La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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Le jeu d’échecs de Vera Daisies

Margaux Jaudinaud, illustratrice multi-casquettes et binôme du groupe Ottis Cœur, se lance en solo sous le nom de Vera Daisies. Après avoir ouvert pour The Libertines, Tess Parks ou encore le band londonien Sorry, elle dévoile un premier titre incisif, "Chess…

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Solkins

Une ‘release party’ qui valait son pesant d’or…

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La release party organisée par Solkins, dans le cadre de la sortie de son Ep, « Gold », se déroulait salle Jules Bastin à Waterloo. D’une capacité de 250 places, cet endroit est généralement réservé aux conférences et congrès. Elle n’est donc pas conçue pour les concerts ; donc le groupe a dû investir pour disposer de matériel de sonorisation et d’un light show. Ce qui lui a coûté un pont. Enfin, consolation, ce soir, le spectacle est sold out. Il a même fallu refuser du monde. Que les déçus se rassurent, le combo va écumer des tas de salles et se produire lors des festivals estivaux, en 2016

Solkins est né en 2012. Un quatuor réunissant Maxime Honhon (Electric Chateau, Konoba) à la guitare et au chant, Grégory Bourguignon (NDR : d’ordinaire, ce maître pâtissier manipule les platines) aux drums, Maxime Simon (Whylanders, Konoba) aux synthés et aux machines ainsi que Thomas Maisin à la basse. A son actif trois Eps : « The Descent » (2012) « The Ascension » (2013) et bien sûr « Gold », un disque découpé en 5 pistes que le band qualifie de ‘gold pop’. Vainqueur du tremplin organisé par l’Inc' Rock, il est également devenu le coup de coeur RTL-TVI, dans le cadre des Wallos de Namur, en 2014.

Une toile est tendue devant la scène. Elle doit recevoir une projection cinématographique ; un peu dans l’esprit du film ‘Dance, Dance, Dance’ d'Arsenal. Trois clips sont prévus : « Someone To Blame », « Old Trees » et « People Want Gold ». Avant que le premier ne débute, le tocsin sonne. Ce qui permet d’atténuer quelque peu le brouhaha dans la salle. Qui se mue alors en applaudissements. Un bras couvert de paillettes dorées émerge. Puis, Maxime, torse nu. Le graphisme est soigné. Tels des dieux sortis de leur boîte, les quatre compères empruntent la voie lactée. Proche de celle de Nicola Testa, la voix est atmosphérique. Une femme et son nouveau-né apparaissent. Les sonorités electro remplacent les nuages. Les paillettes dorées se collent aux corps et les reconstituent. Le chaos est terminé. On revient alors sur la Terre, passablement marqués. Ovation dans l’auditoire.

 « Old Trees » nous entraîne au sein d’un hôpital psychiatrique. Un infirmier alimente une dame installée dans une chaise roulante. Elle envoie son plateau dans le décor. Un camping-car stationne. Le chauffeur est venu lui rendre visite et l'emmène. Le voyage est long et s’achève sur la plage.

« People Want Gold » est né d’une collaboration avec un vidéaste allemand qui réalise des vidéos 'timelapse' (NDR : un effet spécial né de l’accélération du flux des images, réalisé lors de la prise de vues ou en postproduction, spécifique au cinéma). Des étoiles, un coucher de soleil et des nuages défilent… on quitte la planète pour la stratosphère. Et plus vite qu’on ne le pense…

La toile se relève. Le batteur est installé en fond de scène sur une estrade. Ce drummer va capter toute l’attention durant toute la durée du show. A cause de ses mimiques si caractéristiques et de ses mouvements de frappe. Une forme de mise en scène… naturelle. Le bassiste s’installe à sa droite, le préposé aux synthés et aux machines, de biais, du même côté (NDR : il a une belle moustache, digne des ‘Brigades du Tigre’) et le chanteur/guitariste au centre. Les musicos de Solkins portent des vêtements pailletés d’or... On se croirait au carnaval de Venise, mais sans les masques.

Petit problème technique de disque dur. Il est rapidement résolu. Des cordes envahissent le début d'« It never comes ». Une voix semble émaner de l'au-delà. Les synthés émettent quelques sifflements. Le light show, impliquant des stroboscopes, est aveuglant. La section rythmique est solide. La voix de Max est vraiment particulière. « People Want Gold » nous replonge dans l’atmosphère de la vidéo. Mais, emporté par les sonorités de claviers, on ferme les yeux pour pénétrer dans une quatrième dimension où tout n’est plus que dorures et velours… et lorsque le refrain entre dans votre cortex, il ne vous vous lâche plus. « Small Things » est un morceau plus dansant, toujours bien souligné par les claviers. Deux nouvelles compos : « MySelf  » et « Routine ». Deux plages paisibles et aériennes qui permettent de refaire le plein d’énergie. Dont bénéficie « Someone To Blame », une compo qui macère dans une ambiance écrasée par les percus et envahie de sonorités de claviers, alors que la voix de Maxime Honhon, à la fois harmonieuse, accrocheuse et démoniaque, reprend son envol. « Space » est une chanson dédiée aux réfugiés.

Morceau pop/rock spasmodique, « Time Goes By » incite à remuer le bas des reins. Maxime semble enfin détendu et se libère. Il invite la foule à se lever. Et à le soutenir dans son ‘crowdsurfing’. La vague humaine y consent. « The Ascension » est balayé par un solo concis mais irrésistible aux percus, un morceau final qui brille de mille feux…

En rappel, « Old Trees » bénéficie du concours de Marcella Di Troia et Pierre Lateur (NDR : respectivement chanteuse et guitariste de Black Mirrors) ainsi que de la vocaliste Caroline Bloukiaux (Metropolitan Gallery). Les deux filles vont se charger des chœurs. Les yeux de Marcella ne sont pas soulignés d’une ligne noire. Sa voix est puissante. Pierre dispense quelques riffs bien sentis. A vous flanquer la chair de poule. Et le spectacle de s’achever par « Flowers », une autre nouvelle compo. La ‘release party’ de « Gold » valait manifestement son pesant d’or. Même que Maxime Honhon en avait la larme à l'oeil.

(Organisation : Solkins)

Toto

Des étoiles plein les yeux et des refrains plein la tête…

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Gros problèmes de circulation pour arriver à Forest National. Plus de 3 heures de parcours entre Soignies et Forest. La cause ? Des bouchons provoqués par des accidents de circulation. Il est 20 heures, lorsque votre serviteur débarque dans la commune bruxelloise. Reste à dénicher une place de parking. Après l’avoir cherchée pendant plus d’un quart d’heure, il a presque envie de faire demi-tour. Finalement, il détectera un emplacement à 800 mètres de la salle. 

