Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

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IAMX

L’alchimiste des âmes…

Il est de ces artistes qui sculptent des univers, des refuges où les âmes égarées se retrouvent, frémissantes, pour communier dans une transe collective. Chris Corner, l’âme tourmentée d’IAMX, est de ceux-là. Depuis 2002, cet alchimiste tisse une toile sonore singulière, mêlant dark synthpop, électro hypnotique, darkwave envoûtante, burlesque décadent et indus rageur. Enfant prodige, il n’a que quinze ans lorsqu’il intègre Sneaker Pimps, avant de s’émanciper pour donner naissance à IAMX, son projet solo, son laboratoire d’émotions brutes. En 2006, grâce à « Spit It Out », il déchaîne une ‘IAMX-mania’ qui, on s'en souvient encore, a fait trembler les murs de l’auditoire Paul-Émile Janson, à Bruxelles. Mais Corner n’est pas homme à se reposer sur les lauriers d’un succès facile. Il a choisi l’exil volontaire dans un univers autistique, un refuge d’expérimentations audacieuses où il célèbre sa singularité aux côtés d’une tribu fidèle, disséminée aux quatre coins du globe.

Ce soir, dans l’antre mythique de l’Ancienne Belgique, le prince noir de l’électro-rock opère son retour. Il y a dix ans, votre serviteur a eu l’honneur de fouler cette même scène à l’invitation de l’artiste, un souvenir gravé dans l’éternité. Ce soir, l’AB, en configuration ‘box’, vibre d’une ferveur palpable. Les premiers rangs frémissent, les cris fusent comme des éclairs avant l’orage. La salle, presque comble, retient son souffle.

Le rideau s’ouvre sur « The Ocean », joyau tiré du dernier opus, « Fault Lines² ». La voix éthérée d’Hafdís Huld, la chanteuse islandaise, absente physiquement mais présente grâce à une bande-son, flotte comme un spectre bienveillant, tandis que des images en noir et blanc, d’une beauté austère, dansent sur trois écrans dressés sur l’estrade. La scène s’anime, et Chris Corner surgit, figure chamanique drapée de noir, le visage orné d’un masque surmonté d’une couronne d’épines mystiques, tel un succube post-apocalyptique. À sa gauche, Sarah Pray, dont la voix cristalline et la présence magnétique (connue sous son excellent projet solo Carrellee) captent la lumière. À droite, Janine Gezang, fidèle bassiste et choriste, ancre le son dans une énergie sensuelle. Derrière, Jon Siren, batteur aguerri aux accents heavy metal et indus, martèle le rythme avec une précision féroce, fort de son passé auprès de formations comme FrontLine Assembly ou Psyclon Nine.

À peine le concert s’élance-t-il que l’énergie explose. Sur les planches, c’est une chorégraphie de chaos maîtrisé ; dans la fosse, une marée humaine s’agite, électrisée. Les titres prennent une ampleur nouvelle, transfigurés par une patine électro-indus. Sailor, née en 2004, se mue en un monstre rythmique. Ses pulsations implacables sont accompagnées d’une vidéo aux accents fétichistes délicieusement provocateurs. « Aphrodisiac », réverbérant des échos d’Obsession d’Animotion, révèle la complicité entre Corner et ses deux muses. « After Every Party I Die » embraie, déferlante qui embrase la foule. Corner, possédé, se jette dans un stage diving sauvage, porté par une vague humaine.

L’atmosphère s’apaise un instant, grâce aux mélodies introspectives de « Grass Before The Scythe » et « Break The Chain », mais la machine électro reprend vite ses droits. « I Come With Knives » et « Neurosymphony » électrisent, cette dernière prouvant que les nouvelles compositions d’IAMX passent bien la rampe. Puis arrive l’inévitable « Spit It Out », apogée de la soirée. La foule, emportée par un raz-de-marée électronique, chante à l’unisson : ‘And it breaks my heart…’ Corner, tel un sorcier magnétique, règne sur l’assemblée. Sa présence androgyne, son chant d’une précision tranchante et son charisme brut captivent. ‘Vous êtes magnifiques ! Et très érotiques !’ lance-t-il, malicieux, avant d’enchaîner par « The Great Shipwreck of Life ». La salle se transforme en un dancefloor tribal, où les stroboscopes tailladent l’obscurité, plongeant le public dans une transe collective.

Le rappel, hélas, prive les fidèles de « Kiss + Swallow », mais « The Alternative » et le burlesque « Bernadette » font monter la fièvre d’un cran. « Mercy » conclut la cérémonie, comme un ‘merci’ murmuré par une foule reconnaissante.

Une fois encore, IAMX a conjugué virtuosité musicale, performance scénique et intensité émotionnelle. Si Chris Corner ne soulève plus les foules avec la même frénésie qu’il y a dix ans, il demeure un alchimiste des âmes, capable de tisser une communion presque mystique avec son public. Ce soir, il a prouvé qu’il reste, indéniablement, IAMX-traordinaire.

Setlist :

The Ocean

Disciple

The X ID

Sailor

Aphrodisiac

After Every Party I Die

Grass Before the Scythe

Break the Chain

I Come With Knives

Neurosymphony

Exit

Spit It Out

The Great Shipwreck of Life

Rappel :

The Alternative

No Maker Made Me

Bernadette

Mercy

En première partie, le duo Ductape, originaire de Turquie, a enchanté le public grâce à une darkwave évoquant Siouxsie, Lene Lovitch et Sisters of Mercy. La chanteuse, Çağla Güleray, possède une voix grave et envoûtante, tandis que son acolyte, Furkan, tisse de belles arabesques mélodiques à la guitare électrique. Un projet prometteur, qui sera de retour à Bruxelles le 12 juin prochain (infos ici et page ‘Artistes’ )

(Organisation : FKP Scorpio)

Photo : Thomas Jansson (Instagram)

Liam Gallagher & John Squire

Liam Gallagher & John Squire

Écrit par

L’ex-chanteur d’Oasis et le guitariste de Stone Roses ont donc décidé d’enregistrer un album ensemble. Ce n’est pas leur première collaboration, puisque Liam Gallagher était déjà venu chanter sur un titre (« Love Me and Leave Me ») de Seahorses, le projet de John Squire, en 1997. Et les deux musicos s’étaient à nouveau rencontrés sur scène lors des concerts de Knebworth de Liam en 2022. C’est sans doute à cette époque que l’idée d’une coopération a germé.

Si les compos oscillent de la britpop (« Raise Your Hands », « Mars to Liverpool ») au blues-rock (le piano boogie woogie martelé sur « You’re Not The Only One », le mid tempo « I'm a Wheel » et le diablement ‘hendrixien’ « Love You Forever »), elles recèlent de nombreuses références à la pop psychédélique des Beatles (« Make It Up As You Go Along » et « Just Another Rainbow » évoquent parfois « Revolver » et « Magical mystery tour », alors qu’une Rickenbacker, instrument de prédilection de George Harrison, s’invite sur le chatoyant et pastoral « Mother Nature's Song »).

