Grandmas House, gagnant sur toute la ligne

Baby You’re A Winner, premier opus de Grandmas House, paraîtra le 21 août 2026 chez Brace Yourself Records. La formation de Bristol signe une entrée en matière nerveuse et contrastée. Entre riffs acérés, narration incisive et fragilités assumées, Baby You’re…

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Le souvenir de Beans…

Le groupe de garage-psych issu de Geelong/Melbourne, Beans (mené par Matt Blach, batteur…

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Didier Deroissart

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mardi, 21 août 2018 19:00

Luna De Papel

Le précédent elpee studio de cette formation remonte à 2011. Il s’intitulait « Bordel De Luxe ». Il a donc fallu sept longues années, avant que le collectif ne publie ce nouvel essai. Apparemment, il a pris le temps pour le concevoir. Il s’agit de son sixième en 20 années d’existence ! « Luna De Papel » a été financé par un crowdfunding. Les nouveaux musicos apportent un vent de fraîcheur aux compos dont le mélange entre rock, pop, world, poésie, folk et chanson française s’avère particulièrement audacieux…

Les douze plages constituent autant de tranches de vies. Laurent Kebous signe ou cosigne tous les textes. Chaque titre est une histoire, une atmosphère, qui s'installe tranquillement.

« Des Hauts Des Bas » hésite entre rock'n'roll et twist…

La voix douce d’Aurélia Campione (La Cafeteria Roja) se pose « Luna de Papel », un titre maître particulièrement radiophonique…

Chanté partiellement dans la langue de Cervantès, « Cumbia » nous entraîne au soleil, sur les plages ensoleillées des côtes cubaines, cigare au bec et mojito à portée de main…

Résolument punk, « L'appétit » incite à la révolte, la lutte et la quête d'un monde meilleur. Le cuivré « La ferveur » et « Social traître » sont tout aussi contestataires…

Jojo est à l’accordéon et Napo Romero (Ogres de Barback, Manu Solo) à la gratte pour « Filles de Joie », un morceau qui relate la vie des prostituées, dans les rues de Bordeaux.

Les cordes délicates de l’oud pimentent « La Liste » et « Mourir De Vivre », des pistes où on ressent très fort les influences orientales.

Kebous et Fredo (Ogres De Barback) chantent en duo « Quand Tu Seras Là-Bas », une piste qui clôt l’opus. 

mardi, 21 août 2018 18:58

La grande effusion

Kent a fondé Starshooter en 1977. Lorsque le groupe se sépare en 1982, l’artiste entame une carrière solo, et pas seulement dans l’univers de la musique, mais également de la BD et du roman. Il apporte aussi sa collaboration à de nombreux congénères, dont Johnny Hallyday, Calogero et Nolwenn Leroy. Il signe encore « Quelqu’un de bien », un titre chanté par Enzo Enzo, en 1994.

Enregistré ‘live’, l’album a été enregistré le 7 novembre 2017, au Café De la Danse, à Paris. « La Grande Effusion » survole quatre décennies de sa carrière. Il y revisite, tantôt seul, flanqué de son groupe ou en duo avec Alex Beaupain (« Tous les Mômes »), Katel (« Notre amour »), Alice Animal et encore le chanteur/guitariste de Radio Elvis, Pierre Guénard (l’excellent « Metropolitain »), des chansons de son répertoire devenues classiques. Et des morceaux, le plus souvent empreints de mélancolie. A l’instar de « Panorama » ainsi que d’une variante longue d’« Ici Et Maintenant ». De l’elpee, on épinglera encore les versions des « Congas et maracas » et « Bestsy party » de Starshooter, ainsi que l’hommage à feu Bowie, « Scary monsters »…

 

La version digitale est enrichie de deux bonus tracks.

 

dimanche, 12 août 2018 03:00

Lokerse Feesten 2018 : dimanche 12 août

Pour la dernière journée des Lokerse Feesten, la programmation est partagée entre hip hop et électro/pop. A l’affiche figure donc, Sevn Alias, Lil Kleine et Blackwave d’un côté et Clean Bandit ainsi que Zara Larsson, de l’autre. Pour sa 44ème édition, le festival a accueilli 144 000 festivaliers en 10 jours.

D’origine surinamienne, Sevaio Mook aka Sevn Alias est né aux Pays-Bas. A l’instar de ses  compatriotes, Kraantje Pappie, Jebroer et Boef, ce rappeur squatte les ondes radiophoniques néerlandophones, depuis quelques années. Normal puisqu’il dispense son flow, dans la langue de Vondel.

Un préposé aux machines s’installe derrière son matos, posé sur une table haute. Le reste du podium est abandonné à l’artiste pour exécuter son show, dans un style fortement contaminé par ses racines caribéennes. Il harangue constamment la foule. Dès le début, des canons à confetti sont propulsés dans la fosse ; et sous le light show de couleur jaune, c’est féerique. Jeune et surtout féminin, le public réagit au quart de tour. Sevn n’en oublie pas son mégatube, « Gass », paru en 2016. En 30 minutes, l’Amstellodamois va démontrer toute l’étendue de son talent. Dommage que son set soit, cependant, aussi court…  

Egalement batave, Lil Kleine est tout aussi populaire chez les ‘Oranje’. Tant comme acteur que rappeur. On change de Dj. Lil débarque une casquette de basketteur vissée sur le crâne. Il ôte rapidement son marcel pour exhiber fièrement ses pectoraux aux filles. Ce qui déclenche l’hystérie sur la plaine. Faut dire que très présent sur les réseaux sociaux, il possède une solide base de fans. Pour endiguer tout éventuel envahissement de scène, deux gorilles veillent de chaque côté. Particulièrement interactif, Klein sollicite constamment l’auditoire. Il l’invite à jumper, balancer les bras ou se déplacer de gauche à droite. On va même avoir droit à des ‘round circles’, phénomène plutôt rare dans l’univers du hip hop. Son single, « Alleen », met carrément le souk sur la Grote Kaai. On en oublierait presque le canon à confetti, mais sous un éclairage bleu et vert…

Un public plus âgé attend impatiemment Clean Bandit ; et avant que la formation ne monte sur l’estrade, les aficionados se rapprochent du podium. Pendant le soundcheck, le feu d’artifice sert d’apothéose avant la lettre. Une immense estrade est posée sur la scène. Elle est destinée à accueillir deux claviéristes, dont Jack Patterson, également préposés, suivant les morceaux, à la guitare ou à la basse. Luke se charge du drumming électronique et du chant. Pas de trace de la violoncelliste Grace Chatto, remplacée par une fille sexy, vêtue de rouge. Soit la même couleur que les salopettes des deux chanteuses, Kirsten Joy et Yasmin Green, qui se réservent le lead vocal à tour de rôle ou chantent en harmonie, dans un registre plutôt soul. Pas de trace, non plus de la violoniste, Neil Milan Amin-Smith qui, apparemment, a quitté le navire… 

