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The Tea Party

Live in Australia

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The Tea Party (NDR: rien à voir avec le mouvement ultraconservateur étasunien, même si ce dernier a fait des pieds et des mains pour racheter le nom de domaine du band, sans succès, il faut le préciser) est un trio canadien que votre serviteur a beaucoup porté dans son cœur, au cours des années 90 (NDR : voir interview dans la rubrique ad hoc). Puis, sans doute, incapable de se renouveler, le combo a pris des initiatives malheureuses. D’abord, en 1997, en tâtant de l’électronica. Puis en 2004, en voulant épouser une forme hard rock pure et dure, à travers « Seven Circles ». Conclusion, en octobre 2005, le band se sépare. Les trois musicos tentent de nouvelles aventures, individuelles ou collectives, sans grand succès et, fatalement, sous la pression des fans, en 2011, le groupe se reforme. 

La musique de Tea Party est avant tout inspirée du rock et du blues. Led Zeppelin en tête, puis John Renbourn, Bert Jansch, Roy Harper, Sony Boy Williamson ainsi que Robert Johnson. Mais également la culture issue du Moyen-Orient. Un peu dans l’esprit du troisième opus éponyme du dirigeable. Donc de Robert Plant. Le groupe n’hésite d’ailleurs pas à utiliser des instruments exotiques comme le sitar, les tablas ou le dulcimer. Et ce sont ces instruments traditionnels ainsi que le sens mélodique des compos qui forgent l’identité de ce groupe. Sans oublier le baryton profond de Jeff Martyn.

Ce double Cd a été immortalisé lors de leur tournée en Australie. Il s’étale sur plus de deux heures et affiche toute la force, mais aussi les faiblesses du band. Pour les faiblesses, on épinglera, notamment sur la première plaque, une propension, chez Jeff, à en remettre deux couches sur sa gratte électrique. Absolument inutile et en totale contradiction avec leurs réalisations en studio. En fait, Tea Party est au sommet de son art, sous sa forme la plus acoustique. Electrifiée, il faut le préciser. A l’instar de la version fantastique de « Sun going down », un blues de 11’13, au cours duquel Martyn excelle à la slide. Et sous cette forme, le groupe est vraiment épatant. Ce qui ne l’empêche pas de se sublimer au contact de l’électricité. Surtout lorsqu’elle est plus incisive que démonstrative. A l’instar des classiques de la formation, comme « Sister awake », « Lullaby » ou « Fire in the head ». Faut dire que la section rythmique est à la fois efficace et bigrement complémentaire.

The Tea Party avait eu l’opportunité d’assurer le supporting act de Page et Plant, lors de la tournée baptisée « Unledded ». Une belle preuve de reconnaissance. Maintenant, on espère que le trio canadien va en revenir aux sources, lors de la publication de son prochain album. Et surtout retrouver l’inspiration…

 

