)

Oui, un petit château. Donc, au début, j'ai eu du mal à exprimer une émotion forte. Donc, j'ai emprunté quelques idées à un livre que je rédige depuis longtemps. Il parle d'un monde futur dévasté par le réchauffement climatique. Et au moment où je commençais à me concentrer sur ce sujet, Donald Trump est arrivé au pouvoir et a commencé à propager toutes ces déclarations débiles. C'était comme si tout ce qui avait été fait de bien pendant un certain temps en termes de conscience allait être mis à mal à cause de cet homme puissant mais carrément stupide. Ce qui m'a donné envie d'en parler dans mes chansons. Quant au titre, « Savage (Songs from a Broken World) », il m'a été soufflé par une de mes filles, Persia...

Persia, c'est elle qui chante sur ton album?

Oui. Quand je lui ai raconté que « Savage » traitait d'un monde futur dévasté, elle a suggéré le titre « Songs from a Broken World » pour opérer le lien avec « Splinter ». Mais il n'y en a aucun entre le contenu et les paroles des deux disques... (rires)

Lors de différentes interviews, tu as avoué que musicalement, tes dernières productions étaient influencées par Nine Inch Nails. Y compris le dernier LP?

Cette fois-ci, pas tellement. Je pense que je me suis un peu lassé du style 'power electronic'.  Pour « Savage », j’ai emprunté un autre chemin.

Quelle est ta chanson préférée de Nine Inch Nails ?

Difficile de se prononcer, mais c’est probablement « Closer ». La liste est longue. « The Wretched » est aussi une de mes chansons favorites. « Head Like A Hole » a le meilleur refrain qui ait jamais été écrit.

Et ne penses-tu pas qu'il existe une chaîne d'inspiration entre toi et Trent Reznor ? Il a avoué avoir été influencé par toi et, plus tard, c’est l’inverse qui s’est produit.

J'aime beaucoup Trent. Surtout que nous sommes devenus voisins à L.A. Nous étions amis auparavant mais aujourd’hui, c'est encore plus facile, vu cette proximité. C'est principalement grâce aux enfants. Quand un de leurs enfants fête son anniversaire, Mariqueen et Trent organisent toujours une fête et nous invitent...

Ne penses-tu pas qu'il existe aussi une autre chaîne d'inspiration entre John Foxx et toi? Tu as déclaré à plusieurs reprises que John Foxx et Ultravox t'avaient influencé au début et tu as probablement influé à ton tour sur la musique de John Foxx, quand il a enregistré « Underpass », en solo.

Les influences vont bien au-delà de la musique. Les éléments musicaux que tu entends et qui t’imprègnent ne sont qu'une infime partie de tout ce qui t’influence comme artiste. Ca peut être un livre, une émission de télévision, une photo, une conversation. Ce sont des étincelles et elles enflamment ta propre imagination. Parfois, il est difficile de dire d'où l'inspiration vient. Dans ce milieu, tout le monde connaît ce phénomène. Trent également, et je suis sûr que John Foxx aussi. Nous sommes comme des éponges. Nous absorbons tout ce qui nous entoure en permanence.

C'est comme si tu digérais des informations afin de produire quelque chose de nouveau?

Oui. Trent, j'en suis sûr, est toujours attentif à ce qu'il entend ou plus généralement, à ce qu'il perçoit du monde extérieur. Il emmagasine une énorme quantité d'informations créatives et il les traite pour en restituer quelque chose de personnel. Parfois, tu entends un air que tu apprécies, puis tu l'oublies et un an plus tard, il réapparaît dans ton travail et tu imagines que c'est ta propre idée. C'est effrayant. Il y a longtemps, j’avais composé une chanson que j’aimais beaucoup. Puis ma femme est entrée dans le studio et s’est exclamée : 'C'est Siouxsie et les Banshees! ' Sans le savoir, j'étais occupé de réécrire une composition de Siouxsie! (rires)

C'est ce qui rend les cas de plagiat si compliqués.

J'ai eu un cas de plagiat très tôt dans ma carrière, en 1978 ou 1979. Ma maison d'édition a remarqué qu'un artiste m'avait copié. Mais l'autre partie a fait des recherches. Des experts ont retracé le parcours de la musique, ma musique, jusqu'au 14ème siècle, pour remonter jusqu’à celle que les moines avaient l'habitude de chanter (rires) ! Donc, on pense être l’auteur de compos originales, mais en fait ce n'est pas le cas.

Sans oublier que toutes les idées flottent au-dessus de nos têtes...

Ma théorie est que quand on est enfant, on apprend la musique, les accords, les mélodies, etc. en les écoutant, donc quand, plus tard, on commence à écrire ses propres chansons, on ne peut honnêtement affirmer qu’elles soient originales. On a été influencé depuis sa naissance. L'originalité est un mensonge, vraiment. C'est toujours une variation de ce qu’on a déjà entendu, à laquelle on a ajouté sa touche personnelle.

Si on prend comme exemple « Are Friends Electric ? », te souviens-tu du moment où tu l'as composée et comment l'étincelle s’est produite ?

Je me rappelle que je bossais sur deux morceaux en même temps. Mais je ne parvenais pas à les finaliser. Un jour, après avoir attaqué cla première, je me suis senti frustré de ne pas pouvoir la parachever et je suis passé directement à la scocnde  et je me suis rendu compte qu’elles pouvaient être complémentaires, moyennant quelques adaptations. Plus tard, alors que j’exécutais la partie instrumentale, je me suis trompé. Deux notes de la mélodie sonnaient plus fort que le reste. J'ai trouvé que le résultat est bien meilleur comme ça. Donc, en fait, ce riff a été élaboré par accident, parce que je joue très mal... (rires)

Et tu as puisé une inspiration pour les paroles dans le roman de Philip K. Dick, « Do Androids Dream of Electric Sheep ? » de Philip K. Dick…

Partiellement dans le livre de Philip K. Dick et en partie dans une série d'histoires de science-fiction que j'étais en train d'écrire. Et le nom de mon groupe, Tubeway Army, a été choisi en référence à un gang de Londres, qui agressait les usagers dans le métro. Mon livre parle du futur de notre civilisation. Le gouvernement a donné le pouvoir à un énorme ordinateur pour tout gérer. La machine se rend compte que ce qui rend la civilisation ‘non civilisée’, c'est l'espèce humaine. Alors, l'ordinateur commence à se débarrasser des individus, de manière sournoise, subrepticement. Des tests sont organisés pour évaluer leur intelligence et ceux qui échouent sont prétendument envoyés dans un centre de formation, mais ne reviennent jamais. Ensuite, certaines personnes réalisent ce qui se passe et vont se cacher dans un 'underground'. C'est une belle histoire mais je ne l'ai jamais achevée. Aussi, je l'ai transformée en album et je suis devenu célèbre... (rires).

Quand on regarde les expériences en cours opérées dans le domaine de l'intelligence artificielle, ça se passe parfois comme dans ton histoire : les I.A. annoncent vouloir se débarrasser de l'humanité...

Oui ... Nous sommes le problème, nous sommes le virus... (rires)

J'ai toujours pensé que si l'humanité était à 100% originaire de la terre, elle ne détruirait pas sa propre planète...

Oui, nous sommes comme des organismes étrangers, extra-terrestres...

Si tu devais choisir ta chanson préférée dans ta discographie des années 1979-1985, que choisirais-tu?

A l’exception des hits, les deux morceaux que je joue encore aujourd'hui, « Down In The Park » et « Metal ».

« Down in The Park » a souvent été repris.

Oui, entre autres, par Marilyn Manson. Les Foo Fighters aussi. Ils sont partout! (rires)

Et ta chanson préférée la plus récente ?

« Prayer for the Unborn », une plage de l’album « Pure ». Notre couple a perdu un bébé ; cette chanson a donc une signification particulière... Et sur « Savage », je choisirais « Ghost Nation »...

Pour commander « Savage (Songs from a Broken World) », c’est ici.

Photo par Phil Blackmarquis

Gary Numan

Savage (Songs from a broken world)

Écrit par

« Savage » constitue le 21ème opus de Gary Numan en 40 ans de carrière, une sorte de concept album qui s’inspire de la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord climatique de Paris. Une œuvre au cours de laquelle, Numan imagine un monde post apocalyptique, consécutif au réchauffement de la planète. Il narre donc ces dangers comme une fiction dystopienne. Faut dire qu’au fil du temps, les disques du Londonien sont devenus de plus en plus sombres et menaçants.

