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Musiczine, le festival BIFFF et le podcast WAVES vous offrent l’occasion de gagner 15 x 2 places pour la séance nocturne de projection du film japonais “Incomplete chairs”, le jeudi 16 avril à 00h30 (dans la nuit du jeudi au vendredi) au BIFFF, précédée par un DJ set du duo Pornographie Exclusive.

C'est ce duo belge, composé de Séverine Cayron et Jérôme Vandewattyne, qui a composé la musique hypnotique du film réalisé par Kenichi Ugana. “Incomplete Chairs” est une satire noire dans la veine d'American Psycho qui changera votre regard sur les meubles!

Synopsis: Avec un portfolio à faire pleurer Marcel Breuer et Le Corbusier, Shinsuke Kujo est en passe de devenir le designer de chaises le plus demandé du Japon. Alors qu’il enchaîne les entretiens d’embauche dans son studio, il est approché par une certaine Natsuko Kato, courtière en mobilier bauhaus qui pourrait vendre un pouf Ikea au prix d’une Rolex. Kujo lui propose alors le graal des chaises, son oeuvre ultime dont la matière première est encore un secret bien gardé. Mais qui commence doucement à refouler dans son studio, à cause de tous les postulants qu’il démembre systématiquement pour bien travailler l’os et le cuir humain… Avec cette satire très sanglante de l’élitisme culturel, Kenichi Ugana nous prouve qu’il n’y a pas d’âge pour jouer aux Lego (humains).

Avant la séance nocturne, Séverine et Jérôme accorderont un DJ set incandescent, qui tranformera la salle de cinéma en dancefloor psychédélique. A noter que la BO du film, auto-produite par le duo, sortira officiellement en vinyl ce soir-là.

Pour gagner l’un des 15 lots de 2 places mis en jeu pour cet événement, rien de plus simple ! Envoyez un email à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. en mentionnant “CHAIRS” et en donnant vos coordonnées. Le tirage au sort aura lieu le 13 avril. Les gagnant(e)s seront averti(e)s par email. Concours accessible jusqu’au 12/4/26 à 23h59. Les résultats seront communiqués par email aux gagnants le 13/04/26 (pensez à vérifier vos spams!). Bonne chance !

Toutes les infos concernant ce film se trouvent ici: INCOMPLETE CHAIRS – BIFFF.

 Pour commander la BO du film, composée par Pornographie Exclusive, c'est ici.

Pour écouter les interviews de Pornographie Exclusive dans le podcast WAVES:

 

Parade Ground a été formé en 1981 par les frères Jean-Marc et Pierre Pauly. Pionniers de la cold wave et de l'EBM, ils ont gravé leur premier single, « Moan On The Sly », en 1983 et sont restés actifs jusqu'à aujourd'hui. Notons qu'entre 1988 et 2007, le duo a disparu des radars pour se consacrer à d'autres projets artistiques comme l'écriture et les arts plastiques, ainsi qu'à la composition pour deux opus de Front 242 (“Evil” et “Off”). Leur style combine une cold-wave glaciale et radicale à une synth-pop dansante, caractérisée par des rythmes incisifs et des mélodies synthétiques, le tout soutenu par une esthétique visuelle dadaïste teintée d’industrial. Outre Front 242, ils ont régulièrement fréquenté Colin Newman (de Wire). A trois reprises, leur compo “Moans” a servi de B.O. pour des films hollywoodiens, et notamment “Little Sister” (2016). Musiczine a pu rencontrer Pierre et Jean-Marc à l'occasion des 45 ans de carrière que le duo fête cette année.  

Merci d'avoir accepté cette interview ! Parlons de “Moans”, votre plus grand hit. Il date de quelle année, encore ?

Jean-Marc Pauly (JM) : “Moans”, c'était en 1987.
Pierre Pauly (P) : Le morceau a connu un regain de popularité spectaculaire ces dernières années. Il y a cinq ans, il a été intégré dans la B.O. du film américain “Little Sister”, ce qui nous a valu des retours incroyables. Sans oublier un beau chèque de la SABAM (rires) !
JM : Au total, le morceau a été repris dans trois films hollywoodiens. Et les gens viennent souvent me voir pour me dire : ‘Tu sais, moi, je vis avec cette chanson : elle m'a même aidé à consolider mon couple’.
P :
Nous nous sommes produits à Stockholm récemment et les gens nous disaient : ‘J'attends depuis 1987 de vous voir en concert’ ! Et à chaque fois, c'est de ce morceau que l'on nous parle.

Et ce qui est fascinant, c’est que, sur ce titre, il y a une profusion d'invités de marque, dont, je crois, Colin Newman, de Wire.

P : Oui, il a participé aux chœurs.

Et Daniel Bressanutti, de Front 242, y a également collaboré.

P : Oui, bien sûr.

Je suppose que l'enregistrement a été réalisé à Aarschot, dans le studio de Daniel ?

P : Oui, oui.

Et il y a aussi Patrick Codenys, également de Front 242.

JM : C'est ça.
P : Daniel et Patrick étaient impliqués dans chacun de nos disques. Et Colin Newman a tenu à assurer les backings et à jouer de la guitare ! Le solo de guitare, à la fin, c'est lui...
JM : C'est amusant d'ailleurs parce qu'à l'époque, j'avais un accord de guitare qui était particulier, en 'open tuning' et j'ai dû montrer à Colin comment le jouer.
P : Et Colin a gentiment adapté sa manière de jouer. Il avait emporté sa guitare blanche mythique (NDR : une Airline Map). Et aussi deux grandes valises, remplies d'anciennes pédales d'effets. Il a réalisé des tests pendant une heure et il a trouvé ce qui lui convenait.

Je propose qu'on évoque les débuts. Si je me souviens bien, vous avez commencé à écouter de la musique très tôt.

JM : En 1972.

A l'époque du glam ?

P : C'était surtout Slade ! 

Alors, on a ça en commun ! Je me souviens encore de “Coz I Luv you” au moment où il est sorti. Et que je suis allé acheter le 45 tours.

JM : Pierre adore encore ce morceau à ce jour.
P : Oui, surtout la partie au violon !

Donc Slade, on est d'accord, un groupe fondamental. Quoi d'autre ? T. Rex, Bowie ?

P : Bowie, en effet. Et Kraftwerk, c'était la première étape électronique pour nous.

Et puis le punk et le post-punk ?

JM : La période punk a ouvert toutes les portes. Des albums comme celui de Wire, “154”, n'auraient jamais pu trouver leur place à l'époque où les dinosaures occupaient le terrain.

P : C'était une période incroyable. J'étais encore à l'athénée. On échangeait les premiers 45 tours des Buzzcocks. Il y avait “Metal Box“, de PIL. Je séchais les cours pour aller acheter des disques chez Caroline, près de la Grand Place. 

Je vous ai demandé de sélectionner des coups de cœur de cette époque-là et, chronologiquement, je crois que le premier, c'était sans doute “Hong Kong Garden”, de Siouxsie & The Banshees, en '78, non ?