The Tea Party

The interzone mantras

Écrit par

Nonobstant sa démarche fondamentalement métal, je dois avouer avoir un petit faible pour la musique de ce trio Canadien. En fait, son métal teinté de mysticisme, d'exotisme et de symbolisme produit, à l'instar du 3ème elpee de Led Zeppelin, une sensation d'exaltation. Faut dire que tout comme Plant, Jeff Martin est un passionné de la culture orientale. Musicale en particulier. Ce qui explique pourquoi, Tea Party a régulièrement recours à des instruments indiens tels que sitar, tablas, et autres objets les plus insolites les uns que les autres. En outre, la formation n'hésite pas à introduire des éléments acoustiques dans sa création. Il est ainsi plus facile de comprendre pourquoi le métal de cette formation est si original et si fascinant. Si le nouvel opus ne déroge pas aux bonnes règles, il a malheureusement été surproduit. Trop d'orchestrations, trop d'arrangements, trop d'overdubbings, finissent par étouffer le fil mélodique des chansons. Ce qui ne veut pas dire que ce disque soit de mauvaise facture, mais il aurait pu, avec un peu plus de mesure, devenir un must. Il recèle d'ailleurs quelques bonnes surprises. Tout d'abord " The master & Margarita ". Dont le titre est inspiré d'un roman de l'écrivain Mikhail Bulgakov. Un fragment à l'intensité électrique déchiquetée, nonobstant la présence d'un mellotron. L'hymnique " Lullaby ", également. " Cathartik ". Dont les riffs " ledzeppeliniens " lézardent littéralement l'éther atmosphérique, dont le parfum rappelle Sad Lovers & Giants. La ballade mélancolique " Requiem ". Résultat d'une rencontre hypothétique entre Divine Comedy et Nick Cave. Ou encore à travers l'ethnique " White water siren ", caractérisé par son phrasé acoustique qui me rappelle quelque part " Friends " (NDR : Bien évidemment un titre qui figurait sur le 3ème opus du Dirigeable). Et en final les 8 minutes de " Mantra ". Un morceau sinueux, obsessionnel, hanté par le spectre de " Kashmir ". Ah oui, et dans le jeu de quilles on retrouve également, ça et là, des traces de prog rock empruntées au " Nursery cryme " de Genesis. Ou plus exactement des sonorités de guitare proches de celles que Michael Rutherford dispensait à l'époque. Et comme toujours, la pochette est superbe !

 

The Tea Party

Triptych

Après avoir gravé deux albums largement sous-estimés (« Splendor solis » et « The edge of twilight »), œuvres qui faisaient suite à un premier opus totalement passé inaperçu, le trio canadien s’était quelque peu planté en 1997, en tentant de fusionner le metal et la musique électronique, à travers « Transmission ». Si « Triptych » consomme une même dose de technologie moderne, il la libère avec moins de radicalisme, et en tout cas, à bon escient. Encore que parfois, son approche hardcore, comparable à celle de Nine Inch Nails, ne correspond pas tout à fait à ce que nous attendons de Tea Party. Heureusement, cet opus s’ouvre des perspectives autrement intéressantes. Notamment lorsqu’elles embrassent la world music. Et surtout son instrumentation ethnique. Comme sur les remarquablement exotiques « The halcyon days » et « Samsara ». Dans la lignée du célèbre « Kashmir » du Led Zeppelin. Le recours à des instruments aussi insolites que l’‘oud’ et l’‘esraj’ n’y étant certainement pas étranger. Des instruments utilisés par l’Egyptian Ensemble, formation que Tea Party avait eu l’occasion de côtoyer, lors de son périple en Australie, mais qui surtout avait accompagné Page & Plant, lors de leur fabuleuse tournée mondiale, accordée en 1995. Autre point fort de cet opus, les orchestrations symphoniques et les arrangements. Abordés à l’instar d’un Divine Comedy qui se serait débarrassé de ses caractéristiques music hall, pour privilégier le feeling pop. Tea Party s’aventure même, et pour la première fois, dans une cover. « The Messenger » de Daniel Lanois. Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Comme sur le bowiesque « Underground », l’énigmatique post new wave (Dance Society ?) « Touch » et puis surtout « Gone », un petit joyau hymnique, qui a bénéficié de la participation d’un quatuor à cordes, dont les musiciens on été recrutés au sein de l’orchestre symphonique de Montréal…

 

