Un dixième album studio pour Idlewild

Idlewild sortira son nouvel opus – un éponyme – ce 3 octobre 2025. Il s’agira de son dixième. En attendant, il a partagé le single intitulé "Stay Out Of Place". Le chanteur Roddy Woomble explique que la chanson traite de la multiplicité des voix et de la…

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Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels des années 60, l’âme vibrante de la Motown, et l’improvisation subtile du jazz. Formé de sept musiciens passionnés, le groupe (qui se prononce Denver) propose une musique à…

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samedi, 29 décembre 2012 17:07

Rockin' all day

Manifestement, Dennis Gruenling est devenu un des plus talentueux harmonicistes contemporains. Issu du New Jersey, il avait émigré, il y a une vingtaine d’années du côté de la Nouvelle Orléans, avant de revenir chez lui, fort de cette expérience. Il a beaucoup écouté les artistes mythique du Chicago blues, comme Little Walter, Big Walter Horton, James Cotton et Georges ‘Harmonica’ Smith. Mais il apprécie également le R&B et le swing. En 1998, il monte son all-star band local. L'année suivante, il grave son premier opus, "Denny Gruenling & Jump Time". Dans la foulée, il publie "Up all night" en 2000 et "That's right" en 2011. En 2007, il avait rendu hommage à son dieu, Little Walter, en concoctant "I just keep lovin' him". Il avait alors notamment reçu le concours de Kim Wilson, Rick Estrin, Steve Guyger et Rusty Zinn. Au fil du temps, il s’est forgé une belle notoriété comme instructeur d'harmonica. Dennis ne dispose pas vraiment de backing band. En général, il se produit en compagnie d'autres artistes. Parfois le Dave Gross Band et surtout Doug Deming & The Jewel Tones, équipe qui a d’ailleurs participé à la mise en boîte du présent opus !

L’elpee s’ouvre par la plage éponyme. Ce "Rockin' all day (reelin' & rockin')" est signé par Jimmy Mc Cracklin. L'harmonica chromatique collé à la bouche, Dennis nous plonge dans le jump blues. Son envol sur sa musique à bouche est majestueux. Chargée de swing, cette piste de toute bonne facture est chantée par Doug Deming. Autre plage classique, "Roll your moneymaker" est issu de la plume de Shakey Jake Harris. Elle remonte à 1958 (NDR : Magic Sam collaborait à la version originale, une compo produite par Willie Dixon). L’adaptation est nerveuse et pétillante. Dennis décolle dans le style cher à son maître, Little Walter. Gruenling  arrache des sonorités époustouflantes de son harmo chromatique en intro de "The Rev", un instrumental extraordinaire. De toute évidence, le R&B de la fin des années 40 a fortement marqué nos deux amis. La cover du "Saturday night fish fry" de Louis Jordan, que chante Deming d’une voix chargée de révolte, en est une belle illustration. Et puis, quel panache ! Le swing est omniprésent. Sa texture est veloutée tout au long de "One scotch, one bourbon, one beer", un morceau popularisé dès 1953 par Amos Milburn. Et le quartet est scintillant sur le classique de Wynonie Harris, "What's wrong with me?" Retour au blues de Chicago sur la reprise lumineuse du "She's so pretty" de Muddy Waters. Doug y est impérial sur ses cordes. Le "You can do no wrong" de Carl Perkins (NDR : souvenez vous "Blue suede shoes") trempe dans un rock’n’roll très fifties. D’une grande pureté, cette compo caractérisée par cet harmo intarissable, est un véritable régal pour les oreilles. Dennis se réserve le chant sur une seule piste, "It went down easy" de Melvin Smith, mais n’y injecte guère de passion. Et on épinglera encore "Actin' crazy", un titre entraînant signé Doug Deming, un excellent Chicago shuffle tourné vers la cité des vents. Cette tranche de blues 5* s’achève par "Hotso", un remarquable exercice de style instrumental.