Morceau le plus sombre, « I'm So Bored » manifeste un cri de colère contre la culture moderne. Très électrique et morveux, il rappelle la période « Morning Glory » d’Oasis.

Les nostalgiques d’Oasis et des Stone Roses devraient adorer.

Liam Gallagher & John Squire

Une collaboration inattendue entre Liam Gallagher et John Squire…

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Liam Gallagher (Oasis, Beady Eye, solo, etc.) et John Squire (The Stone Roses, The Seahorses, The John Squire Experience, solo, etc.) ont décidé de se lancer dans une collaboration. Et ils publieront un premier elpee ce 1er mars 2024. Il sera éponyme. Un premier single, « Just another rainbow » (le clip est à découvrir ici), est paru ce 5 janvier et le second, « Mars to Liverpool » (en écoute ) le 26 du même mois.

Longtemps amis et admirateurs mutuels de leur travail, l'idée d'une collaboration est née lorsque John a rejoint Liam sur scène lors de ses concerts mythiques à Knebworth. Les idées de chansons ont rapidement afflué, et l'album a pris forme à Los Angeles sous la houlette du producteur notoire Greg Kurstin (Harry Styles, Sia, Paul McCartney). Ce dernier a joué de la basse sur tout l'album, tandis que Joey Waronker (Beck, R.E.M., Atoms For Peace) s’est consacré à la batterie.

William Doyle

Les printemps sont éternels pour William Doyle…

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William Doyle vient d’annoncer la sortie de son nouvel album « Springs Eternal » prévue pour le 16 février 2024. Il fait suite à « Great Spans of Muddy Time » paru en 2021.

Par ailleurs, il décrit l'idée derrière le nouveau single « Relentless Melt » : en fait, ce titre provient d’une réflexion sur le concept de time’s relentless melt, tirée de l’essai de Susan Sontag ‘On Photography’. Sontag dévoile comment une photographie peut figer un moment de la vie d'une personne tout en décrivant le mouvement implacable du temps. ‘C'est une chose à laquelle j'ai beaucoup pensé pendant la réalisation de cet album’, déclare Doyle. ‘Ainsi, l'un des remèdes que j'ai trouvés contre le sentiment que la fin des temps se précipite vers nous se trouve dans ce que les chansons et les albums peuvent m'offrir’.

« Springs Eternal », avec sa sonorité pop artistique, est la création la plus ambitieuse et la plus ludique de Doyle qui offre une vue panoramique des extases et des angoisses de la vie dans les années 2020, pose la question de savoir comment nous existons en tant qu’êtres humains fragiles à une époque sans précédent, notamment avec la destruction climatique galopante et l'expansion technologique.

« Springs Eternal » présente une distribution de personnages étranges et passionnants - des cow-boys aux naufragés. ‘La plupart des chansons sont écrites à la première personne, mais plutôt que d'être autobiographiques, j'essayais d'imaginer des versions hyperréalistes de moi-même’, explique Doyle.

Au fil des 11 titres, nous pouvons entendre des narrateurs qui se trouvent au bord d'une catastrophe mondiale, d'un chagrin d'amour, d'une dépendance, d'un endoctrinement et d'une maladie mentale, jusqu'à ce qu'ils basculent dans le grand inconnu. Les paroles sont accompagnées de mélodies contagieuses pleinement assurées.

Un thème récurrent, celui de l'eau et des inondations, parcourt l'elpee, faisant allusion à la fois à la crise climatique mondiale et au déluge d'accablement que subissent ces Williams de l'univers parallèle. Ce n'est qu'au moment du mixage que je me suis rendu compte du nombre de références à l'eau, explique Doyle.

« Relentless Melt » est en écoute

 

Jimmy Diamond

Jimmy Diamond rayonne… dans le noir…

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Le mélange de roots rock et d'americana de Jimmy Diamond consacre des moments fugaces comme un grand feu rituel. C'est le lot de Jim Zwinselman, Ruud Gielen et Floris Poessé. La base d'opération du trio n'est pas une métropole frénétique comme Amsterdam, mais plutôt la région d'Overijssel, à Lemele très exactement, où la tranquillité fait ressortir la gravité de l'environnement. La symphonie des grenouilles et des grillons la nuit, le bruissement des plantes dans la brise, le doux grondement des moteurs de tracteurs au loin : dans de tels endroits, tout ce que vous absorbez est naturellement décuplé.

Contrairement à l'habitat terrestre de Jimmy Diamond, la genèse de la formation est, pour être franc, digne d'un conte de fées. Grâce à son tour manager commun, il a été choisi pour devenir le backing group de tournée européenne de Strand Of Oaks. En la personne du compositeur principal Timothy Showalter, le band a immédiatement trouvé un parent spirituel, un mentor et un grand fan. C'est d'ailleurs Showalter qui, sans le savoir, a inventé le patronyme du combo lors d'une étape de la tournée au Montenegro bayside, en attribuant à Zwinselman un nom monténégrin. Jimmy Diamond sonnait bien... suffisamment pour que l’appellation reste.

Le nouvel album de Jimmy Diamond paraîtra ce 15 mars. Il s’intitulera « You radiate ». Ce sera son second. En attendant, son single, « In the dark » est toujours disponible

En concert

16/02/2023 De Casino, Sint-Niklaas (support Ruben Block)
09/03/2023 Cactus Club, Bruges (première partie de Ghost Woman)
23/03/2023 Trix, Anvers (concert de lancement)

Diamond Dog

Les chroniques habituelles de Diamond Dog

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Le patronyme du groupe est une référence évidente à Bowie comme le point de départ d’une réflexion artistique, sensible, tourmentée et foisonnante de références à la culture pop.

La vision dystopique punk et poétique de Diamond Dog commence à prendre forme en 2020 et se concrétise lorsque le groupe est au complet, en 2021. L’écriture et l’interprétation des morceaux puisent leur identité dans les origines de la new wave de la toute fin des 70’s.

Ainsi sa musique résonne sur des titres rythmés, dansants, propulsés dans un écrin vaporeux aux sonorités synthétiques où le chorus règne en maitre.

Le quatuor originaire de Dijon, emmené par un chant lead incarné et viscéral, s’exprime ainsi sur scène à travers une atmosphère incandescente empreinte de la fureur des Cramps, des mélodies romantiques de Liszt, de la poésie de Kipling ou du cinéma de Lynch. Le premier album « Usual chronicles » sortira au printemps 2023.

Pour en savoir plus, le clip de « Usuals chronicles », titre maître du futur opus, est disponible .

 

Liam Gallagher

C’mon you know

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Finalement Liam Gallagher s’en sort beaucoup mieux que son frère Noël, alors que lors de la séparation d’Oasis, il était de notoriété publique que c’était ce dernier qui faisait tourner la boutique. En fait, Liam sait s’entourer. Et il le démontre une nouvelle fois. Ainsi, lors des sessions, il a reçu le concours d’une vingtaine de musicos, presque autant d’ingénieurs du son, une dizaine de producteurs, un orchestre constitué d’une trentaine de violonistes, de violoncellistes et d’une flutiste (NDR : quand même) ainsi que deux chorales (une composée d’enfants et l’autre d’adultes). Sans oublier les collaborateurs qui ont signé la musique, Liam se chargeant surtout des lyrics.

