Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce long playing succède à Supermodels paru en 2023. Pour accompagner cette annonce, il a partagé le single « She Doesn't Love Me », sous forme de clip (et il est disponible…

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Un clip d’animation pour le nouveau single d’Σtella

L'artiste grecque Σtella dévoile son nouveau single intitulé « Belinda ». Cette nouveauté s'accompagne d'un clip officiel au format visualizer, dont les illustrations sont nées sous la plume de la chanteuse elle-même, complétées par les animations de Yokanima…

Enregistré sous Ex:Re

Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk…

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The Narcotic Daffodils

Conflit de générations ?

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The Narcotic Daffodils vient donc de sortir son second elpee, « Cellex » (Cellex, verbe Tamazight (Berbère) qui signifie ‘fragmenter’, écrit en caractère tifinagh, une écriture issue, comme l’alphabet grec et romain du phénicien, et encore en usage dans tout le Sahara, du Maroc au Mali). La plupart des morceaux ont subi leur baptême du feu en ‘live’, avant d’être immortalisés sur ce cd. Mais comme de nombreux artistes émergents, la gestation a été longue et difficile, le claviériste (et épisodiquement préposé au sitar) Simon Rigot nous en explique les raisons…

On a commencé plus tard que prévu. Quand on a parlé d’enregistrer un deuxième album, l’idée était de rentrer en studio dès octobre 2012 pour le terminer vers mars 2013, le masteriser et le sortir, avant octobre 2013. C’était le planning. Malheureusement, on a été contraints de revoir le calendrier, car le studio choisi est soudainement devenu inaccessible jusqu’en janvier 2013. Dès lors on n’a pas pu commencer avant. Et encore, il était déjà réservé dès février 2013 par Machiavel. Donc, on n’a disposé que de 3 jours pour enregistrer la basse, la batterie et le sitar. Nous l’avions choisi, car son acoustique est vraiment exceptionnelle. Aussi, vu le peu de temps qui nous était accordé pour disposer des lieux, on s’est concentré sur la section rythmique et le sitar. Aussi, on a dû chercher un autre endroit à Bruxelles. En attendant, j’ai enregistré toutes les parties de claviers chez moi, parce j’y dispose d’une panoplie d’instruments authentiques. Et notamment un piano Rhodes et un orgue Hammond. C’était finalement plus facile que de tout déménager dans un autre studio où finalement le son n’aurait pas été meilleur. Fin mars/début avril, on y a enregistré 2 sessions en 3 jours. D’abord toutes les guitares. Et puis toutes les voix. Mais le dernier morceau, « Jolyne », ne correspondait pas à l’émotion que nous souhaitions lui insuffler. Et il fallait y coller un arrangement. Notre producteur avait même évoqué la participation d’un grand orchestre. Et j’avais déjà écrit une ébauche de partition pour ce projet. Qui a finalement été abandonné, pour nous conduire dans une église. La basilique de St Hubert. Mais on n’a pu investir les lieux que fin juillet. Ensuite on a voulu donner une autre dimension à « Weathered ». A l’origine, on disposait d’un vieil harmonium datant de 1850. Une pièce magnifique. Mais il produisait un souffle épouvantable. Le producteur, lui-même accordéoniste, a alors suggéré d’essayer un accordéon… J’ai donc contacté Jean-Claude Doppée alias DJ Saucisse, une figure notoire de la nuit bruxelloise qui a également été figurant dans le film ‘Dikkenek’. Lors d’une interview accordée à la radio, lui, le rock’n’roller avait raconté les péripéties qui avaient conduit sa fille à apprendre l’accordéon dès son plus jeune âge. Luna a aujourd’hui 17 ans et en joue très bien. Dop était enchanté. Ils ont débarqué début août. Quelques jours après l’enregistrement de « Jolyne », à St Hubert. Et les essais se sont avérés concluants. On a donc réservé un studio pour l’accordéon. Mais il n’était pas libre avant fin septembre. L’histoire peut paraître rocambolesque, mais la veille du jour ‘J’, on s’est rendu compte que Luna avait oublié son instrument à l’internat de son école à Gand. Et donc, il a fallu en dernière minute, en trouver un autre en prêt. Fin septembre, tout était mis en boîte. Et on a encore pris trois mois pour le mixing. A cause de discussions internes dont je t’épargne les détails. Mais mi-décembre, nous étions enfin presque au bout de nos peines. Et là les événements se sont accélérés. On a engagé Peter De Wachter d’EQuus au mastering. C’est un des meilleurs en Belgique. Il bosse pour Stromae, Puggy et des tas d’artistes signés chez Universal. Un gars très sympa qui a vraiment mis le petit vernis qui manquait pour que le disque soit clinquant. Début janvier tout était prêt. Restait à dénicher une distribution. Pas évident. Parce qu’en Belgique, elle est de plus en plus difficile. C’est finalement Thierry Coljon du Soir qui m’a signalé l’existence de cette petite boîte namuroise qui s’occupe notamment My TV is Dead, Chloé du Trèfle, ainsi que d’autres artistes, tant de la chanson française que du rock. Il s’agit de cod&s. C’est un des derniers en Wallonie. Et il fait correctement son job, fournissant aussi bien FNAC, Media Markt que les disquaires. Ensuite on a lancé le pressage. Et on a confié l’illustration de la pochette à Valérie Lenders…

On entre maintenant dans le vif du sujet : l’absence de véritable fil conducteur de l’album. C’est ce qui rend son écoute difficile. Sur « Cellex », plusieurs titres émargent à la prog et l’intro est carrément punk. Deux courants qui s’opposent…

On a, il est vrai, étonné beaucoup de nos fans. En fait, lors de la sortie du premier album déjà, on nous avait déjà reproché de ne pas très bien voir dans quelle direction on allait. Et pourtant, le son était beaucoup plus homogène. Orienté orgue/guitare/basse/batterie. Alors que sur le deuxième, on a voulu le rendre plus contemporain. Il y a du synthé. Un microKORG, très utilisé dans l’univers de la techno. Il y a du punk. Mais aussi plus de sonorités vintage, car on y a intégré du mellotron et du piano Rhodes. J’ai même branché ce Rhodes sur une cabine Leslie, pour certains morceaux. On a donc voulu un mix entre sons classiques et modernes. C’est la raison pour laquelle Hakim, notre guitariste, préfère parler de fragmentation plutôt que de progressif. Les fans de la première heure regrettent que le Hammond ne soit plus omniprésent. Nous n’avions pas envie de graver un deuxième album qui ressemblerait au premier. Nous voulions évoluer. Il y a trop de groupes qui se contentent, disque après disque, de la même recette…

Evoluer est certainement un choix louable, mais le mélomane aime suivre un fil conducteur. Même si parfois il peut-être difficile à pister. Sur ton elpee, on est quand même particulièrement bousculés.

Oui, c’est vrai. Parce que nous ne voulons pas être sur rails. Le seul fil conducteur, c’est la chanteuse. Et encore, elle chante différemment suivant les morceaux.

Parfois ses inflexions me rappellent, et je ne suis pas le seul à le penser, à Björk, mais sans monter dans les aigus.

Absolument. Mais elle n’aime pas du tout ces comparaisons. Elle apprécie pourtant bien Björk, mais elle ne les accepte pas… 

Un exception quand même, sur le titre particulièrement prog, « Barber », où là, elle déclame à la manière de Patti Smith.

J’étais très étonné de ta remarque, et je n’y avais pas pensé. C’est vrai, mais c’est parce qu’elle déclame. Peu de chanteuses rock déclament leurs textes. Elles se contentent de chanter…

Sur ce même morceau, il y a des envolées qui rappellent le Gong de la période Daevid Allen / Steve Hillage.

Ta réflexion était tout à fait inattendue. Mais en le réécoutant je me suis rendu compte qu’il y avait une influence inconsciente. Tout particulièrement celle d’« Angel’s egg » et du titre « Flute salad ». Absolument !

Le mellotron pour « Sun of the rest », il était dans le studio ?

Non, j’avoue, ce n’est pas un mellotron. C’est un son créé par un ordinateur. Cet instrument est quasi impossible à dénicher. Alors j’ai essayé de reproduire le son qui s’en rapprochait le plus. Et je crois que le résultat est concluant.

Même que les sonorités rappellent parfaitement le « Strawberry fields forever » des Fab Four.

Oui, oui, c’était l’objectif…

Pour ma part, le début de « Shout » opère une incursion dans le british blues boom et adresse en même temps un clin d’œil au Spencer Davis Group.

Oui, le début est très blues, mais le reste alterne entre moments plus violents et plus calmes. Il y a également des chœurs éthérés et un final plus prog. Il nous a été reproché que la compo était trop courte. Qu’elle méritait un développement, un délire, au cours duquel on profiterait de cette ambiance pour développer de longs solos. Mais si nous souhaitions réaliser un morceau assez riche et complexe, nous le voulions le plus court possible. Un peu comme chez les Beach Boys. Tu sais, j’ai toujours été fasciné par leur « Good vibrations ». C’est un titre où tu n’as pas un couplet/refrain traditionnel. Il est découpé en 3 actes. Comme une véritable symphonie. Et on connaît tellement cette chanson, qu’on ne s’en rend même plus compte de sa structure. J’ai toujours été fasciné par cette idée de composer un morceau très complexe avec une économie de temps.

Au niveau des claviers, je t’en avais déjà parlé, tu apprécies beaucoup le style de Rod Argent.

Je l’ai encore vu l’été dernier à New York.

Et sur certaines compos de « Cellex », j’y retrouve un peu Brian Auger…

(Surpris et content !) Brian Auger, c’est mon pote ! Je l’ai vu à 7 ou 8 reprises. Chaque fois qu’il vient en Belgique, pas la dernière malheureusement, mais bien depuis 10 ans, je vais toujours assister à ses concerts. Il se produit souvent au Spirit of 66. Mais il est aussi venu à Anvers. Et à Bruxelles, il y a une quinzaine d’années. A Anderlecht, dans une petite salle. Il jouait avec sa première fille. Sa première fille l’a accompagné au chant, et plus tard sa deuxième. Et elles sont aussi merveilleuses l’une que l’autre. Son fils participe également à cette aventure familiale. A la batterie. Brian, c’est un monument.

« Weathered », titre cabaret. Abordé dans l’esprit des Dresden Dolls ?

