Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Lightnin' Guy

A l'instinct et au feeling !

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Ce soir à l'Ancienne Belgique, il y a du peuple. Dans la grande salle c'est sold out pour le set du quatuor ostendais The Van Jets ; et au Club également, pour la release party et la première date de la tournée européenne de Lightnin' Guy Verlinde. Pour votre serviteur, c'est le second spectacle à l'AB en 2 jours.

Lightnin' Guy est un jeune bluesman belge issu du Nord du Pays. Il est d’ailleurs né le 22 mars 1976 à Aartrijke, un village situé à proximité de Bruges. Très connu et apprécié en Wallonie, il est hébergé par le label français Dixiefrog, une écurie au sein de laquelle on retrouve Beverly Jo Scott, Bjorne Berge, Dom Flemons, Duke Robillard, Joe Louis Walker, Fred Chapellier, Lucky Peterson et j'en passe. Depuis le début de ce millénaire, il accorde une centaine de concerts par an aux Pays-Bas et en Belgique ; en outre il a déjà été programmé dans les principaux festivals tels que le légendaire Blues Peer ou le Gouvy And Blues. Il vient de publier « Better Days Ahead ». Avant de se lancer dans une carrière individuelle, il avait gravé 7 elpees, au sein de The Mighty Gators, One Man Band et Hound Dog Taylor. Il a même enseigné le blues à l’école, en compagnie de Tiny Legs Tim, dans le cadre du projet éducatif ‘Blues In Schools’. Il a joué en compagnie d’Ina Forsman, le représentant de la Finlande lors de l’édition 2014 de l'European Blues Challenge, qui s’était déroulée à Riga. Déjà en 2013, lors de la présentation de l'album « Inhale My World », il avait séduit et conquis un AB Club comble. Il a également assuré la première partie du show mémorable de John Mayall, en 2014. Pour l’anecdote, ce vétéran (NDR : il a 82 balais), y avait accueilli son public à l’entrée, puis vendu ses cds au merchandising avant et après le spectacle. Et Guy avait également joué en première partie de cette légende, au Blues Café (Classic 21) de Francis Delvaux. C’est là que je l’avais découvert.

Arrivé sur place vers 19h15, Guy traverse la salle en saluant chaque spectateur. Il vient tester une de ses trois guitares fétiches, dont une Dobro (NDR : sa carcasse métallique explique sa résonance très particulière) et puis disparaît derrière la scène, pour se diriger vers les loges.

Le concert démarre à 20h30 précises. Pas de supporting act. Et on est parti pour 120 minutes de set. Rares sont encore les artistes qui dépassent le cap d’1h30 de prestation. Une belle forme de respect vis-à-vis du public et des aficionados. Le Club est blindé ou en mode boîte à sardines, si vous préférez. Guy squatte d’abord seul sur le podium. Ses trois musicos sont adossé contre le mur, à droite. Après un petit discours bilingue, ponctué d’un sourire ravageur, il attaque « Grinnin' In Your Face », a capella. Il s’agit d’une cover de Son House, un des premiers pionniers du Delta blues. L’auditoire est déjà sur le cul.

Guy empoigne sa Dobro et s’attaque à « Don't You Cry », un extrait de « Blood For Kali », opus paru en 2012. Un gospel poignant qui raconte l'exode des ‘boat people’. Son backing group, The Mighty Gators, le rejoint sur l’estrade. S’installe à gauche, le guitariste Toon Vlerick, à droite, le bassiste Karl Zosel, et derrière ses fûts, Thierry Stiévenart. Le plus lessinois des quatre qui a emmené avec lui son fan-club.

Guy chante d’une voix proche de Bertrand Lani (NDR : le petit frère du leader de Fred and The Healers) « Sacred Gound », une compo qui trempe dans l'americana pur jus. Ou dans le bluegrass, selon. « Heaven Inside My Head » est un extrait du nouvel opus, un blues électrique presque hard, caractérisé par des interventions de grattes huileuses, graisseuses. Guy ne respecte pas la setlist. Elle est même aléatoire. Il joue à l'instinct et au feeling. Un mot ou un geste, un peu dans l’esprit du Boss, et les musicos embrayent. Le combo parvient à sublimer le « What A Wonderful World » de Louis Armstrong, sans avoir recours aux cuivres. Balayé par des guitares lancinantes, « Feel Alive » est un boogie teinté de rhythm’n’blues qui se mue, fin de parcours, en americana. Les sixcordistes écrasent leurs pédales wah wah sur le plus sauvage « Into The Light ». Un régal ! La température vient de grimper de quelques degrés. A ma droite, quelques mamies sont au bord de l'évanouissement.

Toon excelle à la slide tout au long de « No Time To Waste », tiré de « The Banana Peel Sessions », un long playing paru en 2010. Dommage qu’il n’y ait pas de cuivres. Nouvelle compo, « Call On Me » replonge dans le bluegrass et la country. « Inhale My World » est une ballade empreinte de tendresse. C’est aussi le titre maître d’un LP gravé en 2013. Guy plaisante avec les spectateurs des premiers rangs. Il leur déclare habiter Gand, mais être originaire du point le plus haut de Bruges, à une altitude de 52 mètres. Il faut le croire sur parole. Impossible de vérifier ses propos. Encore un titre récent, « Wild Nights ». Guy nous réserve sa première intervention à l'harmonica. Et elle est splendide ! Place à « Me And My Blues », un slow blues crapuleux, au cours duquel les mamies ne se tiennent plus. Le concert est presque terminé. Après un « Mr Maxwell Street », qui permet au public de jumper, il achève le set par le classique « Bon Ton Roulet ». Chanté en acadien et adapté par les plus grands, il se traduit en français par « Laissez les bons temps rouler ».

Lors du rappel, le quatuor aborde le titre maître du dernier elpee, « Better Days Ahead ». Très pro, Guy Verlinde est une véritable bête de scène, mais également un type très sympa.
En outre son talent ne l’empêche pas d’entretenir un contact permanent avec son public. En tout cas, très énergique son show était vraiment superbe. Que demande le peuple ?

(Organisation : Ancienne Belgique)

Charlie Winston

Quel showman !

