L’appel à débrancher des Burning Heads

La formation skate punk orléanaise Burning Heads vient de partager un second extrait de son nouvel opus « All Fired Up ». Attendu pour le 16 octobre 2026, ce disque succède au titre « SOS 2 » publié début septembre. À l'aube de ses quatre décennies de…

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Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk…

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Biohazard 8/8/26
Concerts

Dominique A

Plus que parfait !

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Le Festival au Carré accueillait, ce dimanche 5 juillet, une figure de proue de la nouvelle chanson française.
Si l’artiste n’a jamais vraiment bénéficié d’un tapage médiatique, contrairement à bon nombre de ses pairs, il a déjà pourtant écumé bien des scènes en plus de vingt années de parcours ! Il fait partie de ces hommes plus soucieux de leur crédibilité que de leur portefeuille, même s’il lui arrive, de temps à autre de flirter, plus ou moins consciemment, avec un objectif mercantile. C’est malheureusement le prix à payer si on veut plaire à une large frange de la population. Il faut parfois accepter de vendre son âme à Dieu ! (NDLR : au diable ?)
Le chanteur charismatique a foulé les planches montoises pour, durant deux bonnes heures de bonheur, balayer l’ensemble d’une carrière riche, tout en épinglant les titres de son dernier écrin de beauté intitulé « Eléor ».
L’arène, plutôt mélomane, réunit des badauds, rarement en deçà de la quarantaine, signe du caractère plutôt élitiste du spectacle.
Nous étions donc loin d’un public composé de groupies venues voir un boys band !
Dominique A est un artisan à part entière de la langue de Molière ! Il la connaît, la croque, la tord comme pour en tirer le meilleur jus tel le vigneron, pour en faire son vin. Et comme celui-ci, il se bonifie au fil du temps.

Dire que parallèlement, d’autres s’emploient à l’anglais jugeant le français fade est d’une absolue ringardise. A tort bien sûr !

Chantournés et façonnés d’une façon dont lui seul a le secret, les mots sont choisis avec justesse ! Tantôt poétiques, tantôt plus incisifs et torturés, ils semblent tout droit sortis d’un chapeau pour incruster ses textes. Ils prennent un sens particulier dans chacune des chansons, donnant parfois lieu à une narration ou l’imaginaire est roi.

On écoute attentivement et la première pensée qui vous traverse l’esprit, c’est un cousinage éloigné avec Jean-Louis Murat, Miossec ou encore Benjamin Biolay.

Votre serviteur est bluffé par la prestation musicale de ce soir. Tout est plus que parfait : le son, la lumière et les arrangements. Et le tout est servi par une interprétation magistrale particulièrement soignée, exigeante et délicate !

Jonglant entre morceaux électriques et tempos plus lents, la setlist réunit pas moins de vingt-neuf morceaux. Elle est d’une cohérence à couper le souffle.

Du côté des musiciens, le jeu est d’une habilité déconcertante ! Chacun est dans son élément ! Le bassiste est le plus enjoué de tous ! La manière dont il se tortille en dit long sur son état euphorique. Une attitude proche de l’extase même !

Entre histoires fantasmées et somptueuses, le concert ressemble à un melting-pot de flottements naturels mélodiques et esthétiques placé au sein d’une parenthèse inattendue !

Dominique A fait ce qu’il aime! Il y ajoute beaucoup de véhémence même ! Ca se voit et ça se sent ! Il assume complètement cette identité hors du commun. Il fait fi de tout ce courant trop facilement dans l’air du temps. Comme pour éviter des lendemains fiévreux !

Après nous avoir gratifié d’un florilège de (quasi)tubes, le groupe s’est offert le luxe de revenir à deux reprises pour un total de huit titres. C’est dire sa générosité !

Quelle soirée !

Setlist

Cap Farvel
Nouvelles Vagues
Le sens
Une autre vie
Revenir au monde
Revenir au monde
Celle qui …
Le détour
Semana santa
Passer nous voir
Rendez-nous la lumière
Au revoir mon amour
Par le Canada
Central Otago
Immortels
Music hall
Ce geste absent
Rouvrir
Vers le bleu
L’océan
Eléore
Convoi

1er rappel :

Marina Tsvétaeva
Retour au calme
Retrouvailles
Le courage des oiseaux

2ème rappel :
La fin du monde
La peau
L’horizon
Oklahoma

(Organisation Mons 2015)

Voir aussi notre section photos ici

Cats on Trees

L’appel des sirènes…

Écrit par

Depuis 16 années maintenant, la diversité rare et protéiforme du Festival Au Carré ouvre la porte au rêve et à la culture !
Dans le cadre de Mons 2015, les organisateurs s’en sont donnés à cœur joie afin de proposer une affiche alléchante, synonyme de déferlante musicale !
Le duo français formé par Nina Goern (voix et piano) et Yohan Hennequin (rythmique) nous faisait l’immense plaisir d’ouvrir les festivités en ce jeudi 2 juillet 2015.
Le magnifique cadre bucolique collait parfaitement au genre proposé.
Les Toulousains d’origine sont accompagnés pour l’occasion de quatre musiciens complémentaires afin d’apporter une touche subtile et enivrante de cuivres.
La formule ‘un gars, une fille’ est certes aujourd’hui éculée, mais la magie opère ici malgré tout !
La réelle complicité qui s’établit entre les deux acolytes y est pour beaucoup ! La qualité musicale s’en ressent d’ailleurs fortement !

Aux alentours de 21 heures 15, place au concert ! Malgré la chaleur écrasante marquant les prémices d’une période estivale qui sera riche en évènements de tout genre, la cour est bondée de curieux avides de bons sons et d’émotions.

Les premières notes donnent le ton de ce qui sera la suite, à savoir une formule plutôt mélancolique et épurée. Le côté feutré n’est pas sans rappeler d’autres spectres musicaux à l’instar d’un certain Cocoon, par exemple.

Aucune grosse surprise au menu ! Les deux comparses enchaînent quasi mécaniquement, sans toutefois jamais tomber dans la facilité, une kyrielle de tubes radiophoniques (« Jimmy », « Full Colours », « Tikiboy », « Who you are »,  …) issus essentiellement de leur album éponyme sorti il y a déjà quelque temps déjà ; et qui a rencontré un succès critique et d’estime international bien mérité.

Cerise sur le gâteau, le groupe s’offre le luxe de présenter un nouveau titre de ce qui semble être le maillon d’un long format à venir. Une chose est certaine, la prise de risque n’est pas leur point fort. Qu’importe, après tout, pourquoi changer une équipe qui gagne ?

L’univers de Cats on Trees frôle le paradoxe ! On passe presque naturellement d’une chanson faussement nonchalante (« Flowers ») à un rythme entraînant, presque léger, et dansant (« Tikiboy ») –dont le refrain est repris en chœur par la foule hystérique– mais avec une même douceur extrême et une sincérité dans l’intention !