Je ne connais pas du tout. C’est un duo ?

Allemand. Mixte. Piano/drums et chant.

Oui, c’est une compo qui baigne dans une ambiance de cabaret fin de soirée. Certains ont parlé d’une ambiance à la Arno. D’ailleurs à un moment, on a pensé lui proposer de partager un duo avec Irène. C’est notre producteur qui nous l’a suggéré. Et puis finalement on a laissé tomber.

Mais il est ouvert à ce type de projet.

Oui, oui, je sais bien. Si on lui avait demandé, il l’aurait probablement accepté. Au début on y a pensé, et puis au fil du temps on a changé d’avis et je crois qu’Irène n’aurait pas pu céder davantage de place sur ce morceau. Et le résultat aurait pu se solder par du remplissage.

Vous êtes tous impliqués dans l’écriture des compos ?

Tout à fait. On se partage même quelquefois la tâche. Pour « The Barber », tout part d’une improvisation totale qui a ensuite été maîtrisée. Mais en fait, on apporte une idée ou une mélodie, et puis on l’adapte. C’est dans cet esprit que je travaillais déjà, il y a 35 ans, à l’époque de Berntholer. J’amenais une suite d’accords et une idée de mélodie. Et puis Drita la chanteuse l’adaptait et créait sa propre mélodie. Je pense que c’est une méthode assez sage. Il ne faut jamais imposer à un chanteur une mélodie. Il faut lui faire des propositions et lui laisser le temps de l’apprivoiser…

Le guitariste joue en picking sur deux titres, à la manière de Steve Hackett. Un maître pour lui ?

Non, car au départ, le picking n’est pas sa façon naturelle de jouer. Il préfère mettre des effets dans sa gratte électrique, de la pédale wah wah et compagnie. Il a fait un travail formidable pour s’adapter…

The Narcotic Daffodils réunit des musiciens issus de deux générations différentes. Pas vraiment courant et évident une telle formule de line up ?

Il y a 25 ans de différence entre certains d’entre nous. Souvent ce sont de vieux briscards, qui se font accompagner de jeunes. Comme Brian Auger, qui joue avec son fils et sa fille. Les musicos de Triggerfinger ont la cinquantaine. Et il est plus facile de jouer entre musiciens de sa propre génération. Impliquer des musiciens d’une autre génération est exigeant. Parce qu’on n’a pas les mêmes objectifs. On n’a pas les mêmes sources d’inspiration. Bien qu’on serait étonné d’apprendre que malgré son jeune âge, Irène aime autant Robert Fripp que moi. Elle joue aussi de la guitare et est très influencée par Robert Fripp. Et ce feeling se retrouve dans deux des compos qu’elle a écrites, « Weathered » et « Go love yourself », caractérisées par cette suite d’accords énigmatiques, angoissants. Hakim préfère Jimi Hendrix, Led Zeppelin, mais aussi Funkadelic ou les Temptations. Merlin a beaucoup écouté les premiers Genesis. Finalement, cette barrière de générations ne se situe pas au niveau de la musique, et pas vraiment des priorités, mais des objectifs. Flupke et moi avons construit notre existence. Nous sommes mariés. Nos enfants ont déjà 20 ans. Sauf que maintenant, je viens d’adopter une petite fille. Mais c’est le hasard. Notre vie professionnelle est stable. On n’a pas d’angoisse par rapport à ce mode de vie. Nos trois jeunes ont une copine ou un copain. Mais ils ne sont pas en couple. Ils n’ont pas d’enfant. Ils n’ont pas encore de boulot, puisqu’ils sont étudiants, mais sont à l’aube de devoir s’en dénicher un. Ils ne savent pas très bien où ils vont aller. Je me souviens que quand j’ai commencé à bosser, j’ai arrêté de faire de la musique. Parce qu’il fallait s’installer dans la vie. Donc on n’a pas les mêmes priorités et c’est parfois très difficile. Et pas les mêmes réseaux. En matière de promotion, ce ne sont pas nos trois jeunes qui ont des relations dans le milieu. Même si ce n’est pas toujours un avantage. Enfin, tout dépend de l’ouverture d’esprit de ces relations. Certains nous ont mis carrément des bâtons dans les roues. Pour toute une série de raisons. Notamment, parce qu’ils estiment qu’on appartient au passé et ne comprennent pas pourquoi on monte un nouveau groupe, alors que tous les copains de ma génération, reproduisent la musique comme il y a 30 ans. Au sein des mêmes groupes qui ont vécu il y a 30 ans. En se servant du même nom qu’il y a 30 ans. C’est comme si je remontais maintenant Berntholer (NDR : voir article Wikipédia ici). Et on reprendrait la route. Ce n’est pas mon style. J’ai envie d’aller de l’avant. De m’investir dans un nouveau projet. A l’aide de nouvelles personnes, tout en développant de nouvelles idées…

En concert :

30.04  (BE) Belvédère Namur (20 Year Bear Rock), 9PM
01.05  (BE) Pianofabriek Saint-Gilles,BXL, 5PM
10.05  (BE) Japanese release party at The London Calling,9PM
17.05  (BE) Showcase Media Markt Woluwe. 3PM
21.06  (UK) Sonic Rock Solstice Festival in Builth Welsch, 6PM
12.07  (BE) The Joint - Overboelare (Geraardsbergen), 9PM

 

Triggerfinger

Comme si c’était un conte de fées…

Écrit par

Interviewer Triggerfinger constitue, pour votre serviteur, du pur bonheur. Il s’agit de notre 3ème rencontre et à chaque fois cet entretien est émaillé de fous rires. Faut dire que malgré le succès phénoménal recueilli, les musiciens sont demeurés humbles et ouverts à toutes les questions. Ils préfèrent s’exprimer dans leur langue natale ou en anglais, mais acceptent volontiers de répondre en français. Chapeau ! Et jamais ils ne se dérobent face à ces questions, même celles qui sont relatives à leurs influences. Elles constituent même, pour eux, des compliments. Quelle différence par rapport à ces jeunes formations qui nient l’évidence. Bref, le trio est au complet, c'est-à-dire le chanteur/guitariste Ruben Block, le bassiste Paul Van Bruystegem alias Monsieur Paul et le drummer Mario Goossens pour parler –surtout– de la sortie de leur nouvel album intitulé ‘By absence of the sun’ qui paraîtra ce 20 mai…

Le nouvel opus a été enregistré à Los Angeles, au ‘Sunset Avenue’, et plus au ‘Sound City’, car il a été totalement transformé ; mais c’est encore Greg Gordon, dont la carte de visite mentionne la mise en forme d’œuvres d’Oasis, de Wolfmother, de Soulwax et de Slayer, qui s’est chargé de la mise en forme. Monsieur Paul prend le crachoir : « En fait, nous étions tellement satisfaits de son travail opéré sur ‘All this dancin’ around’ que nous avons souhaité poursuivre la collaboration. Nous sommes depuis devenus des amis. Il est même considéré, en quelque sorte, comme le quatrième membre de Triggerfinger. » 

‘By absence of the sun’ est un titre sombre, presque crépusculaire. Une impression qui se dégage surtout sur la première et la dernière plage de l’elpee, en l’occurrence ‘Game’ et le final ‘Master of all fears’. Rien que l’intitulé du second est évocateur. Difficile de faire plus métal. Un morceau dont les sonorités ‘drone’ sont dignes de Sun O))). Mais c’est surtout le spectre de Black Sabbath qui y plane. Ruben argumente : « Il existe différentes manières d’appréhender le titre de l’album. Quand il n’y a pas de soleil, c’est la nuit. Or, la vie nocturne peut aussi s’avérer intéressante. C’est la raison pour laquelle on aime ce titre. Il exprime une certaine dualité. Et laisse la porte ouverte à des tas d’interprétations… En ce qui concerne ‘Master of all fears’, c’est une compo que j’ai écrite pour le Soundtrack du film. J’ai été invité à l’imaginer dans l’esprit de Black Sabbath. C’est le type de morceau dont le réalisateur avait besoin. Et j’ai essayé de le rendre la plus sombre possible… »

A l’une ou l’autre exception près, le long playing est plus hard, parfois presque grunge. Pensez à Soundgarden. Il y a encore un peu de blues, comme sur le stoner ‘Perfect match’ (clip vidéo ici), qui lorgne vers ZZ Top ou encore « And There She Was, Lying In Wait », sorte de boogie revu et corrigé par Depeche Mode ; mais il s’y fait plus rare. En ce qui concerne cette impression grunge, le rôle de Gordon n’y est certainement pas étranger. Mr Paul se défend : « Nous ne cherchons pas à calquer notre style sur l’un ou l’autre groupe. Et si ça arrive, on ne le fait pas exprès. Si tu nous parle de Soundgarden c’est un compliment. Mais la manière de capter le son a aussi son importance. Greg y est habitué. Il a bossé en compagnie de grosses pointures. Nous on s’est contenté de jouer le mieux possible. On avait consacré quelques répétions avant. On était bien préparés. On a fait quelques prises. A ce stade c’était tout simple. Mais le plus dur est arrivé après. Le mixing. Parvenir à obtenir le son qui était dans notre tête. Parce que si ça sonnait bien, on savait ce qu’on voulait obtenir et ce travail a pris du temps… En ce qui concerne le blues, il n’a pas vraiment disparu. Perso, ‘Game’ c’est du blues. Même ‘Master of all fears’, parce que je joue de la slide sur la basse et Ruben sur sa guitare. Quant à ‘And There She Was, Lying In Wait’, c’est un boogie fiévreux, à l’atmosphère étrange. C’est à mi-chemin entre le blues et stoner. Très 70’s, c’est vrai… » Et Ruben d’ajouter « On a un peu adopté le rythme du ‘On the road again’ de Canned Heat. » Et Monsieur Paul de déduire : « Maintenant tu as sans doute raison de dire que le disque n’est pas explicitement blues. Ce style est sans doute un peu plus sous-jacent… »