 

samedi, 29 décembre 2012 17:03

In other colors

David Maxwell est un pianiste qui jouit d’un excellent crédit, dans l’univers du blues contemporain. On lui a souvent collé l’étiquette de réplique d'Otis Spann (NDR : disparu en 1970, ce merveilleux pianiste avait sévi au sein du backing group de Muddy Waters, pendant ses années d’or). David écume les scènes depuis belle lurette. Pourtant, on ne le reconnaît à sa juste valeur, qu’à partir de 1997. Pour sa participation à l’enregistrement de l'album "Deep in the blues" de James Cotton. Puis lors de la sortie de son premier opus personnel, "Maximum blues piano" (publié chez Tone-Cool). Il a milité au sein des backing bands des plus grands bluesmen : Freddie King, James Cotton, Jimmie Rogers, Otis Rush et Hubert Sumlin. Il a également chez les Broadcasters de Ronnie Earl. En 2005, il grave "Max attacks", un opus pour lequel il reçoit le concours de ses amis Hubert Sumlin, Pinetop Perkins, James Cotton, Duke Robillard, Ronnie Earl et Kim Wilson. En 2009, il est nominé pour le long playing "You got to move", un disque qu’il partage avec Louisiana Red. En 2011, il concrétise un ambitieux projet : faire revivre Otis Spann en dialoguant sur des plages de l'album de feu son maître, "Otis Spann is the blues". Pour ce projet baptisé "Conversations in blue", il recevra deux WC Handy Awards (meilleur pianiste et meilleur album acoustique de l'année).

Pour réaliser ce "Blues in other colours", David a voulu mêler le blues et les musiques du monde! Il y célèbre la rencontre entre instruments traditionnels (piano, basse et batterie) et traditionnels issus de l'Inde, d'Afrique occidentale, du Maroc et de Turquie. Pour y parvenir, il a reçu la collaboration de férus du genre. Dont le Canadien Harry Manx. Ce spécialiste des ragas indiennes est qualifié de ‘Mysticssippi’ bluesman. Enregistrées en studio, les treize plages instrumentales semblent avoir été immortalisées, en novembre 2007!

"Movin' on" pénètre au cœur de l'Inde profonde. Un dialogue s’établit entre le piano, le Mohan Vina de Manx (NDR : un instrument hybride entre le sitar et la guitar) et les percussions indiennes de Jerry leake. Maxwell se réserve le piano électrique sur "Blue dream", une compo visionnaire et exotique. L'interlude "A" laisse libre cours aux interventions de Mohan Vina de Manx. La mise à feu de "Big sky" est plutôt conventionnelle. Les ivoires sont soutenues très classiquement par la guitare de Troy Goynea, la basse de Marty Ballou et les drums d’Eric Rosenthal, avant que Vina le magique ne vienne les rejoindre. David n’en a pas pour autant oublié Otis Spann ; et il nous le rappelle enfin, sur "Cryin' the blues", un blues lent bouleversant caractérisé par les cordes amplifiées de Goynea. Imprimé sur un tempo blues inspiré du Chicago Southside, "Heart of darkness" met en exergue les percussions de Leake, le Turkish Ney (NDR : une sorte de flûte traversière) de Fred Stubbs et les cordes de Manx. Le périple en terres exotiques se poursuit par "Harry's raga", illuminé par les instruments en symbiose et embraie sur "Chillin' in Casa", rehaussé par la présence de Boujmaa Razgui à l’oud. Et les images se bousculent dans notre imagination… Plus classique, "Rollin' on" campe un blues originel qui trempe dans le delta du Mississippi. Et "Just the blues" est tout simplement beau à pleurer ! Enfin "Mombai blues" replonge au sein de l’Inde profonde, alors que "Last cry" nous propulse au Maroc. Excellent!

 

mercredi, 19 décembre 2012 17:49

Tired of bluesmen cryin'

De son véritable nom Rick Bates, Tas Cru, est d'origine canadienne. Québécoise pour être plus précis. Ce jeune artiste a chopé le virus du country blues après avoir quitté la US Navy. Il s'est ensuite fixé à Albany, capitale de l’Etat de New York. Il se produit aussi bien en solitaire qu’en compagnie d’un groupe. Sur les planches, il est même parfois flanqué d’un sextuor. Son pseudo Tas Cru signifie ‘Patate crue’ en québécois (‘Raw potato’, en anglais)! Il compte déjà quatre elpees à son actif : "Biscuit" en 2006, "Gravi-Tas" en 2008, "Grizzle 'n bone" en 2009 et "Jus ' dessert" en 2010. Il est considéré comme un poète du blues. Son écriture est pleine de verve. Il aime dépeindre les aventures banales de la vie, mais de manière très personnelle. Il construit ses propres guitares à l’aide de boîtes de tabac, des instruments baptisés ‘cigarbox guitar’. Pour enregistrer cet elpee, il a reçu le concours d’une section rythmique et de deux claviéristes qui se relaient. Il signe toutes les compos et, sans surprise, assure la production.

