Un dixième album studio pour Idlewild

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La couleur intérieure de The Intemperate Sons…

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Calexico

Cherche endroit de rêve pour enregistrer…

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Le 6 février 1993, Giant Sand se produit au Conservatoriumplein de Bissegem. A l’issue du concert, votre serviteur réalise l’interview de Howe Gelb (voir ici) et de Chris Cacavas (voir ). J’ai emmené mon fils, Jeremy, alors âgé de 14 ans. Il a assisté au concert et m’accompagne lors de l’entretien, qui se déroule à l’étage du club De Kreun. John Convertino et Joey Burns assistent aux entrevues, ce dernier y participant même épisodiquement. Depuis, John et Joey ont fait du chemin et ont surtout monté leur Calexico, une formation qui a pris une fameuse envergure. A cause de leur americana habilement teinté de références latino (mariachi, conjunto, cumbia, tejano, mambo), africaines, mais aussi de rock, de pop et de jazz.

Mais revenons à nos moutons. Ce 14 juillet 2013, la formation étasunienne (NDR : elle nous vient de Tucson, en Arizona, tout comme Giant Sand) se produit dans le cadre du festival Cactus à Bruges (voir review ici). J’ai bien tenté d’obtenir un rendez-vous, via le label, mais malgré les efforts de l’attaché de presse, les demandes sont restées lettre morte. Bref, au-cours de l’après-midi, je rejoins le stand VIP pour prendre un rafraîchissement. Je croise Jacob Valenzuela, le trompettiste et John, le drummer. Nous taillons une bavette et je leur fait part de mes illusions perdues. Ils interpellent leur tour manager, qui me demande d’attendre la fin d’une longue entrevue que Joey est occupé d’accorder à un collègue néerlandophone. Après 45 bonnes minutes (NDR : heureusement, le concert de Michael Kiwanuka n’est pas ma priorité), les deux hommes se serrent la pince. Soudain, Joey se lève et vient à ma rencontre. J’avais quand même l’impression qu’il jetait de temps à autre, un coup d’œil dans ma direction, pendant son interminable tête à tête. Je lui remémore la réunion à laquelle il était présent, il y a 20 ans. Incroyable, il s’en souvient. Le tour manager nous rejoint, et il est décidé que 15 à 20 minutes nous seront accordées. C’est déjà ça. Faudra mettre la gomme…

Le dernier album de Calexico a été enregistré à la Nouvelle-Orléans. Dans une église baptiste reconvertie en studio d’enregistrement. Un peu comme celle de Woodstock, en bois celle-là, au sein de laquelle John Agnello a accueilli de nombreux artistes pour leurs sessions. Mais quel sentiment ressent-on quand on investit un lieu autrefois sacré ? Joey confesse : « J’ai adoré ces moments-là. Lorsque je suis arrivé sur place, j’ai immédiatement constaté que c’était une ancienne église. Elle a été rebaptisée ‘The living room’. Et les aménagements qui ont été opérés par le propriétaire et les ingénieurs sont remarquables. Incroyables, même. Malgré les travaux de rénovation on ressent toujours les vibrations de ce qui a été un lieu de culte. Et c’est devenu un espace de créativité musicale. Un Hammond a été installé. Et quand tu entends ce qui en sort, c’est comme si tu entendais de l’orgue d’église. Tu as l’impression de disposer de l’endroit pour toi-même. D’en jouer comme tu le ressens dans ton cœur. C’est le rêve caché de tout claviériste. De grandes fenêtres inondent l’édifice de lumière. On y remarque également de nombreuses structures en bois. Et dans cette église, quand je me suis assis derrière le piano, je savais que j’allais écrire de bonnes chansons… »

Lorsque j’ai appris que le groupe se rendait à la Nouvelle-Orléans pour enregistrer, j’ai immédiatement pensé à une collaboration avec un ‘brass band’, comme le groupe l’avait réalisé en compagnie d’un ensemble mexicain. Mais après avoir lu de nombreuses interviews réalisées par des confrères, il est apparu que c’était tout simplement l’esprit de ce port louisianais que le band voulait communiquer à sa musique, pas ses racines. Joey précise : « Egalement l’écriture. Quand vous vivez dans un autre endroit, quand vous bossez au sein d’un autre studio, la perspective est totalement différente. Même si on pense souvent à son chez soi. Mais on souhaitait rester en Amérique, à la limite de l’hémisphère Nord et Sud, à sa frontière culturelle. Dans le Nord, l’accent est surtout porté sur le 1-2-3-4, tandis que dans le Sud, c’est davantage 6/8. C’est plus afro. Evidemment, je suis un grand fan de musique afro-cubaine. L’hémisphère Nord est plus anglo-saxon, le Sud, plus espagnol. Le Nord est plus protestant, le Sud plus catholique. La country pour le Nord. Le blues pour le Sud. Par nature. Ce que je te raconte est superbement décrit dans un livre rédigé par Ned Sublette qui s’intitule ‘The world that made New Orleans’. Je l’ai lu avant de me rendre à la Nouvelle Orléans et également pendant que j’y résidais. Il foisonne de références culturelles et historiques et j’avoue qu’elles m’ont pas mal influencé. » Manifestement, les emplacements où il enregistre et les voyages inspirent notre interlocuteur. Mais quelle sera la prochaine destination du combo ? La Guyane ? Un pays d’Afrique ou un autre pays du Golfe du Mexique ? A moins que de nouvelles idées ne se soient développées durant leurs périples à travers le monde… Joey confirme « Oui, s’il vous plaît. Toutes les destinations que tu viens de citer me bottent (NDR : il ajoute même en néerlandais, ‘alstublieft’ !) Ce sont tous des endroits de rêve. Mais tout dépend du temps dont on dispose. Les histoires sont tellement importantes. Elles sont parfois fragiles et exigent beaucoup de créativité, de patience, avant d’aboutir. J’espère que nous pourrons retourner à Cuba, nous rendre au Sénagal, au Mali, au Nigéria, en Afrique du Sud, au Maroc. Et puis j’aimerais passer plus de temps en Europe. J’aime les groupes belges. Zita Swoon. On est assez copains avec les musiciens… » Girls In Hawaii ? « Non, je ne connais pas. » dEUS ? « Oui, bien sûr. Sur scène, ils sont excellents… »

La musique de Calexico est devenue le fruit d’un croisement entre influences multiculturelles et multi linguales. Existe-t-il une explication rationnelle à ce phénomène ? Joey réagit : « Non, je n’ai pas d’explications. Toutes ces influences sont des histoires d’amour. Aujourd’hui, en Arizona, les autochtones manifestent des attitudes hostiles et agressives vis-à-vis des immigrants, prônent une philosophie de rejet à l’égard des autres langues et cultures. Je ne comprends pas ce repli sur soi. Comment est-il possible d’aimer la nourriture mexicaine, mais pas la langue, ni la chanson hispanophone ? C’est si beau, si romantique, si passionné. Il y a des individus qui ont des œillères. Un constat qui nous ramène à l’amour et au respect… » Calexico aurait un pied dans la tradition et un autre dans le monde contemporain ou, en d’autres termes, un pied dans l’Amérique et l’autre en Europe. Mais pourtant, l’Europe semble bien plus traditionnelle que l’Amérique. Il conteste : « Non, non ! Tu sais l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Il existe ici quelque chose de nouveau. Une ouverture dans l’acceptation d’une autre culture et d’une autre langue. Bien sûr, dans l’univers du football, c’est différent (rires)… c’est une exception… En Europe, on accepte de panacher les genres musicaux. On se permet de défier la définition des styles. Notre musique est mieux acceptée sur le Vieux Continent qu’aux States. C’est pas vraiment noir et blanc, mais l’atmosphère est différente ici. Il y a une autre philosophie. Davantage de largeur d’esprit… »

La colonisation, les conquêtes et l’immigration sont pour Joey des sujets brûlants de conversation, mais certainement de grandes sources d’inspiration. Il parle le plus souvent des Latino-américains, mais les Indiens –ou ce qu’il en reste– ne sont-ils pas les plus à plaindre ? Il se justifie : « Je pense que nous sommes tous dans le même bateau. Je ne spécifie pas un groupe culturel en particulier. C’est plutôt une histoire humaine. C’est ce que cherche à exprimer. Je devrais demander à mon ami Randall, un Navajo, ce qu’il en pense. Encore une fois c’est à propos des histoires. Parfois elles sont descriptives et parlent de certaines régions. On peut traduire toute l’histoire dans n’importe quelle langue ou la transposer dans n’importe quel décor ou toile de fond. Parce qu’elle est universelle. C’est pourquoi nous aimons l’histoire. Elle est l’origine de ce que nous sommes devenus aujourd’hui… »

En 10 mois, j’aurais donc assisté à trois concerts du même groupe. La première fois, en septembre, à l’AB. La seconde à l’Aéronef de Lille. Et ce soir ce sera la troisième. Mais comment organiser sa setlist pour donner davantage de variation à ses shows ? Joey a son explication : « Chaque fois que vous atterrissez dans un nouvel environnement, vous regardez ce qui se passe autour de vous. Vous essayez de sentir la direction que le public souhaite emprunter. La musique est un peu comme une forme de thérapie. Elle nous rassemble. C’est comme un voyage, un voyage spirituel. Elle te propulse dans un autre monde. Elle atteint différents niveaux de l’expérience humaine. Sur scène j’essaie d’être ouvert. Aussi, en cours de show, je regarde parfois la setlist. La conduite du concert. Et il m’arrive de penser à insérer une autre chanson, de m’éloigner du canevas affiché. Mais, ce n’est pas toujours possible. Car tous les musiciens jouent des tas d’instruments différents. Ils jonglent aussi bien avec l’accordéon, la trompette, les claviers, le xylophone, la contrebasse, la double basse, etc. Aussi, avant de modifier le parcours, je dois tenir compte de ces paramètres. Au début de la journée, j’ai assisté au set d’un fantastique groupe belge, Isbells. Et leur prestation m’a donné envie, ce soir, de jouer des compos plus calmes (NDR : finalement, le combo optera pour un set endiablé !) Parfois l’ambiance en ‘live’ t’incite à injecter du rythme et à te plonger dans l’énergie festive (NDR : c’est ce qui va se produire en soirée !) Je considère le show comme la construction d’une dynamique d’émotions et de sensations… »