Première constatation, le spectre des Beatles, et dans une moindre mesure celui des Stones, plane sur une bonne moitié des titres de ce long playing.

Depuis « More power », une piste illuminée par une chorale d’enfants qui monte en crescendo dans l’esprit de « You can’t always get what you want » à « Oh sweet children » au parfum « Abbey road », en passant par « Diamond in the dark », au débit de paroles réminiscent d’« I’m the walrus » (sans le ‘coo coo ca choo’), alors que le groove très Stone Roses nous replonge en plein ‘Madcheter’, la ballade « Too good for giving up », dont la route longue et sinueuse passe par les ivoires et les sonorités de gratte gémissantes (comme la Rickenbacker d’Harrison ?), « Everything’s electric », un morceau écrit par Dave Grohl (Foo Fighters) et dont il assure les drums, au cours duquel on entend des ‘woo woo’ à la « Sympathy for the devil » ainsi que les brefs riffs de gratte ‘keithrichardsiens’, et enfin deux plages qui rendent hommage à « Revolver » ; tout d’abord « It was not meant to be », que Liam interprète en adoptant des  inflexions vocales ‘lennonesques’, et « Better days » que « Tomorrow never knows »…

L’elpee recèle 12 titres et 14 en version ‘Deluxe’, dont le saignant « The joker ». Egalement très ‘Madchester’, il est enrichi d’un chœur gospel. Et puis le groovy, entraînant et dansant « Wave ».

Le reste ne manque cependant pas d’allure. Tant le pastiche psychédélique « Don’t go halfway » que « Moscow rules », une jolie ballade colorée d’une intervention de flûte et de violoncelle, sur laquelle Erza Koenig (Vampire Weekend) siège derrière le piano. Un peu de dub, pour changer, sur le percutant « I’m free » ; et enfin une chanson à la mélodie plus Oasis que nature, en l’occurrence le titre maître, exalté par des chœurs féminins euphoriques. 

Une excellente surprise ! Et tant pis si les mauvaises langues diront que c’est du réchauffé !

Liam Gallagher

Why me ? Why not.

Écrit par

« Why me ? Why not. » constitue le second elpee solo de Liam Gallagher, un disque qui a reçu le concours de Greg Kurstin et Andrew Wyatt (production, instrumentation), qui avaient déjà participé à la confection du premier, « As you were », en 2017.

Première constatation, la moitié de l’opus est hanté par les Beatles. Si le spectre de John Lennon plane tout au long de la valse mélodramatique « Once », et le titre maître campe un hybride entre le Plastic Ono Band et une future et hypothétique B.O. d’un film de James Bond, celui de George Harrison rôde sur le très pop « Alright nbow » (NDR : cette Rickenbacker !) ainsi que « Meadow » (NDR : ces cordes en slide !), un morceau tapissé d’orgue vintage et aux effluves sixties réminiscentes de « Strawbery fields Forever ». Et même l’enlevé « Halo » est tramé sur un piano martelé comme sur « Ob-la-di ob-la-da ». Chœurs et orchestrations de cordes soulignant la plupart de ces compos. Des orchestrations de cordes qui enrichissent également « One of us », une ballade mid tempo empreinte de mélancolie, pour ne pas dire de nostalgie, qui aurait pur figurer sur l’album « Urban hymns » de The Verve. Mais aussi la superbe finale « Gone ». Abordée dans le même esprit, cette valse cinématographique met davantage en exergue une guitare surf ou acérée. Une très belle chanson, par ailleurs. Probablement la meilleure du long playing. Sans quoi, même si la voix de Liam est plus douce, elle reste nasale et rocailleuse ; et puis l’empreinte d’Oasis transparaît encore comme sur l’excellent et redoutable « Shockwave », le très électrique, bien rythmé mais mélodieux « Be still » ainsi que le flamboyant et luxuriant « The river », une plage alimentée par un orgue tourbillonnant et traversée de cordes de gratte crépitantes ou gémissantes.  On n’en oubliera pas la mélodie accrocheuse de l’allègre « Now that I’ve found you » pour un album, ma foi réussi, dont les lyrics manifestent davantage d’introspection ou traitent des relations familiales (son frère Noël, sa fille, …), mais pas vraiment révolutionnaire. 

Lucinda Williams

Good souls better angels

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Louisianaise, Lucinda Williams peut se targuer d’une longue carrière, tant dans l’univers du blues, du folk que de la country. Le premier elpee de cette chanteuse, "Ramblin' on my mind", date de 1979. En mai 2017, elle a été bombardée Docteur honoris causa en musique par le célèbre Berklee College of Music.

"Good souls better angels" a de nouveau bénéficié du concours de Ray Kennedy à la mise en forme. C’est déjà lui qui s’était chargé de la production de "Car wheels on a gravel road", en 1998. Mais pour cette tâche, il a été épaulé par Tom Overby, manager et néanmoins époux de Miss Williams. Les sessions se sont déroulées à Nashville, en compagnie du fidèle backing group de Lucinda, Buick Six, dont le line up implique le guitariste Stuart Mathis, le bassiste David Sutton et le drummer Butch Norton.

Au bout de quarante années de parcours, sa voix est devenue ravagée et rocailleuse. Et c’est cette voix qui donne le ton à cet LP, même si elle peut compter sur un excellent band, au sein duquel le gratteur affiche un fameux potentiel…

Dès "Can't rule me", lugubre, cette voix déclame face aux guitares prêtes à faire feu à tout instant. Les accords sont secs, et ceux traités à la slide émergent de ce mur flamboyant, psychédélique, qui entretiennent cette atmosphère étrange. Cette voix agonise sur "Bad news blues", sans doute en apprenant toutes ces mauvaises nouvelles. "Man without a soul" baigne au sein d’un climat ténébreux. A cause de cette instrumentation réminiscente du Velvet Underground des sixties. Reverb’, la guitare rôde en arrière-plan. Mathis arrache tout au passage. La voix monte en puissance avant d'être ensevelie par les cordes débridées. L'album recèle plusieurs ballades folk rock. Superbes et chiadées, elles sont partagées entre les cordes acoustiques de Mrs Williams et celles amplifiées de Mathis. A l’instar de "Big black train", une piste tapissée par l’orgue de Mark T Jordan, et de "Shadows & doubts". La ligne de basse balise "Wakin' up", mais les cordes demeurent toujours aussi dramatiques.  Stuart découpe le morceau au scalpel, avec une précision chirurgicale effrayante. "Pray the devil back to Hell" nous précipite au cœur d’un climat morbide, digne d’un film d’épouvante. Mathis y double guitare et violon. Bien ficelé, "Down past the bottom" libère toute sa puissance, un garage blues dominé par les vocaux, alors que les interventions traitées à la slide sont intransigeantes. Hypnotique, "Big rotator" est propice à la transe, une compo hantée par le géant Howlin' Wolf. Quoique difficile, sombre et sans concession, cette œuvre est vraiment remarquable… 