JM : Oui, on l'a vue sur scène à l'époque.
P : Mais notre tout premier concert à l'étranger, c'était à Londres.

C'était Wire ?

P : C'était Wire, lors d'un festival Et quelques années plus tard, on a pu côtoyer Colin Newman. Incroyable !

Ce qui est marrant, c'est que le papa de Siouxsie était Belge.

P : Ah bon ? Je ne savais pas.

Elle s'appelle Susan Ballion. Son père était Wallon. Et alors, “Hong Kong Garden”, c'était un restaurant chinois à Londres, souvent attaqué par des skinheads. Elle a écrit la chanson en réaction à cette situation.

P : Elle aimait beaucoup choquer. Récemment, sur Facebook, les gens se plaignaient du fait que, sur une photo de l'époque, elle portait un brassard représentant une croix gammée. C'était uniquement pour choquer. Colin Newman nous disait toujours qu'il faisait de la musique pour choquer et pour combattre les vieux dinosaures. Mais, dans les commentaires, sur Facebook, les gens postaient : ‘C'est la dernière fois que j'écoute Siouxsie’, ce qui est débile.

A côté de Siouxsie, vous avez choisi Public Image Limited et le titre “Public Image”, extrait de leur premier album. D'après ce que j'ai compris, la chanson était en fait une diatribe contre Malcolm McLaren.

JM : Pourtant, il les a bien aidés.

Oui, mais ils se sont quittés en mauvais termes, on va dire.

JM : Lydon a été fort influencé par Malcolm McLaren.

Pour ne pas dire façonné par...

P : Oui, c'était sa ‘chose’.

Et le riff de basse emblématique de Jah Wobble.

P : On avait vu PIL, en concert, à cette époque. Ils avaient joué derrière un rideau. Et personne n'avait osé aller arracher la tenture ou prendre une initiative.
JM : Autre anecdote : Pierre a défait le lacet de John McGeogh.

Donc, cet épisode s’est produit lorsque John jouait dans Magazine. Mais ça, il ne faut jamais faire. Mais John est resté très calme, je crois ?

P : Oui, très calme. Il a juste reposé son pied devant quelqu'un d'autre, qui lui a relacé la chaussure. Plus tard, nous avons retrouvé John, qui était dans...

The Armory Show ?

P : Oui. C'était lors d'un festival. On a discuté dans les coulisses et je lui ai dit : ‘C'est moi qui avais défait tes lacets’. Il m'a répondu : ’J'aurais dû te foutre ma guitare dans la gueule’ !

Tu aurais alors une cicatrice en plus sur le front (rires) !

P : Voilà, exactement. J'en ai déjà pas mal.

Je le dis pour les gens qui ne connaissent bien Pierre. En concert, il a l'habitude de se brutaliser le front.

P : On m'a d'ailleurs conseillé de ne plus le reproduire, parce que je risque d'attraper un cancer de la peau.
JM : Si on ne peut même plus se marteler le crâne... (rires)
P : On ne peut rien faire dans ce monde, c'est terrible.

Votre carrière a commencé en 1981, dans le magasin d'instruments de musique Hill's Music, à Bruxelles, il me semble…

P : Mais oui, parce que Daniel (NDR : Bressanutti) y régnait comme un monarque. Beaucoup de gens venaient le consulter parce qu'il était très au courant des nouveaux appareils électroniques. Nous, on était un peu les enfants de la maison. On pouvait s'asseoir sur l'escalier et y rester pendant des heures. Il nous montrait le fonctionnement des premiers synthétiseurs. Donc, on a appris sur le tas grâce à lui, chez Hill's.

C'est marrant parce que c'est aussi chez Hill's Music que Patrick Codenys et Jean-Luc De Meyer ont rencontré Daniel B. Rappelons que Front 242, c'était d'abord Daniel et Dirk Bergen. Et Jean-Luc et Patrick ont rejoint le projet un peu plus tard.

P : Oui, et par la suite, ils ont eu un succès inouï. Ils le méritaient vraiment, car ils ont beaucoup travaillé.

C'est à ce moment-là que vous avez commencé à composer et que vous avez sorti “Moan on the Sly” ?

JM : En fait, l'histoire, c'est que Patrick Codenys nous a repérés lors d'un concert au Cool Gate, chez Serge Nicolas. Il a eu un coup de foudre parce que nous étions un peu atypiques, et très en colère. Il cherchait des groupes impressionnants sur scène.

P : Il nous a dit par après que ce qui lui avait plu chez nous, c'est qu'on tapait du pied, mais on tapait vraiment très fort.

“Stomp your feet”, comme demandait le chanteur de Slade (rires) ?

P : Noddy Holder ! Oui, c'est la même chose : ‘Clap your hands, stomp your feet’ !

Et alors, il vous a proposé de sortir un disque ?

P : Oui. Ils étaient sur New Dance Records à l'époque et il nous a proposé : ‘Venez, on va enregistrer à Aarschot et vous allez sortir un disque sur notre label’. Et le label a accepté. Mais huit jours avant la sortie du premier 45 tours, Philippe Sion nous a déclaré : ‘Non, je ne le sens pas, je n'ai pas envie’.
JM :
C'est surtout qu'il était tombé en faillite. Il rencontrait des problèmes d'argent, comme d'habitude.
P : Donc, on a dû racheter le pressage du disque et payer tous les autres frais. On a réglé le montant en plusieurs fois.

C'était “Moan on the Sly” ?

P : Oui. On a pu l'enregistrer dans un bon studio. La manager des Names nous aimait bien. Elle nous avait conseillé d'aller dans le studio où les Names enregistraient.

Ce n'était pas à Aarschot ?

P : Pour ce morceau-là, non. Ce sont les vinyles suivants qu'on a enregistrés à Aarschot.

Mais alors, où a été enregistré “Moan On The Sly” ?

P : Au Studio Livingstone, à Bruxelles. Mais souvent, on enregistrait dans différents studios. On avait aussi gagné un prix lors d'un festival ; et ce prix, c'était un enregistrement gratuit.
JM : C'était lors du ‘National Rock Meeting’ à Saint-Nicolas.

Il existe toute une flopée d'anecdotes de ce type dans le livre que vous venez de sortir, qui s'intitule “Words, Swords, Words”.

P : Oui, on peut le commander auprès de votre label : VUZ Records.

Je recommande ce bouquin pour son contenu, mais aussi pour les anecdotes complètement dingues. Spontanément, je pense à la Jaguar rouge. Racontez-nous l'histoire de cette voiture.

JM : Ma mère avait commencé à travailler comme dame de compagnie chez un baron, ici à Bruxelles et ce dernier est devenu un peu notre mécène. Nous recevions chaque mois 2 500 €. Et il nous a permis de rouler dans sa Jaguar.
P : Il était propriétaire de plusieurs voitures, et il nous a cédé sa vieille Jaguar rouge décapotable.

Comment faisiez-vous pour mettre le matos là-dedans ?

JM : Ce n'était pas pour le matos, c'était pour reconduire Daniel, le plus souvent, jusqu'à Aarschot.
P : On conduisait aussi les amis de Front 242, pour aller acheter des vêtements à l'étranger.

