Le rire de Will Paquin

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Paddang à la poursuite des fantômes…

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La Chiva Gantiva

L’importance du paramètre visuel…

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Ce vendredi 13 octobre, le combo bruxello-colombien La Chiva Gantiva donnait un concert dans la petite salle de l'Ancienne Belgique. Rapidement sold-out, ce spectacle arrive un an après la sortie de leur disque "Pelao" chez Crammed Discs. Nourrie de cultures afro-colombiennes, leur musique, métissage de funk, rock, jazz, rap, afro-beat et cumbia se nourrit de percussions caribéennes, d'instruments typiques du rock, mais également de cuivres, et en particulier d’interventions de clarinette et de saxophone. Une demi-heure avant le concert du collectif, Raphaël Espinel, membre fondateur et chanteur de la Chiva, nous a accordé cette interview, au milieu du crew se préparant dans une ambiance tranquillement excitée.

Vous avez tourné dans plusieurs pays au cours de cette année. Vous êtes allés jouer en Colombie pour la première fois, où vous avez reçu un accueil très enthousiaste. Prévoyez-vous d'aller vous produire, à nouveau, en Amérique Latine ?

Bien sûr ! On a maintenant un label là-bas. On aimerait retourner jouer en Colombie, et dans toute l'Amérique Latine. Mais on entre maintenant dans une période consacrée à la composition. En fait, nous avons l'intention d'enregistrer un disque en 2013, qui sortirait idéalement à l'automne.

La Chiva Gantiva réunit sept musiciens, parfois des invités vous rejoignent sur scène. Comment se déroule le processus d’écriture ?

En général, c'est Philipp Deckers, le guitariste, et moi qui composons, ensuite on propose le morceau au groupe qui le façonne en le jouant. Pour le texte, je demande parfois conseil à des amis écrivains, journalistes...

Les membres du groupe ont fréquenté les beaux-arts ou suivi une formation de théâtre. Y en a-t-il qui ont également suivi un même cursus dans le domaine de la musique ?

Le guitariste et le batteur sont musiciens de formation. Effectivement, trois d’entre-nous sont issus du monde des arts plastiques (illustration, gravure, sculpture), un autre du théâtre ; ce qui explique pourquoi on conserve toujours cet intérêt pour le côté visuel. L'image reste un paramètre important pour nous.

On le voit dans vos deux vidéo-clips, il existe un vrai travail créatif, notamment dans “Pelao”, où un petit personnage de papier évolue au sein d’une ville multicolore, peuplée de jouets et de marionnettes. Cet aspect ludique semble très présent, que ce soit dans la façon dont vous jouez avec le public lors des concerts, sur la pochette d'album...

C'est vrai, d'ailleurs “Pelao” en Colombie signifie à la fois pelé, fauché ; et c'est également ainsi qu’on appelle les gamins. Même si on a un regard critique sur la société, c'est pas pour ça qu'on va s'habiller en noir et jouer les fatalistes ! On souhaite garder un regard d'enfant, être positifs même si on dénonce les clichés qui collent à la peau ou si les textes de nos chansons sont consacrés aux difficultés rencontrées par les immigrants.

Vos concerts sont efficaces. On y ressent une énergie très forte et communicative. Comment faites-vous pour préserver l’intensité de l'enregistrement du disque, sans l'éteindre ?

Pour “Pelao”, on a travaillé en compagnie de Richard Blair, producteur anglais qui vit depuis trente ans en Colombie. Il nous a proposé d'enregistrer en studio mais de garder les conditions du ‘live’. Nous avons joué ensemble, dans la même pièce. Chaque musicien ne s’est pas acharné à enregistrer des prises séparées. Cette technique aurait communiqué un climat plus froid à notre musique. C'est la raison pour laquelle, l’album a un son un peu ‘garage’. Mais ce choix est circonstanciel. On ne reproduira pas forcément cette recette pour le prochain disque.

Je laisse ensuite les musiciens finir de se préparer avant leur entrée en scène.

Le concert sera chaud, festif, le public bruxellois se prêtant volontiers aux jeux et danses proposés par la Chiva Gantiva. Comme quoi, avec un peu de bonne volonté, même un samedi 13, par un soir pluvieux d'automne, on peut garder la frite.

 

Mark Eitzel

Une affaire de cœur…

Écrit par

Apparemment Mark Eitzel a définitivement refermé la page de l’histoire d’American Music Club. Il en est donc revenu à son aventure en solitaire. Enfin, pas tout à fait, puisque Vudi, son fidèle guitariste, est toujours au poste et que pour enregistrer son nouvel opus solo, ‘Don’t be a stranger’, il a reçu le concours de quelques collaborateurs. Au cours de l’année dernière, Mark a vécu deux épreuves. Tout d’abord, il a été victime d’une crise cardiaque. Dont il s’est apparemment bien remis. Puis appris que Tim Money, drummer d’AMC de 1994 à 2004, était décédé des suites d’un problème semblable. Mais a ensuite vu le sort lui être bien plus favorable. Aussi, avant d’entamer notre entretien, je propose à Mark de compléter une grille du Lotto. Six croix, je lui précise. Il a l’air perplexe, mais s’exécute consciencieusement. Ce qui me permet d’entrer dans le vif du sujet.

En fait, l’enregistrement de ‘Don’t be a stanger’, son nouvel opus solo, a été financé par un multimillionnaire. Ce qui méritait quand même une explication. Après avoir posé cette question, le franc est tombé : « Le gagnant avait décroché le jackpot ! 11 000 000 de dollars. On n’avait plus un rond. On a donc enregistré les démos sur mon portable, mais le résultat était merdique. Comment allais-je donc faire pour convaincre un label avec cette merde ? Et comment choisir la bonne personne pour pouvoir organiser les sessions, quand tu es fauché ? Un pote connaissait très bien ce lauréat. C’était un de ses copains. Et il l’a convaincu de financer le projet. Mais on l’a déjà remboursé ! »

Pourtant, ce disque était, au départ, destiné à American Music Club. Alors pourquoi avoir changé d’avis ? « En fait, je ne voulais plus de cette ligne de conduite revivaliste. Etablir un record de longévité ? Pas vraiment mon truc ! En outre, hormis Vudi, tous les autres musiciens ont été remplacés. J’avais envie d’aller de l’avant. C’est ma nouvelle philosophie. Et puis Vudi s’en fout complètement… »

Les sessions d’enregistrement se sont déroulées sous la houlette de Sheldon Gomberg, un producteur dont la carte de visite mentionne la mise en forme d’albums de Rickie Lee Jones, Ron Sexsmith, Ben Harper et bien d’autres. Parmi les invités figurent le drummer d’Elvis Costello, Pete Thomas et le pianiste de jazz, Larry Golding. De toute évidence, ils ont été sollicités par Gomberg. « Ben oui ! Comment veux-tu que je parvienne à dégoter de tels collaborateurs ? Pour lui, c’est facile ; il décroche le téléphone et en deux temps trois mouvements, il a l’accord de son interlocuteur… » Les interventions de Golding au piano sont superbes. Sonores, limpides, profondes, spontanées… Parfois on se demande même si ce n’est pas de l’impro. « Quand il a débarqué, il n’avait jamais entendu la moindre compo. Il les a écoutées une fois. Il a pris quelques notes. Il les a jouées à trois reprises et la troisième, c’était extraordinaire. Il est incroyable ! Il s’est parfaitement fondu dans l’esprit des chansons… » Une section de cordes s’est également intégrée dans l’ensemble. Plusieurs musiciens s’y sont investis ou est-ce le fruit d’arrangements ? Mark confesse : « Ce sont des arrangements. Il n’y avait qu’un seul violoniste. Mais il ne souhaitait pas que son nom figure dans les ‘credits’. Sinon le syndicat lui aurait intenté un procès. En fait, il bosse pour PIXAR ; tu sais cette boîte qui réalise de films stupides mettant en scène des animaux… »

L’an dernier Eitzel a été victime d’une crise cardiaque. Ce qui l’a forcé à se reposer. Mais qu’a-t-il fait au cours de cette convalescence ? Se consacrer à la composition de nouvelles chansons ? Ecouter de la musique ? Réfléchir sur la signification de l’existence ? Il raconte : « Non, je n’ai rien fait du tout. J’étais terrifié à l’idée que cette crise se produise à nouveau. J’ai quand même passé pas mal de temps à communiquer avec ma compagnie d’assurances. Et j’ai regardé beaucoup de films. En fait, j’étais la plupart du temps, cloué au lit. Quand j’essayais de marcher, il fallait que je m’asseye constamment, pour récupérer. J’étais incapable de bouger. Mais en quelque sorte, j’ai appris à ne rien faire. J’ai passé trois jours à l’hôpital, puis mis un bon trimestre pour me rétablir. Après un mois, j’ai pu me rendre au parc, près de mon domicile. C’était un moment bizarre, mais en même temps j’en ressentais une fierté… depuis cet incident, je dois prendre des pilules (il les cherche dans son sac…) »

Tim Money, l’ex-drummer d’AMC a eu moins de chance. Il est décédé l’an dernier. A 53 ans. C’est-à-dire au même âge que Mark. Evidemment, vu les circonstances, ce décès doit certainement le toucher davantage. « Effectivement. Pour être clair, je ne lui avais plus parlé depuis 7 ans. Pourtant on était amis. Et j’ai toujours pensé qu’on allait se revoir un jour. Quand j’ai appris sa disparition, j’ai pris un coup sur la tête. En fait, il avait déjà eu une petite alerte ; mais il n’en avait parlé à personne. Il aurait dû le signaler à sa femme ou à son médecin. Il a succombé à une rupture d’anévrisme. Et la faculté en a conclu, ensuite, que c’était la conséquence de ses problèmes cardiaques. C’était un mec branché, cool de chez cool. Fumant la cigarette. Il avait piqué la plaque qui rendait hommage à James Dean, posée à l’endroit où s’était tué, pour la mettre chez lui. C’était son petit trésor caché. Il était stylé. Et il appartenait à cette catégorie d’êtres humains qui ne jugent personne. Je me considère comme un écervelé. Mais il ne me critiquait jamais. C’est ce que j’appréciais le plus chez lui… »