Opérant une fusion entre classique et électronique, la musique de Clean Bandit est alimentée par des instruments organiques. Pas de bandes préenregistrées. Mais sur disque, le combo a régulièrement recours à des invitées, pour assurer les vocaux. Comme Zara Larsson (NDR : elle est programmée dans la foulée) l’avait été pour « Symphony ». Imprimé sur un tempo électro, « Real Love » met bien en exergue ivoires et violon. Un violon qui domine « Stronger », un morceau funky et très dansant. Dansant comme la plupart du répertoire de Clean Bandit. Un répertoire au sein duquel, il ne va pas oublier ses hits, « Rather Be », « Rockabye » ou encore « Solo », ainsi que quelques titre issus d’un futur elpee, dont la sortie est prévue pour septembre. Et le set de s’achever par « Rather Be ». Prestation classieuse pour ce combo insulaire…

Setlist : « Symphony », « Real Love », « Extraordinary », «  Disconnect »,  « Stronger », « Cologne », « Come Over », « Solo », « I Miss You », « Telephone Banking », «  Should'Ve Known Better », « Rockabye », « Piece Of You »/ « Tears », « Rather Be ».

L’an dernier Zara Larsson devait déjà se produire dans le cadre des Lokerse Feesten. Mais elle avait dû déclarer forfait et avait été remplacée, au pied levé, par Anne-Marie. Agée de 20 printemps, cette Suédoise va nous proposer un show bien huilé, à l’américaine

L’estrade surélevée est toujours dressée, en retrait. S’y produiront quatre musicos : un drummer, un claviériste, un batteur et un guitariste. Juste devant se plantent deux choristes et quatre danseuses. Et en arrière-plan, des vidéos seront projetées sur un écran géant. Luxuriant, le light show implique de nombreux stroboscopes. 

Zara est vêtue d’un shorty, d’un body et d’une veste à damiers noirs qui forment un ‘Z’ sur fond blanc. Blonde, elle est plutôt sexy. « Never Forget You » entame le show, un morceau qu’elle interprétait en compagnie du chanteur britannique, MNEK, sur disque. Zara se trémousse à l’avant du podium. Les iPhones illuminent déjà la plaine. La foule reprend le refrain en chœur. Les danseuses accompagnent parfaitement Zara dans sa chorégraphie. La voix de Larsson et celles des choristes sont puissantes. Elle n’en oublie par ses tubes « Uncover », « I Would Like », « Symphony » et « Lush Life ». Elle s’assied au bord du podium pour interpréter les morceaux les plus tendres, dont « Dont’ Let Me Be Yours » et un « I Can’T Fall In Love Without You », au cours duquel sa voix est soutenue par les accords du piano. Elle s’autorise un bain de foule, moment choisi par les spectateurs pour réaliser quelques selfies. Plus dansants et très électro, les covers de Tine Tempha (« Girl Like »), David Guetta (The One’s For You ») et Drake (« In My Feelings) vont véritablement faire mouche, au sein d’une foule enthousiasmée par sa prestation.

Setlist : « Never Forget You », « Sundown », « Girl Like » (Tinie Tempah cover), « This One's for You » (David Guetta cover), « Don't Let Me Be Yours », « Make That Money Girl », « TG4M », « I Can't Fall in Love Without You », « I Would Like », « In My Feelings » (Drake cover), « Ain't My Fault », « Only You », « Wanna », « Symphony » (Clean Bandit cover), « Uncover », « Lush Life ».

L’an prochain, les Lokerse Feesten se dérouleront du 2 au 11 août…  

(Organisation : Lokerse Feesten)

Voir aussi notre section photos, sur le site nl, ici

samedi, 11 août 2018 03:00

Lokerse Feesten 2018 : samedi 11 août

Outre les Djs, l’avant dernier jour des Lokerse Feesten va nous plonger au sein d’un univers électro-indus rétro. Et pour cause, Gary Numan et Front 242 y sont programmés. Compte-rendu.

Gary Numan est considéré comme l'un des pionniers de la musique électronique contemporaine. Son dernier opus, « Savage » (Songs From A Broken Word) », est paru en septembre 2017, une œuvre qui dépeint un monde post-apocalyptique, ravagé par une catastrophe écologique et au sein duquel l'Occident finit par fusionner avec l'Orient…

Gary Numan, les cheveux de couleur geai, déboule sur les planches. Il empoigne son pied de micro, comme s’il s’emparait d’une lance avant de combattre. A l’instar de ses musicos, il a enfilé une tenue à franges de teinte brune. Une estrade est réservée à gauche pour le drummer et une autre à droite pour le claviériste (NDR : un barbu !) Planté au centre du podium, un clavier est posé sur un fly case. Il est destiné à Gary. Et juste devant, une gratte est posée sur son trépied. Des peintures de guerre ornent leurs visages dont la croix d’Indochine, sur le front de Numan. La trilogie « Pressure », « Halo » et « The Fall » est dispensée d’une traite. Des vidéos sont projetées sur un écran, à l’arrière du podium. Les gratteurs exécutent également des danses hostiles et complexes, tout en triturant leurs instruments et en les poussant à la limite de la rupture. La musique est à la fois sombre, tourmentée, angoissante, sauvage et glaciale. Même l’attitude de Numan est agressive. Androgyne, hypnotique, sa voix est grevée d’un accent ‘british’ très prononcé. Il ne se consacre aux claviers pour deux titres et ne se sert de sa guitare que pendant une vingtaine de secondes. Avant « My Name Is Ruin », un roadie apporte un pupitre à partition, et l’installe à gauche de Gary. Une fille blonde, d’allure frêle, rejoint le band. Gary nous la présente : il s’agit de sa fille, Persia. Ce seront les seules paroles prononcées par Numan au cours du set. Elle assure les backing vocaux d’un timbre cristallin. Le public connaît parfaitement les paroles du refrain, et les reprend en chœur. Si la plupart des morceaux sont issus du dernier long playing, en fin de parcours, les inévitables « Cars » et le final « Are Friends Electric ? » achèveront brillamment le set. C’est d’ailleurs ces compositions que votre serviteur attendait impatiemment, parce qu’ils ont bercé son adolescence. Nostalgie, quand tu nous tiens…

Setlist : « Pressure », « Halo », « The Fall », « Metal », « Ghost Nation », « Bed of Thorns », « Me! I Disconnect From You », « Pray for the Pain You Serve », « Here in the Black », « My Name Is Ruin », « Down in the Park », « Cars », « When the World Comes Apart », « Are 'Friends' Electric? ». 