Groupe californien, Toto s’est formé en 1976, à Los Angeles (Californie). Les membres fondateurs ? Le drummer Jeff Porcaro et le claviériste David Paich (claviériste), auxquels vont se joindre le guitariste Steve Lukather, l’autre claviériste Steve Porcaro, le bassiste David Hungate et le chanteur Bobby Kimball. Dès le départ, cette formation est considérée comme une réunion de la crème des musiciens de studio. Une situation qui n’a d’ailleurs jamais changé, puisqu’ils ont participé aux sessions d’un nombre incalculable d’albums.

C’est au cours des eighties que le band atteint la consécration en publiant l'album « Toto IV ». C’est aussi à partir de cette époque qu’il va connaître plusieurs changements de line up, et notamment de chanteur. Coup du sort, en 1992, un des ses membres fondateurs, Jeff Porcaro, décède des suites d’un accident de voiture. Il est alors remplacé par l'Anglais Simon Phillips. En juin 2008, Steve Lukather quitte Toto. Le combo ne résiste pas à son départ. Mais après deux années de séparation, il se reforme afin de soutenir financièrement Mike Porcaro, atteint d'une sclérose latérale amyotrophique. Il s’éteint cependant des suites de cette maladie, en mars 2015. Soit l’année de la sortie du dernier opus de Toto, « Toto XIV », qui célèbre pourtant le retour de Joseph Williams au chant et David Hungate à la basse…

En 37 ans de carrière, Toto a publié quatorze albums studio qui se sont vendus à 40 millions d'exemplaires et décroché 7 ‘Grammy Awards’. Il a également gravé quelques hits incontournables, dont « Hold The Line », « Africa » et « Rosanna » demeurent certainement les plus célèbres.

Pour cette première date de la tournée européenne et asiatique, le line up implique le bassiste (NDR : un barbu) Leland Sklar, le chanteur Joseph Williams (NDR : c’est le fils du compositeur de la B.O. des films ‘Star Wars’ et ‘Indiana Jones’), le chanteur/guitariste Steve Lukather, le chanteur/pianiste David Paich, le drummer Shannon Forest, et l'inamovible chanteur/claviériste Steve Porcaro. Sans oublier le percussionniste Lenny Castro qui s’éclipse suivant les circonstances, et bien sûr les deux choristes, soit la jolie Jenny Douglas McRae et Mabvuto Carpenter. Ils sont donc neuf sur les planches.

En arrivant dans la salle, les trois premiers morceaux ont déjà été interprétés. Les photographes quittent la ‘front stage’. Et votre serviteur s’installe en zone ‘111’. La fosse est en configuration assise. Mais toutes les places ne sont pas occupées, y compris au premier étage. En fait, le band souhaitait accomplir une tournées des petites salles ; mais vu le budget nécessaire pour financer les concerts d’un tel groupe, difficile d’exaucer ses vœux (NDR : au Salon de Silly, on aurait quand même dû reculer le murs…) Bref, il y a beaucoup moins de monde que la veille, pour Hozier. Pourtant, il y a bien de l’ambiance.

Votre serviteur avait déjà eu l’occasion d’assister à un set de Toto. C’était, il y a un peu plus de 20 ans ! Et au même endroit. Le son est impeccable et les balances réglées pilepoil. Enfin, le light show, au sein duquel figure de nombreux stroboscopes, est magistral. Bref, on va assister à un super spectacle à l’américaine.

Lenny Castro ne se contente pas d’épauler le drummer, il chauffe aussi l’ambiance. Et derrière ses ivoires, David Paich lui emboîte souvent le pas. Il change régulièrement de couvre-chef (chapeau de cow-boy, haut-de-forme ou casquette).

Très pros, les musiciens vont nous accorder une prestation de 180 minutes. Les hits vont défiler. Perso, j’épinglerai le funkysant « Georgy Porgy », le très électrique « Pamela », la cover du « Bridge Of Sighs » de Robin Trower et bien sûr l’incontournable hit « Hold The Line ». Les différents chanteurs prennent le lead vocal chacun leur tour ; il sont très souvent épaulés par les choristes. Et elles sont talentueuses. Casquette retournée sur la tête, Joseph Williams, dont la voix est toujours aussi claire, imite David derrière les ivoires. Il sort son smartphone dans la main droite et la foule lui emboîte le pas. C’est devenu un rituel !

Le show s’achève par « Rosanna ». L’interprétation est énorme. La communion parfaite. Debout, la foule reprend intégralement les paroles de cette chanson.  

Lors du rappel, Toto se lance dans un medley propice à la présentation et aux solos des artistes. Mais le meilleur est encore à venir. Lenny Castro –vu notamment aux côtés de Fleetwood Mac, Joe Bonamassa et Carlos Santana– se transcende sur ses percus. Un brûlot de 10 minutes, tout bonnement époustouflant. Et c’est lui qui clôture le set. 

En reprenant la route, votre serviteur a des étoiles (américaines ?) plein les yeux et des refrains plein la tête ; surtout celui de « Hold the line ». Et dire qu’il a failli manquer cet événement mémorable… 

(Organisation : Gracia Live)

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Hozier

Périple à travers l’Amérique profonde…

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Pour accueillir Rhodes et Hozier, Forest National a été aménagé en en mode 'Club'. Autrement dit, les balcons du second étage ont été condamnés ainsi que les latéraux du premier. Ce qui permet d’évaluer l’auditoire à plus ou moins 4 000 personnes. Au sein duquel on remarque la présence d’un public féminin conséquent. Faut dire que non seulement les deux artistes à l’affiche, ce soir, ont de belles voix, mais surtout des gueules d’anges…   

Rhodes est considéré comme la nouvelle étoile qui monte aux Iles Britanniques. Prénommé David, il est souvent comparé à feu Jeff Buckley ; mais également à Josef Salvat, George Ezra ou James Blake. Ce jeune musicien ne se contente pas de chanter, il compose également. Il vient de publier un premier elpee, « Wishes ».

Pas étonnant de voir qu'il passe en supporting act. Une toile noire est tendue en fond de scène, sur laquelle est mentionné en lettres blanches ‘Hozier'. Rhodes est seul sur les planches, armé de sa gratte électrique, pour un set de 30 minutes. Quoique d’apparence timide, il est manifestement habité par sa voix, une voix superbe, haut perchée, cristalline, angélique, atmosphérique qu’il module au fil de ses émotions. « Run » est découpé dans des arpèges de gratte. Dommage cette absence de piano. Et d’arrangements de cordes. Tout comme celle de Birdy aux backing vocaux pour la ballade romantique « Let It All Go ». M’enfin, quoique minimalistes, ces deux versions ne manquent quand même pas de charme… (Pour les photos c’est ici)

Agé de 24 printemps, Andrew Hozier-Byrne a été biberonné par la soul, le jazz et le blues, et tout particulièrement par ce qu’il y a de plus sombre et profond entre Chicago et le Delta du Mississippi. Son single, « Take Me to Church » (14 millions de vues), a fait le buzz sur le net et lui a permis de se faire connaître sur la scène internationale.