The Tea Party

Transmission

Après une tournée triomphale en Australie, le trio Canadien nous revient avec un quatrième elpee, " Transmission ". Nous n'allons pas derechef vous faire l'éloge de Tea Party, dont les trois premiers albums sont absolument remarquables. Mais simplement vous répéter que si vous aimez voir traiter le metal et le folk dans le sens le plus underground, le plus progressif du terme, Led Zeppelin, les Doors, la philosophie orientale, le symbolisme et le mysticisme, ces trois disques doivent absolument trôner en bonne place au sein de votre compactothèque. " Transmission " risque cependant de mécontenter les puristes. Ceux qui voyaient en Tea Party la résurrection du rock pur et dur. Et pourtant, cet opus ne manque pas de richesse. Beaucoup plus expérimental, il tente d'hybrider la musique électronique et l'instrumentation basique. Un peu à la manière de Stabbing Westward et de Filter. Mais en plus psychédélique, en plus exotique. Il plane d'ailleurs toujours sur la musique de Tea Party cette atmosphère grave, envoûtante, somptueuse, capable de vous donner le vertige... Il faut cependant reconnaître que si, pour la plupart des compositions de ce morceau de plastique, le traitement technologique est plutôt réussi ; et nous pensons ici à " Temptation ", " Army ants ", " Psychopomp ", " Gyroscope " et " Pulse ", certaines ont peut-être le tort de vouloir marcher sur les plates bandes, tantôt de Chemical Brothers, de Prodigy, de Moby et même de Ministry. D'autres encore font cependant preuve d'une toute autre audace. Notamment " Release " qui réussit la fusion, jusqu'alors impensable, entre Joy Division et l'ambient post " crimsonien " (" Island " ?), ou alors va à la rencontre de la culture maghrébine, à l'instar de feu Brian Jones, sur le titre maître, lorsqu'il ne succombe pas à la fascination hypersophistiquée d'un Japan, voire au gothisme spectral d'un Bauhaus sur " Aftermath "... Etonnant !

 

The Tea Party

Alhambra (Mini LP)

Sur les six titres de ce nouveau mini CD du trio canadien, on retrouve quatre versions acoustiques de chansons parues sur les albums précédents. Mais quelles versions! " The grand bazaar "; " Inanna " et " Silence " sont abordés avec le même esprit mystique, exotique, qui avait prévalu chez Led Zeppelin lors de l'enregistrement de son célèbre volume " III ". C'est à dire en communiquant une puissance inouïe aux compositions, rien qu'en y ajoutant une multitude d'instruments et de percussions ethniques (tabla, sitar, etc.). Quant à " Turn the lamp down ", c'est un blues ‘doorsien’, fouetté par les accords de la slide et enfiévré par le baryton de Jeff Martin qui nous prend véritablement aux tripes. Et Dieu seul sait si nous sommes si peu réceptifs au blues... Ce n'est pas pour rien que l'on retrouve Roy Harper sur la seule nouvelle composition du disque, " Time ". Evidemment, cette remarquable chanson est hors de son temps ; et il vous faudra replonger un quart de siècle plus tôt pour pouvoir l'apprécier à sa juste valeur, car ce titre aurait tout aussi bien pu figurer sur un des premiers albums de Genesis. Pas de Phil Le Flouze, mais de l'Archange Gabriel. " Nursery Cryme ", par exemple. A cause de cet enchevêtrement de cordes de guitare acoustiques et électriques particulièrement réussi. Et enfin, de cette exaltation qui vous remplit l'âme d'émotion. Allez donc comprendre pourquoi? Nous ne nous attarderons cependant pas sur le remix de " Sister awake ", une opération de tripatouillage électronique qui n'apporte strictement rien de neuf... Bien vite le nouvel album! Mais était-ce vraiment la peine de vous le dire?

 

The Tea Party

The edge of twilight

Vous ne connaissez pas Tea Party? Dommage! Pourtant, ce trio canadien drivé par un certain Jeff Martin, leader charismatique à défaut de ne pas vouloir être la réincarnation de Jim Morrison, en est aujourd'hui à son troisième album. Et maintenant vous avouez avoir encore la nostalgie du Led Zeppelin et des Doors ? Pensiez pas que le chaînon manquant entre ces deux mythes pouvait exister? Vous êtes sceptiques? C'est encore une erreur! Tendez donc l'oreille à cet opus. Ah oui, ce n'est pas pop. Pas pop du tout! Rock. Dans le sens le plus pur du terme. Underground, bien sûr. Dans l'esprit de la fin des sixties, début des seventies. Et en plus, ce disque a vraiment la pêche. Un zeste de blues, une approche du metal et du folk très progressive, une philosophie marquée par l'exotisme, le mysticisme, le symbolisme. Et puis quatre titres tout bonnement impressionnants. "Fire in the head", "Inanna", "Coming home", et sept minutes trente d'anthologie, "Walk with me". Du grand art! En guise d'épilogue? Un poème récité par le légendaire Roy Harper...

