Depuis le présumé ‘retour du rock’ et la phénoménale ascension des Strokes, on connaît les noms de chaque musicien du groupe new-yorkais, leurs habitudes, leurs couleurs préférées, leurs attirances sexuelles, etc. Ce sont nos meilleurs copains imaginaires. On a l’impression de les comprendre, d’entrevoir leurs envies, leurs ennuis. Mais aujourd’hui, cette vision de fan stroksien monomaniaque est compromise. En cause, l’arrivée de « Yours To Keep », premier album solo d’Albert Hammond Jr. Ce disque vient détruire nos certitudes à grandes pelletées de riffs futés. Les cheveux ébouriffés, la clope au bec, le froc trop court, le poil trop long, Albert Hammond chante. Il chante ! Oui... Et plutôt bien d’ailleurs. Sous son bras, l’indestructible Fender Stratocaster fait encore un malheur.
Pour son propre compte, Hammond signe dix chansons taillées dans le rock. Sans sonner comme de vulgaires photocopies des échappées soniques de ses célèbres coéquipiers, les compositions d’Albert Hammond tendent, au contraire, à démonter l’impact de ses trouvailles chez les Strokes. Pour finaliser « Yours To Keep », il s’est entouré de la basse de Josh Lattanzi et de la batterie de Matt Romano. Dans le contingent des participants de l’ombre, on reconnaît les figures de Julian Casablancas, l’incontournable chanteur des Strokes, de Ben Kweller ou encore, de Sean Lennon (oui, le fils de). Ce premier effort solo dissimule donc de belles ingéniosités : le sautillant « In Transit », le mélancolique « Blue Skies » ou le musclé « Back To The 101 ». Et pour la petite histoire : « Yours To Keep » sort uniquement en Europe. Moralité : c’est déjà ça de pris aux Américains !