Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

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The Lemonheads rendent hommage à Townes Van Zandt

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The Cure
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The Kills

Les Bonnie & Clyde de la musique.

Alors que le concert des Kills du 11 juin prochain, à l'AB, est déjà complet, nous avons décidé de nous pencher encore une fois sur ce duo terriblement sexy, sorte de " Bonnie & Clyde " de la cause rock'n'roll, dont le premier album, " Keep on your mean side ", se révèle l'une des claques les plus jouissives de ces derniers mois. Violentes et primitives, hypnotiques et électriques, les chansons des Kills boutent le feu aux bonnes manières rock, faisant la nique à tous ces groupes qui croient que le rock n'est qu'affaire d'attitude. Pas de ça chez les Kills : VV (Alison Mosshart) et Hotel (Jamie Hince) n'ont d'autre arme que leur sincérité, plus quelques morceaux sauvages et rageurs, sans pathos ni paillettes. Et une rage impressionnante, face à la médiocrité, face à ce système qui détruit et humilie. Ce qui frappe chez ce couple, punk dans l'âme mais humble et sympathique, c'est ce dégoût de la société, qu'il tente d'exorciser dans ce rock serré, furieux et authentique. VV et Hotel vivent pour leur musique, d'une manière presque effrayante. Comme si leur vie en dépendait. Comme s'ils se sentaient investis d'une mission. Sauver le rock ? Bien sûr que non. Juste s'abandonner corps et âme dans ce qu'ils font le mieux : jouer une musique écorchée et diabolique, dompter l'électricité, lui faire subir les pires outrages, jusqu'au cri libérateur, cette explosion finale qui crame nos neurones et nous laisse, lessivés mais comblés, sur le tapis. Nous les avons rencontrés à Bruxelles, après leur excellent concert au Botanique.

Parlez-nous de vous… Quelle est votre histoire ?

Hotel : VV vient de Floride. La première fois que je l'ai vue, c'était à Londres : elle jouait dans un groupe (NDR : Discount), qui accomplissait alors en tournée en Angleterre… Mais je l'ai vraiment rencontrée dans un bar. Elle était assez timide, on ne se parlait pas… Quand j'ai vu son groupe sur scène, même si ce n'était pas vraiment mon genre de musique, j'ai été très impressionné : je n'avais jamais vu quelqu'un jouer comme ça. Le changement était incroyable : au niveau social elle était très timide et bizarre, mais une fois sur scène, on aurait dit qu'elle y était née. J'ai alors pris mon courage à deux mains et je suis allé lui parler. Nous avons alors fait une sorte de pacte : devenir les Bonnie & Clyde de la musique.

De quand date cette rencontre ?

H. : C'était en 1998-99… J'étais vraiment sous le charme de sa performance. Ce n'était pas la musique, genre disco-pop, qui m'avait touchée, mais elle seule. D'ailleurs elle n'en était pas l'auteur. Elle était un peu la mauvaise personne dans le groupe. La cinquième roue du carrosse

Pourquoi ces pseudonymes?

VV : Quand nous avons commencé à faire de la musique ensemble, on s'est dit " oublions ce que nous avons fait avant ", " faisons table rase du passé ". Nous avons décidé de nous appeler VV et Hotel dans cette optique, comme si nous étions de petits enfants… Ca n'a pas vraiment de signification, mais ça faisait partie de notre mentalité à ce moment-là.

H. : Lorsque nous avons démarré nous n'avions rien, nous étions enfermés dans une cave à jouer de la musique, nous n'avions aucune idée qu'un jour on pourrait s'intéresser à ce que nous faisions… Nous avions de réelles ambitions quant au groupe, mais nous n'avions jamais pensé que tout ceci pourrait se réaliser un jour… Ce n'est que maintenant, avec les interviews notamment, qu'on commence à y donner un sens. Mais à l'époque nous n'y pensions pas. Ce nom, cela symbolisait ce que nous voulions représenter… Maintenant nous devons le justifier, mais à l'époque c'était sans grande arrière-pensée.

Est-ce délibéré de jouer en duo, et cette manière de composer sans batterie a-t-elle une signification particulière ?

H. : Quand nous écrivons, nous jouons l'un pour l'autre, et nous tapons du pied pour donner le beat. On n'a pas besoin de batterie (un temps). Je n'aime pas la batterie.

Vous n'avez jamais pensé à engager un batteur ?

H. : Oui mais personne n'a rejoint le groupe. La batterie peut vraiment influencer le groupe et sa manière de sonner, et nous ne voulions pas de çà. Nous voulions juste une sorte de métronome, un beat basique, qui donne le rythme, à la Jesus & Mary Chain, ou comme chez Bobbie Gillepsie et Moe Tucker.

Votre musique est très brutale et très simple à la fois, ce qui crée un sentiment d'hypnose. Est-ce important pour vous d'arriver à ce son hypnotique, à cet état de transe ?

H. : C'est ainsi qu'on a fini par écrire. VV a une véritable envie d'écrire mais elle n'a pas de background : ce qu'elle fait avant tout, c'est frapper sa guitare. Aucune mélodie ne sort de sa guitare, mais c'est la façon dont nous composons la plupart de nos chansons, parce que cela reflète notre manière de jouer ensemble. On aime la répétition, la simplicité. C'est ce qui nous touche. VV aime par exemple le " 4-Track Demos " de PJ Harvey, Spacemen 3 et les trucs solo de John Cale… C'est le genre de trucs qu'on écoute souvent, à la fois binaires et puissants. Comme on n'est que deux, c'est tout naturellement vers cela qu'on s'est orienté.

Les paroles vont aussi dans ce sens…

H. : Les paroles sont très spontanées : je ne me souviens pas d'une chanson où nous nous serions assis en pensant à ce que nous allions écrire. Nous jouons et nous chantons à l'arraché, ce qui explique la simplicité de nos textes… Et aussi pourquoi la plupart d'entre eux sont stupides ! (rires). Je ne sais pas… Quand nous avons commencé à jouer à deux, nous ne pensions pas à écrire des paroles, à faire des enregistrements : nous aimions juste jouer. Après avoir joué pendant 2 heures la même chose, on finit par perdre toute son inhibition, et alors on chante des trucs auxquels on pense vraiment plutôt que de chanter des trucs qu'on pense qu'on devrait chanter. C'est le genre de limites qu'on a toujours voulu dépasser.

Quand on vous voit en live, on ressent bien cette perte d'inhibition. C'est un peu comme un trip.

VV : Je suis d'accord : c'est comme un road trip… Ca n'a rien à voir avec ce que nous étions en train de faire avant le concert, et pas davantage avec ce qui se passera après. Quand on est sur scène on ne pense à rien, on oublie ce qui s'est passé ce jour-là… Je ne sais pas vraiment l'expliquer mais c'est cool. J'attends ce moment toute la journée…

On a vraiment l'impression qu'en jouant vous vous libérez.

H. : Oui nous sommes très différents sur scène et dans la vie quotidienne. Mais ce n'est pas une performance. Plutôt une hibernation : pendant toute la journée on " hiberne ", on rassemble toute notre énergie jusqu'à notre montée sur scène. Certaines personnes savent pourquoi ils sont là, d'autres pas… Ceux-là cherchent toute leur vie la raison pour laquelle ils ont été mis sur terre. Moi je ne me suis jamais posé cette question : je sais pourquoi. C'est pour ces moments sur scène, quand on peut devenir à demi-fou, laisser sortir toutes ses inhibitions…

VV. : C'est incroyable cette sensation. Les jours où on ne joue pas, on devient presque fou. C'est comme une sorte de drogue…

On ressent aujourd'hui un nouveau regain pour le rock'n'roll. Avez-vous l'impression que ce revival n'est ressenti qu'ici, parce qu'aux USA on n'a jamais arrêté d'en jouer ?

VV. : Je n'ai jamais entendu parler des Strokes ou des White Stripes quand j'étais encore aux USA, mais bon ça fait déjà 3 ans que je vis en Angleterre. En même temps c'est super facile de jouer dans un groupe aux States : avec mon ancien groupe j'ai fait des tournées pendant 7 ans, sans que personne n'ait jamais entendu parler de nous… En fait, on peut facilement s'y cacher.