Le disque s’ouvre par le titre maître. Et son intro semble émaner du cœur du Delta avant que la compo n’adopte un tempo soutenu. Tous les musiciens se partagent les tâches, Tas Cru s’illustrant par les sonorités métalliques de ses cordes et Tony Perrino se chargeant de l’orgue Hammond. La voix du leader est particulièrement éraillée, mais elle domine l'ensemble. Un souffle d’harmonica fragile, proche d’un John Mayall, introduit "Changin' my ways", avant que l'orgue et la guitare Resonator n’entament un long flirt. Blues lent, "One more time" ne manque pas de charme. Cru chante de sa voix de fausset. Sa passion y est bien contenue. L'orgue de Chip Lamson communique à la plage sa chaleur naturelle, alors que les cordes acoustiques poussent de légers gémissements. "Road to my obsession" est sculpté dans du R&B bien saignant. A moins que ce ne soit du funk. Profondes, les grappes de notes dispensées par la guitare sont manifestement inspirées par Albert King. Et leur flux est inextinguible. "Try, oh I try!" est le fruit d’une rencontre entre blues lent, décontracté, obsessionnel et funk léger, au cours duquel un harmo tente de pointer le bout de son nez. Imprimé sur un mid tempo, "That lovin' thang" est un blues/rock hydraté par l’orgue de Perrino et dynamisé par une slide pétillante. "Every word you say" adopte un rythme plus enlevé. La guitare Resonator amorce "Sure do", une ballade blues roots très cool ; et climat nonchalant envahit également "Story time", une piste illuminée par de très jolies lignes de slide dessinées par un pote vivant également à Albany, Jeremy Walz. Talonnés par les cordes de Jeremy, les accords produits par la cigar box guitar de Cru empruntent le rythme du chemin de fer sur "Heal my misery", une plage lancée à toute vapeur. Morceau final indolent, "Dark side of the mountain" baigne au sein d’un climat sombre, ténébreux, empreint de tristesse, un climat entretenu par l’orgue Hammond et les interventions de gratte dignes de Mark Knopfler. Au cours de cette compo, Cru dialogue à la manière d’un Tom Waits. Et le résultat est à la fois envoûtant et remarquable… 

 

mercredi, 19 décembre 2012 17:37

The No Refund Band

Le No Refund Band est né en 1998, lorsque le guitariste Mike Crownover décide de monter son groupe. Depuis, la formation a rencontré des fortunes diverses et subi de nombreux changements de line up. Il faudra attendre l’arrivée du chanteur Ricky Jackson et du bassiste Rik Robertson, juste avant un concert à Fort Worth (NDR : c’est au Texas), pour stabiliser le band. Le nouveau trio intègre alors une section de cuivres ; en l’occurrence le trompettiste Jim Brady et le saxophoniste Anthony Terry. Le No Refund Band est enfin sur les bons rails, d’autant plus qu’il bénéficie alors de la complicité de Walter Cross à la batterie. Leur premier elpee a été mis en boîte au studio Sugarhill, à Houston. Un excellent opus au cours duquel le combo aborde une belle amplitude de styles.