Depuis 2003, date de la sortie de « Still and Row », Front 242 n’a plus enregistré de nouveau matériel, mais inlassablement, il continue de tourner, en puisant dans son back catalogue, pour alimenter ses shows ; des compos, très souvent, revisitées. Le set du band va durer 75 minutes. Et il y a du monde sur la place. Amusant, mais parmi les aficionados, certains ont enfilé un vieux t-shirt à l’effigie du band ; et d’autres, de tous récents, probablement achetés sur le stand merchandising, particulièrement bien achalandé. Deux estrades sont posées sur le podium : une pour le préposé aux percus électroniques et l’autre, le claviériste/machiniste. Richard 23 vient tapoter sur ces claviers de temps à autre. En arrière-plan des vidéos sont projetées. Collant parfaitement aux compos, elle alternent clips vintage, reviennent sur la guerre du Vietnam (‘Apocalypse now’) ou s’évadent dans le psychédélisme quand ils n’optent pas pour des messages abstraits… Calqué sur les beats électro, le light show émane essentiellement du haut du chapiteau. Impressionnant et luxuriant, il tétanise littéralement les premiers rangs. Surtout à cause des stroboscopes, bien trop aveuglants...

Il est loin le temps où les musicos paradaient en tenue militaire (NDR : c’était en 1981 !), aujourd’hui ils sont tous habillés de noir. Cependant, la lutte partisane est toujours d’actualité, tout comme le blitzkrieg, sur les planches… « Moldavia » (« Tyranny ») ouvre le show. Les deux chanteurs portent des masques de couleur noire. Immobiles, ils fixent l’assemblée, avant d’exécuter des mouvements saccadés, remuant dans tous les sens, suivant le tempo de la musique. Le son est puissant, violent même. « Take On » est davantage dansant. Une invitation au karaoké défile sur l’écran. On peut y lire : ‘Body’, répété plus de 30 fois. C’est un rituel destiné à animer « Body To Body » (« Two in One », 1983). Le public entre en transe, jumpe, agite les mains afin d’exécuter, à sa manière, une danse robotisée.

Toujours à la pointe de la technologie, Front 242 ne va pas se contenter de nous refourguer les versions originales de ses compositions, mais prend le soin de les remodeler, à l’instar de « W.Y.H.I.W.Y.G », dispensé lors du rappel ou de « Commando Mix »…

« Headhunter » et autre « Funkhadafi » constituent, bien sûr, toujours les points d’orgue du concert. Tout comme l’époustouflant « Funkhadafi », amorcé par le recours à la machine à fumée. Une prestation 5 étoiles pour les papys du rock indus. La génération 3.0. peut en prendre de la graine…

Place ensuite aux sets de deux des meilleurs DJ’s de la planète : 2 Many DJ’s et Cherry Moon… qui malgré leurs succès n’ont jamais rien apporté de neuf à la culture musicale…

Setlist : « Moldavia », « Take On », « Body To Body », « Together », « Religion », « Triple X Girlfriend », « Quite Unusual », « Loud », « Funkahdafi », « No Shuffle », « U-Men », « Commando Mix », « Don’T Crash », « Headhunter », « Im Rhythmus Bleiben », « Welcome To Paradise ». 

Rappel : « W.Y.H.I.W.Y.G. », « Masterhit ».

(Organisation : Lokerse Feesten)

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jeudi, 16 août 2018 17:33

Julia Guez entend siffler le train

Le nouveau clip de Julia Guez, « Le Train » (à voir ici), extrait de l’album « Champs-élysées, souffle un vent de fraîcheur en plein heure d’été. Julia Guez a sillonné les Etats-Unis avec le réalisateur Yannick Saillet (Les Enfoirés, Soprano, Jean-Jacques Goldman) pour le réaliser. Un road trip à couper le souffle ! Une idée de périple inédit, d’une côte à l’autre des Etats-Unis, qui nous plonge au cœur de paysages américains sublimes et surprenants…

Sur ce morceau électro/pop au refrain entêtant, elle chante avec énergie et passion, un grand départ. Un moment clé où quelque chose bascule dans la tête et qu’une fenêtre s’ouvre. On sait alors qu’il est temps de foncer et de prendre la route…

https://www.facebook.com/Julia-Guez-647778575358657/

http://www.juliaguez.com/

 

mercredi, 08 août 2018 03:00

Lokerse Feesten 2018 : mercredi 8 août

Il s’agit déjà de la sixième journée des Lokerse Feesten ; et elle est consacrée au mouvement musical punk ; accueillant pour la circonstance, The Living End, Suicidal Tendencies, Turbonegro, Bad Religion et Dropkick Murphys. Depuis quelques années, traditionnellement, le dimanche est consacré au métal et le mercredi suivant, au punk. Notons que lors de ce festival, le timing est toujours scrupuleusement respecté.

The Living End ouvre les hostilités. Un power trio australien qui pratique une forme de punk/rock/psychobilly. Son line up réunit le chanteur/guitariste Chris Cheney, le contrebassiste Scott Owen et le batteur Andy Strachan. Ils sont considérés comme des stars au pays des kangourous ! D’ailleurs, il y a déjà 24 ans qu’ils sont dans le circuit. Punkabilly, « Second Solution » ouvre le set. Bien en avant, la contrebasse est parfaitement en phase avec le drumming. Les titres proposés son issus des elpees, « The Living End », « White Noise » et « Modern artillery ». Plus rock, « Don't Lose It » semble taillé pour la bande FM. Caractérisé par ses interventions de gratte stridulantes, « How Do We Now » a davantage de pêche. Chris manifeste toute sa fougue à travers la voix. Et « Roll On » met tout le monde d’accord. On a même eu droit à un hommage à d’illustres compatriotes, en l’occurrence AC/DC. Une bonne entrée en matière !

Setlist : « Second Solution », « Roll On », « End Of The World », « Don't Lose It », « How Do We Know », « Raise The Alarm », « Who's Gonna Save Us? », « Prisoner of Society », « E-Boogie ».