Des vêtements militaires ?

P : Exactement ! Des vêtements militaires. Et ils ont été critiqués pour ce choix...

On va quand même rappeler l'histoire parce certains ne sont pas au courant et pourraient mal comprendre. Comme tu expliquais tout à l'heure, ils avaient surtout envie de provoquer et de faire du second degré, voire du troisième. Ils voulaient dénoncer justement les idées qu'ils ne soutenaient pas en les projetant au visage des gens, d'une certaine manière.

P : C'était pour choquer. Ils portaient des habits militaires et des brassards, sur lesquels était inscrit ‘Front 242’. Il n'y avait pas de croix gammée ou de trucs de ce genre. C'était vraiment plus visuel qu'autre chose. Pourtant, ils ont été mal perçus, surtout au Pukklepop. Une bagarre a éclaté entre la direction du festival et le groupe, parce que Richard avait harangué le public en criant ‘move your body !’ Des spectateurs ont essayé de monter sur scène et la sécurité n'a pas apprécié. Donc, ils ont traité Richard de ‘pea brain’ (Trad : idiot). 
JM : Nous, nous avons choisi le nom ‘Parade Ground’ justement en réaction contre le service militaire. Pierre a été obligé de l’accomplir. Je me suis fait réformer.

Et puis, on arrive tout doucement à la période Play It Again Sam (PiaS). Vous avez été signé par ce label belge dans la foulée de Front 242 ?

JM : C'est plus compliqué que ça. On a d'abord suivi Front chez Himalaya. Ensuite, Himalaya est devenu Another Side. Et puis seulement Played Again Sam. Il y a une anecdote à ce propos :  à l'origine, ils nous avaient refusés.

En première écoute ?

P : On avait filé une démo à Kenny Gates et Michel Lambot, les fondateurs du label, et ils avaient refusé de nous signer.
JM : Ensuite Richard, de Front 242, monte dans la voiture de Kenny Gates, il insère une cassette et déclare: ‘Écoute, j'ai quelque chose de bien à te faire découvrir’.

Et c'était ça ?

JM : Oui. Et il a trouvé ça très bien. Et il a demandé : ‘Qu'est-ce que c'est ?’

Eh bien, c'est ce que tu viens juste de refuser (rires) !

P : C'est le groupe que tu as refusé il y a une heure.

Kenny, si tu nous lis.

JM : Merci à Richard.

Merci à Richard, en effet !

P : Richard nous aimait beaucoup. Il venait voir tous nos concerts à nos débuts. Il voulait absolument devenir notre manager.

Avant même de rejoindre Front ?

P : Absolument ! Il venait régulièrement nous voir. Il connaissait les paroles des chansons par cœur. Il s’était proposé : ‘Je veux être votre manager, il faut absolument que vous explosiez!’.
JM :
Mais, une semaine après, il intégrait Front 242.

Tu vois à quoi ça tient ! Ne s’est-il pas produit sur scène une fois en votre compagnie ?

P : Oui, mais c'est plus tard. C'était encore une histoire impliquant la Jaguar rouge. On était allés été chercher Daniel à Bruxelles. Le concert de Front était programmé dans le Limbourg. Il y avait des embouteillages. Quand on est arrivés là-bas, Richard a déclaré : ‘Non, tu es en retard. Moi, je ne veux pas jouer.’ Pour emmerder Daniel, il a ajouté : ‘Je vais me joindre à Parade Ground sur scène’. Et il l'a fait. Ensuite, Daniel a trouvé les bons arguments afin que Richard rejoigne quand même Front pour le concert suivant.
JM : Nous étions des futuristes. Il faut rouler très vite en voiture pour s'envoler jusqu'à la lune.

Et donc, on arrive au disque “Dual Perspective”, qui contient vos deux plus grands hits. On a déjà parlé de “Moans”. Il y a aussi “Gold Rush”, sur ce 12 pouces. C'est bien un 12 pouces ?

P : Oui, tout à fait. Il est paru sur Play It Again Sam.

Maintenant, parlons des autres sélections. Vous avez aussi choisi Joy Division, ce qui est parfaitement logique. Le morceau “A Means to an End”, extrait de l'album “Closer”, paru en 1980.’

JM : C'est un ami journaliste, Philippe Carlot, qui nous l’avait conseillé, en ces termes : ‘Il faut absolument que vous voyiez ce groupe, il est formidable.’ Nous sommes allés les découvrir au Plan K, à Bruxelles, et le concert était très froid. Et puis, le son n'était pas au point. Pourtant, en rentrant chez moi, j’ai revu mon jugement et j'en ai conclu : ‘C'est le concert le plus génial que j'ai jamais vu’.

C'était le concert où Cabaret Voltaire était également à l’affiche ?

JM : Non, c'était l'autre concert au Plan K, aux côtés de Digital Dance.
P : Digital Dance, et l'excellent Stephan Barbery ! Très important pour nous. Il a réalisé toutes nos pochettes par la suite.

Et donc, le concert était génial ?

JM : C'est toujours le meilleur concert que j'ai jamais vu.
P : Nous avons pu écouter Joy Division au moment où ils amorçaient un virage électro.

Il y avait de plus en plus de synthés. Sur “Closer”, la moitié est post-punk et l'autre, c'est déjà de la wave synthétique.

P : C’est exact !
JM : On sentait bien qu'ils voulaient évoluer.

Et Jean-Marc, quels sont tes souvenirs de ce concert ? Tu te remémores encore de l’attitude de Ian Curtis ?

JM : Il était extraordinaire, effervescent. Je dis toujours, c'était une aspirine effervescente dans de l'eau. Il était vivant, émouvant, il sortait de lui-même. C'était extraordinaire.
P : On se souvient aussi que c'est là que nous avons rencontré Annick.

On parle ici d'Annick Honoré, la compagne ‘extra-conjugale’, du chanteur de Joy Division, Ian Curtis. Elle travaillait à l'ambassade ? Ou déjà au sein du label à ce moment-là ?

JM : Oui, elle bossait chez Another Side.
P : Je la vois encore, il y avait des grandes tables et elle se chargeait des entrées.
JM : Il y avait une ambiance incroyable dans cette salle. Par la suite, nous avons été très proches d'Annick, qui était pour nous comme un ange.

On la regrette encore aujourd'hui.

P : Oui, vraiment.

Je l'ai connue plus tard. Un jour, je l'ai rencontrée au Botanique et je lui ai dit : ‘Il n'y a pas à dire, mais elle me botte, Annick’ (rires).

P : Bravo, ha ha ha !

Et après Joy Division, vous avez choisi Section 25 et le morceau “Haunted”.

P : C'est mon groupe préféré. Les frères Cassidy, c'était quelque chose !

“Haunted” est extrait de leur premier album, paru sur Factory Records et produit par Martin Hannett.

JM : Le même producteur que Joy Division.

Passons maintenant à votre période “Rosary”. Ainsi, on respecte la chronologie. Car après Play It Again Sam et l'album “Cut Up”, il y a eu, je crois, un hiatus dans la carrière de Parade Ground. Et ce, jusqu'en 2007. Est-ce bien exact ?