Signée Kevin Bowe, "Blues is my business" ouvre la plaque. Un Memphis blues bien rythmé qui ne manque pas de charme. Puissante, la voix de Jackson colle parfaitement au style. Guitariste subtil, il distille de courtes phrases inspirées par Albert King. Invité, Travis Doyle se réserve l’orgue Hammond. Les cuivres sont à la fête. Cette plage me rappelle Electric Flag, un groupe qui a sévi à la fin des sixties, au sein duquel militait Buddy Miles et le légendaire Mike Bloomfield aux cordes. "Come down slow" nous propulse de l’autre côté de la frontière américano-mexicaine. A cause de l’instrumentation. Jackson maîtrise parfaitement son sujet tout au long de cette plage caractérisée par une bien jolie mélodie. La reprise du "Eleonor Rigby" des Beatles est à la fois excellente et surprenante. Personnelle aussi. La voix de Ricky est chargé de passion et de feeling, tout au long de ce classique au sein duquel viennent parfaitement s’intégrer interventions de violon, de violoncelle (Max Dyer), de trompette et accords de gratte astucieusement psychédéliques. La voix de Jackson est rejointe par celle, empreinte de douceur, de la Texane Tommie Lee Bradley, sur "Fall again", une tendre ballade bercée de cordes. "Just to be blues" est le blues lent de circonstance. Ricky chante ce morceau dans un registre très proche de celui du ‘genious’, Ray Charles. Miss Bradley lui donne à nouveau une excellente réplique face à l'orgue Hammond et le piano de Randy Wahl. Imprimé sur le beat de Bo Diddley, "One more drink" est une des moments forts du long playing. Puissante, cette piste réverbère un écho jusque dans le rythme pour mettre en valeur la force naturelle du chanteur, qui s’autorise même une sortie audacieuse et menaçante sur ses cordes. Autre blues lent, "One more drink" démarre délicatement par des accords de guitare acoustique. Exacerbée, la sensibilité du leader est parfaitement traduite par sa voix. "Soul shine" est une des meilleures compos écrites par Warren Haynes (Govt Mule et Allman Brothers). Ricky et Tommy Lee se partagent remarquablement les vocaux tout au long de cette version qui autorise une brillante sortie au sax ténor! On a aussi droit à deux plages d’inspiration plus hispaniques. Elles sont issues de la plume de Hoyt Axton, compositeur américain disparu à la fin du siècle dernier. Tout d’abord « Spain prelude », caractérisé par une excellent intro accordée à la trompette par Brady. Puis "Never been to Spain", une plage dont la rythmique me rappelle Bob Seger. Et elle est à nouveau soulignée par un envol brillant de Terry au sax. De bonne facture, cet elpee s’achève par une cover du classique "Willie the wimp".  

 

mercredi, 28 novembre 2012 18:58

Buenas Nachas

Ce combo ne vient pas de l'Oklahoma, mais bien de l'Ontario, du côté de Toronto, au Canada. Elle compte une bonne dizaine d'années d’existence. Un sextuor surtout notoire pour ses prestations ‘live’. L’aspect visuel y est particulièrement soigné. Il est même digne de Kiss, The Tubes voire d’Alice Cooper. Excusez du peu ! La formation compte plusieurs albums à son actif : "Cencerro Blanco" en 2005, "Casa Diablo" en 2007 et "Bombardero" en 2009. Sans oublier "Viva Live Locos", publié en 2010, une prestation en public immortalisée lors de l’édition 2006 du Burg Herzberg Festival, en Allemagne.

Chanteur/guitariste, Clem Clemsen en est le leader. Son backing group réunit Hollis P. Cartwright III (guitares), Bubba Lee Phett (basse et chant), Chainsaw Charles (percussions diverses et effets électroniques), The Cousin who Hath No Name (guitare) ainsi que GM Luigi Safari (drums). Affublés de tels pseudos, on se doute que la troupe est constituée de personnages originaux. Ils revendiquent pour influences majeures, Hawkwind, Neu!, ZZ Top, Deep Purple, Frank Zappa,… et comprenne qui pourra, Jérôme Bosch et Breughel l'Ancien, les peintres flamands du XVIème siècle! En outre, ce team canadien qui n’a donc rien à voir avec l’Oklahoma, titre tous ses elpees en espagnol. Pas facile de les comprendre!