‘Don’t be a stranger’ aurait dû s’intituler ‘The bill is due’. Ce morceau figure également sur l’album. Cette compo évoque les promesses non tenues, la fuite du temps et de l’argent ainsi que la peur du futur. On aurait pu croire qu’il l’aurait écrite pendant sa convalescence. Mais pourquoi avoir changé le titre de cet elpee ? Mark argumente. « J’ai écrit cette chanson bien avant mon attaque. J’en ai bien composé quelques unes au sujet de la crise cardiaque. Mais je les ai écartées. Je les réutiliserai peut-être plus tard. Dans 10 ans, pourquoi pas ? Faudra bien que j’attende une aussi longue période pour savoir comment je me sentais à ce moment-là ; car pour l’instant, je ne le sais pas… On aurait pu l’appeler ‘Knife in my wrist’ (Trad : couteau dans le poignet) ; mais finalement ’Don’t be a stranger’ était moins déprimant que ‘The bill is due’… » ‘All my love’ est apparemment une chanson d’amour (NDR : ou de cœur, si vous préférez…) Mais Eitzel lui réservait un autre destin. Il s’explique : « Elle véhicule l’idée qu’on se fait de l’état euphorique dans lequel on est lorsqu’on est amoureux. C’est une bonne chanson, mais j’ai toujours pensé qu’elle aurait pu servir de support musical pour un clip publicitaire. J’avoue que de manière secrète, j’escomptais qu’elle soit rentable, car j’ai besoin d’argent… » A contrario, ‘I love you, but you’re dead’ est davantage cynique. Mark partage cet avis: « En fait, c’est une véritable histoire. En 1979, j’avais découvert un groupe punk qui répondait au nom de Destroy All Monsters. Au sein duquel militait Ron Asheton, l’ancien guitariste des Stooges et Michael Davis des MC5. A l’époque, j’avais 19 ans. J’étais super enthousiasmé. Ils étaient géniaux. Il y avait une femme dans le line up. Et je souhaitais qu’elle me dédicace un poster. Elle y a mentionné ‘I love you, but you’re dead’. ‘Allons-nous faire foutre. Et disparaissons !’ C’est le sens de la chanson. Très rock’n’roll ; même si ce n’est pas du tout du r’n’r. C’est trop lent pour en être… » ‘Oh Mercy’ est une chanson qui se penche sur la liberté d’expression aux States. Il commente : « En fait, elle me met en scène quand je participe à l’une ou l’autre fête. Et au cours desquelles, j’ai un verre dans le nez. Moments les plus propices pour la discussion. En général, les gens racontent n’importe quoi. Ils sont peu informés. Ne lisent pas suffisamment. Je tire mes informations de toutes mes lectures. Ce qui m’autorise à leur dire qu’ils ne comprennent rien à rien. Mais cette attitude me rend impopulaire. Vous avez probablement entendu parler de ces scientifiques qui travaillent pour le FBI. Ils ont conçu tous les algorithmes de la guerre froide. Vous savez, les algorithmes mathématiques utilisés pour traquer le peuple, surveiller ses activités. Et bien on est en train de faire la même chose aux States. On élabore une véritable infrastructure dans l’Etat de l’Utah, à cet effet. Les Etats-Unis sont occupés de devenir le plus grand pays totalitaire du monde. Dans 10 ans, cet objectif sera atteint, j’en suis sûr ! Vous savez, il y a des gens très riches et de très pauvres. Et ce sont les riches qui gouvernent. Les multinationales. C’est le chemin inéluctable. J’aime beaucoup Obama. C’est le meilleur président que l’on puisse avoir. Mais Guantanamo est toujours ouvert. Les services de sécurité sont de plus en plus vicieux ; et quand on est arrêté, on est photographié, on prend nos empreintes et on se retrouve sur une liste. Et toute cette procédure a été mise en route sous la présidence d’Obama ! Aujourd’hui les flics peuvent faire tout ce qu’ils veulent. L’Habeas Corpus (NDR : le fondement de la démocratie : on ne peut détenir quelqu’un de manière arbitraire, sans jugement) a été supprimé aux USA. Merci Mr Obama ! Enfin, on a construit un mur entre la Californie et le Mexique. Mais où toutes ces mesures vont-elle nous mener ? C’est le symptôme d’un énorme désespoir. Et cette situation me met en colère » 

On termine cet entretien par une note plus musicale. En parlant des goûts musicaux de Mark. De ses coups de cœur, si vous préférez… Qui hésite entre ‘Harvest’ de Neil Young et le ‘Five leaves left’ comme l’album qu’il emporterait sur une île déserte ; mais choisit, in fine, celui du Canadien. Et puis il nous parle des crooners qu’il adore. Tels que Frank Sinatra et surtout Jimmy Scott (NDR : considéré comme le chanteur américain le plus injustement ignoré, il était atteint du syndrome de Kallmann, ce qui lui avait permis de conserver sa voix d’enfant), dont il me fait découvrir un extrait via sa tablette tactile…

(Merci à Vincent Devos)

Mark Eitzel : ‘Don’t be a Stranger’ (album paru ce 2 octobre 2012)

 

En concert :

18-01-2013    Het Depot, Louvain
20-01-2013    Vooruit, Gandt

 

 

 

 

Garbage

Etat des lieux

Remplir Forest National après avoir seulement sorti deux albums, n’est pas à la portée de tout le monde. C’est pourtant la performance que vient de réussir Garbage. Faut dire que depuis quatre ans, le quatuor a beaucoup tourné, sans jamais oublier la Belgique. Et que malgré son succès, il n’a pas attrapé la grosse tête. Ce qui explique, sans doute pourquoi, il attire la sympathie, aussi bien du public que des médias. Leur simplicité et leur gentillesse sont plus que légendaires. Il serait d’ailleurs malheureux de ne pouvoir se forger une opinion, lorsqu’on a la chance de les rencontrer pour la quatrième fois. Pas le temps, cette fois, de parler de la pluie et du beau temps. Quinze minutes nous étaient imparties. Butch Vig et Steve Marker ont donc fait le maximum pour nous dispenser une interview à la fois riche et intense…

Dans quel état d’esprit êtes-vous quelques heures avant d’accorder un concert dans une des plus grandes salles de Belgique?

S.M. : C'est incroyable. Lorsque nous avons commencé à booker la tournée, c’est un des premiers endroits à avoir été sold out! Nous devons compter une foule de fans, ici, en Belgique.

N'avez-vous pas parfois peur d'être dépassé par la situation? Comment faites-vous pour garder la tête froide?

B.V. : Ce n'est pas facile du tout (rires). Heureusement, nous avons de la bouteille. Nous ne sommes pas forcément plus malins, mais nous avons en tout cas cette faculté de pouvoir garder les pieds sur terre, quand les événements se précipitent autour de nous. Et nous l’avons démontré tout au long des nombreux concerts que nous avons accordés, ainsi que lors de la sortie de notre premier album qui a cartonné un peu partout dans le monde... Des expériences auxquelles nous avons pris beaucoup de plaisir. Le groupe a ainsi pu rester très soudé, et je crois que cette ‘union sacrée’ explique notre calme au sein de la tourmente…

Vous avez beaucoup eu recours à la technologie sur votre dernier album. N'avez-vous pas peur de perdre l'élément humain dans vos chansons? Et qu'à brève échéance, les hommes cèdent leur place à des machines?

S.M. : Ce serait cool que nous puissions nous asseoir en attendant que les machines fassent tout le boulot, non? Imagine un peu que lors de l’enregistrement de notre prochain album, toute la programmation soit mémorisée sur ordinateur ; mais que lors du bug de l'an 2000, au réveillon de 99, nous perdions toutes les données, parce que toutes les machines se seraient crashées. Nous serions alors obligés de sortir un album folk, avec des guitares acoustiques (rires). Du bluegrass... de la country, parce que nous n'aurions plus accès à nos synthés...

Vous n'avez jamais joué ‘unplugged’ pour MTV?

B.V. : Ils ne nous l'ont jamais demandé. Mais nous en serions capables. Nous avons donné quelques concerts acoustiques. Avec des guitares sèches, une batterie jazz et ce genre de matériel. A Portland dans l'Oregon, notamment, devant près de 10 000 personnes. Bien sûr, nous étions plus nerveux sur scène, mais nos chansons n'ont cependant rien perdu de ce traitement.

Parfois, ça fait du bien, de jouer en acoustique?

B.V. : Oui, c'est agréable. Et puis, l'essence même de la chanson est toujours présente. Juste les guitares et la voix de Shirley.

Il y a une cover de Big Star sur le single, vous en êtes de grands fans?

S.M. : Oui, mais « Thirteen » est la seule chanson que nous n’ayons jamais jouée d'eux. C’est un grand groupe. Alex Chilton s’est toujours montré à la hauteur, aussi bien au sein des Box Tops, de Big Star qu’en solo. C'est une chanson que Shirley a toujours voulu interpréter, parce qu'elle trouvait que le texte pouvait prendre une signification différente, s'il était chanté par une femme. Peut-être que nous la chanterons ce soir, je ne sais pas encore. (NDR : ils l’ont interprétée !)

Si vous aimez Big Star, vous devez alors également apprécier Teenage Fan Club et les Posies?

S.M. : Oui, surtout les chansons des Posies.