 

The Tea Party

Une projection dans le futur…

En août 1994, nous avions rencontré Jeff Martyn, le leader de The Tea Party. Nous l’avons une nouvelle fois interviewé à l'occasion d'un concert surprise accordé au VK. Il y était venu défendre l’enregistrement de son dernier opus, « The edges of twilight ». L'homme qui ressemble plus à Jim Morrison que Val Kilmer possède une culture générale rare ; on a donc débordé avec lui du contexte exclusivement musical pour parler littérature, philosophie, théologie, sciences occultes et phénomènes paranormaux...

Un Roy Harper imprévu

Pourquoi avoir choisi « Fire in the head » pour single et non « Walk with me »?

La durée de la chanson probablement. Plus de 7 minutes pour une même composition constituent sans doute un obstacle à ce style de disque. « Fire in the head » fait, en outre, l'objet d'un clip vidéo. Dans ces conditions il semblait normal qu'il sorte en single. Ce qui ne m'empêche pas de penser que je ne suis pas du tout favorable à ces campagnes d'intoxication publicitaire. Je n'ai jamais accepté ces compromis qui altèrent ma vision artistique…

Etait-il important de coproduire « The edges of twilight »? Pourquoi avoir choisi Ed Stasium pour assumer cette tâche?

Avoir le contrôle de son travail revêt une importance extrême. Je désire préserver la spécificité de notre son. Une vision très personnelle des objectifs à atteindre... Tu vois ce que je veux dire? Je veux aussi avoir la certitude que notre musique reste unique en son genre. Mais je ne voulais pas reproduire l'erreur commise sur « Splendor Solis »? Je me suis rendu compte que j'étais un novice dans le métier. Je n'étais pas parvenu à capter l'agressivité du son que nous sommes en mesure de libérer. C'est pourquoi nous avons recherché un producteur adapté aux formations fondamentalement rock. Ed correspondait à ce profil. Il est, en outre, ouvert au dialogue. Nous n'avons pas eu à nous en plaindre, car il est parvenu à tirer de nous le maximum sans altérer notre équilibre de base.

Sur cet album, en épilogue, figure un poème récité par le légendaire Roy Harper. Est-il venu expressément en studio pour participer aux sessions ou était-ce simplement une bande préenregistrée?

Il était bien présent lors des sessions d'enregistrement. Mais sa visite n'était pas prévue! En fait, Roy est très attentif à la vie du groupe et s'informait constamment de nos déplacements. Il paraissait en tous cas bien informé de nos déplacements, puisque lorsqu'il est arrivé à Los Angeles, il s’est rendu au studio. Il est vrai qu'il nous avait toujours promis de participer un jour ou l'autre à l'enregistrement d'un de nos albums. Mais pour celui-ci, il était seulement venu voir ce qui se passait. Inévitablement, il s'est naturellement impliqué. Attention, uniquement pour l'intro atmosphérique de « Correspondances » et puis à l'occasion de ces quelques vers récités sur cet instrumental que tu retrouves à la fin de notre album. Mais le résultat de sa participation se limite à ces deux interventions, pas davantage...

Antithèse de Pearl Jam

Est-ce que Tea Party appartient davantage au rock qu'à la pop? N'as-tu pas l'impression que le groupe rame à contre-courant de la plupart des groupes contemporains. Et je pense ici tout particulièrement à Pearl Jam?

Lorsque tu me parles de pop, je pense inévitablement à Wet Wet Wet et à tous ces groupes qui ont pris le train de la mode en marche. Je ne conteste pas leur attitude, mais plutôt l'absence d'originalité qu'elle génère. Notre musique vient du cœur. Elle n'est pas montée de toutes pièces par les magazines. Mais je n'y vois pas de raison suffisante pour y coller une étiquette. Nous jouons de la ‘world music’ plutôt que du rock, et certainement pas de la pop. Nous préférerions finalement que vous la qualifiiez de ‘Tea Party music’. Nous sommes probablement un des derniers groupes à s'intéresser à toutes les autres formes de culture. A expérimenter les sonorités ethniques pour les réinjecter dans notre musique et notre poésie. Autrefois, cette recherche était naturelle. C'est sans doute la raison pour laquelle nous sommes régulièrement comparés aux groupes des 70s. Nous ne sommes pourtant pas des nostalgiques de cette époque. Je la respecte, mais je ne m'y suis jamais identifié. Notre musique est une projection dans le futur. Nous voulons expérimenter des tas de nouvelles formes musicales, embrasser de nouvelles perspectives, permettre à notre imagination de se développer...