P : Oui, mais concernant cette période, on doit évoquer des albums de Front 242, “Up Evil” (NDR : “06 :21 :03 :11 Up Evil”) et “Off” (NDR : “05 :22 :09 :12 Off”), auxquels nous avons participé, en 1993.
JM : En fait, nous étions un peu fâchés contre PiaS, parce que nos ‘grands frères’, Front 242, nous avaient laissés tomber. Nous n'avions plus de label.

En outre, le problème de PiaS, c'est qu'ils ne distribuent pas assez de Pias-tres... (rires)

P : Oui, Phil (rires). Quelques années plus tard, Daniel nous a appelés pour nous demander de concevoir les paroles et les mélodies vocales des albums “Up Evil” et “Off”, de Front. C'était un travail considérable parce que Jean-Marc, quand il commence quelque chose, il y va à fond !
JM : Oui, et puis surtout, Daniel, de Front, était derrière moi pour me dire : ‘Plus dur, encore plus dur !’.
P : Daniel taillait dans les paroles. Je me souviens d'un mot, c'était : ‘I confess’. Il justifiait : ‘Non, ça fait trop penser à 'fesses' ! Tu enlèves’ (rires).
JM : Donc, on a travaillé énormément.

Il est dur, Daniel.

JM : Il est exigeant avec les autres comme il l'est avec lui-même.

P : Ils étaient aussi en bisbille au sein de Front. Richard et Jean-Luc étaient fâchés à mort parce qu'on nous avait demandé d’effectuer leur travail. C'est vrai qu'ils n'y parvenaient pas. Mais, si on leur avait donné un peu plus de temps, à mon avis, ils y seraient parvenus. A la fin du processus, il y eu une scène incroyable. Il fallait entériner officiellement les paroles que Jean-Marc avait écrites. On les a donc reçus chez nous, autour d'une grande table, et Patrick Codenys était assis au bout de cette table. Il tenait un marteau. Et, à chaque fois, il prononçait le titre d'une chanson et, ensuite, criait : ‘sold !’. Et il tapait du marteau sur la table (rires).

Si je comprends bien, dans les titres dont vous avez partagé la composition, il y a ‘Religion’ ?

P : Bien sûr.

Ça, c'est énorme ! C'est quand même un titre très connu.

P : Oui, c'est le plus connu de cette époque-là.

Qui a fait quoi dans la composition de “Religion” ?

JM : ‘Let me burn you, let me burn you, let me burn you down’.
P : Jean-Marc a composé les mélodies vocales et a écrit le texte. Et le reste, la musique, c'est Daniel.

Uniquement Daniel ?

P : Oui, en général, c'était exclusivement Daniel et Patrick ajoutait des sons.

Il intervenait un peu comme un architecte sonore ?

P : Oui, principalement.

Mais le musicien, c'était Daniel. Les autres ne connaissaient pas vraiment la musique, les harmonies.

P : Non, et puis, je te dis, pour cet album, les autres n'étaient pas très impliqués.
JM : On a prétendu que nous étions riches, car nous avions travaillé sur deux albums de Front.

Les paroles et les mélodies du chant, représentent au moins 50% des droits, non ?

P : Normalement, on avait droit à 50%, mais finalement, on n'a obtenu que 3% ! Ils avaient des accords et comme les patrons du label étaient leurs amis, ils se sont arrangés entre eux.

Et en parlant de “Religion”, puis-je vous questionner sur votre séjour au monastère ?

JM : Bien sûr. Après tous ces événements, nous étions dégoûtés du milieu de la musique; on ne voulait plus rien entendre. Et j'ai ressenti un appel. Donc, nous avons intégré une communauté religieuse en France, en Haute-Marne, où nous sommes restés pendant deux ans. On y a passé des moments formidables. On devait suivre le mode de vie des moines.

Le régime devait être spartiate.

P : Effectivement ! On assistait à la messe, aux aurores. Mais le plus chouette pour nous, c'est que mon neveu connaissait une dame qui possédait les clés d'une petite église de village. On a donc eu la possibilité d'y enregistrer.
JM : Le père abbé était très, très gentil et très ouvert. Il nous laissait vraiment faire ce qu'on voulait. On composait de la musique gothique dans ce lieu magique, qui date du XIVᵉ siècle.
P : Je jouais de la guitare et du synthé, en bénéficiant d'une acoustique inouïe. On y a enregistré les prémices de l'album “Rosary”. Pour moi, c'était la perfection. Vraiment, il n'y a pas un défaut dans cet album. Peut-être le son, qui aurait pu être meilleur, mais c'est tellement riche. Il y a des trouvailles partout, des préludes, des intros, des outros. Voilà. C'est pour notre retour. On aura pris une pause d'environ 10 ans.
JM : Et là, nous sommes très loin de “Gold Rush”.

C’est ce que j'allais dire.

JM : C'est carrément de la musique industrielle.

Le changement de style musical est, en effet, assez significatif. Il part d'une cold wave EBM, même synth-pop pour se diriger vers quelque chose d'industriel. On vous compare souvent à Front, mais perso, j’estime que votre première période est plutôt proche du style de Trisomie 21, voire de Joy Division. C'est un patchwork. Il y a même du Tears for Fears dans la voix.

P : Oui, tout à fait.

On y décèle également des traces d’Eyeless In Gaza.

P : Wow ! C'est un compliment !

La voix affiche ce côté 'high pitch voice', très synth-pop quelque part, combiné à une cold-wave très profonde et des éléments EBM, c'est unique. Il n'y a personne d'autre qui offre ce spectre-là.

P : On nous a souvent comparé à The Cure mais...

Non, ça n'a rien à voir avec The Cure.

P : Et donc, nous étions encore au monastère lorsque nous avons reçu un coup de téléphone de Dirk Ivens, qui nous a proposé de revenir et de jouer au BIM Festival.

Organisé par son acolyte, Peter Mastboom.

JM : Des Juggernauts.

Dès lors, vous avez aussi enregistré pour son label, Minimal Maximal.

P : Pour l'album “The 15th Floor”.
JM : Dirk a toujours été un grand fan du groupe. Et au début, il avait assisté au premier festival où nous avions gagné un prix et il nous avait transmis du courrier de fans. Des véritables lettres enflammées. Nous les avons conservées et quand il est venu manger à la maison, de nombreuses années plus tard, on lui a donné les lettres.

Il a dû être content. On a une pensée pour lui parce que sa santé n'est pas au top pour l'instant, mais apparemment, ça va.

P : Croisons les doigts !

On en vient aux prochains concerts, qui se dérouleront en Belgique pour l’anniversaire de la formation, car vous fêtez, cette année, les 45 ans d'existence de Parade Ground !

JM : Ben oui !

Vous serez tête d'affiche du Festival ‘TwoFourThree : the next generation’, à Bruxelles.

P : Oui, l'affiche programme aussi Krieg-B, Extra Bleu Ciel...

Extra Bleu Ciel qui est un projet soutenu par Fernando Wax, de Red Maze Records ! Ils sont présents sur la dernière compilation du label de notre émission WAVES. 