Lors de leur set à Lille, en rappel, Calexico a été rejoint par The Dodos pour attaquer le ‘Little black egg’ des Night Crawlers, une compo datant de 1965. Une jam particulièrement réussie, me rappelant les Byrds, voire les compiles ‘Pebbles’ ou encore ‘Nuggets’. Il était donc d’abord intéressant de savoir qui lui avait donné l’idée de reprendre ce titre. Puis si Calexico avait l’intention, notamment ce soir, de réserver au public, ce type de surprise. Joey semble à court d’arguments : « Je ne sais pas. On a rencontré les musiciens de Bonnie Raitt. Et puis on a assisté à leur prestation en marge du podium. Ce sont des musiciens fantastiques. Je suis très honoré d’être sur la même scène que tous les autres groupes et artistes présents aujourd’hui à Bruges. Et tout particulièrement Bonnie Raitt… En fait Al Perry & The Cattle en avaient déjà fait leur version, début des nineties. Ils sont également issus de Tucson, en Arizona, comme nous. Lorsque j’ai entendu cette chanson, je me suis dit qu’elle était géante, rare même. Et la première fois qu’on l’a adaptée, c’était en compagnie de Yo La Tengo. A l’époque nous avions beaucoup tourné ensemble. Lors de la dernière date, c’était à Saint Louis, je pense ; nous l’avons jouée, sans l’avoir répétée. Ira, Georgia et moi. Georgia Hubley, la drummeuse, a un projet qui répond, en outre, au nom de Little Black Egg. Et puis j’en ai conclu que si on pouvait l’interpréter avec Yo La Tengo, on pouvait aussi le faire avec The Dodos. C’est une chanson bizarre, mais terriblement contagieuse… »

La dernière création en date de Calexico a bénéficié de la collaboration du Louisville Orchestra, un orchestre symphonique. Les prises ont été immortalisées en ‘live’. Publié en édition limitée et notamment en vinyle, le box, intitulé ‘Road Atlas’ est paru en juin dernier. Joey commente : « Une aventure extraordinaire. C’était la première fois qu’on jouait en compagnie d’un orchestre symphonique. Eux, dans le passé, avaient déjà réalisé cette expérience. Donc, ils en connaissaient un bout. Notamment dans le domaine technique et électronique à mettre en place, sur scène. Le box set est le résultat d’un travail de passionnés. Ce sont des titres qui ont été enregistrés lors d’une de nos dernières tournées. Nous l’avons réalisé pour nous, pas pour le public. La musique vire parfois au jazz, sans que ce soit vraiment du jazz. On a pris beaucoup de plaisir à concrétiser ce projet. Et il est important pour nous de continuer à prendre du plaisir. Le résultat va au-delà du classique ou de ce que nous proposons généralement. C’est aussi la raison pour laquelle je fais de la musique… »

En nous quittant, Joey me remercie et me demande si c’est votre serviteur qui a concocté le questionnaire. Je lui réponds par l’affirmative et lui explique succinctement ma méthode de travail. Il me dessine une Cadillac sur le dos de la pochette de l’album ‘Algiers’, avant de la dédicacer, et me salue à nouveau, avant de rejoindre les loges en compagnie du tour manager…

(Merci à Vincent Devos)

 

Lebanon Hanover

Totally cold

Le 16 septembre prochain, Lebanon Hanover, une des formations les plus en vue pour l’instant sur la scène cold-wave/minimal wave, accordera un concert exclusif à Bruxelles sur la Péniche Fulmar 1913. Elle viendra présenter son nouvel opus, le troisième, intitulé "Tomb For Two", à paraître en septembre chez Fabrika Records.

Composé d'un couple : Larissa Iceglass, originaire de Suisse, au chant, aux guitares et aux synthés et William Maybelline, d'Angleterre, au chant, à la basse et aux synthés, Lebanon Hanover propose une musique froide, dominée par des voix sombres, hantée par une basse lugubre et déchiquetée par des guitares acérées. Une sorte de pop synthétique apocalyptique, qui rappelle Siouxsie & The Banshees, The Cure, Bauhaus voire Xmal Deutschland.

Au cours d'une interview réalisée en avril dernier à Gand lors du REWIND festival, Larissa et William ont confié avoir choisi le patronyme de leur groupe en référence à un endroit sis dans le Vermont, en Amérique du Nord. "C'est un coin très esthétique. Nous ne voulions pas une appellation du style ‘The Something’, donc nous avons opté pour ce nom, car il ne sonnait comme aucun autre". Il reflète également la dualité anglais-allemand qui est le fondement tant du couple que de la formation.

Pour produire leurs disques, le couple adopte une démarche très DIY, Do It Yourself, très ‘minimale’. "Les sentiments sont plus importants que la production", souligne Larissa. "C'est pourquoi j'aime la musique des années 40, 50, 60 et 70. Elle recèle tellement de chaleur. Après 80, ce n'est plus intéressant pour moi. Il y a trop de fréquences aiguës, difficiles à supporter. Mes oreilles sont habituées à la musique ancienne."

On l'a compris, Larissa et William ne sont pas comme les autres. Ils ne recherchent en aucun cas la célébrité. Il m'a d'ailleurs fallu pas mal de temps, et une première tentative (manquée) à Amsterdam avant de les convaincre d’accorder une interview. C'est qu'ils attribuent une importance primordiale à leur authenticité. "Le plus important au sein de notre groupe, c’est d'exprimer notre point de vue par rapport au monde actuel", poursuit Larissa. "Nous sommes plongés au sein d’un monde très rapide et très dangereux. En fait, notre manière de vivre est différente de celles des autres. Nous n'avons pas de job, ce qui nous donne beaucoup de temps pour penser et écrire. C'est bien de prendre le temps de s'arrêter et de profiter de la vie."

Le couple partage son emploi du temps entre l'Allemagne (Bochum) et l'Angleterre (Newcastle). William préfère l'Allemagne à l'Angleterre, car la population est plus tolérante. "A Newcastle, les gens vous insultent parce que vous êtes vêtus de noir. Ils éloignent même les enfants de nous! (rires). Comme si on était satanistes ou quelque chose comme ça. En Allemagne, c'est différent, vous êtes juste un ‘Grufti’ comme tant d'autres..."

Organisation: Mad About Music
Première partie: Luminance (Belgique, new-wave crossover cold)

Adresse:
PENICHE FULMAR 1913
22 Quai des Péniches 1000 BRUSSELS

Tickets:
€8 en prévente (ELEKTROCUTION Record Shop, 37 Rue des Pierres - 1000 Bruxelles) ou 10€ at the doors

Lien: https://www.facebook.com/events/179654118878431/

 

Jeronimo

Sortir du cadre…

Écrit par

Jeronimo, c'est une histoire Belge.
Tendre et drôle à la fois.
Plus Toto le héros que Tintin, mais aussi aventurier...
Un petit garçon dont la route prend des chemins de traverse, juste pour voir où ils mènent.
Qui s'abîme les genoux sur des chardons ardents et hume l'embrun du Nord soufflé par le vent.
Un petit garçon qui sait que ses bras sont trop courts pour toucher la lune. Mais refuse d'abandonner son dessein, et finit quand même par en caresser l'image à la surface d'un lac.
Ce lac est celui de Garde. Un endroit essentiel dans la genèse de « Zinzin », le quatrième et dernier album en date de Jérôme Mardaga.
Un lieu de ressourcement propice au plongeon, un grand plongeon, plus loin, encore plus loin, là où tout est possible.
Après avoir décidé de mettre un terme à son aventure, Jeronimo a ressuscité Jeronimo.
Mais avant de pousser plus avant ses recherches qui le mèneront sans doute en marge du cadre au sein duquel il se sent de plus en plus à l'étroit, le Liégeois sait qu'il doit encore apprendre, tel un peintre qui tend à l'abstrait ou recherche l'épure.
Petit bout de chemin en compagnie de cet attachant zozo…

« L'album est venu de lui même » confie d'emblée l'artisan liégeois en sirotant sa bière dans un des confortables fauteuils du hall du Radisson Hôtel, en marge des Francofolies, où il s'est produit plus tôt en journée. « Il est né ainsi, sans doute parce que pendant deux ou trois ans, j'avais mis de côté tout le mécanisme où on est toujours à l'affût d'une phrase, d'un texte, d'une suite d'accords, d'un groove, d'un arrangement. J’avais pris du recul en jouant pour d'autres, ne retenant que le côté fun, et puis c'est revenu en un instant. C'est comme un travail journalier accumulé dans le subconscient et puis subitement, il prend forme, puis éclot, en un rien de temps, spontanément. »

On revient alors sur ce havre de paix qui a influencé la créativité.

« Oui, je passais en effet des vacances chez mon frère, là bas, au lac de Garde. J'avais emporté quelques albums de Bob Dylan que j'écoute souvent, mais particulièrement là-bas. Il y avait une vielle guitare, et un jour je me suis dit, avec un truc de Dylan en tête, juste pour le fun, que ce serait sympa d’interpréter une chanson pendant l'apéro ; une chanson que je puisse faire écouter à mon frère. J'ai alors écrit ‘Princesse au regard couleur ciel de Belgique’ ; et on en a conclu que c'était pas mal. De fil en aiguille, en un peu moins d'un mois, je me suis retrouvé à la tête de treize, quatorze ébauches de compos. »

Je lui fais alors remarquer que malgré la patte imprimée et estampillée Jeronimo, la sensibilité semble accrue sur ce disque par rapport à ses trois premiers opus. Remarque sur laquelle il peine à statuer.

« Oui ? Vraisemblablement ? Je ne sais pas. Peut être est-ce la pause qui fortuitement a induit cette perception ? Personnellement, à la fin de l'enregistrement de « Zinzin », en réécoutant le résultat, j'ai ressenti de la déception. J’en ai déduit que rien n’avait vraiment changé. Que je ne m’étais pas réellement renouvelé. »

J'en conclus donc que c'est la raison pour laquelle il n'a pas modifié de nom, ne s’abrite pas derrière une nouvelle identité.

« Il m'a semblé évident, quand les chansons sont revenues, la voix et le reste aussi d’ailleurs, que je ne pouvais pas baptiser le projet autrement. A l’issue des sessions d’enregistrement, il y a eu ce moment, où je me suis dit, mince, c'est pas vraiment différent de ce que j'ai fait avant. On se refait pas, quoi. Maintenant, je suis relativement content du travail, hein ! C'est de bon augure pour la suite. Mais on voudrait toujours tout changer drastiquement ; or, c’est un challenge difficile à accomplir. Faudra renouveler catégoriquement la méthode de travail pour le cinquième. »

On envisage alors ce virage et la façon de l'aborder.

« C'est juste que j'ai réalisé quatre albums de chansons sensiblement Pop. Couplet-refrain-couplet-refrain, quatre minutes. Point. Je me suis demandé s'il n'était pas temps de décadrer. J'ai souvent ce mot en tête. Sortir du cadre, tout en continuant à chanter en français. »

Le rapport à d'autres types de production, comme des musiques de films me vient forcément à l'esprit, ce que Jérôme confirme expérimenter dans le futur.