Chanteur/compositeur, ce multi-instrumentiste est originaire du Comté de Wicklow (NDR : c’est en République d’Irlande). Eponyme, son premier album est paru en octobre 2014, une œuvre empreinte d’une grande sensibilité.

Une batterie imposante trône sur une estrade. Hozier se plante juste devant. Outre le drummer, le backing group implique deux choristes (une Texane et une Insulaire), une claviériste/guitariste, un autre gratteur, un bassiste, et une violoncelliste.

A 21h00 pile, les musicos grimpent sur le podium. Mais Hozier interprète « Like Real People Do » en solo, en s’accompagnant à la six cordes. Des spots blues se focalisent sur l’artiste. On est immédiatement embarqué dans le delta. Le canot navigue sur le Mississippi. Pas d'alligators en vue, cependant. La voix d’Andrew Hozier est sableuse, rocailleuse même. Déjà aux anges, l’auditoire applaudit chaleureusement. Tous les musiciens s’investissent pour « Angel Of Small Death And the Codeine Scene » ; et bien évidemment, teinté de gospel et de r&b ce morceau prend alors une toute autre dimension.

Plus nerveux, « From Eden » est dynamisé par les interventions du drummer. Assis, le public commence à ce lever et s’anime quelque peu. Le violoncelle –sensé apporter la touche de romantisme– s’enflamme. Et le public également. Normal, puisque la compo adopte un profil plus rock et sauvage.

Hozier change de gratte pour attaquer « Jackie And Wilson ». Celle du second guitariste intensifie le climat. Les riffs crépitent et la pression monte d'un cran. Hozier invite l’auditoire à reprendre ses incantations vaudou. « To Be Alone » est un autre blues décapant, au cours duquel la six cordes s’emballe. Un peu dans l’esprit de Joe Bonamassa. Elle échange alors un duo avec le violoncelle alto, pour le titre soul « Someone New ». Une véritable tuerie ! Reprise des Fab Four, « Blackbird », marque un bref retour au calme, même si les accords de guitare sont funkysants. « It Will Come Back » est un autre blues électrique, enrichi par les interventions de la violoncelliste.

Et elle prête sa voix à « In A Week », un blues crapuleux qui projette dans votre esprit des images de plaines sauvages à l’Ouest des States. A cet instant l’interactivité entre le groupe et la foule est totale, et le public féminin semble ravi. Chœurs, piano Hammond et percus dynamiques alimentent « Arsonist's Lullabye ». Tout au long de ce titre, le light show est agressif. Après « Sedated », « Take Me To The Church » clôt le concert. Un moment très attendu par l’auditoire (Pour les photos, c’est ).

Lors du rappel, Hozier revient en solitaire interpréter « Cherry Wine ». Il a troqué sa gratte électrique contre une semi-acoustique. On est replongé brutalement dans le Delta. Les smartphones s’allument. Un moment à nouveau empreint de magie. Et le band est au complet pour assurer le dernier morceau, « Work Song ». Ce soir on a vécu deux superbes concerts…

(Organisation : Live Nation)

 

 

 

 

 

 

Steven Wilson

Le sacre du Roi Wilson

A peine un an après sa dernière visite, Steven Wilson est de retour chez nous ; et pour la circonstance à l'Ancienne Belgique de Bruxelles. Le Britannique revient auréolé du succès de son dernier opus : « Hand. Cannot. Erase », qui a dépassé les ventes de toutes ses autres plaques, y compris celles réalisées par son précédent groupe, le légendaire Porcupine Tree. Dans ses bagages, il nous apporte un tout nouvel Ep : « 4 1/2 ». Ce disque réunit des compositions qui n'avaient pas trouvé grâce sur les deux elpees précédents, ainsi qu’une reprise d'un titre de Porcupine Tree.

Il y a quatre ans, Steven Wilson s’était produit dans une Ancienne Belgique en configuration 'Box', soit sans gradins ni balcons. Ce soir, par contre, la salle est en configuration maximale et le concert est sold out. On mesure le chemin parcouru par le 'King of Prog' ; et on doit reconnaître qu’il a réussi son pari : faire évoluer sa musique, gagner de nouveaux aficionados, sans perdre trop de fans originels de Porcupine Tree, déçus par le côté nettement moins prog/metal des nouvelles productions.

Avant le début du concert, une playlist très orientée 'dark ambient' installe une atmosphère sombre et recueillie. On reconnaît le célèbre instrumental « Warzawa », de David Bowie, dont la mort a profondément affecté Wilson. Le concert commence par la projection du court-métrage qui met en scène le thème de « Hand. Cannot. Erase. » : la solitude dans les grandes cités. Les artistes prennent place sur le podium et attaquent l'interprétation complète de ce brillant concept album. Wilson est accompagné de son fidèle bassiste, Nicky Beggs (ex-Kajagoogoo, Steve Hackett) et du claviériste Adam Holzman (NDR : il a côtoyé Miles Davis). A leurs côtés, deux nouveaux venus : le guitariste Dave Kiliminster (NDR : il a participé à la tournée 'The Wall' de Roger Waters) et le batteur Craig Blundell (NDR : un musicien de sessions).

« First Regret » ouvre le set tout en douceur. Adam Holzman dessine de savantes arabesques sur ses claviers ; de quoi nous transporter au cœur d’un univers onirique. Le riff de guitare de « 3 Years Older », très inspiré par Rush, tranche dans le vif. S'en suit un tour de force de 10 minutes, où alternent moments doux, jazzy, voire même folk, et envolées endiablées de prog/rock. Un véritable patchwork d'influences évoquant King Crimson, Pink Floyd, Camel, Yes, Rush, Todd Rundgren (Utopia) et autre Van der Graaf Generator. Steven Wilson est pieds nus, suivant son habitude. Il a toujours son éternel look d'étudiant de fac. Planté au centre de l’estrade, il joue au chef d’orchestre au sein de son supergroupe. Il passe de la guitare électrique à la sèche, stimule en permanence ses musiciens ; et parfois, sans instrument, souligne les impulsions majeures de l’expression sonore.

