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Reset Festival : vendredi 30 mars

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RESET, c’est revenir sur ses pas. Signer un nouveau départ. Voilà trois ans qu’à l’exception de quelque Sonic Youth et autres, la programmation des Halles de Schaerbeek laisse perplexe. Récemment passée dans les mains de Marc Jacobs (Recyclart), la renaissance est espérée pour ce printemps 2007. Pas étonnant de trouver ainsi à l’affiche du RESET Festival, une programmation percutante, à l’image de la métamorphose tant attendue.

La salle s’emplit rapidement, malgré les débuts hésitants et chaotiques de The Eternals, dont la molle performance disco-punk fait regretter la fraîcheur et l’efficacité du disque ; regards sceptiques et déçus sont échangés, avec plus ou moins de discrétion chez ceux qui huent sans réserve une prestation ne décollant guère.

Encore à froid, l’entrée gargantuesque de Detroit Grand Pubahs tombe comme un cheveu dans la soupe. L’allure bûcheronne de « Paris The Black Fu » et l’imprévisible bouillonnement de funk, techno, cabaret et dark dancefloor fait sourire. Musique hybride déversée sans complexe par quatre énergumènes en perruque ou masqués. Les réserves tombent, on rit sous cape. L’effort de mise en scène est apprécié ; mais, l’effet de surprise dépassé, l’assemblage difforme n’augure rien de bien convainquant. Las, on aspire à un son plus entier, engagé dans des formes obtuses et entêtées plutôt qu’éclectiques et essayistes.

Le Dieu rockeur a entendu nos prières ; l’entrée de Dj Rob Hall canalise d’emblée les énergies dispersées, et quelques beats simples et efficaces suffisent à l’engouement. C’est puissant, inattendu de la part d’un nom discret et feutré, souvent aperçu en tournée à l’ombre d’Autechre –en compagnie duquel il a par ailleurs fondé le label ‘Skam’. Rob Hall, en DJ old-school et acid, fait évoluer sans heurts un set volontaire et charismatique. Impossible de résister à ces beats bruts et dansants ; et la moitié de Skam démontre qu’il peut aussi exceller dans la promotion d’une électronique basique exempte de tortueuses bizarreries.

Parfaite dépense d’énergie pour accueillir, temporairement exténués, l’électronica déconstruite d’Autechre (Warp). La salle est à fleur de peau, les yeux brillants et toute en sueur ; il en faut peu pour tomber dans la jouissance lorsque s’élève une première nappe délicieusement psychédélique. Beaucoup sont venus avant tout pour plonger dans cette étrange expérience musicale toujours en quête du décalage, de l'accident, du choc sonore saisi au creux d’un savant calcul mathématique. Plus conciliant que d’habitude, c’est, à l’exception de quelques reliefs ingrats, un set accessible même pour les néophytes ; presque fluide, et en tout cas dansant. Inattendu de la part d’un groupe pour qui les prestations live ne sont pas toujours l’idéale mise en valeur d’un son déconstruit. Si Autechre est passé maître dans l’art de s’échapper à mille lieues de l’album pour un live imprévisible -parfois difficile à pénétrer-, la formation a néanmoins réussi la gageure de captiver sans jamais s’enraciner. Ultra expérimentale, cette électro en mode free-jazz nous offre un moment hors du temps, nichée au creux de ces aléatoires sonores, tantôt indigestes tantôt transcendés de crescendos jouissifs. Jamais indemnes, les fans tombent, en transe, dans une nouvelle addiction.

Après telle émotion, l’ambiance ne peut en aucun cas retomber, et, aussi instantanément que s’évanouit l’univers tortueux et fascinant d’Autechre, on perçoit les premiers beats du brillant James Holden. Véritable génie, inclassable, avant-gardiste, le jeune Anglais n’hésite pas à rapprocher acid house, techno, trance et électro. Reconnu pour ses nombreuses collaborations, en signant notamment sur son propre label (Border Community) les Nathan Fake, Petter, The MFA et Lazy fat people, il se pose en figure incontournable pour un festival électro qui se veut varié, prometteur et explosif. James Holden étonne par ses beats inattendus, mais toujours sophistiqués et livrés avec franchise. On savoure tant les morceaux glissant directement vers le dance-floor, que les plus introspectifs dans la lignée de Boards of Canada. Oui, l’électro expérimentale fait encore danser.

