La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

samedi, 31 décembre 2005 01:00

Amtrak shuffle

Fondé en décembre 2000 (NDR : à Millford !) par le chanteur harmoniciste Wixom Slim, ce quintet sévit aujourd’hui à Detroit, dans le Michigan. Au cours des vingt dernières années, ce vétéran du blues a roulé sa bosse au sein de différentes formations locales, dont les Delta 88s et les Notebenders. Il avoue pour influences majeures Rick Estrin, Gary Primich, Rod Piazza et James Harman, des musiciens qu’il apprécie tout particulièrement, par ailleurs. Son backing group est composé de Peter Bullard à la guitare, Matt Zacharias aux claviers, Donald Oatman Jr à la basse et Greg Carriere aux drums.
 
L'enregistrement a été immortalisé ‘live’ au sein du One Leisure Studio. Le son est impeccable. Les premiers accords de l’instrumental "West side stroll" (NDR : enregistré en public à Ann Arbor, en 2002) augurent une suite de toute bonne facture. Une guitare bien jump met le nez à la fenêtre avant de se mettre au service d'un accompagnement qui remplit bien l'espace sonore, un espace dominé par le piano et à l'orgue. J'apprécie tout particulièrement la guitare de Peter Bullard. Matt Zacharias se réserve les deux claviers. Expert en la matière, il passe tout naturellement de l'un à l'autre. Etonnant ! Le patron fait son apparition. Il porte l’harmonica aux lèvres pour attaquer le classique "Shake your boogie". L'homme a du souffle, de la technique et ne manque pas de panache. Soutenu par le Wyze Gyze, son envol est déjà tempétueux. La machine est bien huilée pour supporter le swing ambiant. Matt et Peter s'échangent des soli ; mais en les mettant au service de l'ensemble. "Blues overtook me" est une excellent compo signée Charlie Musselwhite. Elle est interprétée avec la même aisance. Mais Slim ne plagie pas le vieux Charlie ; il joue dans un style très personnel, en privilégiant les aigus. Issu de la plume de George Smith, "V8 Ford" est un slow blues typique de l'axe Chicago - Los Angeles. Il n’est guère surprenant de voir Wixom saisir l'instrument chromatique, pendant que Bullard égrène des notes empruntées à T-Bone Walker. Dans un autre style, l’adaptation du "House rockin party" de Gary Primich est très réussie. Slim a bien digéré les leçons de ses maîtres, tout en y accordant une touche maison. La musique de W.S. & T.W.G. trempe dans le jump blues façon West Coast. La formation revendique même cette emprise. Et le saignant "Love is real" de William Clarke, le regretté maître de L.A., en est la plus belle illustration. Une plage qui déborde de swing ! "Knock me a kiss" est sculpté dans un jazz léger et séduisant. Composé par Zacharias, le boogie shuffle "Amtrak shuffle" déménage et vous invite à remuer les hanches et les épaules. Invité, Victor Favot est venu armé de son saxophone. Et il est encore de la partie pour donner le change aux 88 touches de Matt. Une des meilleures plages de l’opus ! Le "Layin' in the Alley" de Big Joe Maher consomme du jazz blues de haute facture. Excellent ! Je ne suis pas surpris de la présence des covers du "My money's green" de Rick Estrin (NDR : au cours de laquelle le talentueux Peter Bullard joue le rôle de Little Charlie Baty) et du redoutable "Two sides of every story" de James Harman. L'album demeure intéressant jusqu'à son terme. Le "Ain't you trouble" de Gary Primich permet une sortie aux cordes de Bullard. Une interprétation fort agréable, toute en sensibilité. Joliment ficelé et très respectueux de l'original, "Route 66" fait la fête au swing, au blues et au jazz. D’une rate efficacité, la section rythmique soutient parfaitement le piano de Zacharias et les cordes de Peter. Cette formation locale du Michigan vient de commettre un excellent CD. Et je suis impatient de la voir sortir un elpee au cours duquel elle nous proposerait ses propres compos. Un souhait qui vient peut-être de se réaliser ; car un nouvel opus vient de paraître. Son titre ? "Cool classic covers". Un disque concocté dans les juke joints de la Motor City…
samedi, 31 décembre 2005 01:00