Les 10 plages de cet LP tiennent parfaitement la route. S’ouvrant par le lugubre « Ghost nation » et s’achevant par l’épique « Broken », il puise ses sources à la fois dans l’électro, la pop et l’indus. Que ce soit le funk futuriste « My name is ruin », l’atmosphérique « An it all began with you », le goth disco « When the world comes apart », le minimaliste (IAMX ?) « Mercy », le majestueux « What god intended » ou le martial « Pray for the pain you serve ». Régulièrement, les synthés se teintent de sonorités arabisantes ; et des choeurs célestes, féminins viennent parfois soutenir l’ensemble. Quant à la voix de Gary, elle n’a jamais été aussi proche de celle de Dave Gahan (Depeche Mode).

 

Gary Cain

Twangadelic Bluesophunk

Écrit par

Canadien, Gary Cain est chanteur/guitariste. Il est soutenu par une section rythmique, en l’occurrence le bassiste Tom Nagy, spécialiste dans l’unvivers du jazz, et le drummer Donnie McDougall. Les trois musicos sont diplômés du réputé Humber College de Toronto. Gary avait publié un Ep solo intitulé "The Holborn Sessions", avant que le trio ne grave ce "Twangadelic Bluesophunk". Cain signe les dix plages. Vu le titre de cet elpee, on imagine que la formation est responsable d’une expression sonore originale…

Et, en effet, dès "Live wire", les sonorités de gratte sont aventureuses, fouillées, complexes même, et comblent bien chaque espace, alors que la section rythmique doit s'adapter afin de suivre cette rapidité d'exécution. "Pipes and spoons" est un rock/blues plus classique. La voix se détache bien de l’ensemble. Et lorsqu’un créneau funk s’ouvre, Gary Cain se déchaîne sur sa gratte. Il adopte la technique du pickin’ (NDR : une pratique courante dans l’univers de la country) tout au long de "Thought I heard you say", un morceau de bravoure propice à la créativité. Etonnant ! Exercice de style instrumental, "Twang strut" se distingue par ces effets ‘twang’, produits pas la vibration des cordes, et tout particulièrement celles des guitares Fender. La vitesse d'exécution demeure impressionnante dans le style surf/country avant de virer à l’exotisme du reggae. Rockin' boogie, "Got me where you want me" enchaîne les riffs rythmiques, un peu dans l’esprit de ZZ Top. En accélération constante, les cordes sont en verve. Et se convertissent au métal sur le funk/blues "Last dance", une piste imprimée sur un mid tempo. Le spectre de Jimi Hendrix hante "Girl's too rich". Les accords sont nerveux, plaqués, saignants et adoptent une démarche rythmique en crescendo. Ballade instrumentale, "Faith healer" clôt cet opus. Un blues mélodique, au cours duquel, Gary injecte une bonne dose de réverb dans les cordes…

                       

Gary Moore

Live at Bush Hall 2007

Écrit par

Gary Moore est décédé dans son sommeil, en février 2011, alors qu’il séjournait en Espagne. Il avait 58 ans. Natif de Belfast, ce chanteur et surtout guitariste a marqué son époque, non pas pour sa créativité, mais parce qu’il était parvenu à assimiler la technique des meilleurs gratteurs de blues. A tel point qu’il en était devenu un guitar-hero. Après avoir fait ses premiers pas au sein du trio Skid Row, il s’illustre chez Thin Lizzy, puis participe à la deuxième expérience de Colosseum II, avant d’entamer sa carrière personnelle. Il vouait un culte à Peter Green, le fondateur de Fleetwood Mac. Il lui avait d'ailleurs racheté sa Gibson Les Paul Sunburst, une guitare à la tonalité unique. Pas étonnant qu’en 1995, il lui rende d’ailleurs un hommage, à travers "Blues for Greeny". Et l’année précédente, il avait participé à l’aventure éphémère de BBM (Bruce, Baker & Moore), une réplique du trio The Cream, Gary incarnant alors le rôle d'Eric Clapton. Un épisode au cours duquel, le combo va graver l'album "Around the next dream", chez Virgin. Parmi ses plus grands succès, on épinglera "Parisienne Walkways, sorti en 1979, et "Still got the blues", en 1991.

Cet elpee a été immortalisé le 17 mai 2007, au Bush Hall de Londres. Pour la circonstance, Gary est soutenu par Brian Downey à la batterie (NDR : ils se côtoyaient chez Thin Lizzy), Pete Rees à la basse et Vic Martin aux claviers. Et le leader n’hésite pas à arborer fièrement sa Les Paul Sunburst ! On ne peut pas dire qu’il faisait dans la dentelle, mais brillait dans sa pratique du hard rockin' blues. En outre, il était capable de nous réserver de superbes plages instrumentales, issues de sa plume. Enfin ce blues suramplifié avait séduit bon nombre d’aficionados d’un style, plus que centenaire. Et à se titre, on peut lui tirer notre chapeau.

"If the devil made whiskey" sert d’échauffement. Une attaque primaire chargée de décibels, au cours de laquelle il a déjà recours au bottleneck. Il adapte ensuite le "Thirty days" de Chuck Berry. Si la version ne manque pas d’allure, le traitement est quand même un peu trop hard pour ce classique du rock'n'roll. "Trouble at home" rend un vibrant hommage à Peter Green. Un blues dépouillé, superbement tapissé par les interventions d’orgue Hammond. Il nous réserve également quelques covers de classiques. En l’occurrence le "Eyesight to the blind" de Sonny Boy Williamson II, l’offensif "I'm tired" de Johnny Guitar Watson, le "Walking by myself" de Jimmy Rogers et une version tirée en longueur du "The blues is alright" de Milton Campbell, destinée à faire participer le public ! "I had a dream" est une chanson tendre, au cours de laquelle Gary s’applique au chant. "Gary's blues 1" sert de prétexte à un exercice de style nombriliste. Pas vraiment une bonne idée. "Don't believe a word" est probablement un ‘tribute’ au regretté chanteur de Thin Lizzy, Phil Lynott. Cette plage figurait sur l’elpee "Johnny the Fox", paru en 1976, une superbe ballade d’abord lente qui prend son envol après plus de 5'. Gary n’oublie pas d’interpréter son hit, "Still got the blues". Et en rappel, seul au bottleneck acoustique, il nous réserve l'émouvant "Sundown", une compo signée par le légendaire Son House. R.I.P. Gary!

 

Gary Numan

Un Numan toujours aussi ‘electric’!

Dorian Gray, le personnage d'Oscar Wilde, restait éternellement jeune car c'est son portrait, caché dans son grenier, qui vieillissait à sa place. En observant Gary Numan, sur le podium du Depot à Louvain, on le comparerait volontiers à Dorian Gray. A 55 ans, il est fringant comme un jeune homme! Après avoir traversé une période noire, suite à une dépression, il est de retour, plus ‘électrique’ que jamais!

Rappelons à toutes fins utiles que Numan était un des pionniers de la musique new-wave électronique, entre 1979 et 1985. En s'inspirant largement de Kraftwerk ("Man Machine"), David Bowie ("Low") et surtout de l'Ultravox période John Foxx ("Systems of Romance"), il a créé un style musical nouveau basé sur l'utilisation massive de synthés. Un style libérant une énergie postpunk et reflétant une imagerie dystopique, développée autour de son personnage humanoïde. Le tube "Are Friends Electric" et l'elpee "Replicas", publiés sous le patronyme de Tubeway Army, ont rencontré un succès immédiat en 1979 et ont été suivis par deux albums solos considérés comme de purs chefs-d'œuvre : "The Pleasure Principle" et "Telekon". Sa carrière a ensuite connu des hauts et des bas ; surtout des bas, jusqu'à ce que des ‘maîtres’ tels Dave Grohl, Trent Reznor, Prince ou Jack White décident de remettre Numan au goût du jour, début des années 2000, en soulignant son influence majeure sur la musique moderne. Influencé à son tour par ses ‘disciples’, surtout par Trent Reznor, qui est aujourd'hui son ami et voisin à Los Angeles, Numan a ensuite évolué vers une ‘power pop’ aux accents industriels, voire même metal.

C'est la dualité entre ces deux périodes qui constitue la trame majeure des shows de Numan. Au Depot, pour son 9ème concert en Belgique, il va alterner les hits incontournables de sa première période, comme "Cars", "Films" ou "I Die: You Die" ainsi que des plages de son tout dernier opus, "Splinter", dont il puisera non moins de neuf chansons, et quelques pistes extraites de "Pure" et "Dead Son Rising". Sur les planches, il est accompagné par un groupe complet, constitué d'un batteur, un guitariste, un bassiste et un claviériste. Les anciennes compos bénéficient de versions plus 'punchy', comme, par exemple, "Cars" et "Metal", qui sont jouées à la façon Nine Inch Nails, légèrement plus rapides et rehaussées par des guitares cinglantes.