Liam Gallagher

Liam le conquérant…

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La commune de Forest a donc décidé d’instaurer une zone de parking payant, 1 km autour de la salle, au tarif de 5€ l’heure. Prohibitif ! Conclusion, votre serviteur a décidé de garer sa voiture à Uccle et d’emprunter le tram. Temps de parcours : 5 minutes ! Liam Gallagher se produit donc à Forest National. Il y a deux jours, il avait déclaré forfait à Hambourg, suite à des problèmes de voix. Mais hier, à Amsterdam, il a accordé un concert d’anthologie au Ziggo Dome. Toutes les conditions sont donc réunies pour que le bad boy remette le couvert, ce samedi 8 février…

Twisted Wheel assure la première partie. Il a été formé en février 2007 par deux ex-The Childrens, le chanteur/guitariste Johnny Brown et le bassiste Rick Lees. Ils ont ensuite été rejoints par le batteur Adam Clarke. Le groupe a emprunté, pour patronyme, le nom du club légendaire qui, de 1963 à 1972, a été l'épicentre de la scène mod mancunienne avant de devenir le lieu de naissance de la scène Northern Soul. Paul Weller et Liam Gallagher en sont devenus fans, raison pour laquelle ce dernier l’a choisi pour assurer le supporting act de sa tournée.

Votre serviteur débarque au beau milieu du set. Sur les planches, le trio est soutenu par un deuxième gratteur. Inspirée par Oasis, la musique trempe dans la britpop, mais en y injectant le punch de Franz Ferdinand. Le set recèle de bonnes compos, parfois chantées par le public, mais le groupe manque, malgré 13 années d’existence, encore d’identité. Une dernière condition, sans doute, pour pouvoir bientôt prétendre à un statut de stadium band… (voir notre section photos ici)

Setlist : « Nomad Hat », « She's a Weapon », « Black and Blue », « DNA », « You Stole the Sun », « We Are Us ».

La dernière fois que Liam Gallagher s’est produit en Belgique, c’était à l’AB, dans une salle archicomble. Et ce soir, FN l’est également. 

Barbu, vêtu d’un imper de couleur jaune, Liam et sa troupe grimpent sur l’estrade à 21 heures. Il est soutenu par 9 musicos ; en l’occurrence un trio de jolies choristes, 3 guitaristes dont Bonehead, un drummer, un bassiste et un claviériste (synthés, hammond et orgue). Il ne manquait d’ailleurs plus que les cuivres pour donner une coloration néo-orléanaise à l’équipe.

Grâce à un gigantesque mur de leds derrière lui, Liam affiche immédiatement son rôle : celui d’une véritable ‘Rock‘ N ’Roll Star’. Il est, en outre, indiqué derrière le piano, planté sur une estrade, à gauche du drummer, ‘Rock’n’roll’. C’est d’ailleurs par la piste d’ouverture de « Definitely Maybe » qu’il ouvre le set. Après cette reprise d’Oasis, la formation enchaîne 5 plages issues de son dernier elpee solo, « Why Me ? Why Not », dont "Shockwave" et "Once", repris en chœur par la foule. Hymnique, ce dernier aurait d’ailleurs pu figurer au répertoire du défunt combo. Liam se sert régulièrement de cymbalettes ou de maracas. Un grand écran projette des images des musiciens ou de l’auditoire ; mais c’est "Morning Glory" qui va enflammer la foule. En outre, malgré le contrôle strict de la pyrotechnique, un feu de Bengale éclate. On imagine alors facilement assister à un match de foot à Manchester, alors que les chants des supporters montent dans les tribunes et que et la bière coule à flots dans les gosiers, quand elle n’est pas projetée dans les airs…

Les meilleurs titres d’Oasis ont été retenus. Bonne idée d’avoir laissé de côté les morceaux les plus ringards et d’avoir osé en sélectionner des moins notoires. A l’instar de « Columbia ».

Son fils a été invité à jouer du tambour sur "The River". Bonhead s’est particulièrement illustré, par son jeu raffiné et tendu sur les cordes, tout au long de « Supersonic ».

‘Y a-t-il des Britanniques ici ?’ balance Liam. Mais les applaudissements ont été plus nourris lorsqu'il a demandé s'il y avait des Belges. ‘Je suppose que nous sommes toujours en Europe alors’, s’est-il alors empressé d’ajouter. Une remarque à l’égard du brexit ? « Acquiesce » s’est transformé en exercice de karaoké. Liam ne peut clairement pas gérer les notes élevées de Noel, aussi le public l’a suppléé. Mais à une seule reprise, Liam évitant soigneusement de s’y frotter aventureusement. Bien sûr, il n’a pas manqué de ressortir sa critique à l’égard de son frère et de Bono : des branleurs ‘Fokkin’. Typiquement Liam ! C’est peut-être aussi la raison pour laquelle il est si apprécié (?!?!)…

On imaginait que le show allait s’achever en douceur, suite à la version dépouillée de « Champagne Supernova », lors du rappel. Mais il s’est conclu en apothéose par un « Cigarettes et alcool » rugissant et explosif, titre au cours duquel on a de nouveau eu droit à un solo de gratte éclatant de Bonehead. Chapeau au groupe pour la précision et sa fluidité de ses interventions. Il fallait le souligner ! Puis Liam a vidé les lieux en remettant sa capuche sur la tête.

De toute évidence, les propres chansons de Liam s'intègrent parfaitement au répertoire d’Oasis, même si ce sont ces dernières qui ont mis le feu à la salle. Ce qui explique, sans doute pourquoi, il gagne certainement en popularité par rapport à son frère.

Une réunion est-elle envisageable ? Tous les aficionados l’espèrent. En attendant, Liam Gallagher se produira dans le cadre de l’édition 2020 du festival Rock Werchter (voir notre section photos )

Setlist : « Rock ‘n Roll Star » (Oasis), « Halo », « Shockwave », « Wall of Glass », « ComeBack To Me », « For What It’s Worth », « Morning Glory (Oasis), « Columbia (Oasis) », « Stand By Me » (Oasis), « Once », «  Why Me? Why Not », « The River», « Gas Panic! » (Oasis), « Live Forever » (Oasis), « Acquiesce » (Oasis), « Roll with It » (Oasis), « Supersonic » (Oasis), « Champagne Supernova » (Oasis), « Cigarettes & Alcohol » (Oasis)

(Organisation : Live Nation)

Susan Williams

It's about time

Écrit par

"It’s about time" constitue la première plaque gravée par Susan Williams & The Wright Groove, un groupe réunissant des vétérans issus de la scène blues de Chicago. Fondé en 2016, il est drivé par la chanteuse/bassiste Susan Williams. Elle est soutenue par le guitariste Mike Gallemore, le drummer Rob Davis et Darryl Wright à la lead bass. Il y a donc deux bassistes au sein du line up, une spécificité idéale pour accentuer l'approche funky de l’expression sonore. Les sessions se sont déroulées au studio 401 de Georgetown, à deux pas de Chicago.