Sur votre nouvel album, Shirley a écrit l’essentiel des textes, mais ils semblent faire référence à la vie de Butch. C'est vrai? Si oui, pourquoi?

S.M. : Tu penses vraiment que les textes ont un rapport avec la vie de Butch, alors qu'ils ont été écrits par Shirley, c'est ça? Qu'est-ce que tu en dis, Butch?
B.V. :
(Apparemment ennuyé) Lorsque Shirley nous a rejoints, les lyrics se rapportaient à des épisodes qui nous concernaient. « Version 2.0 » inaugure ses premiers textes pour Garbage. Elle en est d’ailleurs responsable à 95%. Je crois qu’aujourd’hui, Shirley se sent mieux quand elle écrit. Ils peuvent être interprétés de différentes manières selon les auditeurs. C'est vrai que certains donnent l’impression d’avoir l'air d'être écrits par un voyeur, quelqu'un qui porte un regard sur des événements qui lui sont extérieurs ; mais cette façon d'écrire relève de son interprétation personnelle. A part ça, je ne peux pas t'en dire plus (rires).

Dans la chanson « Temptation waits », Shirley clame : ‘Je suis un vampire qui attend son heure…’ Partagez-vous une même perspective gothique que celle des Cramps?

S.M. : Les Cramps? Haaaa... Nous aimons les Cramps! Mais personne ne nous a jamais posé cette question. C'est peut-être de là que nous tirons notre nom. Va savoir!
B.V. :
Ils ont toujours véhiculé cette espèce de vibration psychobilly, ce truc un peu fou. Nous possédons un de leurs clips : ils jouent dans une espèce d'asile d’aliénés, en Californie, et au bout d'un certain temps, tu ne peux plus faire la différence entre le groupe et les patients. C'est assez surréaliste. Là où je discerne un parallèle entre eux et nous c'est que Shirley a cette faculté de pouvoir se glisser dans la peau d'un personnage ; ce que ce groupe new-yorkais faisait très bien. Surtout Lux Interior.

Et ce côté gothique, alors?

S.M. : Disons que c'est un peu plus ‘tongue in cheek’, un peu ironique. Certains journalistes nous accusent parfois d'être gothiques. On a un peu de mal à les comprendre. On ne se déguise pas en croque-morts, on ne reprend pas de vielles chansons de Cure, de Siouxsie & The Banshees ou de Bauhaus. Peut-être que cette image vient de la manière dont Shirley interprète un personnage gothique. Enfin  intrinsèquement, nous sommes peut-être un peu gothiques. Mais alors un peu.

« Special » est un hommage à Chrissie Hynde des Pretenders. Que représentent les Pretenders pour vous?

B.V. : Leur premier album est absolument génial. Grand groupe, grandes chansons, Honeyman-Scott était un tout bon guitariste. La semaine dernière, nous avons joué à Wembley, c'était sold out. Chrissie Hynde nous a rejoints sur scène pour chanter « Only Happy When It Rains ». Pour nous tous, cette rencontre restera inoubliable. C’était incroyable ! Le simple fait d'entendre sa voix, et de voir comment elle a pu soulever l’enthousiasme de milliers de gens, m’a donné la chair de poule... Coup de bol, on avait mis le son bien clair, et quand on l’a réécoutée, après dans le bus, tout le monde était sur le cul. A ce jour, c’est déjà un des grands moments de notre tournée. Elle est une de nos idoles. Shirley adore sa façon de chanter, et quand elle joue de la guitare, elle a un de ces looks. Elle a toujours été un ‘role-model’ pour nous. En plus, nous avons pu discuter avec elle après le concert. Elle est vraiment gentille, très marrante et intelligente.

C'est vrai que vous avez dû payer votre place quand vous avez joué chez vous, à Madison, parce que tout le monde avait demandé une exonération?

S.M. : Nous avons dû payer notre place?
B.V. :
Non, nous avons reçu des tickets gratuits. En fait, c’était la première fois que nous jouions au Dane County Coliseum, qui est une des plus grandes salles de concert du coin. Je crois que sur la guest-list, il y avait à peu près 500 personnes. Tout le monde voulait obtenir un backstage. Cette situation a failli tourner à l'émeute. Comme le public était chaud, nous en avons profité pour tourner quelques plans de foule. C’était vraiment très intense. Après le concert, nous sommes allés dans un bar qui est un peu notre QG officieux, et là aussi c'était la folie. C'est amusant de jouer chez soi, en sachant que tous tes fans de la première heure seront présents pour t'encourager...

Garbage figurait sur une compile intitulée « Women of the 90's ». Imagine qu’il y en ait une autre qui sorte sous titre « Boys of the 90's », vous y figurerez aussi?

S.M. : J'espère! Nous ne sommes ni vraiment un boy band, ni vraiment un girl band. Nous sommes un peu des deux. Les deux perspectives sont présentes au sein de Garbage. J'espère effectivement que nous figurerons sur ces deux compilations.

Jérémy & Bernard Dagnies.

(Merci à Didier Stiers)

Version originale de l’article paru dans le n°70 du Magazine Mofo de février 99

 

Helmet

La face intelligente du heavy metal

Écrit par

Helmet incarnerait la face ‘intelligente’ du heavy-metal. Celle qui véhicule l'énergie généreuse, les riffs meurtriers, les rythmiques emballées, et qui s'est débarrassée des clichés éculés, des poncifs empoussiérés ou des poses débiles.

C'est sans doute vrai, même s’il faut également relativiser l’importance de cette réflexion. D’une part, Helmet n’a certainement pas été le seul à concevoir intelligemment le heavy-rock depuis que ce style existe. D'autre part, il a évolué, progressé  et s’est adapté grâce à l'influence d'autres courants musicaux, à l'immersion dans d'autres contextes et à l'éclosion d'autres groupes. Helmet a participé au mouvement. C'est un de ses mérites ; et il doit être souligné.

Bombardier

A toutes fins utiles, précisons quand même que dans ce genre de sport, Helmet n’est pas un prototype unique. Néanmoins, il faut reconnaitre l'importance et la qualité des œuvres de ce quatuor bombardier réduit pour la circonstance à un trio : des albums comme ‘Meantime’ ou surtout l'indispensable ‘Betty’ (NDR : publié en 95, c’est un must absolu), ont démontré de maîtresse manière l'importance de la bande à Page Hamilton.

‘Aftertaste’, le disque flambant neuf ne fait que renforcer l'impression positive laissée par ces types qui –attitude clairement en relation avec le début de cet article– ne paient pas de mine, mais bien de leur personne.

‘Aftertaste’ pète des flammes. Il déborde de générosité, combinant idéalement agressivité et créativité. Le cd est bon, excellent même, d'un bout à l'autre. Il est dépourvu du moindre temps mort, de la moindre faiblesse. Expédié avec une vigueur impressionnante. Page Hamilton, le leader entérine : « Nous avons privilégié une approche plus directe encore du travail d'écriture. Pour ‘Aftertaste’, nous avons voulu plus de concision, de netteté, mais également de fermeté. En comparaison, ‘Betty’ était sans doute un tantinet plus dissipé qu’‘Aftertaste’. Lequel nous a permis de resserrer les rangs au maximum afin de recueillir le meilleur de notre musique, quitte à laisser un membre en chemin. »

Par rapport aux elpees précédents, il fallu davantage de temps pour concocter ‘Aftertaste’. La simplicité est-elle inversement proportionnelle au temps qu’il faut pour élaborer un disque ? Réaction : « Non, rien à voir. Enfin, pas vraiment. En fait, nous l’avons mixé deux fois. Le second mix s'explique parce que la première version ne nous satisfaisait pas du tout, au bout du compte. On voulait vraiment sortir du tout bon, et gommer les quelques imperfections commises sur ‘Betty’. Bon, il ne faut pas toujours chercher à comparer ce qui ne doit pas nécessairement l'être, mais nous voulions impérativement que ce nouvel essai soit plus fort. Nous sentions que le potentiel était présent, que la matière était bonne. Aucune raison, dès lors, de se faire coincer par un mix imparfait ».

Courbe De Vente

La  notoriété d’Helmet est en progression constante. Cette situation a-t-elle poussé le groupe à devenir plus exigeant vis-à-vis de lui-même ? Page admet : « Sans doute d'une certaine manière. Nous ne sommes pas du genre à surveiller sans cesse la courbe de nos ventes –faut pas rigoler– mais il faut être honnête, et oser avouer que quand tes disques se vendent de mieux en mieux, tu as envie de tout faire pour que cette progression continue! Cette situation démontre que de plus en plus de gens écoutent ta musique et l'apprécient. Mais pour y arriver, nous n'avons pas accepté de compromission fondamentale, attention! Notre volonté de faire mieux constitue juste un élément de motivation supplémentaire qui nous pousse à être très rigoureux. ‘Aftertaste’ en a bénéficié, même si je pense que l'album était bon dès le départ... »

Dave Sardy, le furieux guitariste de Barkmarket a produit l'album. Les membres d’Helmet n’ont jamais caché être des fans de Barkmarket. Mais est-ce l’unique raison pour laquelle ils l’ont choisi ? Hamilton se défend : « Pas la seule, non. C'était un paramètre déterminant, c’est clair, mais il y a aussi le reste et notamment le fait que nous nous sentons sur la même longueur d'ondes. Nous savons qui nous sommes et ce que nous voulons faire... Et là, nous étions sûrs que bosser en compagnie de Dave ne poserait aucun problème, dans la mesure où il nous respecterait certainement pour ce que nous sommes. Ce qui est très important à la base. Nous étions à la recherche d'un son, pas d'une identité... Je pense que Helmet est un groupe immédiatement reconnaissable, c'est la preuve qu'il a une identité très forte. La priorité était donc d'optimiser notre son. »

Mais qu’est ce qui pousse Page à composer ? « A la fois tout et rien. Il me vient des trucs en tête... En fait, je prends beaucoup de plaisir à écrire des chansons ! Surtout quand je les trouve bonnes... Ce qui me motive à en créer d'autres. Mais il peut arriver que je me sente galvanisé, parfois, par la qualité de chansons écrites par quelqu'un d’autre. Il se produit alors une émulation. Ainsi, après avoir écouté de bonnes chansons écrites par un autre, je me suis déjà senti pousser des ailes dans le dos pour faire aussi bien ! »

Article paru dans le n°53 du magazine Mofo de mai 97

 

Marillion

L'album de la maturité

Marillion est un des secrets les mieux gardés au sein du petit monde de la musique pop/rock. Au cours des années 80, ce groupe britannique était le fer de lance du renouveau du rock progressif, notamment grâce à des hits tels que ‘Kayleigh’ ou ‘Incommunicado’. Suite au départ du chanteur, Fish, c'est Steve Hogarth qui a repris le rôle de leader. Le groupe connaitra ensuite des fortunes diverses, fondera son propre label et sera un des premiers  à développer un lien très étroit avec ses fans via internet, sans l'aide des majors et des médias ; et ce, bien avant Radiohead ou NIN. Aujourd'hui, la formation a vendu au total plus de 15 millions d'albums et a joué devant plus de 3 millions de spectateurs. Nous avons rencontré Steve Hogarth à l'occasion de la parution de leur dernier opus, ‘Sounds That Can't Be Made’.