Le set s’achève sur une poussée d’adrénaline, et, sans avoir le temps de figer son enthousiasme, Dj Darko –renommé pour ses Statik Dancing au Recyclart– lance un set rapidement sur les rails, malgré un public qui s’effiloche. Pas de regrets, et l’envie d’appuyer à nouveau sur la touche RESET. Rendez-vous à la seconde édition, prévue fin avril.

Organisation : Vaartkapoen Bruxelles en collaboration avec les Halles de Schaarbeek

 

 

Les Nuits Botanique : vendredi 4 mai 2007

Durant ces Nuits du Botanique, certains choix étaient draconiens comme celui de ce vendredi 4 mai. Il fallait en effet choisir entre les stars montantes Cold War Kids, qui avaient mis le feu quelques mois plus tôt à l’AB en première partie de Clap Your Hands Say Yeah (volant même un peu la vedette à ces derniers), et soirée 100% chanson française au Cirque Royal. Finalement c’est pour ce deuxième choix que j’ai opté. Impossible de se tromper de salle, le public est bel et bien typique à l’entrée : plutôt BCBG, jeune et branché. On y croise même certains artistes (Jeff Bodart entre autres).

Vers 20h, Jacques Duvall entre en scène. Plus connu comme parolier (il est l’auteur du tube « Banana Split », immortalisé par Lio et collabore à l’écriture de chansons pour Marc Lavoine, Alain Chamfort ou encore Jane Birkin) que comme chanteur, il célèbre son retour, après 15 ans d’absence… Soutenu par un bon band, impliquant notamment le leader de Miam Monster Miam à la guitare, Duvall balance tant bien que mal ses textes. Il est en effet contraint de faire usage d’un pupitre pour lire ses paroles, et ne s’en cache pas. Il en profite pour remercier les organisateurs pour sa qualité. Les ballades et l’humour au second degré trahissent toutefois une sensibilité bien belge. Mais elle n’est pas du tout désagréable à partager, même si certains textes prêtent à sourire (comme celui consacré à Jean-Claude Van Damme).

Autre artiste, autre style. Valérie Leulliot s’est lancée dans une expérience solo, après avoir vécu une belle aventure au sein d’Autour de Lucie. Elle interprète quelques titres intimistes en s’accompagnant au clavier et tourne presque le dos à la foule. Puis la svelte blonde réveille son public en l’entraîne au cœur de ballades plus folk, dynamisées par ses nouveaux musiciens. Certains titres nous replongent bien sûr dans l’univers d’Autour de Lucie mais nous rappellent aussi Karine Clercq, même si Valérie Leulliot est bien moins jolie que notre Karine nationale, il faut bien l’avouer…

Quelques bons verres consommés au bar plus tard, sur le coup de 22 heures, la foule s’anime. On attend le Breton. Dès l’entame de « La facture d’électricité », le public s’enthousiasme. Bon nombre de jeunes se lèvent et s’empressent de trouver un coin standing, sur les côtés du parterre central, pour pousser un petit pas de danse. Christophe Miossec éprouve cependant des difficultés à trouver sa voix, et plusieurs titres lui sont nécessaires avant qu’il ne puisse la maîtriser. Franchement, j’avoue éprouver toutes les peines à entrer vraiment dans ce concert. Et à l’instar de nombreux autres fans de ses débuts, je pense qu’après la magie du premier album et des premiers concerts, sa situation s’est dégradée. Un peu comme sa voix semble de plus en plus cassée. Cependant, si ce concert n’est pas aussi catastrophique que celui, pathétique, accordé à l’AB en 2002 ou lors du premier passage à Dour, il ne figurera certainement pas dans mes souvenirs impérissables. Seuls les musiciens du Breton donnent de l’intensité aux compos, souvent caractérisées par leur construction en crescendo. Quant au Breton lui-même, on se lasse vite de sa façon toujours identique d’empoigner son pied de micro, de se tenir penché en avant, et de dissimuler difficilement une timidité qui l’empêche de s’exprimer correctement entre les titres…

Pour les invétérés de Miossec, sachez toutefois qu’il reviendra à Bruxelles (enfin, plus exactement qu’il se produira à nouveau en Belgique, car il habite notre capitale), vers le 21 juin, dans le cadre des Fêtes de la Musique.