En 2016, Suicidal Tendencies était programmé lors du ‘metal day’. Aujourd’hui le quintet est à l’affiche du ‘punk day’. Originaire de Venice, en Californie, le band est drivé par Mike Muir. Malgré ses 55 balais, il n’a rien perdu de son énergie. Le line up est complété par Ra Díaz à la basse (NDR : il avait déclaré vouloir assister à de nombreux circle pits sur la Grote Kaai), le drummer Dave Lombardo (ex-Slayer) ainsi que les guitaristes Dean Pleasants et Ben Weinman, qui a remplacé Jeff Pogan, pour cette tournée… Le groupe pratique du skate/punk mâtiné de trash. Mike Muir parcourt des kilomètres sur l’estrade, tout au long du set. Ses mouvements sont un peu détraqués. On dirait qu’il lance une balle de la main avant de la rattraper. Lombardo est époustouflant derrière ses fûts. Sa rapidité à frapper sur ses deux grosses caisses est hallucinante. En fin de set, « Cyco Vision » va donc provoquer ce fameux tsunami circulaire, tant souhaité par Díaz ; et avant d’attaquer « Pledge Your Allegiance », Muir invite une cinquantaine de fans à rejoindre le band sur le podium pour participer à l’apothéose de ce concert. Nouvel album, « Still Cyco Punk After All These Years » paraîtra en septembre prochain. Et Suicidal Tendencies a promis de revenir, notamment, en Belgique, pour le défendre… 

Setlist : « You Can't Bring Me Down », « I Shot The Devil », « Clap Like Ozzy », « Freedumb », « War Inside My Head », « Subliminal », « Cyco Vision », « Pledge Your Allegiance ».

Turbonegro (Turboneger en norvégien) est issu de Nesodden, près d’Oslo. Son mélange de heavy metal, rock et punk, il l’a baptisé ‘deathpunk’. Le line up du groupe est relativement instable. Il implique deux guitaristes, un bassiste vêtu d’une salopette dorée, un drummer et un claviériste, jouant souvent de dos et affichant une attitude théâtrale. Sans oublier le nouveau chanteur. En l’occurrence Anthony Madsen-Sylvester. Charismatique, tatoué de la tête aux pieds, c’est un véritable showman. Il est partout à la fois et harangue constamment la fosse, ne la laissant jamais reprendre son souffle. Mais casquette de marin vissée sur la tête, ce Viking ressemble plutôt à un gros nounours. Moustachu et barbu, il aurait pu figurer dans une pub pour une célèbre marque de ‘fish sticks’. Le sextuor va nous réserver l’un ou l’autre morceau de son dixième opus, « Rock'n' roll Machine », dont trois titres en début de set. Le vocaliste demande à la foule si elle a déjà eu l’opportunité de l’écouter. Hormis quelques bras levés, on ne se bouscule pas au portillon. Après avoir interprété le « Bohemian Rhapsody » de Queen, que l’auditoire reprend en chœur, Sylvester prétend qu’il s’agit d’une de leurs compos (NDR : humour nordique ?)…

Setlist : « Well Hello », « Rock N Roll Machine », « Hurry Up & Die », « Get It On », «Hot for Nietzsche », « All My Friends Are Dead », « Wasted Again », « John Carpenter Powder Ballad », « Special Education », « The Age of Pamparius », « I Got Erection ». 

Issu de Los Angleles, Bad Religion est considéré comme un des meilleurs groupes punk de la planète. Caractérisé par ses textes politiquement engagés, ses compos sont brèves. Sur les planches, il va d’ailleurs nous en fourguer 25 en 60 minutes. Dont 10 titres en rappel ! Le show s’ouvre par « You Are (The Government) », que Greg Graffin, le frontman, annonce tout simplement comme une chanson punk et s’achève par « Pessimistic », juste avant l’encore. Curieux, mais en général très prompt à colporter les idées de son évangile punk, il faudra attendre les 20 dernières minutes du concert, avant qu’il ne se mette réellement à communiquer. Sans quoi, sa voix puissante et ce trio de guitaristes complémentaires, responsable de riffs incisifs, graisseux et chargés de testostérone, vont nous en mettre plein les portugaises…

Après les guêpes, place aux moustiques. Dropkick Murphys, ce sera pour une autre fois. En outre, il est minuit trente, et la fatigue commence à gagner votre serviteur. Il rejoint donc ses pénates. Mais il a consigné la prochaine visite de ce band démoniaque, dans son agenda. Ce n’est donc que partie remise.

(Organisation : Lokerse Feesten)

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dimanche, 05 août 2018 03:00

Esperanzah 2018 : dimanche 5 août

Le troisième jour et dernier jour de l’Esperanzah va se dérouler, à nouveau, sous la canicule. Les organisateurs ont qualifié cette dix-septième édition d’Esperanzah d’exceptionnelle. A cause de la programmation, du public attentif et curieux (NDR : 37 000 festivaliers quand même, dont de nombreuses têtes blondes) et d’une météo favorable. Manifestement, le succès était au rendez-vous.

On débute la journée face au podium ‘Alpha’ où se produit Belcirque. Un sextuor féminin qui puise ses influences dans le swing, le jazz, le blues et la pop, mais également la musique traditionnelle américaine et africaine, en tirant parti d’un violon, d’une contrebasse, de tas de percus, de cuivres, d’harmonies vocales, d’une gratte électrique et semi-acoustique. Quant aux paroles, elles sont interprétées tour à tour en français, néerlandais ou anglais…

Direction scène ‘ jardin’ pour le set de Mélanie De Biaso, une des plus belles voix du jazz en Belgique, mais également à travers le monde. Douce, captivante, lancinante, envoûtante, elle s’inscrit dans la lignée des Nina Simone voire de Betty Davis. Pas étonnant qu’elle ait été surnommée la Billie Holiday belge. Elle entame le set en solo. Rien que sa voix et une flûte traversière, pendant 15 bonnes minutes. Le pianiste et le drummer sont quasi au chômage technique. Elle va nous proposer de larges extraits de son dernier elpee, « Lilies », publié en 2017. Ses compos baignent au sein d’un cocktail de blues, jazz, lounge, pop et d’électro. Les orchestrations sont soignées. Son charisme est tellement impressionnant que sa prestation va fasciner un auditoire silencieux et presque en contemplation…

La grosse surprise va nous venir du podium ‘Alpha’, où se produit Studio Shap Shap (NDR : ‘Shap Shap’ est le bruit produit par martèlement d’un marteau sur une enclume). Un collectif issu de Niamey, au Niger. Il va nous réserver de larges extraits de son premier opus, « Château 1 ». Le combo implique Arobasse (basse), Ousseini (soliste à cordes Molo et Komsa), Le Popo (cithare Kindé), Boubé (chant et gymnastique), Sakina (piano, mao, balafon, chant) et le percussionniste Oumarou Mai Douma, un type un peu fêlé sur les bords, mais particulièrement efficace, qui tape sur des instruments faits maison : une calebasse et une peau de chèvre tendue font l’affaire. Ce qui va lui valoir la sympathie du public. Et le tout est enrichi par quelques sonorités électro, afin de donner à l’expression sonore, un aspect plus contemporain. Vieux et édenté, Boubé slame parfaitement son texte en nous racontant l’histoire et les origines du band. En outre, il est encore suffisamment alerte pour exécuter des pas de danse en tous genres. Et envoûtante, la voix de Sakina accentue cette impression de transe vaudou. Si vous souhaitez mieux connaître cette formation, parfois comparée à Staff Benda Bilili voire à  Konono n°1, on vous invite à découvrir son clip baptisé « Indépendance », ici...