Ne pensez-vous pas que ce revival vous sert pourtant d'une certaine manière, grâce à la médiatisation ?

H. : (s'énervant) Je m'en fous ! Qu'est ce que ça veut dire le garage ? ! Plus personne aujourd'hui ne répète dans un garage ! Personne ne sait vraiment ce qu'est le rock'n'roll… L'idée qu'il y a une nouvelle révolution, c'est une blague, c'est de la foutaise… Nous jouons de la guitare depuis l'école, alors que tout le monde s'en foutait, car nous n'avions pas envie de faire ça pour l'argent, pour vendre, pour le succès. Pour nous, il n'y avait pas d'autre alternative : c'était notre seule façon de nous exprimer, d'évacuer nos frustrations. J'ai eu un autre groupe (NDR : Scarfo) avant The Kills, et on n'a presque rien vendu. Mais j'ai continué. Je n'avais pas de boulot pendant des années, j'étais au fond du trou et j'avais honte, mais je continuais. C'est peut-être devenu à la mode, mais j'en ai rien à foutre. On n'a pas sauté sur l'occasion, on n'est pas des opportunistes, on n'a pas triché, parce qu'on le faisait déjà depuis longtemps. Et dans l'indifférence la plus totale.

Vous semblez accorder beaucoup d'importance à votre liberté, à votre indépendance. Vous refusez tout compromis. Est-ce que des groupes comme Fugazi vous ont influencé dans ce sens ?

VV : C'était le premier groupe que j'ai écouté et je les écoute toujours. La liberté artistique et la liberté en général sont des notions très importantes. Ne pas devoir écouter ce que les autres disent, c'est important, car ça peut vous détruire… Nous avons été signés sur un petit label (NDR : Domino) pour presque rien, et donc on peut faire ce qu'on veut. C'était notre souhait… On voulait travailler avec des gens qui ont envie qu'on fasse ce qu'on a envie de faire, et qui ne nous disent pas ce qu'ils veulent qu'on fasse. Sinon, on ne parle plus de musique.

H. : Ce n'est pas comme si on s'était assis pour réfléchir sur notre façon d'agir… Si vous êtes végétarien, vous n'entrez pas dans une boucherie… On sait ce qui est juste pour nous et ce qui ne l'est pas. On n'est jamais allé voir chez les majors pour voir ce qu'on ratait… On savait quel label aurait un sens pour nous, lequel nous conviendrait. On voulait un label qui nous donne autant de liberté possible, un label qui soit aussi proche de nous que si on avait notre propre label, point barre. Maintenant, que certaines personnes nous prennent pour des idiots, on s'en contrefout. Si l'argent m'intéressait vraiment, je n'aurais pas perdu mon temps à faire de la musique… J'aurais fait quelque chose d'autre dont mes parents auraient pu être vraiment fiers…

Cette photo de Florence Rey sur la couverture de votre EP (" Black Rooster "), c'est symbolique de cet état d'esprit ?

H. : J'ai été touché par ce qu'ils ont fait (VV acquiesce), même si c'est affreux… (NDR : le couple Rey est à l'origine d'une sanglante virée ayant défrayé la chronique il y a quelques années en France). Ils sont le symbole d'un certain nihilisme…

Cela rejoint votre idée d'être les " Bonnie & Clyde du rock'n'roll "…

H. : Je lisais, il y a peu, l'autobiographie d'Eddie Sedgwick. Elle était une sorte de produit de son temps, formatée par la société, qui voulait une célébrité dans son genre. Elle a accepté d'endosser ce rôle, et ça l'a finalement détruit… C'est la même chose concernant Florence Rey. Elle est l'incroyable reflet de notre époque. Aujourd'hui, la société ne peut maîtriser les gens qu'avec des cartes de crédit… On peut toujours rabaisser les gens mais certains finiront toujours par réagir, parce qu'ils sont trop intelligents pour se laisser entuber (VV hoche la tête, l'air amoureuse)… Et çà c'est admirable. C'est pour ça que j'estime qu'il est difficile de condamner cette affaire. Je pense qu'elle représente bien notre société.

Ces prises de position, on ne les ressent pourtant pas dans vos textes.

H. : En effet, mais ça ne m'inspire pas d'écrire des textes dans ce sens… Il n'y a pas l'amour d'un côté, et la politique de l'autre. On ne passe pas de l'un à l'autre, c'est lié. Il y a de la politique, et de l'amour, dans chaque chose, dans chacune de nos discussions. C'est pour cela que je n'aimerais pas écrire des chansons exclusivement politiques : en fait, si on veut, il y a des chansons d'amour et des " protest songs " dans tout ce qu'on écrit…

VV, tu viens des USA, et Hotel de Grande-Bretagne : une union, en ces temps de guerre, qui peut prêter à sourire (ou plutôt le contraire). Qu'est-ce que vous pensez de tous ces artistes, justement, qui font de la politique via leur musique, comme dernièrement les Beastie Boys ? Saul Williams ou encore R.E.M. ?

VV : Je n'écoute pas ce genre de musique, et je ne regarde pas la TV ni n'écoute les infos.

H. : Quand Bob Dylan écrivait des protests songs, c'était nouveau. Maintenant c'est bourré de clichés… quant à le faire, autant que ce soit bon. Ca ne sert à rien de faire sa grande gueule, ça ne veut plus rien dire aujourd'hui, ce n'est plus radical. Il faut essayer de faire autre chose. La seule chose que ça veut dire, c'est que je fais partie de la société, et donc que je fais partie de la majorité.

Est-ce que la musique, le rock peut quand même encore, selon vous, jouer un rôle politique ?

H. : Elle peut jouer un rôle, mais ce n'est plus comme dans les années 60, quand la culture jeune pouvait faire passer un message par la musique, comme lors de la guerre du Vietnam. Mais ça n'arriverait plus aujourd'hui. Maintenant les temps ont changé : c'est le capitalisme, et tout le monde est d'accord pour amasser du blé, de quoi vivre confortablement et acheter des bières. C'est cela qui unit aujourd'hui les gens : ils ne sont plus unis par une protestation contre la guerre.. Il faudrait trouver des choses plus radicales, qui créeront un choc… Les choses sur lesquelles on s'appuyait dans les années 60 ne signifient plus rien aujourd'hui.

Pensez-vous pouvoir créer un tel choc, comme dans les années 60 ?

H. : Ce qui est intéressant à notre époque, c'est qu'on ne peut rien prévoir, tout est incontrôlable. Le seul départ confortable pour moi, c'est le nihilisme. Tout le monde est d'accord pour dire que la démocratie est quelque chose pour laquelle il faut lutter. En ce qui me concerne, je pense que c'est de la merde, mais bon… Si on est d'accord pour dire que la liberté est synonyme de démocratie et qu'il faut lutter pour ça, pour finalement se rendre compte que le genre de société qu'on veut est celle qui promeut un haut standard de vie, alors il faut vraiment accepter beaucoup de choses… Et c'est la merde. Nous devenons avides et peu scrupuleux, alors que c'est ce que nous avons construit. Si on y est opposé, il faut se mettre sur le coté. Et c'est ce qu'on fait. On joue de la musique, point barre. En regardant le monde voguer à sa perte.

Tuxedomoon

La vie, ce n est pas traverser la rivière deux fois au même endroit...