Après « 3 Years Older », Wilson salue la foule et précise qu'il apprécie son enthousiasme. ‘Je ne suis pas fâché d'en avoir fini ma tournée allemande’, confie-t-il. ‘Le public y est, disons, très réservé...’ Poursuivant sur un ton très 'tongue in cheek', il explique que la première partie du concert privilégiera son dernier LP ; et que, dans la seconde partie, il y réservera, ... ‘ces autres choses...’ On devine qu'il se réfère aux titres de Porcupine Tree, que ses plus anciens fans réclament avec insistance, à chacun de ses concerts.

Mais place, d'abord, à la plage titulaire de « Hand. Cannot. Erase », qui évoque à nouveau Rush, période « Hold Your Fire ». Changement de style ensuite : la batterie très ‘trip-hop’ sert de toile de fond à la voix féminine (en play-back), qui cite Dead Can Dance et de This Mortal Coil, avant que Wilson ne prenne le relais en interprétant cette mélodie toute simple et émouvante à souhait : ‘We have got, We have got a Perfect Life’. Et les harmonies vocales tissées par Nicky Beggs sont étonnantes.

‘Etes vous prêts à descendre dans les profondeurs de la misère et du désespoir ?’, demande Wilson, un sourire en coin. Avant d’aborder « Routine », sans doute la chanson la plus noire du musicien. Malheureusement, la vocaliste israélienne Ninet Tayeb est absente (shabbat oblige). C'est donc une bande qui répond à Wilson : dommage, car on se réjouissait de vivre leur duo sur scène. Le superbe clip d'animation réalisé par Jess Cope est diffusé sur l’écran vidéo. Et il est superbe. Un grand moment !

« Home Invasion » marque un retour au rock orienté jazz/prog, pour le plus grand bonheur des inconditionnels de la première heure. « Regret #9 » permet à Adam Holzman d’étaler toute sa virtuosité sur son clavier Moog. Pensez à Happy The Man, ce groupe américain injustement sous-estimé, auquel Holzman voue une grande admiration. Dave Kiliminster prend le relais pour un solo plus orienté rock mais tout aussi impressionnant. C'est enfin Wilson lui-même qui clôture la composition tout en douceur sur les cordes de sa Paul Reed Smith.

Après avoir présenté ses musiciens, en manifestant, à nouveau, un humour très espiègle, Wilson introduit « Transience », un titre qui aurait mérité sa place sur un des premiers elpees de Genesis. Tant les arpèges à la guitare acoustique que les mélodies vocales rappellent clairement « Selling England By The Pound ». Pendant l'excellent « Ancestral », le public scande des ‘hey’, pour répondre aux musicos, un peu à la manière des Espagnols, quand ils crient ‘Olé’, lors des corridas. Funny ! Enfin, « Happy Returns / Ascendant Here On… » reprend le thème musical initial du concept album et referme la première partie du spectacle de façon très solennelle. Et c'est Adam Holzman qui clôture en solo, au piano. Superbe !

Après une courte pause, le band est de retour ; et, très bonne surprise, c'est pour exécuter un titre de Storm Corrosion, « Drag Ropes ». Wilson s'acquitte brillamment des parties vocales dévolues sur disque à Mikael Åkerfeldt (Opeth). Et on n’est pas au bout des bonnes surprises. A l’instar d’« Open Car », un des meilleurs titres de Porcupine Tree. Les réactions démontrent à nouveau l'attachement exceptionnel du plublic à cette formation qui a si profondément marqué. En interview, Steven Wilson a d'ailleurs précisé qu'il est toujours possible que le groupe se reforme le temps d’un album ; mais ce ne sera qu'une parenthèse, car c'est à sa carrière solo qu'il accorde désormais sa priorité.

Place ensuite au premier extrait de « 4 1/2 ». Wilson précise, en le présentant, qu'il a estimé utile de sortir ce mini album pour donner une chance à ces compositions 'orphélines' et, également, afin d'ajouter de nouveaux titres au répertoire de la tournée. Il ajoute : ‘Je fais comme les groupes des années '70-'80, qui publiaient un album par an. Aujourd'hui, certains, comme Tool, n’en sortent qu’un tous les 10 ans’. Rires dans la salle. Et ce « My Book of Regrets » tient parfaitement la route dans la discographie, déjà très riche, du musicien anglais.

Un claquement de doigts, imprimé en cadence, amorce « Index », un des titres de Steven préférés de votre serviteur. Tiré de « Grace For Drowning », il illustre une période plus 'dark', hantée par les serial killers et balayant un spectre musical plus obscur, davantage hypnotique. « Lazarus », une autre reprise de Porcupine Tree, procure une excellente occasion à Wilson de rendre hommage à David Bowie : en effet, une plage s’intitule également « Lazarus » sur « Black Star », l'oeuvre testamentaire de Bowie ; et ce qui est étonnant, remarque Wilson, c'est que le personnage de 'sa' chanson « Lazarus » s'appelle... David ! Il y a de ces (L)hasards... (hum...)

Lorsqu’un voile transparent est tendu entre le podium et l’auditoire, c'est pour mettre en scène « Vermillioncore », un nouvel extrait de « 4 1/2 ». Cet instrumental se distingue surtout par les passages plus 'heavy', qui permettent aux 'metal heads' de pratiquer un peu de 'headbanging'. Le dernier morceau du concert est particulièrement bien choisi : « Sleep Together », un autre chef d'oeuvre de Porcupine Tree, issu de « Fear of a Blank Planet », sans doute le meilleur opus du défunt combo. L'intro, très dark électro, lorgne vers Nine Inch Nails et le refrain provoque une véritable explosion : ‘Let's sleep together... Right now’. Difficile de ne pas faire d’analogie entre ce refrain et celui de « Sweet Harmony » de The Beloved... Sans doute une coïncidence. La progression finale de la compo est irrésistible et mène inexorablement vers un orgasme sonore final aux accents 'kashmiresques', le tout ponctué par l'effondrement, très théâtral, du voile transparent. Un final époustouflant...

En rappel, Steven Wilson ne joue pas la reprise de « Space Oddity », à nouveau en raison de l'absence de Ninet Tayeb. Par contre, on a droit à une tout dernière reprise de Porcupine Tree : « The Sound of Muzak » ; et, en point d'orgue idéal, « The Raven that Refused to Sing », probablement la plus belle composition de Steven Wilson. Assis sur un tabouret, il chante cette mélodie déchirante, rehaussée par la superbe vidéo d'animation de Jess Cope. On n’entend pas une mouche voler tout au long de cette chanson qui vous flanque la chair de poule. Le son quadriphonique renvoie des effets provenant des quatre coins de la salle, pour une expérience musicale totale. ‘I'm afraid to wake... I'm afraid to love...’