P : Extra Bleu Ciel, c'est de la minimal synth ; c'est vraiment superbe. Très mélodique, très beau.

Les voix sont superbes.

Fernando Wax (WAVES) : C'est un duo : Sadie et Nora.
P : Il y aura aussi Camy Huot, Bad Time et Mi6. Il se déroulera au Drink Drink le 11 avril.

Là où se produisent les soirées So New Wave.

P : Effectivement. On va écouter et regarder ces concerts ! Krieg-B, c'est vraiment de l'EBM pur.

Mi6, c'est le groupe d'un des membres de Factheory ? Dominique Nuydt ?

P : Absolument ! Dominique. C'est le bassiste de Factheory. La musique est davantage orientée Kraftwerk.

Et il y a l'autre concert du côté de Mons, à Hautrage, organisé par Olivier, d'Alterprod. Au Canal 10.

P : De nouveau en compagnie de Krieg-B.
JM : The boys are back in town...

Un morceau de Thin Lizzy ! Datant de 1976 ! Chanté par Phil Lynott, la tête de linotte (rires) !

P : Oui, la tête de Linotte.

Et donc, si on respecte la chronologie, après 2007, après Dirk Ivens ?

P : Vu que nous avions énormément composé lors de notre séjour dans le monastère, la suite de “Rosary” était prête à être publiée. C'est notre nouveau label, VUZ Records, qui a sorti “Sanctuary”.

JM : Et ensuite « Ora et Labora ».

Et là, on arrive à 2025, où vous avez sorti deux releases.

P : Exactement. D'abord, “The Hidden Side”, paru chez Dark Entries.

Et “Heaven With Care” !

P : Dark Entries est très important pour nous. On aime tellement Josh Cheon (NDR : le fondateur du label).
JM : Malheureusement, nous avons été refusés aux États-Unis, à cause des problèmes mentaux dont j’ai souffert dans le passé.
P : Oui, c'est une histoire de dingue. Nous devions accomplir une tournée, il y a 3 ans. Les Américains étaient prêts à payer les avions, les hôtels, tout. Il s'agissait de 10 dates, tu imagines, des têtes d'affiche de festivals et tout ça. Mais on a été bloqués à l'entrée.
JM : Ils se sont renseignés. Je ne sais pas comment ils sont parvenus à savoir.

Les fédéraux ont accès à tout, via la NSA et le FBI. Tu es vraiment screené dans tous les détails. C'est la procédure depuis 2001, depuis le Terrorist Act.

P : On avait dû remplir des documents. Parmi les questions, il y avait : ‘Venez-vous aux États-Unis pour tuer le président (rires) ?’
JM :
Bien sûr, on ne vient rien que pour ça.
P : L'Ambassade des États-Unis à Bruxelles a contacté le psychiatre de Jean Marc.

Big Brother is watching you ! Mais vous avez quand même réussi à sortir quelque chose chez Dark Entries finalement...

P : Oui, deux albums. D'abord “The Golden Years” est paru il y a quelques années.

Une compilation !

P : Oui, une compilation comprenant tous les morceaux les plus connus. La spécificité de ce label-là, c'est vraiment d'aller chercher des vieilles démos, des bandes en mauvais état et de les ressortir. Et pour les 20 ans du label, il nous avait aussi demandé un morceau pour sa ‘compile’. L’an dernier, il a sorti “The Hidden Side”.

Et ensuite, “Heaven With Care”, paru chez VUZ.

P : Qui réunit les premières démos de tous nos morceaux les plus connus.

Ainsi que des inédits.

P : Notamment “A message to Europe (for the dreamers)”.

De quand date cette démo ?

P : De 1982.

45 ans plus tard, cet inédit de Parade Ground est disponible sur Bandcamp. C’est fou, non ?

P : Oui, tout à fait.

Concernant Wire, vous avez sélectionné “I Should've Known Better”. Pourquoi avoir choisi un titre composé et chanté par Graham Lewis ? Et pas par Colin Newman ?

P : Parce qu’i s’agit de notre morceau préféré de Wire.

On cite souvent “The 15th”.

P : Il passe trop souvent à la radio. En fait, tout le catalogue de Wire pourrait y être diffusé (rires) !
JM : Il existe une interview de Robert Smith, dans laquelle il déclarait que, le jour où The Cure serait plus grand que Wire, ils arrêteraient. Et quelques années après, les gars de Wire sont allés à la rencontre des musiciens de The Cure pour leur demander quand ils arrêteraient (rires) ?
P : C'était lors d'un concert de The Cure - je pense - accordé à Forest National, qu’on était allé conduire les membres de Wire, dans la Jaguar rouge. Et, sur place, on est allé dans les loges et c'était impressionnant de voir les gars de The Cure et Wire parler et rigoler ensemble. Un moment fou !

Si on s’attarde sur la remarque de Robert Smith : je crois qu'il a souvent tendance à livrer de telles déclarations.

P : Ah bon ?

Oui. Il avait aussi eu ce type de discours pour And Also The Trees. Vous savez sans doute que c'est grâce à The Cure qu’AATT a pu sortir son premier disque ?

P : Non, je l’ignorais.

Eh bien, à ce moment-là, Robert s’était fendu de propos du style : ‘Vous êtes nettement meilleurs que nous!’ Je crois qu'il pratique très bien l'understatement, en toute modestie.

Fernando Wax : Nous qui vivons la wave aussi depuis plus de 40 ans, on a constaté que Bruxelles était, à une certaine époque, carrément une sorte d'épicentre de la scène. Et, pour les jeunes générations, il est important de rappeler que des groupes comme Front 242 et Parade Ground ont transformé la musique. L'EBM et la musique bruxelloise ont permis l'éclosion d'autres types de musique électronique dans le monde, qui ont toujours un impact aujourd'hui. Alors, comment vivez-vous cet impact que vous avez exercé sr autant de générations ?

JM : Nous donnons tout comme si c'était la dernière fois, que ce soit sur scène ou en studio.

Mais êtes-vous conscients de cet impact ?

P : Oui, bien sûr. Mais il nous surprend et nous émeut toujours énormément. A Stockholm, récemment, des gens témoignaient : ‘“Moans”, a une réelle importance pour nous’. On comprend difficilement, car ce morceau est très abstrait. Et, à Stockholm, on a vraiment apprécié, car le public était jeune.
JM : A Paris, aussi, il y a énormément de jeunes de 15 ou 16 ans qui assistent à nos concerts. Ils se comportent comme de nouveaux convertis, très enthousiastes. Ils connaissent toutes les paroles.

P : Pour nous, les deux meilleurs publics, on les rencontre à Paris et Barcelone.

FW : À l’Ombra Festival ?

P : Oui. Nous étions en tête d'affiche le premier jour. Et le public était incroyable. Vraiment, j'avais presque la chair de poule. J'amène le matériel sur scène, je branche le tout et les gens viennent me toucher.

