La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mercredi, 07 novembre 2012 12:44

Looking forward looking back

Eddie Martin est considéré comme un des meilleurs ambassadeurs du blues anglais. Il compte déjà plus d’un quart de siècle de carrière. Chateur/compositeur/guitariste, il tourne inlassablement. En solo (acoustique !), sous la forme d’un trio ou encore, comme au cours de l’année 2012, à la tête d'un big band. Il compte une douzaine d'albums à son actif. Il a également publié une centaine de chansons, blues bien évidemment. Eddie a aussi fondé son propre label, Blueblood. Son dernier elpee, "Folk & Blues", il l’avait concocté en solitaire.

Changement radical pour cet opus, puisqu’il s’est enfermé au sein du studio ‘State of Art’, à Bristol, en compagnie de ses deux musiciens attitrés, le claviériste John Paul Gard et le drummer Richard Laws, ainsi qu’une imposante section de cuivres le Little Big Horns. Sans oublier le special guest, Pee Wee Ellis, un redoutable saxophoniste qui a longtemps sévi au sein des backing bands de James Brown et Van Morrison! L'album rend hommage à trois références chères à Mr Martin, T-Bone Walker, Elmore James et Johnny ‘Guitar’ Watson.

Eddie s'engage sur l'axe Dallas – Los Angeles. "Frog in the long grass" est imprimé sur un bon rythme que soulignent les cuivres. La tonalité des cordes est métallique. Abordée dans l’esprit de ‘Guitar’, cette piste constitue une superbe entrée en matière. Il met le cap vers Chicago. Le riff de slide –notoire– à la Elmore James ouvre "Sorry for the rain". Eddie inflige une solide correction à son instrument. Il maltraite ses cordes pour restituer un son pourri fleurant bon les fifties. Un son qui colle parfaitement au style de l’artiste. Ses interventions sont impitoyables, découpées sur le fil du rasoir et incisives, tout au long de "Wannabe me". Une belle rampe lancement pour propulser le saxophone ténor de Pee Wee Ellis. Martin a une bonne voix. Elle s’intègre parfaitement à "Let it slide", une compo au tempo speedé. Il torture sa gratte. Elle gémit. Son doigt d’acier est brûlant. Un peu de swing et de jump envahit "Tough times". Eddie s'inspire largement de T-Bone Walker. Une facette jazz qui permet de mettre en exergue le talent du claviériste John Paul, ainsi que du chevronné Pee Wee au sax. "Supermodel" baigne dans un climat sonore réminiscent du R&B de la fin des années 40. Mr Gard sort de l'ombre et souffle dans son harmo, dans un style emprunté à Jimmy Smith! Le titre maître nous plonge dans une ambiance fin de soirée. Un blues lent qui invite les couples à s'enlacer sur la piste de danse. La voix de Martin est veloutée. Ses accords de gratte lorgnent vers BB King, pendant que les Little Big Horns restent à l'affût. "Jumpy legs" marque le retour de la slide. Et tout comme sur "Headspace", elle égrène des notes délicates et parcimonieuses. Martin a fait le plein de swing. Il impose un rythme échevelé à "Zombie attack". Sa dextérité sur les cordes est dingue. Notre leader au crâne rasé siège derrière le piano pour introduire et chanter le ludique "She's a He". Pas de temps mort. Il embraie par "I want that girl", sur un tempo R&B que Ray Charles aurait certainement apprécié. Eddie et Ellis signent l'instrumental "Funky One Too", au cours duquel il permet au souffleur noir de s’éclater. C’est au sein d’un climat Chicago Southside que Martin nous quitte. Il chante le lent et torride "Second chance romance" et sa slide s’y révèle royale…

 

mercredi, 07 novembre 2012 12:41

Now here this

McLaughlin est un vétéran de la scène jazz rock. Il a en effet fêté ses 70 balais, au tout début de cette année. Britannique, il a opéré ses débuts dans les milieux du blues insulaire ; et en particulier au sein du backing group de Duffy Power et chez le Graham Bond Organization. Il sympathise avec le bassiste Jack Bruce et participe à la confection de son "Things we like", en 68. Il publie sa première œuvre "Extrapolation", en 1969, en compagnie du saxophoniste John Surman. Il émigre aux Etats-Unis en 1969, pour rejoindre le Lifetime de Tony Williams. Il y devient assez rapidement un des piliers du jazz rock en herbe, et participe aux sessions d’enregistrement du classique de Miles Davis, "Bitches Brew". Il forme enfin, début des 70’s, le Mahavishnu Orchestra, avec Jerry Goodman et Billy Cobham. Le second chapitre de cette aventure impliquera notamment Jean-Luc Ponty et Narada Michael Walden. En 1975, il se plonge dans l’étude de la musique indienne à travers le groupe Shakti. Par la suite, il continuera à tenter de nouvelles expérimentations ; et en particulier en compagnie des guitaristes Al DiMeola et Paco de Lucia.