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Ce soir, tout le monde croise les doigts pour que le concert ne soit pas encore reporté à une date ultérieure, comme déjà, précédemment, à deux reprises. Charlie Winston était attendu à l'Ancienne Belgique le 24/11/2009. Malade, il avait fait faux bond. Le show avait cependant été reporté à Forest National ; et il avait été magique. Pour son deuxième passage à l’AB, prévu le 26/03/2012, dans le cadre de la présentation du 2ème LP, victime d’une hernie discale, il avait à nouveau dû déclarer forfait. Le spectacle avait été également reporté au 08/04/2012. En débarquant à l’AB, pas d’affiche d’annulation. Ouf ! C’est une bonne nouvelle. Je me place donc dans la file, en attendant l'ouverture des portes. Adulé en Belgique et dans l’Hexagone, Charlie Winston est pourtant méconnu en Grande-Bretagne. Et pourtant, il est né dans les Cornouailles et chante dans la langue de Shakespeare. Le spectacle est sold out !

 C’est en 2007 que Charlie rencontre Peter Gabriel. Ce dernier l’invite à assurer la première partie de sa tournée européenne. Deux ans plus tard, il publie son premier long playing, « Hobo », qu'il étrenne sur tous les continents. En 2011, il embraie par « Running Still ». Considéré comme un tournant dans une carrière, son troisième, « Curio City », vient de paraître. Sur son propre label. Enregistré au sein de son studio londonien, il est celui de la maturité. Charlie s’est chargé de toute l’instrumentation, sauf des drums. Il en a assuré également la production. Mixé par Ruahdri Cushnan (Ed Sheeran, Mumford And Sons), l’LP marque un virage électro.

Le supporting act est assuré par le nouveau batteur de Charlie, Sam Walker. Un homme-orchestre, qui se réserve la guitare électrique ou acoustique, les percus, le synthé et le chant. Il est venu défendre son premier elpee, « Point ». C’est Charlie en personne qui vient présenter son musicien, appelé à squatter le podium toute la soirée. Sympa ! 30 minutes de set qui démarrent à 19h45. Après avoir interprété un premier titre paisible, l’artiste commence à mettre du rythme dans ses compos. Sa voix est assez particulière et il excelle tant à la gratte acoustique qu’électrique. Il est assis sur un cajon, pas seulement pour s’en servir comme siège, mais pour le marteler du pied à l’aide d’une pédale de grosse caisse. Il parle à la foule entre ses compos ; et en français !

Sam s’accompagne à la fois aux claviers et aux percus sur la jolie ballade « This Is The Blues » ; et s’en sort parfaitement. Plage d’ouverture de son opus, « Dreamtime », permet à la voix et la six cordes de s’envoler graduellement. Dominé par les claviers, « Blood Cells » baigne davantage dans l’électro. Pas mal du tout ! Sa palette de styles est variée. Elle est même diablement capable de se colorer de folk, de bluegrass ou de rockabilly.

C'est la troisième fois que Charlie affronte le public de l'Ancienne Belgique. Le backing group de Charlie a été renouvelé. Plus de Ben Edwards à l’harmo, ni de Medi à la batterie, remplacé, bien sûr, par Sam Walker. Le line up est complété par un bassiste chevelu, et surtout talentueux ; et d’un claviériste, qui harangue constamment la foule. Hobo est vêtu d'un costume trois pièces à damiers verts pailletés et coiffé d’un chapeau mou neuf de la même couleur que le costard. Il se plante au milieu de la scène, sur une estrade surélevée et lumineuse. En arrière-plan, juste derrière le drummer, 8 rangées d'immenses miroirs vont se mouvoir en fonction du light show.

Pendant l’intro, la scène baigne dans les lumières bleues. Charlie est précédé par ses trois musiciens, pour monter sur le podium. Le set s’ouvre par « Too Long », une plage issue du nouvel elpee. La setlist épinglera d’ailleurs 9 autres pistes de ce disque : « Evening Comes »,« Truth », « Lately » , « Wilderness », « Say Something », « Another Trigger », « Just Saying », « A Light (Day) » et « A Light (Night) », morceau qui termine le show.

L’auditoire écoute religieusement ses compos les plus paisibles. Puis prend manifestement plaisir à écouter ses nouvelles chansons au profil davantage électro. A l’instar de « Just Saying » et « A Light (Day) », deux pistes découpées dans les guitares funkysantes qui invitent à rejoindre le dancefloor. Et même « In Your Hands » a subi le même traitement. Charlie en profite pour faire son jogging dans la fosse qu’il termine en hauteur sur un fly-case, juste à gauche de la table de mixage. Il va également saluer sa maman assise au troisième rang du balcon.

Le fond de commerce de Winston demeure bien sûr ancré dans le folk/pop. Des chansons contagieuses qu’on se surprend à fredonner sous la douche. Caractérisé par son sifflotement, « Lately » en est un parfait exemple.   

Charlie pousse la chansonnette sur « Saint-Claude » de la Reine Christine et embraie par le bouleversant « I Love Your Smile ». Un grand moment du concert au cours duquel le public donne de la voix. A la sauce électro, « Like A Hobo » enflamme littéralement l’auditoire, avant qu’« A Light (Night) » n’achève le show en douceur.

Lors du premier rappel, on a droit à trois titres. D’abord « Constant Sorrow / Speak To Me » que votre serviteur découvre pour la première fois. Puis une cover surprenante et chargée d’émotion du « Back To Black » d'Amy Winehouse, qu’il dédie à deux amis décédés. Et enfin « Kick The Bucket », au cours duquel il danse comme un automate, alors que le light show monte du dessous de la petite estrade, sur lequel Charlie est érigé.  

Second rappel sous les applaudissements, avant que Charlie Winston n’attaque « My Life As A Duck », a capella. Showman hors pair, il nous a accordé un excellent concert, ce soir. Sa voix, la richesse de l’instrumentation et l’excellent son, même si la basse me paraissait légèrement vrombissante, ont fait le reste…

Setlist :  Intro – Too Long (Jump On The Back)– Evening Comes – Truth –Lately – Wilderness – Say Something – Suburbs– Another Trigger– Hello Alone – In Your Hands – Saint-Claude (Christine and The Queens cover ) / I love Your Smile – A Light (Day) – Just Saying – Generation Spent – Like a Hobo –A Light (Night)

Rappel 1 : Constant Sorrow / Speak To Me – Back To Black (Amy Winehouse cover) – Kick The Bucket

Rappel 2 :  My Life As A Duck (a capella)

(Organisation: Live Nation)

Voir aussi notre section photos ici

Dälek

The Day of the Megaton

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Pour célébrer dignement leurs 8 ans d'existence les organisateurs de Buzz On Your Lips avaient concocté une affiche de premier choix, en y proposant, au cours de la même soirée, du hip- hop, de l'electro, de la noise, de l'indus, de la dubstep et plus si affinités... Passons donc en revue les différentes "réjouissances" annoncées...