Justement, les références à Nine Inch Nails sont encore plus marquantes dans les titres plus récents de Numan. L'intro de "I Am Dust" rappelle clairement les sons indus du combo américain période année 90. "We're The Unforgiven" évoque quant à lui "Help Me, I'm In Hell" dans les lignes de guitare. Les morceaux plus calmes, comme "The Calling", rappellent le côté ‘ambient’ de Trent Reznor, caractérisé par des mélodies simples au piano et par des vocaux murmurés plus que chantés. Par moments, l'illusion est frappante et on constate avec amusement que Numan s'inspire de Reznor qui, lui-même, s'inspirait de Numan... La boucle est bouclée.

L'attitude de Gary Numan sur les planches est loin d’être celle d'un humanoïde froid. Il se livre à fond, et ses prestations vocales sont irréprochables. Sur certaines compositions, surtout issues du dernier elpee, la formation utilise une bande-son, sur laquelle les musiciens jouent en direct. Qu'on apprécie ou pas ce procédé, il permet de reproduire les arrangements très complexes, les bruitages, les sons triturés voire même les voix féminines (dans "Splinter"). Les anciennes compos sont, quant à elles, exécutées à 100% en 'live'. Parmi les plus récentes, on relève également certaines qui baignent un peu trop, mon humble avis, dans le metal. "Here In The Black" évoque même la lourdeur symphonique de Within Temptation et "When the Sky Bleeds, He Will Come" lorgne généreusement du côté de Rammstein. Mais c'est évidemment une question de goût.

Extraite de "Splinter", "Lost" est une ballade touchante, empreinte d’une grande sensibilité. Numan a déclaré qu’elle avait en quelque sorte sauvé son couple au moment où lui et sa femme Gemma souffraient de dépression. Après un "Love Hurt Bleed" chalereusement applaudi, Numan clôture son set par le très beau "A Prayer for the Unborn", également une chanson qui traite de sa vie de couple et la difficulté d'avoir des enfants. Pendant le rappel, la formation va exécuter une version très énergique de "I Die: You Die" ; et le public, resté dans l'ensemble assez calme, semble enfin se lâcher. Vient enfin le moment tant attendu: "Are Friends Electric", dont Numan fournit une version retravaillée, tout en contrastes et en nuances. Superbe! Regardez la vidéo de ce très beau moment ici. L'artiste prend congé en offrant un dernier titre particulièrement paisible, "My Last Day"...

On l'a compris, on a eu droit à un concert à deux vitesses. De superbes moments sur les anciens titres et un enthousiasme plus retenu sur les plus récents. Ces derniers sont en effet beaucoup plus formatés, plus prévisibles alors que les "Cars", "Down In The Park" et autres "Are Friends Electric" apparaissent comme des fulgurances de génie ; dans ces anciennes compos, Numan transcende les cadres pré-établis (il n'y a pas de structure couplets/refrain) et apporte cette caractéristique unique qui est l'hyper-mélodicité (chaque intervention instrumentale est un 'riff', une ligne mélodique reconnaissable). Dommage que Numan refuse de revenir à la musique de sa période la plus féconde, alors qu'une nouvelle scène très vivace (la 'minimal wave') s'emploie aujourd'hui à donner une nouvelle existence à celle des années '80.

Déplorons aussi le management de l'artiste, qui n'autorise que très peu d'interviews pour les journalistes avant le show, préférant organiser des ‘VIP meet & greets’ à 100 € pour les fans les plus aisés. Enfin, il n'y avait pas de première partie ; c'est dommage car ces 'supporting acts' sont des occasions uniques pour les artistes locaux de se faire connaître. Ainsi, on aurait aimé, par exemple, voir ou revoir les excellents Bruxellois d'ORGANIC sur l’estrade ! Mais ne boudons pas notre plaisir : vivre un concert de Gary Numan dans une forme 'olympique' a été du pur bonheur. La prestation était excellente. Le son était parfait, les lumières irréprochables et l'expérience, dans son ensemble, 'électrisante'!

(Organisation : Het Depot, Louvain)

Setlist :

Resurrection
I Am Dust
Metal
Everything Comes Down to This
Films
Here in the Black
The Fall
The Calling
Down in the Park
Lost
Cars
Pure
Splinter
When the Sky Bleeds, He Will Come
Love Hurt Bleed
A Prayer for the Unborn

Encore:

I Die: You Die
Are 'Friends' Electric?

My Last Day

(Voir aussi notre section photos ici)

 

 

Gary Clark Jr.

Blak and Blu

Écrit par

Autrefois, dans l’univers du blues, les ‘guitar heroes’ étaient légion. Souvenez-vous de Jimi Hendrix, Eric Clapton, Jimmy Page, Jeff Beck, Alvin Lee, Peter Green ou encore Rory Gallagher. Alors jeunes, ces musiciens ne manquaient ni de charisme ni de compétences ; mais ils donnaient surtout envie à leurs fans de s’identifier à ces idoles. Depuis, ce phénomène est devenu plus rare. On recense encore Stevie Ray Vaughan disparu trop tôt, et plus près de nous, sur la scène du blues rock, Joe Bonamassa ; mais en général, ces sont des musicos à la peau blanche.

Exception qui confirme la règle, Gary Clark Jr. Un black qui a pris manifestement la bonne direction. Et pour cause, il s’inspire directement du dieu Hendrix et de l'ange Vaughan. Gary n'a que 29 ans. Il a parfaitement intégré les courants de la musique américaine : blues, rock'n'roll, soul, jazz, country. Ce Texan nous vient d'Austin, comme les frères Vaughan, Stevie Ray et Jimmy. Encore gosse à Austin, il avait séduit le vieux Clifford Antone qui hébergeait le meilleur club de blues de la capitale texane, l’‘Antone's’. Au cours des dernières années, il est monté régulièrement sur les planches en la compagnie de grosses pointures, telles que BB King, Buddy Guy, Eric Clapton et même les Rolling Stones. Dès 2004, il enregistre ses premiers albums et quelques Eps, qu’il autoproduit. En 2011, il tape dans l'oreille du label major Warner. L’écurie lui permet de publier l’Ep "The Bright Lights", qui bénéficiera d’une version australienne plus conséquente, l'année suivante. Il vient de graver son nouvel elpee. Il est éponyme et bénéficie enfin d’une large distribution.

"Ain't messing around" ouvre le feu. Nous sommes au cœur de Memphis. Soutenu par une section de cuivres, ce southern soul ranime ces sonorités Stax si excitantes, qui ont marqué les années 60 et 70! La première sortie à la six cordes ne manque pas de gouaille, mais le rythme adopte celui du galop ! La voix ne libère pas toute sa puissance, elle caresse même "When my train pulls in", un blues rock imprimé sur un mid tempo irrigué par l'orgue Hammond B3 de Zac Rae. Gary entame timidement un envol sur les cordes avant se libérer totalement. Mais ce déferlement, accentué par les effets de la pédale wah wah, sont parfaitement maîtrisés. Une incursion dans le psychédélisme, tout à fait exceptionnelle ! Gary a assimilé l'essentiel du testament de Hendrix. Plage soul, le titre maître emprunte au "Pieces of a man" de Gill Scott-Heron. "As the years go passing by" lorgne vers Albert King. "Bright lights" est un blues rock efficace. Tourmentées, torturées à l’extrême, les sonorités trempent dans le fuzz. Sculpté dans le rock’n’roll, "Travis county" est propulsé par la machine à percussions de J J Johnson. Gary puise toute l'énergie d'un Thorogood pour nous réserver un solo d'une rare efficacité. Deux pistes se révèlent plus dispensables. Tout d’abord, "The life". Une ballade soul hip hop sans grande consistance. Puis "Glitter ain't gold", un power blues rock un peu lourd. "Numb" est véritablement hanté par Hendrix. Une compo puissante, bien ficelée, au cours de laquelle sa voix musicale est talonnée par la guitare triturée et gémissante de Clark. Il s’agit peut-être du "Voodoo Chile de notre Junior ? "Third stone from the sun" rend un long et brillant hommage au même James Marshall. Cette réplique vivante poursuit dans le même registre, en nous proposant un nouveau voyage atmosphérique propice à la transe psychédélique, "You saved me". De toute bonne facture, cet elpee s’achève par "Next door neighbor blues", un blues acoustique inspiré par les pionniers du Delta.