Publié le 24 septembre prochain, ce long playing, sera le 17ème dans la longue carrière du combo. Il marque une nouvelle évolution en proposant, non pas un concept-album, mais plutôt une collection de chansons très fortes et autonomes allant de la ballade romantique (‘Poor My Love’) au tour de force progressif (NDR : ‘Gaza’, qui s’étale sur plus de 17’). L'album de la maturité? "Oui, je crois qu'on peut le dire", confirme Steve Hogarth. "Il représente bien la situation dans laquelle nous sommes dans notre voyage artistique. Ce disque recèle certaines compositions qui peuvent être considérées comme les meilleures depuis longtemps".

‘Power’ est notamment un morceau particulièrement... puissant, dont le refrain s'envole vers les sommets : une pure merveille. "Effectivement, le feedback de cette chanson est très positif. Nous aurions peut-être dû la développer un peu plus, lui donner plusieurs dimensions, mais elle tient bien la route." Elle pourrait devenir un excellent single? "Bien sûr, vu que qu’elle est comparativement assez courte (NDR: 6 minutes, quand même) mais franchement, je ne vois plus l'utilité de sortir des singles aujourd'hui."

‘Sounds That Can't Be Made’ a été essentiellement enregistré dans le studio de Marillion, Racket Studio ; mais aussi dans ceux de Peter Gabriel à Bath, le célèbre Real World. Ils y sont restés plus d’une semaine. "Elle a été très fertile pour nous", poursuit Steve. "C'est un endroit où l'on peut habiter, ce qui nous a procuré davantage de flexibilité et surtout, nous a rendu l'impression de former un 'gang', comme à nos débuts."

A la production, Michael Hunter, fidèle au groupe depuis 2007, a donné toute sa cohésion au nouveau CD. "Le rôle de Michael est essentiel", souligne Steve. "Il a compris l'esprit de Marillion, surtout l'importance que nous accordons à la scène et au contact avec le public." Serait-il devenu en quelque sorte le 6ème membre de la bande? "Oui, on peut le dire. Il est arrivé souvent qu'il assemble lui même des morceaux d'enregistrements pour nous proposer de nouvelles idées. C'est notamment grâce à lui que 'Gaza' a pu prendre forme et devenir ce morceau complexe de 17 minutes."

Une des chansons les plus accessibles est ‘Lucky Man’. L'occasion de demander à Steve Hogarth s'il se considère comme un 'homme heureux'? "Oh mon Dieu oui! Quiconque à ma place le serait. Je me considère comme extrêmement chanceux. Je connais de nombreux musiciens, excellents au demeurant, qui ne parviennent pas à nouer les deux bouts. Je suis au sein d’un groupe qui jouit d'une totale liberté. Nous ne subissons aucune pression pour sortir un single, d'être diffusé à la radio, etc. En plus, nous ne sommes même pas célèbres, ce qui est bien! Je peux me promener dans la rue sans être importuné par des gens stupides qui ne comprennent pas ma musique et me posent des questions sur ce qu'ils ont lu dans les journaux. J'ai une très belle vie. Nous ne sommes pas millionnaires mais nous vivons bien. J'ai une belle maison, une jolie petite amie, un magnifique petit garçon, une superbe famille. Je viens de faire ce put*** de bon album ; si je ne suis pas heureux, qui peut l'être?"

Marillion s'embarquera pour une tournée qui passera par l'Angleterre, l'Amérique du Sud, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, etc. Tiens, pas de concert en Belgique? "Ce n'est pas voulu", justifie Steve. "C'est juste que nous n'avons pas reçu de proposition qui puisse convenir. Nous aimons jouer en Belgique. Il y trop longtemps que nous ne nous y sommes pas produits. Je me souviens de ce concert à l'Ancienne Belgique en 1989 : il faisait tellement chaud que, quand j’ai quitté la scène, j'avais l'impression d'avoir traversé une rivière à la nage..."

L'appel est lancé aux promoteurs belges. Surtout à l'Ancienne Belgique et au Biebob, qui devraient se sentir visés. Grâce à son prog-rock intelligent, bien plus proche de Radiohead, Razorlight ou Muse que de Genesis, Marillion a tout pour séduire le public belge. En plus, c'est principalement en ‘live’ que la formation prend sa pleine dimension, en créant une véritable communion avec ses fans. En attendant, on ne manquera pas le concert au Splendid à Lille, qu’elle accordera le jeudi 15 novembre prochain!

Pour plus d'infos et pour commander le nouvel album: www.marillion.com

Preview du nouvel album: www.youtube.com/playlist?list=UUZRP6c2JuCCZhG4jMjYaYtw

 

Grant Lee Buffalo

On peut jouer aussi bien jouer dans un salon ou dans une arène

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Ils avaient frappé fort en publiant "Fuzzy", leur premier album, mais ils ne comptent évidemment pas en rester à ce stade. Déjà qu'ils sortent « Mighty Joe Moon », leur deuxième disque en ce début septembre (chez Phonogram). Les trois de Grant Lee Buffalo, à savoir Grant Lee Philips (chant et guitares), Paul Kimble (basse) et Joey Peters (batterie) s'expliquent après leurs prestations au T/W et avant leur retour en Belgique (le 26/10 à La Luna).

Pourquoi ne pas avoir choisi ‘The Grant Lee Philips Band’, comme patronyme, puisque Grant Lee Phillips est de toute façon le patron indiscuté du groupe?

Grant Lee Phillips : Disons qu’il est apparu au début de l'existence du groupe, à une époque où nous n'arrivions pas à nous décider. C’était plus un personnage qu'autre chose ; mais dès le début, dans les cabarets à L.A., il est devenu indissociable du trio, et nous avons été incapables de nous en débarrasser, lorsqu'il s'est agi d’en dénicher un autre.
Joey Peters :
C'est vrai qu’il reprend les deux premiers prénoms de son nom, mais c'est véritablement un groupe, dans le sens où la musique que nous produisons sur scène ou sur disque, est le résultat de la collaboration de trois personnes qui travaillent ensemble depuis très longtemps. Grant écrit les paroles, il est aussi le compositeur, mais le son est produit par nous trois.

College Radios

Attribuez-vous votre succès actuel aux ‘college radios’ des campus américains?

GLP : Je ne sais pas. A mon avis les ‘college radios’ sont en passe de devenir des radios commerciales comme les autres ; elles sont très contrôlées. Alors qu'à leurs débuts, elles étaient indépendantes et faisaient office de radios pirates. A présent, c'est moins le cas, elles sont liées à 1'industrie musicale
Paul Kimble :
Oui, les firmes ont réalisé qu'elles pouvaient vendre énormément de disques par 1'intermédiaire des leaders d'opinion que sont ces stations. Elles se sont ruées dessus en envoyant leurs responsables de la promo leur payer à boire et à bouffer ; c'est plutôt les maisons de disques qui les ont embobinées et leur font à présent prendre la direction musicale qu’elles souhaitent… Mais il reste encore des radios de collèges qui luttent contre ce phénomène.
GLP :
Il y a aussi quelques stations commerciales qui ont repris le rôle à leur compte : WFNX à Boston, par exemple, refuse toujours de mettre sa programmation sur ordinateur et de la déterminer par les chiffres.
PK :
Pour revenir à ta question, je ne pense pas que nous ayons été accueillis à bras ouverts par les radios. Notre succès n'a pas dépendu d'elles ou alors de façon très marginale ; il est la conséquence de la multiplication de nos concerts. Bien sûr, il y a la ‘hype’ de la presse qui a incité beaucoup de gens à s’intéresser à notre album. Mais le phénomène s'est déclenché grâce aux nombreux sets et premières parties que nous avons accordés l'an dernier. C'est plutôt grâce à notre travail qu'on est devenu populaire.

Est-ce difficile d'être un ‘songwriter’ aux States par les temps qui courent?

GLP : Oui, je crois que les temps ont été durs, ces dernières années pour les artistes qui essaient de raconter une histoire ou d'écrire n'importe quel type de chansons qui évolue. Quelque part, il existe des restrictions qui s’appliquent à des chansons qui passent en radio : sa rapidité, le nombre de mesures par minute, le temps qu'elle dure, le sujet dont elle parle... Ces critères agissent comme des restrictions, et limitent le type de thèmes dont on peut parler. Si tu veux causer de ‘Sex, Sex, Sex, Sex’, le dire très vite et terminer ta chanson en trois minutes, tu as une bonne chance d'y arriver, mais au-delà, cela devient difficile.