Faut-il en déduire que le psychédélisme de Tea Party se traduit par l'esprit constamment en expansion? Quelle est la place des drogues dans cet univers?

Eh bien... (silence)... OK... J’admets que la conscience de Tea Party est en expansion, parce que sa musique est stimulante. Depuis nos débuts, il nous a été reproché de vivre sur la défensive, de ne pas correspondre au profil imposé par la mode. Certains semblent même dérangés: nous symboliserions l'antithèse d'un Pearl Jam! Je n'en vois pas la raison. Il existe suffisamment de groupes qui leur emboîtent le pas, non? Notre attitude provoque une réaction, oblige les médias à réagir, donc à penser. Dans le domaine des drogues, j'ai connu un éventail d'expériences différentes. Elles m'ont permis d'atteindre des formes d'inspiration que je n'aurais sans doute pas pu rencontrer sans y recourir ou de pénétrer d'autres cultures indispensables à la richesse de notre musique. Mais il est difficile d'aborder ce domaine. C'est un engagement très personnel. Cependant, si ce recours m'a permis d'augmenter mes capacités de création, la drogue n'a jamais constitué le fondement de mon inspiration. Je veux rester maître de mon esprit. Ne pas devenir dépendant d'un quelconque artifice… Dans ce domaine, il faut être très prudent…

Quel a été l'impact sur toi de la philosophie prônée par Carl Gustav Jung?

J’ai été très marqué par son livre ‘Les rapports entre le moi et 1’inconscient, sur l'énergie de l'âme’. Ses études sur l'inconscient collectif m’ont permis de mieux comprendre la poésie symboliste. Elle est devenue ainsi plus effective en termes de perception et d'écriture. Plus puissante, plus efficace, plus fluide, plus compréhensible.

Y a-t-il un rapport entre la chanson d’Alex Harvey « The Boston Tea Party » et le nom du groupe ou est-ce une coïncidence?

Non rien à voir ! Tu connais les poètes beats américains Ginsberg, Burroughs et Kerouac ? Lorsque des projets artistiques deviennent collectifs, et en particulier dans le domaine de la poésie, on assiste à une Tea Party. Et je pense que lorsque trois personnes partagent les mêmes conceptions en ouvrant leur esprit, ils entrent également dans cette Tea Party...

Métempsycose

Crois-tu à la métempsycose? (NDR: transfert de l'âme d'un corps vers un autre, la réincarnation, quoi)

Absolument!

Sous quelle forme?

Le passage d'une existence vers une autre.

Sous quel aspect voudrais-tu être réincarné?

(long silence embarrassé)... Probablement une femme. Je ne sais pas réellement. Si j'avais la chance de revenir un jour dans ce monde, et je l'espère, je souhaiterai pouvoir tirer les leçons des expériences vécues dans cette vie antérieure. Retenir les fautes dont je me suis rendu coupable pour éviter de les commettre à nouveau. Si je pouvais être réincarné, j'espère que je pourrais bénéficier de cette expérience acquise...