 

Gary Clark Jr.

The Black Keys Work

Écrit par

Il n’a fallu qu’une poignée d’albums autoproduits, quelques rencontres providentielles et un premier LP loué par la critique pour transformer Gary Clark Jr. en ténor du blues. Si son « Blak and Blu » peine à convaincre pleinement, c’est surtout sur scène que le Texan gagne ses galons de talent incontournable. Il va le prouver le soir même de son anniversaire, sur la petite scène du Club de l’Ancienne Belgique, devant un public conquis dès les premières notes d’un concert mémorable.

Le soir de son passage à Bruxelles, Gary Clark Jr. soufflait donc ses 29 bougies. Dès 20h30, le prodige fait son entrée sur scène devant une foule qui lui chantonne un ‘happy birthday’ à tue-tête. Un sourire jusqu’aux oreilles, il remercie le parterre et entame sans cérémonie un spectacle qui ne durera pas moins de deux heures ! Et dès les premières notes, on est gagné par les frissons. D’entrée de jeu, le petit mec au look de beau gosse de la tête aux pieds, t’envoie un uppercut dans la face.

Le parcours de Gary Clark Jr démarre à ses douze ans lorsqu’il s’empare pour la première fois d’une guitare. Il ne la lâchera plus et sera repéré par le tenant du club de Blues le plus prisé d’Austin, sa ville natale, ainsi que par Jimmy Vaughan, le frangin de Stevie Ray. Il en profite pour publier quelques albums qu’il vend à l’étalage. Quelques années plus tard, le Texan croise la route d’un certain Clapton, qui l’invite à son Crossroads Festival ; puis tout s’enchaîne pour le guitariste qui se chope un critique de choix en la personne d’Obama. Le président of ze United States est conquis, et Warner décroche la timbale en faisant signer un contrat juteux au jeune homme. « Blak and Blu », son premier LP sur une major, atterrit dans les bacs en octobre 2012 et ravit les critiques qui voient déjà en lui le nouvel Hendrix. Mais plus que sur disque, c’est surtout en ‘live’ que Junior montre de quel bois il se chauffe.

Dans le confort du Club, même les compositions les moins convaincantes de « Blak and Blu » sont sublimées. Le mec, plutôt taciturne, donne le meilleur de lui-même. On prend un vrai pied à le voir caresser les cordes de ses guitares et balancer un blues rock bien graisseux, qui te fait vibrer chaque parcelle de ton corps, à deux doigts de toucher l’âme. Derrière lui, sous sa coiffe afro, le batteur s’acharne sur ses fûts. Il doit certainement étouffer sous sa chevelure. A sa gauche, le bassiste se prend pour Bono. Il est chaussé d’horribles lunettes de soleil jaunes pâles qui détonnent avec la sobriété de ses camarades. Une faute de goût toute pardonnée lorsqu’il déloge un solo parfait en milieu de set. Et à sa droite, se dresse un guitariste qui passe un peu au second plan, vu le talent énorme du leader de la troupe.

Clark Jr. adresse quelques sourires à la foule en lui demandant de temps en temps si tout va bien, inquiet du calme qui y règne entre les morceaux. C’est qu’on est tous accroché à tes lèvres et ta guitare, mon gars ! Beaucoup plus que Jimi Hendrix, la voix et certains riffs, justement, évoquent souvent The Black Keys. Ce qui laisse penser qu’une collaboration entre la paire Dan Auerbach/Patrick Carney et le bluesman pourrait faire de grosses étincelles. En attendant, au Club, les solos du kid s’enchaînent, ne laissant les spectateurs reprendre leur souffle qu’entre deux morceaux. Enorme !

Pour clôturer les deux heures de pur plaisir qu’il a offert au public belge, Gary Clark Jr. se lance en rappel dans une démonstration dépouillée d’une ballade Soul, en solo, avant d’être rejoint par ses acolytes pour la der des ders. L’auditoire en profite pour lui souhaiter à nouveau un joyeux anniversaire en chanson. Et c’est un verre de champagne à la main que le prodige se retire du podium, tout sourire. Un sourire presque aussi large que celui des quelques 250 personnes qui ont pu assister ce soir à l’éclosion d’un talent qui a toutes les chances de connaître une ascension vertigineuse. Preuve en est que le bonhomme est déjà annoncé sous le chapiteau ‘The Barn’, la  petite dernière de Rock Werchter, le 5 juillet. Si vous y êtes, ce serait du gâchis que de passer à côté d’une telle opportunité !

(Organisation : AB)

 

Gary Primich

Just a little bit more

Écrit par

Gary Primich était sans conteste l'un des meilleurs harmonicistes de blues. Il est né en 1958, à Chicago. Mais il nous a quittés en septembre 2007, suite à une overdose d'héroïne. Il n'avait même pas 50 ans. Il s’était fixé à Austin dès 1984, et n'avait dès lors plus quitté le Texas! En 1987, il monte The Mannish Boys en compagnie de Jimmy Carl Black (ex-Frank Zappa Band). Ils publient deux elpees ensemble. Ensuite Gary décide de voler de ses propres ailes et enregistre un opus éponyme en 1991. Il en gravera huit de plus, sur Flying Fish, Black Top et Antone's. Son dernier, "Ridin' the darkhorse", était sorti en 2005, chez Electro-Fi.

C'est la famille de Gary qui a décidé de sortir ce double CD en hommage à l'artiste. Une collection de 24 plages issues de plusieurs de ses long playings, des inédits et des extraits enregistrés pour Omar & the Howlers, lors d’une période qui s’étale de 1994 à 2006. L’occasion de retrouver la crème des musiciens blues de la capitale texane, à l’instar des notoires Derek O'Brien, Jay Moeller, Sarah Brown, Georges Rains, Wes Starr, Nick Connolly ou encore Gary Clark Jr… L'homme était également et incroyablement populaire en Finlande. D’ailleurs, un Gary Primich Band tourne, en hommage au regretté disparu?

Cette collection s'ouvre par "Satellite rock", un tour de force instrumental qui remonte à ses débuts. "Sweet fine angel" ouvrait son album éponyme commis en 1990 chez Amazing. Plongé au cœur d'un big band, "Boogie woogie baby" swingue du tonnerre ; Gary se réserve pourtant une sortie remarquée sur son petit instrument! Plusieurs plages jamais éditées et immortalisées en compagnie d'Omar Dykes ont été retenues, dont le solide boogie "Midnight ramblin' man". Un pur bonheur pour tous les fans du regretté Texan. L'intensité libérée lors de la reprise de "One room country shack" est tout à fait remarquable. La voix d’Omar est au bord des sanglots et l'harmonica de Gary si proche du maître George Smith. Trois extraits de "Travelling mood", publié en 1994 sur Flying Fish, figurent en fin de parcours sur le premier cd. Tout d’abord une claque instrumentale ; en l’occurrence la relecture du classique jazz de Duke Ellington, "Caravan". Le très jazzy "School of hard knocks". Et "House rockin' party", une piste imprimée sur le Diddley beat et caractérisée par la présence de Shorty Lenoir aux cordes. Enfin toujours contaminé par le même Diddley beat, figure "Hoodoo ball", un extrait de l'album d'Omar, "Muddy springs road".

Le second cd épingle d’abord quatre fragments issus du même elpee. Tout d’abord "Dangerous man" ; et il casse la baraque. "Put the hammer down" ensuite. De toute évidence l'un des sommets de cet hommage. Un flirt entre le blues et le rockabilly, mais tout en légèreté et swing. "Mr Freeze" encore. Un instrumental généreux exécuté sur l'instrument chromatique. "Mail order Mojo" enfin. Un titre époustouflant célébrant cette collaboration entre Omar Dykes et Gary Primich. Cette plaque recèle également quatre plages extraites de "Ridin' the darkhorse" (NDR : publié sur Electro-Fi en 2005). Notamment les swamp blues "Pray for a cloudy day" et "Never know when a woman", impliquant Dave Biller à la guitare, ainsi que "Keep on talking", une compo dont le tempo est emprunté à Jimmy Reed, et à laquelle Gene Taylor participe au piano. Le recueil s’achève par "Down in Mississippi", lors d’un duo inédit entre la voix et la guitare d'Omar et l'harmonica de Primich. L’émotion est constamment palpable tout au long de cette œuvre. Manifestement, Gary est toujours dans nos cœurs…

 

Gary

Hey Turtle, Stop Running!