One step ahead of the blues

Christopher John Spedding est né en 1944. A Sheffield, en Angleterre. Au cours de sa jeunesse, il joue du violon. Mais il tombe sous le charme du rock'n'roll et acquiert une guitare électrique. En 1959. L’année suivante, il émigre à Londres. Et fait en quelque sorte ses armes, en se produisant régulièrement, dans des groupes obscurs. En 68, il joue en compagnie du vibraphoniste Frank Ricotti avec lequel il enregistre un long playing. Il sévit également chez les Battered Ornaments du poète Pete Brown. Et participe à la confection de l’elpee "A meal you can shake hands with in the dark", en 69. La même année, il collabore à l’enregistrement de l'album de Jack Bruce, "Songs for a taylor". En 1970, il rejoint la formation de jazz rock, Nucleus. Puis commet enfin son premier album solo, "Backwood progression". En 71, Chris et Peter Green apportent leur contribution à la confection de l’elpee de Memphis Slim, "Blue Memphis Suite". En 72, il participe aux sessions d’enregistrement des opus de Chris Youlden (ex-chanteur de Savoy Brown) et de Dick Heckstall-Smith. Il milite ensuite chez les Sharks, combo monté par l'ancien bassiste de Free, Andy Fraser. Son premier single, "Motorbikin", paraît en juillet 75. Puis un album éponyme. En 1976. Une plaque dont sera tiré le hit single "Guitar Jamboree", un savant brassage de guitaristes qui portent pour noms Albert King, Chuck Berry, Hendrix, Clapton, Page et Beck. Chris tâte ensuite au mouvement punk. Il produit même les Sex Pistols, fin 76. Il enregistre "Pogo dancing" en compagnie des Vibrators ; un 45 tours qui récolte un certain succès. En mars 1979, la critique ne tarit pas d’éloges son album "Guitar Graffiti". Chris devient alors un musicien de session très sollicité : Robert Gordon, Dick Rivers, Nick Mason, Nina Hagen, John Cale, Roger Daltrey, Johnny Halliday, Elliott Murphy, Willy DeVille, Mylène Farmer et bien d’autres le réclament En 86, il enregistre "Enemy within", une plaque qui paraît chez New Rose. Et enfin, en 2002, pour la toute première fois de sa longue carrière, Spedding ose un opus aux accents très blues.
 
L'atmosphère baigne dans les swamps louisianais pour ouvrir le "Cajun moon" de JJ Cale. Même la guitare semble imprégnée de ce climat humide. Une compo qui évolue dans un registre très JJ. La voix également. Le ton nonchalant est naturellement laidback. La production de Philippe Rault lui rend justice. Chris double au clavier. Constituée de Reggie McBride à la basse et Tal Bergman aux drums, la section rythmique joue parfaitement son rôle. Nonobstant le solo découpé sur le fil du rasoir, la sonorité paresseuse envahit également "I wouldn't treat a dog" (NDR : une compo popularisée par Bobby Blue Bland). Le ton demeure laidback pour le "No expectations" des Stones (NDR : époque "Beggars Banquet" !) et le "Remember" de Jimi Hendrix. Chanté par Lee Dorsey, "Riverboat" a été composé par Allen Toussaint. La version de Spedding navigue dans le même climat voodoo qui parfume les bayous. De nombreux effets de reverb alimentent les cordes. Chris remet le cap sur la Nouvelle Orléans en abordant le "Go to the Mardi Gras" de Professor Longhair. Une version particulièrement réussie qu’impriment des instruments aux rythmes saccadés. Après avoir reproduit note pour note le célèbre "Albatross" de Peter Green, il attaque le titre maître. Un rock blues très mélodique, contagieux même, souligné par une ligne de guitare conquérante. Slow blues rock très ‘british’, "Mother Earth" est issu de la plume de Memphis Slim. Il est ici traité de manière très électrique par Mr Spedding. Blues rock doux et convivial, "Dollar on my pain" aurait pu être chanté par Tony Joe White. Faut dire que la sonorité de la guitare est tellement agréable à l’oreille. Une sensibilité bayou, lugubre hante le "Young man blues" de Mose Allison. A cause du toucher de slide à la fois sensuel et tourmenté. Enfin le "Lonely avenue" de Doc Pomus, (NDR : cette plage figurait au répertoire de Ray Charles) achève cet opus, ma foi, très agréable ; même si je viens de le découvrir trois années après sa sortie. Un nouvel elpee de Spedding est prévu pour ce mois de juillet. Baptisé "Click Clack", il devrait paraître sur le label allemand SPV. Cet été, il tournera en compagnie de Roxy Music ; et en septembre de Robert Gordon.

samedi, 31 décembre 2005 01:00

High action

Eric Steckel est un musicien surdoué. Très jeune. Plus jeune encore que les Jony Lang, Mike Welsh et autre Joe Bonamassa. Et pour cause, il vient de fêter ses quatorze ans. Un musicien qui aime se frotter au blues. Il n'en avait pas encore douze, lorsqu’il commettait son premier elpee, "A few degrees warmer". En 2002. Originaire d'Allentown, en Pennsylvanie, il s’est fixé aujourd'hui à Jacksonville, en Floride. Eric est parvenu à taper dans l’oreille du bon vieux John Mayall. Ce vétéran doit certainement se rappeler les bonnes années soixante, lorsqu’il incarnait une véritable institution pour les jeunes bluesmen anglais. Steckel a donc pu rejoindre John sur les planches, lors de plusieurs concerts.
 