Il faut quand même informer les gens qui ne vous connaissent pas bien que vos concerts sont extraordinaires. Je me souviens du festival Summer Darkness, en 2012. Je ne vais pas tout déflorer parce que c'est bien de découvrir et d'avoir la surprise, mais ce sont des shows uniques et complètement... dada (rires) !

P : Merci.

Dada, comme le Dadaïsme ! C'est un chaos organisé. Mais je n'en dis pas plus. Allez les voir en concert !

P : On essaie de surprendre le public à chaque fois. J’imagine d'autres chorégraphies. On essaye de faire évoluer les morceaux, d’amener des 'backings' différents et de dénicher des nouvelles idées. C'est ce qui nous permet de continuer dans la durée, je crois. Nous essayons de faire évoluer le groupe malgré tout.

Merci à vous pour cette interview ! C’était vraiment un honneur de vous recevoir. Et on encourage les gens à acheter vos albums, où que ce soit, et à aller assister à vos concerts. Et acheter le livre. Oui, n'oublions pas le bouquin. On peut le commander chez VUZ Records. Thank you, guys.

P : Split up.

JM : Cut up.

Pour célébrer ses 45 ans, Parade Ground se produira :

- le 11 avril au festival 243 au Drink Drink à BXL - organisé par Inclassablevents & So New-Wave

- le 2 mai au Canal 10 à Hautrage - organisé par Alterprod

Pour écouter l'interview de Parade Ground diffusée dans l'émission de radio WAVES, c'est  (part 1) et (part 2).

 

L'édition 2026 du festival “Les Nuits” se tiendra au Botanique à Bruxelles du 14 au 31 mai prochains. Plus de 100 groupes ou artistes se succèdront sur les 3 scènes prévues, confirmant la place majeure occupée par cet événement du centre culturel de la communauté française.

Fred Maréchal, le directeur général, a confirmé, lors d'une conférence de presse, que, fidèle à son ADN, “le Bota misera plus que jamais sur les sons émergents, tout en appliquant sa philosophie basée sur l'artisanat”. Priorité, donc, à la découverte de nouveaux talents avec un accent sur les artistes locaux au travers de créations exclusives et de résidences. La formule tarifaire de type 'festival', testée l'année passée, est reconduite, ce qui signifie que les festivaliers auront accès, grâce à un ticket unique, à toutes les activités de la journée en question.

En lever de rideau, le 14 mai, la Garden Party, fête printanière annuelle en plein air, proposera des rythmes venus du monde entier, en collaboration avec les labels Club Romantico et Nyege Nyege.

Le volet metal des Nuits, appelé Obsidian Dust, pour sa 2e édition, d'étendra sur deux jours en mélangeant sludge, stoner, noise, psyché et doom et ce, en symbiose avec Metadrone. Red Fang et YOB mèneront la danse funèbre.

Le 21 mai, la soirée hip-hop francophone proposera la révélation Ino Casablanca, Jeune Morty, Mandyspie, LinLin, et Angie. Le lendemain, la pop sera à la fête avec, entre autres, Swordes, la nouvelle Grimes, Mura Masa et Danny L Harle.

Place ensuite au “coeur de métier” du Bota: l'indie-rock / postpunk, teinté d'expérimental. Epinglons les wavers biélorusses de Molchat Doma, la tête d'affiche shame, les krautrockers Suuns et Stonks. Ces derniers, originaires de Bruxelles, ont livré un mini-set puissant, progressif et très 'noisy' lors de la conférence de presse. A suivre!

Le 24 mai sera consacré à la crème de la crème de la pop hexagonale et braquera les projecteurs sur Solann, prix de la révélation de l'année aux Victoires de la Musique, la Bruxelloise Camille Yembe et, surtout, Flora Fishbach, une fidèle du Bota, qui proposera un spectacle centré sur l'aspect visuel avec des danseurs et une bande-son remixée façon clubbing.

Cap vers le Brésil, ensuite, avec l'artiste brésilienne du moment, Liniker, flanquée de Mari Froes. Au programme: soul exquise, jazz raffiné et sons captivants. Le lendemain, Les Nuits célèbreront les 50 ans du punk, en mettant à l'honneur Model/Actriz, Maria Iskariot et, en tête de gondole, The Garden, le duo américain qui mélange punk et théâtre, des basses et une attitude débridée.

Retour à l'indie-pop le 18 mai grâce à la star bruxelloise Iliona, la régionale de l'étape, qui jouera pour la première fois au Bota. Ce même jour, Gala Dragot ravira les mélomanes grâce à son jazz pop intemporel, qui fit sensation lors du showcase accordé pendant la conférence de presse et ce, en dépit de cordes vocales diminuées par la maladie.

Après une journée orientée électro et jazz expérimental, la programmation du dernier jour fera la part belle à l'électro-avant-garde-pop. Le duo norvégien visionnaire Smerz apportera une touche scandinave et tant Nick Léon qu'Oli XL feront danser les fans sur les rythmes les plus avant-gardistes du moment. Une “mégateuf” pour clôturer le festival en beauté.

Comme chaque année, Les Nuits proposeront des créations exclusives, développées grâce au soutien du Bota et de la Sabam. Citons Cazaar, un projet ponctuel reposant sur la collaboration entre Amaury Louis (marcel) et Pierre Leroy (Pierres). On peut s'attendre à un spectacle complètement “barré” et à une musique mêlant mélodies sucrées, dissonances surprenantes et influences ultra variées — des Beatles à Brigitte Fontaine, des Choeurs de l’Armée Rouge à Bertrand Belin. A découvrir!

Rappelons enfin les résidences que le Bota offre à une série d'artistes ou groupes. Cette année, il s'agit d'Alice George Perez, cheapjewels, Camille Keller, Gala Dragot, Forsissies, Lipstick Music, Stonks, Margaret Hermant, ANJEES G.G, Sura Sol et Tuesday Violence.

Pour consulter le programme complet et acheter ses tickets, c'est ici: https://www.lesnuits.be/

samedi, 21 février 2026 11:32

Une dream pop aux accents new-wave et garage

Requin Chagrin, c’est le projet de la chanteuse et multi-instrumentiste française Marion Brunetto. Depuis ses débuts en 2014, elle tisse une dream pop où la new wave, le shoegaze, le surf rock et une pointe garage se mêlent à la perfection. Ce soir, elle dévoile, en avant-première, son nouvel album, « Décollage », prévu pour le 27 mars.

En ouverture, le groupe bruxellois Turquoise, mené par Sarah Boom et Maxime Wathieu, est chargé de chauffer la salle. Voix féminine aérienne, dream pop teintée de new wave, compositions ciselées : tout s’aligne avec une précision rare. La présence scénique est magnétique et le son limpide. Maxime Lombaerts, à la guitare, déploie un jeu cristallin qui évoque parfois Charlie Burchill de Simple Minds – référence absolue. Turquoise prépare déjà la suite de son excellent elpee « Avant Demain », paru il y a un an et demi (page ‘Artistes’ ici). 

À 20h30 précises, Requin Chagrin s’empare de la Rotonde, pleine à craquer. Fidèle à sa retenue élégante, Marion Brunetto apparaît dans un style discret mais soigné : mèches blondes effleurant une chemise kaki, sa fidèle Fender Jaguar en bandoulière, architecte de sonorités vaporeuses.