‘Trail of love’ est un slow un peu prog. Donc qui se réfère à nouveau au seventies. Une plage au cours de laquelle la voix suit les accords de guitare. Ruben clarifie : « Cette chanson, je l’ai écrite, il y a déjà 15 ans, au moins. Mais la mélodie ne m’est venue que l’an dernier. Lors d’un soundcheck effectué avant un concert, en Allemagne (il chante cette superbe mélodie). Elle m’a immédiatement plue et hop, le tout était ficelé. » Monsieur Paul nuance : « On a quand même dû bien la répéter, car elle n’était pas si facile à exécuter. En fait, on n’était pas habitué de jouer de cette manière et il a fallu s’adapter… » Et du prog, on en recèle encore sur ‘Big hole’, mais seulement dans la voix de Ruben, qui chante un peu à la manière d’Adrian Belew époque King Crimson. Ruben en explique la raison : « C’est à cause du delay » et Mario de préciser : « C’est amusant, sur le précédent album, un tas de journalistes ont fait des comparaisons avec le King Crimson… » Et pour en finir avec cette époque, ‘Splendor in the grass’ recèle des éléments psychédéliques. Serait-ce une ouverture pour le futur ou une volonté de coller au revivalisme contemporain ? Monsieur Paul réagit : « Ce sont nos racines. » Ruben concède : « C’est à cause des petits effets sur la voix. Un plug in, je pense ». Monsieur Paul rectifie : « On a tout préparé sur deux enregistreurs, un grand et un petit. Et on a modifié la vitesse. C’est ainsi qu’on créait du ‘flanger’ à l’époque. Un millième de seconde de différence pour donner cet effet de vertige… »

Un morceau se démarque de l’ensemble, ‘Halfway there’. Il y a des chœurs. Peut-être une boîte à rythmes. Une compo plus lente aussi, truffée de bruitages. A croire qu’ils l’ont enregistrée le lendemain d’une gueule de bois pour se reposer. Une réflexion qui les a bien fait rire. Monsieur Paul clarifie : « En fait, il n’y a pas du tout de boîte à rythmes. C’est Mario qui s’est chargé du bruitage à l’aide des fiches de câbles pour haut-parleurs qu’il manipule en cadence. Et tu as raison, il y a plein d’effets spéciaux. Par exemple, du piano, enregistré à l’aide d’un vieil enregistreur à cassette, comme tu trimballais avant, et les accords sonnent un peu faux. Puis du glockenspiel. » Mario ajoute « Et enfin, des bruits qu’on avait captés lors de la tournée, dans le bus ». Monsieur Paul confirme : « On avait enregistré le bourdonnement du moteur et c’est ce que tu entends… » Autre piste un peu différente, ‘There isn't time’, plus actuelle, aux accords de guitare très clairs, doublés même… Ruben avoue : « Il ne s’agit pas de re-recording comme tu penses, mais de l’utilisation d’un sax baryton. Ce procédé marche toujours très bien quand tu dois doubler les guitares. Los Lobos y recourt également… »

Avant d’enregistrer l’album, le trio a publié un single, une reprise du ‘I follow rivers’ de Lykke Li. Faut croire que le band apprécie cette artiste. Ruben commente l’épisode qui a conduit à cette cover : « On a accordé une session à Radio 3FM aux Pays-Bas et la station impose un exercice de style. Tu peux jouer une de tes compos, mais tu dois aussi reprendre un titre du Top 30. C’est la tradition. Une aventure plutôt bizarre. Nous étions arrivés la veille pour répéter le morceau. Et Ruben a conclu que c’était une chanson qu’on pouvait tenter d’adapter. On a cherché les accords et dans la soirée, c’était réglé. Seul Mario se demandait ce qu’il allait faire. Puis finalement, il a pris une cuiller et a tapoté sur une tasse de café (NDR : voir le clip ici). 

Et le lendemain nous étions présents à 7 heures du matin pour tourner la vidéo. Le soir nous devions nous produire à Groningen, au Nord de la Hollande. Et avant de nous mettre en route, on avait reçu un coup de fil du management qui nous informait que le clip marchait du tonnerre, alors qu’il n’y avait pas de disque de sorti. Les gens le téléchargeaient sur Internet et après 2 semaines on était numéro 1 aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne. Un accident très heureux. Ce n’était pas dans nos objectifs. C’est comme si c’était un conte de fées. Et c’est parce que c’est devenu un gros hit, qu’on a retardé la sortie de l’album… »

Triggerfinger se produira d’abord le 5 juillet à Rock Werchter, mais avant dans le cadre de Werchter Classic ce 28 juin, festival qui se clôturera par le set des Rolling Stones. Or le trio anversois a assuré la première partie du mythique groupe anglais à Hyde Park, le 6 juillet 2013. Finalement, ils ne les ont même rencontrés ni croisés. Monsieur Paul nous livre quand même une anecdote ‘people’ : « Par contre, lors d’une ‘private party’ en Allemagne, sa fille Gray Jagger, qui était organisatrice de cette fête, a dansé sur notre musique. C’est chouette quand même, non ?  Et puis elle est plus jolie que son père… » Ce qui n’est pas très difficile (éclats de rires)…

Pour terminer notre entretien, je leur montre la pochette sur laquelle les trois musicos sont vêtus de costards flambants neufs (NDR : comme sur la photo qui sert à illustrer cette interview). Et je leur demande s’ils ne craignent pas d’être engagés par H&M pour figurer dans leur prochain catalogue de mode. De quoi déclencher l’hilarité générale, qui va se prolonger pendant plusieurs minutes encore et se répandre sur toute la place de Brouckère…

Nouvel album ‘By absence of the sun’ : sortie le 21 avril  2014 chez Excelsior Recordings / V2

En concert :

16.04 Coutrai (B) De Kreun (Sold out)
17.04 Coutrai (B) De Kreun (Sold out)
19.04 Schijndel (NL) Paaspop
26.04 Gand (B) Jimmies Award Show
02.05 Bruxelles (B) AB (Sold Out)
03.05 Amsterdam (NL) Paradiso (Sold Out)
05.06 Paris (F) Zénith – 1ère partie de Shaka Ponk (Sold Out)

07.06 Montereau-Fault-Yonne (F) Festival Montereau Confluences
27.06 Roeser (Lux) Rock A Field
28.06 Werchter (B) TW Classic (Sold Out)
29.06 Paris (F) Solidays
04.07 Arras (F) Main Square Festival
05.07 Werchter (B) Rock Werchter (Sold Out)
06.12 Bruxelles (B) Forest National

 

 

 

Samaris

Musiczine au pays des elfes.

Écrit par

Comptant 320 000 habitants à peine et programant plus de 20 groupes chaque année sur toutes les scènes internationales, l’Islande est incontestablement l’un des pays les plus prolifiques de notre continent en matière de musique. Une politique culturelle dynamique qui ose la culture, un ‘New Deal’ artistique qui a fait de cette culture le deuxième moteur de la croissance du pays, rapportant plus ou moins un milliard d’euros par an. Près de 20% du PIB national. Un pays qui prouve, s’il le fallait, qu’il existe une vie en dehors des banques et soutient le talent de ses artistes. Un résultat surprenant, non seulement par le nombre, mais aussi par la qualité. Ses artistes inspirés nous offrent l’inédit et l’inouï : des sons originaux, loin des sentiers battus et de tout lieu commun. Une nouvelle scène ‘Inspired by Iceland’ créatrice de nouveaux talents qui contamine la musique contemporaine.

Parmi cette masse de formations et d’artistes chaque jour grandissante, le plus difficile reste encore de se démarquer. C’est précisément ce que le trio electro-pop Samaris est parvenu à réaliser très rapidement. Bien avant même la sortie de leur premier album, les trois jeunes musiciens –Áslaug Rún Magnúsdóttir (clarinette), Jófríður Ákadóttir (chant) et Þórður Kári Steinþórsson (claviers/laptop)– ont été rapidement couronnés de prix prestigieux et ont recueilli les louanges quasi unanimes de la presse britannique. Critiques passant du NME (‘Elegant and unusual’) au Financial Times (‘Rich and textured’) !

C’est dans l’intimité du café de l’Ancienne Belgique que la chanteuse et la clarinettiste scandinaves vont nous livrer, avec beaucoup de simplicité et de modestie, les secrets de "Silkidrangar", leur premier long playing qui sortira le 5 mai prochain chez One Little Indian/Konkurrent. Un album dichotomique chanté dans leur langue natale naviguant entre les fleuves glaciaux de la musique et de la poésie traditionnelle islandaise et le fracas des océans de la musique électronique contemporaine. Un magnifique voyage entre tradition et futur.

Non, vous ne rêvez pas. Dans ce pays nordique, les légendes et les croyances envers ‘le petit peuple’ (elfes, lutins, fées et autres farfadets) sont des réalités tangibles et indéracinables pour de nombreux habitants.

Dans ce pays aux terres volcaniques, aux paysages majestueux, aux sols magiques, aux couleurs irréelles et aux aurores boréales dont la splendeur chromatique vous donne le vertige et vous coupe le souffle, difficile de ne pas être poète ou musicien. Le pays a une âme étrange et féerique : il est hanté d’entités qui vivent au fond du cœur de l’homme, à la lisière du rêve. L’imaginaire s’incarne, devient réalité. 

Croyez-vous en l’existence des elfes ?

Quand on perd des objets sans raison apparente, alors même qu’on sait pertinemment qu’ils devraient se trouver à un endroit précis et qu’ensuite on les retrouve inopinément, eh bien, moi, je pense que les elfes n’y sont pas étrangers. Certains vivent dans les pierres. Je me souviens que, lorsque j’étais enfant, je jouais derrière un énorme rocher. Tous mes amis étaient effrayés et me mettaient en garde. Ils étaient persuadés que des elfes résidaient là. Un jour, bravant mes potes qui tentaient de m’en dissuader en vain, j’ai escaladé le rocher sans tenir compte de leur avis. Arrivée au-dessus, j’ai sauté par terre mais je me suis mordu la lèvre tellement violemment que je saignais abondamment. J’avais alors à peine sept ans et cet épisode m’a beaucoup effrayé. Je suis retournée à la maison en courant, persuadée que cette mésaventure m’était arrivée à cause des elfes. 

Oui, je vous crois. Je vois bien que l’album s’inspire de l’atmosphère énigmatique de l’île, de sa culture si singulière, pourtant, la musique qui étoffe le chant est de facture électro. Quelle en est la raison ?