Des sonorités spatiales introduisent "Buenas Noches". Très mélodieux cet instrumental nonchalant est chargé de reverb. Notre esprit vagabonde alors le long des chemins poussiéreux, quelque part entre le Mexique et le Texas. Les Cowbells chantent à tue-tête "Get back to the Grove", un morceau punk très enlevé. "Flush in the pocket" est tout aussi nerveux et énergique. Les musicos ne tiennent pas en place et ne font pas dans la dentelle. Pas de place pour la moindre fioriture. L’attaque est permanente, ce qui rend cette compo parfois décousue. WCO ne lâche pas la bride. A l’instar du sauvage "Flush in the pocket", comme s’il s’était lancé dans un rodéo, bien illustré par l’image de la pochette. "Easy street" évoque les premiers singles de Deep Purple. Les sonorités de guitare sont tranchantes et torturées. La montée en puissance est manifeste. "Gallows bird" s’ouvre dans un climat serein, avant que l’allure ne recommence à croître. Pourtant, la plage est ici plus pop. Les guitares se croisent et s’entrecroisent élégamment sur une mélodie qui nous plonge dans le ‘far west’. "Bully black" puise à la fois dans le southern rock et le punk. Dynamique, cette piste mène aussi parfois à Kiss voire à Deep Purple. Les sorties des cordes sont une nouvelle fois excellentes. "Flapjack flytrap" trempe dans un heavy rock blues à la sauce 70’s. Une guitare slide très amplifiée est rapidement rejointe par une nuée de cordes lancées au galop. A cet instant, les références southern rock sont légion : Molly Hatchett, Pointblanck, etc. "Streetknife's Theme" est une longue jam de près de 8'. Les musiciens travaillent sans filet. Les climats se succèdent : boogie, space rock, psychédélisme, etc. Cette succession de tableaux n’est pas sans rappeler les Doors de l’époque "L.A woman" ; surtout à cause de la présence de cet orgue! Imprimée sur un tempo boogie variable, "Diabla, diabla" s’étale sur plus de 9'. C’est aussi le titre final. On est au bord du délire. Les grattes sont débridées et une trompette vient s’intégrer dans l’ensemble. Manifestement White Cowbell Oklahoma est un groupe à voir sur les planches…

 

mercredi, 28 novembre 2012 18:55

Fire Red Moon

Craig Chaquico est guitariste. Agé de 58 balais, il est de descendance portugaise et indienne (NDR : d'Amérique !) Il a longtemps milité chez Jefferson Starship dont le patronyme s’était ensuite transformé tout simplement en Starship. Drivé par Paul Kantner et Grace Slick, ce groupe était né sur les cendres de Jefferson Airplane. Au cours des 20 dernières années, il a souvent été courtisé comme musicien de studio. Ce qui ne l’a pas empêché d’embrasser une carrière en solitaire. Il est d’ailleurs responsable d’une discographie personnelle plutôt conséquente. 

L'album s'ouvre par une plage troublante intitulée "Lie to me". Noah Hunt, vocaliste du Kenny Wayne Shepherd Band, chante passionnément ce titre soul/blues que colore Bill Heller de son orgue Hammond, pendant que la guitare de Chaquico pigmente l’ensemble de phrases bleues tout à fait captivantes. Rolf Hartley se réserve le chant pour "Devil's daughter", un blues imprimé sur un mid tempo. Craig est épaulé par l’Away Team. Craig a volontiers recours au blues pour enrichir son expression sonore. Signé Booker T Jones et William Bell mais popularisé jadis par le grand Albert King, "Born under a bad sign" symbolise bien entendu le blues de Memphis. Chaquito lui inflige un traitement instrumental, typique de ce blues urbain de cette ville portuaire de l'État du Tennessee. Eric E Golbach est au micro pour "Bad woman", un blues lent majestueux au cours duquel il injecte toute sa passion et sa violence tout en se montrant autoritaire. Les chœurs éclosent et propulsent les cordes au firmament. Séduisantes, propres et techniques, elles ne manquent pourtant pas de feeling. Deux instrumentaux, ensuite. Tout d’abord "Rollin' and tumblin'", un classique traditionnel immortalisé par Muddy Waters. La nouvelle version est imprimée sur un tempo enlevé. "Fire Red moon", ensuite, une plage qui baigne dans la douceur et la sérénité. Memphis shuffle léger, "Little red shoes" est balisé par le piano et l’orgue. La voix de Hartley est fluette. Chaquico est très inspiré aux cordes, dans un style réminiscent de Stevie Ray Vaughan! Un dialogue d’une grande pureté et empreint de sensibilité s’établit entre la guitare et le piano, tout au long de "Blue on blue", un peu comme lors d’une B.O. destinée à un film d'amour. Craig libère une dernière fois ses cordes pour revisiter le célèbre "Crossroads" du légendaire Robert Johnson ; cependant Chaquito adopte le rythme qui avait sublimé la version du Cream. La voix de Hartley est toujours aussi inoffensive, mais les interventions de notre soliste sont remarquables, comme si elles émanaient d’un flirt hypothétique entre la gratte de Clapton et celle de Billy Gibbons…

 

mercredi, 28 novembre 2012 18:44

On the skids

Oakland, c’est la grande cité portuaire qui mouille la baie de San Francisco. Il faut traverser un pont de Frisco pour la rejoindre. Elle était devenue universellement célèbre au cours des sixties, célébrant alors l’apogée du mouvement hippie, son flower power et le rock acide. Lecherous Gaze en est issu. Un groupe qui pratique un punk rock teinté de psychédélisme. Il avait publié deux Eps à ce jour, "Bagagazo", en avril de cette année, et "Born on a river", en juin dernier.