Écrit par

Ce 20 septembre dernier, Tuxedomoon se produisait dans le cadre des Nuits Botanique. Consacrant le dernier jour du festival d'une prestation 3 étoiles. Deux bonnes heures avant ce set, Blaine Reininger et Steven Brown ont accepté de nous parler. De leur vision de la musique d'abord. Qui est toujours demeurée alternative ! De leur reformation aussi, bien sûr. Qui ne nous laissera pas sur notre faim, comme en 1987. A cette époque, le groupe s'était simplement réuni pour fêter le dixième anniversaire de sa naissance; se contentant alors de sortir une compile. Bonne nouvelle donc, ce come-back est assorti d'un nouvel album…

Blaine précise : " Sa sortie est prévue pour avril 2004. Nous y avons privilégié la sensibilité moderne. Post moderne. Enfin pas trop moderne quand même (rires). Aujourd'hui, nous sommes plus âgés. Nous avons tous la cinquantaine, et notre création est plus mûre… C'est un disque beaucoup plus instrumental. On y a inclus de l'électronique, mais pas au point de dériver dans la ‘trance’ et ses boîtes à rythmes 'tchack tchack boum'. En fait, il s'inscrit dans la lignée de ce que nous pratiquons depuis longtemps et que nous avons pratiqué avant les autres ". La musique électronique, Blaine et Steven l'avaient expérimentée fin des seventies, lorsque étudiants, ils fréquentaient le City College de San Francisco. Des recherches particulièrement poussées qui leur permettent aujourd'hui d'avoir un regard critique sur ce qui se pratique aujourd'hui, dans ce domaine. Qu'ils qualifient, le plus souvent, de recyclage. Et Steven de faire une comparaison très pertinente : " Qu'est ce que la techno, si ce n'est du disco ? En plus rapide. Mais avec plus de moyens. "

Un quart de siècle plus tôt, Blaine et Steven s'étaient également essayé à l'art-rock. Plus de l'art que du rock, d'ailleurs. Afin d'atteindre l'expression la plus noble de leurs sentiments, pendant près de deux ans, ils vont monter des shows qui ressemblaient davantage à des attractions de cabaret ou de théâtre. Et de recyclage, on en revient forcément, lorsqu'on leur parle de culture. Blaine en particulier : " Nous sommes aujourd'hui à l'âge du pastiche, du bricolage. C'est la décadence ! Moi-même je bricole, je pastiche, je fais des montages. Avec des images, avec des idées. Mais je suis un peu triste, parce que le sentiment de classicisme a pratiquement disparu. Peut-être qu'à l'avenir on retrouvera une nouvelle forme de classicisme. Une innocence créative." Faut dire que si Steven aime écouter Eno et Stockhausen, Blaine apprécie plus particulièrement Vivaldi, Bach et accessoirement le rock'n roll. Steven constate amèrement : " Il y a trop de musique. Tout le monde et n'importe qui peut faire de la musique. Chez lui, sur son petit computer, il peut y créer tous les effets technologiques souhaités en les téléchargeant gratuitement sur internet. C'est ça aussi la décadence. Mais elle va mûrir pour préparer le terrain à quelque chose de nouveau, c'est évident. En attendant, pour des gens comme nous, cette situation est assez difficile à vivre. " Blaine pousse la conversation encore plus loin : " On est toujours à la recherche de nouvelles tonalités, de nouvelles idées. Mais ce n'est pas toujours possible. Et uniquement se concentrer sur l'expérimentation est de la folie pure. Dans l'histoire de l'art, cette recherche permanente n'a pas toujours existé. Car le souffle créateur de la musique, de la poésie, de la littérature, etc., n'est pas infini. Pour écrire une bonne symphonie, il n'est pas toujours nécessaire de créer un nouveau système de composition, de nouvelles sonorités. Je pense que l'aspect humain, la communication avec les autres et le sens de l'existence sont beaucoup plus importants. Dans l'histoire de l'art, on a vécu de grandes époques. La période baroque a sans doute été une des plus riches. Cette époque a enfanté de nombreux compositeurs. Puis elle s'est essoufflée. Mais elle n'a pas fait immédiatement place au néobaroque. On ne peut pas prévoir à l'avance si on va vivre une période créative ou pas. Dans le domaine de la pop et du rock, les années soixante sont considérées comme un âge d'or. Pourtant, il y a eu des choses intéressantes dans les 70's et les 80's. Mais tout le monde rêve de revivre ce phénomène sixties. C'est comme lorsque tu fais l'amour et que tu as un orgasme merveilleux. Ce n'est pas prévisible ! "

Tuxedomoon est donc né de la rencontre entre Blaine et Steven. En 1977. Après avoir commis quelques singles, la formation se retrouve, tout comme les Residents, MX80 Sound et Chrome, sur un elpee intitulé 'Subterranean Modern'. Une initiative du label Ralph Records destinée à mettre en vitrine la scène électro-intellectuelle de San Francisco. TM y interprète 'I left my heart in San Francisco'. Prémonition ? Intuition? Trois ans plus tard, le combo quittera définitivement la cité californienne… Mais une partie de leur cœur est resté à San Francisco. Pourtant, ni Blaine, ni Steven ne veulent y retourner. Steven se justifie : " Ce n'est pas possible, ce n'est plus le San Francisco que j'ai connu. Tout a changé. Le monde change. Mais là-bas, il a encore changé plus vite. Pourtant, j'en garde de bons souvenirs ". Et Blaine d'enchaîner : " J'y ai vécu, mais non, cette idée ne me traverse même pas l'esprit. Tu ne rentres jamais à la maison. La vie, ce n'est pas traverser deux fois la rivière au même endroit. Mais si une partie de mon cœur est restée à SF, c'est seulement une partie. C'est un peu comme Chopin, qui a laissé une partie de son cœur en Pologne et son corps à Paris… "

Michael Belfer rejoint le duo début 1978. Puis Peter Dachert (alias Peter Principle), automne de la même année. Sous ce line-up, ils commettent 'Scream with a view', un EP qui paraît l'année suivante. A l'issue de cet enregistrement, Michael n'est apparemment plus membre du groupe. (NDR: pourtant, il va encore accompagner la formation quelque temps en Europe, enregistrer ‘Night air’ en compagnie de Blaine, tourner avec lui; avant de rentrer aux Etats-Unis, ne partageant manifestement pas la même motivation que les autres à vivre en Europe). Par contre, Peter devient alors une des pièces incontournables de TM. A la basse, bien sûr. Le trio concocte alors son tout premier elpee : 'Half Mute'. A l'instar de la vie, la musique est répétitive, lancinante. Un perpétuel recommencement représentatif d'une prise de position bien particulière : celle de devoir évoluer dans un monde trouble, paradoxal. C'est à cette époque que le groupe cherche à associer musique, films et action dramatique, un projet ambitieux pour lequel il fait appel à Winston Tong, un chanteur, mime, danseur qui insuffle au groupe une forme théâtrale plus poussée. En fait, dès 1977, Winston collaborait déjà au projet du duo BR/SB; mais il ne participait pas systématiquement aux concerts. Pour la bonne raison qu'il a toujours voulu poursuivre une carrière théâtrale en parallèle. Et enfin Bruce Geduldig qui se charge alors de projeter des films lors des concerts. Ce type de spectacle est mal reçu outre-Atlantique, et le groupe décide de s'exiler en Europe. Tout d'abord à Rotterdam. En mars 81. Ils y vivront au sein d'une communauté d'artistes baptisée 'Utopia', dont ils seront expulsés quelques mois plus tard. Finalement, ils se fixent à Bruxelles. Vers septembre 1981. En investissant d'abord des appartements laissés libres par la troupe du plan K. Mais avant d'élire domicile dans la capitale de l'Europe, le groupe avait pris soin d'enregistrer son deuxième album : 'Desire'. A Londres. En novembre 80. Un disque plus vocal, mélancolique, épicé d'une pointe d'humeur dadaïste, sur lequel TM parvient à rendre la douleur étrangement belle. Il paraît en 1981. Dès son arrivée à Bruxelles, TM est invité par Maurice Béjart à participer à la bande sonore du ballet inspiré de Greta Garbo : 'Divine'. Mais l'elpee qui témoigne de cette rencontre s'éloigne du style pratiqué par le groupe jusqu'alors, s'orientant visiblement vers la musique classique. Entre 82 et 83, le combo commet coup sur coup quatre Eps dont un 'No tears' qui leur vaut d'être comparés, dans la presse, au Vandergraaf Generator de l'époque. Steven y va de sa propre explication : " C'est sans doute à cause de l'atmosphère mystérieuse qui en émane. Et puis parce que ce style musical touche davantage la sensibilité européenne ". Dans la foulée, à partir de ce moment, sans pour autant parler de séparation, les musiciens se lancent chacun dans des aventures individuelles ; celle de Blaine se révélant la fructueuse. Pas étonnant d'ailleurs qu'en 1984, il quitte le navire pour embrasser une carrière solo. Il est alors remplacé par un trompettiste hollandais : Luc Van Lieshout. De cette nouvelle formule naît le remarquable opus 'Holy wars' (NDR : première sortie sur leur propre label, Cramboy), une œuvre au cours de laquelle TM converse avec la tristesse, un être indésirable, capable de provoquer la perte totale de la personnalité. Mais il y a 'Soma', la drogue miraculeuse qui ouvre au meilleur des mondes, une référence au roman d'Aldous Huxley. TM serait-il entré en guerre contre la drogue? Ou alors contre l'opium du peuple? Une chose est sûre, ils ont choisi d'en parler à travers une parabole. Une parabole qui existait déjà depuis 1979 et avait même donné lieu à un show accordé sous ce titre en janvier 80, à San Francisco. En 86, à l'issue d'une tournée mondiale qui incorpore de plus en plus d'éléments visuels, sous la houlette de Geduldig (danse, projection de films et d'images diverses, performances), et des éclairages sophistiqués conçus par Nina Shaw, le groupe commet un mini album qui explore deux faces diamétralement opposées de son art : intense et électrique ou acoustique et introspectif. Winston Tong est aux abonnés absents depuis deux ans et a été remplacé par le jeune multi-instrumentiste Ivan Georgiev pour la confection du dernier album officiel du combo : 'You'. Cette œuvre étrange et torturée annonce la fin du groupe. Il paraît en 1987.