Tout d'abord, il faut insister sur la présence des guillemets qui entourent le terme "réjouissances" ; car il est vrai que lorsque Moodie Black monte sur le podium, on comprend vite que l'ambiance n'est pas vraiment à la farandole.

Devant une audience clairsemée, le trio entame un set marqué d'une noirceur extrême et d'une schizophrénie artistique très créative. Les compos sont déchirées entre hip-hop, noise rock, beats electro parfois très énergiques et sons industriels. Le batteur soutient plus qu'il n'enrichit les rythmes programmés. Le guitariste tisse le plus souvent des nappes sonores tremblantes alors que le MC manipule aussi un clavier. A eux trois, ils installent un climat sis à mi-chemin entre asile psychiatrique et maison hantée.

Ils font forte impression sur un auditoire qui ne sait pas forcément grand-chose à leur sujet, et se prend ces électrochocs en pleine tronche. Une très bonne entrée en la matière en tout cas.

Place ensuite à Lorn, que j'avoue ne pas bien connaître non plus, malgré ses albums signés sur BrainFeeder ou Ninja Tune. Il vient restituer une relative sérénité à l’aide de ses sonorités et rythmiques aux confins du hip-hop et de la dubstep. Et bien que je n'en attendais rien de particulier, on ne peut pas en dire autant d'une grosse partie de l'audience à présent massée dans la salle. Celle-ci manifestait sa joie par des petits cris assez amusants pour qui est étranger à la hype entourant l'artiste, et notamment dans les moments pourtant pas les plus extatiques des morceaux mais plutôt lors des breaks plutôt calmes. Mais bien qu'assez ouvert à ce genre de musique, c'est plutôt sa position dans l'affiche qui me pose problème.

En effet regarder Lorn bidouiller seul sur son laptop dans l'obscurité dominante pour nous plonger dans des climats plutôt ‘chill-out’, passe quand même difficilement après les décharges traumatisantes de Moodie Black. Certains répondront que c'est plutôt bienvenu pour les tympans et les neurones. Quoiqu'il en soit, comme me le faisait remarquer un des organisateurs, le programmer en premier, dès 19h45 aurait été un peu dur à  avaler pour les fans ; mais par contre, le placer en finale risquait de provoquer un départ précoce des spectateurs moins concernés.

Place à la tête d'affiche, cerise sur le gâteau, et raison pour laquelle je n'aurais manqué cette date pour rien au monde, j'ai nommé Dälek.

Avant Clipping ou Death Grips, Dälek a sans doute été les premier à donner au hip hop ce visage meurtri et grimaçant, lacéré à coups de noise et reconstitué à l'aide d'ingénierie cybernétique pour le côté indus/electro/ambient. Fondé en 98, il a publié au moins 2 LPs incontournables qui ont secoué bon nombre de mélomanes, y compris parmi les amateurs de rock ‘pur et dur’. Les musiciens ont bossé en compagnie de multiples artistes tels que The Lapse, Faust, Zu, The Young Gods ou encore Techno Animal. Paradoxalement, ils resteront très marginaux aux Etats-Unis, marché gigantesque mais segmenté en une multitude de niches et de fait peu ouvert à la fusion/explosion des genres. C'est en Europe qu'ils vont trouver les oreilles les plus curieuses et avides de ce genre d'expérimentations.

En 2011 toutefois, l'existence du groupe est suspendue suite au départ de Oktopus (en grande partie responsable du son de Dälek). Will Brooks, le rappeur/parolier, lance son projet plus roots/oldschool IconAclass. Mais ‘le bruit me manquait’ déclarait Will dans une interview accordée au webzine Vice en avril dernier qui annonçait le retour de Dälek sur scène et en studio provoquant chez votre serviteur une sorte d'euphorie assez incontrôlable.

L'heure de l'épreuve des planches a enfin sonné! C'est par "Spiritual Healing", l'ouverture de "From the Filthy Tongues of Gods and Griots", que la formation entame son set, après avoir ‘invité’ les spectateurs traînant encore au bar à ramener leur fesses dans le feu de l'action. Le son est assez approximatif et la voix ne se distingue pas bien de l'ensemble ; mais la situation va s'améliorer en cours de route. Quoiqu’il en soit, elle enchaîne par "Asylum (Permanent underclass)". Hormis les soucis techniques, l’entrée en matière est impeccable, car elle revisite les deux albums essentiels dont je vous parlais plus haut, à savoir "From the Filthy Tongues of Gods and Griots" et l'inégalable "Absence". La set list s’égrène : "Culture for Dollars", "Classical Homicide", l'hypnotique "Eyes to form Shadows" et encore "Ever Somber", dont on jurerait les samples tirés d'un morceau de MBV.

Le poignant "Megaton" date du début du millénaire. Il figure sur un maxi paru en l’an 2000. Et son feeling très jazzy mélancolique s'efface pour laisser place à un puissant crescendo de batterie. Les dernières œuvres du groupe ne sont pas oubliées non plus, "Paragraph Relentless" illustrant le plus trip hop "Abandoned Language" ou encore "Street Diction" du dernier opus en date, "Gutter Tactics".

Au finish, un concert sans faute comme l'interprétation qui en a été donnée par un trio reformé en compagnie d’un nouveau line up (Oktopus a cédé sa place à Mike Mare de Destructo Swarmbots aux machines) et au top de sa forme ce soir.

(Org VK concerts + Buzz on Your Lips)

Coffee Or Not

Toujours aussi surprenant!

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Coffee or Not se produisait, ce 2 mai 2015, à Anderlecht.
L'équipe, parfaitement rodée et riche d'une aventure européenne sans faute, a démontré une fois de plus tout son talent.
Il faut retenir l'incroyable jeu de jambes de Soho qui en a dérouté plus d'un, ce soir.
Le terrain de jeu : un living d'une cinquantaine de mètres carrés, plein à craquer.
Comprenez dès lors qu'il s'agissait d'une soirée privée chez l'habitant.

Un set d'environ une heure nous a été livré.

Le groupe s'est présenté au complet et sans renoncer aux instruments traditionnels dont les musicos se servent habituellement.

D'aucuns auraient parié que nos oreilles n'en sortiraient pas indemnes, mais il n'en a rien été.

Il s'agissait là de mon deuxième concert de Coffee Or Not.