Susan signe neuf des onze plages, Gallemore, les deux dernières. "Tell me you love me" ouvre l'elpee, un blues lent qui met en exergue la voix de Susan. Invité, Michael Cruse siège derrière l’orgue alors que Mike signe une sortie soignée sur ses cordes. Bien plus rythmé, "I love what you do" est plutôt classique, un morceau caractérisé par deux envols, celui de la guitare d'abord, et de la basse ensuite, une formule qui va se répéter tout au long de cet opus ! A l’instar du très efficace –et funky– "I'm sorry". Darrvl Wright maîtrise parfaitement son instrument. C’est sans aucun doute le moteur de la formation, d'ailleurs baptisée Wright Groove. Et il étale encore tout sa classe sur "Keep moving on". La voix de Susan domine son sujet sur l’impeccable blues lent "Please come back to me", Gallemore injectant une belle dose de feeling dans son toucher de guitare.

Amadou & Mariam

Une ambiance de fête...

Écrit par

Morley est un trio drivé par la chanteuse/compositrice/ chorégraphe Morley Kamen. Elle pratique un folkpop qui déborde d'émotion, une expression semi-acoustique élégamment colorée par les accès d'un violon et d'une guitare sèche ; le tout souligné par la voix bouleversante de Morley. Son deuxième album, 'Days like these', vient de paraître tout récemment.

A l'instar de Salif Keita et d'Ali Farka Touré, Amadou & Mariam appartiennent à une scène pop afroworld qui récolte pas mal de succès en Europe. Atteint de cécité, le couple a bénéficié du concours de Manu Chao en personne, pour l'enregistrement de son nouvel opus, "Dimanche à Bamako'. Une influence bien présente tout au long de cette plaque ; mais aussi une marque de reconnaissance de la part de l'ex leader de La Mano. Et le résultat ne s'est pas fait attendre, puisque les ventes de disques cartonnent et les concerts attirent la foule.

Bourrée de swing, de groove, la musique d'Amadou & Mariam est à la fois dense et chaleureuse. Le recours à l'électronique, la double percussion, les rythmes répétitifs et le chant alterné ou d'ensemble colorent inévitablement leurs compositions. Sur les planches, Amadou & Mariam sont soutenus par quatre instrumentistes. Et ce sextet a accordé un set riche, attachant et bien en rythme. Le couple apprécie le public et le remercie vivement pour ses acclamations. Tout au long de la soirée, l'accent a été mis sur leur dernier album. Dès le début, "La fête au village" a plongé le public dans leur univers si caractéristique. Fouettés par la double percussion, les groovy et remuants "Artistiya" et "Beaux dimanches" ont constitué les premiers points culminants du set ! "M'bife balafon" et "Nangaraba" se sont davantage révélés contagieux et luxuriants. Amadou se met parfois dans la peau de John Lee Hooker. Ce qui explique sans doute pourquoi son jeu de guitare est aussi inspiré. Lors de leur voyage musical à Bamako, l'instrumentation et les harmonies vocales semblaient si naturelles et rafraîchissantes qu'ils conféraient à l'ensemble un parfum d'été. Et des titres comme "La paix", "Chantez, Chantez" ou "La réalité" en sont les plus belles illustrations. En rappel, ils ont interprété des morceaux plus anciens comme "Je pense à toi", fragment souligné par les harmonies vocales et la guitare d'Amadou, "Mon amour, Ma chérie" et "Pauvre type", des chansons qui ont mis en exergue leurs superbes harmonies vocales tout en déclenchant une véritable ambiance de fête. Amadou & Mariam ont laissé une forte impression: ils ont illuminé ces jours gris d'une teinte sensuelle d'été tout en éveillant en notre fors intérieur une envie de danser. Des festivals estivaux ( ?!?!?) comme Polé Polé, Sfinks ou Folkdranouter devraient y trouver leur compte…

(Traduction : Nico Verhelle/ Adaptation B. Dagnies)

Organisation : France Leduc Productions

IAM

A la croisée des chemins....

Sept ans séparent « L'Ecole du Micro d'Argent » et « Revoir un Printemps » : une plombe dans l'industrie du disque, qui fonctionne de plus en plus selon la politique du kleenex. Si le single ne marche pas, c'est direct à la poubelle. Mais les Marseillais d'IAM n'ont plus à prouver leur talent : chez ces sept mercenaires de la cause hip hop à la française, tout est question maintenant d'intégrité… Peu importe si leur dernier album cartonne ou fait un bide. Mais il est clair qu'à force d'avoir dilué leur énergie dans divers projets solos, les rappeurs d'IAM se sont vus damer le pion, ces dernières années, par toute une nouvelle génération de b-boys émérites. Heureusement, chez IAM, on n'est pas mesquin : au contraire on donne de la place et de la tribune aux jeunes qui en veulent. Cette « relève » s'appelle Psy4 de la Rime, L'Algerino, Les Chiens de Paille, et c'est elle qui avait la forte tâche de chauffer ce soir le public de Forest…

Un public a priori clairsemé (5000 billets vendus sur 8000), mais qui très vite s'agglutinera dès l'extinction des lumières, pour faire la fête à tous ces types encore nouveaux dans le « bizness ». Constatation : ça chauffe déjà pas mal dans le parterre et les tribunes (le public est majoritairement composé de jeunes fans de hip hop, fringués street wear et plutôt réceptifs à la consommation de substances illicites). Mais c'est à l'annonce de l'arrivée des Marseillais que l'ambiance explose réellement. Sur un écran géant défilent des images de Shurik'n et Freeman écoutant leur démo dans une voiture, sur la route de la salle de concert (Forest ?). On les voit rentrer backstage et se diriger vers la scène, tandis qu'au loin retentissent les appels au délire d'Akhenaton : « C'est chaud ! », crie-t-il. Et ça l'est dès qu'ils surgissent tous sur scène, pour de vrai, sur les beats martelés de « Stratégie d'un Pion », le titre d'ouverture de « Revoir un Printemps ». Le décor est à l'image de la pochette : des ruines d'une cité antique, au-dessus desquelles se trouve, planqué derrière ses platines, DJ Kheops. A l'avant, vitupérant leurs textes de « journalistes urbains », Shurik'n, Akhenaton et Freeman en combinaison de combat, et Kephren, qui gesticule mais ne pète pas un mot (fallait pas l'inviter). Pendant deux heures, IAM offrira au public quasi l'entièreté de son dernier album, en plus de quelques medleys douteux de « L'Ecole du Micro d'Argent ». Et c'est là que le bât blesse : résumer ces classiques que sont « Nés Sous La Même Etoile », « Petit Frère », « L'Empire Du Côté Obscur », « Un Bon Son Brut Pour Les Truands » et « Demain, C'est Loin » en cinq minutes et sur les mêmes beats, c'est un peu frustrant. Des medleys ? C'est quoi, Les Enfoirés du hip hop ? ! ? Idem pour « Je Danse Le Mia », dont on aura juste eu droit à la version instrumentale pendant que toute la clique (sauf DJ Kheops) changeait de training (blanc)… Sans doute qu'IAM en a marre de jouer ces morceaux, et on peut les comprendre… Une manière pour eux de montrer que leur carrière ne se limite pas à ces quelques tubes (mais quels tubes !), et qu'il est temps de tourner la page. Il y a ce risque de décevoir une partie du public. Pour le reste, c'était un concert explosif, vigoureux et sans temps mort, d'un groupe qui continue son chemin sans bifurquer, à la conquête d'un (noble) art du verbe scandé dont ils sont les plus sincères ambassadeurs.