Le set s’articule autour des nouvelles chansons de « Décollage », pour la plupart inconnues du public, hormis le single « Parachute ». Le risque est calculé, mais ces compos captent immédiatement l’attention. « For You » et « Cœur Joie » s’imposent avec une évidence naturelle, s’inscrivant dans la continuité sonore de la formation. On retrouve bien sûr l’empreinte d’Indochine (Nicolas Sirkis est le mentor du combo), mais aussi de La Femme, Cigarettes After Sex, Beach House, et aussi cette touche rétrofuturiste chère à Flora Fishbach.

Cherchant à se réinventer, Marion Brunetto a étendu sa palette aux textures électroniques. Le Roland Juno déroule ses ‘arpeggios’ pendant « Ultra-Fort ». Malicieusement, en introduction du morceau suivant, elle opère le lien en l'appelant « Séma...phore » ! Celui-ci incarne peut-être le mieux l’ADN du groupe : bedroom pop, guitares noyées de reverb, garage subtil. Il capte à merveille le 'zeitgeist' d'une jeunesse désenchantée. Le refrain, entêtant, est repris à l’unisson par une salle conquise.

Le son surprend par son parti pris 'shoegaze', parfois un peu sale. Là où Turquoise privilégiait la clarté, Requin Chagrin ose des résonances saturées dans les médiums, un mixage qui a la fâcheuse tendance de noyer la voix, mais fait merveille sur les titres les plus nerveux comme « BB ». Ce dernier clôt le set principal sur une énergie belle et tranchante.

En rappel, Marion livre une version épurée, seule en scène, de « Rose », une compo extraite du premier opus – un éponyme, paru il y a déjà onze ans. Et après « Volage », place à « Rêveries », une nouvelle épure carrément électro. Dans un geste inattendu, Marion se déplace soudain pour s’installer à la batterie ! (NDR : rappelons que c’était son premier instrument lorsqu'elle s'essayait aux fûts, à l'âge de 10 ans, sur « Boys Don’t Cry » de The Cure). L’effet scénique est ici saisissant. D'autant que la musicienne assure un max ! Un final en apothéose.

On regrettera, cependant, les remarques, qui paraissent un peu acerbes, adressées par Marion à ses musiciens, au fil du concert. Sans doute une forme de taquinerie? Rappelons leurs noms, car ils ont fourni une prestation remarquable: Gaël Etienne (guitare et claviers), Joseph Deschamps (basse) et Axel Le Ray (drums).

Au sortir de la Rotonde, on emporte l’image d’un concert aérien, lumineux et onirique – comme le songe d’un requin glissant dans les eaux profondes de la Méditerranée...

Setlist :

Décollage

Parachute

For You

Coeur Joie

Adelaïde

Mauvais Présage

Love

Forever

Déjà Vu

Altitude

Ciao Rubello

Ultra-Fort

Sémaphore

BB

Rappel :

Rose

Volage

Rêveries

(Organisation : Botanique)

 

vendredi, 20 février 2026 10:58

Parade Ground fête ses 45 ans!

On les appelle “les petits frères de Front 242”. C'est vrai qu'ils sont longtemps restés dans l'ombre des légendaires créateurs de l'EBM (Electronic Body Music) mais ça ne les a pas empêchés de faire une remarquable carrière et de devenir, eux aussi, un groupe “culte” jusqu'au-delà de nos frontières.

Parade Ground a été formé en 1981 par les frères Jean-Marc et Pierre Pauly. Pionniers de la cold wave et de l'EBM, ils sortent leur premier single, « Moan On The Sly », en 1983 et sont restés actifs jusqu'à aujourd'hui. Notons qu'entre 1988 et 2007, le duo s'est consacré à d'autres projets artistiques comme l'écriture et les arts plastiques, ainsi qu'à la composition pour Front 242 (albums “Evil” et “Off”). Leur style combine une cold-wave glaciale et radicale avec une synth-pop dansante, caractérisée par des rythmes incisifs et des mélodies synthétiques, le tout soutenu par une esthétique visuelle dadaïste et des éléments plus 'industrial'. En plus de Front 242, ils ont régulièrement collaboré avec Colin Newman (de Wire). Leur chanson “Moans” a été utilisée à 3 reprises dans des films hollywoodiens, notamment dans “Little Sister” (2016).

Pour célébrer ses 45 ans, Parade Ground jouera:
- le 11 avril au festival 243 au Drink Drink à BXL - Event page - organisé par Alterprod;
- le 2 mai au Canal 10 à Hautrage - Event page – organisé par Inclassablevents & So New-Wave.

Pour gagner des tickets gratuits, rendez-vous ici!

Pour écouter l'interview de Parade Ground diffusée dans l'émission de radio WAVES, c'est ici.

 

Après “Val Synth”, un des meilleurs albums de 2025, Flora Fishbach annonce la sortie d'un nouvel EP, au coeur duquel on trouve une reprise d'une compo de Michel Jonasz qui date de 1981: “Je voulais te dire que je t'attends”. Comme à l'habitude, la voix de la belle ardennaise est envoûtante et nous entraîne dans les tourbillons de l’amour sur des rythmes digitaux, influencée par la pop synthétique des années '80.

Flora magnifie comme personne la douce mélancolie du classique de Michel Jonasz. Il semble avoir été écrit pour elle tant elle en incarne les mots avec sincérité. “Je souhaitais depuis longtemps la reprendre car c’est à mon cœur l’une des plus belles chansons françaises. Et j’ai voulu y ajouter ma sensibilité de femme qui aime danser sur ses mélancolies”, confie-t-elle. Les autres titres du EP sont “Homme du feu”, un mantra qui se répète à l’infini pour finir par s’épanouir, tout en douceur. “Je suis fière d’être de ce monde malgré l’incendie”, glisse Flora. Le disque se clôt sur le cinématographique “Absolument fabuleux”, une balade éthérée qui parle des faux paradis technologiques qui nous entourent.

Flora a elle-même co-produit les trois titres avec l’aide de Nicolas Borne (Acid Arab). Elle se produira aux Nuits Botanique, à Bruxelles, le 24 mai prochain. Elle sera également au Zénith de Paris le 17 mars 2027.

“Je mettrai mon cœur dans du papier d'argent
Mon numéro d'appel aux abonnés absents
Mes chansons d'amour resteront là dans mon piano
J'aurai jeté la clé du piano dans l'eau
J'irai voir les rois de la brocante
"Vendez mon cœur trois francs cinquante"
Tu savais si bien l'écouter
Que ma vie s'est arrêtée
Quand tu m'as quitté(e)...”

Tracklist:
EP « Je voulais te dire »:
1. Homme du feu
2. Je voulais te dire que je t'attends
3. Absolument fabuleux

 

Quel chemin parcouru pour Anna von Hausswolff ! Depuis ce concert en septembre 2013 au Théâtre Américain, en première partie de Wire, où la Belgique l'avait découverte. L'artiste suédoise est aujourd'hui devenue une des figures de proue de la musique alternative et ce, à l'échelon international. Ce soir, elle vient défendre son nouvel opus et le Trix est comme un chaudron qui bruisse dans l'expectative d'un moment magique.