Connais-tu Er ? (NDR: auteur latin qui traite de la métempsycose)

Qui? Euh, non. Désolé! Madame Blovatsky, bien. Elle était théosophe. Elle a vécu à la fin du XIXème siècle et ses écrits reposent souvent sur la théorie de la métempsycose. Mais je ne connais pas Er. Ni d'autres auteurs latins. Grecs, plutôt. Tels que Socrate et Pythagore. Et puis dans un domaine plus contemporain Michaël Homer, réalisateur du film « Out to states ». C'est un personnage qui s'intéresse beaucoup à

(Article paru dans le n° 35 de juillet/août 1995 du magazine Mofo)

The Tea Party

Splendour Solis

Non seulement Jeff Martin, chanteur de Tea Party, campe un baryton profond, sombre, proche de feu Jim Morrison, mais en plus, il possède un physique très proche du roi lézard. Pourtant Jeff n'est pas la réincarnation du mythe disparu, mais le leader d'un nouveau groupe canadien. Un trio, pour ne rien vous cacher, qui possède un énorme avantage sur le chanteur californien : il est encore vivant!... Et puis, le line up ne comporte pas de claviériste. C'était probablement trop risqué. Imaginez un peu la présence d'un organiste qui ressemblerait, comme deux gouttes d'eau, à Ray Manzarek... Si Tea Party réfute toute corrélation avec les Doors, sa musique présente de nombreuses affinités avec celle de Led Zepplin. Parce que blues, folk et heavy metal se fondent dans même univers exotique, orientaliste, digne du troisième elpee enregistré par le célèbre dirigeable. Pas pour rien que le guitariste reconnaît pour influences majeures John Renbourn, Bert Jansh et Roy Harper; c'est à dire celles qui avaient inspiré Jimmy Page, à cette époque très précise. Produit par Glenn Robinson (Voivod, 13 Engines), "Splendour Solis" possède toute la science infuse (!) du métal le plus précieux, le plus vivifiant. Alors, pour notre plaisir nous en reprendrons volontiers une tasse. Mais avec deux sucres...

 

The Tea Party

Vivre sa musique avec la même passion que les bluesmen... (archive du mois)

Écrit par

Chanteur, compositeur et leader du trio canadien Tea Party, Jeff Martin ressemble très fort à Jim Morrison. C'est ce que j'avais pu lire au sein des différents articles consacrés à la biographie du groupe. Mais je ne m'imaginais certainement pas que la ressemblance était aussi frappante. Jeff souffre même d'un léger strabisme divergent comme le défunt et mythique roi Lézard. Et puis sa voix campe le même baryton profond. Il est également poète et plutôt mystique. Heureusement il joue de la guitare et tout comme Jimmy Page porte un grand intérêt à la musique orientale. Rencontre à l’issu de son set accordé dans le cadre du festival Pukkelpop…

Vous avez vécu très longtemps à Windsor, près de Detroit, mais votre firme de disques est canadienne. Tea Party est-il un groupe canadien ou yankee? N'y a-t-il pas une certaine volonté délibérée d'entretenir le mystère?

Il n'y a pas de mystère. En vérité, le groupe a grandi à Windsor dans l'Ontario. Une ville de 120 000 habitants située près de Detroit. Detroit en compte 4 000 000. Ce qui explique pourquoi cette cité subit une très grosse influence de la part des States. A Windsor, la population écoute la radio américaine, regarde les programmes de TV américains, et inévitablement écoute la musique yankee. J'y ai vécu jusque l'âge de 10 ans. Et je dois avouer que j'ai fini par devenir très américanisé. Mais il est très difficile pour un groupe canadien de se faire une place au pays de l'once Sam. Nous n'avons jamais décroché un seul contrat à Detroit. Nous avons dû remonter quatre heures vers le nord. A Toronto. Qui est le centre vital de la musique au Canada. EMI nous y a découvert, et nous a sorti de l'ombre. Aujourd'hui, je vis cependant à Montréal. La ville est beaucoup plus européenne, artistique. Un endroit qui correspond beaucoup mieux à ma sensibilité culturelle, finalement.

Que tu épanches à travers tes lyrics; une sorte de message spirituel?