Cet opus était paru chez ESB, l’an dernier. Munich Records le distribue aujourd’hui chez nous. Adepte des ‘Fender Stratocaster’, Eric est ici épaulé par Nick Franklik à la basse et Wayne Smith aux drums. Ce dernier double aussi à l'orgue Hammond. L'album réunit répertoire personnel et reprises de classiques notoires.
 
En ouverture, "Funky C funky Do" nous signifie qu’Eric a beaucoup écouté le regretté Stevie Ray Vaughan. Le gamin est déjà à l’attaque sur cet instrumental très électrique et donne l’impression de vouloir épater la galerie. Avec un talent indéniable, il faut le reconnaître ! "Slow train" repose sur un riff classique, appuyé. La légèreté n’est pas au rendez-vous. Comme au bon vieux temps du british blues célébré au cours des sixties. Mais lorsqu’il essaie de poser sa voix, on se rend bien compte qu’il s’agit d'un enfant. Et dans l’univers du blues, ce type de timbre soulève d’inévitables réserves… Néanmoins, il y met un aplomb certain, forçant au passage ses cordes vocales. Son solo est bien en place. Manifestement, il est parvenu à assimiler la patte de ses maîtres. Il me semble davantage dans son élément, lorsqu’il aborde les instrumentaux. A l’instar d’"Esperita" doté d’évidentes saveurs latines. Il est même ici proche de Carlos Santana, mais sans pour autant en pomper le style. La guitare est parfaitement maîtrisée pendant que l'orgue Hammond donne une coloration chaleureuse à l’ensemble. Eric a beau se démener et connaître son répertoire, il me fait sourire lorsqu’il se met à chanter. Mais il vit sa musique, le diable ! Que ce soit à travers le funky "Blues is a feelin" ou son autobiographique "Some people tell me", mélodiquement proche du "Thrill is gone" de BB King . Les instrumentaux se taillent quand même la part du lion. A l’instar de "Oh yeah!", du très SRV "Char broiled" ou encore de "Born under a bad sign" qui ne fait pas dans la dentelle. En fin de parcours, les reprises se bousculent d'ailleurs ; et notamment un "Further on up the road" caractérisé par une sortie des cordes de toute bonne facture ou encore "Lucille". Munich a même ajouté deux bonus tracks. Deux extraits du premier album issus du répertoire de Freddie King : "Hideaway" et "The sad nite owl". Je rappelle qu’à l’époque, il n’avait alors que 12 ans. Une chose est sûre, Eric Steckel est un excellent guitariste. Il possède la technique, affiche de la maîtrise et manifeste beaucoup de feeling. Avec le temps, il deviendra sans doute moins démonstratif. Mais peut-on lui en vouloir? Personnellement, je répondrai par la négative. ! Suffit de réécoutez donc son impressionnant solo accordé lors de son "Never run from the rain" pour en être convaincu…
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Standing room only

Fort de ses 36 années d’existence, le R.O.B. est sans aucun doute une des plus anciennes formations encore en activité aujourd’hui. J’ignore si le line up implique encore un des membres originels : une chose est sûre, le guitariste Chris Vachon semble s’être imposé comme le nouveau leader du combo. Et il est également producteur ! Quoique talentueux, Chris n’est cependant pas encore parvenu à faire oublier Duke Robillard et Ronnie Earl. Mais il n’en demeure pas moins un gratteur de première classe! La formation implique toujours Rich Lataille aux saxophones ténor et alto ainsi que Bob Enos à la trompette ; encore deux ‘anciens’ ! Les autres ont rejoint le band relativement récemment. Tout d’abord le chanteur/harmoniciste Mark Duffresnes. Et puis surtout le claviériste Travis Colby, seul nouveau depuis la sortie de l’elpee "That's right".
 