Écrit par

Notre ami Gary est autrichien. En réalité, il s’appelle Robert Stadlober et s’est forgé une certaine notoriété comme acteur. Il n’est donc guère notoire dans l’univers musical. Pourtant, il est passionné par la musique. Celle des années 90, tout particulièrement. Bien sûr, on a souvent remarqué que les transfuges du cinéma vers la musique, ne sont pas toujours très concluants. Suffit de penser à Emmanuelle Seigner. Néanmoins, il faut reconnaître qu’au sein de ce nouvel environnement, il se débrouille plutôt bien.

Robert n’est pas vraiment un artiste solo, puisqu’il est soutenu par un backing group au sein duquel figurent Astrid Noventa, Rasmus Engler et Daniel Moheit. Des collaborateurs talentueux qui l’épaulent depuis les débuts de l’aventure, soit en 2001. « Hey Turtle – Stop Running » constitue le troisième opus de Gary. Et franchement, il a de l’allure, lorgnant tour à tour vers la lo-fi de Guided by Voice voire de Pavement (« You, Lou and Stephen Ca. 1995 ») ou la power-pop chère à Big Star et Teenage FanClub (« Epitaph »). Les voix conjuguées de Robert Stadlober et Astrid Noventa manquent parfois d’assurance, mais jamais de grâce et finalement s’avèrent très susceptibles de vous refiler une bonne dose de frissons…

Car Gary est définitivement un ami qui vous veut du bien…

 

Gary Numan

Dead son rising

Écrit par

Pour le mélomane lambda, Gary Numan se résume à « Are 'Friends' Electric? » et « Cars », deux titres qui l’avaient rendu célèbre, lors de son aventure Tubeway Army d’abord, puis dès sa première expérience en solo. Nous étions alors à la fin des années 70. Et il va devenir une référence incontournable dans le domaine de l’indus, influençant tant Marilyn Mansun que Nine Inch Nails. Si on ne va plus beaucoup entendre parler de lui, ce n’est pas faute d’essayer, puisque ce « Dead son rising » constitue déjà son 21ème album. Et il faut reconnaître qu’ils sont quasi tous passé inaperçus. Faut dire que l’artiste souffre d’une forme d’autisme et qu’en outre, de précurseur, il est passé au stade de disciple. De qui ? Ben de Trent Treznor, celui qui le considérait à l’origine comme maître.

« Dead son rising » est un opus qui réunit des démos issues des sessions d’enregistrement de « Pure » (2000) et « Jagged » (2006). Ce dernier elpee avait été mis en forme par Ade Fenton, à l’époque, devenant par la même occasion son proche collaborateur. Et c’est à nouveau le cas pour ce « Dead son rising », auquel il participe activement, comme ce le sera encore lors de la sortie du prochain long playing de Numan, « Splinter ».

« Dead son rising » est partagé entre titres atmosphériques, introspectifs, monochromes, parfois instrumentaux (le plus souvent semi-acoustiques) et compos dont la rage froide et électrique est alimentée par des riffs de guitare ténébreux, des claviers métalliques et des programmations distordues, mais aussi hantée par la voix fragile de Gary (« Big noise transmission », « Dead sun rising », « When the sky bleeds, he will come », « For the rest of my life »). Un opus plutôt bien torché, mais pas révolutionnaire…

 

Gary Moore

Live At Montreux

Écrit par

La sortie de “Live At Montreux” était prévue bien avant le décès du célèbre guitariste irlandais. La plaque, également déclinée en format DVD, fait ainsi figure de premier hommage ‘commercial’ à l’ex-Thin Lizzy. Un show qui présente un Moore dans sa version hard rock et non bluesy. En témoigne, une set list axée prioritairement sur les elpees « Run For Cover », « Wild Frontier » et « After The War ».

C’est dans le cadre du célèbre Montreux Jazz festival, en juillet 2010, que ce flamboyant témoignage a été enregistré, et filmé. En ouverture, on se prend le puissant « Over The Hills And Far Away », titre qui a connu une seconde jeunesse avec la version bien ficelée de Nightwish.

Gary n’a rien perdu de ses qualités guitaristiques, et la prise de son est excellente. En revanche, sa voix n’est plus celle qu’il avait au beau milieu des années 80. Une performance qui fort heureusement s’améliore au fil des morceaux. « Military Man », « Blood of Emeralds » et « Out In The Fields », sont autant de classiques du hard eighties qui nous filent le frisson.

L’autre intérêt de ce bel ouvrage procède de trois titres inédits, et fort probablement, des dernières compos de Gary. Un titre très heavy, aux accents celtiques (« Days of Heroes »), une ballade au solo ravageur (« Where Are You Now ? ») et un bon tube rock en puissance (« Oh Wild One »). Le final, constitué d’un « Johnny Boy » joué en acoustique et d’une version longue durée du grand classique « Parisienne Walkways » est tout simplement époustouflant. Un grand moment d’émotion indispensable à tous les amateurs de ‘classic rock’.

 

Gary War

Police Water (Ep)

Écrit par

En 2010, on découvrait Phil Gone (alias Gary War), à travers son album « New Raytheonport ». Et pour dénicher des informations à son sujet, il fallait racler les fonds de tiroir sur le net. Faut dire aussi que le gaillard aime brouiller les pistes. Comme il apprécie mélanger les styles. Mais on ne peut pas dire que cet elpee lui a ouvert les portes de la notoriété. Faut dire aussi que sa musique n’est guère accessible. Moins d’un an plus tard, le New-Yorkais publie un Ep. Intitulé « Police Water », il est paru chez Sacred Bones, un label new-yorkais pratiquement inconnu. Et apparemment, l’Américain vit, toujours au fond de sa tanière, isolé du monde extérieur.

Découpé en neuf plages, cet Ep s’enfonce un peu plus dans le psychédélisme expérimental. Et pour la circonstance, il a incorporé des sonorités de claviers eighties. Pas new wave, mais plutôt disco kitsch. A paillettes, si vous préférez. A moins qu’elles n’évoquent, pour vous, la série Star Trek. C’est selon. Méconnaissable, la voix de Phil Gone est noyée sous une montagne d’effets. Quant aux mélodies elles sont tout aussi étouffées. Mais le mal dont souffre « Police Water » est bien plus grave : la monotonie. Les morceaux se suivent et se ressemblent. D’abord, on s’ennuie ferme, puis un certain agacement commence à vous envahir. D’autant plus que l’expression sonore de Gary War est loin d’être apaisante ; elle taperait même sur les nerfs.

L’Américain est pourtant talentueux et est donc capable de beaucoup mieux. Retour précoce ? Peut-être ! On attendra donc la sortie de son prochain album pour voir si « Police Water » n’était qu’un accident de parcours.

Gary Primich

Gary, Indiana

Écrit par

Au cours des années 80 et 90, Gary Primich a régulièrement tourné au sein des pays scandinaves : la Finlande, la Norvège, la Suède et le Danemark. Il a écumé les clubs et les scènes des grands festivals. Il s’y est d’abord illustré flanqué de son groupe, les Mannish Boys, puis en solo. Au cours de ces périples, il s’est produit en compagnie d’une multitude de formations locales. Auprès desquelles il a cependant dû s’adapter. En 1991, il rejoint le Honey B & The T-Bones (NDR : il s’est d’ailleurs, lié d'amitié au guitariste Esa Kuloniemi ; un personnage qui anime également une émission de blues, à la radio, dans son pays), et participe à la confection de l'album "Maantiekiitäjät". Par la suite, il s’est impliqué régulièrement auprès d’un autre combo du cru notoire : le Wentus Blues Band.

Le label finnois Blue North et la Finnish Blues Society viennent de prendre une excellente initiative : publier cet album hommage en y incluant de nombreuses plages inédites. La composition d’entrée et le final sont signés Kuloniemi. Elles ont été immortalisées en studio, dès 2006. Soit "The hitman", auquel collabore le chanteur rap Jimmie Lawson et "Gary, Indiana", une compo pas vraiment blues, plutôt étrange, flirtant avec la programmation électronique. Esa se charge des guitares, Gary, de l'harmo bien entendu, et Timo Hietala, des claviers.

La bonne surprise nous vient de son épisode vécu chez le Wentus Blues Band. On y recense sept titres étalés sur près de 40'. Ils ont été accordés au Cantina West de Helsinki, le 1er mars 2002. Originaire de Kokkola (NDR : c’est au beau milieu de la Finlande), le Wentus BB est drivé par Niko Riippa et Kim Vikman. La formation est née en 1986 et compte sept elpees à son actif. Lors de leur cinquième, "Family album", publié en 2004, elle avait reçu le concours de toute une série d’invités prestigieux, dont Kim Wilson, Omar Dykes, Gary Primich déjà, Carey Bell, Louisiana Red et Eddie Kirkland. Pour leur sixième, "Live in Helsinki", gravé l'année suivante, Phil Guy s’était improvisé frontman. Et sur leur dernier, "Family meeting" (NDR : encore un live !), la liste de guests épinglait notamment Omar Dykes, Kim Wilson et Mick Taylor.