Miossec + Jacques Duvall + Valérie Leulliot (Cirque Royal)

S.L.

 

L’ouverture officielle a pris place le 30 avril mais ce n’est que le 4 mai qu’ont été lancées les festivités sur le site du Botanique. Lors de ce premier soir, la Rotonde accueillait Me & My Machines, un DJ set (mémorable) de CSS et la new-rave de Shy Child.

Me & My Machines, formation electro-rock signée chez Anorak Supersport, a ouvert le bal sur un set peu convaincant qui se sera d’ailleurs terminé par quelques accrocs techniques. Heureusement pour eux, il n’y avait pas grand monde pour assister à ce spectacle ( !?!?)… 

La soirée s’est enchaînée par un fameux DJ/VJ set de CSS. La formation brésilienne s’est ici limitée à deux membres : l’une des guitaristes ainsi que… le Tour Manager. La bonne blague. Quant au set, n’en parlons pas. D’un amateurisme intégral, les soi-disant DJs à la mine déconfite se sont contentés de faire tourner les disques en tentant ici et là quelques enchaînements des plus exécrables. Heureusement pour ces usurpateurs, il n’y avait pas grand-monde pour assister à ce spectacle ( !?!?!). Quand on pense qu’ils sont ensuite partis l’infliger au pauvre public de The Jai-Alai Savant, à l’AB…

Le nouvel arrivage de la scène new-rave britonne, Shy Child, a ensuite pris possession de la scène. Au grand soulagement d’un public clairsemé, le duo balança un set court mais efficace tiré essentiellement de leur album « Noise Won’t Stop » qui paraîtra fin mai. On regrettera cependant l’oubli des excellents « Technicrats » et « Break Your Neck » extraits de l’EP « One With the Sun ». Mais on ne s’en plaindra pas trop, après avoir subi les deux premières parties de la soirée. Dommage pour ces deux petits gars, il n’y avait pas grand monde pour assister à ce spectacle… Séance de rattrapage au festival de Dour cet été.

Shy Child + CSS DJ/VJ Set + Me & My Machines (Rotonde)

R.S. 

Festival Domino 2007

Coincé entre plusieurs retours et quelques instruments laissés à l’abandon par les Montréalais de Silver Mt. Zion, The Strange Death of Liberal England tente fébrilement de happer l’attention d’un public dispersé. On les comparerait déjà à GY!BE, et bien sûr la référence s’avère paresseuse : ici les guitares et même l’élan collectif (une fille, quatre types) ne pèsent pas lourd dans le calcul, il manque à ces jeunots des titres forts et de la carrure sonore.

Pour le déluge sonique tant espéré, Christian Fennesz s’occupe de tout, et tant pis s’il fait 27° sur les trottoirs du Boulevard Anspach. Bien planqué derrière sa guitare électrique et son laptop riche en textures malignes, l’Autrichien fait patiemment monter la sauce : après une demi-heure de soundscapes bourdonnants dont les effets sur le cortex valent bien une grosse bronchite, notre homme appuie sur la touche ‘stop’ et disparaît tel un spectre de notre champ de vision. Nos oreilles, elles, n’ont pas encore conscience du silence qui trop soudainement a repris l’avantage : ce barnum ambient-noise, qui s’insinue en nous tel un reptile en mue, n’a pas complètement disparu de notre environnement intime. Il y dort, s’y tapit, et resurgit parfois dans le fracas urbain de nos vies esseulées : « Endless Summer » vient d’être réédité et recèle deux tracks supplémentaires ? Nous ne sommes qu’au mois d’avril et déjà c’est l’été : décidément Fennesz est bien un artiste d’avant-garde.