A Torhout, vous aviez l'air vraiment furieux en sortant de scène?

GLP : Le groupe suivant (NDLR : Therapy?) réalisait son soundcheck derrière pendant que nous jouions, il y avait pas mal d'agitation sur les côtés du podium, et ce ramdam nous faisait vraiment chier
PK :
Il y avait beaucoup de bruit, et comme nous sommes une formation plutôt calme, dynamique me paraît un terme plus approprié, et que ce tintamarre se déroulait durant un des moments les plus intimes de "Fuzzy", c'était très désagréable. Nous entendions à peu près ça : ‘Iiiii, Boum! Boum! Tchac ! Uuuu !’. On s’est plaint le samedi, et le dimanche ce fut nettement plus calme, je ne sais pas pourquoi. C’était un drôle de festival, très bien organisé avec seulement 5 minutes de break entre les groupes… C’est à mon avis un handicap pour le public qui n’a pas le temps de se relaxer entre les prestations.
GLP :
On dirait que le T/W essaie d’imiter MTV sur scène !

Etait-ce une bonne idée pour un groupe comme le vôtre, mieux adapté aux petites salles, de se produire devant un public aussi nombreux?

JP : On doit être capable de faire les deux. Etre imprévisible a toujours été un des buts du groupe ! Par exemple, on a tourné aux States en compagnie de Pearl Jam pendant quelques semaines, et puis Sugar. On a tourné avec des gens dont la musique est à 90% heavy, ce qui prouve que nous sommes capables de se produire devant cette tranche de public, c'est un des aspects du business… Je pense que l'on se sent à l'aise sur ce type de scène et que nous sommes capables de jouer de cette façon. Et si nous passons dans un club, nous avons une approche différente... Ce qui me plaît Chez Grant Lee Buffalo, c'est qu'on arrive à moduler notre musique en fonction des circonstances.
GLP:
On est ‘adaptable’. On peut aussi bien jouer dans un salon ou dans une arène.

Vous sentez-vous plus proches de gens comme Neil Young et Bob Dylan que Nirvana?

GLP : Je crois qu'on est plus proche de Nirvana que des autres noms que tu as cités. Nous sommes le produit de l'époque dans laquelle nous vivons. On est plus contemporains que ces idoles du passé que sont Young et Dylan. Mais nous sommes des fans de ces vieux mecs! Il y a beaucoup d'artistes des années 60 qui ont une influence sur notre génération, mais nous ne devons pas nous cramponner à cet héritage du passé. Même si on se réfère aux anciens, c'est à nous et nous seuls de tracer notre propre voie

Croyez-vous que l'apathie qui règne aux States et que vous décrivez dans « America Snoring » peut s'étendre à l'Europe?

PK : Oui, bien sûr; je pense que cette apathie, qu'elle soit politique ou émotionnelle, peut s'étendre au monde entier Je ne crois pas qu'elle soit spécifique aux USA. Il suffit d'observer ce qui se passe en Europe pour l'instant : la montée de l'extrême-droite, la dérive conservatrice, le racisme, les gens qui veulent bannir un type d'art ou de musique. Ce sont des problèmes qui ne sont certainement pas l'apanage des States. Ce qui se passe aux Etats-Unis a plus d'impact sur nous, car c'est là que nous avons grandi et c'est l'endroit où nous vivons, mais le phénomène décrit est loin d'être unique.

Comment expliquez-vous le soutien de Michael Stipe et Bob Moud, deux personnalités musicalement très éloignées?

PK : C’est parce que nous ne jouons pas une catégorie de musique précise, ce qui signifie qu’il existe une facette de notre musique qui plait à pas mal de gens. Mais c'est une arme à double tranchant : d'un côté, il est difficile d'avoir une prise sur le monde musical en adoptant ce genre d'approche, parce que tu n'es pas enfermé dans un genre musical précis et donc les firmes de disques ne peuvent te vendre comme un style déterminé pour un programme de radio spécifique ; d'autre part, c'est un avantage, parce que tu n'es pas stéréotypé et tu peux espérer séduire davantage qu'un panel quantifié d'auditeurs qui se concentre sur un genre ou une mode.

Auto-déception

Cette chanson, "Demon Called Deception", quelle signification lui donnez-vous?

GLP : Au cours des siècles, l'être humain s'est toujours référé aux anges et aux démons. Fondamentalement, ils font partie intégrante de notre âme. Et si tu rencontres un démon qui s'appelle déception, tu évoques forcément ton auto-déception... Dans cette chanson, j'adopte le rôle d'un individu qui a découvert l'auto-déception... et qui y trouve un certain confort, parfois, c'est la seule chose vers laquelle tu puisses te tourner.

‘LA.-Blues’, est-ce une expression qui convient à votre musique?

PK : Je crois que Los Angeles, surtout sur l'album "Fuzzy", a un impact sur nos chansons. Les préoccupations du moment, à l'époque de la conception de l'album, nous ont certainement influencés : les élections, la guerre du Golfe et les émeutes dans certains quartiers étaient figées dans nos esprits, lorsque nous composions.
GLP :
Le premier album est hanté par L.A. ; mais le rapport à la ville est moins présent sur le second, parce que nous sommes restés éloignés de Los Angeles très longtemps. Il est plus subjectif, plus introverti et réfléchi. En même temps, il reflète les sentiments de gens qui ont passé pas mal de temps ensemble à parcourir le monde et rencontré des personnes différentes parlant d'autres langues et véhiculant d'autres idées...

L’expérience était positive?

GLP : Tout n'a pas été parfait, et tout ne s'est pas déroulé comme nous l'aurions souhaité. Mais c'est chouette de savoir que, dans le monde, vivent d'autres être humains qui se posent des questions comme ‘Pourquoi avons-nous un tel arsenal nucléaire’, c'est rassurant de voir qu'il existe des gens qui s'en inquiètent.

America is the world

Tu crois que les Européens se posent des questions plus fondamentales que les Américains?

GLP : Nous, Américains, ne sommes habitués à envisager un pays juste à côté du nôtre, exception faite du Canada que les Américains considèrent comme des cousins proches: ‘Those nice folks upon the hill’ comme ils disent... Et puis, il y a le Mexique au sujet duquel les gens formulent énormément de préjugés. On n'a donc pas l'impression d'avoir une culture différente juste à côté de la nôtre. De ce fait, nous nous sommes enfoncés dans l'apathie.
PK :
Oui, il existe un sentiment d'isolement qui a un grand impact en politique: l'isolationnisme et le protectionnisme sont des thèmes porteurs aux States, de même que le slogan ‘America is the world’.
JO :
un exemple pour illustrer ce comportement : il est difficile de trouver en Amérique un journal qui parle de ce qui se produit en France, sauf s'il s'agit d'un événement énorme, tandis que ce qui se passe aux Etats-Unis a souvent une répercussion médiatique immédiate en Europe. Chez nous, le non-Américain n'est pas un sujet porteur.

(Article paru dans le n°26 de septembre 1994 du magazine Mofo)

 

Lonnie Mack

Le père du Roadhouse blues

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Lonnie Mack est l'un de ces artistes qui traversent les vagues sans être touché par ce qui l'entoure, un homme tout d'une pièce, assez bourru, somme toute typique du sud des Etats-Unis. Un musicien qui fait l’unanimité chez ses pairs. De son vrai nom McIntosh, Lonnie est né le 18 Juillet 1941, à Harrison, dans l'Indiana, près de Cincinnati, non loin de la frontière que forment les trois états de l'Ohio, du Kentucky et de l'Indiana. Il s’est prêté de bonne grâce à cette interview…

Tu fais figure d'influence majeure pour de nombreux guitaristes (Eric Clapton, Jeff Beck, Mike Bloomfield, Duane Allman, Stevie Ray Vaughan, etc.) Tu n'avais pourtant que deux ou trois ans de plus qu'eux ?

J'ai commencé à jouer très tôt, dans le milieu des années 50 et puis j'ai beaucoup enregistré au début des années 60 ; mes succès commerciaux, c'était en 1963, c'est-à-dire, bien avant que tous ceux que tu cites ne soient devenus célèbres.

Tes racines?

Mes racines, c'est la country music. Il n'y avait d'ailleurs pas grand-chose d'autre à l'époque ; mes pionniers étaient Merle Travis, Chet Atkins, Les Paul ou encore Hank Williams. Après, j'ai écouté du blues et puis le rock est arrivé, mais c'était déjà plus tard, dans les années 50.

Quand as-tu employé pour la première fois ta guitare ‘Flying V’ (en forme de flèche) ? Peu de bluesmen ont joué sur ce modèle de guitare hormis Albert King bien entendu. Elle est plutôt recherchée par les spécialistes du heavy metal...

Je joue sur cette guitare depuis 1958. C'était une des toutes premières ; d'ailleurs elle porte le numéro de série 7. Elle est appréciée chez les musiciens du heavy metal, parce qu'elle restitue un son très métallique. Je trafique le son au niveau de l'amplification par des systèmes de ventilation ; un ‘Leslie’ qui est une technique utilisée pour les claviers. Ce qui apporte ainsi un certain son d'orgue. J'ai repiqué certains de ces trucs à un musicien extraordinaire qui est malheureusement décédé il y a peu, Robert Ward. Ce type était l'influence majeure de Jimi Hendrix qui jouait souvent aussi sur la ‘Flying V’.

Tes premiers succès, c'était des instrumentaux très rock'n'roll, non?