Mais revenons à son aventure vécue auprès du WBB. Gary est au sommet de son art. Sa cover du "Hillbilly blues" d'Eddie Clearwater est nerveuse. Les musiciens du Wentus sont excellents. Sa version du "Sadie" de Hound Dog Taylor est superbe. Elle est imprimée sur le tempo du "Help me" de Sonny Boy Williamson et en emprunte même le riff. Le style de Gary est authentique, raffiné, très personnel. Il agrège blues, rock, country. Son interprétation est bouleversante. Sa voix harmonieuse. Et il le démontre à nouveau sur le pur rock’n’roll "Down the road I go", une compo issue de la plume de Smiley Lewis. Le "Real gone lover" de Dave Bartholomew trempe dans le swing louisianais. Les gratteurs s’y révèlent en pleine démonstration. Gary visite toujours la Louisiane lorsqu’il aborde le "Think it over" de Joe Barry, un swamp blues indolent. Si "Goodbye little girl" se révèle d’excellente facture, son "Company man" constitue certainement sa meilleure composition. Saluons cette excellente initiative prise par Blue North de nous réserver une telle tranche de concert.

Les quatre plages suivantes sont extraites de "Mantiekiitäjät", dont question dans le premier paragraphe. Honey B and the T-Bones est un combo piloté par la chanteuse/bassiste Aija ‘Honey B’ Puurtinen et Mr Kuloniemi. De cet elpee ont été extraits le "Hustler" de John Juke Logan, "The girl that radiates that charm" (NDR : une compo souvent reprise au cours des dernières années), "Number nine train" et un medley accordé en ‘live’ à Helsinki, en 1991 : "Been around the world"/"My back scratcher". C'est dingue comme cet assemblage sonne plus texan que nature, parfois même très très T-Birds ! Un bel hommage rendu à Primich. Rest in peace, Gary!

 

Gary War

New Raytheonport

Écrit par

Phil Gone alias Gary War est un individu plutôt mystérieux. Il vit à New York et compte déjà quelques albums à son actif. Mais pour le surplus, il ne filtre guère d’informations officielles à son sujet sur le net. Pas pour rien que le gaillard aime brouiller les pistes…

Album surprenant, « New Raytheonport » reflète l’esprit claustrophobe et schizophrène de l’artiste. Au cours de sa jeunesse, il a certainement dû dévorer tous les classiques de l’histoire du rock. Et pour cause, sur cet opus, les influences oscillent du psychédélisme au shoegazing, en passant par la cold wave et le rock garage. Un sacré bordel donc !!! Un peu comme si Panda Bear avait grandi à l’écoute de Joy Division et The Talking Heads plutôt que de s’immerger dans l’œuvre de Beach Boys. Ou alors à l’instar d’un Liam Finn qui aurait abusé de psychotropes. Phil Gone aime expérimenter. Et refuse de suivre le mainstream. Si ses compos sont souvent torturées, il ne néglige pourtant pas pour autant leur aspect mélodique. Simplement, il faut gratter un peu avant de déceler cette sensibilité.

Tout au long de « New Raytheonport », l’Américain se laisse emporter par le fil de ses idées. Tel un aventurier sonore, il goûte à tous les styles et tous les climats. Des climats tour à tour atmosphériques, ténébreux ou allègres. Un « Clouds Went That Way » lorgne ainsi vers un Animal Collective période « Feels » alors qu’« Obscure Preference » baigne dans la cold wave circa Joy Division. Et l’éventail de références est loin d’être exhaustif.

La voix de l’artiste est difficilement détectable tant elle est trafiquée, se fondant même parfois complètement dans l’expression sonore. Impossible d’isoler les différents instruments. La musique de Gary War forme un tout, une masse intelligemment agencée. Ce n’est qu’après plusieurs écoutes que se dessine la réelle puissance de l’album. N’y cherchez pas la rigueur. Ce n’est pas le souci majeur du Newyorkais. Même qu’il lui arrive, à force d’expérimenter, de se planter. On ne fait pas l’omelette sans casser d’œufs…

Gary War ne deviendra sans doute jamais populaire. Mais son cas mérite d’être examiné. A cause de son immense potentiel créatif. Et puis, si vous appréciez la musique alternative, ne passez pas à côté de son œuvre. Et tout particulièrement de ce « New Raytheonport », un opus dont les compos nécessitent un certain laps de temps avant d’être appréciées à leur juste valeur ; mais qui après avoir pénétré dans votre subconscient ne veulent plus en sortir…

Gary Allegretto

Many shades of Blue

Écrit par

Gary est un bel homme. Souriant, musclé, il a été sapeur pompier à Los Angeles, garde-forestier, agent de sécurité sur les plages du Pacifique, cowboy dans un ranch et… bluesman itinérant. Ce Californien a découvert le blues en écoutant le vétéran John Jackson ; quelque part en Virginie, où le vieux noir travaillait également comme fossoyeur. Gary est entré en studio, pour la première fois, afin d’accompagner un autre ‘Piedmont’ bluesman, John Cephas. Il avait alors participé à la confection de quatre titres.

Gary est le fondateur de ‘Harmonikids’, une organisation dont l’objectif fondamental est de soigner les enfants par la thérapie de l'harmonica. Il a ainsi apporté son soutien personnel aux enfants victimes du tsunami en Indonésie et de l'ouragan Katrina, en Louisiane. Il leur a offert des harmonicas et leur a appris les premiers rudiments pour pouvoir interpréter l’une ou l’autre chanson. Il s’est produit un peu partout dans le monde, aussi bien dans des formules électriques qu'acoustiques.

Flanqué des Sugar Daddys, il avait commis son premier elpee, "Throwing heat", en 2003. Pour concocter ce second opus, Allegretto a reçu la collaboration de ses musiciens, mais également de plusieurs invités de marque. Pour la plupart des amis. Et notamment, Ivan Neville, Miss Janiva Magness, John Cephas et Doug McLeod… L'album est partagé entre plages acoustiques et compos largement amplifiées. Gary signe douze des quatorze fragments.

Gary souffle dans les aigus pour introduire "She speaks to me". Le rythme est calqué su celui de Jimmy Reed. Sur ce titre, il est épaulé par ses musiciens : le guitariste Tommy Kay, le pianiste Steve F'Dor, le bassiste Paul Eckman et le drummer David Kida. Une entrée en matière aussi brillante qu’engageante. "Bad man" adopte un même profil. Un excellent niveau qui persiste tout au long de "Somerset", caractérisé par des accents empruntés au country blues. Notamment grâce à la complicité presque fraternelle entretenue entre l'harmo et la guitare National Resonator de Doug McLeod. Rocker, "Good to go" est un morceau tout à fait remarquable, au cours duquel le piano de F'Dor se montre insatiable pendant que l'harmo flâne en totale liberté. L’approche acoustique recèle des richesses insoupçonnées. Et tout d’abord "Four days late", une ballade imparable évoquant le drame vécu par la Nouvelle Orléans, lors du passage de Katrina. Ivan Neville siège derrière l'orgue Hammond. Son timbre vocal est divin. Et que dire de celui de la charmante Janiva Magness ? Ce duo est soutenu par Rich Del Grosso à la mandoline et David Jackson à l'accordéon. Gary et Janiva se partagent un autre tandem sur "Risk of love" ; Neville se militant aux claviers pendant que Kay se libère sur sa slide. Ian Espinoza (NDR : il a sévi chez les Blasters) gratte et chante "Never the same", un morceau très country blues. John Cephas apporte son concours à la guitare sur quatre plages. Il se réserve le chant pour "Hurry down rounder". Le partage en compagnie de Gary tout au long de "Saddle my pony", une chanson particulièrement grisante. La connivence affichée entre John et Gary rappelle son habituel partenaire Phil Wiggins. Balayé par le banjo et le violon, "Settle down blues" baigne à nouveau dan un climat cowboy. L’elpee recèle deux reprises. "Back to Memphis", tout d’abord. La voix légèrement lasse colle parfaitement à cette version tonique, imprimée sur un tempo très rock'n'roll. Ensuite, le "Mind your own business" de Hank Williams. En duo. Avec pour partenaire Cephas. D’excellente facture, cet opus s’achève en compagnie du même duo. Mais sous une forme instrumentale. Un "John's kitchen rag" cuisiné à la sauce piedmont.