Les sessions piano/voix, tantôt joyeuses, tantôt plus délicates, laissaient apparaître au fond quelque chose d’irrésistible. De félin même !

Quant au drummer, sans disposer d’un jeu extrêmement élaboré, il parvient à apporter la dose suffisante et nécessaire, sans devoir en faire des tonnes pour la frime. Un second floor tom à sa droite (suspendu pour l’occasion) lui permet d’insuffler une touche tribale sur certaines compositions. La belle dispose du même élément pour l’accompagner de temps à autre, renforçant ainsi cet esprit fédérateur.

D’un naturel plus discret, voire distant (à la limite de l’autisme), il se transforme, le temps d’une chanson, en gourou afin d’emmener le public dans un délire gestuel qui restera dans les annales ! Un très joli moment de complicité !

L’exaltation atteint son paroxysme lors de la reprise de « Mad World », un titre signé par Roland Orzabal et chanté dans sa version originelle par Curt Smith de Tears for Fears. De  nombreux artistes ont essayé de se la réapproprier, mais, hormis un certain Gary Jules, peu sont parvenus à retranscrire l’émotion dégagée par cette chanson, en manifestant autant de ferveur...

Quelques compos plus tard, la belle s’autorise une descente dans l’arène le temps d’une chanson sous les yeux ébahis d’une gente masculine particulièrement surexcitée à la vue d’une épaule gauche particulièrement dénudée, laissant apparaître une peau brûlée par le soleil.

Lors d’un vrai faux rappel de quatre titres, le public va pouvoir se délecter du célèbre et tant attendu « Sirens Calls ». Un appel des sirènes arrivant à point nommé, comme pour tirer un trait en guise de conclusion parfaite !

En un mot, on peut affirmer que le set de ce soir était simple, efficace, chaud et rassurant ! Le tout, sans jamais tomber dans un minimalisme avéré !

Bravo !

(Organisation Mons 2015)

 

EyeHateGod

Catharsis caniculaire

Écrit par

Depuis plusieurs jours, une température caniculaire plombe Bruxelles. Peut-être s’agit-il d’un signe qui ne trompe pas : les sulfureux Américains d’EyeHateGod s’apprêtent à fouler le sol belge pour la deuxième fois cette année (après avoir en effet déjà marqué les quelques âmes courageuses lors de leur show tardif du 11 avril dernier, dans le cadre du Durbuy Festival). Ce jeudi, dans la capitale de l’Europe, c’est une des dernières rencontres des cinquante shows qui ont jalonné cette tournée européenne. Le band néo-orléanais est considéré, malgré lui, comme le ‘père’ du Sludge. Terme qui se traduit littéralement en français par le mot boue. Ce style musical évolue à la croisée des chemins du Punk et du Doom. Son rythme est lent et son ambiance lourde et marécageuse, tant au niveau la surabondance de distros que de la production généralement crade et rugueuse. Peu importe si la tournée touche à sa fin, EyeHateGod va une fois de plus damner les âmes et cracher son encre noire.

Rien de l’extérieur ne permet de reconnaître le Magasin 4. Situé le long de l’allée du Port, à coté du canal Bruxelles-Charleroi, sa façade est uniquement peinte en gris. Seule une ouverture à hauteur d’œil d’une vingtaine de centimètres permet un contact avec les portes de la salle. A l’heure H, les portes métalliques s’ouvrent, laissant pénétrer les amateurs de décibels dans cet ancien hangar entièrement dédié à la musique alternative.

Il revient à The Mighty Progerians, cuvée locale des terres de l’enfant pisseur, d’ouvrir une brèche dans les entrailles des limbes. Pratiquant un mix entre le Sludge et le Punk, les Bruxellois vont faire monter la température des lieux de quelques degrés (comme si ce n’était déjà pas assez !) A en voir les retours du public, un certain nombre de fans du band ont fait le déplacement. Les artistes sont notamment rejoints, lors de leur set, par Alain Vandenberghe, chanteur/guitariste de Goddog, groupe de Stoner. Un bon moment de rock bien épais, dilué dans la bonne humeur et apparemment un combo qui prend plaisir à se produire sur les planches. Notons encore qu’une magnifique affiche pour le show de ce soir avait été réalisée pour l’occasion par l’artiste Fabrice Lavollay (voir ici).

A peine le temps d’aller se rafraîchir à l’extérieur du hangar que les gars d’EyeHateGod sont déjà sur l’estrade, pour préparer leur matériel. Chaque musico accorde et règle son instrument. Pas besoin de roadies. Ils sont superflus. Et pourtant, le combo compte vingt-six années d’existence. La chaleur ambiante a eu raison des t-shirts du batteur Aaron Hill et du guitariste Jimmy Bower, laissant entrevoir ses tatouages qui, en-dehors des quelques croix égyptiennes, rendent hommage à des groupes tels que The Melvins ou encore les Black Flag, dont les traces doivent être demeurées indélébiles. Claudiquant quelque peu et sac à dos sur l’épaule, Mike IX Williams monte alors sur le podium. Il se dirige vers l’arrière de la scène, où figure un drapeau aux couleurs de la Belgique, offert par un fan, sur lequel figure le logo du band dessiné à la main, surmonté des initiales ‘ExHxG’. Mike, dos au public, ouvre son sac et en ressort un petit tube, qu’il ouvre avant d’en sniffer une partie du contenu. Il se redresse, se dirige vers l’avant de la ‘stage’ et agrippe le pied de micro. Le spectacle peut commencer.

‘We’re EyeHateGod’, hurle-t-il dans le micro. Les distorsions s’échappent des guitares et les cymbales se mettent à claquer. Ce moment évoque l’instant où, avant qu’un opéra ne commence, l’ensemble des musiciens joue de leurs instruments afin de sentir un équilibre entre eux. Pendant ce temps-là, Mike fait voltiger son pied de micro dans les airs. Il revient finalement à Aaaron de donner le ‘la’ et d’entamer à la batterie le début d’« Agitation ! Propaganda ! », titre d’ouverture de leur dernier album –il est éponyme– sorti l’année dernière. Le coup d’envoi est donné pour un set qui va durer un peu plus de 80 minutes, sans relâche, seulement de temps à autre entrecoupé par une intervention de Mike Williams pas toujours très audible. Non seulement les conditions estivales ne lui sont pas des plus favorables, mais il n’est un secret pour personne que le chanteur n’est pas un adepte des huiles essentielles. Ajoutez-y deux t-shirts superposés, des brassards aux poignets, des gants, un long pantalon et une jambe gauche qui semble apparemment le faire souffrir et vous aurez le cocktail gagnant pour directement l’amener dans un état plus que second.