John McLaughlin signe les huit plages. Il est épaulé par Gary Husband (piano, synthés, drums), l’Indien Ranjit Barot (drums) et le Français originaire du Cameroun, Etienne M'Bappe (basse)

"Now here this" constitue le second opus de 4th Dimension. Il fait suite à "To the one", paru en 2010. Les compos sont complexes. Techniquement, John est demeuré un véritable virtuose. La rythmique est solide. Elle constitue l’assise qui permet aux solistes de se libérer.

"Trancefusion" ouvre l’elpee. Soutenu par le clavier de Gary, McLaughlin est parfaitement maître de son sujet. Tous les instrumentistes se fondent dans l’ensemble. Une compo qui se fond dans "Riff Raff". La rythmique est dense et nerveuse. Les interventions de John, à la six cordes, sont propulsées à une vitesse vertigineuse. La suite de l’elpee se révèle plus cool. Ainsi "Echos from then" est propice à la relaxation. Dans le même esprit "Wonderfall" baigne dans un climat paisible, atmosphérique, décontracté. Le clavier injecte énormément de sensibilité à cette plage particulièrement efficace. A contrario de "Call and answer", une piste de jazz rock bien trop nombriliste. "Not here not there" nous plonge dans une forme d’ambient esthétique, une très belle plage balisée par Husband. John brille sur ses cordes tout au long de "Guitar love". "Take it or leave it" clôt l’elpee. Un morceau un peu trop funky à mon goût (NDR : cette basse constamment jouée en ‘slapping’ !)

 

jeudi, 01 novembre 2012 11:30

Cruel sunrise

Chanteur/compositeur/guitariste californien, Rick Holmstrom est âgé de 47 ans. Il a forgé son expérience en côtoyant quelques grands noms du blues. Notamment le regretté harmoniciste William Clarke, décédé en 1995, ainsi que le vétéran Johnny Dyer. Il a également milité chez les Mighty Flyers, le band d'un autre prestigieux souffleur de la West Coast, Rod Piazza. En 2012, il tourne comme guitariste au sein du backing band de Mavis Staples. Ce brillant instrumentiste avait publié son premier opus solo, en 1996. Intitulé "Look out!", ce disque était paru sur le défunt label né-orléanais Black Top! Entre 2000 et 2006, il va également graver trois autres long playings sur une autre écurie disparue, Tone Cool. En 2007, il passe chez MC, et y signe "Late in the night". Et pour être complet, il a encore sorti "Twist-O-Lettz", en 2010, sur Mocombo, mais sous la formule d’un trio, en compagnie de John ‘Juke’ Logan et Stephen Hodges.

Ce nouvel essai a été concocté au sein du Sound Factory de Hollywood, un disque pour lequel il a reçu le concours de ses fidèles amis, en l’occurrence le batteur Stephen Hodges et Jeff Turmes, préposé à la basse, la slide, au saxophone et aux chœurs.