Je pense que la combinaison propre à notre fond artistique est effectivement plutôt classique, mais nous avons été happés par la musique électronique. Au début, nous ignorions que nous mêlerions musique classique et électro. Nous voulions composer des chansons et nous avions un piano à notre disposition et, donc, le processus s’est enclenché naturellement sans trame, ni plan prémédités. C’est également ce qui s’est produit avec un recueil de poésie islandaise qui se trouvait dans le studio. Nous l’avons ouvert et, le reste a suivi : l’inspiration a fait le reste, mêlant les textes anciens à la musique d’avant-garde. Une mise en contact insidieuse entre les pôles opposés du temps, et le passé et le futur se sont court-circuités. Faire revivre ces vieux poèmes grâce aux techniques musicales nouvelles, c’était vraiment très exaltant.

Qu’est-ce qui vous distingue, en gros, des autres groupes ?

Nous produisons un son qui nous est propre, chaque membre du groupe y met son grain de sel particulier : il peut s’agir du chant, de la clarinette ou de tout autre talent qui fait la différence, confère un supplément d’âme à la musique. Ce qui n’a jamais encore été fait, ni dans notre pays, ni ailleurs dans le monde.

Quels sont les groupes islandais qui vous ont influencés le plus et de quelle façon ?

Je ne pense pas que nous ayons été influencés réellement, pas directement en tout cas, mais nous les avons écoutés souvent quand nous étions jeunes et ils nous ont marqués forcément. L’inspiration se nourrit de notre éducation, de ce que nos parents nous ont transmis, de leurs convictions, de leurs goûts musicaux, des morceaux qu’ils nous faisaient écouter. Bien sûr, quand on grandit, on cherche un son qui nous soit propre et l’on se met à écouter la musique que l’on aime vraiment et plus celle qu’on nous recommande. J’écoutais Alice Smith. Bjork ? Non. Irrépressible et bourré de pop ! Cette forme d’éducation te marque irrésistiblement, que tu le veuilles ou non.

Est-ce que la nature exceptionnelle de votre île vous influence ?

Probablement. Mais il faut se rendre compte qu’il n’existe pas de lien direct entre l’écriture et la nature. Je ne me rends pas dans un espace naturel pour composer directement : je ne perçois pas une mélodie en contemplant les arbres, par exemple, cette formule ne marche pas ; bien sûr, je n’y crois pas non plus. Les gens évoquent notre environnement parce que les groupes qui viennent d’Islande ont un style particulier. Dès qu’on révèle notre nationalité, ça y est, ils ne distinguent plus que la nature de l’île. Elle nous imprègne, il n’y a pas l’ombre d’un doute, mais l’inspiration musicale arrive bien après cette immersion. D’abord, tu composes la musique, ensuite, il se peut que l’environnement naturel s’y invite et vienne s’y poser en quelque sorte. Ils confondent un peu tout. Ils sont persuadés que les artistes puisent directement l’inspiration dans la nature. Il n’en est rien. Je pense que c’est plutôt l’inverse.      

Comment définiriez-vous votre musique ?

Électronique. Tout son qui sort de l’ordinateur. On n’utilise pas de guitares ou autres instruments à cordes, le son est synthétisé. On préfère la voix et la clarinette. Ce sont des sonorités qu’on ne peut pas reproduire à l’aide de l’ordinateur. C’est en utilisant ces deux matériaux bien distincts qu’on crée notre ‘sauce’. La phase la plus intéressante, c’est quand on assemble ces deux tendances. On essaie de suivre une ligne très mélodique. Pas vraiment le rythme : ça se répète et ça remue. Nous tentons d’obtenir une sorte de récit, de construire une histoire en se servant de notre musique.

Quels sont vos points forts et vos points faibles en musique ?

Mon point fort, c’est, je pense, écrire des mélodies ; ma faiblesse, créer des beats. Je ne pense qu’à la mélodie et aux accords. Mais ensemble, la combinaison fonctionne : chacun lègue les atouts qui comblent les lacunes des autres membres du groupe.

Pourriez expliquer le sens de vos mots à quelqu’un comme moi qui n’est pas islandais ? Pour quelle raison chantez-vous dans votre langue natale ?

Ces mots ont la sonorité que nous cherchons. Ils s’accordent bien à notre musique. Ils ont davantage de signification qu’en anglais. C’est aussi parce que ce langage nous vient naturellement. Enfin j’imagine. Et c’est plus singulier, plus insolite que de chanter en anglais. Cette langue est spéciale, très traditionnelle. Les règles de grammaire, la syntaxe, la façon de construire les phrases, tout est très différent de l’anglais. Un choix dicté davantage pour la sonorité produite que pour la beauté même du poème. C’est notre marque de fabrique. Nous essayons de transmettre un sentiment ; la poésie et cette musique fusionnent parfaitement.

Lequel d’entre vous a écrit les chansons ?

J’écris les mélodies (Jófríður Ákadóttir). J’écris les paroles et j’ajoute la clarinette (Áslaug Rún Magnúsdóttir). On aime travailler ensemble.

Comment s’est déroulé l’enregistrement en compagnie de Gunnar Tynes ?

On souhaitait juste enregistrer quelques morceaux basiques. Il ne nous en fallait pas beaucoup. Il n’a pas ajouté grand-chose de personnel dans l’enregistrement, car on disposait à peu près de tout. Nous étions rétifs aux modifications, on ne le laissait pas inflencer, nous savions ce que nous voulions et comment il fallait faire… Il a juste appuyé sur le bouton rouge.

Vous a-t-il été facile de reproduire l’album sur scène ?

Oui. On interprétait déjà les chansons de l’album en concert. Pour certains morceaux, nous n’avons pas encore décidé de quelle façon on pourrait les produire en live ou comment rendre plus vivants les sons de la musique numérique. En fait, on joue à peu près de la même manière en live qu’en studio. C’est très similaire.

Quels sont vos projets pour le futur ?

On veut étudier, aller vivre à l’étranger. Nous ne sommes pas sous pression, nous créons de la musique sans contrainte, pour notre seul plaisir.

Découvrez le clip "goda tungl" ici et le single "Ég vildi fegin verða" là.

 

Anna Aaron

La musique, c’est mathématique…

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C’est en visionnant un clip d’Anna Aaron que votre serviteur s’est décidé de se rendre à un de ses concerts, et puis de lui consacrer une interview. Une superbe vidéo (voir ici ) au cours de laquelle on est immédiatement scotchés par l’amplitude vocale de l’artiste. Qui oscille de Sinéad O’Connor à Kate Bush, en passant par Lene Lovitch. Elle a bien sûr inclus cette chanson, « Stellarling », sur son second elpee intitulé « Neuro », un album dont le titre s’inspire du « Neuromancer » de William Gibson (NDR : enfin c’est ce que raconte la bio), écrivain qui a lui-même influencé le fameux long métrage « Matrix ». Pour entamer cet entretien, il me semblait donc naturel d’aborder le thème de la science-fiction sous son aspect littéraire et cinématographique…

Ce ne sont pourtant pas des sujets qui la dévorent particulièrement. Elle s’explique : « J’ai lu des extraits du bouquin, car je souhaitais acquérir un certain vocabulaire pour mieux appréhender cette matière. Et j’ai entrepris des tas de recherches pour y parvenir… » Mais c’est surtout l’aspect cyberpunk (NDR : définition sur Wikipédia ici) de ces références qu’elle creuse. Elle précise : « Une thématique parfaitement développée dans ‘Ghost in the shell’ (NDR : un manga de Masamune Shirow qui remonte à 1989), au cours duquel il y a des machines qui ont une âme presque humaine et où la femme est presque moitié robot et moitié déesse. Une approche à la fois mystique, romantique et technologique que j’ai beaucoup appréciée… » Est-ce la raison pour laquelle elle a un jour déclaré que la musique était mathématique, qu’elle nécessitait une cohérence entre le rythme et les harmonies ? Réduire la musique à des maths, n’est-ce pas la traduire en équation scientifique ? Et la réduire au solfège ? N’est-ce pas contraire au véritable esprit rock’n’roll ? Elle argumente : « Oui, j’ai fait cette déclaration, car on parle toujours de l’inspiration sous sa forme émotionnelle. Mais il existe également un côté rationnel dans la musique. Car la musique, ce n’est pas n’importe quoi. Les Occidentaux utilisent certaines tonalités ; or, elles sont beaucoup plus nombreuses dans les autres cultures. Chez nous, on s’arrête aux demi-tons. Pour bien comprendre la musique, il faut la placer dans un certain contexte. Plus scientifique. Il y a des mesures derrière… » Manifestement, les cours de piano classique qu’elle a suivis au cours de son enfance l’on plus marqués que le rock. Elle ajoute : « Mais le rythme, c’est aussi structuré, même si c’est plus simple. C’est souvent 1-2-3-4. Du 4/4 quoi. C’est métronomique. C’est mathématique… »

Si le premier elpee, avait bénéficié du concours de Marcello Giulliani, bassiste d’Eric Truffaz (NDR : qui l’a par ailleurs invitée à participer à la confection d’un de ses elpees, et à assurer le supporting act d’une de ses tournées), à la production, ‘Neuro’ a été enregistré sous la houlette de David Koster, mieux connu pour avoir notamment mis en forme des albums de Bat For Lashes et de Guillemots. Mais comment se sont déroulées les sessions auprès d’un personnage qualifié d’aussi perfectionniste ? Anna commente : « Bien. D’abord, je me suis posé des tas de questions avant notre rencontre ; et il est clair que j’étais un peu angoissée de bosser en compagnie d’un grand nom auquel je voue beaucoup de respect ; et je ne parvenais pas imaginer qu’il avait envie de travailler avec moi. Mais sur le terrain, il était nécessaire de briser la glace et d’évacuer ses idées préconçues, parce que dès qu’on entre studio, il faut être présent d’esprit, être bien lucide, prendre les bonnes décisions, gérer, diriger le processus et je ne pouvais pas perdre de temps en manifestant trop de révérence à son égard ; ce qui aurait pu nuire à la collaboration. Et puis finalement, c’est quelqu’un de très rigolo. Il a énormément d’humour, parfois même puéril ; ce qui nous a finalement permis de se détendre et même de rire aux éclats. Et le rire casse toujours la glace, comme on dit en allemand… » David a également entraîné Ben Christophers et le drummer de Cure, Jason Cooper, dans l’aventure. Quel a été leur rôle lors des sessions ? Anna répond : « Ben Christopher est venu 2 ou 3 jours. Il a assumé les parties de guitares et joué de toute une série d’instruments bizarres comme le phono phaser ou le marxophone, mais également plus anciens. Jason Cooper n’y a consacré qu’une seule journée. Mais comme le studio était trop petit, on a dû déménager une journée complète… »