Avant Constellation on ne parlait pas tellement du Canada dans l’atlas des musiques qui comptent, et encore moins de post-rock, une étiquette qu’Efrim, ce soir, piétinera avec emphase (‘Et y a ‘core des gens qui osent dire qu’on fait du post-rock !!!’). Même si Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band se compose (en gros) des mêmes zigues à la base du label et de Godspeed (Efrim donc, mais aussi Sophie, Thierry, Beckie, Ian, Jessica et Scott : évitons les noms de famille, puisque Constellation est une grande famille), il s’agit ici de faire la distinction. Silver Mt Zion est avant tout un groupe vocal, du moins depuis deux ou trois ans : choral même, incantatoire à sa manière, empruntant ses gimmicks aux chants liturgiques et à la musique klezmer. ‘Nous allons vous jouer surtout des nouveaux morceaux’, déclare d’entrée de jeu Efrim, de profil face à l’un des cinq microphones qui tracent un cercle au milieu de la scène. C’est parti pour une longue rêverie quasiment inédite, comme au Botanique il y a deux ans, dont ressortira l’immense « One Million Died To Make This Sound », la chanson, le refrain, scandé en chœur pendant de longues minutes cathartiques, au-delà de la patience de certains spectateurs (surtout un seul, interpellé d’ailleurs par le groupe lors du rappel). En guise de classiques aux envolées magiques, les fantastiques « Mountains Made of Steam » et « Take These Hands and Throw Them in the River », sans parler de ce « BlindBlindBlind » encore non disponible sur disque mais qu’on avait entendu, bouche bée, l’année dernière au Cirque Royal. ‘Imagiiiine the vuuuue…’ : une heure de pure lévitation électrique et tendue, vers un ailleurs utopique mais tellement rassurant, mélancolique et politique. Vivement l’été, le vrai, que sorte enfin ce cd live !  

Org : AB Brussel – Dominofestival

 

Les Nuits Botanique 2007 : dimanche 6 mai

Là où le bât blesse, quand on apprécie les deux albums de Jérôme Deuson alias aMute, c'est d'avoir l'impression, à chacun de ses concerts, de s'être trompé de salle. Mais où est donc passée l'élégante tension qui habite ses disques, remplacée sur scène par un magma sonique plus proche des Smashing Pumpkins période « Gish » (notre homme est fan) que de Tim Hecker ou de Intr_Version ? Epaulé en concert par le Sea Horse Band, Jérôme Deuson préfère appuyer fort sur nos certitudes rock'n'roll qu'opter pour l'émotion à fleur de peau (cette putain !) Et ce n'est ni son batteur à la poigne trop véloce ni son bassiste sans cesse tournicotant (un transfuge de Major Deluxe) qui changeront la donne : aMute en concert déçoit parce qu'il veut trop séduire, alors que sur album tout est dans le non-dit et la quiétude introspective.

S'ils sont huit sur scène, les Canadiens de Do Make Say Think se révèlent a contrario plus condensés dans leurs manies post-rock. Deux batteurs, deux trompettistes, un saxophoniste/claviériste, un guitariste, un bassiste et une violoniste : le barnum, pourtant, n'est ici pas une menace? Qu'on se le dise : après plusieurs années d'absence en nos contrées la clique de Montréal (parmi elle, des membres de Broken Social Scene) n'avait pas intérêt à décevoir ses fans. Promo oblige, le set était centré sur les compos de « You, You're a History in Rust », dernier album sorti il y a quelques semaines. Au rayon des classiques, « Horns of a Rabbit », « Classic Noodlanding » ou encore « The Landlord is Dead », bref du post-rock mâtiné de cuivres vaporeux, mais moins accidenté que celui de leurs potes de Godspeed. `J'espère qu'on est meilleurs que la dernière fois, parce qu'à l'époque on avait dû se taper 20h de voyage pour venir jusqu'ici !' Les `Ouh ouuuuh !!!' du public à chaque nouvelle embardée les auront sans aucun doute rassurés : après quasi deux heures d'un live incandescent malgré quelques temps morts, Do Make Say Think quitte la scène avec un grand sourire. Tabernac' quel panache !

G.E.

aMUTE + Do Make Say Think (Botanique)

C'est devant un Cirque Royal entièrement conquis à sa cause que Saule et les Pleureurs ont enchaîné titres intimistes et rythmés, parfois dans des versions inédites, passant du free style au reggae. Les Pleureurs, tout à tour fanfare, troupe de saltimbanques, et véritable groupe, sont décidément les compléments naturels et indispensables de Saule, qui deux ans après leur premier passage aux Nuits Botanique, y reviennent en tête d'affiche, superbement mis en valeur par le décor et les éclairages signés Dragone. Alternant intelligemment chansons lentes et enlevées, Saule a réussi son pari de faire monter l'assistance sur la scène du Cirque Royal, le temps d'une chanson.