 

 

 

Miam Monster Miam

A vous couper l'appétit...

Benjamin Schoos est un petit marrant, même si sa musique, elle, n'est pas drôle (« Forgotten Ladies », son nouvel album). Un soupçon de Venus et de Don Corleone (l'abat-jour et le fauteuil, la gomina et la grosse caboche), un zeste de Ry Cooder et de Tindersticks (le trio en backing band – Jacques Stotzem, André Klenes, Phil Corthouts – et l'air emprunté de Miam), un léger parfum de belgitude (l'accent liégeois, le surréalisme des paroles – trois mots, à toutes les sauces, love despair sadness) : circulez, y a rien (de neuf) à voir ! ! ! Benjamin, en plus, est aussi à l'aise sur scène qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine : une blague belge, une blague belge, une blague belge ! Eh bien non, pas de blague… même si ce concert de Miam Monster Miam en fût une. Les musiciens, eux, étaient parfaits. Dommage que Benjamin n'a pas la classe d'un Stuart Staples, et qu'il ferait mieux de chanter en français. « When I was a ninja », pop-song idiote dédicacée à Bruce Lee, clôturera ce concert raté, même si livré avec plein de bons sentiments. Miam Miam Miam ! ? Non : pas glop.

Après un concert si « délicieux » (dixit plein de gens venus en bus de la cité ardente), Nicolai Dunger (Suède), la vraie tête d'affiche de ce concert, n'aura bien sûr pas trop retenu l'attention. Pas de chance pour lui : c'était pas son show-case. « Va voir à Seraing si j'y suis ! ». Pourtant, son americana composée à quatre mains avec Will Oldham (excusez du peu) valait bien qu'on s'y attarde. Du sax, de la flûte, des guitares rugissantes, et surtout cette voix, râleuse et raclante, comme rôdée à l'alcool et au vieux tabac. Un Dunger vaut mieux que deux Miam tu l'auras, comme on dit. Pour les fans d'alternative country… Pas nombreux dans la salle, il allait sans dire.

Marlon Williams

Bouleversant, sur fond de rupture…

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Néo-zélandais, Marlon Williams pratiquerait une forme de country torch folk. En fait, un cocktail entre country, bluegrass et americana. Ce n'est pourtant pas le fils de Hank, même si –en général– il est coiffé d’un chapeau de cow-boy. En 2016, il avait accordé une interview à Musiczine (NDR : à relire ici), après son concert accordé au Huis 123. « Make Way for Love », son deuxième opus, est paru en février 2018. Il fait suite à un éponyme, gravé en 2015 (NDR : chronique à redécouvrir ). Ce soir, ce spécialiste du picking à deux doigts se produit à l’ABClub, et le concert est soldout.

C’est un de ses vieux complices, Delaney Davidson, qui assure le supporting act. Cool, il a ce qu’on appelle communément une bonne bouille. Pas étonnant que le public féminin soit charmé par ce quadragénaire. Et sa voix de crooner n’y est pas non plus étrangère. Il est seul, armé d’une gratte semi-acoustique, et va se servir d’une loop station ainsi que d’un micro américain. Il ouvre le show par « Strange I Know », après avoir fixé les tapotements de la caisse de sa guitare dans son looper pour les traduire en percus. Et manifestement, il est doué pour élaborer ses boucles. Les sonorités de sa gratte sont précieuses ou extrêmes. Il casse une corde lors du show. Pas de quoi le déstabiliser. Transformée par le micro américain, sa voix colle bien à cette musique, ce delta blues qui dévale des montagnes abruptes, escarpées et humides de la Nouvelle-Zélande. Particulièrement communicatif, Delaney nous livre, sans retenue, ses sentiments. Mais c’est lorsqu’il interprète « So Far Away  », un extrait de son nouvel elpee, qu’il va démontrer toute l’étendue de son talent. A revoir, c’est une certitude…

Sur l’estrade, il y a du matos haut de gamme, dont deux grattes semi-acoustiques, une Martin & Co et une Gibson. Elles appartiennent à Marlon Williams, qui débarque seul pour attaquer « Solo » (NDR : titre ad hoc !). Chaussé de baskets, il est vêtu d’un tee-shirt de couleur blanche et d’un pantalon de jogging de teinte bleue. Ce soir, il va nous proposer de larges extraits de son second long playing, « Make Way For Love ». Des compos écrites sur fond de rupture, car sa copine Aldous Harding, l’a quitté avant l’enregistrement de l’opus. Il est ensuite rejoint par un trio batterie/guitare/basse. « Come To Me » est une invitation à l’accompagner dans sa douloureuse introspection sentimentale, un morceau aux sonorités de gratte particulièrement subtiles. Après le blues immaculé « Beautiful Dress », « I Didn't Make A Plan » est troublé par des accords d’ivoires torturés, ténébreux, reflet d’un spleen d’une âme qui pleure. Une fragilité qui n’empêche pas la grâce. Tout au long de l’étrange « The Fire Of Love », on a l’impression de discerner des incantations mi-vaudoues, mi-veloutées. Pendant « Can’t I Call You » (Trad : Est-ce que je peux t’appeler ?), la frappe du drummer ressemble à des détonation d’arme à feu, alors que la ligne de basse est aussi tranchante qu’une lame de rasoir. La voix de Marlon remue les tripes. Il apparaît sous un autre jour, par rapport au premier LP, au cours duquel il n’étalait pas ses tourments amoureux. La mélodie de « What's Chasing You » est solide et accrocheuse, bien soulignée par la superbe voix de l’artiste. Précieuse, c’est en général elle qui crée seule les harmonies. Il ose une chanson signée Aldous, « Nobody Sees Me Like You Do », malgré la séparation. Avant la cover bouleversante du « Carried Away » de Barry Gibb. Marlon siège alors devant les ivoires et s’émerveille face aux aptitudes vocales manifestées par son bassiste. Il y a de quoi, car cette voix est remarquable. Delaney revient sur le podium pour accompagner la troupe pendant deux morceaux, dont un au cours duquel le gratteur va se consacrer au violon. Et en rappel, on aura droit à « Love Is a Terrible Thing » ainsi qu’à une sublime reprise de Screamin’ Jay Hawkins, « Portrait of a Man »…

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

 

 

 

William Eggleston

Musik

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Agé de 78 balais, William Eggleston est davantage notoire pour son talent de photographe –art dont il est l’un des représentants contemporains les plus éminents– que pour sa carrière musicale. Paru sur l’excellent label Secretly Canadian, « Musik » constitue d’ailleurs son premier elpee. Apparemment, le natif de Sumner (NDR : c’est dans le Mississippi) a toujours été un passionné de musique. « Musik » se réfère à l’un de ses compositeurs favoris, à savoir Bach. Le piano l’a accompagné tout au long de sa vie et il s’est toujours prêté à des improvisations. Cet opus est d’ailleurs constitué de ces pratiques opérées sur un Korg O1/W FD pendant un laps de temps plus ou moins long.

