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L’heure personnelle de Lucie Valentine

L'artiste belge Lucie Valentine dévoile « Minuit Moins Toi », le titre phare de son nouvel Ep éponyme. Une chanson touchante, lumineuse, qui célèbre le moment de bascule : celui où la douleur laisse place à la paix après une séparation. Née d’un atelier…

Denver ou DNVR ?

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Epica - 18/01/2026
Concerts

The Black Angels

Austin power

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Quelques mois seulement après leur passage à Dixmude, les anges noirs d’Austin étaient de retour pour présenter leur excellent dernier album “Phosphene dream”. Petit tour d’horizon dans une Orangerie pleine à craquer. Il est étonnant que l’assistance du concert de ce lundi soit encore aussi conséquente. Pas que la musique abrasive de ces lointains cousins du Velvet puisse être taxée d’élitiste, mais de là à déplacer les foules ? Il faut donc se féliciter d’un tel engouement général ayant drainé aussi bien gente féminine que masculine, (très) jeune ou moins jeune.

L’hypnose instaurée par ces Américains au charisme quasi nul (bon sang, ce chapeau de cow-boy et cette veste en cuir à franges !) opérant dès les premières notes, très vite les chansons de ces Black Angels dessinent une trame enivrante dans laquelle l’auditoire s’enlise passionnément. Hochant la tête et me balançant d’avant en arrière, humant de tout mon saoul le souffle virevoltant de ces mantras psychédéliques, je succombe de mon plein gré à cet appel quasi mystique. La batterie de Stéphanie Bailey, l’écho répercutant les distorsions des guitares, la voix ‘Morrissonienne’ du chanteur, Alex Maas, casquette éternellement rivée sur le sommet du crâne, tous les éléments s’enchaînent et s’entrelacent dans un kaléidoscope hallucinatoire propre à donner le tournis. Les nouveaux titres « Science Killer », « River of Blood » ou le presque pop « Telephone » se mêlent aux classiques du groupe tel le « You on the run » toujours pertinent d’efficacité. L’aspect homogène de l’ensemble renforce l’aspect incantatoire de la musique de ces Texans, agissant comme le catalyseur d’une montée en puissance digne d’un écrit de William Burroughs. En rappel, le groupe revient à ses premières heures, déposant aux pieds de leurs fans des titres de « Passover », en signe de profonde gratitude.

Là où The Black Angels passent, nul besoin de s’enivrer de substances illicites pour goûter aux plaisirs de paradis artificiels…

(Organisation Botanique)

 

Junip

Tout vient à point à qui sait attendre…

Écrit par

Il a fallu près d’une décennie avant que le premier long playing de Junip ne soit enfin publié. Victime du succès planétaire rencontré par José Gonzales, leader incontournable du groupe, le trio suédois végétait dans un demi-sommeil rêveur. Comme à la poursuite d’un songe d’adolescent, les trois amis d’enfance guettaient inlassablement l’instant. L’instant du premier Opus. Cet instant symbiotique convoité depuis 1998. Cet instant incessamment différé par la célébrité grandissante de l’enfant prodigue. Laissés dans l’expectative, Elias Araya (drums) et Tobias Winterkorn (claviériste) ont observé sans ciller l’ascension fulgurante du trinôme. Dès 2003, le songwriter suédois sort  « Veneer ». Premier album qui sera ultérieurement distribué en Europe et aux Etats-Unis par Peacefrog et Mute. C’est pourtant en 2005 que la plaquette rencontre un vif succès populaire et critique. L’utilisation de « Heartbeats » dans un spot publicitaire de Sony Bravia explose radicalement les ventes –plus d’un million de copies– et le couronne disque de platine au Royaume-Uni. Malgré le succès également rencontré par le deuxième album (« In Our Nature ») et les tournées interminables en solo, José Gonzales décide subitement d’abandonner sa guitare aux cordes d’acier noueuses pour rejoindre fidèlement ses deux autres tiers. Enfin, il reprend son souffle et peut se consacrer sereinement à son projet initial : Junip. Jouer en équipe l’inspire et le résultat est stupéfiant : ‘Nous ne sommes ni les meilleurs ingénieurs son, ni les meilleurs musiciens, mais nous savons enfin ce que nous aimons’. Dix ans de patience et de frustrations récompensés par « The Fields » : une curiosité folk-pop-électro qui frôle l’addiction.     