Je peux d'ores et déjà dire que d'autres, il y aura.

J'aime qu'un combo me surprenne et j'ai la conviction qu'il excelle en la matière.

Tantôt la surprise sera musicale, tantôt scénique, parfois humaine.

Atmosphères envoûtantes et textes cinglants m'ont transporté.

Entre deux escales, j'ai percé des mystères et connu un voyage intérieur dont je ne suis toujours pas sorti indemne.

‘I kiss you where it bleeds’, strophe issue du titre "If you don't understand", m'a particulièrement troublé en ces temps qui me sont incertains.

La Louvièroise (Soho), le Chaumontois (Renaud) et le Bièvrois (Frédéric) sont parvenus, au fil du temps, à s'imposer dans la capitale et gagner en notoriété un peu partout en Belgique.

En 2015, ils ont tourné en Angleterre, Suisse, Allemagne et surtout en Italie.

Ce 10 mai, ils accorderont leur dernière date à Gand, dans le cadre du DANSØTOPIA.

Ils se concentreront dès lors sur leur quatrième album dont la sortie serait prévue pour février 2016.

Au vu du succès croissant du trio, notamment grâce au troisième opus "SoRe", je devine que la suite sera prometteuse.

D'ici-là, patience !

(Organisation : Soirées cerises)

 

Calexico

Fuego latino con Calexico y Amparo!

Écrit par

Calexico était donc de retour, ce 27 avril, à l’Ancienne Belgique, dans le cadre de la sortie de son nouvel opus, « Edge of the sun ». Le concert est sold out et il est diffusé sur le canal Youtube de l’AB (toujours disponible sur les lien suivant :  https://www.youtube.com/watch?v=-ZY9h8cgn1s

Des événements souvent propices à de bonnes surprises. En débarquant dans la salle, on remarque la présence de nombreux quadras, quinquas et même des sexagénaires. Quelques trentenaires, mais peu de jeunes et encore moins de très jeunes…

La première partie est assurée par The Barr Brothers. La formation est drivée, bien évidemment, par des frangins. Brad se consacre au chant et à la guitare. Andrew aux drums, percus et claviers. Le line up est complété par la harpiste Sarah Page et le multi-instrumentiste (claviers, basse, percus, etc.) Andres Vial. Ces trois derniers participent également aux backing vocaux. Leur set a démarré à 19h30, et en se pointant un peu avant 20 heures, on n’a pu écouter que les deux derniers titres de leur concert. Sur sa harpe portable, Sarah dispense des sonorités cristallines et le batteur se sert d’une roue de vélo comme cymbale. Ce sont deux détails qui m’ont frappé l’esprit, lors du peu de temps dont j’ai pu disposer pour voir leur prestation. Mais si leur musique ne manque pas d’allure, difficile d’en dire davantage…

A 8h30 pile, Calexico monte sur l’estrade. Ils sont sept, sous un line up qui semble de plus en plus stable depuis 2013. Et le spectacle de commencer par le plus pop « Falling From The Sky ». Au vu des titres plus sucrés du dernier opus, on imagine alors que le combo va en écouler plusieurs, avant de lancer la machine. Mais dès la fin de ce morceau, Joe Burns, le chanteur/guitariste (et surtout leader), annonce l’arrivée d’Amparo Sanchez, qui a notamment sévi au sein de La Mano Negra. En 2003, elle avait déjà participé aux sessions d’enregistrement du « Don't Leave Me Now » de Calexico ; et en 2008, elle avait également participé à leur tournée. Et grosse ambiance déjà pour « Cumbia de Donde », une compo caractérisée pour son rythme syncopé. C’est seulement alors que la formation va aligner toute une série de titres issus du dernier elpee. Pas tous transcendants, mais d’honnête facture. Tour à tour ‘alt folk’, atmosphériques, paisibles, tex mex et même un morceau de ska (« Moon never rises »). Du même long playing, « Coyoacan » réveille un peu tout le monde. Un excellent instrumental cuivré. Idéal pour rappeler Amaparo afin d’attaquer « Roka ». Elle invite l’auditoire à frapper dans les mains et harangue les spectateurs au balcon, pendant que les cuivres entretiennent le climat mariachi. Et dans cette ambiance, impossible de rester impassible ! On remue la tête, les épaules, le bas des reins, les jambes, les pieds ou tout à la fois. Régulièrement, Ryan Alfred alterne entre contrebasse et basse, Zavala la gratte et la slide, Jacob Valenzuela la trompette et le xylophone et Martin Wenk la trompette et l’accordéon (garni de loupiotes). Mais il faut aussi souligner le concours de Sergio Mendoza, le pianiste/claviériste, toujours aussi génial lorsqu’il nous plonge dans une ambiance cubaine, à l’aide de ses interventions sur ses ivoires. Et il se débrouille tout aussi bien au piano à bretelles, à la six cordes ou au ukulélé. On en oublierait presque le rôle fédérateur du second membre fondateur, John Convertino, à la batterie, dont le drumming est capable de s’adapter à tous les styles. Les compos sont tour à tour chantées dans la langue de Shakespeare (souvent) ou de Cervantès (régulièrement). C’est dans cet idiome que Jacob entame « Esperanza » a cappella, un paso doble qui met ensuite en exergue les deux cuivres. Epatant ! Bonus track du dernier elpee, « Let it slip away » est chanté en duo acoustique par Joe et Ryan. Le premier à la sèche, le second sur sa contrebasse. Mais c’est à ce moment qu’on se rend compte des capacités vocales de ce dernier pour assurer la contre-voix. A cet instant, je ne peux m’empêcher de penser à Simon & Gardfunkel. Elégiaque, très rythmique, « Maybe On Monday » permet à Zavala de se réserver un long solo de gratte, alors que Mendoza rogne littéralement les sonorités de ses claviers. Place ensuite à la cover de Love, « Alone Again Or », moment au cours duquel l’auditoire frappe dans les mains en cadence. Et le set de s’achever par l’allègre « Puerto », provoquant une grosse acclamation de la foule.