J'ai commencé par être musicien dans les célèbres studios King à Cincinnati. J'ai notamment joué pour James Brown et Freddie King. Puis, j'ai pu enregistrer mes propres compos pour un nouveau label local, Fraternity. C'est par hasard qu'ils ont sorti ma version instrumentale de « Memphis », une face B d'un 45tours de Chuck Berry. Aux Etats-Unis, lorsqu'on joue de la musique un peu spécialisée (NDR : tout ce qui n'est pas de la ‘pop music’), il est difficile de te forger le succès commercial au niveau national. Par contre, tu peux réaliser les meilleures ventes dans certains coins spécifiques. C'est ce qui m'arrivait. Je jouais alors dans tous ces Etats qui voulaient bien de ma musique. J'étais tout le temps en route, c'est la raison pour laquelle on l’appelait le ‘roadhouse rock ou blues’. Les roadhouses ce sont ces gargotes que l'on croise le long des routes nationales aux States.

Est-ce la raison pour laquelle tu as participé aux sessions d’enregistrement de l'album « Morrisson Hotel » des Doors, pour le titre « Roadhouse blues »?

En fait, à cette époque, j'étais sous contrat chez le label Elektra, qui était aussi celui des Doors. Ils n'avaient pas de bassiste, c'est l'organiste Ray Manzarek qui assurait les parties de basse à l’aide de ses pédales. Je suis donc venu pour jouer la basse mais surtout pour accélérer le rythme des sessions ; car ils avaient tendance à mettre en boîte des dizaines de prises pour souvent revenir à la première. En débarquant, je pensais que les sessions allaient être menées rondement ; mais comme d’habitude, elles ont traîné. Morrisson, quand il arrivait, était complètement bourré. C'est pas un grand souvenir pour moi!

Quand es-tu (re)venu au blues?

Je ne suis pas venu au blues. Je ne suis pas un bluesman. Je ne me suis jamais considéré comme un bluesman. Je joue du rock et du rhythm'n'blues, c'est pas la même chose. Bruce Iglauer vient de la même ville que moi dans l'Indiana ; sa mère vivait près de chez moi. Une fois qu'il était dans le coin, il est venu m'écouter et m'a proposé d'enregistrer pour son label de Chicago, Alligator. Je ne connaissais pas cette boîte, alors il m'a envoyé quelques uns de ses disques, comme ceux d'Albert Collins, et ils m’ont plu.

Pourquoi avoir choisi Stevie Ray Vaughan comme producteur de ton premier album sur Alligator (« Strike like lightning ») ?

J'ai habité à Austin, au Texas, pendant quelques années, à la fin des seventies. C'est là que j'ai rencontré Stevie Ray, un gars fantastique. Le premier disque qu’il n’ait jamais acheté était « The Wham of that Memphis man » (NDR : le 1er LP de Lonnie). Je l'ai influencé mais en quelque sorte, il est devenu une influence pour moi aussi. Il a voulu produire mon album. On a vécu des moments magiques comme pour « Greo Cookie Blues », mon hommage à Merle Travis. Nous étions trois, Stevie, mon frère Bill et moi, assis sur le sol des studios avec nos guitares acoustiques. Un grand moment!

Est-il exact que ce sont les pays européens qui te réservent le meilleur accueil?

Nous aimons particulièrement jouer en Irlande, en Hollande, ici en Belgique et puis aussi en Norvège. Nous avons participé à quelques festivals, mais nous fréquentons aussi les petits clubs, c'est très bien ainsi!

Qu’est ce que tu écoutes, comme musique ?

J'écoute de la country bien sûr et puis des groupes de R&B comme les Allman Brothers, ZZ Top, des artistes qui jouent du ‘southern rock’ (NDR : il en est sans nul doute lui-même le précurseur). Il y a énormément de très bonnes formations aux States, au Texas, dans le Tennessee, à Memphis, mais ils ne sortent guère en dehors de chez eux. J'habite maintenant près de Nashville, la capitale du country.

(Article paru dans le n°7 de novembre 1992 du Magazine Mofo)

 

Les Panties

Les Panties dévoilent tout!

Le 30 juin dernier, le groupe bruxellois Les Panties accordait un concert remarqué au T.A.G. de Saint-Josse (Bruxelles), dans le cadre des Fantastique.Nights. Une prestation fascinante, hypnotique, dominée par la voix grave et envoûtante de Sophie Frison. Sophie était surtout connue pour ses animations à la RTBF ; mais au sein de ce nouveau projet, elle dévoile un véritable talent de chanteuse et de compositrice. Il n'en fallait pas plus pour nous donner envie de rencontrer cette formation prometteuse.

L'histoire commence à la fin des années 80 lorsque les trois fondateurs, Xavier Fernandez (basse), son frère Hugo Fernandez (batterie, production) et Vincent Lachenal (guitare), décident de faire de la musique ensemble. "On était très influencés par la vague Cure, avec un peu de retard certes", précise Xavier. "On a acheté des instruments pour apprendre à jouer en autodidactes. On avait entre 14 et 17 ans. C'était un petit groupe d'ados. On a juste enregistré des démos sur cassettes sans se produire en concert ni enregistrer d'album." Après quelque temps, l’aventure est abandonnée et ce n'est qu'en 2008 que les trois acolytes décident de déterrer les cassettes et de recommencer à bosser ensemble.

Au bout de quelques mois, ils se rendent compte qu'il manque une 'vraie' voix sur les morceaux et demandent à Sophie Frison, la compagne de Xavier à la ville, de tenter quelques essais. "C'était ma première expérience dans un groupe", se rappelle Sophie. "Auparavant, j'avais juste suivi des cours de chant classique. J'ai improvisé des lignes de chant, puis des paroles et chacun a amené ses suggestions de façon très démocratique, comme tout ce que nous décidons d'ailleurs." Le timbre de Sophie est très particulier ; il évoque Siouxsie dans les aigus mais c'est surtout dans les graves qu'il assied sa spécificité ; et là, on pense surtout à Nico.

Le combo puise ses sources dans la new-wave et le post punk, et en particulier chez  Joy Division et Cure, mais en combinant les spécificités de chacun des musiciens. "Vincent apporte une touche 'power-rock' par son approche ‘Magazine’", précise Xavier. "En fait, nous partageons des goûts très éclectiques, qui englobent aussi des groupes comme Velvet Underground, Justice, A Place To Bury Strangers, Crocodiles, KVB ou The Soft Moon."

Il y a neuf mois, un jeune claviériste, Pony Bambinelli, a rejoint le line up. Passionné par les synthés et les ordinateurs, il apporte une couleur plus moderne, plus 'branchée' au son général. "Mon groupe préféré est Soulwax", confie Pony. "Mais j'aime aussi Justice, Late Of The Pier, etc. "

On l'aura compris : en combinant des musiciens issus de générations différentes, Les Panties dressent un pont entre les musiques du passé et une véritable modernité. Une approche 'rétro-futuriste', en quelque sorte. "Au départ, le son était plus brut, plus postpunk", nous dit Xavier. "Au fur et à mesure, il est devenu plus riche, plus complexe." Cette évolution se retrouve dans les deux compositions ‘Eno Vision’ et ‘Post Eno Vision’, qui font référence au claviériste et producteur notoire Brian Eno. "Les morceaux commencent dans un style typiquement postpunk, mais petit à petit, on déconstruit la structure pour évoluer vers un style plus orienté synthés, plus hypnotique, un peu à la Suicide".

Si le band avoue une passion pour les instruments analogiques, leur démarche n'est pas intégriste. "Nous utilisons beaucoup des émulateurs de sons analogiques sur PC ou MAC", explique Hugo. "C'est plus pratique et également plus économique!"

Une approche très ‘Do It Yourself’ qui a poussé le team à produire lui même son premier single, qui comprend deux faces A : ‘Porkshop’ et ‘Westie’. C'est un 45tours vinyle pressé en 300 exemplaires numérotés. Rétro-futuriste ici aussi ? "Complètement! Nous aimons les beaux objets. Nous avons donc tout conçu nous-mêmes : l'enregistrement dans notre home studio, le 'mastering', la pochette (design par Spike and Jones). L'esthétique est résolument vintage."

Le groupe va même plus loin et envisage de sortir une cassette audio consacrée à deux nouveaux titres. Un code permettant de télécharger les morceaux via internet lui sera attribué : vintage mais adapté à l'époque! Les morceaux sont intitulés provisoirement ‘Endless Day’ et ‘DSK’.

Après des concerts donnés aux Halles de Schaerbeek, La Maison du Peuple, Madame Moustache, à l'Atelier 210 (en première partie de Birdpen), au festival de Bourgeois, aux Fantastique.Nights et au London Calling, le combo se produira au Magic Mirror le 8 septembre prochain. Ne les manquez pas : Les Panties ont promis d'enlever le bas...