L’architecture minutieuse du premier album achevée, Junip peut maintenant user de ses mélodies pour fouler sereinement toutes les scènes internationales. Celles présentées ce vendredi soir au Grand Mix ont surpris d’une setlist hétéroclite oscillant du calme au rugissement, de la simplicité au désordre. Un patchwork capitonné d’une voix de chaman millénaire, de paroles férocement poétiques et de sons intentionnellement rugueux (rough) habillant les lieux d’un environnement flou, mélodique et hypnotique. Un mélange séduisant et capiteux qui nous plongerait dans les univers peu conventionnels du folk-jazz de John Martin ou de la soul psychédélique de Richie Havens ; le tout parfumé de sonorités krautrock. Bref, une capsule d’oxygène gonflée de folk, de krautrock et de pop offrant un nouveau souffle à un registre pop-folk fort poussiéreux.

Les trois pièces göteborgoises surprennent d’un concert rigoureusement équilibré et cohérent doté d’une mécanique mélodique de précision. Un set composé de chansons riches d’influences, sans texture ostentatoire, sans lenteur, sans variation dynamique inutile, sans accord superflu…

Ça et là, la chaleur des claviers de Winterkorn, les rythmes subtilement insistants d’Araya, la voix paisible et le lyrisme énigmatique de Gonzales tissent d’heureuses, de délicieuses mélancolies.  Paroles et mélodies oscillent entre chaos et renaissance, entre vie et mort (« Tide »). Quant à « To The Grain » et « In Every Direction », ils dessinent de majestueux voyages pop-folk voilés de paysages gris et automnaux.   

Ailleurs, derrière les beats et les guitares, Tobias Winterkorn élève des murs musicaux construits de sons analogiques, de Moog, de Rhodes puis laisse place à des moments plus vaporeux sur « Without You » et « Off Point ».

Plus loin encore, le jazz et les répétitions rythmiques éthiopiennes (NDR : technique héritée des origines africaines d’Elias Ayala) s’accordent subtilement aux airs latins (NDR : héritage musical issu des origines argentines de José Gonzales) et esquissent des champs exotiques exquis.

Junip sonne comme un vrai groupe. Un trio solide aux éléments complémentaires qui ne devrait pas faire regretter à José Gonzales son retour sur la ‘Junipsphere’. Une nouvelle expérience qui renforce incontestablement son répertoire et résonne comme une renaissance artistique, un heureux aboutissement de ses efforts passés. Un choix audacieux qui souligne la qualité de programmation du Grand Mix et vous réserve d’ores et déjà de belles surprises pour les semaines à venir (http://www.legrandmix.com)

Organisation Le Grand Mix

 

The Divine Comedy

So British… so kitschy !

Écrit par

The Divine Comedy, c’est avant tout Neil Hannon, un auteur, compositeur et interprète qui reconnaît pour influences majeures Burt Bacharach, Kurt Weill, David Bowie et même Jacques Brel. Lors de sa dernière tournée, il était soutenu par une belle brochette de musiciens. Et son dernier opus, « Bang Goes The Knighthood », paru en mai dernier, ne trahissait certainement pas une volonté de se la jouer perso. En homme-orchestre si vous préférez. C’est pourtant, en solo qu’il se produisait ce mardi 28 septembre, à l’Orangerie du Botanique. Sous le patronyme The Divine Comedy…

21h10’ : le rideau rouge s’ouvre brusquement sur le cabaret musical de Neil Hannon ! Sous une formule intimiste et dépouillée de ses musiciens, le leader charismatique de The Divine Comedy entrouvre les portes confidentielles de son univers précieux et facétieux. Seul. Sobre. Vêtu d’un complet noir. Coiffé d’un chapeau melon noir. Instrumenté d’un piano Yamaha noir. L’artiste sort méticuleusement les précieuses partitions qui architecturent les symphonies sophistiquées de « Bang Goes The Knighthood » de sa serviette noire. A l’image d’un automate aux mécanismes parfaitement huilés, Neil Hannon se dandine au clavier, fabriquant, de ses doigts d’horloger, des atmosphères piano-bar sublimées d’une décadente nostalgie pop. Image d’un personnage semblant sortir des « Noces Funèbres » de Tim Burton qui aurait emprunté la voix de Sweeney Todd pour nous fredonner de charmantes capsules de comédies musicales désuètes (« Down In The Street Below »).

