Hubert Sumlin est une des dernières légendes vivantes du blues. Né fin 1931 à Greenwood, dans le Mississippi, il passe une bonne partie de sa jeunesse dans l'Arkansas. Il accomplit ses premiers pas musicaux à Memphis, en compagnie de l'harmoniciste James Cotton. Hubert est incontestablement un des guitaristes les plus éminents du Chicago blues urbain d'après-guerre. Il forgera essentiellement sa célébrité à partir de 1954, en participant à l’aventure du Howlin' Wolf Band.
Guitariste inventif et créatif, il a marqué de son empreinte des classiques tels que "Built for comfort", "Killing floor" ou "Wang dang doodle"! A la mort du géant en 76, il accompagne le saxophoniste Eddie Shaw au sein du Wolf Gang. Depuis, il a multiplié les collaborations avec beaucoup d'autres artistes. En fait, Hubert chante peu. Victime d'un cancer du poumon en 2002, il a subi une opération chirurgicale. Et apparemment, il est sur la voie de la guérison. Ce qui ne l’empêche pas d’être demeuré un fumeur invétéré et un éthylique impénitent !
« About them shoes » a été concocté en avril 2000, sous la houlette de Keith Richard ; mais il n'était jamais sorti. Tout au long de ce concept album, Hubert Sumlin interprète le répertoire de Muddy Waters. Lors des sessions d’enregistrement, Hubert avait réuni un backing group particulièrement solide ; et notamment des anciens du Muddy Waters Band (Bob Margolin à la slide et Paul Oscher à l'harmonica), des grands noms du blues contemporain (Mudcat Ward à la basse et David Maxell au piano) ; et enfin, Levon Helm (NDR : du Band) à la batterie. En outre, toute une série d'invités se partagent les parties vocales. Au menu : 13 plages. Sept écrites par Muddy, cinq par Willy Dixon ; et la plage finale est signée Sumlin! Le résultat nous réserve un grand moment de Chicago Southside blues. Hubert n'est plus au sommet de son art à la guitare ; n'empêche, les musiciens en présence parviennent à élever très le haut le niveau l'ensemble. L’opus s’ouvre par "I'm ready". Eric Clapton chante et joue de la guitare auprès d'Hubert. Un Clapton comme on aime l'entendre. Le son dispensé par Paul Oscher à l’harmonica est très agréable à l’oreille. Paul est un redoutable souffleur sur l'instrument chromatique. Issu de la plume de Waters, "Still a fool" est un slow blues au son largement dépouillé. Les accents sont volontiers dramatiques. Les guitares sont partagées entre Hubert et Keith Richard. Ce dernier assure les parties vocales ; et surprise, au sein de cette atmosphère, sa voix passe bien ! Minimaliste, la section rythmique est assurée par des potes à Keith : George Receli (Bob Dylan Band) et Blondie Chaplin (ex-Beach Boys et Band). Le "She's into something" de Dixon marque un changement de style. L'ambiance de la Nouvelle Orléans est ici reproduite. Authentique louisianais qui joua chez Dr John et les Neville Brothers, George Receli chante d'une voix graveleuse, pendant que James Cotton souffle dans l'harmonica. Plus de doute, nous sommes chez Muddy Waters pour un merveilleux "Iodine in my coffee", chanté par le bassiste noir Nathaniel Peterson (ex Savoy Brown). Paul Oscher est émouvant dans son jeu. Maxwell y va de son Otis Spann au piano. Margolin se montre éblouissant à la slide ; et enfin, Hubert prouve qu'il a plus que de beaux restes. Peterson chante également "Evil" et un tonique "Don't go no farther" au cours desquels Hubert semble retrouvé. Chaplin chante le southside shuffle puissant "Look what you've done". La même équipe y prend son pied. Hubert manifeste davantage de franchise dans sa sortie. Paul Oscher chante "Come home baby" et souffle à la manière de George Smith. Divin ! Quel bonheur d'entendre ces musiciens partager cet esprit commun. Un grand moment! Eric Clapton revient chanter "Long distance call", un des grands blues lents de Waters. L'authenticité manifestée par Oscher, Margolin et Maxwell mérite le respect! David Johansen (ex-New York Dolls, Buster Pointdexter) vient donner de la voix sur deux plages : "The same thing" et "Walkin' thru the park". Préparé à la sauce moderne, elles épinglent de sublimes interventions d’Oscher à l’harmo. En fin de parcours, George Receli chante encore "I love the life I live, I live the life I love", soutenu par des chœurs et les guitares de Keith Richard et de Sumlin! Pour clôturer l’opus, Hubert se met enfin à chanter son "This is the end, little girl". Il conjugue ses cordes acoustiques avec celles de Keith, pendant que Paul Nowinski se charge des parties de basse. Un moment d'émotion que l’on partage allègrement ! Si vous souhaitez en connaître davantage sur la vie d’Hubert Slim, je vous invite à vous plonger dans la lecture d’"Incurable blues", un bouquin écrit par Will Romano et paru chez Backbeat Books.