Les R.O.B. démarrent à plein régime. L’allure est très vive, en effet, dès le "She put a spell on me" de Little Milton. Une compo dominée par la voix très juste mais au timbre si particulier, nasillard de Mark. Une courte plage dénuée de solo, mais qui ne manque pas sa cible. Un élan qui se prolonge par le mambo "I can't stand you no more". Un autre fragment de brève durée, mais pour la circonstance conduite par la guitare de Vachon. Elle imprime même le rythme ; mais toujours pas de solo à l’horizon, comme si ces vétérans voulaient retrouver leur place sur des 45 tours destinés aux juke-boxes d’autrefois. Le tempo demeure vif pour "Boomerang". La voix de Duffresne se prête merveilleusement à la sonorité furieuse du big band. Les cordes de Chris Vachon concèdent une tonalité éclatante et précise à la fête du rythme. La guitare ouvre royalement le slow blues "The love you lost on the way". Tous les instruments sont bien en place. L’espace sonore est tapissé de cuivres ; mais également par l'orgue et la section rythmique constituée de Brad Hallen et de Jason Corbiere. Vachon se réserve son premier grand solo de l'album. Les notes sont distinctes, bourrées d'effets. Drivé par les cuivres et l'orgue Hammond de Travis Colby, le rythme adopté tout au long de "Just keep on rockin" est toujours aussi enlevé. Hormis (NDR : enfin !) une bonne sortie du sax ténor de Rich Lataille, l'absence de parties instrumentales est quand même fort surprenante. C'est le moment choisi par Mark pour empoigner son harmonica et interpréter une de ses compositions : "Two for the price of ten". Sur le tempo tracé par les quatre cordes de Brad, l’instrumental jazz "Straight Jacquet" offre l’opportunité aux trois cuivres de mettre le nez franchement à la fenêtre. Blues lent, "Sufferin' with the blues" baigne au sein d’un climat jazzyfiant. Une ambiance fin de soirée tramée sur l'orgue Hammond ; même si au cours de ce track, Lataille se réserve un magnifique tour de sax. On croirait qu’il a même été confectionné sur mesure. Mark chante ici avec beaucoup de classe. Il laisse étaler la richesse insoupçonnée de ses cordes vocales. Sur un tempo vif, le big band s'engouffre dans "Jona Lee" ; une chanson écrite par le claviériste Colby. Il en profite pour se montrer très persuasif au piano. Enfin, le "Love grown cold" de Lowell Fulsom atteint un des sommets de l’opus. Un fragment qui évolue sur un rythme syncopé. Tout est parfait : depuis la guitare de Chris à l'orgue de Travis. Décidément remis en selle, ils embraient par le "My mind in trouble" de Little Milton. Chris sort de sa réserve et aligne des notes irrésistibles. L’elpee nous réserve encore un dansant "Flip flap Jack" ainsi que le tonique et renversant "Up jumped the devil". Quoique de bonne facture, « Standing room only » n’est certainement pas la meilleure œuvre du groupe.

samedi, 31 décembre 2005 01:00

Holler out for more

Les Rose City Kings sont issus du nord ouest des USA. De Portland dans l'Oregon, très exactement. Dan "Kingbee" Berkery en est le leader/compositeur/chanteur et guitariste. Et probablement un excellent showman. Une impression corroborée par l’écoute de cet opus. Il est épaulé par Ron Camacho à la basse, Roger E aux drums, Joe ‘Super’ Powers à l'harmonica et Jeff ‘El Nino’ Simonson à l'orgue. Après avoir commis "Delta Hop" en 2003 et "Up on it" en 2004, les RCK nous proposent cet elpee immortalisé ‘live’, le 1er avril dernier, aux studios Mississippi de Portland.
 
Une slide aux accents bien métalliques envahit l’espace sonore. Elle est bientôt rejointe par l'ensemble des musiciens, orgue et harmonica en tête ! Dès les premiers cris, la voix de Kingbee vous prend à la gorge. Une voix forte, perçante et fortement nasillarde. L'attaque est tranchante, assez agressive. Le chant domine sans discussion. Le son de la slide est largement amplifié, mais Kingbee dompte parfaitement cet instrument afin d’éviter le moindre égarement. Un jeu peu orthodoxe et inusité qui alimente un climat d'outre-tombe ; mais également empreint de violence. Le chanteur tempère quelque peu ses ardeurs sur "Devil in my shoes". Il récite plus qu'il ne chante. Le son produit par les cordes est toujours aussi amplifié. Mais il passe bien la rampe. Super sort enfin de sa réserve et passe à l'attaque sur l'harmonica. La vivacité du rythme réapparaît pour "Biscuits n' gravy". Le chant est toujours incisif. La slide - décidément mystérieuse - et l'harmo sonnent la charge. El Nino se met à y croire lui aussi derrière son piano. Afin de suivre le chant de leur leader, les Rose City Kings déploient une énergie peu banale. Les instruments sont malmenés en permanence. Pourtant, l'éventail des possibilités s'élargit sur "Up on it". Les vocaux du bassiste et du batteur rejoignent ceux du leader. L'harmo vagabonde, puis crève l'écran! "Tequila blues" est le long blues lent sur lequel Kingbee peut éructer ses vocaux perçants sur fond d'orgue Hammond ; un fragment qui autorise les sorties de la guitare et de l'harmonica. Rock un tantinet countrysant, "Baybelline" galope avec détermination. Berkery est manifestement un homme de scène. Il maîtrise son public à sa guise. Il reprend la slide. Elle émerge d’un magma sonore à la fois poisseux et poussiéreux. Nous sommes du côté de Chicago. Son "Coffee blues" est dispensé de manière brute, sans la moindre fioriture. Une formule qui plait au public ; surtout lorsqu’elle est émaillée de solides apparitions de la slide, de l'harmo et du piano. "Way down low" replonge dans le slow blues aux accents volontiers dramatiques. La voix de Berkery est toujours énergique et enthousiaste ; même en fin de concert. Il se fait shouter sur "Put a little wiggle in it", une plage au cours de laquelle une forme de passion gagne la foule. Un riff démoniaque hante "Double belly twist". Une plage meurtrière torturée par cette slide pas possible qui émerge au beau milieu des cris de l'harmonica. Nous ne sommes alors plus très loin de l’univers du Muddy Waters Band. Kingbee épile sa Fender Telecaster en picking tout au long de "Sweet nothings", un blues rythmé dominé par la voix ravagée. Lorsqu’ils quittent la scène, les Kings parviennent encore à nous surprendre, en interprétant "Reckless sinner", une jolie ballade chantée avec une infinie douceur. Les Kings ont déjà décroché plusieurs Awards auprès de la Cascade Blues Association (NDR : un groupement très actif à Portland et Vancouver). Nantis d’une forte personnalité, ils sont considérés comme un des grands espoirs de la Cité des Roses et en Berkery. Si vous êtes d’un naturel curieux, vous ne pouvez passer à côté de ce que je considère comme une véritable découverte…
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Live at the Nix