Toutefois, les ingénieuses orchestrations –point fort du dernier opus– brillent par leur absence et condamnent la première partie du set au calme et à la vacuité. Une impression d’inachevé résonne. Mais, ici, le chanteur irlandais se livre à un tout autre exercice : sa propre mise en scène. Son talent scénique, son humour british parviennent cependant à faire oublier l’absence de musiciens. Aidé de ses fidèles aficionados venus en nombre (concert sold out !), il parviendra finalement à tisser un lien de complicité avec les spectateurs. Interactivité croissante qui a eu le mérite de nous faire passer un chaleureux moment d’une heure trente-cinq. Les applaudissements suivant le premier rappel de plus de quinze minutes en témoignent d’ailleurs largement.

En outre, l’auteur-compositeur-interprète britannique passe sans complexe du piano à la guitare, livrant une musique baroque. Un retour aux sources qui rappelle son éternelle passion pour Scott Walker et ne laisse assurément pas indifférents les fans de la première heure.     

Peu importe la guitare, peu importe le piano ! Car, finalement, Neil Hannon, c’est avant tout une voix. Un timbre qui souffle et le chaud et le froid, invite le rire et les larmes. Up & down qui navigue, lunatique, entre drôlerie et tristesse. Un clown triste qui improvise et use d’inflexions vocales sur « At The Indie Disco » pour amuser le spectateur de beat box. Single qui sera suivi d’une délicieuse reprise parodique de « Human League ». Puis, la pénombre. L’artiste décide alors de jouer avec les cordes sensibles de l’auditeur et vous balance une drama-song mélancolique. Mais, attention, non sans une pointe d’ironie qui vous griffe au tournant. En bref, un artiste qui use habilement de sa voix et de la langue de Shakespeare.

L’ensemble du concert reste cependant fidèle au disque. Il nous livre une grande musique pop-baroque et un storytelling capricieux. Ici, pourtant, l’attention se porte davantage vers ce personnage imprévisible, capable de passer tout naturellement du drama au piano-bar popeux excentrique avec une grande cohérence.

Assurément, le passage de « The Divine Comedy » sur scène demeure toujours un événement inédit et incontournable.   

Organisation Botanique

(Voir aussi notre section photos)

Goldfrapp

Retour vers le futur

Écrit par

Saviez-vous qu’Alison Goldfrapp avait vécu en Belgique ? A la sortie de son adolescence. Avant de devenir ‘backing vocalist’ chez Tricky et Orbital. Elle a même participé à l’enregistrement de quelques uns de leurs disques. Ce n’est qu’en 1999, que Will Gregory et Alison fondent le duo Goldfrapp. Responsable de 5 albums à ce jour, dont le dernier, « Head first », fait un peu pâle figure au sein de leur discographie, Goldfrapp se produisait donc à l’Aéronef de Lille, ce mardi 28 septembre. On se demandait donc si la formation était capable de donner une autre dimension à des titres pas vraiment folichons…

En arrivant dans la salle, un chansonnier interprète son répertoire dans la langue de Molière. Ce genre de spectacle serait tout à fait indiqué pour animer les fêtes de famille ou un piano bar. Anecdotique. Embraie un certain Wagner. Non, non, par Richard, il est mort en 1883. Mais Yan. Un franco-américain qui chante dans celle de Goethe en s’aidant de machines. Tout un programme ! Mais au bout du compte, pas vraiment de quoi s’enflammer.