Winston Tong semble depuis avoir tiré un trait définitif sur TM. Il a décliné l'invitation de revenir au sein du nouveau line up. Blaine explique : " Il a refusé pour des raisons familiales, personnelles. On en a discuté avec lui, mais il n'était plus motivé. Et puis, pour lui, ce n'était plus possible " Oui, mais qui va donc se charger des vocaux alors ? Blaine réplique : " Steven et moi, comme au début ". Maintenant, il faut reconnaître que leur reformation n'est pas évidente à gérer. Pourquoi ? Blaine vit aujourd'hui à Athènes, Steven à Mexico et Peter à New York. Seuls Bruce et Luc vivent encore à Bruxelles. Faut croire qu'ils passent le plus clair de leur temps dans les avions… Mais qu'est ce qui a poussé le groupe à recommencer l'aventure ? Steven explique : " Nous avions été invités à Tel Aviv pour participer à un festival. " Blaine précise : " En 97 ! ". Steven reprend le crachoir : " Et apparemment, le spectacle a plu, puisque nous avons été invités pour quelques dates, notamment en Italie. On s'est alors rendu compte qu'il existait toujours un public pour notre musique. Et on s'est dit que c'était peut-être de bon moment de recommencer l'aventure ".

Fin 1990, Steven Brown, Blaine Reininger et Peter Principle s'étaient encore réunis pour réenregistrer 'The ghost Sonata', un elpee paru l'année suivante sur le label les Temps Modernes, mais en édition limitée. En fait, il s'agissait d'un opus inspiré d'un opéra sans paroles, accordé par le groupe en 1982, au festival de théâtre de Polverigi, en Italie, et remixé pour la circonstance. Un opus dont le titre maître est sujet à controverses, puisqu'il met en scène leurs propres suicides. La philosophie de Tuxedo Moon aurait-elle des accents nihilistes ? La question méritait d'être posée. Steven intervient le premier : " Blaine est nihiliste, mais surtout cynique ! " Blaine répond : " Je suis un idéaliste (rires). Comme tous les cyniques et les nihilistes ! J'étais un romantique, parce que ma vision du monde était personnelle. Mais lorsqu'un idéaliste s'aperçoit que le monde n'est pas le reflet de sa réalité, il est désappointé. Le nihilisme prend alors une forme gothique. " Et Steven de clamer : " Nous avons été le premier groupe gothique. Avant Sisters Of Mercy ! ". Blaine se confesse : " J'ai vu la mort en direct. Ma femme (NDR: JJ Larue, une icône du mouvement punk) est morte devant mes yeux après 18 ans de vie commune (NDR: elle est décédée le 15 juillet 1998 et apparaît en couverture du bouquin de Jim Jocoy : ‘We're Desperate : The Punk rock Photography of Jim Jocoy, SF/LA 1978-1980, powerHouse Books, 2002’. Voir http://www.mundoblaineo.com/snapshots.htm). Et j'en ai conclu que la mort n'était pas romantique. A 20 ans tu imagines que tu ne mourras jamais. C'est un mensonge ! Et la mort par le suicide ne conduit jamais à la vérité… Tous les grands systèmes de philosophie qui ont animé le XXème siècle ont foiré. Le marxisme, le Christianisme, le capitalisme. C'est la raison pour laquelle notre époque est devenue cynique. Et par conséquent, je suis devenu un homme moderne, un homme cynique… " Pourtant, lorsque le groupe a commencé, ses motivations étaient très politiques ? La réponse de Steven cingle : " Tout est politique ! ". Blaine enchaîne : " Nous ne parlions ni de droite, ni de gauche, mais d'une idéologie surréaliste. Notre message était sans doute trop intellectuel pour l'époque… " Steven concède : " Notre musique n'est pas toujours facile à digérer, je l'admets. Elle exige un effort du public et s'adresse à un public attentif, averti ou plus exactement ouvert… " Alors la musique de Tuxedo Moon est-elle un support pour faire passer des idées ? Si Blaine acquiesce, Steven préfère plutôt parler d'émotions. Les émotions, Blaine les trouve plutôt dans la science et la philosophie. " Ecouter de la musique ? C'est comme savourer un bon dessert. J'apprécie aujourd'hui un Radiohead, comme dans le passé je prenais mon pied en écoutant les Beatles ou Bowie. C'est un bon moment, mais ce n'est pas ce que j'estime le plus important… "

A l'issue de leur set accordé à Bruxelles, le groupe devait encore se produire à Paris et à Amsterdam. Puis, en attendant de repartir en tournée à l'issue de la sortie de leur nouvel album, tous les musiciens rentraient chez eux. Et Blaine, pour y jouer dans une pièce de théâtre…

 

 

Adem

L'oreille de l'orfèvre.

Il y a deux ans sortait « Homesongs » d'Adem, les histoires domestiques d'un Anglais habitué aux bruits lancinants du frigo, et de son 'autoharpe' achetée aux puces. Aujourd'hui c'est à plus grande échelle que notre homme compte émouvoir le quidam, même si la recette n'a pas changé d'un poil. Une voix, une guitare, du bidouillage en mode veille pour ne pas réveiller le voisinage : Adem est le gendre idéal. Rencontre, bis.

J'ai lu sur ton site que tu considères « Love And Other Planets » comme un album-concept sur l'espace, la chose cosmique…

Oui, tout à fait. A l'instar de « Homesongs », c'est de nouveau un disque conceptuel : je l'ai remarqué après avoir écrit 4/5 titres, qui parlaient tous de la même chose. Au début je pensais que c'était juste de la parano, mais il faut croire que j'avais envie d'en parler ; alors j'ai décidé d'explorer davantage ce thème… Et je me suis rendu compte que c'était déjà présent sur « Homesongs », dans « These Are Your Friends » par exemple, où je parle d'espace. Faut croire que c'est quelque chose qui trottait dans ma tête depuis un bon bout de temps, donc…

Et tu sais pourquoi ?

Je ne sais pas, c'est une question qui m'a toujours interpellée ! (rires) Et puis après « Homesongs », qui est un disque composé d'un point de vue très personnel, j'avais envie d'emprunter dans d'autres directions, d'expérimenter de nouvelles perspectives. Sur cet album-ci le point de vue est quasi démiurge, comme un regard jeté sur la Terre à partir de l'univers, même si j'y parle toujours d'amour… Sauf qu'ici je voulais insister sur le fait qu'on est tous pris dans un mouvement bien plus massif qu'on ne l'imagine, et qu'en même temps de petits détails peuvent changer le cours de nos existences. Peu importe le contexte global dans lequel on baigne, une poignée de mains peut avoir autant de conséquences sur nous que deux galaxies qui entrent en collision !