"Need to dream" ouvre la plaque. Une piste percutante. Un rock classieux, franc et direct. La mise en forme est parfaite. Les trois instruments sont bien en place. Les voix de Rick et Jeff se conjuguent en harmonies beatlenesques sur le refrain. Un refrain contagieux qu’on se surprend à fredonner en leur compagnie. Ce ‘besoin de rêver’ est chargé de promesses. "Cruel sunrise" nous entraîne au cœur des bayous louisianais. Un rock intense aux accents bluesy, digne de la quintessence du mythique Creedence Clearwater Revival. Une excellente piste, au cours de laquelle le refrain est appuyé par le saxophone baryton de Turmes, alors que la guitare s’autorise un envol brillant. Tout en reverb’, le son des cordes est une des marques de fabrique du style Holmstrom. A l’instar de l’intro d’"Owe you everything", une plage au cours de laquelle il partage le chant avec Mavis Staples, une vocaliste que Rick a longtemps suivi sur la route. Et les interventions vocales sont à la fois riches et subtiles. "You drive 'em crazy" est une ballade douce, langoureuse, mais dépouillée. Les cordes sont aussi limpides que chez Neil Young. Pas de temps mort entre les morceaux. Ni de compo faible. Les musicos rivalisent de dextérité. L’esthétisme est omniprésent. La sortie de cordes concédée sur "It's time I lose" est bouleversante. "Creepin' in" lorgne de nouveau vers John Fogerty. "I'll hold you close" baigne dans un océan de mélancolie. La guitare est souveraine tout au long de "Lord please", un titre caractérisé par sa densité rythmique. La voix illumine "I'm not afraid", une chanson à l’atmosphère pop rock.

Cet opus est également sorti en "Deluxe edition", une édition limitée incluant un CD bonus, sur lequel figurent douze plages instrumentales. Le climat y est davantage jazzyfiant. Mais un jazz contemporain qui met en exergue le saxophone et la basse de Jeff Turnes, ainsi que les percus de Stephen. Le blues y est quand même bien présent. A l’instar de "I'm so lonesome I could cry"…

 

jeudi, 01 novembre 2012 11:27

Brothers in Bamako

Eric Bibb a de qui tenir. Son père, Leon, âgé aujourd’hui de 90 balais, était folk singer. Jouissant aujourd’hui d’une solide réputation, Eric est également chanteur, mais aussi guitariste. Sa carrière est conséquente. Et pour cause, il a publié 33 albums studio, sans compter ses projets parallèles, compiles, etc. Son dernier opus solo, "Deeper in the well", est paru cette année.

Habib Koité est malien. Egalement vocaliste et gratteur, il est cependant est né à Thiès, au Sénégal. En 1958. A cette époque, son père travaillait à l'élaboration de la ligne ferroviaire Bamako/Dakar. Après y avoir vécue 6 mois, sa famille est rentrée à Kayes, au Mali. Habib a accompli ses études à l'Institut National des Arts de Bamako. Il devient ensuite professeur de guitare. En 1988, il fonde son groupe Bamada. Le premier album "Muso Ko" paraît en 1995, suivi de "Ma Ya" en 98. Aujourd’hui, il est considéré comme un griot moderne.

C'est en 1999 qu'Habib et Eric se rencontrent et décident de s’intéresser aux affinités entre le blues et la musique malienne. Depuis, Habib se rend souvent aux USA où il s'est fait de nombreux amis comme Bonnie Raitt ou Jackson Browne.

Hormis une reprise, Habib et Eric signent 12 des 13 plages de cette collection, ensemble ou séparément. L'enregistrement a été réalisé à Bamako, en janvier 2012. Le duo y a reçu le concours du percussionniste, Mamadou Kone.

Dès le début de l’elpee, la paire balise le parcours. Eric chante "On my way to Bamako", une de ses propres compos. Les tonalités de la guitare sont bien africaines. Elles évoquent son premier trip en Afrique Occidentale, lorsqu’il avait retrouvé son ami Habib. Ce dernier lui répond aussitôt par son "L.A". Soit son arrivée à Los Angeles arrosée par quelques verres de téquila. Il y avoue d’ailleurs, ‘Tequila makes me happy’. Le rythme s’élève. Les sonorités de cordes sont d’une grande pureté. La musique est simple, allègre, chaleureuse. Naturelle et rafraîchissante, aussi. Les deux artistes sont complémentaires et nous gratifient de répliques tant vocales qu’instrumentales. ‘Réfléchir en solitaire donne longue vie à la pensée’, est une valeur qu’ils partagent sur "Toumani Kelen". Ils se dirigent vers Tombouctou, guidés par les étoiles, sur la mer de sable, au sein d'une caravane qui les amène jusqu’au Puits de l'Espoir. "We don't care". Autrement dit ‘On ne s'en soucie pas’ ou plus banalement encore ‘On s'en fout’. Un cri du cœur : le monde moderne c'est bien, tout comme l'or, les voyages de luxe, le fast food, surtout quand on ne se soucie pas de la vérité sous-jacente. Mais ces réflexions profondes sont dispensées à travers la douceur et la lumière de la musique. Issue de la plume de Koité, "Nani Le" est une très jolie ballade instrumentale, une plage très proche de l’atmosphère du blues. Habib saisit son banjo à six cordes ; et tel un griot, pousse son cri de colère suite à la mort d'un enfant, victime d’une circoncision. La sensibilité de Koité est à son paroxysme sur "Foro Bana", un afro-blues dépouillé pour cette demande en mariage! Après avoir concédé un nouvel interlude instrumental, à la gloire de la déesse de l’eau ("Mami Wata"), le tandem s’attaque à la seule reprise de l’elpee. En l’occurrence une compo notoire issue du répertoire de Bob Dylan, "Blowin' in the wind". Eric est aux vocaux. Il est épaulé par le Finlandais Olli Haavisto, à la pedal steel. Plein de charme, cet opus s’achève par "Goin' down the road feelin' bad", un traditionnel sculpté par des cordes particulièrement subtiles…