« Bullets & Rocks » ouvre le premier rappel. Sur le nouvel album, il a bénéficié du concours de Sam Beam et Neko Case. C’est le drummer de Bar Brothers qui vient gratter une sorte de güira sur ce titre électrique, presque west coast, souligné par de superbes harmonies vocales, et qui permet aux cuivres de se lancer dans le free jazz. Et bien évidemment, Amparo revient pour mettre le feu sur la cover du « Con Toda Palabra » de Lhasa de Sela, au cours de laquelle la harpiste de Barr Brothers, vient également prêter main forte. Le public est aux anges et le manifeste bruyamment. Trois grattes électriques stimulent le classique « Not Even Stevie Nicks », moment choisi par le band pour rendre hommage à Joy Division à travers « Love Will Tear Us Apart ». Encore qu’au fil des ans, ce titre commence un peu à perdre de sa saveur. Miss Sanchez revient à nouveau pour « Güero canelo ». C’est la toute grosse ambiance. Les ‘fuego’ sont repris en chœur par la foule, et Zavala en profite pour relancer les spectateurs installés confortablement dans la loggia, en tentant des exercices de style à la gratte, que reprend de la voix l’auditoire…

Le deuxième ‘encore’ débute en force par une version très électrique, mais surtout particulièrement réussie du « The One I Love » de R.E.M. La foule chante en chœur cet hymne classique incontournable. Le concert s’achève quand même après un peu plus de deux heures de spectacle, par le mid tempo « Follow the River ». Ovation magistrale ! Et c’est bras dessus, bras dessous, que le septuor le salue et l’applaudit à son tour. Ce soir c’était ‘el fuego con Calexico y Amporo’ !

Setlist

01. Falling From The Sky
02. Cumbia de Donde (+ Amparo Sanchez)
03. Splitter
04. Miles From The Sea
05. World Coming Undone
06. Tapping On The Line
07. Moon Never Rises
08. Coyoacan
09. Roka (+ Amparo Sanchez )
10. Black Heart
11. Beneath the City
12. Sunken Waltz
13. When The Angels Played
14. Esperanza
15. Let it slip away
16. Maybe On Monday
17. Alone Again Or
18. Puerto

Rappel 1 :

19. Bullets & Rocks
20. Con Toda Palabra (+ Amparo Sánchez)
21. Not Even Stevie Nicks
22. Güero canelo (+ Amparo Sánchez)

Rappel 2 :

23. The One I Love
24. Follow the River 

Organisation AB

(Voir aussi notre section photo ici)

Matthew E. White

Un peu trop light à mon goût…

Écrit par

Parallèlement à ma critique –dithyrambique– de « Fresh Blood » (voir ici), le second album de Matthew E. White, paru il y a quelques semaines, je me faisais une joie de découvrir le natif de Richmond à l’AB Club de Bruxelles, ce jeudi. Bien entendu, la petite taille de la salle aurait dû me mettre la puce l’oreille : impossible en effet de caler l’ensemble de son ‘Space Bomb Orchestra’ sur le podium étroit du Club ! C’est donc sans surprise que Matthew E. White s’est produit en version light, c’est-à-dire sous la forme d’un duo, devant un auditoire presque comble.

L’Américain (NDR : il est grand et barbu !) et son compère se servent parcimonieusement de leurs grattes électriques et d’une slide. Et le début de set est décevant, même si intrinsèquement les morceaux sont superbes.

C’est un euphémisme d’affirmer que le côté soul et radieux de la musique composée par cet artiste disparaît dans ces versions ascétiques… pour laisser place à des moutures plus country/rock. Genres que j’affectionne pourtant tout particulièrement ; mais malheureusement, comme mon esprit était préparé à recevoir des vibrations positives correspondant parfaitement à l’atmosphère entretenue par ces premiers jours de beau temps, je ne suis pas parvenu à accrocher. Les adaptations sont bien moins immédiates et accessibles que sur l’elpee. La déception est donc réelle, malgré l’évidente qualité des chansons et la dextérité du jeu de cordes des deux sbires. Une certaine absence de relief dans le son et dans l’interprétation me pousse d’ailleurs, peu à peu, à reculer vers le fond de la salle, avant de finir accoudé au bar afin de siroter une bière, en bénéficiant d’une bien belle et agréable musique de fond ! En solo, le show de Sean Rowe accordé il y a quelques semaines, était bien plus énergique…

Après une heure de concert et un bref rappel, Matthew E. White et son jeune acolyte quittent l’estrade sous les applaudissements nourris. Votre serviteur a, de son côté, plutôt envie de retourner, au plus vite, écouter ses albums luxuriants, et au fond de lui-même espère que le futur come-back de son héros bénéficiera du concours d’un véritable groupe, afin que sa musique puisse bénéficier de l’instrumentation qu’elle mérite…

(Organisation AB)

 


Moon Duo

Objectif : Lune !

Écrit par

Initié fin 2009, en parallèle à Wooden Shijps, Moon Duo trouve de plus en plus ses marques dans le paysage sonore (et sonique) actuel, faisant figure de Pygmalion pour bon nombre de mélomanes.
Surfant sur les mêmes trames psychédéliques que Wooden Shijps, le projet monté par le talentueux Mister Ripley Johnson et de sa compagne à la ville, Sanae Yamada, s’en détache néanmoins par une approche plus directe, tout en gardant bien sûr en ligne de mire les circonvolutions en spirales propres au genre.
Gagnant à la force du poignet ses galons de ‘guitar héro’ un rien hypster, l’ami Johnson ne s’égare pas dans de futiles joutes tape-à-l’œil (NDLR : à l’oreille ?) ; ce qui somme toute, reflète parfaitement son travail discret mais impeccable.
Forts des échos enthousiastes recueillis à chacun de ses passages, la paire, renforcée depuis deux années par un vrai batteur remuant des vrais bras sur scène (en la personne de John Jeffrey), attire de plus en plus de curieux, tout en ramenant son cheptel de fans inconditionnels.
Elle a même décroché une place de choix dans une veine très à la mode actuellement (le band constituera l’une des attractions majeures du Eindhoven Psych’ Lab, en juin prochain).
Bref, absolument dans l’air du temps, le genre d’évènement quasi hype à récupérer au sommet de la vague.

Les premières notes déjà hypnotiques de « Wilding » résonnent sous la voûte étoilée de la salle circulaire alors que le public s’agglutine à la hâte.

Votre serviteur y compris, recraché juste à temps par la circulation locale.

Les soli de guitares dessinent les premières arabesques sur la ritournelle obsédante de l’orgue et déjà un constat s’impose : des deux pendants indissociables au mantras psychédéliques (l’ennui en opposition à la transe), Moon Duo milite plus que régulièrement dans la meilleure de ces deux catégories.