N'est-ce pas flippant, en tant que terrien, de se savoir si minuscule ?

C'est clair, mais cette peur de l'immense nous encourage aussi à nous serrer les coudes. Parce que rester seul fout forcément la trouille. Mais nous ne sommes pas seuls dans ce monde : nous sommes tous là les uns pour les autres.

Et ce titre, « Love And Other Planets » : signifie-t-il aussi que l'amour est une planète à part entière, qu'il nous faut explorer ?

Oui, bien sûr. Cela signifie, entre autres, que l'amour est comme un astre que tu peux regarder à l'aide d'un télescope : tu sais qu'il existe, mais tu ne peux pas l'atteindre. Ou que c'est mécanique, comme une planète : ses mouvements s'avèrent régulés, répondent à certaines lois, comme celle de la gravité. 

Euh, et les hommes sont issus de Mars et les femmes de Vénus ?

(rires) Ouais, je connais le bouquin (NDR : signé John Gray) mais je l'ai jamais lu ! En fait je pense que les hommes et les femmes viennent de la planète Terre, et peu importe qui habite Mars et Vénus ! On a déjà assez de problèmes à résoudre ici-bas… 

As-tu produit ce disque de la même manière que son prédécesseur ?

Sur « Homesongs » les silences étaient très importants. Ici je ne voulais pas reproduire la même chose, mais au contraire pondre un disque plus dense, avec plein de choses qui se passent en même temps… Quand tu écoutes « Homesongs » encore et encore, ça roule, ça tient en place. Ce que je voulais pour « Love And Other Planets », c'est qu'à chaque écoute l'auditeur découvre de nouveaux détails : il y a bien plus d'instruments et d'arrangements sur celui-ci, et tout s'y trouve pour une raison précise. Ecoute-le donc au casque ! 

Il t'a demandé plus de boulot, je suppose, surtout au mixage.

C'est sûr. Mais j'ai beaucoup appris depuis « Homesongs », en tant que songwriter, que performer, que chanteur et que producteur. Et c'est ce que j'ai voulu prouver sur ce disque. Pour « Homesongs » j'ai vraiment cravaché comme un dingue pour arriver à ce que je souhaitais. Pour chanter correctement. Et il n'était pas question que je lâche la pression au moment d'envisager son successeur. Je ne me suis pas dit : 'Oh, maintenant je sais chanter, c'est bon' : j'ai vraiment bossé dur. Ce que j'ai tenté de réaliser, c'est un disque très touffu et travaillé, mais facile d'écoute, qui sonne de manière très naturelle... 

Et que tu as enregistré une nouvelle fois tout seul, ou presque ?

Oui, chez moi, comme pour « Homesongs ». Avec cette fois l'envie d'avoir un son plus massif, plus ouvert, capable de suggérer l'univers, l'immensité qui nous entoure. Il y a davantage de tension qui sous-tend l'écriture, parce que mes textes parlent d'espoir, du potentiel en chacun de nous, de ce qui peut nous arriver. Ou pas. C'est l'un des thèmes de l'album. J'y parle aussi d'amour, d'humanité, mais pas forcément dans le bon sens du terme : l'espoir peut s'avérer un sentiment très pathétique… Il ne sert à rien, par exemple, d'espérer quand la situation est sans espoir. C'est le sujet du dernier titre de l'album (NFR : « Human Beings Gather Round ») : la fin du monde arrive, mais il reste des hommes qui espèrent être sauvés, alors qu'ils vont y passer comme tout le monde… (un ange passe) Mais ça n'a rien de cynique. Il reste de l'espoir. Je crois en l'être humain. 

En live tu joues quasi en sourdine, sans trop d'amplification. S'agit-il d'un choix mûrement réfléchi ?  

Oui, mais rien ne dit que mon prochain album ne sera pas électrique ! J'aime laisser toutes les pistes ouvertes… Pareil pour ce disque, même s'il est clair que je ne voulais pas de sons qui émanent d'instruments amplifiés. Je n'ai pas fini mon exploration de la chose intimiste. 

La musique acoustique symbolise-t-elle pour toi le genre suprême pour traduire une certaine idée de l'intime, de l'intérieur, du profond ?

Peut-être… Mais j'ai récemment écouté le « Master & Everyone » de Bonnie Prince Billy, et c'est le même genre d'émotion, avec une basse et une guitare électriques ! Je ne sais pas… Moi je préfère ce qui n'est pas amplifié, c'est ainsi. Et les instruments que j'utilise, l'autoharpe, le glockenspiel, le clavecin, vont dans ce sens. Je pense que beaucoup de musiciens qui jouent de la musique intimiste le font avec des instruments acoustiques parce qu'ils y sont habitués, point barre. Mais s'ils se mettaient tout d'un coup à la guitare électrique, ça marcherait toujours, j'en suis sûr ! 

Tu sais de toute façon de quoi tu parles : tu jouais dans Fridge ! Rien à dire à ce sujet ?

On y travaille. On espère sortir un nouveau disque début 2007. C'est très excitant parce qu'on se connaît depuis qu'on a 12 ans (NDR : Sam Jeffers, Kieran Hebden et lui), mais ces dernières années on n'a pas eu le temps de se voir, et le fait de relancer la machine va nous permettre d'y remédier. C'est vraiment cool. Et c'est une bonne excuse pour reprendre contact ! 

C'est amusant : on parle de musique acoustique, et ton pote Four Tet (Kieran Hebden) vient de sortir un disque en compagnie de Steve Reid (« The Exchange Session ») sur lequel on trouve un morceau intitulé « Electricity And Drum Will Change Your Mind »…

Oui c'est vrai, et d'ailleurs j'aime beaucoup ! Il y a plein de trucs hyper électriques qui me touchent, de la musique de laptop qui me fait fondre en larmes… L'important n'est pas l'instrument, mais la sensibilité avec laquelle on en joue ! 

Que pensent Kieran et Sam de ta musique ?

Ils me soutiennent depuis le début, et ils l'aiment beaucoup. Kieran m'aide au mixage, parce que je suis sourd d'une oreille. 

Vraiment ?!?

Oui ! Je n'entends rien de l'oreille gauche, donc la stéréo… Je ne sais pas ce que c'est ! C'est pourquoi lors du mixage de mes disques, j'ai fait appel à Kieran ; car il est très difficile pour moi d'appréhender le son en tant qu'espace, les balances… 

S'agit-il d'un accident ?!?

Non, c'est congénital. Le nerf relié au cerveau ne fonctionne pas comme il devrait… Il y a de la friture sur la ligne, si je puis dire ! Mon oreille fonctionne, mais l'information n'atteint pas le cerveau. 

Penses-tu que ta carrière de musicien, ton amour de la musique, en est la conséquence ?

Je ne sais pas… Il y avait bien un piano à la maison, mon père était pianiste… Mais  je pense que ma passion pour la musique vient surtout de ma rencontre avec des gens comme Sam et Kieran, à l'adolescence… Ils m'ont beaucoup inspiré, et vice-versa : on traînait tout le temps ensemble à écouter des disques, à s'exciter les uns les autres à propos de tel ou tel artiste qu'on venait de découvrir, ce genre… 

Donc, tu entends, si je puis dire, en mono ?

Si on veut, oui, mais c'est même encore pire puisque quand j'écoute de la musique au casque, je n'entends que d'un côté ! Je ne reçois que la moitié de l'information, en somme.