Chanteur et guitariste Guitar Ray, alias Raymond Nijenhuis, est (NDR : vous vous en doutez !) néerlandais. Cet elpee (NDR : sur lequel Duke Robillard a eu la courtoisie de rédiger quelques notes sur la pochette) a été immortalisé ‘live’ au Nix BBBLues Club d’Enschede en 2003. Flanqué de ses Rhythm Dukes (Jaap Van der Sluijs à la basse et au chant ainsi que Hans Molenaar aux drums), Ray est avant tout un guitariste. Il maîtrise ses cordes jusqu'au bout des ongles. Il est capable de s’adapter à toute une panoplie de styles : blues, jazz, mais surtout le surf et le trash.
 
Il ouvre et clôture son concert par un instrumental surf issu de sa plume : "Rock Billy rock!". Signé B Johnson, "Rock", est un solide shuffle à la texane. La section rythmique soutient bien son leader. Ray ne possède pas une voix inoubliable ; aussi il privilégie avant tout les cordes. Et c’est dans ce domaine qu’il peur montrer tout son savoir-faire. Il se révèle même brillant sur le très west coast "Gee I wish". Une composition qui libère beaucoup de swing. Une tonalité jazzyfiante née de la créativité et de la virtuosité de Ray sur le manche. Une compo qui figure également au répertoire de Duke Robillard, pour ne rien vous cacher. Et il est capable d’accélérer son jeu le Hollandais. Aussi bien dans le domaine du jazz que lors de l’exercice country. A l’instar de "Jerry's breakdown" du countryman Jerry Reed. Il y joue de la guitare comme si c'était un banjo. Mais le style qui lui convient le mieux est la surf music. Il injecte un maximum de réverbération dans la sonorité. Comme sur "Well D-surfed". Une plage qu'aurait apprécié Link Wray. Et puis "Taco Taco", une autre de ses compositions au cours de laquelle il se rapproche très près des Ventures. Long slow blues, le "Reap what you sow" de Guitar Slim libère un bon feeling ; mais il se montre bien plus à l'aise dans le jazz. Et je pense tout particulièrement au très jump et rapide "Lonesome train". Tout en continuant à cultiver l’esprit jazz, il reprend brillamment "Chitlins con carne", un célèbre instrumental composé par Kenny Burrell dont Stevie Ray Vaugham avait concocté une illustre version. Autre instrumental, "Brent new" évolue dans un style country jazz. En finale, Guitar Ray revient à la surf music en interprétant "The ramble", un fragment écrit par l'une de ses sources d'inspiration majeures : Link Wray.
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Blue Guitars sampler

Le timbre vocal de Chris Rea est très particulier. Il est grave, proche. Si proche que parfois on croirait que l’artiste est près de vous, assis au coin du feu. Chris a toujours aimé le blues. Son blues. Un blues qui trahit son mal de vivre. Un blues tellement personnel. A l’aube du 21ème siècle, la santé de Chris était plutôt précaire. Vu sa maladie, on craignait même de ne plus jamais le revoir. Et pourtant, l'artiste est parvenu à surmonter cette épreuve. Il nous avait même déjà transmis quelques signes rassurants, lors de la sortie des albums "Dancing down the Stony road" et "The blue Juke Box". Chris Rea vit aujourd’hui dans un moulin qu'il a aménagé en atelier de peinture et en studio d'enregistrement. Lorsqu’il entre dans sa période de créativité intense, il peint, compose et enregistre des journées entières. La relation qu’il entretient entre ses deux lignes maîtresses, la peinture et la musique, est devenue un art de vivre. A donné un sens à sens à sa vie.
 