« Et j’assure également un job de production pour d'autres artistes, mais par rapport à mon propre boulot, le maître mot sera sortir du cadre dans lequel je me suis enfermé. Pop/chanson française. J'y ai consacré une quarantaine de chansons. Voilà, j'ai fait le tour. C'est déjà ce que j'avais affirmé auparavant. Mais là, j'aimerais bien m'y tenir, me faire violence. »

J'insiste alors sur ma perception de ‘Zinzin’, lui faisant remarquer le cheminement perçu depuis ‘Mélodies démolies’.

« C'est vrai qu'il est venu plus facilement. Mais ce n'est pas encore ce à quoi je tends. J'ai pas mal écouté Léo Ferré dernièrement. Il ne fait pas de couplets, pas de refrains. C'est ce que j'ambitionne : sortir du carcan Pop. On verra si j'y arrive. »

Toute cette réserve semble être de la modestie, mais en fait, Jérôme est quelqu'un d’extrêmement lucide.

« Je connais mes limites. Le truc important quand tu sors un disque, c'est de bien les cerner. Et je les cerne bien. En ce qui me concerne, voir celles qui sont à l'intérieur de mon travail. Elles sont très nettes. Je suis réaliste. Mes disques ont les leurs. Et j'ai eu de la chance. Mes deux premiers albums, ‘Un Monde Sans Moi’ et ‘12h33’, ont été au delà, par rapport à l’accueil du public, à la chance de pouvoir partir en tournée, etc. C'était inattendu. Mais c'est ce que je garde toujours à l'esprit : les limites de mon travail. On ne travaille bien qu'à l'intérieur de limites. Si tu imagines qu’elles n’existent pas, il y a danger… »

Il aborde ici un album qu'il réécoute depuis trois jours et qui semble le hanter, comme un exemple parfait de réussite, et sur lequel il reviendra souvent, notamment lors de la conférence de presse accordée juste après notre entretien.

« J'écoute ‘Spirit Of Eden’ de Talk Talk. Et après on est calmé. Pour moi, c'est la seule façon de travailler. Je parle de musique seulement. Pas de business ou je sais pas quoi. C'est un disque que je considère majeur. Un idéal que j'aimerais atteindre. Mais je n'y suis pas encore parvenu. Loin de là. A chaque album, je progresse, mais c'est lent et compliqué. Parfois, on se plante. Mais c'est le chemin obligé. En fait, il est très difficile d’aligner dix bonnes chansons sur un album. Perso, je n'y suis pas encore arrivé, non plus. Il y en a dont je suis extrêmement fier. Mais voilà. Faudrait peut-être que je sorte des disques de cinq ou six titres ? »

Manifestement les chansons de Jeronimo ne sont pas nécessairement destinées à plaire à un public.

« Tout à fait. C'est un point de vue très égoïste. L'avis des autres, tu y penses, c'est certain, mais ce n'est pas mon leitmotiv. J'ai travaillé en studio en compagnie d’artistes dont l'ambition était de plaire. Des gens qui te disent pendant l'enregistrement ‘Ouais, mais les gens, les gens, les gens...’ C'est insupportable d’entendre la même rengaine, quand tu es en plein processus de création ; car lorsqu’on bosse, il n'y a pas les gens, le manager, la maison de disque... Quand j’entreprends l’enregistrement d’un disque, il y a un facteur clé, c'est le timing. Il faut qu'il soit bon. C'est con, mais j'aime bien avoir mon matos, mes guitares. C'est un peu enfantin, mais je fonctionne ainsi. C'est une partie vitale du truc. Pour moi, un album, c'est un prétexte pour en faire un autre. Peut-être aussi pour se faire applaudir l'espace de quelques concerts. Mais perso, je suis vite saoulé par ce bazar là. C'est comme un examen de conscience. Ça c'est bien, ça c'est moins bien. Après ‘Mélodies Démolies’ je me suis remis en question. Puis j'étais blasé aussi. C'est pas un très beau mot, mais j'étais entraîné dans cette spirale album-concerts-promo ; et un jour, justement au lac de Garde, une idée m’est passée par la tête : ‘Et si je me débarrassais de l’identité de Jeronimo, ne serait-ce pas plus facile, le matin ?’ Passer à autre chose. En fait, j'aimais bien l'idée du triptyque. Trois albums et puis basta. Ben, voilà, c'est raté... Et comme je suis pas content du quatrième, il y aura un cinquième panneau. Mais d'abord finir le travail sur celui ci. »

Se pose alors la question d’évaluer l'impact que la critique de ‘Zinzin’ pourrait avoir sur la suite.

« On est de toute façon influencé par la critique. On est influencé par tout. J'ai lu ce matin le papier de Luc Lorfèvre dans le Moustique. Il a raison. Il dit, album Pop et tout ça. Et j'ai vraiment envie de sortir de ce cadre. L'écho que te renvoie la presse, les gens, est très constructif. C'est comme un miroir. Mais il peut aussi devenir destructif. Il l'a été par le passé. Maintenant je m'en sers pour avancer »

Notre entrevue prend fin précipitamment, car Jérôme est appelé en salle de conférence… De celle-ci, on en retiendra son plaisir renouvelé de jouer aux Francofolies, où il fait presque figure d'abonné, et il reviendra sur ce lieu majeur qu'est le lac de Garde ainsi que sur  l'influence que pourrait avoir ‘Spirit Of Eden’ sur sa conception d'une musique appelée à être moins formatée Pop. En attendant, ‘Zinzin’ est un voyage poétique qui, s'il regorge encore trop de clichés pour son interprète, découvre néanmoins une nouvelle facette d'un auteur qu'on est heureux de retrouver et ne veut plus lâcher cette fois.

 

Bob Mould

Sans casser de sucre sur le dos des autres…

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Il existait déjà les Sugarcubes, aujourd’hui place à Sugar ! Sugar ? C’est le nom du nouveau groupe de Bob Mould. Agé de 31 ans, c’est sans doute un des musiciens qui exercé le plus d’influence sur le rock des années 80, alors qu’il militait chez Hüsker Dü.

Ce nom n'a aucune signification particulière. C'est un mot simple, mais bizarre et très rock. On l'a choisi, parce qu'il fallait bien en dénicher un. Nous buvions du café autour d’une table. Sur laquelle il y avait du sucre. On a choisi Sugar puisqu'il existait déjà un groupe qui répondait à celui de Coffee! Mais on aurait pu en prendre un autre. Hüsker Dü, non plus. Il n'avait plus de signification. C'était stupide et ne disait plus rien à personne...

Sugar, c'est de nouveau un trio. Comme Hüsker Dü...

Même mes albums solos, on peut considérer qu'ils sont l'œuvre d'un trio! Je suppose que si j'y retourne toujours, c'est que j'y vois le format le plus approprié pour créer la musique que j'aime. J'ai accompli une tournée avec un deuxième guitariste. J'en ai essayé deux différents, tout deux d'excellents musiciens, mais ma manière d'approcher la guitare en ‘live’ m'est très personnelle. Je suis persuadé que je sonne franchement mieux quand je suis seul à en jouer! Pour dire la vérité, je crois que Bob Mould, tout seul, sonne mieux que Bob Mould avec Jimi Hendrix ou avec Buddy Holly (rires). Dans un trio, la relation entre les trois instruments est très pure. Pour Sugar, mes acolytes sont David Barbe, le bassiste, et Malcolm Travis, le batteur.

Après la séparation d'Hüsker Dü, tu avais déclaré que tu ne monterais plus jamais d'autre groupe...

(rires) Il doit y avoir quelque chose dans la bio qui raconte cette histoire, non? Tout le monde me pose la question. OK, je l'ai dit, c'est ce que je pensais, à ce moment-là.

Mais qu'est-ce qui a vraiment motivé la formation de Sugar, surtout après deux albums en solo?

Après Hüsker Dü, qui a été mon band pendant très longtemps, après mes albums solo, je me suis rendu compte que je n'avais pas de groupe. C'est un sentiment que j'ai ressenti, surtout après avoir tourné en solo et en acoustique, pendant 10 mois. L'idée de reformer un ensemble m'était agréable.

Tu veux dire que tu n'étais pas totalement satisfait, seul à la guitare acoustique?

Donner des concerts de cette façon-là, c'était chouette. Et je pense qu’ils étaient bons, pas traditionnels. Des shows acoustiques, mais aussi très agressifs... Mais cette formule n'aurait pas pour autant permis de réaliser un disque intéressant. Composer un album acoustique, à mon sens, prend énormément de temps. Il faut vraiment être méticuleux, utiliser une grande variété de matériel, changer la façon d’écrire. Tu es seul avec seulement ta voix et un instrument acoustique... Je suis intéressé d’enregistrer un disque acoustique dans le futur, mais je devrais écrire des chansons sur une longue période, pour réaliser quelque chose de valable dans ce créneau. Je ne peux pas m'asseoir et me dire: ‘OK, j'écris un album acoustique’. Ce n'est pas si facile que tu l’imagines...

Au lieu d’y consacrer un album entier, tu pourrais seulement y réserver l'une ou l'autre chanson de cette manière, non?

Il y a deux trucs un peu acoustiques sur le disque de Sugar, mais j'ai envie de dire que ma période acoustique est finie, à présent

Tu as quitté Virgin pour Creation.

Oui, j'ai demandé à Virgin America de me laisser partir! Je disposais d’un contrat à long terme chez eux (pour six albums, en fait). Après le 2ème disque, il est devenu évident que notre collaboration ne pouvait pas fonctionner. Il était impossible de concilier ce que je voulais faire et ce qu'eux pensaient que je devais faire. C'est surtout pour l'Europe que se situait le problème. Je suis un artiste américain, signé aux States, pour une distribution mondiale. Mais ici en Europe, les compagnies se disaient : ‘A quoi bon sortir ce disque?’ Visiblement on ne savait pas qui je suis, qui est mon public. Ce qui m'a fait perdre beaucoup de fans ici, parce qu'ils ne trouvaient pas mes albums. Par contre aux Etats-Unis, tout se passait bien ; j'ai vendu plus d'albums sous mon nom que sous celui d'Hüsker Dü!

L'Europe est donc une priorité pour toi?

Disons que dans mon esprit, c'est tout aussi important. Mais bon, j'ai eu d'autres ennuis. C'est la première fois que j'avais un manager. Il voulait que je tourne des vidéos à 18.000 $. J’estimais que c'était du gaspillage. Résultat : il allait raconter chez Virgin que je ne savais pas ce que je voulais ! Donc, je suis redevenu mon propre manager! Ce n'est pas un job difficile, il est même assez fascinant. Il faut juste quelqu'un qui réponde au téléphone pour toi, mais à part ça... Tu sais les grosses firmes de disques ne rechignent pas à dépenser de l'argent. Plus elles dépensent, plus elles ont le contrôle sur toi...