Le duo se produira au Centre Culturel d'Auderghem de Bruxelles, ce 20 novembre 2012.

http://www.ticketnet.be/fr/manifestation/idmanif/7314/idtier/289298

 

jeudi, 01 novembre 2012 11:25

It ain't easy

Le line up de base de ce band repose sur un trio. Soit le chanteur/harmoniciste Corey Lueck, le guitariste Mike Stubbs et le percussionniste Steve Shermann. Ils sont épaulés par Gordon Aeichele, qui double à la basse et au saxophone. Suivant les sessions et les concerts, le combo reçoit le concours d’autres musicos. La formation est née en 1997. Elle est originaire de Hamilton, une grande ville de l'Ontario, au Canada, pas bien loin des chutes du Niagara. Sa discographie n’est pas très claire. Il semble que le groupe ait enregistré trois elpees (NDR : sur un label obscur) avant de graver "The Smoke Wagon Blues Band and Friends", opus pour lequel il avait reçu le concours de la crème des musiciens canadiens. C’était en 2006. Avant de publier cet "It ain't easy".

Dès l’ouverture, le rythme est excitant. "Devil got my woman" démontre que Corey possède une bonne voix. Très expressive aussi. La rythmique de Mike est bien nerveuse avant de prendre déjà un premier envol. Gordon saisit son sax ténor et embraie. Corey souffle dans son harmonica pour introduire "Hold on to you". Le tempo est indolent. Piano et cordes soutiennent la voix de Lueck, alors réminiscente de Joe Cocker. Mais dès "Josephine", elle retrouve son timbre naturel pour affronter les instruments des musicos décontractés ; c’est-à-dire le dobro de Stubbs, le piano de Jesse O'Brien et les cuivres du Kingston St Quartet. L'ambiance est excellente. Autre blues cool, "Hen house hopping" baigne au cœur d’un climat feutré. Au sein de l’instrumentation acoustique, émerge le dobro de Mike. Une atmosphère que l'on retrouve sur "It ain't easy". Cuivré, "Down hearted blues" est un blues lent classique de toute bonne facture. Le climat devient humide sur "That voodoo". Nous traversons les marais louisianais. La bande sonore est chargée de réverb’… Surprise, Corey est rejoint au chant par Robin Banks, autrefois établie à Dallas, au Texas. Il en profite pour signer sa meilleure sortie sur l'harmonica. Miss Robin se réserve encore les vocaux sur un autre blues intitulé "Where Did I do wrong". La voix de Corey est éraillée, âpre, rugueuse, tout au long de "Tongue tied". Son emprise y est incontestable. Une piste imprimée sur un mid tempo et pimentée par les interventions aux ivoires d’'O'Brien et de Gordon au saxophone. Caressante, la voix devient même envoûtante tout au long de "Damaged time", un blues très proche de Memphis hanté par l'orgue de Nick Succi et le piano de Scott Pritchard. C'est lorsqu'il chante les plages les plus lentes que la voix de Lueck se révèle la plus expressive. A l’instar d’"Ain't no use". Ou encore de "Some other fool", piste au cours de laquelle sa sensibilité est exacerbée. De bonne facture, cet opus s’achève par "Drink by the sink", une piste propice à la bonne humeur. Corey y chante à travers son micro astatique devant le dobro, et distribue quelques petits coups de griffe à l’aide de son harmonica… 

 

jeudi, 01 novembre 2012 11:23

Candy store kid

Issu de Memphis, Jim Dickinson est un producteur notoire. Il a notamment bossé pour Ry Cooder, Bob Dylan et Rolling Stones, excusez du peu ! Ses deux fils, Cody et Luther, sont également devenus célèbres. Ils militent chez les North Mississippi All Stars depuis le début de l’aventure de ce groupe, soit en 1996. Ils sont originaires d’Hernando, un patelin sis quelque part dans les collines du Nord du Mississippi. Et si Cody sévit également au sein de Hill Country Revue, Luther double comme gratteur chez les Black Crowes.