Il est déjà 9h30 lorsque le large rideau tendu tout au long de la scène tombe. On aperçoit un énorme cylindre au fond du podium, duquel s’échappe un brouillard de fumée. Un décor qui me fait penser à la célèbre série B de science-fiction, programmée à la TV, au cours des seventies, ‘A cœur du temps’. Pour les plus jeunes, ils penseront sans doute davantage à ‘Blade Runner’, voire à ‘La guerre des étoiles’, mais les comparaisons me semblent moins judicieuses. A cause de l’esprit ‘vintage’ que semble véhiculer le groupe. Bref, on est en plein univers intergalactique. Mais d’une autre époque. « Voicething », le dernier morceau du dernier album de Goldfrapp, « Head first », est diffusé en fond sonore. Puis les musiciens entrent par ce tunnel. Outre Alison, ils sont six. Une drummeuse, qui s’installe, au fond de la scène, à droite. Un bassiste, planté du même côté, mais plus en avant. Côté gauche, une claviériste et Will Gregory, plus centré, mais en retrait, tous deux à l’AX-Synth, lorsque la première ne se réserve pas les synthés et le second le violon ou circonstanciellement la guitare. Ces deux derniers sont vêtus d’une combinaison zébrée, couleur noir et blanc, mais en oblique. Alison s’approche du bord de l’estrade. Elle a revêtu une sorte de poncho fabriqué à l’aide de bandes de cassettes. Et face au ventilateur, placé au sol, l’effet est assez saisissant. Les bandelettes s’agitent dans tous les sens et scintillent à la lumière des spots. Il souffle en même temps les boucles dorées de ses cheveux. Collants noirs, yeux hyper-maquillés, son look colle parfaitement à la mise en scène particulièrement kitsch, glamoureuse, si vous préférez. Elle possède un charisme fou. C’est une star et elle le sait. Enfin, elle jouit d’un timbre de voix assez exceptionnel. Tour à tour opératique, cristallin, éthéré, sensuel ou puissant. Le set s’ouvre par « Cristalline Green » (NDR : ben tiens !) et embraie par « Supernature », avant de concentrer l’essentiel de son répertoire sur le nouvel opus, « Head first », dont les inévitables singles « Rocket » et « Alive », en n’oubliant pas d’y inclure un de leurs plus anciens tubes, « Number 1 ». La prestation est énergique, passionnée, flamboyante, mais un peu trop linéaire à mon goût. Et puis ces références pompées chez ABBA ou dans le disco ne me bottent pas vraiment. Il faut attendre la seconde moitié de set, pour enfin vibrer. Tout d’abord lors d’un des derniers morceaux de « Head first », soit le ‘robotique’ « Shining and warm » (NDR : oui, c’est une plage du dernier opus, mais une des meilleures). Puis « Train » (NDR : il figure sur Black Cherry), dont la version proposée ici est absolument époustouflante, digne du « I feel love » de Donna Summer (NDR : oui, je sais c’est du disco, mais quand c’est bon, il faut le reconnaître). La voix d’Alison atteignant alors vraiment le sommet de son art. Et enfin, lors de la finale, l’inévitable « Ooh la la », dont le tempo imprimé sur un boogie, réminiscent du « On the road again » de Canned Heat, met littéralement le feu à la salle.

Rappel inévitable. Alison a changé de look. Elle a enfilé une parure scintillante, couleur chrome et noir. Le combo se lance dans « Little bird » (NDR : extrait de « Seventh Tree »), une compo atmosphérique, construite en crescendo, à la croisée des chemins de Spiritualized et de Cocteau Twins. Epatant ! Et de terminer par « Lovely head », morceau ‘enniomorriconesque’, sifflements samplés à l’appui. Acclamations soutenues.

Et le public en veut encore. Ce soir Goldfrapp est généreux. Alison a encore changé de look. Elle porte une autre parure en longs poils colorés d’orange, de rose et de jaune. Le show s’achève par un titre plus rock. D’ailleurs, Will a alors repris sa guitare. Chouette concert qui contraste avec leur dernier album, « Head first ». Ce sont d’ailleurs les plus anciennes compos qui ont fait la différence, même si le public lambda a sans doute aimé se trémousser, sur les titres les plus contagieux et à caractère disco. Fallait s’en douter.

(Organisation A Gauche de La Lune)

Blonde Redhead

Atmosphère, atmosphère…

Écrit par

Blonde Redhead revenait en Belgique, ce samedi dernier, à l’Ancienne Belgique, afin d’y présenter son nouvel opus –très réussi par ailleurs– « Penny Sparkle ». Après 20 années de parcours, une évidence s’impose : le trio cosmopolite n’a toujours pas vécu de baisse de régime et encore moins de panne d’inspiration, même si le ton se fait de plus en plus paisible et le feeling romantique… Moins expérimentale que par le passé, la musique de Kazu Makino et des jumeaux italiens, Simone et Amedeo Pace, s’est adoucie et revêt, depuis la confection du chef-d’œuvre « Misery is a Butterfly », de très heureux accents pop.