Direction ‘Jardin’ pour le slam de Fabien Marsaud, aka Grand Corps Malade. Sa béquille bien calée dans la main gauche, il tient son micro, dans la droite. Il vient nous parler de son « Plan B », titre de son dernier long playing, en toute simplicité et décontraction. Mélancoliques, ses textes sont appuyés par une orchestration rock puissante. Il existe, sans doute, un plan A et un B… L’artiste plaisante en revenant sur la rencontre de coupe du monde de football, qui a opposé la France à la Belgique. Ce qui déclenche des quolibets dans l’auditoire. Pourtant, le gars est sympathique, mais son humour particulièrement décalé. Ce qui va finalement lui permettre de recueillir les acclamations d’un public multigénérationnel. Grand Corps Malade est programmé dans le cadre du festival des Libertés, cet automne.

Après une pause restauration bien méritée, place à Mélissa Laveaux. D’origine haïtienne, cette Canadienne n’a pas renié ses origines. En 2016, elle était retournée dans son pays de naissance afin de s’y ressourcer en sonorités, mélodies, ambiances, hymnes vaudous et histoires indigènes. Avant de composer un répertoire qu’elle interprètera en créole sur son troisième album, « Rayo siwèl ». Et ce sont des titres de cet LP qu’elle va nous réserver ce soir. Sur les planches, elle se consacre au chant et à la guitare électrique. Elle est soutenue par une jolie et talentueuse bassiste et un drummer. Mélissa nous parle de ses racines, de l’amour, de la vie quotidienne, des dieux vaudou, et des Américains qui ont occupé son pays pendant de nombreuses années. C’est une féministe qui ne mâche pas ses mots. Elle est néanmoins attachante, mais ce soir, elle manque quelque peu d’interactivité. Caractérisée par ses rythmes entraînants, sa musique salée/sucrée incite normalement à la danse. Raison pour laquelle elle s’inquiète verbalement du manque de réactivité de la foule. Mais les festivaliers n’ont plus guère envie de remuer le popotin. La température est suffocante et le moindre geste pompe de l’énergie. Et puis on arrive au terme de cette édition 2018 de l’Esperanzah…  

Pas de Gogol Bordello au menu pour votre serviteur. Il y était pourtant très attendu. Mais ces trois jours passés sous cette chaleur sur le site de l’abbaye de Floreffe ont beau avoir apporté tellement de satisfaction, la fatigue aura raison de l’envie d’assister à ce show. Séduit par le festival, son concept, sa programmation et son cadre, Musiczine répondra présent en 2019…

(Organisation : Esperanzah)

 

samedi, 04 août 2018 03:00

Esperanzah 2018 : samedi 4 août

Deuxième jour de l’Esperanzah, et c’est toujours la canicule sur le site de l’Abbaye de Floreffe… une journée qui promet de bonnes vibes, vu la présence de Juicy. On épinglera quand même le respect scrupuleux du timing tout au long du festival et l’excellente qualité du son sur les 3 scènes.

La navette de bus a pris un peu de retard. Et lorsqu’on débarque côté ‘Jardin’, la prestation de Bai Kamara JR. vient de s’achever. Cap donc vers l’‘Alpha’ pour celle de Nawaris. Le sextuor est encore occupé de réaliser son soundcheck. Hussein Rassim en est la cheville ouvrière et la tête pensante. Originaire d'Irak, ce virtuose de l’oud (NDR : un luth oriental) a quitté sa terre natale, à cause de la guerre, une situation qui ne lui permettait pas de vivre librement de son art. Et pourtant, ce jeune musicien est considéré comme un véritable monument chez lui. A l’issue d’un long parcours, il a donc débarqué à Bruxelles, comme réfugié…

Sur les planches, il est accompagné par la violoncelliste Juliette Lacroix et le saxophoniste/flûtiste Manuel Hermia, mais également par trois percussionnistes, dont l’autre vocaliste Saif AL Qaisi (NDR : également un migrant irakien), le drummer Stephan Pougin (qui double au djembé) et enfin Robbe Kieckens, qui se sert de percus hautes issues du folklore marocain. Le répertoire oscille entre compos traditionnelles irakiennes et personnelles, mais également nord-africaines, et même sculptées dans le blues touareg, des compos au cours desquelles les instruments, le chant aussi parfois, se rencontrent, jouent, engagent des conversations, tout en laissant une belle place à l’improvisation. Atypique, ce band est venu défendre son premier LP, « Migration » (voir clip du titre maître, ici, paru en janvier 2018).

En écoutant cette musique, on ne peut que penser aux influences puisées par Robert Plant, en Orient et au Moyen-Orient. Les interventions de la violoncelliste apportent cependant un feeling mélancolique aux compos, le plus souvent instrumentales. Ce qui n’empêche pas la voix de Saif Al Qaisi de se révéler particulièrement mélodieuse ; quand il chante, of course…  « The Way Back » relate la transhumance vécue par Hussein à travers les Balkans, avant son arrivée, en Belgique, dès 2015. Car on a beau rêver d’horizons lointains, en écoutant cette expression sonore, on ne peut s’empêcher de penser à la guerre, au terrorisme et au fanatisme de Daesh, qui ont ravagé cette région du monde…. Une première claque musicale pour cette seconde journée à Esperanzah.

Il faut se résoudre à affronter la canicule pour se rendre, côté ‘Jardin’ et y découvrir Liniker E Os Caramelows. Fondé en 2015, ce band brésilien ne doit, sans doute, pas être incommodé par la chaleur, car il va faire encore monter la température de quelques degrés en mettant une belle ambiance sur la plaine. Sa jeune chanteuse, Liniker Barros, est transgenre et jouit d’une énorme popularité au pays des cariocas. Le combo pratique une forme de soul/funk tropicale et cuivrée qu’il a baptisé ‘Fonzy’. Les mélodies sont sucrées. Entre le saxophoniste et une des percussionnistes, on ressent une grande complicité. L’autre préposé aux percus, Pericles Zuanon, est particulièrement efficace. Une plantureuse vocaliste assure les chœurs, et sa voix baigne dans le blues et le gospel, alors que suave, celle de la lead recèle du groove. Elle s’y révèle d’ailleurs particulièrement émouvante, lors des compos imprimées sur un tempo lent… 

Sur le podium ‘Alpha ‘, Oum va bientôt grimper sur les planches. On reste donc en Afrique, mais plutôt dans le Maghreb et plus exactement au Maroc. Révélation 2013 de la musique méditerranéenne, elle allie sensibilité et puissance à travers un cocktail qui agrège tradition arabe (chants sahraouis, rythmes gnaouas, etc.) et influences occidentales (jazz, soul, afrobeat, gospel, etc). Sur son troisième opus, « Soul Of Morocco », elle a décidé de chanter en dialecte marocain, la darija.