Et sinon, comment s'est passé ta rencontre avec Vashti Bunyan ? Tu as collaboré à son deuxième album, « Lookaftering », sorti l'année dernière…

En fait je la connaissais depuis un certain temps déjà, mais quand elle a découvert qu'elle était devenue la nouvelle icône de la coolitude et qu'elle allait devoir donner un gros concert à Londres, elle a eu un peu peur. C'était son premier spectacle en 45 ans, à peu de choses près, et elle m'a demandé de l'accompagner sur scène, avec Kieran. Quand on s'est rencontrés elle était très timide, et vraiment apeurée. Elle est venue chez moi, on a discuté. Elle nous a raconté son histoire, c'était incroyable ! Je me rappelle qu'elle ne voulait pas quoique ce soit ; puis à la fin de la soirée elle a quand même changé d'avis, et c'était grandiose : imagine, Vashti Bunyan qui chante dans ta cuisine ! Depuis lors on est devenus amis, on discute beaucoup de l'industrie du disque, parce qu'elle n'a pas beaucoup d'expérience en la matière. Quand elle m'a demandé si je voulais jouer sur son disque, j'ai accepté directement, évidemment ! Ce qu'elle a fait avec Max Richter (NDR : à la prod) est vraiment brillant, d'autant qu'il y a plein de stars qui ont participé, Devendra Banhart, Joanna Newsom,… Ils sont arrivés malgré tout à garder le contrôle et à faire sonner le disque comme un disque de Vashti Bunyan. 

De là, la discussion prend des allures de débats à la Nick Hornby… Où il est question de Grizzly Bear, d'Alice in Chains, de Jeff Buckley (sa cover de « Mojo Pin », sur l'album-tribute « Dream Brother – The Songs of Tim & Jeff Buckley »), de Hot Chip (« Leur premier album est bon aussi »), de The Verve, de musique sérielle, de Quickspace Supersport, de Stereolab, de Nirvana, de l'Elysian Quartet, d'Alexis Murdoch (« Un songwriter à suivre ! ») et de ses disques d'île déserte. Il y en à quatre, et ce sera le mot de la fin :

« Blue » de Joni Mitchell, « Music For 18 Musicians » de Steve Reich, « A Love Supreme » de John Coltrane et « Gish » des Smashing Pumpkins ! 

Doves

La scène de Manchester n’a jamais existé…

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Issus de Handforth, dans le Cheshire, les Doves ne sont plus tout jeunes. Même s'ils n'en sont qu'à leur premier album. Ils ont vécu la scène new wave du début des 80's aux côtés des Smiths ou de New Order. A Manchester. Mais c’est en 1991 que leur carrière a vraiment débuté. A l'époque, ils répondaient au patronyme de Sub Sub et avaient même décroché un hit intitulé « Ain't no love, ain't no use ». Outre les frères jumeaux Jez (batterie et chant) et Andy Williams (guitare et chant), le groupe implique Jimi Goodwin. Et ce dernier, préposé au chant et à la basse, n'est sûrement pas un nostalgique de cette époque, car il ne verse même pas une larme sur la mythique ‘Hacienda’, l'endroit de ralliement à l'époque, qui a été transformé en appartements.

« C'est peut-être triste, mais tout a une fin. L'Hacienda n’était pas éternelle et en plus, il ne faut pas s'imaginer que c'était un paradis! Le club était confronté à des problèmes de violence et de drogue. On y a vécu de bons moments, mais aujourd'hui, il faut regarder vers le futur... » Les Doves n’aiment d'ailleurs pas trop les références à leur ville d'origine et encore moins l'évocation de la scène ‘Madchester’... « Ni les Happy Mondays, ni les Charlatans n'ont eu la moindre influence sur nous. On les a adorés, il y a dix ans, mais c'est tout. D'ailleurs, on n'a jamais cru à l'existence de cette scène baggy. Elle a était montée de toutes pièces par la presse. Il n'existe aucun groupe de chez nous qui passe son temps à regarder dans l'assiette de son voisin : New Order ne sonne pas comme les Smiths, les Smiths pas comme les Buzzcocks, les Buzzcocks pas comme The Fall et les Doves n'ont rien à voir avec Joy Division. La scène de Manchester n’a jamais existé… »

Pour en revenir au style du groupe, on dira qu'après avoir digéré des références house, les Doves en sont revenus à une instrumentation rock, influencée par la dance, mais qui va beaucoup plus loin... L'enregistrement de ‘Lost Souls’ a duré trois ans dans un studio... qui ne comportait aucune fenêtre! « Tout simplement pour éviter que les cambrioleurs ne viennent dérober le matériel… » De leurs contemporains, les Doves affirment apprécier Baldly Drawn Boy, avec lesquels ils sont partis en tournée. « On a participé à l'enregistrement de leur album et on est même devenus amis. » Ils estiment également Shack, mais davantage pour des raisons de sensibilité musicale. Enfin Embrace les a beaucoup impressionnés, en ‘live’. Mais Jimi respecte aussi une foule de groupes issus du passé. Il avoue ainsi un faible pour le King Crimson de l'époque ‘Discipline’ et ne s'en cache pas. « Je ne suis pas du style à brûler ce que j'ai adoré. Et tous ceux qui adoptent cette attitude sont des hypocrites… »

(Article paru dans le n° 89 du magazine Mofo de Février 2001)

 

Cradle Of Filth

Moins satanique, mais plus horrifique…

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Même si le soufflé est un peu retombé, le black metal demeure un registre musical fort prisé par un bon nombre de metal freaks. Les hurlements sataniques, les looks démoniaques, ça marche toujours. Et là, Cradle of Filth est bien le leader de la meute...

Depuis leurs débuts en 91, ces Britanniques n'ont cessé de faire monter la sauce et de s'attirer haine et sympathie, jouant avec les mots, thèmes, apparences, images et propos chocs.

Leur slogan ‘Jesus is a cunt’, notamment, ne leur a pas rapporté que des amitiés. Certains organismes de censure et des associations catholiques (NDR : la Catholic League de New York, par exemple), s'en sont donné à cœur joie pour leur rentrer dans le lard. Le groupe leur répond à sa façon : cette année, il entamera sa tournée mondiale en... Israël!

« Il y a aussi là-bas des gens qui ne rentrent pas dans les moules théologiques conventionnels », nous a expliqué le vocaliste Dani Filth, de passage à Bruxelles. « C'est bien sûr ceux-là qui nous tiendront compagnie. On est vraiment impatients de s’y produire, même si la situation politique y est assez inquiétante... »

Toujours un brin provoc’ donc, même si l'on perçoit une certaine ‘évolution’ dans leur attitude. Ainsi, leur nouvel album ‘Midian’ semble moins porté vers le malsain religieux mais plus vers l'atmosphère quasi ‘gore’ qui les a logiquement accompagnés depuis leurs débuts. La formation sortira d'ailleurs d'ici peu un film, ‘Cradle of Fear’, franchement sanguinolent, et dont ils accorderont la primeur à leurs fans, via leur site web officiel.

En fait, il semble assez clair que le groupe a traversé récemment une sorte de période de remise en question. Il a connu quelques changements de line-up et a peut-être réorienté quelque peu son identité, sachant fort bien que dans le registre satanique, un Marilyn Manson a plus d'une longueur d'avance et de plus gros moyens.

A propos de moyens, on peut d'ailleurs se poser la question de savoir si le groupe n'est pas, là aussi, occupé à tenter de ‘faire le break’. ‘Midian’ est produit par John Fryer (Nine Inch Nails, Him...) et le groupe s'est entouré de spécialistes des films d'horreur (‘Nightbreed’, ‘Hellraiser’) pour la partie visuelle de son projet. Il s'est donné les moyens de frapper fort, donc. Evidemment, Dani Filth défend l'approche purement créative. « Pas question pour nous de tourner en rond. Et tant qu'à faire, si c'est pour se lancer dans le bon plan basé sur le roman ‘Nightbreed’ de Clive Barker, autant le faire à l’aide de spécialistes, non ? Bien, c'est sûr, on veut avancer, mais on est aussi conscients de qui on est et de ce qu'on fait. On n’aura jamais les possibilités financières de l'autre nulle qu'on voit derrière moi... »

Quelle nulle? Dani Filth bavarde dans un bureau de Zomba Records, devant un poster grandeur nature de Britney Spears. Et d’ajouter : « Mais on s’en tape évidemment. Par contre, on veut donner le meilleur avec nos moyens et répandre notre bonne parole. »

(Article paru dans le n° 88 du magazine Mofo de novembre/décembre 2000)

 

Coldplay

Revenez nous voir dans 20 ou 30 ans…

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Formé non pas à Oxford, comme le dit la rumeur, mais à Londres –et à l’univ !– Coldplay a longtemps manqué d’un batteur. Will Champion ne jouait que du piano, de la basse, du violon et d’un tas d’autres instruments. Il a dû se mettre à la batterie aussi. C’était en 98, date à laquelle il rejoint Guy Berryman, Jonny Buckland et Chris Martin. Aujourd’hui, à la maison, Coldplay est déjà la nouvelle coqueluche britannique.