Je suis très influencé par la poésie française. Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud et Paul Verlaine en particulier ; les romanciers anglais Colin Campbell et Robert Graves également. J'ai découvert ma spiritualité en lisant cette littérature. J'explore, à travers mon écriture, les aspects les plus sombres de l'âme humaine. La vie n'a pas que de beaux côtés... Enfin, la religion occupe une place très importante dans mon attitude. J'étais à l'origine de conviction catholique. A l'âge de 16 ans, mon âme a été confrontée aux questions existentielles. J'ai beaucoup réfléchi. J'ai cherché. J'ai énormément lu. Et j'en ai conclu qu'il était nécessaire d'opérer un retour aux sources. Parce que la religion organisée est néfaste à l'humanité. Elle engendre l'intolérance provoque des situations conflictuelles. La foi est personnelle...

Tu crois à la réincarnation?

Oui. (NDR: il entame une grande réflexion sur Nietzsche...)

Au cours de ton set, tu as inclus le refrain de "Love will tear us apart" de Joy Division dans une de tes chansons. Etait-ce une forme d'exorcisme?

Oui. Ou plus exactement un hommage à Ian Curtis. La puissance de son lyrisme m'a toujours impressionnée. Nous avions des goûts, ma foi, très semblables dans le domaine de la littérature et de la poésie...

Est-il exact que tu répugnes tourner des vidéos?

J'apprends à ne plus les détester. En fait, jusqu'à présent, je n'ai toujours pas trouvé un concepteur susceptible de rencontrer mes idées. De faire passer notre symbolisme à travers l'image. Nous ne voulons pas tourner de clip pour le plaisir de le tourner. C'est la raison pour laquelle, jusqu'à présent, nous avons toujours éprouvé des sentiments négatifs à cet égard. Maintenant, nous ne sommes pas totalement hermétiques à cet univers. Il suffirait peut-être de rencontrer le réalisateur compétent.

Nonobstant ton aversion profonde pour les sempiternelles comparaisons avec le Led Zeppelin, je suis au regret de t'annoncer que je trouve de nombreuses affinités entre ton album et le troisième elpee du célèbre dirigeable. Qu'en penses-tu?

Je suppose donc que c'est vrai. L'explication est assez simple. A cette époque, Jimmy Page était influencé par les mêmes guitaristes auxquels je voue une grande admiration aujourd'hui. Page a d'ailleurs également exercé une certaine influence sur moi. Mais il ne faut pas prendre uniquement le passé pour bible. Car si Tea Party laboure dans le même champ que Led Zeppelin, il ne le retourne pas dans le même sens. Je ne dispose pas, par exemple, d'un timbre vocal stratosphérique (NDR: il imite la voix de Plant)... ‘Maybe... babe...’ Tout le monde est influencé quelque part par les autres, et en particulier par les artistes du passé...

Lorsque tu parles de guitaristes auxquels tu voues une grande admiration, je suppose que tu parles d'abord de John Renbourn, de Bert Jansch et de Roy Harper. Et puis, bien sûr de Sony Boy Williamson ainsi que Robert Johnson?

Des modèles! Ils sont parvenus à dynamiser le son de la guitare acoustique en imaginant de nouveaux accords. Des accords susceptibles, comme chez John Renbourn, de sonner comme un luth, un sitar, ou des tas d'autres instruments. Chez Tea Party, j'essaie d'inoculer cette science dans un cadre plus électrique. Mais en y apportant notre propre passion, notre propre humeur, et pas seulement une technique. Roy Harper est davantage pour moi, un ami, un professeur. Il m'a énormément influencé.

Tu as eu le loisir de jouer avec lui!

Nous avons accompli une tournée ensemble au Canada. Et puis nous avons donné un spectacle à Londres au cours duquel nous avons purement et simplement électrifié toutes ses chansons originellement acoustiques. Ce fut un grand moment de fantaisie et de rock'n roll... Sony Boy Williamson, Robert Johnson et BB King appartiennent à un héritage musical transmis par mon père; lorsque tous mes copains écoutaient Ritchie Blackmore et consorts, il m'a demandé de m'asseoir et m'a passé des disques de ces grands bluesmen. Howlin' Wolf également. Sa voix reste pour moi un exemple. Ces racines constituent pour moi une éducation fondamentale qui m’a servi à vivre ma musique avec la même passion que les bluesmen...

Version originale de l’interview parue dans le n° 28 du magazine Mofo de novembre 94.