Tu as donc signé chez Creation. Tu aimes les artistes du label?

Pas tous, mais je vais parler uniquement de ceux que j'apprécie : Swervedriver, les Boo Radleys... Teenage FanClub, c'est bien aussi, mais leur premier disque était bien plus fort, bien plus fou que le deuxième.

Tu as entendu parler des problèmes entre My Bloody Valentine et Creation?

Oui, mais j'aime beaucoup les gens de Creation et j'aime beaucoup My Bloody Valentine. Alors, je ne vais pas en parler! Cela arrive à tout le monde de se disputer avec sa firme de disques...

(Article paru dans le n°6 du magasine Mofo d’octobre 1992)

 

Teenage Fanclub

Le bassiste de Kiss nous poursuit en justice…

Teenage Fanclub est probablement le premier groupe à avoir pensé à cette méthode. Sur scène, il a recours à un ‘aboyeur’, quelqu'un d'extérieur qui vient présenter les morceaux et s'entretenir un peu avec le public ! Et pendant que les musiciens jouent, l'‘aboyeur’ lit un bouquin ou prend des photos! Très Monty Python, non? Ce qui permet, en tout cas, de détendre un peu l'atmosphère, mais aussi de récupérer des effets provoqués par le mur de son construit à chaque chanson ! Originaire de Glasgow, TFC vient de publier son deuxième LP (« Bandwagonesque »), un des meilleurs parus l'an dernier. Agé de 24 ans, Gerry Love, le bassiste, se réserve aussi parfois le micro, notamment pour « December », « Pet Rock » ou le célèbre « Star Sign ». Il possède, en outre, une connaissance extraordinaire de l'histoire du rock. C’est lui qui nous a accordés cet entretien…

A qui aimerais-tu qu'on vous compare ?

A personne ! En Grande-Bretagne, on nous compare à plein de monde : Dinosaur Jr, Husker Dü, les Ramones, Neil Young, Big Star, les Beach Boys. On avance des tas de nom, mais ces comparaisons n’ont aucune importance, tu sais.

Parfois on parle même d’Abba, non ?

Un de mes amis, après avoir écouté « Star Sign », a eu la même réflexion. Je ne me rappelle plus du titre de la chanson d'Abba qu’il évoquait. On peut y penser : la progression de la compo, les chœurs, tout est très classique. C’est une chanson d'amour, aussi. De toute manière, j’aime bien Abba.

Pas un peu ennuyeux, toutes ces analogies ?

Ennuyeux, sûrement pas. Dans certains magazines, on nous reproche de piquer nos idées à gauche et à droite, ce qui n’est pas très agréable à entendre. Mais être comparé aux autres formations, c'est plutôt un compliment. Une des raisons pour lesquelles nous avons formé ce band, c'est justement parce que nous achetons beaucoup, beaucoup de disques. Nous sommes des grands consommateurs, des fans de musique. Alors, être comparé à ce qu'on aime, c'est chouette! Mais en Angleterre, des personnages cyniques nous traitent de copieurs ! Plutôt ennuyeux.

Tu n'as jamais eu le sentiment que tu piquais une idée à quelqu'un?

Oui! Pour être honnête, c'est vrai (rires). Si tu achètes un disque, que tu l'aimes et que tu accordes de l’attention aux arrangements, etc., tu vas finir par sonner de la même façon. Mais ce n'est pas grave, c'est normal! Pour des raisons que j'ignore, les journalistes anglais sont vraiment préoccupés par l’originalité du groupe, qu’il soit totalement vierge de toute influence. Tu sais, on aime la musique! Alors on est influencés par tout ce qu'on écoute, tout ce qu'on voit! Ceux qui nient cette évidence doivent mentir.

Penses-tu que TFC possède vraiment une place bien spécifique au sein de la scène musicale, actuellement? Qu’il n’émarge à aucune autre déjà existante ?

On est issu de Glasgow. Il y a toujours eu une scène à Glasgow. On en fait partie.

Perso, quand on me parle de la scène issue de Glasgow, je pense à Texas ou aux Silencers qui sont totalement différents de TFC...

Ou pire, Wet Wet Wet ! Oui, au début des années 80, Glasgow a donné naissance à un groupe qui s'appelait Orange Juice. Sa mentalité est un peu pareille à la nôtre. Eux aussi étaient marqués par l'idéal et la musique punk. Eux aussi avaient écouté le Velvet Underground, Buffalo Springfield ou Love... Je crois que beaucoup de formations sont nées à Glasgow, grâce à Orange Juice. Nous ou les Pastels, par exemple. Il existe des points communs!

Tu connais Edwyn Collins, le leader d'Orange Juice ?

Pas personnellement. On s'est salués au festival de Reading en août dernier. Il s’attelle à mettre sur pied un nouveau groupe. Et il nous a demandé de pouvoir partir en tournée avec nous. C'est un beau compliment.

Dans ton esprit, un membre de Teenage Fanclub, qu'est-ce que c'est ?

Quelqu'un qui ne connaît pas de barrières musicales, capable d’écouter absolument n'importe quelle musique et l'apprécier, plutôt que d’être cynique. Quelqu'un qui a de l'humour, soit comique, sait prendre son pied, reconnaît ses propres limites.

C'est quoi, tes limites?

Je crois que notre principale limite, c'est l'honnêteté. Il y a des tas de choses qu'on pourrait faire : un disque de ‘dance’, par exemple, mais ce serait malhonnête, puisqu'aucun de nous n'est fan de ‘dance’. Donc, si nous y recourions, ce serait pour l'argent. On essaie de rester honnêtes avec nous-mêmes.

A propos d'argent, parle-moi un peu de la pochette de votre disque?

Perso, je n'aime pas beaucoup cette pochette. C'est Raymond, le guitariste qui l’a imaginée. Par ordinateur. Il voulait utiliser des couleurs comparables à celles de « Never Mind The Bollocks » des Sex Pistols. Quelque chose de très simple qui laisse une impression forte. Tu sais que, là aussi, on nous accuse de plagier! Il paraît que le dessin était déposé. Le bassiste de Kiss, Gene Simmons, nous poursuit en justice : c'est, paraît-il, le logo de sa firme de disques qui est sur notre pochette!

Tu dis que tu n'aimes pas cette pochette. Tu as donc dû faire des concessions?

Ben oui. Mais tu sais les autres membres du groupe ne sont pas non plus convaincus par ce design!

Comment considères-tu l'argent? Comment le dépenses-tu ?

Je ne dépense pas beaucoup. J'achète des disques. Je prends l'argent au business, et je le lui restitue en achetant des disques!

C'est quoi la chose, la plus chère que tu aies jamais achetée ?

Je crois que c'est une mandoline. On n'a pas beaucoup d'argent à Glasgow. Il y a des gens qui n'ont même pas assez pour manger. Je ne veux pas de Rolls Royce, de limousine et de toutes ces merdes.

Parfois, tu n'as pas peur de devenir une rock-star?

Si. Ce que je ne ferais jamais? Je ne prendrais pas de drogues, par exemple. Je n'achèterais pas toute sorte de futilités, un yacht ou que sais-je? Tu sais, quand on n'a plus aucun souci matériel, quand on gagne beaucoup d'argent, je crois qu'on essaie de continuer à toujours en gagner autant. Et on s'implique moins dans sa musique. C'est peut-être la raison pour laquelle les groupes qui ont le plus à dire sont ceux qui ne gagnent pas énormément d'argent.

Tombes-tu souvent amoureux? Crois-tu que l'amour existe?

Ouais! Je ne crois pas que l'amour existe universellement. Mais il existe individuellement. C'est une question d'ambition. Pour tomber amoureux, il ne faut pas vouloir absolument trouver la perle, il faut être content avec ce qu'on a!

Crois-tu que Teenage Fanclub souhaite absolument être aimé?

(long silence) Aucune idée. Le fait que nous soyons aimés est chouette, mais bon, on ne veut pas que tout le monde nous aime. Et on ne fera rien pour que ce soit ainsi. Même si on ne touche qu'une seule personne au monde, eh bien, pour cette personne-là, c'est important.

En peu de temps, TFC a été considéré comme un grand groupe. Penses-tu que vous méritez toute l'attention que vous portent les médias ?

(re-long silence) Je ne sais pas. Je ne suis pas un grand lecteur des journaux spécialisés! Je me demande si toute cette presse, le NME, le Melody Maker, etc., se soucient un peu de musique ! Ce sont des médias qui parlent de mode, et pas d'autre chose. On parle des artistes, mais c'est surtout de la façon dont ils s'habillent, de leurs attitudes… Chaque semaine, ils essaient de découvrir LE nouveau groupe, LA nouvelle sensation. Pour quelque raison que ce soit à un moment c’est nous qu'ils ont choisis.

Tu te rappelles du premier article qu'on vous a consacré ?

Horrible! C'était dans Sounds qui aujourd'hui a disparu. C'était la critique d'un concert que nous avions accordé dans une toute petite salle à Londres, devant 70 personnes. Il n'y avait pas de sono. Nous n'avions pas dû être très bons. On était très nerveux, alors on a bu quelques verres. En fait nous étions saouls! Le journaliste a écrit que c'était le pire groupe qu’il n’ait jamais vu et que nous ne percerions jamais dans la musique... Il avait raison: on n'arrivait même pas à finir nos chansons!

TFC a signé un contrat chez un label indépendant (Creation). Tu t’imagines rejoindre une major ?

Nous sommes sur une major, aux Etats-Unis. Nous avons un contrat chez Geffen. Dans le passé, les gens étaient très snobs: il fallait signer sur un label ‘indé’. Pour moi, Creation, c'est pareil à une ‘major’. Je ne vois pas tellement de différence entre une major et un label indépendant. On dit que les majors s'en foutent de la musique, que ce qui les intéresse c'est l’argent. Mais le but de Creation, c'est aussi de gagner de l'argent. Comme n'importe quelle firme de disques.

Tu ne les aimes pas particulièrement, dis donc ?

On a un bon contrat. On est libres pour concevoir nos disques comme on le souhaite, on ne se plaint pas.

(Article paru dans le n°2 du magazine Mofo de mars 1992)

 

Lescop

De l'art d'être à la fois populaire et alternatif...