En 2001, le guitariste Graham Clise et le bassiste Chris Grande fondent Annihilation Time, un groupe de hardcore punk. Ils sont alors rejoints par le drummer Noel Sullivan. En 2009, la formation remplace son vocaliste et en profite également pour transformer son patronyme en Lecherous Gaze. Depuis, le line up a encore changé de chanteur, un rôle qui a été confié à l’ex-Char-Man, Zaryan Zaidi…

La voix de Zaidi est agressive. Elle semble refléter une extrême souffrance. Le plus souvent garage/punk, la musique est puissante, offensive, saignante, dévastatrice même. La rythmique est dense. Dès la première plage, "Lyin' in the road", la guitare en profite pour se réserver un billet de sortie. Et elle savoure cette liberté. "Scorpion" adopte un schéma semblable. Le tempo est échevelé. Plus punk, le chant peut rappeler un Iggy Pop juvénile, face à un mur du son construit par des cordes très rock’n roll, au sein de la Motor City à Detroit. Le riff qui gouverne "Bagagazo" est particulièrement âpre. Le tempo nous renvoie au Led Zep du début des 70s. La voix est cependant ravagée, totalement différente de celle Robert Plant. Clise a tout le loisir de se libérer. Il dispense de nombreuses notes bien inspirées. Son envol est impressionnant, déterminé. Il s’autorise des débordements spatiaux, nous réserve une véritable panoplie de teintes psychédéliques, mais manifeste une sauvagerie qui n'est pas sans rappeler le MC5. Zaryan adopte parfois le timbre et les inflexions d’Alice Cooper. "Fustrated" n’hésite pas à prolonger ses soli, à la manière du Thin Lizzy de la grande époque. Bien construit, "Born on a river" laisse s’échapper une pluie de sonorités de grattes. Mr Zaidi implore. Clise se libère et est incapable de s'arrêter. La voix est à nouveau fulgurante et féroce tout au long de "Ravenous", une autre compo sculptée dans un punk très MC5. "War woman" véhicule une agressivité qui symbolise bien le style de LG. Zaryan ne peut souffrir en silence. Il est au bord de l’agonie, noyé dans un bain de cordes tumultueux. Sur "Passion flower", Graham Clise démontre tout son potentiel créatif. L’imagination au pouvoir ! "The grasp" nous replonge dans le hard rock des 70’s, même si la mise en forme est plus contemporaine. Un stoner rock qui a néanmoins la pêche! L’elpee s’achève par un bref instrumental plus paisible, "Redeemer".

 

mercredi, 28 novembre 2012 18:42

Moon Queen

Ce band nous vient de New Haven, dans le Connecticut, et enregistre sur le label Small Stone. Dans ces conditions, pas étonnant que son style soit marqué par le hard rock des 70’s. Deux chanteurs/guitaristes mènent la barque : Vechel Jaynes et Mike Pellegrino. Ils sont soutenus par le bassiste John Conine et le drummer Don Freeman. Lord Fowl avait publié un premier opus en 2009, "Endless dynamite".