Ce soir, le public semble conquis d’avance bien qu’il ne soit pas très nombreux. L’ambiance est bon enfant et un climat paisible semble baigner la salle bruxelloise. A l’instar du décor planté sur la scène, aménagée en jardin japonais parsemé de parapluies dorés et de torches électriques. Kazu est affublée d’un masque blanc arborant de mystérieuses… moustaches félines ! L’influence de CoCorosie ? Dès les premières notes, on se rend compte que leur musique sera essentiellement atmosphérique. Faut dire aussi que la présence d’un quatrième musicien, un claviériste, accentue cette impression, tout en apportant davantage d’amplitude aux compos. Des titres comme « Here Sometimes » ou « Dr. Stangeluv » transportent l’audience au cœur d’un univers sonore voluptueux alors que les morceaux plus énergiques (« SW », par exemple), nous rappellent que Blonde Redhead était, à ses débuts, influencé par Sonic Youth. Amedeo et Kazu alternent au chant mais notre préférence va, bien entendu, à la voix suave de la petite Japonaise. Le clou du concert sera atteint lors du magnifique « Spring and by Summer », parfaitement exécuté. Un bémol, s’ils ont alternés les ambiances les plus calmes et les belles, mais trop rares, montées bruitistes, les New-yorkais se sont contentés de ne jouer quasiment que des plages issues de leurs deux derniers elpees.

Retour néanmoins réussi pour ce groupe aventureux et attachant, dont l’expression sonore originellement minimaliste, évolue de plus en plus vers une forme quasi-ambient…

(Voir aussi notre section photos)

Organisation AB, Bruxelles 

Part Chimp

Puissance 4

Écrit par

Fuyant le stress d’une journée comme tant d’autres et mettant fin à une semaine d’errance dans les limbes de l’ennui, je me rends au temple pour recevoir la part obscure du son des ténèbres. Bouhouhou!!! Ou comment s’accoquiner avec le diable en chemise à carreaux. Part Chimp ne dérogeant pas à son précepte qui fait du bruit un langage à part entière, Tim Cedar et sa bande s’arrêtaient ce 17 septembre entre les murs du Magasin 4, qui à l’heure actuelle doivent encore trembler des assauts subis. C’est que les Londoniens ne font pas dans la dentelle et les bouchons d’oreilles sont vivement recommandés.

Ecrasant de tout son poids de mastodonte nos neurones acquis à leur cause, le quartet assure ce vendredi un set costaud et viril, ponctué de cris sauvagement jouissifs poussés comme autant de salves à l’encontre des mièvreries du quotidien. Puisant leur énergie dans un bain stoner bouillonnant, la fièvre dans le son, Part Chimp est une déferlante de lave incandescente, un tsunami de larsens, un maelström de noisy sauvagement orchestré. Aiguille dans le rouge et pied au plancher, l’heure passée s’est désintégrée dans un fracas assourdissant et électrisant.

Emmené par l’hymne « 30 billion people », le rappel finit de mettre à genoux les derniers réfractaires à la prosternation face à ce monstre hybride et hirsute, lointain cousin de Satan ou d’une de ces bestioles poilues, croisées au détour d’un bestiaire insolite. Et se répandant en écho dans la nuit, les dernières notes s’éteignent dans le bruit diffus.

 

Josh Ritter

The Bird & The Bee

Écrit par

L’air de rien, Josh Ritter grappille du terrain. Qualitativement, la discographie du singer songwriter ne cesse de prendre de l’ampleur, malgré un passage à vide qui a forcé le trentenaire à s’écarter de la scène. Il revient aujourd’hui en grande forme, après avoir publié « So Runs The World Away », un cinquième album qui s’avère être sa meilleure œuvre à ce jour, et accompli une tournée extensive du Vieux Continent en compagnie de son backing band, The Royal City Band, mais également de sa ravissante moitié. Une tournée qui passait par l’Orangerie du Botanique, ce 16 septembre.

Dawn Landes, alias Mrs Ritter, assure les premières parties de son cher et tendre. Et ce n’est pas le public qui va s’en plaindre. Du haut de ses 28 ans, la demoiselle compte déjà quatre œuvres à sa discographie. Accompagnée ici de The Hounds, son propre groupe, elle présente ce soir « Sweetheart Rodeo », son dernier bébé. L’Orangerie est loin d’être pleine à craquer. Il y règne une atmosphère apaisante, que les douces litanies de la demoiselle ne font qu’accentuer. Aaah que c’est bon d’être de retour dans cette sympathique petite salle !