Mathieu Peudupin, alias Lescop, est issu de Châteauroux, en France. C’est au cœur de l’Indre, dans le Centre. Avant d’embrasser une carrière individuelle, il a milité chez Asyl. Comme chanteur. Ce 6 mai 2013, il se produisait dans le cadre des Nuits Botanique. Nous l’avons interviewé, à l’issue de son concert. Dans sa loge. Autour d’un verre de whisky, en compagnie de mes amis Vincent et Valéria, qui m'ont présenté à l'artiste. Il est détendu et souriant…

« Je suis alternatif, mais pas confidentiel », nous confie d'emblée Lescop en répondant aux critiques sur son côté pop mainstream. « Je n'aime pas trop le côté élitiste de certains artistes qui gravitent dans l’univers de la musique underground. Si j'ai finalement écouté les grands groupes alternatifs comme Einstürzende Neubauten ou Joy Division, c'est parce que j'avais découvert Depeche Mode, New Order ou même Indochine à la TV. Ces formations se sont fondues dans une culture populaire qui proposait des filtres pour entraîner les gens à emprunter une autre voie. » Ce pari, rendre populaire une musique plus alternative, Lescop est clairement occupé à le gagner. Sa ‘pop wave’ minimale, qu’il chante dans la langue de Molière, évolue quelque part entre Daho, Taxi Girl, Indochine et Joy Division. Teintée d'éléments 'dark', elle rencontre un beau succès, notamment grâce au hit lumineux ‘La Forêt’, qui a révélé au grand public un artiste talentueux et réservé.

La musique de Lescop est particulièrement influencée par le cinéma, surtout à travers les réalisateurs Jean-Pierre Melville, Fassbinder et Schlöndorff. Le titre ‘La Nuit Américaine’ en est une preuve évidente, même si Lescop nous assure qu'il n'avait pas encore vu le long métrage de Truffaut, quand il l'a écrite. Etonnant! « En fait, je l'ai composée après avoir regardé 'Gilda', qui met en scène Rita Hayworth. J'avais des images de ce film dans la tête. J'aime bien ce vieux cinéma américain en noir et blanc ; son côté un peu emprunté. C’est un peu comparable à mon approche de la chanson. Mes paroles, par exemple, ont l'air d'être simples, mais en fait elles ne le sont pas. Elles sont légèrement décalées, un peu étranges. Je les aborde quelque part dans l’esprit d’un Jean-Pierre Léaud, le comédien de Truffaut : il jouait faux mais en même temps, c'était juste, car il causait volontairement un décalage. De manière à susciter l'attention du public. J'essaie aussi de créer une tension, une ambiguïté qui invite à tendre l'oreille. »

Dans son processus de composition, Lescop prend comme point de départ une phrase ou une 'punchline' un peu mystérieuse et ensuite la développe. « D'abord, je saisis une phrase un peu bizarre, puis je bâtis une histoire autour, et quand je l’ai terminée, je bosse sur la musique. Pour 'La Forêt', par exemple, je disposais de ces quelques mots : 'La Forêt soudain qui frémit, Puis s'installe le silence...' et j'ai construit le texte à partir de cela, au fur et à mesure des rimes. »

Comme il évoque ‘La Forêt’, je ne résiste pas à l'envie de lui poser à nouveau la question concernant la ressemblance, troublante, entre sa chanson et celle de Dernière Volonté, ‘Cran d'Arrêt’. Toutes deux traitent d'une forêt, d'un pistolet et évoquent une ambiance menaçante. Lescop répond qu'avant que je ne lui en parle, en octobre dernier, il ne la connaissait même pas. « En fait, ce sont des influences communes que nous partageons, c'est le fruit d’un imaginaire collectif. Son thème est assez universel : jalouse, une fille tue son bien aimé dans une forêt. Je suis sûr qu'il doit exister des Chinois ou des Africains qui ont imaginé des histoires semblables. »

Au sein du label Pop Noire, Lescop côtoie une autre nouvelle sensation de la scène 'dark', le groupe Savages, emmené par Camille Berthomier aka Jehnny Beth. « Il y a 15 ans que je connais Camille. Elle est dans une période de sa vie où elle a compris un truc ; et son projet est en train de décoller. Elle a beaucoup travaillé. Elle a mis du temps pour y arriver. Quand je l'ai rencontrée, elle était âgée de 13 ans et avait déjà vachement envie de réussir dans la musique. » Lescop n'est d'ailleurs pas peu fier d'avoir contribué à l'éducation musicale de Camille: « C'est moi qui lui a fait écouter Joy Division pour la première fois! », annonce-t-il à notre grand étonnement! Je m'écrie: 'Voilà un scoop!' Un 'Lescoop' ajoute mon ami Vincent, à l’humour typiquement 'darkomique' (les initiés comprendront cette 'private joke')... Lescop rit également car, curieusement, ce calembour ne lui avait jamais été signifié. Il a fallu qu'il vienne en Belgique pour entendre un tel jeu de mots ! 

En poursuivant notre conversation relative à Savages, Lescop nous confie aimer le côté ‘violent’ de leur musique. Parce que la notion d’agressivité est absente. « On peut être violent sans être un trou du c**. J'aime cette violence. Elles l’assument. Rien à voir avec cette paranoïa qui me saoule. La violence, c'est bien ! Ce qui n'est pas bien, c'est cette agressivité manifestée à l’égard d’autrui. Tout ce qui est important est violent. Les musiques importantes sont violentes et ce n'est pas une question de décibels ! Si tu prends l’exemple de Nico, quand tu écoutes "Chelsea Girl", sa musique est douce, mais en même temps, hyper violente ! Tomber amoureux, c'est violent. Faire l'amour, c'est violent. Ce que je dis, ce que je fais, c'est violent. Mes chansons, aussi. Ce sont des lettres d'amour violentes. II faut ressentir ces émotions capables de te flanquer des frissons partout. S'il n'y a plus ça, c'est fini... »

Quand on évoque ses projets, Lescop avoue avoir envie de diversifier ses activités. « Je vais écrire pour d'autres et bosser sur le scénario d’un film. J'ai besoin d'interrompre ce cycle concerts/album/concerts, etc. C'est pas bien, la routine. Le système qui régit la scène musicale a tendance à te robotiser. Je n'ai pas envie d'adopter ce mode de vie professionnel. Il faut conserver une envie, une fraîcheur... »

Au moment où l'interview s’achève, Lescop se lève soudain et propose : « Si on allait boire un coup ? » Tout comme il y a 6 mois, nous l'avons emmené au Café Central, haut lieu bruxellois de la musique alternative, où nous avons savouré un peu trop de délicieuses bières belges jusqu'au bout de la nuit... Parce qu'ici, Leschop, elles sont bonnes... OK, je sors...

Pour écouter l'interview complète en audio sur Youtube, c’est ici 

(Merci à Mathieu, Vincent, Valeria, Cédric et Antoine!)

Organisation du concert: Botanique

Pour lire la chronique du concert de Lescop, accordé dans le cadre de l’édition 2013 des Nuits Botanique, c’est .  

(Photo : Xavier Marquis)

The Tea Party

Une projection dans le futur…

En août 1994, nous avions rencontré Jeff Martyn, le leader de The Tea Party. Nous l’avons une nouvelle fois interviewé à l'occasion d'un concert surprise accordé au VK. Il y était venu défendre l’enregistrement de son dernier opus, « The edges of twilight ». L'homme qui ressemble plus à Jim Morrison que Val Kilmer possède une culture générale rare ; on a donc débordé avec lui du contexte exclusivement musical pour parler littérature, philosophie, théologie, sciences occultes et phénomènes paranormaux...

Un Roy Harper imprévu

Pourquoi avoir choisi « Fire in the head » pour single et non « Walk with me »?

La durée de la chanson probablement. Plus de 7 minutes pour une même composition constituent sans doute un obstacle à ce style de disque. « Fire in the head » fait, en outre, l'objet d'un clip vidéo. Dans ces conditions il semblait normal qu'il sorte en single. Ce qui ne m'empêche pas de penser que je ne suis pas du tout favorable à ces campagnes d'intoxication publicitaire. Je n'ai jamais accepté ces compromis qui altèrent ma vision artistique…

Etait-il important de coproduire « The edges of twilight »? Pourquoi avoir choisi Ed Stasium pour assumer cette tâche?

Avoir le contrôle de son travail revêt une importance extrême. Je désire préserver la spécificité de notre son. Une vision très personnelle des objectifs à atteindre... Tu vois ce que je veux dire? Je veux aussi avoir la certitude que notre musique reste unique en son genre. Mais je ne voulais pas reproduire l'erreur commise sur « Splendor Solis »? Je me suis rendu compte que j'étais un novice dans le métier. Je n'étais pas parvenu à capter l'agressivité du son que nous sommes en mesure de libérer. C'est pourquoi nous avons recherché un producteur adapté aux formations fondamentalement rock. Ed correspondait à ce profil. Il est, en outre, ouvert au dialogue. Nous n'avons pas eu à nous en plaindre, car il est parvenu à tirer de nous le maximum sans altérer notre équilibre de base.

Sur cet album, en épilogue, figure un poème récité par le légendaire Roy Harper. Est-il venu expressément en studio pour participer aux sessions ou était-ce simplement une bande préenregistrée?

Il était bien présent lors des sessions d'enregistrement. Mais sa visite n'était pas prévue! En fait, Roy est très attentif à la vie du groupe et s'informait constamment de nos déplacements. Il paraissait en tous cas bien informé de nos déplacements, puisque lorsqu'il est arrivé à Los Angeles, il s’est rendu au studio. Il est vrai qu'il nous avait toujours promis de participer un jour ou l'autre à l'enregistrement d'un de nos albums. Mais pour celui-ci, il était seulement venu voir ce qui se passait. Inévitablement, il s'est naturellement impliqué. Attention, uniquement pour l'intro atmosphérique de « Correspondances » et puis à l'occasion de ces quelques vers récités sur cet instrumental que tu retrouves à la fin de notre album. Mais le résultat de sa participation se limite à ces deux interventions, pas davantage...

Antithèse de Pearl Jam

Est-ce que Tea Party appartient davantage au rock qu'à la pop? N'as-tu pas l'impression que le groupe rame à contre-courant de la plupart des groupes contemporains. Et je pense ici tout particulièrement à Pearl Jam?

Lorsque tu me parles de pop, je pense inévitablement à Wet Wet Wet et à tous ces groupes qui ont pris le train de la mode en marche. Je ne conteste pas leur attitude, mais plutôt l'absence d'originalité qu'elle génère. Notre musique vient du cœur. Elle n'est pas montée de toutes pièces par les magazines. Mais je n'y vois pas de raison suffisante pour y coller une étiquette. Nous jouons de la ‘world music’ plutôt que du rock, et certainement pas de la pop. Nous préférerions finalement que vous la qualifiiez de ‘Tea Party music’. Nous sommes probablement un des derniers groupes à s'intéresser à toutes les autres formes de culture. A expérimenter les sonorités ethniques pour les réinjecter dans notre musique et notre poésie. Autrefois, cette recherche était naturelle. C'est sans doute la raison pour laquelle nous sommes régulièrement comparés aux groupes des 70s. Nous ne sommes pourtant pas des nostalgiques de cette époque. Je la respecte, mais je ne m'y suis jamais identifié. Notre musique est une projection dans le futur. Nous voulons expérimenter des tas de nouvelles formes musicales, embrasser de nouvelles perspectives, permettre à notre imagination de se développer...