Tout au long de ‘Neuro’, on est frappé par la qualité des harmonies vocales. Des chœurs, si vous préférez. Un travail technologique opéré sur sa propre voix. Elle confirme : « Oui, oui, il s’agit bien de ma voix. On a utilisé des samplings, des plugs in, des delays et d’autres trucs. Mais ce n’est pas ma voix qui est retravaillée, ce sont surtout les chœurs qu’on a mis en couches… » Lene Lovitch ? Elle ne connaît pas. Quoique manifestant beaucoup de considération pour Sinéad, elle n’aime pas trop son timbre, qu’elle estime trop atmosphérique… 

Certaines compos de son long playing adoptent un tempo binaire, dance, presque disco, d’autres sont imprimées sur un rythme plus élaboré. Le choix est-il délibéré ? Elle nous répond : « Non, pour moi, c’est très intuitif. Je suis incapable de fournir une explication logique. » ‘Totemheart’ évolue ainsi à la croisée des chemins du Floyd circa ‘One of these days’ et de Donna Summer, un morceau qui s’achève par une prière, voire une incantation mystique. Notre interlocutrice confirme que la fin de la composition est abordée comme une prière. Par contre Donna Summer, et même son célèbre ‘I feel love’, ça ne lui dit rien. Là où nos réflexions vont converger, c’est au sujet de ‘Neurohunger’, la plage le plus électro-indus de l’opus. D’abord le titre me fait penser à Sophie Hunger, une autre Suissesse, mais la compo, surtout à Nine Inch Nails. Elle corrobore mon point de vue : « C’est exact. Pourtant, je n’ai pas pensé à N.I.N. quand je l’ai composée ; mais il est vrai que pas mal de monde me l’ont fait remarquer…. »

Anna apprécie beaucoup David Eugene Edwards. Mais préfère-t-elle feu 16th Horsepower ou Wovenhand ? « Pour moi cette question est difficile. Il est clair que Wovenhand est encore en pleine évolution. Ce n’est pas un produit fini comme 16th Horsepower. En plus, chez Wovenhand, la métamorphose est toujours en cours. Entre le premier disque et le dernier, il y a une fameuse différence. J’ai eu le bonheur d’écouter le nouvel album de Wovenhand que quelqu’un du label m’a filé secrètement ; et manifestement il y a une progression marquante vers l’univers du rock, alors qu’à l’origine, la musique baignait plutôt dans le folk… »

Lorsqu’elle se produit en concert, Anna souhaite que le public devienne témoin de son set, qu’il y ait un partage entre elle et cet auditoire. « Effectivement, car je ressens sa présence. C’est très important. Il constitue un énorme corps dans la salle. C’est de la force. Et c’est cette puissance qu’elle incarne, qui est très importante pour moi. Je m’appuie dessus et c’est réciproque, je crois… »

Steve Vai

Ce que tu fais est ce que tu es…

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Steve Vai a deux images. Il est, quelquefois, un fabuleux guitariste, ‘bras droit’ de Frank Zappa (au début des années 80), de Graham Bonnet (ex-Rainbow, MSG) au sein d'Alcatrazz, de David Lee Roth et aussi de David Coverdale (dans Whitesnake). Il y a pire comme parcours. Parallèlement, Steve Ciro Vai (né le 6/6/60 à Carle Place, New Jersey) mène aussi une carrière solo qu'il éloigne des tribulations médiatiques (‘Aucune de mes chansons solo n'a jamais été diffusée à la radio’, affirme-t-il) et des clichés hard-rock poussifs.

Je suis capable de m'adapter aux situations. Et j'ai envie de prendre du plaisir grâce à ce que je fais, de différentes manières. J'aime être un ‘simple’ lead guitariste dans un groupe ; c'est sain et agréable de pouvoir se concentrer sur son jeu et de prendre un méga-plaisir de musicien. Lorsque je gère moi-même un projet, lorsque je compose, que j'écris, j'arrange, et interprète mes propres morceaux, c'est bien sûr sensiblement différent. Là, je suis intégralement moi-même. Ce que je réalise, à travers mes albums solos, est l'expression de ce que je suis. Ma musique me ressemble, elle est moi. C'est normal, j'ai comme philosophie que ce que tu fais est ce que tu es.

Tu te sens parfois à l'étroit lorsque tu bosses comme guitariste pour un groupe ou un leader ?

Non, je sais pourquoi je suis là. Ce qu'on attend de moi. Et je fais le maximum pour que tout aille bien, je donne le meilleur de moi-même comme guitariste. Mais, je n'ai pas envie de me contenter de ce rôle.

"Passion and Warfare" et "Sex and Religion", tes deux plus récents CD solo, expriment un goût évident pour les contrastes. Tu te nourris de conflits?

Justement pas. Je tire simplement certains liens qui me semblent évidents entre des sujets qui peuvent paraître très éloignés les uns des autres. Je pense qu'il existe bien des points communs entre le sexe et la religion. Déjà, à l’origine, ces deux valeurs sont propres, pures. Ce sont les hommes qui les salissent. Les hommes ont inventé les guerres de religions autant que les agressions sexuelles. Intéressant à étudier : l'homme déforme tout. Au début, la religion est une question de foi. La vraie question, la vraie signification de la religion est, selon moi : comment faire pour trouver Dieu en soi ? Toutes les religions partent de ce même principe. Ce sont les hommes qui, au fil du temps, ont inventé les dogmes, les rites, et tout ce qui, finalement, éloigne de l'essentiel.

La religion serait donc un repli sur soi ?

Il faut chercher en soi la force de se détacher de toute une série de choses. Nous serons toujours agressés par la politique, la violence ou le racisme. C'est par la réflexion et par la découverte de certaines vraies valeurs qu'on parvient à s'éloigner de ces saletés. L'autre jour, en rue, j'ai été agressé par un type qui, m'ayant vu de dos et à cause de ma coiffure, m'a pris pour un black. En vivant cette situation, j'ai pu ressentir ce que doivent vivre les victimes de ce racisme idiot.

Tu as besoin d’être dans un état d'esprit particulier pour écrire?

L’inspiration naît naturellement. Je ne force rien. La base d'une composition vient toujours de je ne sais où. Suis-je, alors, dans un état d'esprit spécial ? Possible. Je n'en sais rien. Ce n'est pas très important. Ce qui compte, c'est que le résultat soit bon.

As-tu l'impression que le public comprend toujours bien ce que tu fais?

Ha, non, sûrement pas. Et il n'y a pas que le public. Je lis suffisamment de critiques de mes albums pour être persuadé que pas mal de journalistes n'ont pas pigé non plus.

Ta musique est très visuelle. Tu as déjà envisagé d'adjoindre l'image au son, par le biais d'une vidéo ou d'un film ?

J'adorerais pouvoir réaliser un long métrage. J'ai plein d'idées, plein, plein. Mais bon, un tel projet coûte énormément d'argent et mon audience n'est pas assez nombreuse pour faire naître un intérêt de la part d'investisseurs. Toujours le même problème...

Tes projets en cours?

Hum, hum. J'écris un concerto qui mettra en scène une foule de musiciens et d'instruments. Il y aura des parties de flûte, de clarinette, de corne anglaise, de baryton, de saxo, de trompette, de trombone, de tuba, de guitare, de claviers, de basse, de batterie, de percussions, de harpe, de violons, de contrebasse... Et donc plein de musiciens. C'est un projet imposant qui nécessitera au moins un an de travail pour deux heures et demie de musique. Si tout se passe bien, j'enregistrerai ce projet l'an prochain en compagnie d'un orchestre philharmonique. Je suis content de le réaliser ; j'y pensais depuis longtemps mais il fallait que je me sente prêt. C'est le cas, alors je plonge...

(Article paru dans le n°20 du magazine Mofo de février 1994)

 

 

The Levellers

La prochaine révolution sera écologique…

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Positions anti-gouvernementales, croisades contre les oppresseurs, préoccupations écologiques, concerts de charité : les Levellers mêlent rock et fonction sociale. Un combat qui n'est pas sans rappeler celui des Clash. Douze ans de thatchérisme ont assassiné les rêves d'une génération... A l'instar de Manic Street Preachers, les Levellers constatent les dégâts ; mais au nihilisme des Gallois, ils opposent une attitude positive et volontaire. Et les laissés pour compte de la société capitaliste ont trouvé en eux une voix capable de faire entendre la leur : le folk-punk romantique de ces anarcho-hippies dépose une gerbe d'espoir au pied d'une Angleterre meurtrie et met un peu de baume dans le coeur de ses victimes. Pour mieux comprendre leurs protests songs, rien de tel que de tailler une bavette en compagnie du guitariste Simon Friend et du violoniste Jon Sevink…

Il paraît que votre producteur, Marcus Draws, vous imposait une demi-heure de salsa tous les matins, avant d'enregistrer ?

Simon : Ce n'était pas vraiment de la salsa mais plutôt du bruit, histoire de se défouler.
Jon : Tous les matins, vers l0h, après le déjeuner, on prenait son pied en jouant des percussions de toutes sortes. Marcus et moi avons une passion commune pour la salsa et la samba.

Vous avouez piquer des sons à gauche et à droite. Votre originalité est dans la façon dont vous synthétisez vos influences?

S. : Notre principale influence reste l’observation du monde qui nous entoure. Tous les groupes ont des influences, c'est inévitable. Comme au sein des Levellers, nous aimons tous plus ou moins les mêmes musiques ; et notre manière de jouer en porte évidemment les traces.
J. : Sur « Belaruse », par exemple, on a superposé un riff heavy metal et un violon tzigane. Ce qui traduit notre ouverture d'esprit.
S. : Il ne me viendrait jamais à l'esprit de reproduire tel quel un son que j'ai entendu et qui me plaît. Clash, par exemple, est un de nos groupes préférés mais on ne peut pas se contenter de les parodier.

Vous n'aimez pas l'étiquette folk, trop limitative. Jon, tu as même dit que vous n'étiez pas plus folk que les Clash. Etes-vous aussi ‘punk’ qu'eux, alors?