Au-delà du nom de l’interprète qui suscite la curiosité, il faut bien avouer que cette suite d’expérimentations (qui oscille de la musique d’église à la B.O. de film d’épouvante, en passant par le néo-classique) ne présente guère d’intérêt, si ce n’est celui de flatter l’égo de son auteur. Aucune mélodie n’émerge de ces exercices de style. Après seulement quelques minutes, ces exercices de style qui souffrent, en outre, d’une absence totale d’homogénéité, deviennent insupportables.   

A contrario de son œuvre photographique, « Musik » risque fort de ne pas passer à la postérité…

 

Lucinda Williams

This sweet old world

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Chanteuse et compositrice, Lucinda Williams pratique ce qu’on appelle aujourd’hui de l’americana. Son premier elpee, "Ramblin'", remonte à 1979 ! Faut dire qu’elle affiche déjà 65 balais ! Originaire de la Louisiane, elle s’est établie à Nashville. Elle a atteint la véritable consécration en 1998, grâce à son album "Car wheels on a gravel road", sur lequel figure son plus grand succès, "Little Honey", un hit qui entrera même dans le Top 10, aux States. "This sweet old world" propose des compos qui figuraient déjà sur un long playing, publié en 1992. Mais il est le fruit de nouvelles sessions qui ont été réalisées à  Los Angeles, en compagnie de son backing group actuel, une formation impliquant le guitariste Stu Mathis, le bassiste David Sutton et le batteur Butch Norton. Pour la circonstance, Greg Leisz –dont on ne compte plus les collaborations– est venu apporter son concours à la gratte. En fait, cet opus célèbre le 25ème anniversaire de la parution de l’elpee originel. Et le résultat est excellent!

"Six blocks away" ouvre le bal. Mathis se charge de la guitare à 12 cordes, tout au long de ce morceau réminiscent des Byrds de la belle époque. Des cordes qui restent particulièrement inspirées tout au long du country/rock/roots "Prove my love". L’opus recèle de nombreuses ballades. Certaines sont vraiment superbes. A l’instar de "Memphis Pearl", mais surtout de "Something about what happens when we talk" et "Sidewalks of the City", dont le climat évoque le "Sticky fingers" des Stones, un album culte paru en 1971 ! Blues/rock, "Pineola" est découpé dans des riffs puissants. La voix est remarquable et les échanges opérés entre Mathis et de Leisz aux cordes électriques, sont lumineux. Le long playing recèle quatre bonus tracks, dont deux blues primaires ainsi que "Wild and blue", une dernière ballade qui véhicule des accents dramatiques.

 

Hannah Williams

Des moments a cappella tout bonnement magiques…

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Depuis l'ouragan Amy Winehouse, la scène soul ‘made in UK’ n'en finit plus de révéler des artistes qui n'ont rien à envier à leurs cousin(e)s issu(e)s d’outre-Atlantique. Après Michael Kiwanuka, Alice Russell et Harleighblu, place à Hannah Williams. Vous ne la connaissez pas encore ? Ce ne sera bientôt plus le cas ; et pour cause, le gotha de la soul lui a promis une proche célébrité. Dont les regrettés Sharon Jones et Charles Bradley. Enregistré en analogique, son dernier elpee, « Late Nights & Heartbreak », est paru en 2016. Et elle va nous en proposer, ce soir, de larges extraits. Pas de supporting act, mais une salle bien remplie par un public multigénérationnel.

The Affirmations, le backing group de Mrs Williams, réunit deux choristes, Hannah Nicholson et Victoria Klewin et six musicos. Soit le claviériste (Hammond, synthé) James Graham, le guitariste Adam Holgate, le drummer Jai Widdowson Jones et le bassiste Adam Newton. Sans oublier la section de cuivres, Liam Treasure, au trombone à coulisse et John Pratt au sax baryton. Ils sont tous issus de Bristol !

Les instrumentistes entament le concert par le lent, jazzyfiant, mais particulièrement électrique « 7 AM To Seville ». Au bout de 3 bonnes minutes, Hannah, pieds nus, débarque en même temps que ses choristes. Elle déclare qu’il s’agit de son premier passage en Belgique. Le band embraie immédiatement par le single qui a précédé le dernier elpee, « Tame in the water ». Déjà on ressent l’empreinte viscéralement soul de la musique, même si elle est subtilement teintée de psychédélisme. Oscillant entre Sharon Jones, Janis Joplin et Adèle, la voix d’Hannah est remarquable. Lorsque les trois femmes les conjuguent, c’est tout bonnement magique (?!?!?). Et tout particulièrement lors des morceaux interprétés a cappella. Même que pendant « Another Sunrise », on a des frissons partout. Et tout en chantant, le trio brasse l’air à l’aide de ses bras, un peu à la manière de feu Joe Cocker.

Les cuivres sont à la fois rutilants et impériaux tout au long de « Fool ». Certains titres plus old school, comme « Fighting Your Shadow » se révèlent davantage nerveux voire rageurs. A contrario, « Your Luck Can Change » est empreint de délicatesse. Avant d’entamer le vaporeux « In Your Arms », Hannah Williams demande à l’auditoire s’il est amoureux. Il lui répond par l’affirmative, la banane aux lèvres. « Aint Enough » lorgne davantage vers le funk. Bien soutenu par la section rythmique et généreusement tapissé par l’orgue Hammond, l’expression sonore semble alors cependant hantée par Nile Rodgers (Chic). A cause de ces accords de gratte funky, très caractéristiques.  

« Dazed And Confused » est une plage signée par Jake Holmès, en 1967, et popularisée, deux ans plus tard par le Led Zeppelin. La nouvelle version est très électrique. Et c’est « Women Got Soul » qui achève le show tout en douceur. Avant un rappel inévitable de deux morceaux. A l’issue du spectacle, le stand merchandising a littéralement été pris d’assaut. Preuve qu’il s’agissait d’un excellent concert…

(Organisation : Ancienne Belgique)

Amadou & Mariam

Une transe purificatrice ?

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Amadou et Mariam sont de retour à l’Ancienne Belgique. Alors, un tel concert, votre serviteur n’a certainement pas envie de le manquer. Le spectacle est sold out. Le début des hostilités est fixé à 20h30, et il n’y a pas de supporting act. Normal, puisque la prestation va durer deux bonnes heures. Et être particulièrement propice à la danse.