Faut-il en déduire que le psychédélisme de Tea Party se traduit par l'esprit constamment en expansion? Quelle est la place des drogues dans cet univers?

Eh bien... (silence)... OK... J’admets que la conscience de Tea Party est en expansion, parce que sa musique est stimulante. Depuis nos débuts, il nous a été reproché de vivre sur la défensive, de ne pas correspondre au profil imposé par la mode. Certains semblent même dérangés: nous symboliserions l'antithèse d'un Pearl Jam! Je n'en vois pas la raison. Il existe suffisamment de groupes qui leur emboîtent le pas, non? Notre attitude provoque une réaction, oblige les médias à réagir, donc à penser. Dans le domaine des drogues, j'ai connu un éventail d'expériences différentes. Elles m'ont permis d'atteindre des formes d'inspiration que je n'aurais sans doute pas pu rencontrer sans y recourir ou de pénétrer d'autres cultures indispensables à la richesse de notre musique. Mais il est difficile d'aborder ce domaine. C'est un engagement très personnel. Cependant, si ce recours m'a permis d'augmenter mes capacités de création, la drogue n'a jamais constitué le fondement de mon inspiration. Je veux rester maître de mon esprit. Ne pas devenir dépendant d'un quelconque artifice… Dans ce domaine, il faut être très prudent…

Quel a été l'impact sur toi de la philosophie prônée par Carl Gustav Jung?

J’ai été très marqué par son livre ‘Les rapports entre le moi et 1’inconscient, sur l'énergie de l'âme’. Ses études sur l'inconscient collectif m’ont permis de mieux comprendre la poésie symboliste. Elle est devenue ainsi plus effective en termes de perception et d'écriture. Plus puissante, plus efficace, plus fluide, plus compréhensible.

Y a-t-il un rapport entre la chanson d’Alex Harvey « The Boston Tea Party » et le nom du groupe ou est-ce une coïncidence?

Non rien à voir ! Tu connais les poètes beats américains Ginsberg, Burroughs et Kerouac ? Lorsque des projets artistiques deviennent collectifs, et en particulier dans le domaine de la poésie, on assiste à une Tea Party. Et je pense que lorsque trois personnes partagent les mêmes conceptions en ouvrant leur esprit, ils entrent également dans cette Tea Party...

Métempsycose

Crois-tu à la métempsycose? (NDR: transfert de l'âme d'un corps vers un autre, la réincarnation, quoi)

Absolument!

Sous quelle forme?

Le passage d'une existence vers une autre.

Sous quel aspect voudrais-tu être réincarné?

(long silence embarrassé)... Probablement une femme. Je ne sais pas réellement. Si j'avais la chance de revenir un jour dans ce monde, et je l'espère, je souhaiterai pouvoir tirer les leçons des expériences vécues dans cette vie antérieure. Retenir les fautes dont je me suis rendu coupable pour éviter de les commettre à nouveau. Si je pouvais être réincarné, j'espère que je pourrais bénéficier de cette expérience acquise...

Connais-tu Er ? (NDR: auteur latin qui traite de la métempsycose)

Qui? Euh, non. Désolé! Madame Blovatsky, bien. Elle était théosophe. Elle a vécu à la fin du XIXème siècle et ses écrits reposent souvent sur la théorie de la métempsycose. Mais je ne connais pas Er. Ni d'autres auteurs latins. Grecs, plutôt. Tels que Socrate et Pythagore. Et puis dans un domaine plus contemporain Michaël Homer, réalisateur du film « Out to states ». C'est un personnage qui s'intéresse beaucoup à

(Article paru dans le n° 35 de juillet/août 1995 du magazine Mofo)

Soul Coughing

Et Tori Amos, dis, tu connais?

Écrit par

Ils sont quatre, jeunes et ‘hypeeer’ sympa comme tout. Ils ont du talent à revendre et par conséquent, soulèvent l’enthousiasme des foules, de plus en plus nombreuses... Cette intro façon magazine pour jeunes (au fait, vous ai-je dit qu'ils étaient beaux?), est destinée à saluer la sortie imminente du second album de Soul Coughing…

En publiant « Irresistible Bliss », leur 2ème opus, les New-yorkais de Soul Coughing ont réussi un nouveau coup de maître. Musique urbaine oscillant sans cesse entre jazz, hip hop, rock et ambient, truffée de samples décalés, écriture accrocheuse, titres qui tiennent l'auditeur en haleine jusqu'à la dernière seconde, c'est, le moins que l'on puisse dire, de l'excellent matériel qui, joué live, assurera sur scène et dans la salle un maximum de surprises et de plaisir. Ce dont témoignent les propos tenus par Mark, compagnon-sampleur, et Sebastian, bassiste accro aux séries B.

Toujours plus de ouaf!

Ceux qui avaient craqué sur « Ruby Vroom » ne risquent-ils pas d'être un rien désarçonnés par le côté très rentre-dedans de « Super Bon Bon », le titre d’ouverture de votre second elpee ?

Sebastian : Je crois que cet aspect plus dur existait déjà sur certains titres de « Ruby Vroom ». Ecoute « Uh Zoom Zip » ou « Bus to Belzeebub », tu verras! C'est vrai que le premier album laissait peut-être parfois une impression de légèreté, mais ici l'attitude est restée très similaire. « Super Bon Bon » n'est que l'extension naturelle d'idées plus anciennes.

Vous avez encore utilisé des samples bizarres?

Mark : Euh, il y a toujours plus d'animaux! Plus sérieusement, nous avons encore mieux cerné l'approche des samples. Nous nous sommes lancés sur la voie du développement ultime du clavier. Hormis cette nouvelle orientation, tout comme pour le premier album, une très grande star de la musique est à nouveau samplée. En fin de compte, jouer à l’aide d’un sampleur, ce n’est pas juste pour faire bizarre ; c'est pour nous une façon d'ajouter autant que possible de la couleur et de l'intérêt.

Au fait, quel est le truc le plus bizarre que tu aies jamais samplé ?

M : Ecoute... Tout ce que je peux te dire, c'est que c’était tôt le matin, et que je l'ai capté directement dans le micro.

Yngwie qui ?

Il y a toujours beaucoup de percussions dans votre musique ; est-ce parce que le rythme y est prépondérant ?

S : Il ne nous semble pas plus important qu'auparavant même si nous avons soigné le rythme de ce disque. Pour nous il a autant d'importance que les mélodies et les harmonies. Nous sommes tous des musiciens rythmiques, et la batterie est aussi mélodique que les autres instruments.

Pourtant, votre musique est composée au piano ou à la guitare, dans une chambre d'hôtel...

M : Mais si, nous l'avons déjà fait!
S :
Concrètement, chacun a le droit d’apporter une idée. Parfois, elle intéresse tout le monde, parfois pas. Si c'est le cas, même si elle est minime, elle grandit au fil des répétitions et elle devient celle du groupe. Personne n'arrive jamais en déclarant : ‘Voilà, ça c'est notre nouvelle chanson, et c'est ainsi qu'elle devra sonner’. Ça ne marcherait pas.
M :
Ce processus est également très ‘low-tech’ ; nous n’avons pas besoin de tout notre matériel pour créer...

Vous recherchez la présence de musiciens invités ?

S : Sur cet album, nous avons reçu le concours d’un certain Walter E Sears. Il possède son studio à New York. C’est un pionnier de musique électronique. Il a notamment bossé en compagnie de Bob Moog sur les premiers synthétiseurs. C'est un type très agréable à côtoyer, toujours disponible et qui raconte de bonnes blagues. C'est le genre de guest dont nous avions vraiment besoin. Nous n'avons pas envie de solliciter de grands noms, un guitariste renommé ou quelqu’un du style.

New York, USA

Au début, vous apparteniez à la scène new-yorkaise...

S : Et puis on s'est fait virer (rires). Mais je t'interromps, pose ta question!

Non vas-y, continue...

S : Eh bien nous sommes tous issus de la Knitting Factory, parce que le dub était le point de rassemblement de tous les musiciens blancs issu de l'underground new-yorkais. Mais Soul Coughing n'est pas nécessairement une partie intégrante de cette scène. Principalement parce qu'on n'y rencontre pas beaucoup de groupes ; ce sont surtout des musiciens qui se réunissent pour travailler sur différents projets.

Vous vivez toujours à New York ?

M : Les autres oui, mais moi je viens juste de déménager à San Francisco. Il y a autant de buildings et de monde, mais c'est plus coloré. Il y a du soleil, de l'air... J’ai vécu à New York pendant 11 ans et après avoir été aussi longtemps sur les routes avec le groupe, j'ai fini par cesser d'apprécier la ville. Une fois de retour, j'avais tout bonnement envie d'être ailleurs.

Vous croyez que Soul Coughing aurait réalisé une autre musique si vous n'étiez pas originaires de New York ?

M : New York a influencé nos débuts. C'est une ville où l'information est tellement présente, où il y a tellement de sons, où tu vois tout le temps tellement de choses, que cet environnement te pousse à tout intégrer et à transformer le tout en quelque chose de plaisant sous peine de devenir complètement fou! Sans quoi, je crois que la ville est moins présente sur le second album.

Groove en boîte

Que se passe-t-il quand vous êtes sur scène ?

M : Ce qui domine, je pense, est une espèce de sentiment de danger. Le public a cette impression que la suite n’est pas prévue, ne sera pas évidente.
S :
Plus particulièrement de nos jours, quand les gens entendent de la groove music, ils assument le concept qu'elle a été fabriquée en studio, à l’aide de drum-machines, de séquenceurs, etc. Quand nous sommes partis en tournée, pour défendre notre album précédent, de nombreux sceptiques ont voulu que nous leur ‘prouvions’ notre musique.

Au fait, à quoi ressemble un fan de Soul Coughing?

S : Oh, en général, il mesure 1 m87... (rires). Au début c'était surtout un public à la recherche de musique alternative qui savait que nous venions de New York. Actuellement il s'élargit, mais touche toujours essentiellement un public blanc, ce qui n'est pas forcément positif
M :
C'est en Europe que notre public est le moins spécifique.

Tiens, y a-t-il un groupe européen dont vous vous sentiriez proches, artistiquement parlant?

S : Portishead, je crois.

Et toute la vague de Bristol?

M : Non, juste eux, pour la façon dont ils détournent la musique de danse vers quelque chose de tout à fait autre. La jungle exerce aussi une grosse influence sur notre création. Au-delà, je ne pense pas que nous nous identifions à un groupe particulier. Même si en Europe, on nous a souvent comparés à Can, et aux USA, à Morphine.

Silence on joue

Quel genre de musique écoutez-vous actuellement ?