Plutôt jolie et chaussée de lunettes fumées, Oum a revêtu des habits locaux de couleur jaune. Elle est soutenue par Damian Nueva à la contrebasse, Yacir Rami à l'Oud, Inor Sotolongu aux percussions et Lonrenz Rainer à la trompette. Et toute cette troupe va nous présenter des extraits de son dernier album « Zarabi » ainsi que de « Soul Of Morocco ». Ce dernier elpee évoque un Maroc pluriel, où le désert côtoie les palmeraies et les plaines verdoyantes. La voix d’Oum oscille entre vocalises perçantes et chœurs légers ; et suivant les morceaux on décèle des nuances berbères, égyptiennes, gnawa ou andalouses. Une superbe découverte et l’un des coups de cœurs des programmateurs de l’Esperanzah.

Cap vers le ‘Jardin’, pour une des sensations de ce festival, Goran Bregovic. Bien que constamment assis sur son siège, afin de se consacrer à la gratte, le comparse d’Emir Kusturica, tout de blanc vêtu, dirige un véritable orchestre. Ils sont douze sur les planches. Dont une majorité de cuivres : contrebasse à vent, bugle, cor de chasse, saxo, clarinette et trompette. A côté du leader, on remarque la présence d’un percussionniste au matos minimaliste qui participe également aux vocaux. Sans oublier le concours de deux choristes vêtus de costumes traditionnels. Essentiellement balkanique, la musique proposée intègre une multitude d’influences qui oscillent du rock à la pop, en passant par le reggae, l’électro, le classique, le liturgique et même le tango… Et en live, le résultat est un véritable tsunami sonore. Lorsque la troupe attaque le célèbre chant révolutionnaire italien, « Bella Ciao », 10 000 personnes entrent alors en ébullition. Le public danse, jumpe et est envahi par une onde de ferveur. Et des morceaux comme « Kalasjnikov », « Duj Duj », célèbre pour son bordel désorganisé, ainsi que la perle « Gas Gas », vont littéralement mettre le feu à la fosse. Comme s’il ne faisait pas encore assez chaud…

La plaine est noire de monde, lorsque Juicy monte sur l’estrade. Et votre serviteur ne veut, pour rien au monde, manquer la prestation du duo réunissant Julie Rens et Sasha Vonck. Non seulement elles sont bourrées de talent, mais également jolies, sympathiques et accessibles. Issues du conservatoire, elles cherchent à remettre au goût du jour le r&b et le hip hop des années 2000, dans un style minimaliste et très électrique. Sasha se réserve la guitare et Julie, la boîte à rythmes. Les deux filles se consacrent également aux synthés, samplers et vocaux. Et on est parti pour 60 minutes de folie. Le set s’ouvre par « Warp », une nouvelle compo. Affublées de longs manteaux rouges et coiffées de chapeaux à franges, les filles parcourent les planches dans tous les sens pendant près d’une minute. Avant, enfin, de poser leurs voix. Elles ôtent vestes et couvre-chefs pour laisser apparaître des salopettes de couleur banche, dont les manches sont rabattues au niveau des hanches. Chaud dedans, chaud dehors. Elles interprètent « For Hands On Ass », a capella. Tout au long de « Mouldy  Beauty », elles ondulent sur place en brassant l’air à l’aide de leurs bras. Avant« Something Is Gone », ma voisine me souffle dans le creux de l’oreille que l’on doit s’accroupir. Avant de sautiller comme les filles. Cover de Diam’s, « La Boulette » déchaîne les passions. Nu soul, « Didn't Knock » fustige un certain Théo Franken. Les noms d’oiseaux volent bas. Et le set de s’achever par deux autres nouvelles chansons, « Bolly Wood » et Da Beat ». Juicy se produira ce 31 août, dans le cadre du Crammerock.

Coup de mou pour votre serviteur. Il est tard, la route du retour est encore longue, et il y a encore un troisième jour de festival, ce dimanche. Dommage pour le concert de Bernard Lavilliers. Ce sera pour une prochaine fois…  

(Organisation : Esperanzah)

vendredi, 03 août 2018 03:00

Esperanzah 2018 : vendredi 3 août

L’organisation du festival Esperanzah est impeccable. Si sa programmation privilégie la world et la musique urbaine, elle ne néglige ni les stars, ni les découvertes. Chaque édition défend un thème. Cette année, c’est le déclin de l’empire du mâle. Sois également ‘Sacha’ et attentif au gaillard qui met la main au cul d’une gonzesse, mais également tolérant et respectueux, notamment en matière d’égalité des sexes…
De vastes parkings de délestage sont relayés par des navettes de bus, toutes les 15 minutes ; et ce jusque 3h30 du mat’. Au sein d’un cadre exceptionnel et ombragé, des fontaines d’eau distribuent gratuitement de l’eau. Et par cette canicule, c’est primordial. Trois scènes sont réparties sur le site : la scène ‘Futuro’, située à son pied, est destinée à la musique urbaine et aux découvertes. Sur le site propre, la ‘Jardin’ accueille les stars montantes et confirmées et l’‘Alpha’ est réservée aux talents en devenir. L’empreinte écologique est omniprésente. Le festivalier trie ses déchets. Le prix de la nourriture et des boissons est abordable. Les familles sont les bienvenues. D’ailleurs, des activités pour les gosses, du cirque et de l’art de rue sont prévus sur le site… 

Ce soir, Roméo Elvis est à l’affiche. Il est programmé sur la scène ‘Futuro’. Mais un parcours de 15’ est alors nécessaire pour remonter vers le ‘Jardin’ ou l’‘Alpha’. Et la pente est raide. Une épreuve à éviter vu la canicule. D’autant plus que Jain se produit sur les hauteurs. Et pour assister à sa prestation, dans les meilleures conditions, il fera donc l’impasse sur celle du rappeur…

C’est d’ailleurs au ‘Jardin’ que la troupe strasbourgeoise, Lyre Le Temps, débarque. C’est le cas de le dire, car sa musique traverse toutes les époques, depuis le Charleston des années 30 au hip hop, en passant par le jazz et l’électro. Tout en y injectant une bonne dose de swing. Le line up réunit quatre musicos. Un drummer, un contrebassiste, préposé aux platines et un chanteur/crooner qui se sert également d’un clavier, mais de manière originale. Ce clavier est placé sur le sol, perpendiculairement à l’estrade et en position verticale. Il en joue donc assis, comme un harpiste ; et notamment tout au long du fabuleux « Prohibition Swing », le titre maître du dernier opus de la formation, un disque paru en 2016 ; et cette compo illustre parfaitement le climat au sein duquel baigne la prestation. On imagine les artistes coiffés de borsalinos, armés de mitraillettes, comme s’ils devaient défendre leur cargaison illicite d’alcool. Des images d’Elliot Ness traquant Al Capone, en noir et blanc, me traversent l’esprit. En ‘live’, le quatuor libère une énergie phénoménale et incite le nombreux public à danser, lever les bras en l’air (NDR : pas suite à une arrestation !) et à faire la fête. Et impossible de résister ! Premier coup de cœur de la journée.