Deux extraits vidéo de leur concert aux Fantastique.Nights: ‘Call’ http://youtu.be/b6DZ6Cw_7dQ et ‘Post Eno Vision’ http://youtu.be/cZJG-GJ0Wjw

Les Panties sur Facebook https://www.facebook.com/LESPANTS et Soundcloud: http://soundcloud.com/les-panties

 

Low

La musique est un langage universel…

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Une drôle d’aventure a précédé la réalisation de cet entretien. Low annoncé dans le cadre du festival Cactus, je signale mon intention au label qui distribue la formation de réaliser une interview en compagnie du groupe. Trois semaines avant leur passage à Bruges, l’attaché de presse introduit la requête officielle auprès du label. Aucune réponse. Il tente même un dernier essai via la cellule organisatrice de l’événement. Silence radio. Bref, c’est sans issue. D’autant plus que ce 7 juillet, vers quatre heures du mat’, un SMS me confirme la fin de non recevoir. Pourtant, au cours de la matinée, une petite voix me souffle qu’il reste un petit espoir. Donc je passe deux bonnes heures à griffonner des questions, en me disant qu’elles pourront peut-être servir ultérieurement… Après le set du trio, je retourne au stand presse. Soudain, j’aperçois Alan Sparhawk en conversation avec quelques VIP. J’attends patiemment qu’il termine ce conciliabule pour l’approcher et l’interpeler. Je lui explique les péripéties qui ont émaillé la demande d’interview. Et il me demande si je suis prêt à tenter le coup. OK, mais ce sera sans filet…

On se retrouve donc dans la loge du groupe. Le bassiste est couché sur une banquette et semble se défouler sur un gameboy. Mimi Parker (l’épouse d’Alan) et le tour manager sont face à leurs portables, sans doute absorbés par leurs ‘chats’ échangés sur internet. Le temps de préparer le matos et on entre immédiatement dans le vif du sujet…

Pour enregistrer son dernier opus, la formation a reçu le concours de quelques invités. Dont Matt Bekcley (Katy Perry, Avril Lavigne, Vanessa Hudgen), à la coproduction, aux arrangements de cordes et au mixing. Il participe également aux harmonies vocales. Puis, la violoniste Caitlin Moe et surtout le guitariste de Wilco, Nels Cline, que nous avions eu l’occasion d’interviewer, dans le cadre du festival de Dour, en 2007. Un Cline dont la liste des collaborations est impressionnante. Alan précise « On se connaît depuis longtemps. Même avant qu’il ne rejoigne Wilco. Lors des sessions d’enregistrement, c’est lui qui s’est chargé des soli. On s’est croisé il y na une quinzaine de jours. En fait, Wilco se produisait au même endroit que nous. Et on a passé un moment ensemble ».

A propos de coopérations, Low n’est pas en reste, puisqu’il développe différents projets parallèles. Musicaux, mais pas seulement. The Retribution Gospel Choir, d’abord. Un combo responsable de deux excellents opus, dont le remarquable ‘2’, paru en 2010. « On essaie de jouer autant que possible. ‘2’ est un excellent album. On en a extrait un single avec 4 chansons. La formation a l’intention d’enregistrer d’autres disques. » The Hospital Choir ensuite. « On a sorti un single qu’on interprète encore. On a accordé de rares concerts, mais jamais accompli de tournée ». Black Eyed Snakes encore. « Ce concept remonte déjà à quelques années. En fait, on s’est investi pour des tas d’amis (NDR : Rivulets, Haley Bonar, etc.), mais toutes ces entreprises nous ont coûté beaucoup d’argent. On a mis la pédale douce, maintenant. On s’est encore embarqué dans l’aventure The Murder of Crows, dont la violoniste s’appelle Gaelynn Lea. Le disque est instrumental et, je pense, s’inscrit dans la lignée de Dirty Three. » Egalement une pièce de danse contemporaine baptisée ‘Heaven’. « On a été très occupé par ce projet pendant deux ans. Il ne se limitait pas à la bande originale. On a aussi participé à la représentation. Qui a exigé énormément de travail. Bien plus que lors d’une tournée d’un groupe de rock’n’roll. Mais c’est énormément de boulot pour très peu de spectacle. Et rien n’a été ni enregistré, ni filmé. C’est étrange et frustrant à la fois… » Humanitaire enfin : la construction d’une école au Kenya. « Ce n’était pas un grand sacrifice. On connaissait un ami qui vivait dans un village masaï et on lui a demandé ce qu’on pouvait faire pour les aider. Donc on a accordé quelques shows à la Noël dont les bénéficies ont été versés à cette cause. On aurait pu en faire davantage. Et puis, c’était une opportunité pour visiter ce coin d’Afrique. Un endroit incroyable ! Mais en fait, c’est plus le responsable de l’opération qui était engagé. Nous on a simplement financé le projet. C’est tout ! »

Daniel Lanois se produisant au cours de la soirée, en vedette, il était intéressant de demander si un album de Low pourrait un jour être produit par le Canadien. Et comme il est à la même affiche, pourquoi ne pas lui proposer, éventuellement, ce soir… Alan réagit : « Il en avait été question, il y a quelques années. C’était une idée qu’il avait en tête, à l’époque où il avait son studio à la Nouvelle-Orléans. On y était même allés, mais il n’y a pas eu de suite. Ce sera peut-être pour une autre fois. La porte reste ouverte… » Mais n’est-ce pas aussi un problème de coût ? Alan admet : « Oui probablement. Et puis, chez Lanois, il a des aspects que j’apprécie et d’autres moins. Son univers est tantôt proche du mien. Notamment dans la manière de jouer de la guitare. Dans la recherche de l’esthétique. Tantôt aux antipodes. C’est plutôt une relation amour/haine… »

Neil Young et Dylan sont deux artistes auxquels Alan voue une grande admiration. Il confirme. « Oui, en fait, ils viennent plus ou moins de ma région (NDR : le Minnesota est un Etat du Mid-Ouest des États-Unis, dont la frontière Nord est formée par les provinces canadiennes du Manitoba et de l'Ontario). C’est un peu une fierté d’appartenir à cette zone d’Amérique où ont grandi Neil Young (NDR : il est né à Toronto) et Dylan (NDR : Le Zim, à Duluth). Il est certain que Neil Young me parle et plus récemment Dylan. A un certain moment, tout artiste doit être confronté à de grands songwriters. Ce qui fait sens. J’ai écouté de manière obsessionnelle les albums de Dylan. Même les bootlegs. C’était il y a deux ou trois ans… »

A propos de Neil Young, en assistant au set accordé juste avant cet entretien, j’ai ressenti chez Alan, dans sa manière de jouer, le feeling du ‘loner’. Et puis, parfois, quand le tempo s’élève, un rythme tribal que l’on retrouve chez les Indiens d’Amérique. « C’est intéressant ce que tu me dis. Au départ, notre style est minimaliste. Mais le minimum de musiciens doit être capable d’en faire le maximum. C’est un peu comme si j’avais recours à d’autres collaborateurs. Au fil du temps, on est parvenu à créer de l’intensité sans avoir recours aux rythmes normaux du rock’n’roll, sans ses trucs et ficelles. Par rapport au set, je suis d’accord avec toi. Tout d’abord je joue d’une Les Paul, comme lui. Mais ma manière de jouer est plus relâchée. Moins précise. Perso, c’est très expressif. C’est dans l’instant présent, dans le feu de l’action. Et à un certain moment, je m’autorise ce genre d’extra. C’est un peu comme si j’utilisais les mêmes outils que Young. Mais ce n’est pas intentionnel, c’est plutôt comme une mutation, une dérive dans mon jeu. Après une vingtaine d’années de pratique de la guitare, j’essaie d’en jouer le plus spontanément possible… »

Pour Sparhawk, la musique véhicule une forme de spiritualité. Peut-être comme le gospel… Il s’épanche : « La musique est un langage universel. Elle n’est pas nécessairement spirituelle. Ce n’est pas une religion. C’est une langue que nous parlons. C’est la raison pour laquelle tout le monde l’aime, depuis les temps immémoriaux. Dans ce domaine, l’expérience la plus importante de mon existence est apparue, lorsque je me suis rendu compte que je touchais à la réalité, à la vérité. Et c’est chaque fois arrivé lors d’un moment en relation avec la musique. Une bonne partie de ma foi se décline autour d’elle. Depuis mon enfance. C’est une révélation qui me permet de voir la vérité à travers une chanson spécifique. Comme serviteur de Dieu, c’est la foi pour mon Eglise, un prophète ou même Joseph Smith (NDR : fondateur du mormonisme) qui me pousse à écrire. Ce qui peut sembler stupide ; mais beaucoup de gens comprennent ce que je raconte, car de nombreuses expériences spirituelles sont liées à la musique… »

(Merci à Vincent Devos)

 

Ian McCulloch

Le plus grand fan de Leonard Cohen au monde…

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Après avoir quitté le navire en déroute, le capitaine des Bunnymen s'est lancé dans une traversée en solitaire. Premier opus mi-figue, mi-raisin, « Candleland » était un coup dans l'eau. Sur « Mysterio », Ian McCulloch aborde à nouveau les rivages magiques de son glorieux passé. Rencontre sur fond de nostalgie

J'ai passé la soirée d'hier au DNA... J'ai toujours de bons amis ici Bruxelles. On a eu de très bons contacts avec des Belges, comme Bert Bertrand (NDLR : figure de légende du journalisme rock belge, collaborateur à ‘Télémoustique’, ‘More’ et ‘En Attendant’). La Belgique reste un endroit particulier pour moi. On a joué ici pas mal de fois...

Le point culminant de la carrière des Bunnymen en Belgique était sans doute le festival de Torhout-Werchter... Tu en gardes un bon souvenir ?

Oui, l’édition qui accueillait Iggy Pop. L’atmosphère était très particulière. Ce n'est pas vraiment le genre d'endroit où j'aime me produire, mais c'était agréable. Je me souviens qu'il y avait quelques fans devant la scène, c'était chouette.

Comment était l'ambiance au sein du groupe à cette période? Ca sentait le sapin, non ?

Oui, c'était presque l’épilogue. Et c'est pourquoi ce genre de concert était agréable. C'était un divertissement qui nous permettait de ne plus être vraiment Echo & The Bunnymen. A la fin, tout ce qui me permettait d'échapper à la routine était bon à prendre... Des concerts que nous avons accordés ici, je me souviens surtout de ceux du Plan K. Notamment celui au cours duquel pour partagions l’affiche avec Teardrop Explodes. Nous avions joué à pile ou face pour savoir qui passerait en vedette. Et comme nous avions perdu, nous sommes passés en premier. Or, le public ne voulait pas nous laisser quitter la scène. C’était dur pour Teardrop... Chez les Bunnymen, de toute façon, on a souvent vécu la même histoire ; parfois on pouvait être fantastiques, parfois on faisait de la merde.