S : Pas mal de trance, Thelonious Monk, beaucoup de dub, du reggae, de la jungle, Igor Stravinski, Public Assaut... Le silence aussi, qui est très, très important à mon sens.
M :
Pour le moment j'ai la chance d'avoir accès aux collections du Smithsonian Institute, et là, ça va de la vieille musique américaine aux danses aborigènes en passant par l'Asie. En fait, les seuls trucs que je ne peux pas écouter, c'est toute cette frange de nouveau rock américain, et la Britpop.

Tantôt, vous parliez d'underground ; vous avez l'impression de toujours ‘en être’?

M : Je ne me vois pas comme un artiste. Je me suis lancé dans la musique exactement comme on entrait dans une Guilde au XIVème siècle. Je me considère plutôt comme un bâtisseur, qui aime mettre des sons ensemble, et manier ses instruments. Bien sûr, quand j'étais jeune, il y avait des gens que j'admirais, mais uniquement à cause de leur musique. C'est pour cette raison, par exemple, que je suis toujours choqué d'être interviewé par des journalistes anglais. En général, ils n'en ont vraiment rien à foutre de la musique.

Et pourtant, vous devez être de plus en plus impliqués dans tout cet aspect bizness, maintenant que le groupe commence à être connu. Vous allez faire quoi alors?

S : Fumer beaucoup d'herbe, bien sûr (rires). Non... Ce métier peut être drôle si tu ne le prends pas trop au sérieux. C'est vrai que c'est sympa de poser pour des photos, répondre à des journalistes, c'est marrant de parler de soi mais jusqu'à un certain point seulement. En ce qui nous concerne, surtout après avoir été aussi longtemps sur les routes ensemble, nous avons pris le parti de jouer avec notre image, et la façon dont nous sommes perçus. Tout en restant honnêtes à l'égard de nous-mêmes. C'est vrai que c'est parfois râlant de voir son temps se consumer pour des choses qui n'ont pas d'importance, mais en même temps, se présenter face aux gens sous divers aspects est un jeu assez cool.
M :
C'est bien d'être apprécié, surtout par d'autres musiciens. Mais il ne faut pas perdre de vue, que le public ne te connaît qu'au travers de la scène ou d'une interview. Donc, d'une image.

Tori Amos…

Mark, Soul Coughing est paraît-il ton premier groupe... Tu as eu du mal à t’intégrer ?

M : Lors de notre première rencontre, je trouvais cette situation tellement importante tout en ne sachant pas à quoi m'attendre, que je n'ai même pas apporté mon clavier. Puis, pendant notre premier concert, j'étais décidé à ne jouer que si je savais ce qu’il fallait jouer à tel moment précis. Tu sais, pour une petite différence de ton, tu peux soudain reproduire du Bruce Springsteen! Bref, pendant près de la moitié du concert, je me suis contenté d’attendre. Je devais être très prudent! Il m'a bien fallu 6 mois avant de m'intégrer.
S :
Ce qui est positif chez lui, c'est qu'il ne se sent pas ‘obligé’. Et d'autre part il est un des premiers à vraiment utiliser son sampleur selon la philosophie qui a poussé à la conception de ce genre d'engin. Cet instrument ne produit pas de son en lui-même. Il dépend totalement de son utilisateur et de ce qu’il y met. Et Mark, contrairement à d'autres –surtout des DJ avec un clavier– est attentif aux sons, aux contextes. Quand il ‘repique’ quelqu'un de très connu, ce n'est pas dans l'optique de lui décerner une note.

Vous ne direz vraiment rien de celui ou celle que vous avez samplé cette fois?

M : Lorsque nous sortirons notre prochain album! Sur le premier, nous avions choisi Tori Amos. Mais ne l'écris pas, hein! Elle figure sur deux chansons. Pour moi, c'est à la fois très abstrait et évident ; mais personne ne le sait. Je jubile. Cette énigme appartient à notre jeu. Mais là, on doit être de plus en plus prudents, puisque nous sommes de plus en plus connus.

(Article paru dans le n° 43 du magazine Mofo de mai 1996)

 

Carl Roosens

Un mix entre réalité, souvenirs et imaginaire…

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Carl Roosens est un artiste multidisciplinaire. Il se consacre à l’illustration, la gravure, la vidéo, le dessin animé et la musique. Et parfois, ces différents projets sont liés. Il aime aussi raconter des histoires. Son dernier album, « La paroi de ton ventre », pourrait d’ailleurs servir de conte pour adulte. Ou plutôt de recueil de contes pour adulte. Il puise son inspiration dans son imagination, pour écrire ses lyrics. Mais comme quelqu’un qui se serait enfermé dans une boîte en carton, pour regarder le monde qui l’entoure, à travers une petite ouverture. Carl a donné un nom à son backing group : Les Hommes-Boîtes. Faut dire que l’intéressé aime s’entourer pour exercer son art. Et sait aussi choisir ses collaborateurs. A l’instar de Noémie Marsily en compagnie de laquelle il réalise des films d’animation. Ainsi « Caniche » a récolté toute une série de distinctions, et plus récemment le clip « Autour du lac » a été sélectionné au Festival International du film d’animation d’Annecy et a déjà enregistré plus de 25 000 vues sur le net (voir ici ). On se demande même si Carl a encore le temps de dormir. Il s’explique…

Oui, bien sûr. Et puis je ne suis pas seul. Mes collaborations sont multiples. Pour enregistrer l’album nous avons bossé à cinq-six ! Le clip « Autour du Lac » a été réalisé en compagnie de Noémie Marsily. J’aime beaucoup travailler en équipe. Cette méthode apporte de l’énergie. Et te pousse toujours dans différentes directions, car en solitaire, tu peux parfois tomber dans certains pièges, et notamment la répétition. Je pense que c’est ce qui me permet d’avancer et me donne l’envie de toucher à tout.

Quel est votre objectif ? Vous servir du dessin animé pour sonoriser votre musique ou utiliser votre musique pour illustrer vos dessins animés ?

Ce sont deux projets différents. Par exemple, en compagnie de Noémie Marsily, nous réalisons des courts-métrages. C’est un boulot à part entière qui n’a pas beaucoup de lien avec la musique, même si on peut utiliser ma musique pour le court métrage. C’est un travail que nous développons ensemble. Pour « Autour du Lac », nous avons clairement essayé d’illustrer cette chanson, parce que tout seul, je me serais cassé la figure. Déjà écrire la chanson, puis la mettre en image, c’est un peu difficile. Noémie m’a déclaré que si elle devait réaliser un clip, elle choisirait « Autour du Lac » ». En fait, c’est elle qui a été l’initiatrice du projet. Sinon, nous planchons sur un autre projet. Nous sommes occupés de l’élaborer. Il s’agira d’une série de court métrages qui mêleront musique et film d’animations. Il devrait s’intituler « Pauvre histoire pauvre ». Et il aura un lien direct avec l’album. Sur scène, nous le diffuserons sous forme de projection. Enfin, nous allons lui consacrer un site internet que nous allons bientôt mettre en ligne.

N’avez-vous pas l’intention de vous lancer dans le long métrage ?

Non, car le court métrage a une richesse énorme. Tout est permis. Alors que dans le long métrage, souvent les gens développent une idée qui pourrait tourner en une demi-heure. Je trouve que la forme plus petite, comprise entre une, cinq ou dix minutes, permet de réaliser plus de choses. Ce format m’excite pas mal en ce moment. Donc non, je n’ai aucune envie de m’attaquer à un long-métrage.

Quels sont vos principales influences musicales ? Le slam ? Veence Hanao ?

Je n’ai jamais voulu me lancer dans le slam, car c’est un mouvement musical que je connais assez peu. Mon but est, au départ, de raconter des histoires. Ce n’est pas nécessairement relié à un mouvement précis dans le slam. En ce qui concerne les références, tout dépend des films que je regarde, de la musique que j’écoute, des bouquins que je lis. C’est très varié. Très diversifié. Veence Hanao est un ami, donc c’est clairement quelqu’un dont j’apprécie le boulot…

Le roman de Kõbõ Abé vous a inspiré le nom de votre groupe. Il raconte l’histoire d’un homme qui a décidé de se retirer physiquement du monde dans lequel il vit, pour l’analyser, à travers une lucarne. Pour écrire votre album, avez-vous perçu notre société de cette manière ?

Il faut savoir que le concept du nom de Carl et les Hommes-Boîtes est venue postérieurement. L’album était terminé. Après avoir lu ce roman, l’idée m’a plu, même si l’histoire ne se déroule pas ainsi, au début du roman, lorsqu’il décrit ses personnages vivant dans les boîtes. La narration est tortueuse. Elle part dans tous les sens. J’aimais beaucoup cette perception : observer le monde par le prisme d’une ouverture dans une boîte, avoir un regard plus juste, en se retirant du monde. Maintenant l’album n’a pas de rapport direct avec le roman. C’est simplement l’idée qui me plait beaucoup. Et elle est devenue le titre.

A contrario, le fait de s’enfermer dans une boîte en carton pourrait également faire penser à la politique de l’autruche. Le message ne risque-t-il pas de porter à confusion ?

La politique de l’autruche, c’est plutôt mettre sa tête dans un trou et ne pas voir ce qui se passe dans ton entourage. Là, c’est le contraire. C’est vraiment regarder autour de soi ce qui se passe, sans interagir ; mais justement tu viens mettre ton grain de sel, alors que la politique de l’autruche, c’est vraiment se voiler les yeux. Il s’agit de deux attitudes opposées.

Analysez-vous tout ce qui se produit dans votre environnement, pour écrire vos histoires ?

Non. Je dirais qu’on a tous un certain vécu, une existence propre. Tout simplement, quand tu sors le matin de chez toi, tu croises un visage, tu rencontres une personne, tu reçois le coup de fil d’un ami, tu lis un bouquin. Chaque journée apporte son lot de découvertes. Je voulais raconter quelques impressions personnelles que j’ai ressenties.

Vos textes semblent issus de votre imaginaire. Mais de l’imagination à la réalité, il n’y a qu’un pas. Quelle est la part de réalité dans votre imagination ?

Comme je disais, quand je marche dans la rue, j’ai des idées, qui viennent naturellement, et elles s’entrechoquent. Dans l’écriture, c’est un peu la même chose. C'est-à-dire qu’il y a un mix entre réalité, souvenirs et imaginaire. On peut également y ajouter les fantasmes. Quand je commence à écrire, je peux partir d’un fait très concret, puis bifurquer dans l’étrange. J’aime bien quand tout se mélange.

Quand on lit pour la première fois le titre de votre album « La Paroi de ton Ventre », on pense d’abord à une femme qui attend un enfant. La confusion était-elle voulue ? Ou alors la signification est-elle valable, mais plus subtile qu’elle n’y paraît ?