Lubiana Kepaou, découverte, il y a à peine une semaine, au Palais 12, en supporting act de Youssou N’ Dour, grimpe la scène ‘Alpha’. La coupe afro, le regard de jade, la démarche féline, cette jeune Belgo-camerounaise a participé au télécrochet ‘The Voice Belgique’. Et bonne nouvelle, elle est soutenue par deux musiciens, en l’occurrence un claviériste/guitariste et un préposé aux machines. Sa musique est le fruit d’un cocktail subtil entre néo soul, jazz et lounge. Chaude, sensuelle et suave, sa voix colle parfaitement au style. Elle se sert d’une kora, un instrument traditionnel d’Afrique de l’Ouest, qui l’inspire et la rapproche de ses racines. Le concert s’ouvre par « Afro Blue », chanson qui ressemble étrangement à la version originale écrite par Mongo Santamaria et reprise par Erykah Badu. Elle nous réserve une adaptation singulière du « Sex Bomb » de Tom Jones. Caractérisé par ses percussions synthétiques, mais vibrantes, « Feeling love » nous entraîne vers les côtes africaines. Les interventions de Lubiana sur les 10 cordes de sa kora sont délicates, mais émoustillent la foule. Ce qui la pousse tout naturellement à se trémousser. Beats électro et synthés dynamisent « King Of My Kingdom ». Mais c’est lorsqu’elle est seule, face au micro et à son instrument, qu’elle se révèle la plus émouvante. Une superbe prestation, mais un peu courte… 

Setlit : « Afro Blue », « Sex Bomb », « Rose », « Feeling Low », «  Break Free », « Sunday Lost », « Come Back », « King Of My Kingdom », « You ».

Non seulement Gaël Faye est auteur-compositeur-interprète, mais également chanteur, rappeur et écrivain. Né en 1982 à Bujumbura, au Burundi, il a publié, en 2016, un premier roman, partiellement autobiographique. Intitulé ‘Petit Pays’, il raconte son histoire d’enfant vécue au Burundi au cours des années 90, pays déchiré par le génocide, avant qu’il n’émigre en France. Au bout de 10 minutes, on a l’impression que Gaël est le petit frère naturel de Stromae. Intelligent, constant et littéraire, son flow coule de source. En outre, l’artiste à une propension à communiquer d’une manière très naturelle avec le public. La plaine est noire de monde. Faye ne reste pas en place. Il harangue l’auditoire et l’incite constamment à lever les mains ou à jumper. Sa setlist est partagée entre plages de son elpee, « Pili Pili Sur Un Croissant Au Beurre », publié en 2013, de son Ep « Rythmes Et Botanique » paru en 2017, et nouvelles compos. Tel un boxeur sur le ring, Gaël est prêt à en découdre avec les dures réalités de la vie. Il nous parle d’exil, de guerre, de déracinement et surtout de métissage… sa seconde peau. Caractérisé par les interventions du piano et de la trompette, « Tôt Le Matin » ouvre le set. Un morceau paradoxalement doux et violent à la fois. Le discours prononcé par « Paris Métèque » est engagé et éclairé. Poétiques mais truffées de calembours, les rimes fusent sur les accords incisifs des ivoires. Gaël divise l’énorme plaine en deux parties pour voir des vagues de bras qui se lèvent. Son « Freestyle Fayaa » met littéralement le feu sur la plaine. La claque de cette première journée d’Esperanzah !

Place ensuite au Barcelona Gipsy Balkan Orchestra, un sextuor sont les musicos sont issus des quatre coins du Vieux Continent. En l’occurrence, Mattia Schirosa (accordéon, Italie), Sandra Sangiao (chant, Espagne), Ivan Kovacevic (contrebasse, Serbie), Stelios Togias (percussions, Grèce), Julien Chanal (guitare, France) et Oleksandr Sora (violon, Ukraine). Ils se sont rencontrés à Barcelone par amour de la musique balkanique. En fait, le combo réinterprète les thèmes traditionnels des Gitans et des Juifs d'Europe de l'Est, en respectant les racines et l'histoire de ces musiques qui ont traversé la Hongrie, Roumanie, Slovénie et Grèce, ainsi que les pays de l’ex-Yougoslavie, tout en préservant leur propre identité. Le Magazine ‘Mondo Sonoro’ considère « Del Ebro al Danubio », troisième LP de la troupe, comme l'un des 10 meilleurs disques de Musiques du Monde...

Sur les planches, la joie de vivre des musicos est communicative. En outre ils sont aussi talentueux qu’interactifs. D’origine catalane, Sandra Sangiao est vêtue d’une longue robe verte parée d’un corset de couleur noire. Probablement un costume traditionnel slave. Mais surtout, elle a une voix bouleversante, à vous glacer les os (NDR : finalement intéressant, vu la température ambiante). Et finalement, il émane de cette riche expression sonore gypsy, une émotion palpable…

Il faut cependant écourter le show, car Jain se produit au ‘Jardin’, et si on veut se dénicher une place à l’ombre, il faut débarquer sur les lieux assez tôt… Présentatrice, la très belle Yvoire de Rosen, Miss météo sur la chaîne BX1, préposée à la présentation de la soirée (NDR : c’était déjà elle qui avait rempli ce rôle lors du bal de Yousou N’ Dour), signale qu’il s’agit d’une date exclusive en festival. C’est d’ailleurs la dernière de sa tournée. Jain a revêtu une salopette de couleur bleu clair, dont le col rouge ressemble à celui d’un officier gradé. Seule, elle est entourée de ses machines et armée de sa gratte semi-acoustique. Outre le light show dont les faisceaux inondent également la fosse, réunissant alors entre 8 et 10 000 âmes, des vidéos sont projetées pendant son spectacle. Elle a la bougeotte. Et entame les hostilités par le sensuel et terriblement dansant « On my way », un titre issu de son futur elpee, « Souldier », puis embraie par « Star », un autre extrait de cet opus. Ce télescopage entre électro et sonorités empruntées aux quatre coins de la planète est l’occasion de relancer la machine à beats, mais surtout à transpiration. Jain signale qu’il pleut souvent dans notre pays. Elle rectifie en disant que c’est faux et qu’il fait ‘chaud’ ! Ce qui ne va pas l’empêcher de faire  grimper la température de quelques degrés en alignant ses hits, et en achevant sa superbe prestation par « Makeba »…

Une journée riche en vitamines D (soleil) et C (énergie).