Et c'est ainsi que le vaste projet de "Blue guitars" est né. Vaste ? Que dis-je ? Gigantesque ! 11 nouveaux albums réunissant 137 nouvelles chansons, un DVD et plus de 50 reproductions de ses peintures. Une œuvre qui a nécessité 18 mois de travail, sept jours par semaine, douze heures par jour… Et toujours en s'inspirant des racines du blues. Ce sampler nous met l'eau à la bouche. Il en épingle onze extraits. Et manifestement ce sont de fort belles plages. Les instruments prennent progressivement leur place : claviers, cordes étranges et percussions, avant que la voix caverneuse de Chris n'ouvre "Where the blues comes from", une compo issue de l’elpee "Beginnings". Mr Rea nous rappelle déjà que la slide n’a plus de secret pour lui. Un exercice de style au cours duquel il est véritablement sublime. Il possède l'art de faire roucouler ses cordes en glissant son bottleneck sur le manche. Et déjà, la mise en forme est impressionnante. "Too much drinking" évolue au cœur du blues. D’une voix grave, Chris introduit "I went down to the juke joint". Le bottleneck et l'harmonica assurent le backing. Une plage curieuse, extraite de "Country blues", qui rappelle les débuts du géant Howlin' Wolf. La mélodie d’"Only a fool plays by the rules" accroche instantanément l’oreille ; une ballade bluesy par sa mélodie qui nous entraîne dans un périple proche des bayous louisianais. Le washboard et la slide évoluent dans le décor. Un superbe fragment – et ce n’est pas surprenant - de l’elpee "Louisiana & New Orleans". "The soul of my father's shadow" semble hanté John Lee Hooker. Son chant. Le tempo modéré aussi. Mais le tout est raffiné par l'orgue. Encore une excellente compo issue d’"Electric Memphis blues". Remarquablement produit – et en particulier son intro - "Lone star boogie" est sculpté dans un boogie rockin' blues aux accents sudistes. Une plage très carrée mais bigrement efficace qui figure sur le long playing "Texas blues". Chicago blues particulièrement nerveux, primaire, "She's a whole heap of trouble" aurait pu relever du répertoire susceptible d’influencer une volée de groupes anglais issus des 60’s : les Stones, les Yardbirds et autres Downliners Sect. L’éclectisme est également au rendez-vous, puisque la plaque recèle des ballades intimistes, de la musique celtique, des morceaux imprimés sur des rythmes latinos. Mais en finale, "Clarkson blues" en revient au blues. Un blues tonique, intense aux accents dramatiques. Juste avant que les cordes n’éclatent. La mise en place des instruments est savamment dosée. Le travail de production met en exergue la richesse musicale. Ce qui n’empêche pas une sortie remarquable de Chris Rea, à la slide. Ce coffret ne devrait pas décourager les acheteurs potentiels, puisqu’il devrait être vendu pour moins de 60 euros. Artiste créatif, Chris est cependant usé. En 2006, il devrait cependant accomplir une tournée d'adieu, qui passera par Forest National, le 22 février prochain. Plus que probablement une des dernières occasions d’aller applaudir ce musicien qui a quand même vendu plus de trente millions d'albums!
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Shrunken heads

En 1997, trois musiciens californiens - issus de Valencia très exactement - décident de monter un groupe : Reno Jones. Le tromboniste Mike Crandall, le guitariste Doug Chapline et le trompettiste K.O Skinsnes osent le parti de réunir une ligne de cuivres forte, engageant deux saxophonistes pour accentuer cet aspect –ma foi– déjà fort cuivré : Roger Ehrnman au ténor et Chris Searight susceptible de doubler au ténor et au baryton. Pour compléter le line up, une chanteuse est recrutée. Elle occupera le front de la scène : Miss Jerri-Sue Dawson. Il ne manquait plus qu'une section rythmique que traduira le concours de Larry Passhall aux drums, de Mike Burnham à la basse et de David Jones aux claviers. Forte de ses neuf musiciens, Reno Jones avait de quoi impressionner la galerie. La formation commet un premier album en 2000 : "How're we gonna pay for this"; un opus suivi de "Live from Inside of the California institution for women" en 2003.
 