D’après la presse spécialisée, les membres du groupe ne sont pas friands d’interviews. « Parce que nous n’avons pas grand-chose à raconter », justifie Will, invitant même l’interlocuteur à revenir les rencontrer d’ici 20 ou 30 ans, lorsque, à l’instar de Bob Dylan, Tom Waits ou Neil Young, ils auront acquis suffisamment d’expérience pour entretenir la conversation. Nous on veut bien, mais tous ceux-là, ils refusent généralement d’accorder des interviews… parce qu’ils ont suffisamment de succès.

« Bonne analyse » reconnaît Will, qui avoue quand même apprécier les débats consacrés à la musique. « Pourvu qu’on ne se contente pas de coller des étiquettes », ajoute-t-il. « Nous ne sommes pas trop tracassés par la catégorie où nous rangent les médias. Par contre, nous essayons de savoir si le public aime ce que nous faisons. Nous voulons insuffler une signification à notre musique, la rendre intemporelle. Dans 20 ans, on espère que les gens pourront encore nous écouter et nous apprécier »

« Nous ne sommes pas Britney Spears, heureusement… Nous n’avons pas une image assez forte pour jouer sur ce tableau, donc nous ne pouvons compter que sur notre talent musical. Il n’est peut-être pas facile de conserver cette philosophie, après plusieurs albums, mais si jamais, nous devions enregistrer un disque que nous estimerions moins bon que le précédent, nous ne le sortirions pas ».

Travail de groupe

Chris Martin possède une superbe voix, qui rappelle tantôt Thom Yorke, tantôt Jeff Buckley. Radiohead, Muse et Travis sont aussi des groupes qui peuvent compter sur de formidables chanteurs. « Oui », rétorque Will, « Mais ces groupes ne sont pas exclusivement centrés sur une seule personne. Il y a une symbiose entre chaque membre. Prend l’exemple de The Verve, ce n’était pas seulement Richard Ashcroft. ‘A nothern soul’ est remarquable ; mais c’est surtout le fruit d’un travail en commun. Par contre, l’album solo (‘Alone with everybody’) m’a laissé sur ma faim. Il a perdu toute sa magie. Ce qui importe dans un groupe, c’est la façon dont les musiciens jouent par rapport aux autres. D’entretenir une émulation. »

Les musiciens du quatuor avouent tous des influences éparses. En fait, ils se disent plutôt inspirés par certaines chansons que par certains artistes. On citera les Beatles, Simon & Gardfunkel, dont ils interprétaient autrefois ‘Mrs Robinson’, mais aussi Neil Young et Tom Waits. « Notre perception de la musique change parce qu’on écoute constamment des choses différentes. J’ai acheté dernièrement ‘Five leaves left’ de Nick Drake. C’est vraiment superbe, mais ce n’est sûrement pas la tasse de thé de Chris »

Coldplay a accompli une tournée, qui est notamment passée par le Japon et l’Ecosse, en compagnie des Flaming Lips. A qui Will voue une grande admiration, surtout à cause de leurs prestations scéniques. En outre, il aime la façon dont ils se comportent dans la vie, de ‘ne pas faire semblant d’être quelqu’un d’autre’.

Parachutes

Coldplay a donc intitulé son premier album ‘Parachutes –aucun rapport avec le ‘Parachute’ des Pretty Things, paru en 69, dont Will ignore d’ailleurs l’existence. Pourquoi ‘Parachutes’ ? « Dès que les problèmes nous précipitent dans le vide, on ouvre son parachute. Face aux épreuves, on se raccroche toujours à quelque chose. C’est la raison pour laquelle nos chansons sont rayonnantes ou au contraire tristes. On ne veut pas être maussades ou cafardeux, mais plutôt mélancoliques. »

C’est Ken Nelson qui s’est occupé de la production. Dès leur première rencontre, le courant est passé. « C’est devenu un copain qui partage nos idées sur la conception de la musique, Pour lui comme pour nous, l’essentiel n’est pas de bénéficier d’une production tape-à-l’œil, technologique et clinquante, mais de parvenir à composer la bonne chanson. »

Pour enregistrer cet elpee, Coldplay a utilisé une méthode assez insolite, qui leur a coûté plusieurs mois de travail : les compositions ont été testées sur scène, reliftées au fil du temps, jusqu’au moment où elles paraissaient au point. « Nous sommes autocritiques. Et si nous sommes contents du résultat obtenu sur le premier album, nous sommes conscients qu’il y a encore du pain sur la planche. Il faut s’améliorer, pas seulement en studio, mais live aussi (NDR : qu’est ce que ça va être !). Il faudra que nous accordions également de meilleures interviews. »

Merci à Vincent Devos.

Interview parue dans le n° 86 du magazine Mofo de septembre 2000.

 

Belle & Sebastian

Ne pas avoir d’image est devenu notre image

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On les dit fragiles et délicats, tout sauf sévèrement burnés. Les Belle & Sebastian vous plaisent peut-être si vous aimez les Smiths, Ennio Morricone, Burt Bacharch ou Pulp ; et puis si vous ne crachez pas sur les accents country ou folk. Le groupe de Glasgow en est à son 4ème album (« Fold your hand child, you walk like a peasant ») qui confirme que la mode est aux titres longs. A l’interview, on nous avait promis le chanteur autiste ; on a dû se contenter de Richard Colburn, un batteur sympathique.

Votre chanteur Stuart Murdoch n’accorde pratiquement aucune interview. Il est timide ou paresseux?

Il a tenté à nouveau l’expérience, il y a quelques semaines, mais sans succès… Je crois que parler de lui, ça l’emmerde.

Il est plutôt introverti que joyeux drille, non?

Introverti, je comprends qu’on le dise et l’écrive ; mais ce n’est pas comme ainsi que je le vois. Il joue même au foot, ce n’est pas ma définition de quelqu’un qui vit reclus.

Vous avez pourtant plutôt joué sur cette image-là, non?

Pas volontairement, en tout cas. Disons qu’on ne voulait pas mettre notre image en avant. Mais finalement, ne pas avoir d’image est devenu notre image ! On s’est fait rattraper par notre choix en quelque sorte. Ce qui me permet de penser que dans ce genre de combat, on ne peut pas toujours gagner.

Etre batteur d'un groupe qui répugne à utiliser les rythmes, c'est plutôt reposant ou plutôt difficile?

Je ne suis pas d’accord avec votre question. Pour moi le rythme est une composante importante de nos chansons, même si, c’est vrai, les mélodies et les atmosphères sont plus souvent nos priorités… Certaines chansons du dernier disque sont même dansables. Je pense à « Beyond the sunrise » ou « Wrong girl ».

OK, c'est votre 4e album. Est-il plutôt meilleur ou pire que les précédents?

A vous de trancher. Les deux précédents étaient bien, mais ce n’était pas exactement ce qu’on voulait faire. Cette fois, comme pour notre premier disque « Tigermilk », nous sommes contents à 100%.

Vous avez donc ressorti « Tigermilk », votre premier elpee. Plutôt parce que vous le vouliez ou parce que tout le monde vous disait de le faire?

On en avait pressé mille. Quatre cents sont partis à famille et aux proches. Conclusion : seulement 600 personnes avaient cet album. Notre but étant quand même de toucher un maximum de monde, on l’a ressorti. « Tigermilk » est notre disque le plus frais, parce que nous avons eu l’occasion de l’enregistrer très rapidement.

Le titre de votre nouveau disque est interminable. Plutôt parce que la mode est aux titres longs ou parce que vous vouliez montrer que vous avez beaucoup de choses à dire?

En fait, la citation provient d’un graffiti qu’on avait vu il y a dix ans à l’unif sur une porte des douches. C’était très mystérieux à nos yeux… Depuis on a appris qu’il s’agit d’une citation de ‘Devils’, une pièce de John Whitting ; ce qu’on ignorait. C’est seulement après la sortie de l’album que quelqu’un nous a montré l’extrait.