Si la redite est inévitable, dans ce mouvement propre à tournoyer sur lui-même, il est heureux que Moon Duo opte pour une spirale ascendante par la grâce de rythmiques robotiques impeccables qui amènent le corps à se détacher de l’esprit sans laisser celui-ci se poser trop de questions.

Ainsi, sans temps mort, les pépites de « Shadow of The Sun », principale source de la set list de ce soir, puisque petit dernier de la discographie, s’égrènent et éclosent çà et là en autant de germes porteurs de dérives psychotiques chères au public ici présent.

Territoire conquis d’avance, certes, mais qui n’autorise pas le sieur Ripley et sa gente dame à offrir autre chose que le meilleur d’eux-mêmes.

Car si l’auditoire accepte la danse du Shaman, il exige également de le retrouver lui aussi de l’autre côté, dans cet état évanescent et mystique que tissent les mandalas musicaux.

Si on pouvait craindre que la succession de dates (la rançon d’un succès qui ne cesse de croître) lasse nos trois musiciens, ils n’ont rien laissé transparaître dans leur attitude, certes, un peu engoncée, mais en corrélation avec l’esprit général (où le visage fermé, les yeux clos, on se laisse emporter en affichant un air mi-sérieux, mi habité).

Les projections se chargeant d’apporter leurs couleurs à ce rêve halluciné, la soirée s’écoule sans surprise, sans anicroche non plus.

La machine est parfaitement en place, et les rouages sont bien huilés.

Néanmoins, l’évolution est palpable chez ceux qui suivent leur parcours depuis le début et ont déjà eu l’occasion de les voir auparavant ; ce qui est le cas de votre dévoué serviteur.

Sans oser parler d’accessibilité, la musique de Moon Duo a semble-t-il trouvé ses propres marques et se sent de plus en plus à l’aise dans son registre, à présent pompé plus que de raison par de nombreux groupes aux résonances cosmiques, preuve s’il en est de son influence majeure.

Mais loin de s’autoproclamer pape ou modèle en la matière, Ripley se contente d’explorer plus avant son univers personnel, que ce soit sous l’identité de son band ou de son projet conjugal, égal à lui-même, soit sans esbroufe.

Le résultat, déjà plus que convaincant sur disque, s’affiche ici superbement et ravit les heureux détenteurs d’un sésame.

Évitant d’inutiles distractions, Moon Duo va directement à l’essentiel, objectif : lune.

Le périple est forcément étudié en fonction de l’efficacité.

Les titres propices au rêve sont écartés ; ne reste que la ligne droite et directe tracée vers ces paradis artificiels qui se dessine au fil des minutes introspectives.

Processus générant son lot de trips au sein d’un public acceptant la mise en orbite.

Six titres plus tard (ce qui peut paraître court mais pas dans le registre à rallonge de ces transes hypnotiques), les trois comparses reviennent accorder un rappel où « Goners » rappelle le chemin parcouru et l’évidente filiation avec Suicide, le Velvet et d’autres références toutes aussi évidentes mais tellement passées à la moulinette, qu’il n’en ressort qu’un agglomérat compact d’originalité et de génial savoir-faire.

Si Moon Duo n’a pas inventé le fil à couper le beurre, il peut au moins se targuer d’avoir réinventé un état d’esprit intègre et loin des clichés du genre.

L’enthousiasme au sortir de la salle est palpable.

Le public a en eu pour son argent (et le prix du ticket était très bon marché).

Il est fort à parier que lorsque Moon Duo se produira à nouveau en salle, elle aura pris une autre envergure…

(Organisation : Botanique).

 

 

Skip&Die

Soirée fitness!

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Le concert de Skip&Die est sold out. La formation a cependant refusé de se produire dans la grande salle qu’elle aurait pu remplir aisément. La raison est simple : elle souhaite rester le plus proche possible de son public et bien sûr de ses aficionados. Le line up de S&D est partagé entre Sud-africains et Bataves. Le combo est venu défendre son troisième opus, « Cosmic Serpents », paru fin mars dernier. Un disque publié sur le label bruxellois, Crammed Discs. Pas étonnant, puisque les musicos fréquentent régulièrement la capitale de l’Europe. Côté inspiration, le band puise d’abord ses sources dans la musique d’Amérique du Sud, du Moyen-Orient et de l’Inde. Une chose est sûre, la soirée s’annonce festive…

La première partie est assurée par d’excellent entertainers, nés pour la danse et la fête : Throes and The Shine. Issu de Lisbonne, le groupe implique deux Angolais, aux vocaux. Son expression sonore est le fruit d’un mélange d’électro, d’afro-house, de ku duro, de benga, et de rock, mijoté à la sauce contemporaine. Le tout est agrémenté de break dance et de semba (danse angolaise). Le ku duro, (littéralement 'cul dur' dans la langue de Gil Vincente) est une musique traditionnelle de cette ancienne colonie portugaise. C'est un autre combo lisboète, Buraka Som Sistema, qui l'a popularisée à travers le monde. Un pur bonheur pour les jambes, le popotin et les oreilles.

Diron Shine et Mob assurent le chant. Le premier est musclé et a enfilé un marcel coloré. Ils sont soutenus par Igor Domingues aux drums et percus, Marco Castro à la guitare, aux synthés et machines ainsi que Rafael Silva à la basse. Throes and The Shine (chapeau sur la tête) va mettre le feu à l'AB Club et la transformer en boîte de nuit. Les musicos montent d’abord sur l’estrade. Ils sont suivis par les deux vocalistes. Dès l’intro, l’invitation est claire : ‘Everybody's, clap your hands !’ L’auditoire s’exécute. Il va zouker, jumper et danser sec sur le dancefloor. La température va graduellement monter de plusieurs degrés et atteindre son pic sur « Batida ». Deux fans audacieux montent sur l’estrade pour se défouler en compagnie de la formation. Il est temps de faire régime ? Suffit d’assister au set de T&TS et vous perdrez quelques litres, voire quelques kilos superflus. Une belle mise en jambes…

Place ensuite à Skip&Die. Catarina Aimée Dahms, aka Cata Pirata, est la chanteuse. De nationalité sud-africaine, sa tenue est particulièrement excentrique : elle porte une longue cape bleue, un short blanc à froufrous assorti au chemisier et est chaussée de bottes guêtres fantaisistes de couleur noire. Sa chevelure est constituée de longues tresses en mode dreadlocks. Et malgré cet aspect extérieur un peu farfelu, elle est plutôt jolie. Soirée fitness, puisque dès qu’elle monte sur les planches, elle entame son jogging. Le sourire aux lèvres. Tout en rappant ou chantant. Et d’une manière impeccable, s'il vous plait ! Le line up est complété par le drummer/percussionniste Gino Boombanbu, aka Bombrini, le claviériste et bidouilleur Jori Collignon ainsi que Daniel Rose au sitar et à la gratte.