De l'émotion, du rythme, un contact toujours sympathique avec son public : Saule, s'il parvient à poursuivre dans cette voie, risque bien de devenir une nouvelle coqueluche des scènes francophones.

 B.H.

 Saule et le Pleureurs (Cirque Royal)

 

Les Nuits Botanique 2007 : mercredi 9 mai. La Nuit Boring

Écrit par

Soirée en demi-teinte proposée ce jeudi 9 mai à l’Orangerie. Heureusement, la configuration assise de cette dernière nous aura permis de tester le confort des sièges. Des sièges presque aussi intéressants que la série de concerts accordés par Superflu, Seb Martel, The Kissaway Trail et Peter Von Poehl.

 On pourrait se forger une réputation de mauvaise langue et se contenter de dire que Superflu, c’est un peu comme Dionysos si ces derniers avaient été chiants. Mais finalement, sur la longueur, ils nous ont certainement offert le set le plus enthousiasmant et le plus charmant de la soirée. Après un départ plutôt quelconque et au fur et à mesure du set, les Français ont trouvé leurs marques pour véritablement se révéler sur le très bon « 25 ans ». Dans l’ensemble, Superflu constitue donc une formation qui gagne à être revue sur scène ; mais dans d’autres conditions.

 20 minutes plus tard, Seb Martel prend la place de Superflu. Et, à vrai dire, hormis l’ultime petite ritournelle en espagnol, seule à sortir du lot, le reste du set était carrément ‘borderline’, comme dirait l’autre. En d’autres termes, limite médiocre. Suivant…

 Que le dealer du rédacteur qui a titré sa chronique de The Kissaway Trail « Les Arcade Fire du Danemark » se fasse connaître. Je veux la même chose. Et en 10 exemplaires, siouplé ! The Kissaway Trail a beau être composé d’excellents musiciens, et le bassiste avoir un petit air de Win Butler, la formation danoise est loin d’égaler le brio des Canadiens. Sur scène, comme sur disque, The Kissaway Trail a du mal à convaincre, malgré quelques bons morceaux, ici et là…

 Enfin, place à la tête d’affiche de la soirée, Peter Von Poehl. Fort d’un excellent album (« Going To Where The Tea Trees Are ») et d’une tournée opérée en compagnie des Français de Air, le géant suédois ne s’est pas vraiment distingué. En cause, un set assez plat, entrecoupé d’interventions assez gauche du jeune homme (cette affreusement mauvaise anecdote !) Ce dernier ira même jusqu’à se lancer dans une atroce reprise de « Heartbreak Hotel », durant laquelle une petite partie du public fuira à toutes jambes. Von Poehl sauvera les meubles sur la fin de sa prestation, en enchaînant « A Broken Skeleton Key », « Going To Where The Tea Trees Are » et « Lost In Space ». Occasion rêvée de s’éclipser avant que le rappel ne vienne boucler cette soirée bien morne. On ne peut pas gagner à tous les coups...  

 
Superflu + Seb Martel + The Kissaway Trail + Peter Von Poehl 

 

 

Les Nuits Botanique 2007 : samedi 30 avril 2007.

La sonnette retentit vers 20h00 alors qu’on vient à peine de tremper nos lèvres dans un gobelet de mousse, et surprise : c’est Keren Ann qui déboule sur la scène du Cirque Royal, en robe H&M et tongs brésiliennes. A peine un ‘Bonjour’ plus tard et voilà les trois premiers titres emballés et pesés, « In Your Back », « The Harder Ships of the World » et « It Ain’t No Crime ». Trois morceaux tirés du nouveau disque de l’Israélienne, plus rock, moins intimistes : il semblerait que l’exil de la chanteuse en Amérique l’ait poussé à rogner un peu les angles, à limer tout particularisme. Finies les cocasseries ambient-folk à la Lady & Bird, Keren Ann joue désormais du rock country à la sauce Emmylou. « Sailor & Widow » suivi de « Nolita » nous rassurent pendant 10 minutes : le public, attentif, ose enfin lâcher un premier râle de satisfaction. Le nez dans son Fender, Albin de la Simone remplit correctement son contrat de travail, tout comme Thomas Semence (du backing band de Jean-Louis Aubert) à la guitare et (parfois) à la basse. Soupirs et bâillements dus à la position assise, et à ces nouveaux titres (« Where No Endings End », « Lay Your Head Down ») qui souffrent d’une nonchalance conservatrice. Keren Ann n’interprétera aucun de ses morceaux ‘en français dans le texte’, même si elle est à Bruxelles et non pas à New York, nouveau terrain promotionnel. Heureusement « Chelsea Burns », « Not Going Anywhere » et « Spanish Song Bird » rappelleront à notre bon souvenir que la Française d’adoption a sorti par le passé de bons petits disques. Depuis lors la roue a tourné et Keren Ann n’occupe plus le devant de la scène… D’ailleurs il est 21h00 et c’est déjà fini : comme apéro on espérait quelque chose de plus fort.