En conclusion : un superbe concert, parfait à tous points de vue : son, lumières, vidéos, contact et bien sûr... les chansons. Steven Wilson appartient incontestablement à cette catégorie de génies polyvalents, au même titre que les Bowie, Reznor et autre Yorke, qui ont marqué d'une empreinte indélébile la musique 'indie' contemporaine. On est impatient de découvrir ce que le 'Wilson King' nous réserve dans le futur... En tout cas, ce soir, on a bel et bien assisté à son sacre...

Setlist :

Set 1 : album Hand. Cannot. Erase.

First Regret
3 Years Older
Hand Cannot Erase
Perfect Life
Routine
Home Invasion
Regret #9
Transience
Ancestral
Happy Returns
Ascendant Here On...

Set 2

Drag Ropes (Storm Corrosion cover)
Open car (Porcupine Tree cover)
My Book of Regrets
Index
Lazarus (Porcupine Tree cover) (Dedicated to David Bowie)
Don't Hate Me (Porcupine Tree song)
Vermillioncore
Sleep Together (Porcupine Tree cover)

Encore

The Sound of Muzak (Porcupine Tree cover)
The Raven That refused to sing

(Organisation : AB + Live Nation)

 

 

 

 

Teen Daze

Stupéfait d’avoir retrouvé ses jambes de l’adolescence…

Écrit par

De son véritable nom Jamison, Teen Daze est canadien. Issu de Vancouver, en Colombie Britannique, très exactement. A son actif quelques singles (NDR : « Célébrer », son dernier est sorti en décembre dernier), Eps et trois elpees, dont le dernier, « Morning World », remonte à août 2015. Son électro se sert paradoxalement de l’instrumentation organique (arrangements de cordes surtout), une expression sonore destinées à faire danser, et sur laquelle il pose sa voix éthérée…   

Il n’y qu’une soixantaine de personnes dans l’hémicycle, lorsqu’il débarque sur l’estrade pour entamer son set. Un set au cours duquel il jongle entre ses platines et machines magiques.

Un DJ qui remue et chante en même temps, ce n’est pas courant. Et ce l’est encore moins quand il parvient à faire danser son auditoire. L’aspect mélancolique de ses compos est souligné par les sonorités de violons, de harpe, d’ivoires ou de grattes, à l’instar de ce fameux single atmosphérique « Célébrer ». Des images défilent dans votre tête. Celles des grandes étendues qui peuplent le Canada. Grandes plaines, prairies, forêt boréale, grands lacs… que l’on imagine recouverts de neige. D’ailleurs sa musique pourrait servir de bande sonore à un documentaire qui traite de ces thèmes. Parfois, le spectre de Marie-Pierre Arthur se met même à planer. Encore que son humour, son sens de la dérision et sa bonne humeur, qu’il dispense avec un accent si caractéristique, évoquent plutôt Lisa Leblanc. Pourtant, les compos de Jamison incitent aussi à danser. A cause de ces beats électro qui vous remuent les tripes. Et votre serviteur a fini par succomber à la tentation. Comme s’il avait retrouvé ses jambes de l’adolescence… Stupéfait ?

(Organisation : Le Botanique)

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UK Subs

La nostalgie du passé doit hanter les nuits de UK Subs…

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Il y avait un petit temps que votre serviteur s'était rendu au Magasin 4. Pas moyen de trouver un emplacement de parking. Il y a des festivités à Tour et Taxis. 25 minutes à tourner en rond afin de dénicher –enfin– mon bonheur, à un petit kilomètre de l'institution.

Ce soir on fête les 40 années d’existence de UK Subs. Mais aussi de la musique punk. C’est en 1976 que cette formation insulaire est née. Happy birthday ! Et ils vont nous le démontrer ce soir, les papys du rock sont toujours bien verts. En supporting act, sont programmés The Dyson’s ainsi que TV Smith. En février 2015, UK Subs et TV Smith avaient déjà squatté les planches du même endroit. Place donc aux retrouvailles !

En débarquant au Magasin 4, je constate que la salle est presque sold out. The Dyson's est sur le point d’achever son set. Donc difficile de relater quoi que ce soit de leur prestation. Ce sera –peut-être– pour une autre fois…

TV Smith embraie. Un autre vétéran. Il est uniquement armé d’une gratte semi-acoustique pour accompagner son chant. TV Smith, c’est le projet solo de Tim Smith, le fondateur de The Adverts, un autre combo punk insulaire qui a sévi entre 1976 et 1979.

Pas de setlist. L’artiste l’improvise son répertoire. Il a une solide voix et propose des covers de son ancien band ainsi que des standards du punk. Etonnant, on a parfois l’impression qu’il est soutenu par un backing group. En fait, il est capable de reproduire sur sa gratte, les sonorités de différents instruments. En outre, il arpente le podium de long en large. Et judicieusement. Balaise le mec ! 

UK Subs est un des précurseurs du mouvement punk insulaire qui a marqué l’histoire du rock. Portant haut le flambeau de cette révolution musicale, à l’instar de Sham 69, Stiff Little Fingers, The Vibrators, Eddie And The Hot Rods ou les Sex Pistols, il est un des rares survivants à ne jamais avoir cessé d’accorder des concerts, en quatre décennies d’existence ; même si ses gros succès, il les récoltés à ses débuts, en publiant des brûlots comme « Warhead», « I Live In A Car » ou « Tomorrow's Girls ».

Agé de 72 balais, Charlie Harper a toujours bon pied bon œil. Ce chanteur charismatique a pris un peu de poids, mais en ‘live’, il est toujours aussi alerte. Cheveux verts assortis aux branches de ses lunettes, il arbore fièrement les couleurs du punk. Alvin Gibbs se charge de la basse. Ex-membre du backing group d’Iggy Pop, il a rejoint le band en 1980. Le line up est complété par le guitariste Jet et le drummer Jamie Oliver.

Le set s’ouvre par « Young Criminals », un morceau issu du premier elpee. Les mauvais garçons sont de retour. Charlie harangue la foule et tout particulièrement les premiers rangs. Sa voix est rageuse. Il se penche parfois même dangereusement au-dessus de leurs têtes, parmi lesquelles on remarque la présence de quelques barbus (bedonnants), mais surtout de nombreuses crêtes. Des individus à qui il manque, très souvent, quelques dents. C’est clair, ça va déménager aux avant-postes. Aussi votre serviteur décide de battre en retraite jusque la table de mixage, où les spectateurs sont plus paisibles. Les tubes ne sont pas bien sûr pas négligés, mais –et c’est étonnant– pas de trace du dernier opus. Rien que des anciennes compos. Enfin presque. Une exception qui confirme la règle, « I've Got A Gun », disponible sur la toile, depuis peu. Charlie lève le micro bien haut en signe de victoire. Pour alimenter le souk, ‘crowd circles’ et pogos se succèdent. Quelques audacieux tentent de monter sur le podium ; mais la sécurité veille… Au bout de 60 minutes, le groupe tire sa révérence. Un peu court, mais manifestement UK Subs a toujours la pêche, même si la nostalgie du passé doit hanter ses nuits… Enfin à sa décharge, sur ordre de police, les concerts doivent s’achever à 22 heures. De quoi, quand même, rester sur sa faim.  