La setlist du jour va plonger dans l’ensemble de la discographie du quintet, dont des morceaux plus récents tels que le puissant « Framed to the Wall », le bluesy « Nobody Told Me » ou encore l’hypnotique « Medecine Noose », véritable pièce maîtresse de son dernier LP, sorti quatorze années après son précédent opus. Ce qui n’a pas empêché les Yankees d’interpréter de plus ancienne compositions comme « Take as Needed for Pain », « 30$ Bag » ou « Blood Money », sans oublier bien évidemment les morceaux devenus emblématiques du Sludge : « Sisterfucker », « White Nigger » et « Blank ».

EyeHateGod appartient à cette catégorie de groupes qui font du bien. En effet, il y a peu de risques de passer un mauvais moment lorsqu’il se produit en concert. Sa dévotion pour la musique transparaît dans ses morceaux, dans la manière de jouer et dans l’attitude. Un quart de siècle que la formation arpente les scènes et pourtant les musicos demeurent toujours aussi accessibles, humbles et sincères. Ils n’ont plus rien à prouver et ne sont pas tenus par un quelconque agenda de sortie. Ils prennent le temps de composer, d’expérimenter des sonorités (que ce soit au sein d’EyeHateGod ou de leurs nombreux autres side-projects) et de graver leurs morceaux quand bon leur semble. Peu importe si quatorze années sont nécessaires pour que leurs projets se réalisent. Et on le ressent.

Mais ces hommes issus de la Nouvelle-Orléans (Nola pour les intimes) ont également trouvé l’alchimie qui vous met en transe. Il suffisait d’observer le public présent pour se rendre compte que leur musique ne se contente pas de se déverser dans les tympans : elle traverse l’âme et exerce un pouvoir cathartique salvateur. Peu importe que le show ne soit pas sold out, peu importe que le groupe ne fasse pas les plus grandes scènes, il est au-dessus de tout ça. EyeHateGod n’est certainement pas un band easy-listening, ni accessible à la première écoute, mais il recèle une infinie richesse. Il suffit de prendre la peine d’aller voir ce qui s’y cache en dessous de la carapace.

Une intense soirée.

(Organisation : HeartBreakTunes)

Santana

Percussif et électrique…

Écrit par

« Corazon » constitue le trente-septième album de Carlos Santana. Il est sorti en 2014. La longue tournée qu'il a entamée est baptisée tout simplement 'The Corazon Tour'. Elle a débuté le 14 décembre 2014 au Mexique et passait ce 1er juillet par le Palais 12. Votre serviteur débarque vers 18h30. La salle est vide et il y fait frais. Ce qui ne sera plus le cas à 20 heures, quand elle sera bien remplie. Il ne doit alors rester tout au plus que 50 sièges de libres. C’est donc sold out. J’ignore sa capacité exacte. Mais il doit au moins y avoir 10 à 12 000 personnes. Si le public compte quelques plus jeunes, il réunit une grande majorité quinquas et même davantage.

La star de ce soir, c’est Carlos Alberto Santana Barragán. Il est le 20 juillet 1947 à Autlán de Navarro, au Mexique. Santana est seulement âgé de 18 ans lorsqu'il quitte son pays pour rejoindre ses parents à San Francisco. C'est là qu'il s'imprègne du blues. En 1966, il monte son propre groupe : le Santana Blues Band. Il est vite repéré et en 1969 il se produit au Festival de Woodstock. Il y fait découvrir au public son hit « Soul Sacrifice », qui sera immortalisé plus tard dans le film « Woodstock ». Après cet épisode, l'album « Santana » remporte un franc succès. En 1970, il grave ce qui est sûrement considéré comme le chef d'œuvre de sa carrière, « Abraxas ». C'est aussi à cette époque, qu'il devient le disciple du gourou indien Sri Chinmoy. Une doctrine qu’il adopte de 1972 à 1981. Et qui va inspirer sa musique. En 1973, sa musique vire au psychédélisme, une orientation qui se concrétiser notamment par la publication d’un elpee live, « Lotus ». En 1975, il grave « Amigos », dont il extrait le tube « Europa ». Au cours des années 80 et 90, il est en nette perte de vitesse. Un passage à vide qui va enfin cesser en 1999, lorsqu’il sort « Supernatural », couronné de 9 Grammy Awards. « Ultimate Santana » paraît en 2007, une compilation de ses plus grands tubes enrichie de quelques inédits écrits ou interprétés en compagnie d'invités de prestige : Shakira, Lil Wayne, Tina Turner et Chad Kroeger (Nickelback). En 2010, Santana compose l’hymne de la Coupe du Monde de Football, organisée alors en Afrique du Sud. Après plus de 47 ans de parcours, Santana continue à rassembler les foules. Il s’agit d’un des derniers dieux vivants de la guitare. Le magazine Rolling Stones le place à la quinzième place de son classement des meilleurs sixcordistes de tous les temps. Ses fans sont issus de la vieille ne séduit plus guère la génération actuelle.

Le décor est plutôt sobre sur les planches. Pas de light show grandiose ; juste ce qu'il faut pour se focaliser sur Carlos et son jeu de gratte. Trois estrades sont placées à l'arrière de la scène, endroit privilégié que vont occuper le drummer (José ‘Pepe’ Jimenz) et les deux autres percussionnistes (Paoli Mejias et Karl Perazzo). Et ce trio va faire un vrai malheur. Carlos chante très peu ou presque pas. Cependant, deux vocalistes (Andy Vargas et Tony Lindsay) le suppléent. Le line up est complété par un bassiste (Benny Rietveld) qui s’installe à droite et un second gratteur (Tommy Anthony) à l'extrême gauche, juste à côté du préposé aux claviers (David K Mathews). Circonstanciellement, la troupe est épaulée par un duo de cuivres (trompette et trombone).

Carlos monte sur les planches. Il est coiffé d’un chapeau. Armé, bien sûr, de sa guitare, il prend place au milieu. Des images de la voie lactée sont projetées sur un écran situé en arrière-plan, pendant le morceau d'introduction, « Power Of Peace Intro ». Les hostilités débutent cependant réellement par « Toussaint L'Overture », un extrait de « Santana III », LP sorti en 1971. Un bail ! Le piano hammond donne le ton alors que les trois percussionnistes s'en donnent à coeur joie. Carlos est déjà en démonstration sur son instru. Et le son Santana est parfaitement reconnaissable. S’il a composé pas mal de morceaux originaux, il s’autorise également des reprises, qu’il réarrange à la sauce Santana. A l’instar du « Love Makes The World Go 'Round » de Deon Jackson. Et la version est surprenante. Bien différente de ce qu’en avait faite Madonna. Sur disque, elle est particulièrement douce et balisée par l'orgue ainsi que les cuivres. Ici, pas de cuivres. Les percus mènent à nouveau la danse sur « Freedom In Your Mind ». Deux titres sont enchaînés, « Black Magic Woman » et « Gypsy Queen », deux plages extraites d'« Abraxas », le deuxième long playing du maître. Et un de ses meilleurs. Une autre cover, le « Black Magic Woman » de Peter Green (Fleetwood Mac). Un standard du blues au cours duquel Carlos se réserve un solo savoureux.