L’elpee s’ouvre par le titre maître. Une compo dense et complexe. Une des guitares balise l’assise rythmique ; ce qui permet à l’autre de se libérer circonstanciellement. La voix de Mike campe un timbre plutôt classique du style hard rock. "Touch your groove" est une excellente compo caractérisée par une succession de riffs puissants. Les deux voix se conjuguent pour reprendre le refrain. La plage se termine par le retrait de la basse et de la batterie. L'intro de "Split" est complexe. Cependant, Lord Fowl embraie sur un rythme nerveux, très rock'n'roll. Cette intensité rythmique laisse pourtant beaucoup de liberté aux deux solistes, responsables de quelques soli dévastateurs. L’entrée en matière de "Mutate" est écrasante. Nous pénétrons au sein d’un univers ténébreux, balayé de sonorités lugubres et hantée par une voix lointaine, chargée de reverb ; un univers proche du Black Sabbath originel. On peut tomber facilement sous le charme de Lord Fowl, car son style ne tombe jamais dans la  facilité. "Streets of evermore" évoque Deep Purple. A cause de la voix du chanteur. Pas de trace, cependant d’orgue en émulsion, si spécifique à feu Jon Lord. Néanmoins cette plage de hard rock vire presque au métal. Tramé sur un riff écrasant, "Dirty driving" se révèle moins intéressant. Des cordes acoustiques ouvrent "Woman king". Elles sont rapidement poursuivies par des interventions acides à la guitare. Les accents psychédéliques nous propulsent dans l’éther atmosphérique. Un superbe morceau ! C’est d’ailleurs dans ce domaine que Lord Fowl atteint le sommet de son art. Plus pop, "The queen is not impressed" est un single potentiel. Illuminé par de brefs échanges entre ‘six cordes’, il lorgne manifestement vers Thin Lizzy! Le développement de "Quicksand" s’opère sur un tempo blues rock, avant qu’il ne vire au boogie imprimé sur un rythme en béton. Et lorsque la guitare surgit, c’est pour tout balayer sur son passage. Un format que Queen n’aurait pas renié, à une certaine époque… "SOS" est un autre périple psyché propice à la transe ; une compo subtilement construite qui bénéfice d’un excellent travail de production. Et pourtant, les sonorités de gratte jaillissent de partout. Quoiqu’un rien plus hard, "Hollow horn" baigne au sein d’une même ambiance. La finale aligne une suite de tableaux atmosphériques, qui conduisent au territoire de Lord Fowl. Ne suscitant jamais l’ennui, cet opus est certainement un des meilleurs publiés chez Small Stone, à ce jour.

 

mercredi, 28 novembre 2012 18:40

The Ghost Moon Orchestra

Mostly Autumn nous vient de Lake District, dans le nord de l'Angleterre. Un septuor drivé par le guitariste/claviériste/vocaliste Bryan Josh. Il a fondé le groupe en 1992. Il aime la musique du Floyd et se passionne aussi pour la musique celtique. Liam Davison (guitares, chant) et Iain Jennings (claviers) débarquent en 1997. Puis Andy Smith (basse) et Gavin Griffiths (drums), en 2007. Enfin, Anne-Marie Helder rallie la formation, l’année suivante. Une vocaliste et multi-instrumentiste (guitare, claviers, flûte, etc.) Olivia Sparnenn a remplacé Heather Findlay, aux vocaux, en 2010. Elle avait déjà bossé pour Iain Jennings chez Breathing Space. La discographie de Mostly Autumn est assez conséquente, tant audio que vidéo, studio ou ‘live’…

Jennings introduit "Unquiet tears" aux ivoires. Il est rapidement rejoint par la voix aérienne et éthérée d'Olivia. Empreinte de charme, cette compo me rappelle Renaissance, une formation née à la fin des sixties, dont la musique mêlait classique et rock. La chanteuse Jane Relf et le pianiste Roger Hawken en étaient les figures de proue. Sous l’impulsion des guitares et des percus, le rythme change. La transition est particulièrement réussie. Le chant féminin prend soudain de la puissance et prend alors l’ascendant. Meilleure piste de l’elpee, "Drops of the sun" fait instantanément mouche. Les échanges vocaux opérés entre Bryan et Olivia se conjuguent en harmonie. Jennings colore le tout de ses claviers chatoyants. "The devil and the orchestra" est de la même veine. L'orgue Hammond est toujours bien présent et la guitare monte alors en puissance. Une plage à laquelle on accroche facilement. La musique de Mostly Autumn est à la fois progressive et symphonique. Belle mais jamais trop complexe, cependant. Josh est responsable de la majorité de l’écriture des compos. Dans son style, il est particulièrement doué. Notamment dans sa capacité à créer une véritable osmose entre voix féminine, claviers et les trois guitares. Traversé par la flûte traversière de Miss Anne-Marie Helder, "This ragged heart" agrège cordes acoustiques et électriques. Si "King of the valley" véhicule des accents celtiques contagieux, les arrangements parachevés par les cordes et les claviers évoquent le Genesis de l’Archange Gabriel. Autre piste de toute bonne facture, "Tennison Mansion" érige différents tableaux sonores. Le travail opéré sur les voix est remarquable. C’est d’ailleurs ce qui fait la force du combo. Les grattes mettent judicieusement le nez à la fenêtre. Le tout sous une formule en crescendo, parfaitement orchestrée. L'intro de "Wild eyes skies" est manifestement celtique. A cause de l’intervention de Troy Donockley à la cornemuse. Puis la voix d’Olivia illumine la plage, face au piano acoustique, avant que l’ensemble ne prenne un nouvel envol. Dans le style, cet elpee est franchement superbe…