Garry Burnside est le neveu du regretté R.L Burnside, le mythique bluesman (NDR : on est toujours dans le Mississippi) considéré comme l'âme du label Fat Possum. Cedric Burnside, le petit-fils de R.L s'est illustré dernièrement, notamment en compagnie de Lightnin' Malcolm. Ensemble, ils ont publié un excellent opus pour Delta Groove, en 2009, "The two men wrecking crew"

Si Alvin Youngblood Hart est né à Oakland, en Californie, il a passé beaucoup de temps dans l'état du Mississippi, c’est-à-dire le plus près possible des racines du blues!

Ian Siegal est un des meilleurs bluesmen anglais. Il s’était mis en tête de réunir tout ce beau monde pour enregistrer un album. Et il est parvenu à ses fins. Il s’est donc rendu à Memphis pour y mettre en boîte sa dernière œuvre, soutenu par toute cette équipe, baptisée pour la circonstance, The Mississippi Mudbloods. Et c’est Cody Dickison qui s’est chargé de la mise en forme, tout comme pour l’elpee précédent "Swaggy" ; ce dernier avait cependant été enregistré à Coldwater, encore et toujours dans le Mississippi!

Ian ouvre l’elpee par le "Bayou country" de Duke Bardwell et Doug Veitsch, une compo écrite il y a bien longtemps, lorsqu’ils accompagnaient Tom Rush. Les interventions de gratte dispensées par Luther Dickinson sont excellentes, mais acides. La lead vocal est enveloppé par un chœur féminin opulent. "Loose cannon" pénètre dans un univers poisseux. Celui des terres ancestrales du Mississippi. Ian chante de son timbre quelque peu ravagé, talonné par les cordes de Youngblood Hart. Embarquement immédiat ! Nous empruntons le chemin de fer. "I am the train" est imprimé sur le rythme endiablé des fûts martelés par Cody, pendant que Hart s'acharne sur son bottleneck. Lightnin' Malcolm se joint à Ian pour chanter son "So much trouble". Un hillbilly blues qui fleure bon les collines du Nord Mississippi, un parfum épicé par des guitares torturées et le sitar de Luther. "Kingfish" nous plonge au cœur du delta. Naturel, le chant est soutenu par des guitares parfaitement en symbiose. Authentique, cette musique suit les traces laissées par Charlie Patton, Son House et Robert Johnson. Particulièrement grave et autoritaire, la voix s’installe en avant-plan tout au long de "The fear". Un sentiment de peur causé par la rythmique menaçante et hypnotique nous envahit, tout au long de cette remarquable composition. La rythmique de Cody entre en transe sur "Earlie Grace jnr", alors que la slide s'enroule autour de la voix possédée de Siegal. Texan, H B Barnum est pianiste. Ce vétéran est un excellent arrangeur. "Green power" est une chanson issue de sa plume. Caractérisée par la voix sauvage, cette plage fait instantanément mouche.  "Strong woman" trempe dans le Delta blues. Un morceau bien rythmé, au cours duquel Cedric donne la réplique vocale, alors que les cordes du maître restent bien en évidence. Nous nous approchons des marais étouffants du Sud. Le tempo commence à paresser et les vocaux se décontractent. Un sentiment de mélancolie et de langueur nous envahit tout au long de "Rodeo", un petit joyau dans le style, que Cody colore à l'orgue pour renforcer davantage cette douceur retrouvée. D’excellente facture, cet opus s’achève par "Hard pressed", une compo légèrement funkysante (cette rythmique !), balayée d’interventions à la slide vivifiantes, mais dont la voix rocailleuse émerge assez facilement de l’ensemble.