Encore une reprise, le « Oye Como Va » de Tito Puente, une piste issue d’« El Rey Bravo ». Ambiance latino assurée. Les rares parties chantées sont assurées dans la langue de Cervantès. Ce sont les percus et les soli de Carlos qui tirent leur épingle du jeu. Plus classique : « Maria Maria », tiré de l’opus « Supernatural ». Carlos abandonne sa guitare électrique un moment et opte pour une acoustique placée sur un pied. Carlos jongle alors entre ses deux grattes. On replonge dans le climat latino pour « Foo Foo » (« Shaman »). C’est même du cha-cha-cha ! Lors de la cover du « Corazón Espinado » de Maná, les soli sont exécutés par la section rythmique : le bassiste, le drummer et les percussionnistes. Et ils sont solides !

« Jin-Go-Lo-Ba » est un titre signé Babatunde Olatunji. Il figure sur l’elpee « Drums Of Passion ». Mais la version originale –parue également en 45tours à l’époque– était déjà incluse sur « Santana ». Les percus nous entraînent au cœur de l’Afrique et Carlos se paye un autre solo d’enfer. Une reprise de Michael Jackson : « A Place With No Name ». Une opportunité pour créer un petit dialogue entre la gratte et les deux chanteurs. Et la compo monte en puissance graduellement. Les cuivres prennent le pouvoir sur « Evil Ways / A Love Supreme » (« Medleys »). La fin est proche quand résonne les accords langoureux de « Europa (Earth's Cry, Heaven's Smile) » (« Amigos »). Debout depuis bien longtemps, l’auditoire salue la performance de Carlos qui le remercie à son tour. Impossible de rester cloué sur votre siège pendant deux heures, lors d’un concert de Santana. Et le set de s’achever par le « Tequila » des Champs et « Smooth », un extrait de « Supernatural ». Carlos va chercher une dame installée aux premiers rangs. Ravie, celle-ci aura le privilège de toucher la guitare du maître. Il invite également deux fillettes de l’assemblée. Egalement enchantées de monter sur l’estrade, elles vont assurer des choeurs de luxe. Et Carlos Santana de clamer qu’il s’agit de l’avenir. La foule salue la prestation du band par un tonnerre d'applaudissements…

Qui revient accorder en rappel « Woodstock Chant », le torride « Soul Sacrifice » et une dernière reprise, « Saideira ». Une bien belle soirée –percussive et électrique– vient de s’achever…

(Organisation Live Nation)

Voir aussi notre section photos ici

 

 

 

 

Gilberto Gil & Caetano Veloso

Un peu de soleil brésilien à Bruxelles…

Écrit par

Près de 50 ans déjà que la musique de Gilberto Gil et Caetano Veloso fait vibrer les âmes des Brésiliens, mais également celles des mélomanes, aux quatre coins du globe. Au cours de ces cinq décennies, les deux mythes sud-américains sont parvenus à se forger leur propre style, soit le tropicalisme, le fruit de genres oscillant de la musique populaires brésilienne au pop/rock, en passant par le psychédélisme. Et leur discographie conséquente en est la plus belle illustration. Cependant, leur engagement politique leur a valu d’être emprisonnés pendant plusieurs mois et les a forcés à émigrer, à l’étranger. En résumé, Gilberto Gil et Caetano Veloso sont au Brésil ce qu’est Jacques Brel à la Belgique, Brassens et Ferré à la France ou encore Bob Dylan aux Etats-Unis. 

Ces deux stars brésiliennes se sont croisées à tant de reprises, que leur parcours est presque devenu commun, sur les planches. A l’instar de Monaco et Paris, Bruxelles a donc eu le privilège de pouvoir les accueillir en ‘live’…

Et tout particulièrement ce 29 juillet, à Forest National. La salle est bien garnie, mais pourtant pas comble. Le public est hétérogène. Il réunit un public de tous les âges et issu de multiples nationalités. Beaucoup de Brésiliens et aussi de Brésiliennes, quand même. Avant le set, l’estrade n’est encombrée que de deux grattes, deux micros et deux chaises. Sobriété ! Il n’en faut pas plus aux deux artistes pour s’exprimer et émouvoir l’auditoire. Qui était d’ailleurs conquis d’avance. Pendant deux heures, Gilberto Gil et Caetano Veloso vont interpréter des titres de leurs répertoires respectifs ; parfois ensemble, parfois séparément. Dont certains permettront à leurs sèches de s’entrelacer. Des morceaux rythmés, mélancoliques ou carrément bouleversants. A plusieurs reprises l’auditoire reprend en chœur certaines compos qu’il, comme on pouvait s’y attendre, connaît sur le bout des doigts (NDLR : des oreilles ?) Si les musicos ont une attitude, en général, statique, Caetano Veloso va quand même se lever de son siège pour oser un petit pas de danse fortement apprécié par le public. Après deux bonnes heures de set, il est ravi et est récompensé par deux rappels.

Les deux plus grands chanteurs/musiciens brésiliens du XXème ont apporté un peu de soleil du Brésil à Bruxelles. Après ce spectacle, les vacances pouvaient légitimement commencer…

(Organisation : Greenhouse Talent)

 

Mary J. Blige

La fusion parfaite entre la soul et le hip hop…

Écrit par

Pas de première partie pour ce concert de Mary J. Blige. Début des hostilités à 20h30 précises. Pas évident de dénicher un emplacement pour sa voiture, près de l'Ancienne Belgique, depuis la création du nouveau piétonnier… Mary J. Blige est incontestablement une diva du R'n'B américain. Et pour cause, sa voix au timbre soul, sableux, s’inscrit dans la lignée d’Aretha Franklin voire de Billie Holiday.

Née le 11 janvier 1971 dans le Bronx (New York, USA), Mary Jane Blige est la fille d'une infirmière et d'un musicien de jazz. Elle a vendu plus de 50 millions d'albums dans le monde, depuis ses débuts, en 1992 ; et surtout marqué l’histoire du hip hop féminin en écrivant des chansons engagées qui sont devenues des hits. A l’instar de « Family Affair », « My Love », « No More Drama » ou « Be With You ». Neuf fois récompensée aux Grammy Awards, ‘The Queen Of Hip-Hop Soul’ aurait pu raccrocher. Elle a préféré publier un douzième opus. Il s’intitule « The London Session ». Une œuvre dynamique, sensuelle, taillée pour le dancefloor pour laquelle elle a reçu le concours de nombreuses voix, dont celles de Disclosure, Eg White, Emeli Sandé, Jimmy Napes, Naughty Boy, Sam Romans et Sam Smith.      

La salle est inévitablement sold out. Chaque musico dispose de son estrade. Le drummer s’est installé à gauche. Juste à côté, un bassiste, également préposé aux synthés. Au centre, le guitariste et à l'extrême droite, un second claviériste. Sans oublier les trois choristes du même côté.