Suivant les dernières infos, Gary Allegretto vient de sortir un nouvel elpee de tendance acoustique. Davantage folk roots voire Americana. Son titre ? "Harmonicowboy". Un surnom qui lui avait été attribué lorsqu’il bossait comme garde-forestier dans l'Arizona, le Colorado, le Nouveau Mexique et le Wyoming!

Gary Primich

Ridin' the darkhorse

Écrit par

Gary Primich, un des plus talentueux harmonicistes de blues blanc est décédé le 23 septembre dernier. Probablement d’une overdose. Son dernier album était paru au début de l'été 2006. Il marquait un retour à ses racines. Les musiciens s'étaient enfermés dans un garage, au Sud d'Austin. Un garage aménagé en studio par Billy Horton : Fort Horton. Lors de l’enregistrement de cet opus, Horton s’est réservé la basse acoustique. Dave Wesselowski s’est chargé de la basse électrique et Jim Starboard de la batterie. Pour les solistes, il avait reçu le concours de ses vieux compagnons Mark Korpi et Dave Biller aux guitares ainsi que l'excellent Gene Taylor aux claviers.

"Daddy let me hitch a ride" emprunte un tempo vivace. Le climat est très texan. La guitare s’autorise les premières libertés, alors que les interventions à l’harmonica n’apparaissent qu’en seconde partie. La reprise de "Sugar bee" laisse immédiatement la part belle à l'harmo. Le chant de Gary est convainquant. La rythmique est solide. Elle soutient la slide aux sonorités poisseuses. Une situation qui incite le leader à sortir le grand jeu. Il gonfle ses poumons au maximum pour exprimer toute sa vivacité et sa volonté. Cap vers la cité des vents pour envoyer ce "Why don't you write me", imprimé sur un tempo proche de Howlin' Wolf, même si Gary déclame qu'en voyageur solitaire, il s'enfonce dans le cœur du Texas profond. De sa voix nasillarde, Primich chante paresseusement le blues. Il en saisit au passage toutes les spécificités. Il se montre persuasif sur "Pray for a cloudy day". Les cordes de Dave Biller résonnent au profit de la collectivité. Du blues 5 étoiles ! "Wig city" accroche instantanément. L’ensemble se montre très soudé tout au long de ce Texas blues. Le son légèrement réverbéré des cordes rencontre le bayou blues rock aux couleurs louisianaises. Le rythme s'accélère et se mue en rockabilly pour permettre à Gary de nous servir le récréatif "Hill billy blues". La section rythmique s'emballe sous la pression des percussions de Starboard. "Keep on talking" constitue un des grands moments de cet album. Le rythme est inspiré par Jimmy Reed. Gary souffle dans les aigus et chante d'une voix posée, assez grave, devant le piano virevoltant de Gene Taylor. Une plage au cours de laquelle Primich étale tout son talent. Il aborde avec le même bonheur le style west coast lors de la reprise de "She walks right in", une compo bourrée de swing. Son solo est très inspiré libérant au passage une guitare au jump provocateur. Il chante d’un timbre nasillard et en toute décontraction l'ambiance des swamps louisianais sur "Never know when a woman". Et ce climat lui plait, apparemment beaucoup. Les caisses de Jim Starboared vibrent et libèrent un son très New Orleans sur le "Don't tear my clothers" de Lightnin' Hopkins. La guitare de Biller incorpore sa dose d'écho pour évoquer les bayous tout proches. Cette ambiance de la Crescent City revient encore plus franchement tout au long de "Country boy". Starboard adopte le rythme du chemin de fer pour aborder la route de "Kansas City". Gary exécute le meilleur solo de l'album avant de reprendre le "You got me" de John Brim lors d’un shuffle mené à la texane. L'album s'achève par "Indiana", un instrumental qui baigne dans une atmosphère très jazzyfiante.

Ce musicien particulièrement talentueux et très inspiré nous a quittés depuis. La pochette est illustrée par Gary, cet éternel amoureux des animaux. Il avait été photographié en compagnie de son chien, une image fort semblable à celle qui illustrait son album "Dog house music", paru en 2002…

Gary Primich

R.I.P Gary Primich

Écrit par

Gary Primich, un des plus talentueux harmonicistes de blues blanc est décédé le 23 septembre dernier. Probablement d’une overdose. Etabli à Austin, dans le Texas, il était seulement âgé de 49 ans. Son dernier album "Ridin' the dark horse" était paru au printemps dernier, sur le label Electro Fi. C'était son huitième en solo, depuis 1990. Il avait également régulièrement collaboré avec Omar Dykes et ses Howlers ainsi que Steve James. Auparavant, il avait monté les Mannish Boys en compagnie de Jimmy Carl Black, l'ancien batteur des Mothers of Invention. Il était né dans la Cité du blues, Chicago, et avait étudié le style des plus grands, depuis Sonny Boy I à Sonny Boy II, en passant par Little Walter et Big Walter Horton. Il avait émigré au Texas vers 1980.

Gary Preston & Anita Bonkowski

Satisfy somebody

Écrit par

Non seulement, Gary et Anita partagent leur existence, mais la vie et la musique se rejoignent dans leur passion. Celle du blues. Gary chante, compose, joue des claviers et de l'harmonica tandis que sa douce Anita joue de la basse acoustique et se réserve l'une ou l'autre percussion. Ils se sont retirés dans l'intimité d'un studio pour produire ce premier album. Le couple est issu du Canada occidental. Gary a longtemps sévi sur la scène blues de Winnipeg. A une certaine époque, il avait -paraît-il- impressionné le regretté Junior Wells. Il a drivé ses Harpoons avant de fonder son Gary Preston Band, au sein duquel militent Anita et deux autres musiciens. Une formation toujours en activité…

Pour ouvrir les hostilités, le duo s'attaque au répertoire de Willie Dixon ; et en l’occurrence à "Don't go no farther". Gary possède une voix bien assurée. Il double ici au piano et à l'harmonica pendant qu'Anita joue le rôle du géant Dixon sur sa basse acoustique. Mais au fil de la compo, l’instrument chromatique est mis de plus en plus en évidence. "Mighty long time" développe un dialogue entre la voix et l'instrument. Un moment bien intense au cours duquel Gary souffle avec retenue, à la manière de Sonny Boy Williamson II. Parfois le duo emprunte les accents syncopés de New Orléans. C'est évident sur "Cuddle up". Une situation qui se reproduit sur le titre maître. Preston se révèle, par ailleurs, très bon pianiste. Il joue aussi bien des deux mains. Sa voix est percutante tout au long des toniques "Seven nights to rock" et "Lonesome" (NDR : une cover de Memphis Slim). Il est également capable de chanter le blues sur un mid tempo. A l’instar de son "Platypus blues". Sa musique à bouche y produit alors des cris plaintifs. Parfois l'ambiance vire au jazz/cabaret. Comme sur "The bounce" ou encore lors de la reprise du hit planétaire de Ray Charles, "Georgia on my mind". Gary s'accompagne à l'orgue et au piano tandis que la tendre Anita joue des lignes bien mélodieuses sur sa basse. Si "Got an uncle in Harlem" prend une coloration swing jazz, le délicieux "Hurt" se couvre d’accents exotiques. Miss Bonkowski étale alors tout son talent à la basse. "Bayou heat" opère une incursion dans le pays du zydeco, une plage au cours de laquelle Anita est passée au frottoir. Pour achever cette bonne production maison, Gary se remet à souffler comme le vieux Sonny Boy, lui rendant en quelque sorte un hommage à travers ce "Greasy"!