Setlist : « Young Criminals » / « You Don'T Belong » / «Left For Dead » /« Rockers » /« Down On The Farm » /« Hell Is Other People » /« Monkeys » / « Emotional Blackmail » / « Barbie's Dead » / « Limo Life » / « Bitter And Twisted » / « I've Got A Gun » / « Fear Of Girls » / « Suicidal Girls » / « Tomoroow's Girls » / « Warhead » / « Riot » / « Strangle Hold ».

(Organisation : Magasin 4)

Lura

Un voyage paradisiaque au cœur des îles capverdiennes…

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La dernière visite de Lura à l'Ancienne Belgique remonte à 2010. A l’époque, Maria de Lurdes Pina Assunção (NDR : c’est son véritable nom) et Bai Kamara Jr partageaient la même affiche. En débarquant au guichet de l’AB, une affiche ‘Sold out’ a été placardée. Franchement, l’artiste aurait pu remplir la grande salle. La diaspora africaine est peu représentée, mais celles et ceux qui sont venus vont mettre le souk.

Lura est née à Lisbonne en 1975. C’est à l’âge de 17 ans qu’elle participe à l’enregistrement d’un album de Juka. Comme choriste, même si elle finira par chanter en duo avec le chanteur zouk. En 1996, elle enregistre son premier elpee, « Nha Vida ». Depuis, elle en a fait du chemin. Elle a ainsi notamment bossé en compagnie de Bonga, Tito Paris et Paulo Flores. Puis chanté « Morna », dans le film 'Fados' de Carlos Saura. Partagé un duo auprès de la déesse aux pieds nus, Cesarai Evora, pour « Moda Bô ». Et a été nominée en 2006 lors des BBC Awards, dans la catégorie ‘musiques du monde’, comme ‘espoir’, pour son album « Di Korpu Ku Alma ». Lura chante la musique traditionnelle du Cap-Vert, comme le morna, le funana et le batuque, des styles fortement influencés par les musiques africaines et contemporaines.

Le set débute à 20h35. Sur les planches, un imposant piano à queue occupe une bonne partie de l’espace. Il est planté juste derrière un synthé. C’est Tony Viera qui va se charger des claviers et des ivoires. Et Valentino Ramos, des drums. Le line up est complété par Ivan Medina –bonnet enfoncé sur le crâne– à la guitare et Thierry Fanfan à la basse. Ils sont assis sur des tabourets surélevés.

Lura est vêtue d’une robe à fleurs et chaussée de souliers à hauts talons de couleur jaune. Dès le début du set, Lura lève le doigt à plusieurs reprises pour signaler un problème de retour. L’ingé son se rend compte que le deuxième diffuseur n’est pas branché. Bref, après un moment de stress ponctué par quelques éclats de rires, le show peut démarrer.

Le concert s’ouvre donc par « Di Undi Kim Bem », un extrait du nouvel opus « Herança ». Percus et filet de gratte acoustique alimentent cette complainte qui traite de l'exil. Une guitare qui prend le pas sur ces percussions tout au long de « Mantenha Cudado » et « X Da Questão », deux chansons écrites par Mario Lúcio, le Ministre de la Culture de la République du Cap Vert. Et elles baignent dans une atmosphère de samba brésilienne. « Mamba' Des Bes Cumida Da » est davantage dansant. La voix de Lura est à la fois grave et voluptueuse. Thierry fait corps avec sa basse. « Moda Bô » suscite le recueillement. En fermant les yeux, on a l’impression de se retrouver face à la regrettée Césaria Evora. Nouvelle compo, « Sema Lopi » nous entraîne au Cap Vert. La ‘six cordes’ est omniprésente tout au long de ce morceau au cours duquel Lura retrouve ses véritables racines. Tony tapisse d’abord l’ensemble de ses ivoires avant de dispenser des sonorités d’accordéon à l’aide de son synthé. Place ensuite à « Herança », le titre maître du dernier elpee. Il s’agit de la plus longue plage de ce disque. Ce qui va permettre à chaque musicien d’exécuter son petit solo, Valentino se réservant le dernier, en se déchaînant sur ses fûts. La jolie créole se déhanche sensuellement. Elle joint le geste aux paroles et incite régulièrement les premiers rangs à frapper dans les mains. Chantés en créole, « Dze Q Dzê » et « Narina' » sont repris en chœur par l’auditoire. « Maria Di Lida » est un morceau endiablé. Du batuque au cours duquel la féline entame sa danse guerrière. Elle vire même ses chaussures pour être plus à l’aise. Et c’est au sein de cette frénésie que « Somada », « M Bem Di Fora » et « Goré » achèvent le concert.

Lorsque Lura revient pour le rappel, un refrain en créole émane du fond de la salle. Le reste de l’auditoire embraie. Lura également… elle nous réserve alors « Nha Vida » et termine sa prestation par un morceau de funana, « Sabi Di Más ». Un voyage paradisiaque au cœur des îles capverdiennes vient de s’achever…

(Organisation : Ancienne Belgique)

Inna Modja

Retour aux racines maliennes…

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Inna Modja se produisait le vendredi 15 janvier à l'Alhambra de Mons et le lendemain à l’AB. Votre serviteur a assisté au set du samedi. En langage peul, Inna Modja signifie ‘Inna la Mauvaise’ ; c’est le surnom que lui a attribué sa mère. D’origine malienne, Inna est le sixième enfant d’une famille qui en compte sept. A l'âge de 6 ans, ses parents l’inscrivent dans une chorale. Son père l’incite à écouter la musique qu'il aime (Ray Charles, Ella Fitzgerald, Otis Redding et Sarah Vaughan). Si elle est naturellement influencée par la musique traditionnelle de son pays, elle s’intéresse ensuite également à celles de l’Occident. Aussi bien le punk, le trash, le rap, le hardcore, le heavy métal, que le blues, la soul ou le disco. Véritable éponge, elle les assimile toutes facilement. Rebelle, elle va frapper à la porte de son voisin, Salif Keita, qui l'envoie faire ses premières armes auprès du Railband de Bamako, des papys qui pratiquent le jazz et la bossa nova.