Après une petite ‘Intro’ très classique au cours de laquelle sont projetées des images sur une toile en fond de scène, Mary débarque. Coiffée d’un chapeau blanc, qu’elle changera rapidement en optant pour un autre de couleur noire, elle est tout de bordeaux vêtue. Le set s’ouvre par « Just Fine », un titre issu de « Growing Pains », un elpee paru en 2007. Mary nous signale qu’elle aime la musique. Elle invite le public à danser et à chanter avec elle. Les premiers rangs sont réceptifs et le reste de l’auditoire embraie. Une belle interactivité s’établit entre l’artiste et le public. Elle arpente le podium de long en large. Sa voix est haut perchée. Elle est manifestement en pleine forme. Un spectateur lui tend un cd. Elle lui touche tout simplement la main. Son backing group est une belle machine à funk. Pour « I'M The One », les paroles s'affichent sur l'écran, en arrière-plan. Les trois choristes conjuguent impeccablement leurs voix. Et elles sont puissantes. Coup d’œil dans le rétroviseur ensuite, grâce à « You Bring Me Joy » et « Be Happy », deux morceaux extraits du second long playing, « My Life », publié en 1994. Puis de « Love Is All We Need », tiré du troisième LP sorti en 1997, « Share My World ». La fusion parfaite entre la soul et le hip hop.

« Real Love » et « Love No Limit » remontent encore plus loin, puisque ces deux plages figurent sur son premier opus, « What's The 411? », un disque paru en 1992. A cette époque la soul n’est plus trop en odeur de sainteté et le hip hop macère encore dans la zone crépusculaire de l’underground. Mary s’était alors entourée de Grand Puba, Busta Rythmes et Biggie pour concocter cet album qui deviendra triple disque de platine ; c’est ainsi qu’elle s’est vue décerner ce titre de ‘Queen of Hip Hop Soul’. « Enough Cryin' » est une petite douceur glissée subrepticement dans la set list. Mary déambule sur l’estrade en frappant dans les mains des spectateurs aux premiers rangs…

Le spectre de Donna Summer plane tout au long du disco/funk « My Loving ». Des beats effilés découpent le « F For You », un morceau co-écrit par Naughty Boy et Jimmy Napes. Le refrain est pop, ravageur. Les racines house circa 90’s. Délicieux ! La voix de Mary se fait douce, claire et puissante à la fois sur « Therapy », un titre co-écrit par Sam Smith et issu de « The London Sessions », un elpee gravé en 2001. Un grand moment de soul abordé dans l’esprit d’Etta James. Une soul empreinte de tendresse et de passion qui envahit « Doubt », également tirée de ce long playing, une compo balayée par des accords de piano ravageurs. Et toujours issu de la même plaque, « No More Drama » permet à la diva de pousser sa voix dans les aigus, jusque dans ses derniers retranchements, pour le bonheur d'un public divinement conquis. Mary verse quelques larmes et remercie l'assemblée. Et le show de s’achever par une superbe cover du « One » de U2, moment choisi par le guitariste pour se mettre dans la peau de The Edge. Et d’y parvenir !

Lors du rappel, Mary J. Blige présente ses musiciens qui en profitent pour s’autoriser chacun un petit solo. Et le set s’achève par « Family Affair », extrait de l'album « No More Drama ». Inutile d’ajouter que le public, ce soir, a vécu un concert exceptionnel, concert qu’il a transformé en véritable fête de la musique.

(Organisation : Greenhouse Talent)

Melody Gardot

Et si Melody invitait Prince… sans rire…

Écrit par

Le Cirque Royal accueille, ce mardi 22 juin, Melody Gardot. D’origine polonaise, elle est née en 1985, à Philadelphie (Pennsylvanie, Etats-Unis). Elle s’intéresse très tôt à la musique et au chant et devient même fan de Duke Ellington, des Mamas & The Papas et de Radiohead. Elle écume les clubs de la région de Philadelphie, alors qu'elle n'a que 16 ans. Un accident dramatique a cependant failli lui coûter la vie, en 2003. Alors qu'elle se balade à vélo, une voiture la percute violemment et la laisse pour morte. Alors étudiante en stylisme, elle échappe à la mort de justesse, mais cet accident lui provoque des séquelles importantes tant au niveau du cerveau qu’à la colonne vertébrale. Et elle commence à souffrir également de douleurs musculaires, de problèmes moteurs ainsi que d’une extrême sensibilité à la lumière et au bruit. Ses médecins lui conseillent, entre autres, la musicothérapie. Melody Gardot s'essaie alors à l'écriture et à la composition, de sa chambre d'hôpital où elle reste de longs mois. Les résultats sont vite probants. Elle recouvre la mémoire qui lui faisait défaut, et ce qu'elle écrit et compose impressionne de plus en plus son entourage. Le défi est relevé.

En 2005, elle grave « Some Lessons-The Bedroom Sessions », un Ep (6 titres) qui concrétisera ce rêve, rendu possible par la volonté de s'en sortir par la musique. Entre jazz, folk et pop, Melody Gardot laisse entrevoir un talent évident. Fin 2006, son premier elpee, « Worrisome Heart », paraît aux Etats-Unis, chez Verve. Il est publié en Europe en 2008. Salué par la critique musicale, il devient un vrai succès commercial aux States. Coproduit par Melody et Glenn Barratt, il épate par sa maturité.

Vu son statut, Melody Gardot a tout intérêt à défendre son projet sur les planches. Pour surmonter les difficultés, elle chante assise, chaussée d’une paire de lunettes fumées afin de protéger ses yeux. Après avoir accompli une tournée dans son pays, entre 2007 et 2008, elle livre son second opus, « My One And Only Thrill », en avril 2009. L’LP recèle le hit « Baby I'm A Fool ». La critique tant des médias que du public est unanime et se traduit par un succès, voire un triomphe. Son troisième long playing, « The Absence », est sorti en mai 2015. Les chansons s’inspirent de ses derniers voyages, depuis le Sahara au Maroc jusqu’aux bars à tango de Buenos Aires.

Le supporting act est assuré par l'Anversois Kris Dane. Seul sur scène, la dégaine de cow-boy, cet ex-dEUS excelle à la guitare. Et il chante d’une voix très blues. Au début de son set, les bavardages de la foule couvrent sa prestation ; mais peu à peu, l’auditoire va se calmer et tendre l’oreille à la prestation d’un artiste qui pourrait bientôt devenir un immense talent…

Le Cirque Royal est sold out. Comme la plupart des concerts qu’elle accorde aujourd’hui. Melody Gardot va largement puiser, pour sa setlist, dans son dernier long playing. Elle n'a jamais renié ses racines jazz et blues. Quelque part entre celle de Norah Jones et de Beth Hart, sa voix est grave et envoûtante. Elle parvient à toucher son public au cœur et à l'âme. Coiffée d’un chapeau et chaussée de grosses lunettes sombres, elle monte sur l’estrade. Elle est tout de noir vêtue. Un bassiste et un contrebassiste s’installent juste devant le batteur. Melody se charge des grattes électro-acoustiques, électriques, du piano et du chant.