Pour le titre, je ne réfléchis pas beaucoup à tous les sens qu’il pourrait avoir. Je m’intéresse beaucoup à ce que l’auditeur pense lorsqu’il découvre l’album. Pour les chansons, c’est la même chose. Il y a mon sentiment personnel, mais je ne vais jamais chercher à expliquer la signification d’une chanson. Je suis bien plus intéressé par l’interprétation qu’une personne fera de mon morceau. Comment il voit les choses, comment il ressent telle ou telle parole. Je laisse l’alternative au public de trouver sa propre explication. Idem pour les titres. J’y ai mis des choses, mais elles restent ouvertes.

« Plaine de Jeux » est une chanson qui parle de l’enfance. C’est la vôtre ? A-t-elle eu une influence primordiale sur l’écriture de vos textes ?

Non, il s’agit d’une observation. Enfin, je me contredis quand je dis ne pas aimer raconter mon histoire. La genèse de cet épisode vient de la construction d’une plaine de jeux devant laquelle je passais régulièrement. Elle était en chantier. Avant, c’était un terrain vague. Ensuite, petit à petit, des poteaux ont été plantés, puis des jeux installés. J’ai découvert au jour le jour, la transformation des lieux. Il était amusant de voir cette plaine se monter au quotidien. Et le regard des enfants chaque fois qu’un d’entre eux passait devant. Parce qu’il faut savoir que le terrain était grillagé. C’était bizarre. Les gosses n’y avaient pas accès mais ils voyaient des adultes travailler sur une surface qui allait devenir leur terrain de jeux. C’est donc parti d’une observation. Donc, ce texte n’a aucun rapport avec mon enfance.

Sur l’illustration de la pochette de l’album, on ressent comme une forme de détresse. On y distingue des arbres coupés ou sans feuilles, des personnages nus et visiblement tristes. Est-ce réellement ce que vous ressentez ou est-ce simplement le fruit de votre imagination ?

Je dirais qu’il s’agit d’un mélange de fantasme et de réalité. Je me laisse aller. Pour les dessins, je ne fais pas vraiment de croquis préparatoire. Je me lance dans l’improvisation puis ça sort comme ça. Quant à donner un sens particulier à ces dessins, une fois encore, chacun met le ressenti qu’il veut. Mais je n’ai pas vraiment voulu communiquer une impression de tristesse. Je pense qu’on y trouve plein de sentiments mélangés. On peut le percevoir de différentes manières.

Vous avez dit avoir vu ou imaginé, « L’objet qui n’a pas de nom », mais vous ne vous rappelez plus très bien. Pouvez-vous nous dire à quoi il ressemble réellement ?

Justement, si je le savais, je l’aurais écrit.

Sur votre album, on entend des sonorités plutôt originales. Vous utilisez des instruments insolites ? Vous les fabriquez vous-même ou vous les dénichez dans les brocantes ?

Nos instruments sont très classiques. Il y a une batterie, une trompette, un trombone. Des machines aussi. Le groupe compte de nombreux musiciens assez touche-à-tout. Des personnes qui apprécient expérimenter. Ils aiment bien bidouiller les synthétiseurs, les machines. Mais certains, il est vrai, font parfois les brocantes.

Comment parvenez-vous à accorder votre voix à ces sonorités inhabituelles ?

Au sein du groupe, on improvise. Puis quand on trouve une piste, je sors mes textes et je cherche à voir s’il y en a un qui pourrait coller. Généralement, je me consacre à l’écriture d’abord. C’est un travail que je fais seul. C’est notre méthode de composition.

Comment s’est faite la rencontre avec le label Humpty Dumpty ?

Notre rencontre remonte au premier album. J’avais envoyé de nombreuses démos à droite et à gauche. Et les responsables de Humpty Dumpty ont répondu à mon mail parce que j’avais remporté le Concours « Musique à la Française ». Ils m’ont donc recontacté et l’aventure a pu commencer à ce moment-là.

En concert

06.05 - Bruxelles – Nuits Botanique
15.05 - Louvain-la-Neuve – Ferme du Biéreau
25.05 - Braine l’Alleud – MJ Le Prisme
22.06 - Namur – Fête de la Musique
22.06 - Charleroi – Fête de la Musique

Photo : Caroline Lessire

 

Cocteau Twins

Luttes d’indépendance

Écrit par

Cocteau Twins est de retour, et c’est une première, son nouvel album, « Four-Calender Café », n’est pas sorti chez 4AD, mais Phonogram. Et Liz Frazer, chanteuse, frêle créature, avait beaucoup de choses à dire, ses mots se bousculant dans un désordre maladroit, comme si elle s’était tue trop longtemps, pour finalement éclater d’un rire un peu embarrassé : ‘Et dire, explique-t-elle, que j’étais celle qu’on n’arrivait jamais à faire parler !’

Pour la première fois j’étais consciente que quelque chose de nouveau se produisait. Du temps de « Blue Bell Knoll » j’étais incapable d’écrire des textes, de parler de mes sentiments. Ce qui a débouché sur un album sans aucun mot, facile à réaliser. Et que j’aime bien. Mais aujourd’hui, j’ai changé… En fait, j’avais déjà essayé, dès « Heaven or Las Vegas », mais je ne m’y étais pas bien prise. J’éprouvais toujours des difficultés à accepter que les créations ne répondent pas à mes attentes ; et je culpabilisais. Pourtant, je ne suis qu’un être humain qui commet des erreurs comme tout un chacun. Pour cet album-ci, changement de cap : certains textes ne sont pas loin d’être des concessions. Nos albums, finalement, sont des documents qui balisent notre existence, qui déterminent où nous en sommes, mentalement. Du temps de « Blue Bell Knoll », j’étais introvertie ; mes talents pour la communication étaient si… ils sont toujours assez minimaux. Le groupe lui-même était dans une mauvaise passe : il y avait tant d’événements qui s’étaient produits dans nos vies privées ; de la douleur, des personnes auxquelles on tenait qui mourraient, pas mal de relations qui s’arrêtaient… Notre humeur était assez autodestructrice ; on a consommé pas mal de drogues et entre nous trois, nous ne parlions plus ! Si on ne s’était pas ressaisis, on n’aurait pas réalisé d’autre disque. Mais les choses ont évolué : de toute façon, on était descendus si bas qu’on ne pouvait que remonter.

Pourtant, sur « Iceblink Luck » de « Heaven or Las Vegas », tu chantes ‘I’m happy again’ d’un ton enjoué…

C’est dans ma nature. Et pour continuer à avancer. On me demande toujours pourquoi je souris. J’essaie de réagir comme si je ne ressentais pas la souffrance. Ce qui ne m’a peut-être pas totalement réussi, mais j’ai essayé. Auparavant, mes textes ne me concernaient jamais. Ils étaient bien sombres et romantiques, mais je parlais de ce qui se passait autour de ma personne, sans jamais citer de noms. C’était imaginaire, rien qui se soit réellement produit.

« My Truth » y fait allusion ?

Le titre correspond à ce que je viens de dire, mais ‘ma vérité’, c’est quelque chose d’autre… qui ne cesse de changer ! Cette chanson marque de grands bouleversements dans mon comportement. Je commence à me distancer de Robin (Guthrie, le guitariste, compositeur et père de leur fille Lucy Belle). Notre relation basée sur la dépendance était assez malsaine. On ne pouvait plus rien faire l’un sans l’autre. Changer, c’est ce qui peut nous arriver de mieux.

Pourtant, vous vivez ensemble, travaillez ensemble…

On a essayé d’en sortir mais pas en utilisant la bonne méthode. Je suis honnête : j’écris des textes sur ce qui me préoccupe. Et ma relation avec Robin m’inquiète : est-ce une bonne relation ? Ai-je pris les bonnes décisions ? Il faut réévaluer tout ce qui est arrivé. Avant, je ne le faisais jamais, parce que je craignais que Robin m’en empêche ; j’avais peur de sa réaction, je craignais que ça le rende triste. Attention, je ne révèle pas de secrets sur notre vie privée, je pose simplement la question : devons-nous être ensemble ?

Et tu en as parlé à Robin ?

Depuis peu. C’est le seul moyen. Sinon, on fait du surplace, on tourne en rond. J’avais alors commencé par me réfugier dans mes rêves, une manière de me ‘soigner’. On ne parlait jamais, parce qu’on croyait ne pas en avoir besoin. On était tellement proches, parler n’était pas nécessaire, on était censés lire les pensées de l’autre. Pourtant, notre relation ne cessait de se détériorer. Heureusement, on a fini par s’en rendre compte.

L’absence de Robin (il a la coqueluche) te permet de raconter des choses que tu n’aurais pas osé dire en sa présence ?

Apparemment. Mais cette situation ne devrait pas se produire. Je dois apprendre à m’exprimer quand nous sommes ensemble. Je l’ai toujours considéré comme mon supérieur. Je ne suis pas la seule à adopter un tel comportement, mais il peut te détruire.

L’avenir de votre relation ?

Je ne sais pas. Ce qui importe vraiment, c’est qu’on reste amis. Nous sommes partenaires pour les affaires, nous vivons ensemble, nous sommes quasis mariés, nous avons une petite fille. Et c’est très difficile d’être ‘bon’ pour toutes ces valeurs à la fois.

Et Simon Raymonde, le bassiste dans cette histoire ?

Je me sens très vulnérable. Simon, lui a toujours été fort. Peut-être ne subissait-il pas la même pression ? Enfin, je ne veux pas le sous-estimer. Simon est merveilleux, c’est vraiment le 3ème Cocteau Twins. Je suis triste quand on le décrit comme la 5ème roue de la charrette, comme le membre qui est venu s’ajouter par la suite. C’est injuste.

Pourquoi avez-vous quitté 4AD ?

On n’a pas quitté 4AD, Ivo (le patron de 4AD) a eu l’intelligence de nous laisser partir. Et ce départ s’est passé sans blessures graves. On a vécu des problèmes relationnels avec Ivo. Les affaires et l’amitié, tout était mélangé dans un grand foutoir. Quand on s’est rencontrés, Ivo était très jeune. Même si à l’époque, il nous paraissait vieux (il approchait la trentaine et on avait à peine vingt ans). Notre relation professionnelle s’est dégradée et notre amitié en a souffert. Tout le monde était à cran.

Une conclusion ?

Positive ! Maintenant qu’on a arrêté cet horrible cycle de destruction, d’isolation… (je n’exagère pas). J’ai toujours des difficultés à demander de l’aide. Aujourd’hui, j’arrive enfin à me sentir au même niveau que les deux autres. C’était dans la tête puisqu’eux, ils m’ont toujours considérée comme leur égale.

(Article paru dans le n° 16 du magazine Mofo d’Octobre 1993)

 

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