L'intro nous plonge dans le monde oriental. Avant que « Jungle Riot » n’entame le set. Cata mêle onomatopées et chant. Tribales voire explosives, les percus nous entraînent dans les ghettos de Soweto. « Killing Aid » permet à la température de prendre encore quelques degrés. Moment choisi pour se prendre dans la tronche, « Burning Bridges », un brûlot issu du nouvel elpee. On est dans une fournaise. Pulls, manteaux, tee et sweet-shirts s'accumulent sur le bord de l’estrade et les baffles. Cocktail d'électro, de balkan music, de drum&bass et de hip hop, « La Cumbia Dictatura » permet à Cata de démontrer son aptitude à canaliser la foule. Elle la mène même à la baguette. Et pour la circonstance, évidemment, l’incite à danser. Les lyrics sont interprétés dans six langues différentes : anglais, afrikaans, zoulou, xhosa, espagnol ou portugais.

« Mami Wata » est dynamisé par les percus. Ragga et reggae contaminent « Perpetual War ». Bienvenue à Kingston ! Les artistes en profitent pour faire un break, se désaltérer et arroser le public, avant d’embrayer par un « Get Your Braai On », au cours duquel le hip hop mène la danse. Plus paisible, « Nine Dimensions » trempe dans une pop classique. Ce sera le seul moment cool du set. Nerveux, « Multi Murder » reprend sa vitesse de croisière. Cata en profite pour prendre un bain de foule. « Space Girls » achève la prestation, une autre compo pop, mais dansante, balayée par un solo de gratte psyché.

L’auditoire en veut encore, hurle, bat des pieds ou/et des mains. Soirée fitness, je l’avais déjà dit. Le combo revient alors et nous réserve une version ‘unplugged’ d’« Anti Capitalista », à la demande du public. Magique ! Et la soirée de se conclure par un « Senorita » vitaminé par les beats drum&bass, alors que le sitar emporte nos rêves, jusqu’au Taj Mahal…

(Organisation : Ancienne Belgique)

Russian Circles

A plein volume…

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Deux ans après voir publié son cinquième album, « Memorial », Russian Circles se produisait à nouveau dans l’Hexagone, et plus précisément à Tourcoing, au Grand Mix, devant une salle remplie aux deux tiers. 24h après la prestation de Red Fang, la salle française allait une nouvelle fois vibrer sous les riffs métalliques d’un combo issu du pays de l’Oncle Sam.

Fondé en 20014, Russian Circles pratique une forme de post-rock/post-metal, caractérisée par le recours à des pédales de sampling et de loop. Son patronyme est inspiré d’un exercice pratiqué dans l’univers du hockey sur glace…

Pour assurer leur première partie européenne, le trio chicagoan a fait appel Helms Alee. Des compatriotes. Etablis à Seattle. Ce soir, il s’agit de leur premier show accordé sur le Vieux Continent. Un trio réunissant deux filles et un mec. Leur musique libère énormément d’énergie, mais à la grosse louche. Epais, les riffs de gratte se succèdent, mais se ressemblent. Après avoir encaissé trois morceaux de ce metal stoner, le public est rassasié. Et souhaite que ce gavage s’achève le plus rapidement possible…

Vers 21h30, les choses sérieuses commencent. Chevelu, Mike Sullivan, le guitariste, s’installe sur la gauche. Barbu, le bassiste, Colin DeKuiper, sur la droite. Et Dave Turncrantz, en arrière-plan, au milieu, derrière ses fûts. Dès les premiers accords, on est impressionné par la puissance du son. Comme quoi, il n’est pas nécessaire de monter un quintet ou de disposer d’un mur d’amplis, pour produire du ‘gros son’. Le trio enchaîne les titres de ses différents long playings. Aucun n'est négligé. Parfois, les riffs de métal cèdent le relais à de longs crescendos construits en harmonie. Mike Sullivan est un fameux gratteur. Sa technique au tapping est stupéfiante de vélocité. Et le bassiste, est loin d’être un manchot. Les hochements de tête se généralisent dans la fosse ; ce qui démontre le réel intérêt de la foule pour ce concert. Un seul reproche, les musicos sont un peu trop statiques. Une critique largement compensée par la qualité, l’intensité et l’énergie libérée par les compos, et la parfaite maîtrise des instruments affichée par les trois compères de Russian Circles.  

Après une bonne heure de concert, le public est satisfait. Et le manifeste par de vives acclamations. De quoi aussi donner envie de ressortir les disques du band et de les écouter à plein volume, dans l’esprit de ce set…  

(Organisation : Le Grand Mix)

Pour les photos de Russian Circles lors de leur set à l'AB, c'est ici
Pour les photos de Helms Alee lors de de leur set à l'AB, c'est là
Pour celles de Russian Circles au Grand Mix, c'est ici
Et pour celles de Helms Alee au Grand Mix, c'est là

 

 

Fauve

N’est pas Fauve ` qui veut !

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Je suis fan de rock. Je suis fan de rock. Je suis fan de rock. Je suis fan de Fauve ≠. Comment entamer la chronique d’un concert ? Quand passe-t-on de ‘la route pour y aller’ au ‘concert proprement dit’ ? Pour Fauve ≠, cette simple distinction devient une énigme : à quel moment précis l’état d’esprit du spectateur bascule-t-il dans les Nuits Fauves ? Parce que c’est de cet événement dont il était question ce jeudi soir, un soir de semaine comme un autre, un soir de Nuit Fauve plus qu’un simple soir de concert, chez nos voisins français, au Zénith Arena de Lille.