Inna est une militante féministe très active. Elle milite pour la lutte contre la violence faite aux femmes et tout particulièrement l’abolition de l’excision. Faut dire qu’elle-même a été excisée au cours de son enfance. Très jolie, Inna est également mannequin et actrice. A ses moments perdus… Elle vient de publier son troisième elpee, « Motel Bamako », qui la replonge au cœur de ses racines maliennes.

J’imaginais, comme la veille, retrouver la diaspora africaine. Les Africains ont bien débarqué en nombre ; mais pas de trace des toilettes chamarrées. Ce qui ne va pas les empêcher de mettre une ambiance de dieu le père.

La première partie est assurée par un duo répondant au patronyme de J-Yves. Chapeau mou sur la tête, Shana Mpunga se consacre aux percus africaines (djembé et congas) et Jean-Sébastien Nemayechi à la guitare. Ils se partagent les vocaux. Le second est originaire du Pays des Collines, au Burundi, mais vit à Waremme. Anecdote, il a joué dans un épisode de la série ‘Camping Paradis’.

La musique de J-Yves oscille entre soul, funk, pop et world africaine. Les percus sont le plus souvent tribales. Les vocaux sont partagés entre harmonies et cris sauvages. Et pourtant, tout au long de « Wonderful », la foule reprend le refrain en chœur. « Tick Tick Song » est certainement la compo la plus contagieuse ; et c’est dans ce registre que la voix soul Jean-Sébastien se révèle la plus sucrée. Un set plutôt bref mais consistant qui s’achève par « To Get Lost ». A suivre de très près. (Pour les photos c’est ici)

Setlist : « When You Set Me Free » / « Street Lights » / « The Mojo » / « Wonderful » / « Tick Tick Song » / « To Get Lost ».

Deux écrans ont été installés au-dessus des portes d'entrée de la salle. Y défilent des slogans qui proclament : ‘Motel Bamako’, ‘Welcome’ et ‘Inna Modja’. Et c’est le même topo pour la toile qui tapisse l’arrière-scène. Comme pour enfoncer le clou, en attendant le début du spectacle. Inna est soutenue par un bidouilleur (synthés, ordinateur, etc.) et un gratteur. Coiffé d’un superbe chapeau, il est vêtu d’un costume traditionnel. Sa guitare est singulière, puisqu’elle compte 3 cordes en nylon et 3 en métal. Inna récite un texte avant d'attaquer « Outlaw », le morceau electro-tribal qui ouvre le nouvel elpee, un titre qui s’étale sur plus de 6 minutes. Nonobstant la présence d’un sixcordiste, la plupart des sonorités émane des machines, dont Inna se sert également. Elle porte un ensemble de couleur noire –laissant apparaître son ventre et ses avant-bras à travers des treillis ajourés– sur lequel elle a endossé une chemise colorée. Inna se déhanche sensuellement et brasse l’air de ses mains lorsqu’elle ne triture pas son instrument.  

Elle interprète « Sambè » en bambara (langue officielle du Mali), en chantant ou en déclamant, sur des motifs sonores arabisants. Fascinant ! Des images défilent sur l’écran. Interprété en anglais, « Water » évoque le désarroi de la population malienne et issue des pays subsahariens confrontée à la difficulté de trouver de l'eau. Un blues du désert qu’entretiennent les tonalités de la guitare. Une halte s’impose à « Tombouctou », 'la ville aux 333 saints', également baptisée 'la perle du désert '. Balodji –dont le pays natal souffre également de la guerre–coécrit « My People ». Inna pleure ces conflits qui entraînent malheurs, famines et pousse les autochtones à s’expatrier. Le guitariste a alors troqué son instrument contre un tamani, un petit tambourin dont se servent les griots, qu'il frappe avec conviction.

« French Cancan (Monsieur Sainte Nitouche) » invite l’auditoire à investir le dancefloor. La foule reprend le refrain en chœur de ce tube qui a permis à cette artiste de se faire connaître. « Caroline » est une cover bien personnelle et surprenante de Mc Solar. Un bien bel exercice de style ! Le rappeur hexagonal Oxmo Puccino (NDR : également originaire du Mali) signe « Speeches ». Un titre engagé politiquement. Tout comme « Boat People », qui raconte l'histoire des migrants qui cherchent une meilleure existence, en fuyant la guerre, pour atteindre l’eldorado européen. « Going Home » clôt le set, une chanson qui parle de son retour au pays pour rendre visite à sa famille.

Elle revient cependant rapidement sur les planches, et accorde un très émouvant « Diaraby », dans un autre blues des sables chauds. Après la cover du « Buffalo Stance » de Neneh Cherry, le concert s’achève par la ballade « Kana Ta (Don't Go) », au cours de laquelle Inna Modja va s’autoriser un bain de foule. Et après avoir remonté sur l’estrade, elle nous dit simplement : 'A bientôt ! '. (Pour les photos, c’est )

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

 

 

 

 

Baaba Maal

Pas des mots, mais des billets bleus…

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Pour accueillir Baaba Maal, l’Ancienne Belgique est en configuration semi-flex. Ce qui permet de laisser un espace dans la fosse pour danser. La diaspora sénégalaise est bien présente. Toutes les jolies dames ont revêtu leurs plus beaux habits lors de cette sortie nocturne. Si un gang de grands méchants devait passer ce soir à l'AB, il y aurait de belles parures en or et diamants à dévaliser. Le spectacle se déroulera devant 4 à 500 personnes.

Issu d'une famille de pêcheurs, Baaba Maal est sénégalais. Agé de 63 ans, il est originaire de Podor, au Nord du pays, sur les rives du fleuve Sénégal. Après avoir transité par divers groupes, il séjourne à Paris, pour y étudier la musique occidentale au Conservatoire. C’est en 1985, qu’il fonde Daande Lenol ('La Voix Du Peuple'), en compagnie de son ami malvoyant, Mansour Seck, un combo qui mêle instrumentation traditionnelle, contemporaine et chants pulars. En 1990, lors d’une tournée européenne, il est découvert par Peter Gabriel, qui l’invite à participer aux sessions de son album « Passion ». Il bosse aussi en compagnie de Hans Zimmer sur la B.O. du film « La Chute du Faucon Noir », et collabore, entre autres, avec Brian Eno, Tony Allen et U2. Grande voix de l'Afrique, son engagement dépasse largement le cadre musical puisqu'il est aujourd'hui représentant du programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

Baaba vient de publier son onzième opus, « The Traveller », qu'il est venu défendre ce soir. Un disque pour lequel il a reçu le concours du poète insulaire Lemn Sissay ainsi que de membres de Mumford and Sons.

Sur les planches on remarque la présence d’une batterie, en arrière-plan, au centre, et de chaque côté des percussions africaines ainsi que des claviers, sur le flanc gauche.

