Faire valser les gens à contretemps ? Un soir de Saint-Sylvestre, orchestré d’effets pyrotechniques joyeux, Joseph a détourné les yeux, ressassé cette immuable question. Les idées noires côtoyaient désillusions et revers amoureux. « La vie était une putain ». Temps de se prendre en main, de chercher de meilleurs lendemains. Entre hésitations et déterminations, Joseph s’affuble d’un patronyme métropolitain. D’Anvers débarque des bouches éponymes d’une station de métro du IXe arrondissement. Paris : ces trottoirs, sa vie nocturne, taciturne, nostalgique, impossible. Les thèmes se bousculent aux portes du répertoire de Joseph d’Anvers. Les rencontres aussi. Comme celle, décisive, en compagnie de Daniel Darc. De bars en salles indescriptibles, le musicien gagne finalement ses jalons sur une compilation des Inrockuptibles. L’univers personnel de Joseph s’orne alors de nouvelles contributions. Celles de Jean-Louis Piérot (Daho, Brigitte Fontaine, Bashung) ou de Miossec demeurent déterminantes. Au bout du compte, Joseph d’Anvers étale ses sentiments et regarde, enfin, « Les choses en face », son premier album. Quatorze titres, ni trop tristes ni trop mélancoliques, qui empruntent un itinéraire subtil, posé entre la trame de Dominique A et les confidences de Miossec (en duo sur « La vie est une putain »). L’ombre de Daniel Darc, aussi, n’est jamais très loin. Un disque sombre et, paradoxalement, haut en couleurs. Ces textes précieux s’installent dans les oreilles des malheureux, des cœurs brisés, au gré d’une production impeccable. Mais ce disque n’est pas l’apanage exclusif des âmes tourmentées. Un tout un chacun somnole inconsciemment en filigrane des jolis refrains de Joseph d’Anvers. Les belles chansons (« A contretemps », « Nos jours heureux », « Comme un souffle ») s’alignent. Sans se ressembler, elles donnent envie d’aimer, de rêver. De se laisser vivre, toujours avec le sourire.