J. : Pas vraiment. Le punk, c'était en 77, un mouvement musical mais aussi et surtout social. Je n'avais que 12 ans à l'époque. Aujourd'hui, en 1993, il n'existe plus de culture punk.
S. : De toute façon, les Clash, même si on les a assimilés au courant punk, étaient avant tout un groupe de rock, avec des influences funk et reggae.

Et la culture hippie, vous a-elle marqués?

J. : Oui. Elle était porteuse de valeurs qui nous tiennent à coeur mais les hippies étaient aussi des fainéants qui passaient leur temps à ne rien faire, si ce n'est à fumer des joints. Notre attitude est plus dynamique. On combat les inégalités qu'on rencontre en Angleterre. Par exemple, depuis quelques années, les autorités y mènent campagne contre les bohémiens, sous prétexte qu'ils perturbent l'ordre public, ce qui est complètement faux. Parmi ceux-ci, il y a des jeunes qui, obligés de quitter les villes parce qu'ils sont sans emploi et sans abri, voyagent à travers le pays. Ils ont formé de petites communautés nomades. On y rencontre aussi des personnes qui, de leur plein gré, ont choisi de vivre en harmonie avec la nature. Parce qu'on a pris leur défense et qu'on mène parfois, nous aussi une vie de bohème, on nous a associés à ce mouvement. Rien que pour nous, la presse musicale a créé le genre ‘crusty’. Ce terme (NDR: sale, pouilleux) est une insulte à la dignité de ces gens. Il fait référence aux vêtements qu'ils portent. Pourtant, leur hygiène de vie est très saine. Ce sont des êtres humains, il faut les respecter. Le plus amusant, c’est qu'actuellement, beaucoup de jeunes issus de la classe moyenne s'habillent comme des vagabonds. Même les grands couturiers s'intéressent aux ‘crusties’. Il y a là un phénomène de récupération, comme pour le grunge. Du même coup, certains journalistes ont retourné leur veste et défendent maintenant la cause de ces nomades, parce que c'est à la mode. Ca me dégoûte.

Le folk est une de vos influences majeures. Cette musique n'est-elle pas en contradiction avec la réalité des années 90 à laquelle vous faites si souvent allusion?

S. : Pas du tout. Le folk a toujours eu une dimension protestataire. Le folk irlandais a toujours eu un côté rebelle. Il s'est soulevé contre la monarchie anglaise et l'Eglise. C'est une musique très forte. Le problème, c'est qu'on l'associe trop souvent à des formations comme les Dubliners, qui passent leur vie au pub.
J. : Le folk nous a essentiellement influencé au niveau mélodique. Je pense que les plus beaux airs, les plus belles mélodies viennent du folk.

Le prix démocratique des CDs et de vos concerts se justifie-t-il par la présence, dans votre public, de nombreux jeunes sur la paille?

S. : On le fait pour eux mais aussi pour les autres. Le but du rock'n'roll n'est pas de ramasser un maximum de fric sur le compte du public. Légalement, il devient de plus en plus difficile parce qu'il y a un cartel, en Angleterre, qui contrôle le prix des disques.

Avez-vous l'intention de renouveler les ‘freakshows’ de vos débuts, quand votre set était inclus dans un spectacle avec danseurs, acrobates et trapézistes?

J. : En Europe, ce n'est pas possible pour le moment : on n'attire pas encore la toute grande foule. Si c'est le cas, on essaiera de reproduire ici les shows qu'on donne en Angleterre. On aime les spectacles interactifs. Ce que crée Perry Farrel chez Porno For Pyros me plaît beaucoup : inclure des numéros visuels, inspirés du cirque, dans un concert rock, c'est une très bonne idée. Les spectateurs en ont pour leur argent. C'est plus intéressant que de réaliser des clips vidéo.

Dans « The Boatman » vous chantez: ‘Si je pouvais choisir la vie qui me plaît, je serais batelier’. Utopie?

S. : Je suis idéaliste, je ne le cache pas. Il est important de se fixer des buts dans l’existence, c'est ce qui nous donne la force de se lever chaque matin. A vrai dire, j'apprécie les plaisirs simples de la vie, au quotidien. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte que le bonheur se trouve là, près d'eux.
J. : Dans cette chanson, tu peux remplacer le mot ‘batelier’ par tout ce que tu veux. L'important, c'est que tes rêves deviennent réalités. On pense tous à quelque chose qui nous rendrait heureux pour le reste de notre existence.
S. : On est à l'aube du XXIème siècle, il faut accepter la réalité telle qu'elle est, même si parfois elle fait mal. La vue du béton et des gratte-ciels m'horrifie, c'est mon côté hippie qui refait surface. Je ne me bats pas pour une vie plus saine, j'y crois, c'est tout.

Qu'est-ce que tu entends par vie ‘plus saine’?

S. : Une vie menée en toute simplicité. Ne pas utiliser les ressources naturelles de la terre à des fins destructrices. En Angleterre, il faut se battre mentalement pour acquérir ces droits. Si je décidais d'aller vivre au beau milieu d'une forêt, on aurait vite fait de me virer... Le gaspillage est un mal qui me préoccupe beaucoup, aussi. Quand tu vois la quantité d'eau qui coule dans un pot en tirant la chasse d'un WC! Effrayant. Cette eau ne pourrait-elle pas être utilisée autrement ? Il y a tant de zones désertiques sur la planète! Les gouvernements ne m'inspirent aucune confiance ; trop de responsabilités incombent à un trop petit nombre de personnes. Je ne supporte pas l'idée que des politiciens aient ma destinée entre les mains. La prochaine révolution sera écologique, c'est inévitable.

Peut-on vraiment changer le monde lorsqu'on estime que le paradis, c'est de ‘s'asseoir près d'une rivière, autour d'un feu, en fumant une cigarette’ (cf. « Far From Home ») ?

S. : Oui parce qu’on communique aux gens une expérience positive qui peut susciter chez eux l'envie de faire la même chose. C'est une prise de conscience du bonheur. A quoi aspire le changement si ce n'est au bonheur?

Vous aidez financièrement une organisation comme Greenpeace?

J. : Greenpeace est une grosse machine, dotée de moyens financiers importants. Il existe beaucoup d'associations caritatives qui ne disposent pas de tels moyens ; ce serait dès lors injuste de ne verser de l'argent qu'à Greenpeace.

(Article paru dans le n°15 du magazine Mofo de septembre 1993)

The Presidents Of The United States Of America

L’état de grâce…

On peut vendre deux millions de disques rien qu'aux USA et ne jamais arriver à se produire en Belgique. Les Presidents ont en tout cas raté leur 2 premiers rendez-vous belges, mais ils ont une 3ème chance.

"C'est assez incroyable : les deux fois où un membre du groupe est tombé malade, c'était le jour avant de jouer en Belgique! Il doit y avoir une malédiction. La prochaine, pour être sûrs, on commencera la tournée par la Belgique." Chris Ballew et Dave Dederer sur le flanc, c'est Jason Finn, le batteur du trio qui répond à nos questions.

En dehors des Etats-Unis, c'est en France que le groupe de Seattle a recueilli le plus de lauriers. "Inexplicable, estime Jason. Dave dit toujours que c'est en France que Jerry Lewis a le plus de succès proportionnellement. Peut-être nous comportons-nous comme lui ? Enfin, plus simplement, c'est sans doute parce que les médias français nous ont acceptés tout de suite. Bizarrement, c'est en Allemagne que nous avons suscité le moins d'intérêt."

De toute façon, Jason dit avoir déjà été fort surpris que les gens aient accroché si vite, tant aux Etats-Unis, en Belgique qu’en France. "On a commencé par prendre du bon temps entre nous, et on ne s'est jamais départi de cette conduite. Maintenant le groupe est connu internationalement ; c'est comme s'il n'y avait pas eu de transition entre notre première répète et le fait de vendre des millions de disques. Je me suis dis : ‘Comment est-ce possible que ce genre de truc m'arrive ?’ C'est le genre d’aventure dont on peut rêver, mais personne ne peut s'y attendre."

L’histoire d’un nom...

Ce qui frappe immédiatement, c'est le patronyme des trois Américains. "On l’a choisi comme ça. Rien n'était calculé. Il s'est avéré que c'était un bon nom, à la fois stupide et attrayant, à la fois. Grandiloquent et simple, aussi. Exactement celui qu'il fallait pour décrire notre style de rock qui ne se prend pas au sérieux. Chris et Dave sont depuis longtemps dans les mêmes groupes et ils se sont appelés de différents noms comme les Dynamic Duos, les Pure Frosting... Perso, j'étais dans Love Battery avec qui j'ai enregistré 4 albums. Trois pour Sub Pop et un pour A&M" (NDR : le dernier "Straight Freak Ticket", paru en 95).

"Il n'y a pas la moindre connotation politique", enchaîne Jason. "Dans le contexte musical, s'appeler les Presidents, c'est particulièrement bêta, non ? Bien sûr, nous sommes plutôt démocrates que républicains, mais c'est à titre personnel, individuel. Et rien ne l'indique dans notre musique ou dans nos paroles."

En tout cas, les Presidents n'ont pas rencontré le moindre problème dans leur pays après ce choix. "Sans doute parce que c'est employé au pluriel, qu'on n’a pas choisi le ‘Président des Etats-Unis’. Là, peut-être y aurait-il eu des réactions? En Europe, on utilise l'image présidentielle, et notamment ces photos où nous sommes maquillés, moi en rouge, Chris en blanc et Dave en bleu, les couleurs du drapeau américain. Mais chez nous, on essaie d'éviter ce genre de références pour privilégier l'absurdité du nom."

Le trio provient de Seattle. Ouais, bon, on ne pouvait pas passer la ville sous silence, en rencontrant Jason... "Les projecteurs, depuis l'avènement du grunge, sont braqués sur Seattle. Des événements s’y déroulent ; l'infrastructure est présente, notamment des clubs où se produire et des fantastiques studios de répète. Il y a aussi des stations radio qui sont ouvertes plus que largement aux groupes débutants. Et il n 'y a pas, comme en Angleterre, une stupide compétition entre les formations. Les Presidents sont très Seattle, mais ce n'est pas l'avis de tout le monde. Pour certains, Seattle, c'est Soundgarden ou Nirvana et rien que ça. Je me dis que la ville n'est plus une ville, mais une sorte de concept étrange... En tout cas, à mon avis, il faut pas aller à Seattle pour trouver le prochain Nirvana."