Le show s’ouvre un quart d’heure plus tôt que prévu. Les costumes sont aussi colorés sur scène que dans l'assemblée. Un brouhaha surprenant et de timides applaudissements couvrent l’entrée en scène de l’artiste. Baaba Maal se sert d’une gratte acoustique aux cordes en nylon. Sa voix est puissante et fascinante ; elle semble même planer au-dessus de l’assemblée. Il chante en wolof. Le premier morceau s’étale sur plus de 12 minutes. Des roadies viennent installer le griot Mansour Seck, musicien qui l’accompagne depuis l’époque de Lasly Fouta, groupe au sein duquel les deux amis ont énormément tourné en Afrique et à travers le monde. Baaba signale que les voyages sont enrichissants. Mais certains sont la conséquence de guerres, et elles doivent cesser. Il évoque également le soutien qu'il a eu lors du décès de son fils. Une belle leçon d'humanité de la part de ce grand voyageur. Lors de cette tournée, il a entraîné deux Américains (un bassiste et un guitariste), deux Britanniques (des percussionnistes, dont le seul blanc –un Londonien– double aux claviers) et un Cubain (le drummer). Baaba essaie de nous faire croire qu’ils sont d’origine sénégalaise… La set list embraie par un blues qui nous entraîne à travers les grandes plaines de sable du Nord-Est de l'Afrique. Les percus sont encore discrètes. Baaba nous parle du fleuve Sénégal qui constitue la source de prospérité essentielle pour son peuple. Et il relate cette description dans la langue de Molière.

Nous entrons ensuite dans le delta du Sénégal au rythme de sonorités afropéennes, dynamisées par les interventions des percus et du drummer. A l’instar du répertoire de Fela Kuti, les morceaux son longs, mais jamais ennuyeux. On s’enfonce ensuite plus profondément au cœur des forêts de l'Afrique de l'Ouest. Baaba quitte son siège et commence à arpenter le podium de long en large. Le concert monte alors en puissance. Quelques spectateurs montent alors sur l’estrade pour y déposer quelques billets bleus à ses pieds (NDR : cette tradition africaine est le signe que le public est satisfait de la prestation de l'artiste).

Au fil du set, les gradins se dépeuplent, car les spectateurs viennent se fondre dans la masse des danseurs…  

Mais, comme signalé en début d’article, la richesse de ce show, c’est l’osmose entre instrumentation traditionnelle et contemporaine. Il y même des synthés atmosphériques et une boîte à rythmes, mais l’ensemble, toujours au service de la mélodie, tient parfaitement la route. Le tempétueux « Fulani Rock » et l’hymne tranchant « War », au cours duquel Lemn Sissay scande son texte engagé et militant, constituent certainement deux des morceaux les plus percutants. A contrario, « One Day » et la divine ballade « Kallajo », s’avèrent les plus paisibles. Mais c’est « Cherie », un titre plus ancien, chanté tour à tour en wolof ou en français, qui va mettre le souk dans l'auditoire…

(Organisation : Ancienne Belgique)

Lylac

Psyché/folk !

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Premier concert pour votre serviteur en 2016. Un set acoustique –enfin presque– que va nous livrer Lylac. C'est-à-dire un des projets d’Amaury Massion (NDR : l’autre, My TV Is Dead, est plus rock et électrique). Il est venu défendre son deuxième opus, « Living By The Rules We’Re Making ». Sur les planches, il est soutenu par deux violoncellistes. Soit Merryl Havard, qui a également participé aux sessions d’enregistrement de l’elpee, ainsi que Thècle Joussaud, qui avait apporté sa contribution au premier LP, « By A Trees », sorti en 2012. Le backing group implique également le sitariste Joachim Lacrosse et le flûtiste Quentin Manfroy.

Au milieu du podium, on remarque la présence d’un siège haut ? Juste devant, sur une petite estrade, est posée une pédale destinée aux percussions électroniques. Et de chaque côté, s’appuient deux grattes. Une folk aux cordes en métal et aux sonorités plus claires ; et une classique aux cordes en nylon, le plus souvent jouées en picking (NDR : propice au flamenco !) Et derrière se dresse un synthé. C’est l’espace réservé à Amaury. Le set de Lylac peut commencer.            

Amaury est seul, collé sur sa chaise, armé de sa guitare classique, pour attaquer le mélancolique « My Bird », le titre qui ouvre le nouveau long playing. La Rotonde n’est pas sold out. Le public est assis, même dans la fosse. Nous sommes un peu à la maison pour « Home Again ». Normal, les titres semblent se succéder dans l’ordre chronologique ? Merryl Havard s’installe à droite et amplifie cette impression de spleen à l’aide son violoncelle. Amaury possède une très belle voix, susceptible de vous déchirer l’âme.

La première partie du spectacle est terminée, et en débarquant avec son sitar, Joachim Lacrosse va nous entraîner dans un périple à travers l’Inde. Pendant que Joachim accorde son instrument, Amaury insiste sur le sexe masculin de cet instrument. Fou rire général. Mais on est alors rapidement plongé au cœur d’un climat largement psychédélique, réminiscent du « Magical Mystery Tour » des Fab Four. A moins que ce ne soit dans celui de Moaning Cities, un autre combo bruxellois qui se sert également de cette forme de luth.

Cap ensuite vers le Nouveau Continent. Pour faire escale à « Mexico », avant de parcourir les grandes plaines de l’Ouest des States. Sensation que reflète « Lilac Wine ». Ecrite en 1950, par James Shelton, cette chanson a été popularisée par des écorchés vifs comme Nina Simone et Jeff Buckley. Thècle Joussaud vient d’apparaître, flanquée de son violoncelle. Amaury interprète l’une ou compo dans la langue de Voltaire, dont « Rome », « Le temps des amants » (NDR : c’est un titre d’un film de Vittorio de Sica) et « La Revanche Du Léger », une ballade signée Zoé, qu’il a chantée au festival d'Astaffort (NDR : c’est dans le Lot et Garonne) devant Francis Cabrel. Amaury nous le signale. Il siège derrière les ivoires pour permettre à Quentin Manfroy de montrer tout son talent à la flûte. Et tout particulièrement sur « Going West », un morceau à l’issue duquel il est d’ailleurs chaleureusement applaudi.  

Tous les musicos sont au poste pour le dernier titre, « I Forget Who I Am », une compo dont les interventions du sitar nous replongent dans le psychédélisme. Mais toujours sur une trame folk !

Lors du rappel, on aura notamment droit à « The Island », le magnifique « Tree », une nouvelle fois « Mexico », sous un line up au grand complet et en hommage à David Bowie, la reprise de son « Space Oddity ».  

(Organisation : Botanique)

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