Elle est parfaitement soutenue par un trio de cuivres (2 saxophonistes et un trompettiste), lors des deux premiers morceaux « Cheetos And Blow » et « 12/8 Interlude ». La voix de Melody est empreinte d’une grande douceur. Melody introduit chacune de ses chansons d’un commentaire, tantôt dans la langue de Voltaire, tantôt dans celle de Shakespeare. Son timbre vocal devient plus soul, rocailleux, bluesy, pour « Same To You », un premier extrait de « Currency Of Man ». L’ombre de Beth Hart plane. La gratte électrique sonne comme une pedal steel. Melody signale que c'est la première fois qu'elle en joue. J'en doute fort. Primaire, son toucher me fait penser à celui de John Lee Hooker. Des cordes qui se chargent des embruns du Delta tout au long de « Bad News ». D’une durée d’un bon quart d’heure, « March For Mingus » baigne au sein d’un climat jazzyfiant. Enfin surtout au début. Balisé par les cuivres, ce morceau est truffé d’expérimentations. Mais surtout, il rend hommage au contrebassiste Charles Mingus. Les saxophones mènent la danse en observant le « Morning Sun ».

Le timbre de Melody semble hanté par Whitney Houston, sur « Don't Misunderstand ». « Don't Talk ». C’est sûr, il ne faut surtout pas parler et écouter religieusement, la voix très blues de la diva. Une voix qui redevient tendre lors de deux belles chansons d'amour, « Our love Is Easy » et « Baby I'm A Fool », deux plages issues du deuxième elpee, « My One and Only Thrill ».

« Prearcherman » nous entraîne sur les pistes qui traversent les grandes plaines du Far West. Une compo sculptée dans l’americana ou la country, si vous préférez, un titre aux accents empruntés à Lynyrd Skynyrd. Et le set de s’achever par « Who Will Comfort Me ». Une seule chanson en rappel, « It Gonna Come ». Melody est une artiste particulièrement talentueuse. C’est sûr. Et j’imagine même que le kid de Minneapolis pourrait lui proposer un duo en mode funky. Elle se produira à Floreffe, dans le cadre du festival Esperanza, le 1er août.

(Organisation Live Nation)

Orquesta Buena Vista Social Club

Bis repetita placent…

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Orquesta Buena Vista Social Club est de retour –pour la toute dernière fois ?– à l'Ancienne Belgique, dans le cadre de son 'Adios Tour'. Un périple qui était déjà passé par la même salle, et pour deux dates, en octobre 2014. Si vous voulez encore assister à ce spectacle, vous devrez vous rendre à l’étranger. Ce soir, nous allons donc encore vibrer aux sonorités cubaines de la guajira, du danzon, du bolero, du cha-cha-cha et de la rumba. La nouvelle mise en scène devrait permettre au répertoire, pourtant classique, de prendre une nouvelle dimension. Annoncé avant le concert, sur écran : la présentation du dernier album « Last And Found », qui sera signé par les artistes… En fait, seuls trois d’entre eux, et les plus jeunes, viendront remplir leurs obligations…

Le Buena Vista Social Club est à l'origine, une mythique boîte de nuit située dans la banlieue de La Havane, à Cuba. A l'issue de la révolution cubaine de 1959, ce night club a disparu. Cinquante ans après sa fermeture, le nom a été récupéré pour baptiser un projet musical imaginé par Nick Gold de la maison de disques World Circuit et le guitariste américain Ry Cooder. L'idée de ce projet était de réunir dans un même enregistrement des musiciens cubains ‘campesinos' (soneros légendaires des années 1930, 40 et 50) et d'Afrique de l'Ouest. Retenus à l'aéroport de Paris, les Africains n'avaient pu rejoindre Cuba. Finalement les sessions se dérouleront sans eux. Intitulé « Buena Vista Social Club », il va rencontrer un tel succès que le groupe sera invité à se produire sur scène. D'abord à Amsterdam, en 1998 ; puis pour une série de concerts au Carnegie Hall de New York. Le cinéaste Wim Wenders sera même sollicité pour filmer ces événements. Il va en réaliser un documentaire, en ajoutant des interviews accordées par plusieurs musiciens, à La Havane. Et le film va même porter le même titre, 'Buena Vista Social Club'.

La salle est bien sûr sold out. Pour ce show, votre serviteur a déserté le balcon pour s’installer face au podium. Hétéroclite, l’auditoire réunit une large tranche d’âges.

Pour cet ‘Adios Tour', l’orchestre a entraîné dans le périple, plusieurs musiciens qui avaient participé à la confection de l'opus ainsi qu'au film, il y a plus de 15 ans. Et tout particulièrement Eliades Ochoa, le guitariste au chapeau de cow-boy, le trompettiste Guajiro Mirabal et le virtuose du laud, Barbarito Torres. Ils sont soutenus, ce soir, par de nombreux musicos qui les ont rejoints au cours de l'aventure, dont le vétéran Papi Oviedo, particulièrement dynamique à la guitare 'tres', le jeune pianiste, virtuose, Rolando Luna. Une fameuse section rythmique composée du contrebassiste Pedro Pablo et des percussionnistes Andres Coyao (congas), Filiberto Sánchez (timbales) et Alberto 'La Noche' (bongos). Sans oublier, le trio de trompettiste drivé par Luis Allemany et le célèbre chanteur de 'son', Carlos Calunga. Le chef d'orchestre, Jesús 'Aguaje' se consacre également au chant. Il y est secondé, par la très belle Idania Valdés.

A 20h32, les lumières s'éteignent. Rolando Luna se dirige vers son piano à queue, situé totalement à gauche, près de la sortie des loges. Il est seul et rend hommage au premier artiste décédé soit Ruben Gonzales, décédé en 2003. Il interprète « Como Siento Yo ». Des images de Ruben défilent sur un écran en arrière-scène. C'est poignant. La chanson terminée, tous les musiciens vont se placer derrière leurs instruments. On devine, assise derrière le rideau, la pétillante Omara Portuando dont on attend impatiemment sa montée sur l’estrade, pour y mettre le feu. 85 printemps, quelques rides, un visage d'ange et une voix de diva. C'est la dernière icône vivante de la 'Musica Cubana'.