Les portes commencent à s’ouvrir peu après 18h, la foule s’engouffre entre les barrières, impatiente, fébrile… et quelconque. Pas de ‘bobos’, pas de ‘hipsters’ en tout genre, non. Des gens normaux. Des adolescents, oui, mais des trentenaires aussi. La presse, oh privilège, entre par une porte distincte. Moment choisi pour tailler une bavette avec le bassiste de Fauve ≠, à côté d’un public qui ne s’en rend pas compte. Oui, les membres de Fauve ≠ sont comme ‘Monsieur tout le monde’ ; et absolument, sans leur billet en main, ils seraient refusés à l’entrée, comme n’importe quel quidam…

La foule investit donc les lieux. Pas question de se masser devant les portes, tout est ouvert. Il est même mentionné ‘Ici tout est à vous’ sur le bracelet bleu que l’on nous a distribué à l’entrée. Quelques fans se pressent contre les crash-barrières (ne dites pas ‘frontstage’ chez nos voisins français, sinon ils vont imaginer qu’on leur parle d’un type de sandwich ou d’une marque de voiture), d’autres opèrent un détour via le stand ‘pop-corn’ ou le merchandising (où les préposés ne sont pas les moins impliqués dans Fauve ≠…). Ça discute, ça boit des coups, ça rit, ça s’amuse. Le concept augure que ‘Les Nuits Fauves sont aux concerts ce que le barbecue est à la gastronomie’. Mais perso, la gastronomie, ça m’emme*** profondément.

19h45 marque le début des premières parties. La longueur du paragraphe, que vous aurez peut-être envie de zapper d’ailleurs, vous permettra de confirmer ce que votre serviteur en a conclu : pas convaincu. C’est Bagarre qui ouvre le bal et sa tentative de poésie ésotérico-intelligente (‘Un cimetière. Un parterre de cuillères.’) me donne plutôt la nausée et l’envie subtilement impérieuse de fuir le plus loin possible. N’est pas Fauve ≠ qui veut. La musique et le tempo mettent par contre le public rapidement d’accord.

Le second supporting act, Les Gordon, n’a pas davantage mes faveurs. Question de goût : 30 minutes du même beat décliné en 10 versions, très peu pour moi. Je râle, je crache sur ces premières parties ; mais la question qui me traverse l’esprit finalement –et je n’ai aucune réponse à fournir– est : quel artiste serait capable d’ouvrir pour Fauve ≠ ? Somme toute, Barbare et Les Gordon ne sont pas un si mauvais choix : ils sont ‘jeunes’ et Fauve ≠ leur offre une magnifique opportunité de se produire au Zénith.

Et puis Fauve ≠.

20h45, entame des hostilités, début du combat des affects, des émotions en pagaille, du sang et des sanglots, des ongles arrachés sur le parquet granuleux, d’accès de colère, de violence, de sexe. Départ de deux heures physiques, puissantes, émouvantes, éprouvantes. Deux heures où Fauve ≠ compte bien gratter les croûtes encore un peu sanguinolentes de toutes nos âmes blessées. Deux heures viscérales, simplement viscérales.

Les fauves sont lâchés dans l’arène, « Sous les Arcades », extrait du nouvel album « Vieux Frères – Partie 2 » lance le bal ; le chanteur harangue la foule qui n’en n’a –et le concert commence à peine– pas vraiment besoin : ils sont tous fans de Fauve ≠, conquis d’avance, connaissent les paroles et tentent d’en suivre le débit infernal qui leur est imposé. Bref, ils sont venus pour ‘faire’ les Nuits Fauves. C’est ce public qui est le noyau de l’univers de Fauve ≠, ce sont les émotions de ce public précis, celui qui est venu ce soir, qui conditionne toute l’ambiance, toute la tension qui est libérée. Enchaînement par l’incontournable « Nuits Fauves », pourquoi bouder son plaisir ? Et « Voyou » avant de continuer l’exploration de ce « Vieux Frères – Partie 2 » avec T.R.W. pour mieux revenir sur « Infirmière » que l’auditoire reprend en chœur. Le moment de se poser, d’observer le cadre : une scène bardée d’écrans de télévisions, entourée d’écrans géants, une hémisphère éclairée par des centaines de lampions accrochés au plafond. Intime.

Fauve ≠ n’a peur de rien, pas même de convaincre un Zénith presque comble de chanter leur « 4 000 Iles » en canon à trois voix… et ça marche. Un peu de balbutiements, un peu de difficulté, mais la mayonnaise prend et le public s’en donne à cœur joie. Du nouvel opus, on épinglera le magnifique et presque joyeux « Tallulah » (‘Et si le ciel s’écroule, si les continents plongent, je te suivrai même jusque dans tes songes’) et la puissance de « Paraffine ». On saluera une énergie rock puissante qui faisait (peut-être ?) défaut à « Vieux Frères – Partie 2 » version album. Guitare puissante, gros son de basse et chanteur courant partout à la fois. La formation prend également plaisir à revisiter « Haut Les Cœurs » dans une version dépouillée mais qui ne perd bien sûr rien de son énergie lorsqu’il s’agit de clamer « Va t’faire enculer » au Blizzard. Les rappels sont ‘convenus’, « De Ceux » et « Kané » sont incontournables, mais permettent aussi de découvrir une adaptation ‘live’ bouleversante de « Bermudes » et de terminer dans une communion impressionnante par « Les Hautes Lumières ».

Et de rejoindre mes pénates, un vendredi matin, très tôt, un peu hagard, après avoir bu ‘des coups’ en compagnie des membres du groupe ; parce qu’ils n’aiment pas : les autographes, les selfies, ce genre de trucs. Et d'égarer sur une feuille des phrases, des bribes de mots, des songes, des sentiments confus. De ne plus trop savoir si c’était ‘bien’ ou pas. De se rendre compte que j’étais salement con d’avoir pensé que ce n’était ‘vraiment pas génial’ avant d’avoir vu la famille Fauve ≠ en action.

Plus qu’un concert, plus qu’un simple exutoire à ‘choses négatives’, Fauve ≠ se veut profondément ancré dans son temps, dans son public, en proposant un concert ‘soirée avec les potes’ à taille zénithienne. À la sortie, le merchandising est plein à craquer. Les spectateurs se seraient-il rendu compte de l’identité de ceux qui vendent les t-shirts ? Ils parlent, rient, jouent, croisent les musicos. Peut-être sans le savoir. Sûrement sans le savoir.

Et votre serviteur retourne se noyer, après la nuit, avant le jour, dans les Nuits Fauves.

Set list

1. Sous les arcades
2. Nuits fauves
3. Voyou
4. T.R.W
5. Infirmière
6. 4.000 îles
7. Vieux frères
8. Tallulah
9. Haut les Cœurs
10. Azulejos
11. Loterie
12. Paraffine
13. Cock Music Smart Music

14. Blizzard

Rappel :

15. De ceux
16. Bermudes
17. Kané
18. Les Hautes Lumières

Organisation A Gauche de La Lune (Les Paradis Artificiels)

(Voir aussi notre section photos ici)

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