 

 

 

Gary Higgins

Red Hash

Il est sans doute très probable que ce disque, s’il ne profitait pas du revival acid folk de ces deux dernières années (Devendra Banhart et consorts), n’aurait jamais été sauvé de l’oubli dans lequel il croupissait depuis plus de trente ans… Pareil pour Vashti Bunyan, qui depuis son intronisation par Banhart et Animal Collective, est ressortie du bois l’année dernière avec un nouveau disque (« Lookaftering »), trois décennies après son fameux « Just Another Diamond Day ». « Red Hash », qui date de 1973, vient donc d’être réédité par l’excellent label Drag City, au grand bonheur de tous les fans de néo-folk (barbus, pour la plupart) et des fashion victims (ce qui revient au même). Pour la petite histoire, Gary Higgins tenait la basse au sein du groupe Random Concept dans les années 60, dont l’un des autres membres, Simeon Coxe, fondera un peu plus tard les excellents Silver Apples… La suite est plus tragique : en octobre 1972 Gary Higgins est incarcéré parce qu’il dealait de la marijuana. Il reste en taule pendant 13 mois… Juste avant, il aura eu le temps d’enregistrer, en l’espace de 40 heures, ce fameux « Red Hash », alors pressé à 3000 exemplaires par un micro-label, Nufusmoon. Onze titres d’obédience acid folk, d’une qualité irréprochable malgré l’absence de moyens dont souffrait alors le chanteur. Vingt ans plus tard, la galette, tombée dans l’oubli suite à l’incarcération de son créateur et à l’absence de toute promotion et de distribution, s’échange sur le net pour plus de 200 dollars… C’est alors qu’en 2005, le folk hippie bénéficiant d’un regain d’attention de la part des labels et des médias (ils espèrent tous découvrir et signer le nouveau Banhart), ressurgit du néant cette pépite acoustique. Ben Chasny (Six Organs of Admittance, Comets on Fire), pour le coup, enregistre même une cover de « Thicker Than A Smokey » sur son dernier album « School of the Flower », de quoi alimenter le buzz et jouer au kador free folk… Sur « Red Hash » on retrouve donc des flûtes et du fingerpicking, des contes narcotiques et des cordes fleuries. Entre blues acoustique et mantras folk, ces treize titres (dont deux bonus) surprennent encore par leur vitalité, comme s’ils dataient d’hier… D’Adem (le surprenant « Stable the Spuds », quasi folktronica) à BRMC, de Mark Lanegan à Josephine Forster, nombreux sont ceux qui risquent d’avoir une claque en écoutant ce disque. « I Pick Notes From The Sky », titre l’une des chansons : si le ciel peut attendre, il est grand temps de rendre hommage, à l’homme et à son œuvre. Les pépites sont rares, et d’autant plus précieuses.

Gary US Bonds

Back in 20

Écrit par
Né en 1939, Gary Anderson est issu de la Floride. De Jacksonville, très exactement. Mais il passe son enfance à Norffolk, en Virginie. En 1960, il décroche son premier hit, "New Orleans". C’est le moment qu’il choisit pour changer son nom en U.S Bonds. Dans la foulée, il commet "Quarter to three", qui sera qualifié de party rock (NDR : imaginez un croisement entre James Brown et Little Richard !). A cette époque, il rencontre un tel succès, qu’il est invité à accomplir une tournée européenne. Les Beatles assurent alors son supporting act. Nous sommes alors en 1963. Il disparaît alors progressivement de la scène musicale. Jusque la fin des 70’s. Bruce Springsteen le rencontre et l’invite à enregistrer l’album "Dedication". Puis "On the line", en 1982. Pour son opus suivant, "Standing in the line of fire", Springsteen n’est plus de la partie. Coïncidence, mais Gary s’évanouit de nouveau dans la nature. Il vient donc de refaire surface. Et de se produire en compagnie des Roadhouse Rockers. « Back in 20 » constitue son premier elpee depuis vingt ans. Et excusez du peu, il s’est offert pour invités de marque : Bruce Springsteen, Southside Johnny, Dickey Betts et Phoebe Snow.
 
L’opus s’ouvre par "Can't teach an old dog new tricks". Une compo qui baigne au sein d’un climat rock ‘Springsteenien’. La voix de Gary est superbe. Springsteen se réserve la guitare et Southside Johnny l'harmonica. Les saxophones et le piano sont à la fête. Taillé dans le rock’n roll au groove imparable, "Murder in the first degree" est un véritable bonheur ! Bonds est parfaitement soutenu par ses musiciens : Wacker derrière son piano, Joey Stann au sax ténor et Mark Leinbach à la guitare pince ses cordes avec autorité. "Take me back" relève toujours autant du rock'n'roll pur. Southside Johnny a sorti son harmo. La prestation de Mark et de Jim décoiffe littéralement. Laurie "Big Mama" Anderson (NDR : sa femme) et Laurie "Lil Mama" Anderson (NDR : sa fille) prennent beaucoup de plaisir aux choeurs. La voix de Gary y emporte tout sur son passage. Imprimé sur un tempo plus relaxant, "She just wants to dance" trempe manifestement dans le blues. Armé de sa slide, Dickey Betts apparaît discrètement dans l’ombre de la scène. Adapté à la sauce soul/R&B, "Fanny Mae" est un classique cuivré enrichi de chœurs. Southside Johnny donne la réplique vocale. Les saxes de Joey Stann et Dan Cipriano dialoguent avec l'harmonica. "Bitch/Dumb Ass" évolue sur un tempo modéré dans un style rock'n'roll que les Stones pratiquent avec tellement de bonheur. Dickey Betts se réserve une superbe envolée sur les cordes tandis que la chanteuse, Phoebe Snow, lui accorde un échange vocal d’une rare qualité. Une immense émotion nous étreint lorsqu'il reprend "Ive got dreams to remember" d'Otis Redding. D’une voix soul alanguie, il nous rappelle sans ambiguïté le regretté Otis. A vous flanquer des frissons partout ! En fin de parcours, ses Roadhouse Rockers se réservent l’accompagnement. Consacrant du bon R&B vivifiant. A l’instar de "Nothing but blue". Jim Wacker amorce "She choose to be my baby" comme boogie woogie, avant de laisser la place aux cuivres. Une plage au cours de laquelle Gary démontre qu’il possède un organe vraiment impressionnant. Gary US Bombs vient de réussir son come-back. D’autant plus que sa voix s'adapte avec une aisance déconcertante aux différents styles et aux différents tempos…

Gary Moore

Back to the blues

Écrit par

Et un retour de plus au blues pour Gary, un!! Agé de près d'un demi siècle, cet Irlandais a vécu sa première expérience intéressante à l'extrême fin des 60's. Au sein du trio Skid Row. Il est ensuite embrigadé chez Colosseum II et Thin Lizzy avant d'entamer une carrière personnelle, en 1979. Son adhésion au blues l'amène à sortir l'album "Still got the blues" en 1990, et "After hours", l'année suivante. Un disque pour lequel il avait bénéficié de la participation d'Albert King, de BB King et d'Albert Collins. Il commet alors "Blues Alive" en 93 et la collection "Blues & Ballads" en 94. La même année, il participe brièvement au projet BBM, autrement dit Baker, Bruce & Moore. En 95, il rend hommage à son maître à jouer et protecteur de ses débuts, Peter Green, à travers l'album "Blues for Greeny".

Les premiers instants pourraient semer le doute. Mr Moore se mettrait-il à son tour à l'acoustique? Ce n'était qu'un leurre, la diversion ne dépasse guère les trente secondes. Arrêt brusque et mise en marche immédiate de la machine à rocker le blues. Pour démarrer, "Assez du blues", autrement dit "Enough of the blues" constitue un curieux titre pour annoncer son retour!! ! Crochet par le répertoire de BB King, avec la reprise d'"Upset me baby". Il reste dans un registre semblable avec son "Cold black night". Il s'attaque à son solo à la manière d'un Peter Green 1ère époque qui revendiquait lui-même BB. Malheureusement, il tombe très vite dans ses excès en voulant en faire de trop. Quand on veut se faire trop hard, on perd immanquablement la sensibilité indispensable au blues. C'est ensuite l'exercice du slow blues, le fameux canon de T-Bone Walker, "Stormy Monday". Et c'est bien sur ces tempos nonchalants que Gary puise sa joie de jouer. Il possède un sens de la mélodie ; les phrases et soli qu'il crée alors peuvent être très beaux, mais sortent du blues. Curieusement, ses meilleures chansons sont ici de jolies ballades, lentes, sur lesquelles il peut déployer son sens profond de la mélodie. Sa sensibilité se manifeste sur ce type de répertoire. Et notamment chez "Picture of the moon" et "The prophet". La guitare sur fond d'orgue de Vic Martin, me rappelle le dialogue entre Thijs Van Leer et Jan Akkerman du groupe hollandais Focus ; et enfin, "Drowning in tears". Un petit joyau chanté très doucement. La guitare prend la tonalité métallique et réverbérée de celle de Peter Green sur l'extraordinaire instrumental "The supernatural". Solide coup d'émotion, la finale est réellement superbe. Lors de ses exercices de style dans le blues, à l'instar de la reprise se du "Looking back" de Johnny Guitar Watson, la guitare est impeccable mais son chant ne transpire vraiment pas la sensibilité que nous sommes en droit d'attendre d'un tel artiste. A chacun d'en retirer ce qu'il attend !