Le départ du bassiste Stuart David (NDR : il a choisi de se consacrer totalement à son projet Looper), c'était plutôt une époque qui se terminait ou un bon bol d'air?

Disons que ce départ était prévisible. On connaît Stuart depuis des années. Il y avait déjà vécu une éclipse (prévue) de deux ans. Elle a finalement duré quatre ans. Il ne voulait pas vraiment trancher entre Looper et Belle & Sebastian. Il voulait continuer de front tant qu’il s’en sentait capable ; mais nous, on ne pouvait pas non plus attendre éternellement qu’il soit libre… Cela dit, il joue encore sur la moitié du dernier album

Murdoch, c'est plutôt le nom d'un magnat de la presse ou d'un songwriter?

Heu, les deux, je crois.

(Article paru dans le n° 85 de juillet/août 2000 du magazine Mofo)

Sad Lovers & Giants

Un Géant aux pieds d’argile…

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Dans l’histoire du rock’n roll, une multitude d’artistes ou de groupes n’ont jamais été reconnus à leur juste valeur. C’est de notoriété publique. Pour le groupe Sad Lovers & Giants, la pilule est d’autant plus amère à avaler, qu’il est considéré aujourd’hui comme une légende, alors que le succès lui a toujours été refusé. Issu de la scène post cold wave, à l’instar de Modern English (NDR : du même patelin), des Chameleons (NDR : Mark Burgess était un pote) et d’And Also the Trees (combo toujours en fonction), SL&G n’a jamais caché ses affinités pour Cure, Joy Division et les Smiths. Mais il n’en a jamais porté les stigmates claustrophobes. Mieux encore, sa musique il l’a toujours voulue esthétique, empreinte d’une poésie visionnaire et chargée de pureté émotionnelle. Ce qui explique sans doute pourquoi elle exerce une véritable fascination chez ceux qui ont une fibre quelque peu romantique. D’une manière plus technique, SL&G était parvenu à créer un son unique, tout en atmosphère, en tirant habilement parti des sonorités cristallines obtenues par les deux guitares, sur fond de claviers ouatés. Un phrasé de guitare(s) qu’on retrouve régulièrement chez les adeptes de la britpop tels que Radiohead, Bluetones, Muse, Marion, Whipping Boys, ainsi que les défunts Strangelove. Et la liste n’est pas exhaustive. Sans oublier House Of Love, qui en a conservé le virus pendant plus d’une décennie, pour mieux le transmettre à la génération suivante. En outre, SL&G a déclenché en France, fin des eighties, un mouvement baptisé ‘touching pop’, au sein duquel on retrouvait Little Nemo, Asylum Party, Mary Goes Round et quelques autres.

Un peu d’histoire…

Fondé en 1981, par Garce (chant, guitare) et Tristan Garel Funk (guitare), SL&G est rapidement devenu le porte drapeau du label britannique Midnight Music. A l’époque où les labels indépendants faisaient florès, c’était pour le groupe, une aventure chargée des plus belles espérances. Face à la rationalisation opérée par le marché du disque, dès le début des nineties, l’expérience était plutôt risquée…

Auteur de deux superbes albums en 1982 (« Epic garden music ») et en 1983 (« Feeding the flame »), la formation entre dans les charts indépendants et décroche une Peel Sesion pour Radio 1. De plus en plus apprécié chez les teenagers en Grande-Bretagne, SL&G est invité à l’émission TV de la BBC, ‘Rock goes college’. Mais curieusement, la formation se sépare la veille de l’événement. J’avais eu l’occasion de rencontrer Garce en septembre 1989, mais rien n’avait filtré sur les raisons de ce split. Il faut d’ailleurs croire que le groupe adore entretenir le mystère autour de cette affaire, puisque apparemment aucun journaliste n’est parvenu à leur tirer les vers du nez. Toujours est-il qu’en 1984, le label Midnight music est dans l’expectative. Aussi, pour pallier à la disparition du groupe, il sort une compilation (« In the breeze » - 1984), puis un album live réunissant des prises opérées lors de leur tournée aux Pays Bas (« Total sound » - 1986). Dans le même temps, la firme de disques prospecte tous azimuts pour engager de nouveaux talents. Recrutant au passage les Waltones, et puis recueillant Snake Corps, le nouveau groupe de Tristan Garel Funk et du frère de Garce...

Sad Lovers & Giants, le retour…

En 1987, Garce rencontre le guitariste Tony Mc Guiness. Une réunion féconde, puisque les deux compères décident de remonter SL&G. Ils rappellent l’ancien bassiste Cliff Silver, engagent de nouveaux musiciens et partent en tournée, dès l’enregistrement de l’album « The mirror test ». Le succès qui semblait les bouder jusqu’alors semble enfin poindre à l’horizon. Un ancien titre, « Thing we never did » devient un hit en Espagne. Les States s’intéressent de plus en plus au groupe. Mais surtout le Vieux Continent. Et notamment la France où un fanzine leur est totalement consacré. Garce déclarera un jour n’avoir jamais trop bien compris pourquoi leur musique avait toujours eu un tel impact dans l’hexagone. Probablement une question de sensibilité… 1991 coïncide avec la sortie d’une nouvelle compilation, « Les années vertes », et puis surtout du remarquable « Headland », avec sa fameuse pochette illustrée par les fameuses statues de l’Ile de Pâques.

La fin, faute de moyens…

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, lorsque Midnight Music commence à battre de l’aile. En fait, toutes les petites formations engagées par le label coûtent plus qu’elles ne rapportent. Les finances plongent dans le rouge. Le bureau de Paris ferme ses portes. Le distributeur en Espagne rompt le contrat. Plus personne ne voit arriver sur son compte bancaire le moindre penny. Et arrive ce qui devait arriver, Midnight Music dépose le bilan. Très ennuyeux, puisque SL&G venait d’enregistrer un nouvel opus, « Treehouse Poetry ». Il restera d’ailleurs longtemps à l’état de maquette. Le groupe ne s’en remettra pas, puisqu’il décide de splitter pour la deuxième fois…

L’espoir fait vivre…

C’est à l’initiative d’un fan texan que l’intérêt vis à vis du groupe recommence à naître. Il monte un site consacré au groupe. Contacte la firme Anagram qui vient de racheter les droits de Midnight Music, et leur propose de sortir une compilation des meilleurs morceaux. Choisis par les aficionados. Sur le Web. Avec pour résultat la sortie, en 1996, de « E-mail from eternity ». Depuis, Anagram a également sorti un live, réunissant des enregistrements commis à Lausanne en 1988, « La dolce vita ».

Après la seconde séparation de SL&G, Garce avait bien monté un nouveau groupe. Tentative sans grand lendemain, puisque la chanteuse s’est barrée avec le guitariste, au Canada. Ils y filent le parfait amour et jouent au sein des Lovebabies.

Tristan Garel funk, Garce et Tony Mc Guiness sont toujours en contact. Ce dernier prépare un projet en solo. Dans son propre studio à Londres. Il se chuchote qu’il a enregistré un mini album avec Garce. Sous le patronyme Sad Lovers & Giants ? On peut toujours rêver, mais tout les espoirs sont permis !… 

(Article paru dans le n° 83 du magazine Mofo d’Avril 2000)

Epilogue

Et finalement, en 2002, le groupe est retourné en studio pour enregistrer un nouvel elpee, « Melting in the Fullness of Time », avant de recommencer à jouer sporadiquement, sur le Vieux Continent ; notamment en Italie. C’est d’ailleurs en Italie qu’on a retrouvé leur trace, puisqu’ils y tournaient encore récemment, avant d’envisager un périple en Grèce. Pour l’instant, on n’en sait pas davantage. Tout ce qu’on peut espérer, c’est qu’ils décident de se produire près de chez nous ; et croyez-moi, le jeu en vaut la chandelle…

Garçe - chant
Tony McGuinness - guitare
Cliff Silver - basse
Juliet Sainsbury - claviers
Nigel Pollard - drums et percussions

 

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