Ce nouvel elpee s’ouvre par une très courte plage qui donne pourtant le nom à l'album. Elle met immédiatement en exergue la voix puissante et percutante de Jerri-Sue, bien soutenue par le piano et la guitare largement amplifiée. Le rythme s'accélère. Tous les instruments font leur entrée sur "Tired of feelin' blue". Pour la circonstance, c'est le leader gratteur Chapline qui se réserve le chant. Et avec talent ! Jerri-Sue revient chanter le très blues "Take a look at me now". Nonobstant le rôle du piano et de la ligne de cuivres, le tempo est plutôt indolent, avant que l'orgue - un tantinet jazz - n’opère un petit cavalier seul fort intéressant. "I thought I had it bad" est un long slow blues. La voix claire de Miss Dawson se détache parfaitement des cuivres. Coécrite par Martie Echito, "I plead guilty" est une plage funky impliquant des claviers synthétiques. Ce n’est pas trop ma tasse de thé. Plus excitant, "Three legged man" consomme du rockin' R&B teinté d’un soupçon de jump. Le piano de Jones sautille. Les cuivres s'emballent, et en particulier la trompette, le trombone et le sax ténor. Reno Jones se révèle plus laidback au sein d’une ambiance chaleureuse et volontiers sudiste. Il interprète ainsi "Temptress", une plage chantée nonchalamment par Jerri-Sue et colorée par la slide gouailleuse de Mr Rick Vito (NDR : un invité !). Probablement une des meilleures de l'album! Très blues, mais acoustique, "Jezebelle" est chantée par Chapline ; un fragment souligné par l'harmonica de Jeff Masters. Excellent ! Les cordes introduisent en douceur "No warning". L’atmosphère est jazzyfiante tout au long de ce R&B qui autorise une sortie de la trompette de Skinsnes. Blues dynamique, "Sure takes care of me" est imprimé sur un tempo qui correspond parfaitement au profil de ce big band. Jerri-Sue assure et contrôle parfaitement ses vocaux La partie de saxophone est brillante. "I saw you" est un blues/jazz lent (NDR si vous préférez un ‘long late night blues’) réservé aux fins de soirée pour petit cabaret. Le chant de Miss Dawson prend ici toute sa dimension. L’interprétation très cool est entretenue par les cuivres feutrés et les cordes brillantes de Doug. L'approche relaxante opérée par Reno Jones sur "Sometimes love is hard to find" est remarquable. Le timbre de la chanteuse s’immisce, tel un instrument, au chœur des cuivres. Les musiciens nous invitent à rejoindre le bar lors d’un dernier blues contagieux : "Down to the bar". Un titre conduit par la voix rocailleuse, très éraillée de Chapline, qui en profite pour se libérer totalement à la guitare. De très bonne facture, cette plaque s’achève comme elle a commencé ; c'est-à-dire par la reprise du titre maître…
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Ana ! Live in Amsterdam

Ana Popovic est originaire de Belgrade. Agée de 29 ans, cette charmante jeune femme s’est surtout forgée une notoriété au cours des cinq dernières années. Soit après son expatriation. En 1999. Aux Pays-Bas. Qu’elle va ensuite quitter pour l’Allemagne. Elle avait bien concocté un opus avant son exil ; mais il est totalement passé inaperçu. C’est Thomas Ruf qui la remarque et l’entraîne à Memphis pour enregistrer "Hush". En 2001. Puis "Comfort to the soul", en 2003. Sa rencontre avec Bernard Allison sera aussi importante pour sa reconnaissance internationale. L’artiste serbe est revenue aux Pays-Bas fin janvier dernier. Au Melkweg d'Amsterdam très exactement. Pour se faire prendre ‘live’. La coquine!
 
Son backing group ouvre le feu lors de l’intro : Fabrice Ach à la basse, Denis Palatin aux drums (NDR : l’invité du soir) et Dominique Vantomme aux claviers. Bien en rythme, l’assise musicale épouse une forme funky, avant qu’Ana Popovic n’entre en scène. La vedette du jour fait déjà résonner sa guitare de notes d’électricité bourrées d’effets. Ana n’a pas une voix naturellement puissante. Son timbre s’adapte raisonnablement à son répertoire. Elle peut se faire douce un instant, féline le suivant. A l’instar de "Don’t bear down on me". La guitare ne fait pas dans le détail. La longiligne Ana aime faire vibrer ses cordes ou les entendre déraper dans un bain de décibels. "Sittin’ on top of the world" est beaucoup plus séduisant, bien qu’à des années-lumière de l'original interprété par Howlin' Wolf. Vantomme est un excellent claviériste. Il injecte du rythme et du tonus dans son orgue Hammond. Ana écrase ses pédales pour torturer la sonorité. Un geste qui nécessite une certaine maîtrise. Qu’elle affiche incontestablement tout au long de cette plage. "Love me again" est bien le type de compo sur lequelle Ana peut s'éclater tout en maîtrisant son style personnel. Pour la circonstance, la guitare est bien sentie et mélodique. Ana crie plus qu’elle ne chante. On évolue ici manifestement dans un style rock. Notre diva trouve alors qu'il est grand temps de se rapprocher du blues. Une tentative qu’elle opère sur "Comfort to the soul". Mais dès que l'opportunité se présente, elle torture sa râpe jusqu’à l’épuisement, dans un torrent de notes acerbes. Et très souvent, la mayonnaise prend ; car les musiciens s'entendent fort bien. Ana ne s’est pas contentée d’écouter des gratteurs rockers. Elle confesse même une préférence pour Stevie Ray Vaughan et Ronnie Earl. Et nous le démontre tout au long du paisible "Navajo moon" ; un instrumental qui s’ouvre sur les accents du premier avant de glisser progressivement vers les climats jazzy du second ! Une chose est sûre, Ana ne manque pas de talent. Elle adapte l'excellent titre de Steely Dan, "Night by night", un fragment qu'elle avait déjà repris lors de son album précédent. Un bottleneck au doigt, elle nous démontre avoir assimilé la technique de la slide sur "Big town playboy". Lors de son séjour aux Pays-Bas, elle s’est perfectionnée dans la technique du jazz. Des leçons qu’elle semble avoir bien assimilées. "Won't let you down" en est la plus belle illustration ; une plage au cours de laquelle un Vantomme très affûté est passé au piano électrique. Enfin, en développant certains climats expérimentaux sur "Jaco", elle veut nous faire partager l'étendue de ses passions instrumentales…
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Living with the blues 2005