Le couple Amadou et Mariam, de leurs véritables noms Amadou Bagayoko et Mariam Doumbia, sont des musiciens et chanteurs de nationalité malienne. Ils sont aveugles tous les deux. Amadou a perdu la vue à l'âge de seize ans, tandis que sa compagne l’est devenue à celui de cinq ans. Ils sont en tournée pour défendre leur dernier opus, « La confusion », paru 5 longues années après « Folila ». Peu d’artistes ou de formations pratiquant la ‘world music’ sont parvenus à autant transcender les genres et à bosser en compagnie de figures aussi marquantes de la scène internationale que Damon Albarn, Manu Chao, Nas et Damian Marley, Santigold, TV On the Radio ou encore Bertrand Cantat.

Les musicos débarquent sur les planches au compte-gouttes. Le drummer et le percussionniste se plantent sur une même estrade surélevée, du côté gauche. Ils saluent le public en frappant dans les mains. Le claviériste, s’installe sur un autre petit podium, à droite. Et après le bassiste, Amadou et Mariam font enfin leur apparition, en compagnie d’une choriste/danseuse. Et danser, elle ne va jamais s’en priver tout au du show, se lançant le plus souvent dans une forme de transe. En outre, son timbre de voix est à la fois puissant et grave.

Extrait du nouvel elpee, « Ta Promesse » ouvre le bal. La frappe du drummer est résolument rock. La ligne de basse soutient parfaitement l’imparable rythmique. On apporte une gratte à Amadou qui demande à la foule, s’il va bien. Pendant ce temps, Mariam chauffe déjà la fosse. Des spots rouges se focalisent sur les visages des artistes, qui sont –et ce n’est jamais une surprise– de bonne humeur. Il y a quelque chose de fort à voir deux personnes, atteintes de cécité être aussi heureux et complices sur les planches.

« C’est chaud » véhicule un message politique engagé. Les mots sont pourtant simples, puisqu’il s’agit d’une énumération des troubles subis par le monde contemporain, comme l’insécurité, la xénophobie, la haine et la crise économique, qui forcent les hommes à quitter le pays, laissant derrière eux, femmes et enfants. Non seulement, Amadou impose sa voix, mais il affiche un fameux toucher sur les cordes, parfois digne d’un Joe Bonamassa. « Filaou Bessame » campe un blues du désert ; plusieurs morceaux vont d’ailleurs nous y entraîner…

Pas de Mathieu Chedid pour « Masiteladi ». Les textes mêlent français et bambara. Et le résultat est fabuleux. Une chanson propice à la transe purificatrice et à l'éloignement des mauvaises ondes.

Issu du dernier elpee, le single « Bofou Safou » parle de jeunes garçons fougueux préférant aller danser plutôt que de travailler, une composition pimentée de sonorités électroniques, fait plutôt rare chez le duo malien.

« Africa » reflète la joie de vivre de ce couple magique et si chaleureux. Le titre maître de l’opus « La Confusion » pose un constat flagrant : ‘Les hommes et les femmes ont démissionné / Les enfants sont abandonnés dans les rues / Les mariés sont en train de divorcer, alors que jadis ils se mariaient tranquillement le dimanche’. Il soulève cette confusion ambiante qui ronge le Mali. Et « La Réalité », qui termine le show, communique un message de la même trempe.

Lors du rappel, le hit intemporel « Dimanche A Bamako » va faire chavirer le public. Même qu’à l’étage, plus personne n’est assis. Et le message de « La Paix » clôt ce magnifique set. Aujourd’hui, c’est également l’anniversaire d’Amadou, auquel la foule va lui réserver un vibrant ‘happy birthday’…

(Organisation : AB + UBU)

IAM

Rêvolution

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IAM est un collectif considéré comme l'un des piliers du rap français. Akhenaton (Philippe Fragione), Shurik'n (Geoffroy Mussard), Kheops (Éric Mazel), Imhotep (Pascal Perez) et Kephren (François Mendy) publient un recueil de textes à la verve sanguinolente, étrangement intitulé « Rêvolution » !

Il ne s’agit évidemment pas d’une erreur de syntaxe ! Mais suffit-il d’ajouter un accent circonflexe pour transformer un rêve, en évolution ? Autrement dit, peut-on encore avoir suffisamment de crédibilité pour rapper comme des gamins de banlieues lorsqu’on a cinquante piges ?

Décorticage. Ce 8ème opus respecte une ligne de conduite tracée par ses précédents essais…

En tout cas sur le fond ! Le combat du quintet est en effet le même depuis ses origines. Trente années d’une lutte des classes et de dénonciation des inégalités sociales qui dépassent les frontières et les époques. A ce propos, la sortie programmée peu avant l’échéance des présidentielles n’est sans doute pas tout à fait un hasard…

Sur la forme par contre, les fans de la première heure regretteront, sans doute, un glissement vers les instrumentaux, à l’instar de « Grands rêves, grandes boîtes », titre fédérateur sur fond de positivisme évoquant la véritable histoire d'Alejandra Gutierrez. Elle rêvait de décrocher une médaille olympique ; mais suite à son échec, elle s'est engagée dans les forces armées…

La palette des couleurs est plus large aussi ; il y a du rap, du hip hop, mais aussi du reggae (« Ils ne savent pas », « Terre Aride »), de la soul (« Orthodoxes »), un zeste de r&b (« Paix ») et, plus surprenant, une bouffée de gospel (« Exister »).

Les mots, matures et incisifs, dénoncent intelligemment les travers sociétaux, en affichant un esprit tout aussi revanchard que de nombreux congénères, mais de manière plus réfléchie et introspective.

Davantage un vent de révolte qu’une réelle (r)évolution, l’album s’avère néanmoins plaisant à l’écoute et devrait plaire à un large public…

William Wilson

Whispers: A Scar is Born

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« A Scar is Born » ! Le titre annonce la couleur… Plus étonnant, William Wilson est de nationalité italienne. Et cet opus n’est pas destiné à nous faire pleurer de rire, mais plutôt pour nous plonger au cœur d’une profonde mélancolie. Ce mystérieux artiste sicilien s’est inspiré d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe sur le dédoublement d’identité (tiens, tiens…), afin de choisir son patronyme. Il nous propose son 3ème elpee, un disque dont les compos plutôt rock peuvent se révéler tour à tour ténébreuses (« Whispers »), lyriques (« Omid ») ou à coloration folk (« The Other One »). Mais en général, le climat n’est pas à la fête tout au long de « Whispers: A Scar is Born ». Le ton est même parfois grave. Et les chuchotements accentuent cette impression. Ce qui n’empêche pas Wilson de tisser de belles mélodies ou d’accélérer quelque peu le tempo (« The Same Fuckin’ Shit »), de manière à apporter davantage de nuances à une œuvre parfois austère. Maintenant si vous appréciez ce type de musique, vous risquez fort d’adopter rapidement cette nouvelle ‘Scar’…

 

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