Josh Ritter est plutôt un habitué des scènes belges. Il compte déjà, à son actif, un passage en solo à la Rotonde, à l’ABClub et sur de plus grandes scènes, lorsqu’il assurait les premières parties de Damien Rice, il y a quelques années et, plus récemment, The Swell Season. Si ces premières apparitions étaient restées assez confidentielles, tant le jeune homme avait l’air discret et timide, celle-ci le définit enfin comme un artiste sur lequel on peut enfin compter. Tout sourire, Ritter semble avoir pris de l’assurance. Et il va le démontrer ce soir en parcourant le meilleur de son répertoire en pas moins de 2h10 de show ! Un peu long quand on a une semaine de boulot éreintante dans les jambes mais un seul regard au sourire indélogeable du mec et t’oublies tout le reste. Sa bonne humeur ultra-communicative, il la partage en compagnie des membres de The Royal City Band, parmi lesquels figure un certain  Zachariah Hickman, un bassiste au look bien classe.  Derrière sa moustache parfaitement travaillée, il semble sortir tout droit d’un croisement génétique entre Elvis Costello et Salvatore Dali.

Josh Ritter est un mec généreux et s’adresse au public tout au long de son spectacle marqué du ‘grand sceau de l’état d’Idaho’, déployé aux deux extrémités de la scène. De la vingtaine de morceaux exécutée, certains se seront sans aucun mal distingués du reste. A commencer par « Folk Bloodbath », probablement la meilleure plage de son dernier ouvrage, dans lequel le poète emprunte différents personnages issus de ‘murder ballads’ classiques et les vouent à un destin bien plus funeste que d’origine. Autres moments forts du set, « Long May You Run », reprise en solo du classique de Neil Young, de toute évidence l’une des idoles de Ritter, ainsi que « 500 Miles Away From Home » de Hedy West, qu’il interprète en duo avec sa dulcinée, et un « Wait For Love » final pour lequel The Hounds opèrent une dernière apparition sur le podium. Au terme des 2h10 de concert, Ritter semblait encore dans une forme olympique et aurait certainement pu continuer au moins une bonne heure, si la politique de couvre-feu ne l'obligeait pas à s'arrêter là. Une chose est claire, la saison démarre plutôt bien !

Organisation : Botanique.   

Massive Attack

Ame de distraction massive

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Ce vendredi, se déroulait dans le Sportpaleis d'Anvers, l'un des plus grands spectacles de prestidigitation de tout les temps. Hypnotisé, transcendé, emmené à la lisière des rêves et de la réalité par l'incroyable machine à remodeler le temps, les spectateurs présents en ont eu pour leur argent.

Si d'aucun s'étonnaient d'un deuxième passage en l'espace d'une année du désormais duo exponentiel de Bristol, beaucoup se réjouissaient du retour en nos contrées d'un des groupes les plus visionnaires et influents de l'histoire de la musique contemporaine. Votre serviteur en premier. C'est donc avec une grande excitation matinée d'impatience juvénile, que j’ai pris place dans les strapontins.

Le soin d'ouvrir le bal des songes était laissé à la gracieuse Martina Topley-Bird, qui comme membre émérite du cercle Massive Attack, répond régulièrement à l'invitation. Emmenées par les boucles dorées de sa loop station, motifs synthétiques joués du bout de ses doigts, ses chansons bien qu'un peu perdues dans le champ de cette grande salle accaparent l'auditoire à défaut de le subjuguer totalement. L'ancienne muse de Tricky se fendant d'une reprise élégante du « Karmacoma » de ses hôtes et d'un final électrique énergique. La suite s'est avérée de moins bonne facture. Remplaçant un DJ Shadow, qui, sans nul doute aurait enflammé les planches et fait vibrer les murs, le jeune K'Naan (celui dont l’hymne « Waving flag » nous a saoulé tout la durée du mondial de football) a délivré un set dont le vibe Jamaïcan old school roots teinté de variété world a laissé quelque peu sceptique. Mou du genou et franchement pas emballant, son flow Hip-Hop lorgnant du côté de la Pop a manqué singulièrement de saveur. Dommage. Mais la suite allait bien vite effacer cette légère déception.

Massive Attack est une bête de scène monstrueuse, de nos jours. Si le show de ce vendredi ne se différence pas tellement du concert d'octobre dernier, force est de constater son efficacité.

Musicalement d'abord. Par ce que son et le groove sont dantesques. Visuellement ensuite. A cause d’un lightshow magistral et d’un concept pour le moins épatant. Au fil des succès qui égrènent la carrière du groupe, messages alter mondialistes, anticonsuméristes et à caractère informatifs (dans nos deux langues nationales, s'il vous plaît) se mêlent dans une orgie stroboscopique. Pas de place à l'approximation. La machine est bien huilée.