Auréolé du Prix Constantin et boosté par une presse dithyrambique, Abd Al Malik entretient une relation des plus fécondes avec la Belgique : c’est ici qu’il a eu l’idée de son premier album solo (« Gibraltar »), et c’est sûrement pour ça qu’il est si souvent dans la place. ‘Bruxelles… Je t’aime !’ seront d’ailleurs ses derniers mots à l’égard du public, debout pour l’acclamer. Entouré du jazzman Laurent De Wilde et d’autres musiciens acquis à sa cause humaniste et rebelle, le slammeur raconte ses histoires avec une belle persuasion et un sens chaloupé du groove. « Soldat de Plomb » démarre les festivités, suivi de « M’Effacer » mais sans le support vocal de Keren Ann, ‘partie rejoindre son amoureux’, dixit Abd Al Malik : dommage, l’occasion était belle et franchement attendue… En matière d’effacement la chanteuse aura prouvé une heure plus tôt qu’elle sait de quoi elle parle, mais en fin de compte peu importe : la vedette, ce soir, c’est Abd Al Malik, un type vraiment sympa. Après « 12 Septembre 2001 » notre homme se fait grave (« La Gravité »), avant de balancer un « Gibraltar » fiévreux qui emballe l’assemblée. Un hommage à Jacques Brel plus tard (« Ce grand rappeur »), Abd Al Malik entonne « Les Autres », « Céline » et « L’Alchimiste ». Le public est conquis par ce mix de jazz, de hip hop et de chanson française, même si l’on cherche des yeux les b-boys de service. ‘Vive la Belgique arc-en-ciel et débarrassée de toutes ses peurs’, lancera le jeune homme cagoulé en début de concert : en programmant sur la même scène Keren Ann, Truffaz et Malik, le Botanique a bien compris le message. Relever le défi de l’ouverture d’esprit, voilà une belle bataille à laquelle nos salles de concert devraient plus souvent se résoudre. Le Botanique l’a fait, le public a suivi : on ne pouvait rêver mieux pour le démarrage de ces Nuits.

Keren Ann + Abd Al Malik (Cirque Royal)

 

Les Nuits Botanique 2007 : vendredi 11 mai 2007. La Nuit Belge.

Une ‘nuit belge’ ? Voilà un concept qui a déjà fait ses preuves l’année dernière, et qui encore une fois se solde par un succès public des plus revigorants, tous styles confondus. Evidemment les groupes à l’affiche n’ont déjà plus grand chose à prouver, et l’on ne retrouve pas à l’affiche K-Branding, I Love Sarah, Opak ou Lugubrum, mais plutôt The Tellers et Sioen –ce qui n’est pas pareil. Démarrage pied au plancher avec Les Anges, autrement dit Hulk + la claviériste déjantée de feu Fifty Foot Combo, ce groupe gantois qui a cessé d’exister après douze années de folles empoignades surf’n’roll. « The Worst is yet to come », titre l’une de leurs douze chansons, et heureusement pour eux nos rockeurs jouent avant les poussifs Mud Flow : la messe est déjà dite, merci pour le raccourci. En 40 minutes les Louviérois et leur nouvelle copine (à la langue bien pendue) auront montré de quel bois ils se chauffent : ça brûle à nos oreilles, ça bout dans le calbutte… Tel un bison en rut leur rock ne laisse aucun répit mais beaucoup de traces : dans le cerveau, sur le teint du miroir (« 50 euros »), à cet endroit du slip où les fesses se raidissent sous les assauts du riff. Ssssss… Nos tympans sifflent, oui, face aux déflagrations boogie de « Be a man » et de « You wanna have it all » : t’en veux ? Tu vas en avoir pour ton compte, à toute berzingue et sans temps morts intempestifs. Les Anges prêchent le rock’n’roll 50’s-70’s comme personne en Belgique : vivement le paradis qu’on se délite sans honte !