Le chanteur/tromboniste Aguaje Ramos s’improvise chef d'orchestre. Sympa, il m’adresse un clin d’œil. La formation s’attaque alors à « Bodas De Oro ». Les cuivres et le trombone mènent la danse. Une vidéo présentant le contrebassiste Israel ‘Cachao' López, disparu en 2008, est projetée. Et c'est évidemment Pedro Pablo qui donne le ton, tout au long de « Tumbao », alors qu'en arrière-plan, ce sont les images de Cachao qui défilent sur la toile. Israel aborde ensuite le magnifique classique « Trombon Majadero », au trombone. Il est accompagné au piano par Rolando Luna. Le public connaît le refrain et le reprend en choeur. Un troisième hommage est rendu à Ibrahim Ferrer qui s'est éteint en 2005. Votre serviteur avait eu la chance d'assister à un concert de ce personnage, physiquement frêle, mais grand par son talent de vocaliste, un an avant sa disparition. Je regarde donc attentivement les images qui défilent sur l'écran et j'écoute attentivement « Bruca Manigua ». Ce morceau est superbement interprété par l’ensemble de la troupe. « Black Chiken » est un titre bien balisé par les cordes et les trois percussionnistes, installés sur une estrade en arrière-scène. Eliades débarque sur le podium pour « Estoy Como Nunca ». Son style à la gratte est particulier. Il la tient très haut, le menton appuyé dessus. Epaulé par Carlos et la très belle Idania, il chante « El Carratero », « Pedacito De Papel » et enfin « Macusa ». Puis il tire sa révérence.  

De nouvelles images rendent un quatrième hommage à un membre disparu, lors de l'interprétation de « Marieta ». Celles de Manuel Galbán, qui nous a quittés en 2011. On assiste alors à l’arrivée triomphante d’Omara. Elle interprète « Lagrimas Negras », « 20 Anos », « No Me Llores » et « Quizas Quizas ». Omara et Rolando Luna sont très complices. La voix d'Omara vous prend littéralement aux tripes. La diva s'éclipse alors sous un tonnerre d'applaudissements.

Eliades la remplace pour rendre hommage (le cinquième) à Compay Secundo, un remarquable guitariste décédé en 2003. Lui et Ibrahim formaient un duo infernal. Les images nous feraient presque croire que Compay est présent parmi nous. Eliades nous charme de ses cordes.

Un sixième et dernier hommage est rendu à Pio Leiva, la voix de Buena Vista Social Club. Il a rejoint l'autre monde en 2006. Idania et Carlos vont saluer divinement sa mémoire, à travers « El Cuarto De Tula ». Le concert est fini. Mais ce n'est pas la fin.

Omara, la grande diva, est de retour. Tout comme l’an dernier, mon coeur frétille comme un gardon, avant même qu'elle ne se mette à chanter. « Dos Gardienas » et « Candela » constituent assurément les cerises sur le gâteau des 120 minutes de concert. En finale, on retiendra encore les exercices de style de Guajiro Mirabal et les pirouettes de Barbarito Torres, qui va même jouer de son laud, dans le dos. Le second set accordé par l’Orquesta Buena Vista Social Club sous les yeux de votre serviteur, en quelques mois, était semblable au premier. La setlist était légèrement différente. Mais le spectacle était tout aussi fabuleux.

Il était organisé dans le cadre des Vw Spring Sessions 2015. Le dernier show de cette série se déroulera le 5 juillet 2015 au Bozar de Bruxelles, et il mettra en scène Chick Corea et Herbie Hancock. A vos agendas!

(Organisation : AB + Jazztronaut  et Vw Spring Sessions )

Alain Souchon et Laurent Voulzy

Des frères de son…

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Le concert de Voulzy et Souchon était sold out depuis un bon moment. Il a fallu attendre plus de 40 ans avant de voir les deux complices se produire ensemble, sur une même scène. Laurent a 66 balais et Alain en compte 71 ; et pourtant, pour des artistes proches de la retraite, ils sont encore bien alertes. La musique conserve. Aznavour a déjà fêté ses 92 ans. Juliette Greco, ses 88 printemps. Et Henri Salvador a tiré définitivement sa révérence à un peu plus de 90 piges. Laurent et Alain sont avant tous des potes, pas des frères de sang, mais des frères de son. Ils sont si complices, si proches. En règle générale, le premier est responsable des paroles ; et le second, de la musique. Depuis quatre décennies, ils alignent les hits intemporels qui parlent de la mer, des îles, de l'amour et des filles.

Le rideau est tiré. Vers 20h10, le spectacle peut commencer. D'abord par une présentation des artistes à travers une projection de photos rétrospectives…

Laurent débarque par la gauche et Alain par la droite, en écartant légèrement le rideau. Ils commencent en duo par « J'ai Dix Ans ». Ce qui ne nous rajeunit pas. Une compo signée Alain, au cours de laquelle Laurent se consacre à la guitare électrique. Le rideau s'ouvre enfin complètement et laisse apparaître le backing group. Les musicos sont vêtus de costards cravates de couleur noire sur chemises blanches. Laurent change de gratte. Il opte pour une semi-acoustique. Il attaque « Bubble Star », une plage issue de sa plume ; Alain se charge des backing vocaux. Un titre tapissé par le piano hammond. Et le set d’embrayer par « Jamais Content », un morceau dévolu à d'Alain. Manifestement, un départ empreint de nostalgie…

Place ensuite à un extrait de leur dernier opus, « Alain Souchon et Laurent Voulzy », paru l’an dernier, « Il Roule (Les Fleurs Du Bal) ». Les deux compères chantent en duo. Et embraient par « Caché Derrière », « Et Si En Plus Y A Personne » et « Oiseau Malin ». On assiste alors à la projection d'un tableau peint à la fin du XIXème siècle représentant une baie qui a conservé le même aspect, malgré le temps qui s’est écoulé depuis. Le tandem explique alors ce qui les a poussés à écrire cette chanson intitulée « Baie Des Fourmis ». Alain prend le relais pour la sienne baptisée « C'Est Déjà ça ». Pas vraiment une de mes préférées. « Poulailler Song », c’est le moment choisi par Alain pour faire le pitre. Il sautille en imitant une poule. C’est touchant et marrant à la fois. Le rideau se referme et la paire s’approche du bord de l’estrade pour aligner, paisiblement et en duo vocal, simplement soutenus par la gratte de Laurent, « Fille d'Avril », « Le Rêve du Pêcheur », « Somerset », « Bidon » et « Allo Maman Bobo ». Le backing group est de retour pour « La Ballade de Jim ». Un peu mollasson jusqu’alors, surtout dans la fosse, le public se réveille soudainement. Les spectateurs quittent leurs sièges et se précipitent vers le podium. Curieux, le personnel de la sécurité ne bronche pas. A partir de cet instant, l’auditoire va commencer à s’animer. Une nouvelle compo : « Souffrir de se souvenir ». Elle est testée au piano. La voix de Laurent est envoûtante. Mais quand les premiers accords de « Cœur grenadine » résonnent, la formation reçoit une véritable ovation.