Indomptables, rebelles dans l'âme, Grant Marshall et Robert Del Naja assènent quelques vérités bien senties, qui apparaissent en projection sur un mur d'écrans horizontaux placé à l'arrière plan. L'humour étant aussi présent au rendez-vous, sous la forme de quelques clins d'œil à notre mère patrie (encouragements à Justine Henin et actualités régionales, entre autres). Et de cette pluie de lumière et de décibels, ce qui se dégage, c'est la force même des chansons.

Décliné sous forme de Best of, le répertoire des Anglais n'a pas pris une ride. « Angel » porté par la voix du fidèle Horace Andy, « Unfinished Sympathy » emmené par une Deborah Miller sensuelle, « Risingson » sombre et venimeux ou « Teardrop » repris par Martina Topley-Bird, se conjuguent magistralement aux plus récents « Babel » ou encore à l'hypnotique « Atlas Air ». Dans un final somptueux, le classique « Karmacoma », clôt ce qu'il serait convenu d'appeler un grand spectacle. Standing ovation, chapeau bas. Massive Attack étaient précurseurs dès les années nonante, ils gardent une longueur d'avance en 2010.

(voir également notre section photos)

 

And Also The Trees

Récréation acoustique…

Écrit par

Doucement le cercle solaire descend des cieux, et une multitude de corbeaux envahit les pelouses de la cour intérieure de l'abbaye. Taches noires éparses et clairsemées. Puis vient la nuit, et avec elle, l'invitation à l'abandon... Je lisse mes plumes de jais et m'engouffre à la suite de mes comparses dans le tunnel conduisant à un escalier étrangement moderne pour ce genre d'endroit. A l'étage, la salle s'offre à mon regard. Haute et sertie d'une magnifique charpente en poutres du plus beau bois. Je suis convié à prendre place dans un des confortables sièges de velours disposés en gradin. Puis la lumière décline. Recueil et silence de mise. Accueil et applaudissements timides.

Première partie : Seesayle. Seule sur scène. Tour à tour aux claviers, à la guitare, au violon, la demoiselle envoûte l'auditoire grâce à de subtils arrangements, sa voix, ses grands yeux qui vous happent, mais surtout grâce à de véritables chansons. Perles de rêves dans un écrin de velours. Tour à tour déclinées en anglais, français, hongrois ou dans une langue imaginaire aux accents slaves. Même confrontée à l'obscurité totale (orage ou mystérieux visiteurs ?) la belle garde son aplomb. Seesayle ou la clé d'un songe éveillé.

And Also The Trees quant à eux déploient leur majestueuse musique intemporelle depuis le début des eighties, mais jamais pourtant elle n'est parue datée. Classieux et loin des canevas des modes, les deux frères Jones traversent les années dans leur machine à remonter le temps sans se soucier de leur époque. Avec intégrité. Et pour se ressourcer, ils s'offrent depuis un moment une récréation acoustique. Qui s'arrête ici ce soir. Avant une date autrichienne et une autre Italienne. C'est dire si nous sommes chanceux. Bien sûr, le côté électrique et électrisant de la guitare de Justin se fait désirer sur la longueur du set. Mais offertes ainsi dans une version boisée, les chansons du répertoire de AATT se découvrent telles des naïades au sortir du bain. Belles et fragiles. Le dépouillement opère en tant que catalyseur des émotions. Mais tout en retenue. Subtilement. Et accentue le côté théâtral de leur musique. Je devrais dire dramaturge. Hanté par ses fantômes, Simon Huw Jones habite les compositions et les vit véritablement sur scène, tel un acteur qui soir après soir s'habille de la personnalité de ses différents personnages. Mentions spéciales aux morceaux issus de « Green is the sea », au classique « A room lives in Lucy » et à l'imparable « Virus meadow ».

Le manteau de la nuit a recouvert l'abbaye. Quelques oiseaux aux atours de ténèbres s'attardent encore ci et là. Mais moi, je regagne mon nid. Tomorrow the sun will shine...