(Organisation : Esperanzah)

Ce soir, il fait très chaud. Très chaud même ! La canicule sévit chez nous depuis plus d’un mois. Non seulement il est de plus en plus difficile de respirer sous ce soleil de plomb, mais alors, imaginez, si en lieu et place, on s’enferme dans une salle de concert. Au Palais 12, très exactement. Il est en configuration club, et peut donc accueillir 3 000 personnes. Et bonne surprise, quand on y rentre, on se sent beaucoup mieux. L’endroit est climatisé ! Et face à la scène, un carré d’or a été délimité. Une barrière le sépare même du reste de la fosse. Et votre serviteur a la chance de faire partie de ces privilégiés situés aux avant-postes… La foule a attiré de nombreux Africains. Issus de l’Afrique de l’Ouest, du Congo, mais surtout du Sénégal. La diaspora de cette population est d’ailleurs bien représentée. Même si de nombreux autochtones se sont déplacés…

Le supporting act est assuré par trois artistes africains. C’est Youssou N’Dour qui les a choisis. Mais le casting est serré, car Sister Yaki, Cécile Djunga et Lubiana Kepaou ne disposent que de 10 à 20 minutes pour s’exprimer. Et c’est la très belle Yvoire de Rosen, Miss météo sur la chaîne BX1, qui est préposée à la présentation de la soirée.

Sister Yaki ouvre les hostilités. Elle a du bagout. Sénégalaise, elle s’est établie en Belgique, depuis quelques années. C’est une véritable star, dans son pays ! Cette excellente showwoman a milité au sein du groupe de rap, Tim Timol de Pikine, en compagnie d’Alioune Guissé. Sa voix est captivante. Elle annonce la chanson de l’été, « Femme Chic », un morceau dont les lyrics traitent de coquetterie de la femme sénégalaise, tant recherchée par les hommes, dans ce pays. Sculpté dans une forme de rap hardcore, plutôt original, « Jongue Rek » aborde le thème de l’amour (‘Jongue’). Sister Yaki se penche sur des sujets contemporains, auxquels la jeunesse est confrontée. Elle encourage les jeunes à se mettre au travail, à accomplir des efforts et à faire preuve de créativité pour relever les défis. Comme quoi, « La vie fleurit par le travail »…

Place ensuite à Cécile Djunga, Miss Météo sur la RTBF ! Décidément, on ne parle que du temps, pour l’instant. Elle a suivi le célèbre Cours Florent. Elle déboule désarticulée, sur une bande son qui diffuse le « Single Ladies » de Beyoncé. C’est une humoriste ! Mais son humour est noir, sanglant même… Elle nous réserve quelques extraits de son spectacle, « Presque Célèbre ». Hilarant ! Et bien sûr aborde le sujet de la météo. Mais revient également sur son origine, ses humeurs, ses parents, son parcours… Elle vise un de mes voisins, Baudouin. Et demande aux hommes de se frotter les côtes. Elle s’exclame en s’adressant à un mec, ‘Toi c’est tout nu sur les baffles, devant moi !’ Pas froid aux yeux, la donzelle… Elle entame une tournée dès cet automne…

Belgo-camerounaise, Lubiana Kepaou s’est également établie dans la capitale de l’Europe. Elle a participé au télécrochet ‘The Voice Belgique’. Elle se sert d’un instrument de musique à cordes, issu d'Afrique de l'Ouest, baptisé kora, qu’elle pose sur un trépied. Une sorte de harpe-luth mandingue à 10 cordes, utilisé au Sénégal, au Mali, en Mauritanie, Gambie et Guinée. Elle chante, tout en ondulant le corps, dans la langue de Shakespeare, d’une voix soul légèrement jazzyfiante, mais qui ne manque pas de groove. Elle va nous proposer quatre compositions, dont le single « Feeling Low », en s’aidant de cet instrument, et en final, « King Of My Kingdom », en se consacrant au synthétiseur.

Youssou N’Dour est une star planétaire. Il compte plus de 35 albums à son actif, dont le dernier, « Suni Valeurs », est paru en 2017… En 30 années de carrière musicale, ses collaborations musicales sont innombrables. Certaines sont même prestigieuses (NDR : Peter Gabriel, Tracy Chapman, Sting, Neneh Cherry, Axelle Red, etc.) Patron d’un organe de presse, il s’est aussi investi au sein de différentes associations humanitaires. Mais également en politique. Ainsi, il a été brièvement Ministre de la Culture et du Tourisme avant d’être nommé ministre/conseiller du président Macky Sall. Mais rentrons dans le vif du sujet…

Youssou pratique ce qu’on appelle, le mbalax, c’est-à-dire la musique la plus populaire du Sénégal, un style propice à la danse (le ventilateur), alimenté généreusement par les percussions. Sur les planches, il est soutenu par neuf musiciens, dont deux guitaristes, un bassiste, deux claviéristes, un drummer, deux percussionnistes et un saxophoniste, ainsi que deux choristes et trois danseurs/acrobates. Lorsque toute l’équipe est en place, un des percussionnistes (NDR : excellents, par ailleurs) annonce l’arrivée de Mr le Conseiller du Président du Sénégal. Youssou est revêtu d’un costume bleu. Il nous souhaite la bienvenue et nous incite immédiatement à danser. Pas de setlist en vue. Les morceaux sont chantés tour à tour en anglais, français ou wolof. L’artiste a baptisé son spectacle, ‘le grand bal’, un show qu’il a initié au Sénégal, en compagnie de son band, le Super Etoile de Dakar.

Humble mais particulièrement interactif, il se poste régulièrement en retrait pour laisser ses musicos improviser. Des moments au cours desquels il en profite pour s’éponger la tête. Lorsque le tempo s’accélère, il (quand ce n’est pas son chauffeur de salle) s’adresse à la foule pour lui demander si elle n’est pas fatiguée. Son hit planétaire, « 7 Seconds », va se prolonger au-delà des 15 minutes. Les acrobates bondissent au-dessus d’un des djembefolas. Colorée et sympathique, la foule danse et communique cet élan à l’ensemble de l’auditoire.

Et cette fête africaine va se prolonger au-delà de deux heures. Un laps de temps au cours duquel on oublie tout : la fatigue de la route, les tracas de la vie, la chaleur étouffante.

Un show authentique, généreux, coloré et particulièrement exaltant. 

(Organisation : Phrenos et Dakar Company).

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