 

jeudi, 25 octobre 2012 12:25

Ndoni

Roland Tchakounte est né au Cameroun. Il a chopé le virus de la musique dès son plus jeune âge. Il s’intéresse d’abord au percus, puis à la guitare, et enfin au piano ainsi qu’à l'harmonica. C'est à l'écoute de John Lee Hooker qu'il s’est converti au blues, tout en conservant ses racines africaines. A ses débuts, il chantait dans son dialecte maternel, le bamiléké. Il publie son premier elpee en 1999, "Bred bouh shuga blues". En 2005, il grave "Abango", flanqué de Mick Ravassat. Un album acoustique qui lui ouvre les portes des States et du Canada! En 2006, le line up s’enrichit d’un percussionniste, Mathias Bernheim. Il embraie par "Waka" en 2008, puis "Blues Menessen", deux ans plus tard. Depuis, il écume les scènes de tous les Continents, pour y partager sa musique qu'il qualifie de ‘mélodie sauvage’.

Roland avoue pour références majeures, John Lee Hooker, Ali Farka Touré, Robert Johnson et Son House. Outre le guitariste Mick Ravassat et le percussionniste Mathias Bernheim, il est également épaulé aujourd’hui par le bassiste Laurent Legall.

L’elpee s’ouvre par "Fang am", un excellent blues amplifié sans excès, souligné par l'orgue Hammond de Renaud Cugny. Morceau acoustique, "Kemen" est dominé par la voix grave de Roland. Il l’interprète dans son dialecte ; ce qui ne nous permet pas de comprendre son message qui émane des hauts plateaux du Cameroun. Superbe blues, "Farafina" est empreint d’une émotion délicate ; une plage au cours de laquelle il partage le chant avec la voix féminine de Tatoumata Diawara, face à l'harmonica puissant de Christophe Dupeu et la guitare très présente de Ravassat. "Bouden ndjabou" est une piste à la mélodie séduisante. Piano et guitare rivalisent de subtilité. Condensé de douceur, "Mbak Tchann yogsou kidi" campe un blues rock discrètement boogie. Les cordes de Mick puisent leur inspiration chez Clapton. Les interventions à l'orgue Hammond de Cugny son chaleureuses. Et "Adendja" adopte un même profil. Blues lent, "Smile" nous conduit au bord du désespoir. Roland y concède quelques mots en français : ‘La vie est un combat’ ! Et dans la foulée, il suscite larmes et soupirs, tout au long de "Lana", une compo acoustique tout autant déchirante. Musicalement, Tchakounte me fait parfois penser à Mark Knopfler. Ou plus exactement au Dire Straits des débuts. C’est manifeste sur "Chuboula", mais également tout au long de l'évocateur "If you try black woman", piste illuminée par les interventions bouleversantes dispensées par la guitare de Ravassat. L'harmonica de Christophe ouvre "Me den mbwoga", un Chicago blues classique imprimé sur un mid tempo. De toute bonne facture, cet album s’achève par "Anetchana". La slide est tourmentée. La magie camerounaise opère une dernière fois…

 

jeudi, 25 octobre 2012 12:23

Delta time

Dans le milieu du blues et de la roots music, Hans Theesink compte déjà une bien longue carrière. Hans est né à Enschede, aux Pays-Bas, en 1948. Mais il y belle lurette qu’il réside à Vienne ; en fait depuis qu’il a épousé sa manager. Ses premiers enregistrements remontent aux 70’s, et on lui attribue plus de vingt albums personnels.

Terry Evans est un chanteur noir. Il est originaire de Vicksburg, dans le Mississippi. Il est surtout connu pour avoir chanté en compagnie de Bobby King ; et ce duo a souvent soutenu Ry Cooder. Terry est également un chanteur de studio très apprécié et sollicité. Il a, en outre, commis quelques excellent elpees de blues, parus chez Telarc, Audioquest et Virgin. La paire Theesink/Evans avait déjà gravé un long playing en 2008, "Visions".