(Organisation : Soirées Cerises)

Caetano Veloso

L'étoile du Brésil

Écrit par

Ce mercredi 7 juillet, alors qu'une demi-finale de football attire les foules dans les bars du centre-ville, l'Ancienne Belgique accueille le tout grand chanteur brésilien Caetano Veloso. Censuré et interdit au temps de la junte militaire brésilienne au pouvoir jusqu'en 1985, rejeté par la gauche socialiste qui lui reprochait son goût pour les musiques nord-américaines, exilé en Angleterre, Caetano Veloso est aujourd'hui une fierté nationale adulée bien au delà de la terre brésilienne.

Auteur, compositeur, et interprète de grand talent, il a été révélé par chez nous grâce à ses collaborations aux B.O. de films, notamment le sublime "Cucurrucucu Paloma" du "Parle avec elle" de Pedro Almodovar. Et son concours à celle, non moins superbe, du long métrage "Frida" a contribué à sa popularisation en Europe. Veloso est aujourd'hui un familier de la scène, et c'est sans difficulté que celle de l'Ancienne Belgique s'est remplie pour ce concert.

Ce soir, le public est cosmopolite et multi-générationnel, d'une moyenne d'âge de trente-cinq ans. Les conversations polyglottes se mêlent dans une atmosphère chaude ; des bribes de mots en espagnol et portugais s’échappent ça et là. Caetano Veloso se fait attendre et réclamer à plusieurs reprises, à grand renforts de sifflements. A 20h35, le rideau s'ouvre enfin sur un bonhomme aux cheveux blancs, mais toujours aussi charismatique. Souriant, il est vêtu en toute simplicité. Il entame la soirée par "A voz do morto", un morceau enjoué chaloupant déjà le public. Quelques titres plus tard, entre rock et bossa nova, l'étincelle Veloso gagne l'assistance qui s'embrase du parterre au deuxième balcon. Sa voix douce, capable de monter très haut, envoûte tout un chacun. Sans frime, mais pas sans humour, Veloso danse avec sa guitare, tape dans les mains des spectateurs du premier rang, regarde les visages éclairés par les spots le temps d'une chanson apparemment très populaire (les paroles sont connues très précisément par la foule). Par rapport à Veloso (NDR : il affiche 67 balais au compteur), les trois musiciens qui l'accompagnent sont jeunes. Sa présence scénique ne se laisse heureusement pas éclipser par une projection vidéo (si tendance !) présente le temps de quelques chansons, images sans queue ni tête du Brésil, vagues en pagaille et Christ de Rio. La fierté nationale est palpable dans l'assistance qui brandit un drapeau vert et jaune à chaque applaudissement.

Les morceaux, très différents les uns des autres, font preuve d'une grande liberté d'écriture, d'une inventivité et d'un intérêt continu pour les musiques actuelles. Veloso et ses musiciens (NDR : le guitariste Pedro Sa, le percussionniste Marcelo Callado et le bassiste Ricardo Dias Gomes) aiment puiser dans les musiques traditionnelles latines, et les déstructurer. Ainsi, un tango se métamorphose, grâce à des guitares électriques, sur "Volver". Chanté en anglais, le détonnant " Maria Bethania", écrit lors de son exil en Angleterre en hommage à sa sœur (également musicienne), rappelle le groupe français Dynonisos. On y retrouve l'influence, revendiquée par Veloso, des Beatles. Tous les muscles de son visage s'animent pour exprimer les sentiments humains, et l'homme nous apparaît fragile, touchant.

Après dix-huit morceaux énergiques, et un bis conséquent, les sifflements reprennent et les spectateurs tiennent dix bonnes minutes la barre des décibels pour un second rappel. Mais déjà le rideau rouge se referme. Celui qui s'est fait siffler se fait maintenant huer. Le rideau s'arrête in extremis ; on croit au miracle, mais quelques furtifs allers-retours indiquent qu'il est simplement bloqué ! L'auditoire déçu manifeste sa frustration, le concert n'a duré qu’1h45. Mais alors que la salle désemplit, restent les fans, les vrais, qui arrachent la tracklist collée au sol et la brandissent comme un trophée (NDR : de quoi faire des envieux ?), en ayant au moins la satisfaction de rentrer chez soi en emportant une photo souvenir (d'une liste de titres !)

De son vrai nom Velloso, auquel il a ôté un l (NDR : ce qui signifie ‘duveteux’), Caetano Veloso a malgré tout ravi son public de sa voix si douce, de ses yeux malicieux et de l'énergie contagieuse avec lequel l'on repart.

(Organisation: Greenhouse Talent, Gand)

 

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