Johnny est né en 1948. Du côté de Rhode Island. En 1963, il crée les Vikings, une formation spécialisée dans les reprises de R&B à la sauce Stones et Merseybeat. En 66, il assiste à un concert de Howlin' Wolf. A New York. Il est interpellé et décide de monter le Black Cat Blues Band en compagnie - excusez du peu - de Duke Robillard, Fran Christina et Steve Nardella. On le retrouve à Chicago, en 1972. Il accompagne alors Big Walter Horton. Il commet son premier elpee à cette époque. Chez Blind Pig : "Too many bad habits". De retour à Rhode Island, il fonde les Rhythm Rockers flanqué de Kaz Kazanoff, Terry Bingham, Sarah Brown et Ronnie Earl. En 78, il émigre à Austin, dans le Texas, pour y rejoindre la formation Asleep at the Wheel. Vers 1979, on le retrouve dans le projet Guitar Johnny & The Rhythm Rockers. Un collectif responsable d’un elpee… qui ne sortira qu’en 1992, chez New Rose. Pas étonnant qu’en 1981 il soit dégoûté de la scène musicale et décide alors de s’installer dans le Hill Country, avec sa nouvelle compagne. Le couple ouvre un restaurant : le Hill Top Café, près de Fredericksburg. Mais en 1991, il refait surface et enregistre "Back to the country" flanqué de Johnny Shines. En 94, il grave "Thrill on the Hill" (sur Antones), immortalisant un set live exécuté dans son restaurant. Il forme ensuite le Texas All Stars, un combo en compagnie duquel il multiplie les tournées. En 2000, il rend hommage à Doug Sahm, à travers l’album "Rockin' my blues to sleep". Nicholas n'est franchement pas n'importe qui. Il a du vécu.
 
L’opus s’ouvre par "Froggy bottom". Balayée d’un léger zydeco, la concentration de grenouilles nous rapproche sensiblement de la Louisiane voisine. L’accordéon est discret. Le sax ténor de Greg Piccolo accorde un joyeux solo. La guitare est bien intégrée dans le contexte musical. Instrumental, "Hill Top" (NDR : évocation du restaurant de Johnny) porte les accents du western swing. L’échange de cordes opéré entre Johnny, Ray Benson (NDR : le leader intemporel d'Asleep at the Wheel) et la lap steel de Miss Cindy Cashdollar est impérial. Signé Roosevelt Sykes, "You can't be lucky all the time" est une ballade gracile, languissante, canalisée par la voix graveleuse du leader. La rencontre entre les cordes et le piano de Riley Osbourn nous garantit une cure de relaxation. La version d’"I'll be around" (NDR : un blues lent signé Howlin' Wolf) est imprégné d’une sensibilité texane, downhome. Stephen Bruton se réserve la mandoline, Osbourn le piano et Cindy la lap steel. "Dirty people" élève le tempo. Une plage caractérisée par le solo très incisif de Johnny, découpé au rasoir, inspiré sans doute de Jimmie Vaughan. Il ne distille que peu de notes tout au long de "Teardrops on my window pane", un blues royal, superbe, à fleur de peau ; mais elles sont brillantes. Les silences valent leur pesant d'or. Proche d'un Otis Spann des grands jours, Floyd Domino (Asleep at the Wheel) se consacre au piano dans le même esprit. Le "Living with the blues" de Brownie McGhee est interprété comme un shuffle texan ; un fragment enrichi par l'accordéon de Joel Guzman (NDR : il a beaucoup joué pour Joe Ely) et l'orgue de Red Young. La même équipe participe à "Need your love so bad", une autre ballade lente qui flaire bon le Sud. Johnny y partage le chant avec la longiligne Marcia Ball. R&B, "Honeydrippin' baby" remue et swingue sous l’impulsion des cuivres de Piccolo et Kaz Kazanoff, ainsi que du piano et de l'orgue. Issue de la plume de Tommy McLain, "Texas drifter" est une autre ballade sudiste. Nonchalante, d’une grande beauté, elle permet à Johnny de s'envoler, tel le Guitar Slim des 50s, dans un univers sonore balayé par l’orgue Hammond, l’accordéon et les cuivres. Johnny, Ray Benson et Marcia Ball se partagent le chant tout au long d’"I'm from Texas", un pur Western swing au cours duquel chaque musicien s’évade : Domino, Joel et la batterie. Cet excellent elpee s’achève par "Down in the alley", un blues dédié à la mémoire de Doug Sahm. Piccolo, Osbourn, et Bruton à la slide y participent. Du beau monde pour clore cet opus…