"Delta Time" plante parfaitement le décor. Les cordes acoustiques nous entraînent au cœur du Delta du Mississippi. Hans est aux vocaux. La réplique est accordée par un canon de trois voix impliquant Evans, Arnold McCuller et Willie Greene Jr. "Blues stay away from me" est une compo signée par les frères Delmore, un tandem de country/blues qui a marqué les années 30. La nouvelle version est somptueuse et fragile à la fois. Le baryton de Hans et le ténor de Terry font merveille, sur fond de cordes tapissées par Ry Cooder! La cover du "It hurts me too" de Tampa Red est un classique du blues. Guitare et mandoline soulignent les voix empreintes d’émotion de notre duo. La slide électrique de Ry Cooder opère un retour magique sur le "How come people act like that" de Bobby Charles, un chanteur louisianais canadien. Un bottleneck glisse sur les cordes tout au long du "Down in Mississippi" de J.B Lenoir. La voix de Terry y est envoûtante. Lorsque celles d’Evans, McCullum et Greene se conjuguent, c’est un véritable régal pour les oreilles. On entre même dans le gospel sur "Build myself a home" ainsi que "Heaven's airplane", et le spiritual sur "Shelter from the storm", une plage marquée par une dernière apparition de Ry Cooder. Le duo propose aussi sa version du traditionnel "Pouring water on a drowning man", une compo notamment reprise, et à des époques différentes, par Little Milton, Otis Clay, Percy Sledge, Darrell Nulisch et Elvis Costello. Le "Honest I do" de Jimmy Reed est une autre cover à épingler. La finale est longue. Elle s’étale sur plus de 10’. Une piste intitulée "Mississippi" qui évolue dans un registre nonchalant et intimiste proche de Tony Joe White. Pendant que Hans souffle dans l'harmonica, les trois chanteurs noirs lient intimement leurs voix, prolongeant notre périple dans le Delta, tout en se remémorant tous les bluesmen célèbres, nés sur cette terre sacrée.

 

jeudi, 25 octobre 2012 12:18

25 years of rock’n’roll

Les Bopcats sont issus de Richmond en Virginie. Il y a plus de trente années que ce groupe de rockabilly écume les bars de la côte Est des USA. Leurs premiers enregistrements datent de 1984. Il s’agit de vinyles. Mais également de ‘démo tapes’ et de cassettes. La formation est toujours active et continue de se produire en live. Sous la forme d’un trio. Réunissant le guitariste Linda Fralin, le drummer Paul Hammond et le contrebassiste Steve Hudging. Ils se partagent les vocaux. Leurs idoles ? Sans surprise, elles répondent au nom d’Elvis Presley, Eddie Cochran, de Chuck Berry, Jerry Lee Lewis et autres rockers de la grande époque!

Cette collection retrace 25 années de carrière, à travers onze compositions originales et six reprises. Les Bopcats nous replongent au cœur des 50’s, période qui a vu éclater ce style toujours au goût du jour, le rock'n'roll ! Au cours des premières années, Gary Fralin, le frère de Lindy était préposé au piano. Un instrument qui apportait une plus grande diversité aux morceaux, et surtout cette couleur ‘Jerry Lee Lewis’ à l'ensemble.

"Don't want to be alone" ouvre les hostilités. Le tempo est vif. Le son impeccable et en particulier les sonorités des guitares. Une ouverture souveraine. "Dark train" maintient le rythme, toujours soutenu par les interventions échevelées de Gary au piano. Le Néo-orléanais Dave Bartholomew signe "Who drank my beer", une plage au climat bien plus blues et R&B. Le quartet est ici rejoint par un autre frère Fralin, John. Il se débrouille également très bien aux ivoires et incite Lindy à prendre un envol sur les cordes, dans un style jump d’excellente facture. Blues enlevé, "Broke down" est contaminé par le country rock. A cause de la pedal steel de Lindy qui alimente la piste. Ce dernier est épaulé par John ‘Sparkly’ Otte qui double au chant et au sax ténor sur "All I need", tout en célébrant un retour au rock'n'roll. Brad Tucker est passé à la basse acoustique sur le rockabilly "Wheels of mine", un titre chanté par les frangins Fralin. Trois reprises sont absolument superbes. Tout d’abord le "Red Cadillac" de Robert Gordon. Ensuite le "Ventilator blues" des Rolling Stones, un cover qui adopte un tempo plus cool. L’intensité du blues dispensée par Fralin nous entraîne dans une atmosphère digne de Howlin' Wolf. Et enfin, sans surprise, le "Marie Marie" de Dave Alvin. A cet instant, on ne peut que penser aux Blasters, passés eux, à la postérité. Caractérisé par son riff très ‘stonien’, "Sweet thing" se distingue également par le piano barrelhouse de Gary, une compo renforcée pour la circonstance par les saxophones et les vocaux. "Life of crime" baigne également dans un même climat. Gary s’y réserve l'orgue. Manifestement, la musique des Bopcats était en pleine phase d’évolution. Remarquable titre aux accès de guitare réverbérés, "Jenny Jenny" lorgne vers les Paladins. Jusqu'au terme de l’opus, les Bopcats jurent fidélité au rock'n'roll. A l’instar de l’adaptation du "Get rhythm" de Johnny Cash et d’"On a roll". Parfois, cette formation me rappelle les Flamin' Groovies, un band que j'ai toujours adoré! Et ne vous trompez pas de Bopcats ! Pourquoi ? Dans l’univers du rockabilly, c’est un patronyme courant. Il en existe d’ailleurs un spécimen en Finlande, aux Pays-Bas, au Canada et même dans l’Oklahoma…