Le côté extrêmement fun des Presidents s'inscrit-il en réaction contre la déprime manifestée par les Nirvana et consorts ? "Je ne crois pas", répond Jason. "Certains groupes grunge sont aussi très fun, très marrants. Nirvana est également responsable de textes très drôles ; ce n'est pas parce que Kurt Cobain s'est suicidé, que tout était noir chez eux. Mais bien sûr, Nirvana, Alice In Chains et Soundgarden privilégient les sons mineurs considérés comme plus tristes..."

Tout le contraire des Presidents. Il semble d’ailleurs que sur leur premier disque, il n’y ait aucun accord mineur. "C'est sujet à caution, tout dépend un peu de l'interprétation. Bref, sur certaines chansons, c'est limite, ça peut être mineur ou majeur selon la façon dont on la joue… Mais en fait, je suis le batteur, c'est le genre de question à laquelle il m’est difficile de répondre."

Jason est le plus jeune des trois, il a 28 balais tandis que Chris et Dave sont respectivement âgés de 30 et 31 ans. Tous, ils sont dans le bizness depuis plusieurs années. "Mais on découvre maintenant un côté des affaires qu'on ne connaissait pas : le côté non musical qui découle naturellement du succès... Mais je ne vais pas commencer à me plaindre, ce serait indécent! Nous avons la possibilité de toucher beaucoup plus de gens. A nous de gérer ce phénomène, de continuer à écrire de bonnes chansons et à réussir de bons concerts."

"On discute beaucoup tous les aspects du groupe. Mais on n'est plus des teenagers, on a grandi et on sait communiquer ensemble sans gueuler. Parfois, c'est dur, mais heureusement on partage les mêmes goûts, la même esthétique, les mêmes idées sur la musique. Et on est tous les trois également impliqués. "

‘Ca plane pour moi’ en Yankee-yourt

Les Presidents sont connus pour leurs reprises : celle de ‘Kick out the jams’ de MC5 notamment, qui figure sur le premier album ; mais sur scène, le groupe reprend ‘Video killed the radio stars’ et ‘Ca plane pour moi’ en version yankee-yaourt! Si, si... Pourtant, aucune de ces deux covers n’a été retenue pour le prochain opus. "On les réserve pour la scène parce que ce sont des chansons qui s'y prêtent. Cela dit, ‘Ca plane’ vient de sortir sur un single en France, mais je ne sais pas si les Francophones retrouveront les paroles originales. En fait, nous on n'y comprend rien! Quant à ‘Kick out the jams’, c'était juste une chouette respiration en forme de clin d'oeil, un classique dont on s'est dit qu'il collait parfaitement à notre répertoire…"  

Ce prochain LP est quasi terminé : 25 chansons ont été enregistrées en janvier dernier. "On attend la fin de la tournée pour les mixer, ce sera sans doute un peu après septembre. Ne t'attend à rien de très différent de ce que nous avons réalisé sur le premier disque. Il y aura un peu plus de trucs rapides parce que, pour s'adresser aux foules, c'est plus efficace (rires), mais les chansons sont comparables. Ah oui, le son sera meilleur, mais tu t’en doutes certainement ; on a mis plus de moyens à notre disposition" Le premier disque n'aurait coûté que 120 000 FB (NDLR : 3 000€), une paille. "L'album provisoirement devrait s'intituler ‘Two’. On s'arrêtera à ‘4’. C'est là que Led Zep s'est arrêté, alors que Chicago continuait... On a choisi notre camp!"

Les thèmes des chansons du prochain disque ? "Plus de chansons à propos des animaux et des bagnoles (rires). Tu sais, les paroles, on n'y accorde qu'une importance relative, le tout est de s'amuser."

Ah oui, et ‘Lump’, c'est pas une chanson sur le cancer ? C'est pas très léger ça comme thème, hein Jason? C'est aussi ‘pour s'amuser’! "Ouais, Chris l'a écrite effectivement à propos d'une tumeur. Mais on a un peu hésité, parce que le sujet est très grave, très triste. Alors on a utilisé une métaphore. On peut penser que cette chanson parle d'une femme monstrueuse. Une façon de désamorcer la ‘tension’".

Jason n'écrit pas lui-même de texte: "Je suis à peine capable d'écrire des cartes postales, alors..."

(Article paru dans le n° 44 du magazine Mofo de Juin 1996)

Hothouse Flowers

La religion ? Un prétexte pour entretenir la guerre qui sévit en Irlande du nord…

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Les Hothouse Flowers sont des lrlandais on ne peut plus ‘roots’. Il est vrai qu'en portant des noms comme O’Maonlai ou O'Braonain, vos origines deviennent vite suspectes. Puisant son inspiration dans le riche héritage de la verte Eirinn, le groupe perpétue, avec fierté et passion, la tradition gaélo-celtique.

A partir de cet instant, les clichés sont faciles : on pourrait parler de la Guinness, des jolies rousses voire du trèfle à 4 feuilles mais dans ce cas-ci, il vaut mieux les éviter. Hothouse Flowers n'est pas une formation folklorique faisant résonner les binious sur les bords du Connemara ou dans la vallée de Cork. Ses inclinations musicales passent par la soul et le rhythm'n'blues. Leurs compositions véhiculent un côté religieux voire mystique, très proche des négro-spirituals et du gospel made in Harlem.

Définitivement black. Pour en parler, avec en toile de fond le 3ème album « Songs From The Rain », le batteur Jerry Fehily et le saxophoniste Leo Barnes.

Quelqu'un a dit un jour que les Irlandais étaient les Noirs d'Europe. Votre point de vue?

Leo Barnes : Exact. Les Irlandais se rattachent toujours à leurs racines, à l'instar des Noirs américains qui n'ont jamais oublié l'Afrique. De plus, la musique irlandaise a influencé la musique américaine et vice-versa. Dès lors, ce n'est pas surprenant qu'il y ait des points communs entre les 2 cultures. Comme les Noirs, les Irlandais ont beaucoup souffert au cours de leur histoire. Aujourd'hui, c'est davantage l'Eglise que l'Angleterre qui nous opprime. Elle est intolérante. La plupart de nos concitoyens ont voté oui à Maastricht, ils espèrent ainsi que l'Europe, et non l'Angleterre, apportera une solution aux problèmes économiques, sociaux et religieux de notre pays bien que la religion, pour en parler, ne soit qu’un prétexte pour entretenir la guerre qui sévit en Irlande du nord…

D'un point de vue musical aussi, Hothouse Flowers affiche un côté black. C'est évident sur votre nouvel album.

Jerry Fehily : Hothouse Flowers n'est pas un groupe folk traditionnel, à vrai dire. Sur le nouvel album, il n'y a ni accordéon, ni violon. Nos influences musicales sont diverses : elles vont du rock pur et dur au rhythm'n'blues, en passant par la soul music. Personnellement, j’aime bien un truc comme Chick Corea... Quant aux textes, ils ne font jamais allusion à l'Irlande. Liam (O'Maonlai) s’inspire d'expériences personnelles, relatives à sa vie et non au pays. Pas de message d'ordre politique ou social.

Ce qui frappe chez vous, c'est aussi votre dimension religieuse voire mystique. L'influence du gospel et du negro-spiritual?

L.B. : Rejoins ma secte, si tu veux. Donne-moi d'abord ton argent puis tu vivras une expérience mystique... (rires) Non, religieux n'est pas le terme adéquat. Je parlerais plutôt de spiritualité. Nos concerts sont des messes où on ne célèbre qu'une chose : le rock'n'roll!
J.F. : Deux morceaux de « Songs From The Rain » ont été enregistrés à Woodstock, dans une ancienne église transformée en studio d'enregistrement. Peut-être qu'inconsciemment, le lieu nous a inspirés.

Apparemment, vous développez votre style sans tenir compte de nouveaux courants musicaux, comme le grunge.

J. F. : J’estime qu'un morceau comme « Spirit Of The Land » est un peu grungy, même s'il n'y a pas de guitares saturées. Si tu t'étais trouvé à proximité des amplis, la 1ère fois où on l'a joué, tu aurais été impressionné par sa force. Dans l'ensemble, il y a davantage de guitares sur le nouvel album que sur « Home », le précédent.

Il y a un titre sur l'album, « One Tongue », qui prône l'emploi d'un langage universel. Le gaélique, par exemple ?

J. F. : Notre langue maternelle, à Léo et à moi, c'est l'anglais, à la différence de Liam et de Fiachna (O'Braonain) qui ont été élevés dans les 2 langues irlandaises : l'anglais et le gaélique. Fiachna parle aussi le français. C'est utopique de croire, bien sûr, que tout le monde puisse un jour parler la même langue, car il y a trop d'ethnies et de cultures différentes sur terre. C'est avant tout un état d'esprit : cette chanson plaide en faveur de la tolérance, de l'acceptation des différences et de la compréhension entre les peuples.

(Article paru dans le n° 12 d’avril 1993 du Magazine Mofo)

Heather Nova

Une étoile qui brille... en toute discrétion

Vous connaissez peut-être Heather Nova. Originaire des Bermudes, cette chanteuse a connu un succès 'mainstream' dans les années '90, grâce à des hits comme "Walk This World" ou "Island". Au cours de sa carrière, elle n'a jamais cédé aux sirènes du 'star system', privilégiant la vie de famille, et en particulier son mari et son petit garçon. Aujourd'hui, après avoir publié 8 albums studio, elle jouit néanmoins d'un véritable culte, que lui vouent un contingent de fans en constante croissance. Actuellement en tournée en Europe, elle nous a accordé une interview à Louvain, peu de temps avant son concert au 'Depot'.

"J'ai été influencée par les 'songwriters' en général. Par quiconque écrit des chansons en puisant dans ses propres expériences, avec son coeur". On le voit : Heather Nova ne s'inscrit pas dans une perspective 'hype' ou 'médias'. C'est une chanteuse dans la grande tradition anglo-saxonne, celle de, par exemple, Joni Mitchell. "Oui, j'ai été influencée par elle quand j'étais jeune". Ou aussi Leonard Cohen, auquel elle porte une sincère admiration. "J'aimais aussi Patti Smith... Et Suzanne Vega! D'ailleurs, j'ai failli voir Suzanne à Hambourg récemment. Je lui ai envoyé des tweets mais comme on jouait au même moment, on n'a pas réussi à se rencontrer..."