 

Après, bon… Il y avait Sharko. Qu’on attendait certes au tournant (son dernier album taillé pour le succès FM) mais sans grand intérêt : le type est bon sur scène, ses morceaux tout autant,… Reste la surprise, chez lui pas trop de mise. Il n’empêche que ce soir, dans un chapiteau bourré à craquer, Sharko a livré un de ses meilleurs concerts : virevoltant, pro mais pas trop, tubesque et diablement festif. Tout « Molecule » (ou presque) y passera, sans oublier les vieux hits (« Tonite », « Spotlite », « I Went Down », « Excellent (I’m special) ») qui pour le coup sonnent comme de vrais hymnes ‘un peu’ belges. C’est que David Bartholomée a retenu les leçons de ses anciens échecs publics : à force de faire le clown personne n’achetait ses disques, et c’était bien dommage. Fini le temps de l’entertainment tarte (parce que trop prévisible) : place aux refrains assimilables en cinq secondes, à répéter en chœur pour conjurer la mauvais sort. « Motels », « Trip », « Sugarboy », « Rock 1 » : l’heure est aux hymnes racés, façon U2 (l’âge d’or)/Police. L’avenir nous dira si Sharko et ses valeureux compagnons (Teuk Henri à la guitare, Julien Paschal à la batterie) veulent devenir le nouveau Placebo, mais une chose est sûre : avec un inédit dont le refrain martèle les mots ‘Godspeed’, ‘You !’, ‘Black’, ‘Emperor’, on l’entrevoit cette fois sans drache nationale.

Les Nuits Botanique 2007 : samedi 5 mai. Revenge of the Nerds.

Écrit par
Soirée internationale sous le chapiteau des Nuits Botanique. D’un côté, Alex Gopher pour la France, de l’autre Just Jack pour la Grande Bretagne et, cerise sur le gâteau, The Whitest Boy Alive pour la Norvège et l’Allemagne. Et les ‘twelve points sont revenus incontestablement à ces derniers.

 En ouverture de la soirée, un Alex Gopher faiblard s’est contenté d’enchaîner essentiellement les titres de son disque éponyme. Son electro-pop n’a d’ailleurs l’air de ne produire ses effets que sur quelques rares membres de l’assistance. Même son excellent « The Child », reprise de la grande Nina Simone, a eu droit à un traitement ‘guitaristique’ des plus futiles. Une belle déception.

 Ensuite, place à Just Jack pour lequel la majorité du public était manifestement présente. Responsable d’un set quasi similaire à celui présenté au Witloof Bar quelques semaines auparavant, Jack et ses potes ont prouvé une fois de plus que lorsque l’on passe sur Pure FM et Mint, il ne faut pas grand-chose, sur scène, pour satisfaire le public…

 Apparu sur scène quelques minutes après le départ de Just Jack, Erlend Øye se fera happer presque instantanément par une horde de groupies. De quoi donner de l’espoir à tous les nerds de la planète. Après une séance de dédicaces et photos forcées (non pas que monsieur Øye ait eu l’air de s’en plaindre, au contraire), The Whitest Boy Alive au grand complet débarque sur scène et balance un set magistral introduit par « Inflation ». Entre quelques singeries et impros (« Harder Better Faster Stronger » de Daft Punk glissé entre deux titres), Erlend se montre aussi en forme qu’au festival de Dour 2006, si pas plus. Après avoir dédicacé le maladroit « Above You » à la Wallonie, la formation termine sa prestation par un remarquable « Burning », repris en chœur par quelques fans des premiers rangs. Encore un 10/10 pour le garçon le plus blanc du monde.

 Alex Gopher + Just Jack + The Whitest Boy Alive

 

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