 

jeudi, 25 octobre 2012 12:06

Crossing the line

En Irlande du Nord, Rory Gallagher et Gary Moore sont de véritables symboles du blues rock énergique. Agé de 33 balais, Simon McBride est originaire de Belfast. Producteur, compositeur, guitariste, il est également chanteur. Gallagher n'est pas vraiment sa référence. Rory était intrinsèquement bien plus blues. Par contre, McBride peut revendiquer la succession de Gary Moore. De toute évidence, il relève de la face la plus rock du blues. Ses débuts, il les a d’ailleurs accomplis au sein de Sweet Savage, un groupe de métal ! Son talent est enfin reconnu en 2008, lors de la sortie de sa première production personnelle, "Rich man falling", un elpee déjà publié chez Nugene. Il embraie par "Since then" en 2010 et "Nine lives" en 2011, deux opus qui allaient confirmer la naissance d'une nouvelle étoile.

Le disque s’ouvre par "Lead us away". On pense immédiatement à Free, un groupe que Simon apprécie beaucoup. Même sa voix évoque leur chanteur, Paul Rodgers. Tout comme sur la cover du "Go down gamblin'" de David Clayton-Thomas. Dynamique, cette compo ouvrait le 4ème elpee de Blood Sweat & Tears, un long playing paru en 1971. "No room to breathe" est un premier sommet de l’opus. Cette compo baigne parfaitement dans le style de McBride. Le tempo est lent. Autoritaire et majestueuse, la voix est contrebalancée par la réplique féminine de Mia Simone. L’intro de "Don't be a fool" est imprimée sur un tempo saignant. Simon s’y multiplie. Tout d’abord à l'orgue Hammond. Enfin on suppose. Dans un registre réminiscent de Deep Purple voire de Whitesnake. Pensez à Jon Lord. Puis à la slide. A la manière de Mick Moody. Il est vraiment dans son trip, lorsqu’il attaque le blues lent aux accents dramatiques. A l’instar de "Starve this fever", une piste digne du jeune étasunien Joe Bonamassa ; cependant, il ne se contente pas de parodier le natif d’Utica. Il brille tant au chant qu’aux cordes. Elles vibrent. Leur intensité est maximale. McBride est agité par une passion trépidante. Pop/rock/blues, "Alcatraz" est soutenu par un riff solide. Les cuivres sont bien présents ; et on assiste, en même temps, au retour de Mia Simone aux chœurs. Le tout est raffiné par le travail de production. Jackie McAuley est un autre gratteur issu du Nord de l’Irlande que j’apprécie beaucoup. Il a milité auprès de Van Morrison, chez Them, et un peu plus tard, soit au milieu des sixties, au sein des Belfast Gypsies. Par la suite, il s’est converti au folk, avant de s’investir dans le rock celtique à travers Poormouth. Sixcordiste extraordinaire, il est injustement méconnu du grand public. McBride me fait furieusement penser à McAuley tout au long du superbe "One more try". Un nouveau point culminant de l’elpee. Simon chante passionnément "A rock and a storm", en s’accompagnant uniquement d’une gratte sèche. Il se réincarne en Jimmy Page lors de l'intro de "Heartbreaker" ; même si au chant il demeure le disciple de Paul Rodgers. Simon adapte "Home to me", une plage particulièrement mélodieuse signée par son jeune compatriote Gareth Dunlop. L’opus s’achève par une reprise puissante et magistrale de "Down the wire", une piste qui figurait sur "Since then", long playing gravé en 2010. Excellent!

 

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