 

mercredi, 07 novembre 2012 13:10

Bad Boy

De son véritable nom Morris Holt, Magic Slim est un des derniers grands bluesmen chicagolais, encore actifs. Il est né dans le Mississippi, il y a déjà 75 ans. Sa génération est celle qui a suivi les Muddy Waters, Howlin' Wolf, Willie Dixon et consorts qui fréquentaient le quartier sud de Chicago. Slim s'est révélé dans le Westside, au cœur des années 70. Les autres ténors de ce style répondaient au nom de Luther Allison, Otis Rush, Magic Sam et Buddy Guy. Certains d’entre eux sont encore en vie. En 1968, les Teardrops deviennent le backing group de Magic Slim, un groupe au sein duquel militait son frère Nick Holt, vers la fin des seventies. Et plus exactement à partir de 1978. Son nom était ainsi apparu lors de la sortie du deuxième volume du "Living Chicago blues", chez Alligator! Magic Slim a gravé une quarantaine d’albums, principalement sur le label californien Blind Pig et en Europe pour l’écurie autrichienne Wolf.

Le plus souvent souriant, Slim a un visage buriné. Son blues est authentique, primaire, immédiat et fleure bon le Sud. Ses Teardrops contemporains réunissent le guitariste Jon McDonald, le bassiste Andre Howard et le drummer BJ Jones. Ils ont rejoint leur boss dans le studio Rax Trax de Chicago. Le répertoire est largement emprunté à d'autres artistes, car Slim n'a jamais vraiment eu la plume féconde.

"Bad Boy" ouvre l’elpee. Une compo signée Eddie Taylor. C’était le gratteur en titre de Jimmy Reed, l'une des stars du blues en son temps. Mais Slim s'approprie ce "Bad boy", tant il l’intègre au plus profond de lui-même. Il dialogue en permanence avec les cordes de sa Gibson. Ses Teardrops le talonnent et lui donnent la réplique vocale. Magic Slim, c'est une recette, un style bien personnel. Les plages de cet opus forment d’ailleurs un ensemble bien homogène. Le bassiste André Howard et Magic partagent le chant tout au long de "Someone else is steppin' in", une compo qui rappelle manifestement le célèbre "Sweet home Chicago". Slim passe à la moulinette "I got money", une plage issue de la plume de Detroit Junior, un excellent pianiste chicagolais qui avait débuté sa carrière à Detroit. Imprimée sur un tempo soutenu, cette piste est légèrement teintée de funk. "Sunrise" c'est du Slim au sommet de son art. Issu de sa plume, ce blues basique et sans aucune fioriture est garanti 100% Holt. Il n’y libère les notes nécessaires que selon le feeling de l'instant. Les Teardrops forment un backing group solide. Et "Girl what you want me to do" en est la plus belle illustration. La guitare rythmique, la basse et la batterie forment une assise sans faille pour se mettre au service du boss. Ce dernier a alors le loisir de prendre des billets de sortie, dès qu’il en a l’occasion. "Hard luck blues" est le slow blues de circonstance. Très dépouillé, véhiculant des accents dramatiques, il macère dans le Chicago Westside. Magic appuie sur le champignon pour nous délivrer son "Gambling blues", puis embraie par sa version du "Champagne and reefer" de Muddy Waters. Une adaptation bien agréable de ce blues spécifique à la Cité des vents. La bande des quatre s'amuse et prend son pied tout au long du "How much more lang" de J.B Lenoir. La cover du "Matchbox blues" d’Albert King est fidèle à l’originale. "Country Joyride" achève l’opus, une plage nerveuse comme j’adore…

 

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