Lors de cette tournée, Heather Nova propose des versions acoustiques de chansons issues de l'éventail complet de ses productions. "On crée une atmosphère assez intimiste, avec juste Arnulf Lindner et moi sur scène. Nous utilisons des instruments acoustiques mais nous nous servons également de quelques effets électroniques ; et puis nous changeons d'instruments et de sons régulièrement, pour varier un peu les ambiances."

L'élément visuel est également important notamment par le biais de la projection d'animations basées sur les peintures de l'artiste italien Alberto Di Fabio. "C'est un personnage que je connais depuis que j'étais étudiante à Rome. Il propose des tableaux inspirés par la microbiologie, les cellules, les neurones et l'ADN. Je me suis toujours sentie très proche de lui car nous sommes tous deux concernés par la nature, mais de façon différente." Une combinaison artistique qui fonctionne en effet à la perfection en ‘live’.

C'est une longue histoire entre Heather Nova et la Belgique. L'artiste y a accordé plus d'une trentaine de concerts au total. "Je me souviens particulièrement du festival 'Marktrock' à Louvain, sur la place. La vue quand on est sur le podium y est impressionnante !" Les tournées ne se limitent d'ailleurs pas aux grandes villes : elle aime visiter celles de province, comme Borgerhout, Heist-Op-Den-Berg, Beveren, etc.

Mais Heather Nova s'interdit néanmoins des périples mondiaux interminables. "Je me concentre sur l'Europe, et ce, depuis que mon fils est né, il y a dix ans maintenant. Je veux pouvoir passer plus de temps chez moi, à la maison. Et il m’accompagne sur la route, car j'estime que ces voyages sont une merveilleuse forme d’éducation. Les Bermudes, c'est très beau mais il n'y a pas de musées, pas beaucoup de culture. Donc, chaque fois que nous partons en tournée en Europe, nous prenons le temps de découvrir, et c'est très chouette!"

La naissance de son fils a tout naturellement causé un impact important sur la vie et sur l'inspiration artistique de Heather Nova. "C'est un changement complet de perspective. Tout devient plus important, plus poignant. On doit penser au-delà de sa propre vie, se projeter dans le futur. On se sent plus concerné par les questions du réchauffement climatique, toutes ces choses-là." Un sujet d'autant plus crucial pour les habitants d'un archipel! "En effet! Nous habitons juste au-dessus du niveau de la mer! Donc, on essaie de faire des petites choses, à notre échelle. Par exemple, notre maison n'est alimentée que par de l'énergie solaire."

L'artiste a d'ailleurs consacré un titre au problème du changement climatique: ‘Save A Little Piece of Tomorrow’, sur son dernier opus. "En général, je n'aime pas traiter de thèmes cruciaux dans mes chansons, parce qu’ils deviennent vite du prêchi-prêcha ou de la politique ; mais ici, j'ai abordé le sujet d'un point de vue émotionnel. Je pensais à mon petit garçon, qui grandit dans cet endroit idyllique et un jour, nous revenons et la maison est sous l'eau... C'est une image très forte."

Parlons d'ailleurs de ce dernier elpee, ‘300 Days At Sea’, paru en 2011. Orienté beaucoup plus pop/rock que les deux précédents, il a permis à l'artiste de retourner au son qui était le sien dans les années '90. "Je voulais revenir à ce sentiment que j'avais, au niveau de la production, quand j'ai réalisé 'Oyster' et 'Siren'. Et j'ai d'ailleurs utilisé une partie de l'équipe de l'époque pour opérer les nouveaux enregistrements. C'est donc une production 100% pop-rock." On se demande si ce retour aux origines n'est pas une manière de montrer que la boucle est bouclée ; mais Nova s'inscrit en faux: "Oh non! Je continue! Ce n'était qu'un cercle. Et j’en entame un nouveau maintenant!" Et il sera comment, ce prochain cercle? "Je ne sais pas encore. J'ai écrit beaucoup de morceaux, mais je n'ai pas encore fixé de choix concernant l'approche, la production. Mais ce sera quelque chose de différent, cette fois..."

Pour regarder l'interview complète en vidéo, c’est ici  

 

The Posies

Il n’y a pas que du grunge à Seattle…

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Pop, les Posies naviguent loin de la vague grunge qui sévit dans leur ville d'origine Seattle. Déjà, leur album précédent, "Dear 23" (produit par John Leckie), révélait un groupe original. Ce qu'est venu confirmer le nouveau cd (NDR : Frosting on the beater »). Par ailleurs, deux membres du groupe ont récemment participé à la reformation de Big Star (NDR : Columbia, live at Missouri University »), groupe légendaire des 70s que tous les groupes actuels ou presque, classent parmi leurs influences déterminantes. Entretien en compagnie de Ken Stringfellow, co-leader des Posies (NDR : l’autre c’est Jon Auer) et bassiste de 1’‘éphémère nouveau’ Big Star…

Vous êtes issus de Seattle. Pourtant, on ne peut pas dire que vous soyez ‘grunge’. Vos origines, un avantage ou un inconvénient?

Aucune idée. On réaliserait peut-être des choses différentes si on venait de Cleveland, mais il y aurait sûrement beaucoup de choses qui seraient rigoureusement pareilles. Sans doute y a-t-il des traits culturels spécifiques à Seattle. Mais, nous n'avons rien à voir avec ces metal-bands des années 90 que sont Alice ln Chains ou Soundgarden. Est-ce que notre musique vient 100% de nous ou est-elle conditionnée par nos origines? Je ne suis même pas sûr de vouloir trouver une réponse à cette question.

On ne vous a quand même jamais collé l'étiquette de ‘grunge-band’?

Encore heureux! On s'est appelé les Posies, on ne voulait surtout pas être considéré comme une groupe arty, intello. On est effrayé par la prétention qui, crois-moi, est omniprésente en rock. En choisissant ce nom qui sonne cul-cul, on a opté pour une certaine forme d'humilité, même s’il fait fuir certains. Notre premier album s'intitulait "Failure", c'était dans la même optique.

Avez-vous une idée de votre public type ?

Incroyable, il y a des gens qui nous apprécient et qui aiment aussi... des trucs merdiques comme Bauhaus! Certains nous ont découverts par MTV, d'autres parce que nous tournons en compagnie de Teenage Fanclub. Ces derniers sont plutôt jeunes. Mais il y a aussi des plus âgés. Ceux qui ont entendu parler de nous comme des espoirs de la ‘pop blanche’, des successeurs de Simon & Garfunkel. Hum... Nous, on est méfiants. Ceux-ci, on ne voulait pas nécessairement les attirer. Notre nature nous incite à attendre le pire en permanence.

C'est quand même agréable d'être appréciés, non?

Je suis toujours surpris qu'on nous aime! Je me demande toujours : ‘Tiens, comment ça se fait? Qu'est-ce qui a bien pu convaincre ces gens que nous sommes valables?’ Aux Etats-Unis pourtant, le public est très heavy metal. Ce n'est pas notre créneau. Nirvana a vendu des millions de CD aux fans de HM. Tu fusionnes le public d'Ozzy Osboume et celui de REM et tu obtiens celui de Nirvana! C'est ainsi qu'on devient énorme aux States, en séduisant d'abord les fans de heavy metal. Pearl Jam, Soundgarden, Nirvana et Alice ln Chains sont les nouveaux metal bands, ceux des années 90.

Tu as participé à la ‘reformation’ de Big Star, une influence qu'on cite un peu à tout propos aujourd'hui…

Oui, j'y jouais de la basse, alors que chez les Posies, je suis guitariste. Jon et moi sommes de grands fans de Big Star. Mais franchement, on ne connaissait pas Alex Chilton. On avait entendu très peu de son parcours en solo, après Big Star. Deux ou trois chansons, pas plus. Ce sont les albums de BS et de Chris Bell qu'on aimait avant tout. Mais, bon, je pense apprécier certains aspects de la carrière solo d'Alex, aujourd'hui après avoir joué avec lui. C'est un grand musicien.

Tu n'as pas hésité à te lancer dans cette aventure?

Non, jamais. On se disait que si quelque chose se passait, on en serait. Jon et moi, on connaissait bien Jody Stephens, le batteur de Big Star. On s'entend bien et on savait que si on en était tous les trois, le résultat ne pourrait pas être totalement nul. Que ça collerait entre nous trois, au moins. Alex est venu se greffer, c'est d'ailleurs ce qu'il voulait: un groupe pour l'accompagner ! On l'a fait parce que c'était cool et qu'on pensait que quelque chose de chouette en résulterait. Voilà.

Vous enregistreriez un disque ensemble?

On a accordé une demi-douzaine de shows. Ce n'était de toute façon pas un vrai groupe. Cela dit, ça me plairait d'accompagner Alex sur un de ses futurs albums solos. Mais j'ignore si ça l'intéresserait, lui! On verra ce qui se passera.

Tu n'es pas fort enthousiaste, dès que tu parles d'Alex Chilton. Je me trompe?

Il a de bonnes chansons, il mérite une reconnaissance. Et qu'on le laisse enregistrer ce qu'il veut.

Vous ouvrez les concerts de Tennage Fanclub, mais vous les suppléez, quand il y a une défection chez eux…

Je vois que la légende est déjà en bonne voie de construction (rires). Pour quelques shows de la tournée, Norman est tombé malade. Jon et moi l'avons remplacé au pied levé. Gery continuait à chanter ses chansons et certaines de Norman. Nous interprétions aussi quelques-unes de leurs chansons. C’était très sauvage, très gai. Les portes sont ouvertes, ce serait chouette de réaliser quelque chose ensemble un jour, pourquoi pas? Si tout le monde est d'accord, pourquoi ne pas sortir un single en commun, un de ces prochains mois? Mais ici, c'était juste pour rendre service, parce que je sais ce que c'est, de ne pas pouvoir se produire un concert, parce qu'on est malade... C'est extrêmement frustrant.

Norman ou Gery vous remplaceraient si vous étiez malades?

Chais pas, mais j'aimerais qu'ils le fassent, si c'était le cas.

(Article paru dans le n° 18 de décembre 1993 du magazine Mofo)

 

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