Il y a deux ans que ton premier album solo est sorti. Tu es resté assez discret depuis. Ces deux années ont été difficiles ?

Non, après ce disque, j'ai beaucoup tourné. Je n’ai pas été inactif pendant deux ans. Mon emploi du temps a toujours été chargé ; et puis j'ai une famille. J'ai juste passé trois mois à ne rien faire. Le reste du temps, j'ai bossé. J’ai assisté à pas mal de matches de football, aussi. A mon âge, je ne ressens plus l'envie de faire le forcing pendant un mois. Je veux être tout à fait sûr de ce que je fais. Si j'avais à nouveau le temps, je ferais « Heaven Up Here » autrement. « Crocodiles » autrement. Tout différemment.

Peux-tu te permettre de prendre ainsi ton temps vis-à-vis de ta firme de disques?

Oh non, ils n'aiment pas ça. Je n'aime pas trop non plus. Mais si ça doit prendre du temps, ça prendra du temps. J'aimerais pouvoir accomplir les choses très vite, mais ce n'est pas possible, surtout quand on tourne. Je dispose déjà d’une dizaine de chansons pour le prochain album, mais je ne sais pas si je vais les utiliser dans l'état actuel ou changer les textes ou certaines choses...

Qu'est-ce qui vient en premier d'habitude, les textes, les musiques ?

D'habitude c'est un riff sur une guitare. Les textes viennent s'ajouter seulement après.

N'as-tu pas été déçu par le relatif insuccès de ton premier album solo?

Il a été reçu bien mieux que le dernier des Bunnymen auquel j'ai participé. Pour moi, c'était un pas en avant. Et plus c'était en pleine période d'explosion des Stone Roses, des Happy Mondays et de toute cette vague.

C'était une mauvaise période pour toi ?

Non, je ne pense pas que c’était l'antithèse de ce que je fais. C'était complémentaire. Je sais à quel point j’ai –ou les Bunnymen ont– influencé des groupes comme les Stone Roses ou les Happy Mondays. Et puis, « Candleland » n'a pas trop mal vendu. Rien d'extraordinaire, mais beaucoup mieux que « Crocodiles » quand il est sorti. Donc je n'ai pas été déçu. J’ai pris les choses avec philosophie. Ce nouvel album va s’écouler beaucoup plus. Il plaira beaucoup davantage au public qui aime ce que je fais. Celui qui me perçoit comme un chanteur de rock sera agréablement surpris par des chansons comme « Damnation ».

C’est un clin d'œil adressé à Jesus & Mary Chain ?

Je ne crois pas qu’ils aient un jour écrit une aussi bonne chanson. C’est ainsi qu'ils devraient sonner. Ce qu’ils font aujourd'hui a été trop entendu. Perso, leur style actuel me rappelle les premiers Bunnymen et, de toute façon, les Mary Chain m'ont toujours fait penser aux débuts des Bunnymen. Ils étaient d' ailleurs nos grands fans. C'est marrant comme les temps changent ; aujourd'hui les journalistes me disent que je ressemble aux Mary Chain, alors que la vérité a toujours été inverse.

Tu as aussi bénéficié de diverses collaborations sur cet album...

Ce ne sont pas vraiment des collaborations, mais seulement de la production. Bien sûr, le travail d'un producteur est important pour superviser le tout. Je ne peux jamais m'astreindre à rester longtemps en studio. Je me rends souvent dans les pubs, pour prendre un verre. Je ne me concentre pas assez. Ils sont importants, parce qu’ils m'empêchent d'aller au pub.

C'est assez étonnant de voir le nom de Mark Saunders accolé au tien. Il est connu pour ses mises en forme dance...

C’est suite au traitement réalisé pour le « Never Enough » de The Cure, dont il mixé le dernier album. Il beaucoup bossé ces derniers temps. Ce n'est pas un fantastique producteur, mais ce qui me plaît chez lui, c'est qu'il m'a laissé m’exprimer. Contrairement à quelqu’un qui sait ce qu’il veut mais dont le produit fini lui ressemble. Les chansons qui lui incombaient restent mes préférées

Pourquoi avoir choisi de travailler avec Robin Guthrie, des Cocteau Twins ?

Après avoir confié quelques chansons à Mark, je voulais changer. Et puis nous sommes amis, Robin et moi. Nous partageons le même manager, aussi.

Tu aimes leur musique ?

Euh, en fait non (rires). Ce n’est pas que je la trouve nulle, mais elle m’ennuie un peu. J’aime bien certains aspects de leur musique. Surtout la voix de Liz Frazer qui est vraiment fantastique. En fait, c’est parce qu’il est un ami que j’ai travaillé avec lui. Même chose pour Henry Priestman, des Christians. Sa musique n’a pas grand-chose à voir avec la mienne, mais celle qu’il apprécie est très différente de celle qu’il écrit. Il aime beaucoup les trucs psychédéliques des sixties et ce genre de choses. Mais quand il écrit des chansons, elles ressemblent toujours à celles des Christians, c’est plus fort que lui… Je sais qu’il a une bonne oreille parce qu’il a travaillé sur « Lover », ma reprise de Leonard Cohen. On avait déjà accompli l’essentiel du boulot, mais il a apporté le ‘groove’ que je cherchais.

Mais pourquoi avoir choisi cette chanson de Leonard Cohen ?

Parce que peu de gens la connaissent et qu’elle n’a jamais été terrible sur disque. Live, Leonard Cohen en réalise une version géniale, on dirait du rap ! En 85 je l'ai vu à Londres, Birmingham et Dublin et à chaque fois cette chanson m'a foutu des frissons, elle possédait un groove naturel.

En compagnie des Bunnymen, tu chanté pas mal de reprises ; mais tu as déclaré, il y a deux ou trois ans, que tu ne reprendrais jamais de compo de Brel ni de Leonard Cohen, de peur de ne pas leur rendre justice. Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis?

Oui, je voulais rester un fan. Et puis est né ce projet de ‘tribute’ « I'm Your fan ». On me proposait de choisir la chanson que je voulais. Je n'étais pas très chaud ; mais comme je me suis toujours considéré comme le plus grand fan de Leonard Cohen dans le monde, particulièrement dans celui des musiciens, j'ai accepté. Je ne voulais pas qu'un disque pareil sorte sans moi. Et puis même si j’avais refusé, en me considérant au-dessus de ce projet, je l'aurais regretté à sa sortie. Mais j'aurais préféré qu’une face me soit réservée et l’autre à Nick Cave. En acceptant un tel challenge, je prenais aussi un risque. Pourtant, je suis plus fan aujourd’hui que jamais.

Et puis, oser des reprises, n'est-ce pas aussi une manière de t'affirmer en tant que chanteur ?

Oui, je pense que je dois pouvoir chanter une grande palette de styles. J'en suis capable. J'aime Tonny Bennett, Frank Sinatra mais aussi The Sugarcubes. C'est effectivement une manière de prouver que je suis apte à interpréter un autre répertoire que le mien.

Un phénomène demeure mystérieux chez les Bunnymen : vous aviez la voix, les chansons, le look, mais le groupe n'est jamais devenu l’égal de groupes comme The Cure, U2 ou même Simple Minds...

J'étais trop occupé –nous étions trop occupés– à vouloir rester le groupe le plus cool. Je crois que c'est une attitude spécifique aux gens de Liverpool. Tant qu’on est les plus cools, on est les meilleurs. Y compris pour un groupe ou un artiste. C’est pareil dans notre manière de supporter l'équipe de football de Liverpool : même si on était relégués en deuxième division, on considérerait toujours qu'on est les plus forts. Quand U2 est devenu énorme aux States, on s'est dit ‘pffftt ! et alors, on est quand même les meilleurs...’ Et puis notre manager, Bill Drummond qui est maintenant dans KLF, n'a jamais exploré tout notre potentiel. U2 et Simple Minds possèdent des managers qui ont fait le maximum pour eux. Bill qui est écossais, préférait nous envoyer en Islande... Ce n'était pas une mauvaise idée en soi, juste un peu bizarre. Et puis à l'époque, nous ne pensions vraiment qu'en fonction du NME et du Melody Maker ; on ne se tracassait pas pour la France, l'Allemagne ou que sais-je?

Tu n’as pas de regrets à ce propos ?

Des regrets? (longue réflexion). Non, car je pense que je suis dans une position qui me convient particulièrement sur cet album. Après « Candleland », certains ont imaginé que j'étais perdu ; mais grâce à « Mysterio », j'approche de nouveau de la réussite de « Crocodiles ». Etre capable de sortir « Damnation » de ma tête est plus important pour moi que démontrer être devenu un adulte. Je ne voudrais pas me retrouver dans la position de U2, de toute façon. Ce qui me rend vraiment triste, c'est qu'Echo & The Bunnymen ait continué sans moi, qu'ils aient gardé le nom...

Tu as souvent déclaré ‘Je suis le meilleur chanteur du monde’ ou ‘Je suis le sex-symbol des années 80’. Cette attitude arrogante t'a-t-elle vraiment servi?

Mais c'était vrai! (rires) C'était une forme d'humour, de toute façon.

A propos de dérision, tu apprécies KLF?

J'adore! Pas seulement parce que j'aime bien Bill et sa manière de concevoir la musique. Ce groupe est plein d'humour. Et puis, j'ai eu recours à leur ingénieur du son sur deux titres de l'album.

Tu aimes le “Echo & The Bunnymen Mix” de What Time Is Love?

Je n'ai pas entendu. C'est bien? Et l'album d'Echo & The Bunnymen sans moi? Comment était-ce?

Tu ne l'as même pas écouté?

Non. Est-ce que le chanteur n'était pas merdique? C'était pas vraiment le meilleur chanteur du monde, hein?

(Article paru dans le n°3 du magazine Mofo de mai 1992)

 

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