Pour nous rappeler que le set est ‘live’, « Le Bagad de Lann Bihoué » et « Jeanne » souffrent de quelques petits problèmes techniques. Très belle chanson signée Laurent, « Amélie Colbert » évoque la métropole ; mais elle sent également bon le soleil et les embruns. A l’instar de « Le Soleil Donne » et « Le Pouvoir Des Fleurs », au cours desquelles sa voix est douce est belle. A cet instant on boit littéralement les paroles. Un vrai bonheur ! Le public est débout depuis belle lurette et ne veut pas manquer une goutte du spectacle. 120 minutes se sont écoulées quand « Derrière les mots » clôt le show. Une dernière piste issue du nouvel opus. Laurent a empoigné sa guitare de couleur bleue. Il utilise sa voix –alors empreinte d’une grande tendresse– comme un instrument. L’auditoire leur adresse alors deux minutes d’ovation.

Les artistes quittent la scène, pour y revenir presque aussitôt. Et le rappel sera d'enfer.

Laurent est toujours armé de sa six cordes. Il signale qu’il va nous faire découvrir une chanson dont il a écrit les paroles : « Foule Sentimentale ». Alain lui réplique que c'est son boulot d'écrire les paroles. Fou rire général ! Toute la salle est debout pour participer à l’inévitable « Rock Collection », avant de vivre un final de haut vol à travers « Belle Ile En Mer, Marie Galante ».

C'est la première fois que votre serviteur assiste à un set de ces deux monstres sacrés de la chanson française. Et je dois avouer que leur prestation m’a véritablement enchanté. D’abord parce que ma jeunesse a été bercée par leur répertoire. Et puis, parce que le concert était à la fois classieux et réglé comme du papier à musique. A cet égard, il faut reconnaître que l'ingé-son a littéralement fait des miracles. Et vu la configuration de la salle, le challenge n’était pas gagné d’avance. 

Alain Souchon et Laurent Voulzy seront de retour ce 13/11/2015 au Country Hall de Liège et le lendemain, soit le 14/11/2015, au Palais 12 de Bruxelles.

(Photo : Denis Tribhou)

Organisation : A. A. Productions en accord avec Backline/VMA et Lling Mucic

METZ

Plein la tronche !

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Il fallait être prêt pour assister au concert du mercredi 17 juin, à la Rotonde du Bota.

Si le public belge sait recevoir –et ce n’est plus un mythe– les musiciens canadiens savent offrir. Le plus bel exemple ? Metz. Il nous vient tout droit de Toronto ; et ce soir, il a décidé de nous défoncer les tympans dans la joie, l’allégresse et la béatitude. Amen ! De quoi satisfaire les aficionados…

Il fait beau, chaud, et le houblon coule à flots au sein et autour du Botanique. Les casquettes et les chapeaux sont bien vissés sur la tête des badauds qui croisent les inconditionnels arborant fièrement le t-shirt du groupe phare de la soirée.

La moyenne d’âge oscille autour des 35 ans et on reconnaît certaines têtes habituées à fréquenter ce type de spectacle. Et à s’y remuer. Faut dire qu’il est un peu élitiste. Bien que signé chez Sub Pop, le combo ne bénéficie pas réellement d’un support radio tout public. C’est bon d’être snob dans le fond… enfin, perso, je l’assume quoi…

Mais commençons par le début. Soit le supporting act. Qui ouvre les hostilités à 20h00. En l’occurrence Bad Breeding. Un trio. En transe, les musicos britanniques –et c’est une habitude– se comportent comme des fous furieux. Mais la fluidité du flow a de quoi susciter l’interrogation. Inaudible, incompréhensible dans ses vociférations, culpabilisant et outrancier, le band communique à merveille cette sensation de déni de confort. Balançant un noisy punk/rock avec la délicatesse d’une punaise que l’on chevauche pieds nus. Les Britons suent comme je p**** sur les femmes infidèles (NDR : mais non, là je déconne).  

Le set est magistral. Les postures du chanteur sont inquiétantes. Il descend dans la fosse et y reste pour hurler tout en observant ce qu’il s’y passe. Il est dérangeant et met mal à l’aise l’auditoire. Il a un regard de schizo sociopathe. Bad Breeding provoque, bouscule et en une vingtaine de minutes nous assène la première gifle de la soirée. P***** : 20 minutes simplement foudroyantes… (NDR : pour mieux comprendre l’attitude et l’esprit du band, je vous invite à cliquer ici et là…)

Et si vous souhaitez regarder les photos c’est encore ici

Pendant que les roadies s’affairent, on court au ravitaillement ; ou tout simplement à la fontaine à mousses…

21h00. Accrochez-vous, le set de Metz démarre. Il va durer 60 minutes seulement et ne déboucher sur aucun rappel (NDR : pas très cool ça !)

Les Canadiens sont aussi bouillants que leurs prédécesseurs. C’est la soirée ma parole !

Encore un trio. Il faut croire qu’un line up basique est idéal pour décupler les décibels et lacérer l’espace sonore de déflagrations électriques.

Le set sera court mais intense. Alex Edkins et sa bande ne font pas certainement dans la dentelle ; ils préfèrent mordre, déchirer, déferler et tout renverser sur leur passage… La quantité d’énergie libérée est hallucinante. Les hurlements sont dévastateurs. On se demande quand même comment ils parviennent à faire autant de bruit à l’aide de 10 cordes et 4 fûts…

Venu défendre « II », son deuxième elpee, le band n’oublie pas d’insérer dans sa setlist quelques perles issues du premier album (« Knife in the Water », « Headache », etc.) Les morceaux s’enchaînent (« Spit You Out », « Nervous System », « Wait In Line » …) Le show semble bordélique et sauvage. Et pourtant, le band parvient parfaitement à maîtriser son sujet, tant à travers les accords que la reverb. Des pros dans le style. Edkins et ses acolytes semblent s’éclater sans en faire des tonnes. Pas nécessaire. Simplement envoyer le bois pour que l’auditoire en prenne plein la tronche. Et pas un seul spectateur n’y échappera. A un moment ou à un autre, ce sera pour sa poire. Lors d’un concert aussi bruitiste, il faut une âme de jardinier pour accepter un tel pilonnage sans broncher.

Il est 22h00, les tympans en sang et la gueule de travers, on quitte la Rotonde. Heureux comme après avoir vécu un orgasme qu’on n’espérait plus connaître…

Petite remarque quand même, si on souhaite conserver une tache sur le sofa, c’est que ce genre de set ‘live’ élude toutes les subtilités ciselées sur disque. Il est donc brut de décoffrage…

On gardera cependant à l’esprit son potentiel énergétique et sa violence qui en font sa spécificité et notre petit bonheur. Il a donc fallu enfiler quelques pintes, après ces concerts, histoire de se remettre de ses émotions. Raison ou prétexte ? J’hésite encore…

Un doute qui nous a d’ailleurs beaucoup émus…

(Pour les photos, c’est là)

Organisation Botanique

 

 

 

 

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