Il revient à Rylander Löve d’ouvrir le bal. Cette saxophoniste et compositrice, également suédoise, milite au sein du groupe qui accompagne Anna sur scène. Au cours de sa prestation, elle explore les frontières entre le jazz, l'improvisation, la musique électronique et la pop expérimentale. Ses paysages sonores sont complexes et mélangent des éléments tant acoustiques qu'électroniques. Une musique riche, affranchie des conventions, qui ouvre les sens et stimule l'esprit. Une excellente ‘mise en bouche ! ‘ (Page ‘Artistes’ ici)

L'arrivée d'Anna von Hausswolff transforme l'atmosphère, la faisant passer de l'apesanteur à une intensité bouleversante. Décrire cette musique relève de la gageure. L'art-pop s'y mélange aux accents gothiques, aux atmosphères ambient/prog et aux rythmes tribaux, le tout baigné dans un esprit boréal et une profondeur quasi mystique.

L'écrasante majorité des titres de la setlist sont tirés de l'album “Iconoclasts”, sorti en octobre 2025. Cette œuvre colossale et sombre prend une dimension encore plus immense en 'live'. Sur les planches, Anna trône sur un podium, flanquée de ses synthés et d'un instrument étrange, monté sur pied. On dirait une harpe de cristal, mais c'est en fait un 'cantiga organetto’, un harmonium à tubes dont elle joue avec la main droite, tandis que la main gauche actionne le soufflet. C'est en voyant une Belge, Catalina Vicens, en jouer qu'Anna est tombée amoureuse de cet instrument.

Dans le premier titre, “Consensual Neglect”, un instrumental ambient expérimental, c'est le saxophone de Rylander Löve qui ouvre les hostilités. Pendant près de 3 minutes, l'instrumentiste construit des loops de sons qui forment un véritable mur sonore, au-dessus duquel les autres musiciens viennent poser leurs arabesques, le tout culminant dans un paroxysme final impressionnant.

Caractérisé par ses accents solennels, “Facing Atlas” permet au public de découvrir la voix d'Anna von Hauswolff. Planant très haut dans les aigus, elle est puissante et incroyablement claire. Affûtée comme un glaive, elle transperce aisément le voile des autres instruments pour venir toucher le spectateur au plus profond de son âme. Des moments de pop inattendus surgissent, notamment lorsque le concert s'attarde sur “Stardust”, où une douce mélodie plane comme un voile fantomatique au-dessus des têtes. D'autres morceaux, comme "Aging Young Women", offrent une beauté délicate et poignante qui plonge la salle dans un silence absolu.

L'artiste va sur ses 40 ans mais, en ‘live’, elle apparaît encore comme une jeune adolescente, fragile, la queue de cheval de sa chevelure blonde virevoltant au rythme de ses mouvements. Le premier moment phare du concert est atteint grâce à un tour de force : “The Mysterious Vanishing of Electra”, extrait de “Dead Magic”, considéré comme son meilleur opus. Anna descend de son podium, se place au-devant de la scène et entame à la guitare électrique le premier accord en mi mineur de cette composition hallucinante. La rythmique est tribale et les fans entament un headbang lent et cérémonial. La puissance des arrangements évoque évidemment Swans, une formation dont Anna a souvent assuré la première partie. La voix de la belle valkyrie est ici envoûtante, alternant entre une noirceur presque infernale et la plus éclatante des lumières. On assiste à une cérémonie chamanique, un rituel alchimique de purification et l'auditoire frissonne tant l'émotion est palpable.  

Mais ce n'est pas fini ! Il y a encore cette terreur, “Ugly and Vengeful”. Dépassant les 16 minutes, le morceau donne l'impression de sombrer lentement dans la folie, une descente inexorable portée par des percussions qui martèlent et de vastes nappes d'orgue. La voix de von Hausswolff, incantatoire, rappelle par moments celle de Lisa Gerrard. Elle oscille entre dévotion et pure démence. L'intensité est bouleversante. La puissance sonore est tout simplement stupéfiante. Orgue, synthétiseurs, basse et batterie tonitruante s'entrechoquent en vagues déferlantes. Un final qui fait littéralement vibrer la coque métallique du Trix.

Le rappel nous permet de redécouvrir “Funeral For My Future Children”, un titre au rythme de valse datant de 2012, interprété "pour les anciens fans". Comme “Facing Atlas”, c'est une marche funèbre, qui évoque “Atmosphere”, de Joy Division. Enfin, “Struggle With the Beast”, traversé par son riff répétitif au saxophone, clôture en apothéose ce concert simplement... époustouflant. En ce 30 janvier, la messe est déjà dite : on vient déjà d'assister au meilleur concert de 2026...

Playlist :

Consensual Neglect
Facing Atlas
The Mouth
The Whole Woman
The Iconoclast
An Ocean of Time
The Mysterious Vanishing of Electra
Stardust
Aging Young Women
Ugly and Vengeful

Rappel :
Funeral for My Future Children
Struggle with the Beast

Crédits photos :

Willem Schalekamp
Niko Schmuck

(Organisation : Trix)

 

Le supergroupe belge Wolvennest frappe fort en cette fin d'année 2025 ! La meute infernale est de retour pour un double album intitulé “Procession”. Une bombe de psyché/doom, sortie sur Consouling Sounds. Au programme : guitares massives, thérémines hypnotiques, atmosphères oppressantes, riffs hyper-mélodiques, le tout enveloppé par la voix envoûtante de Shazzula. Le 3 décembre dernier, WLVNNST a célébré ce nouveau release au cours d'un concert hallucinant, accordé au Botanique, à Bruxelles. Une cérémonie d'une puissance ahurissante, qui a emmené les fans dans un sombre voyage alchimique à la recherche de la lumière.

En octobre dernier, Musiczine a eu le privilège de rencontrer Shazzula, la grande prêtresse préposée au chant et au thérémine, flanquée de Corvus von Burtle, guitariste et compositeur. Les autres membres du collectif étaient présents en esprit : Marc De Backer à la guitare solo, Michel Kirby à la guitare, Estéban Lebron-Ruiz, alias VaathV, à la basse et Bram Moerenhout à la batterie.

Le nouvel opus, “Procession”, est double. Ça veut dire que vous avez eu plus de liberté pour construire des longs morceaux ?

Corvus von Burtle : Oui, mais je crois de toute façon que c'est la nature du groupe de sortir des doubles albums. La plupart de nos LP sont des doubles. “The Dark Path to the Light”, paru il y a 2 ans, était unique, car nous étions particulièrement éreintés, avant même de l'enregistrer. Pour une question de survie, on s'est, entre guillemets, contentés d'un simple. On a dû faire des choix assez difficiles, comme raccourcir certaines chansons. On s'est rendu compte que le format double était plus naturel, pour nous. On a besoin de place pour enregistrer de longues compos, car ça offre plus de liberté à tout le monde.

Peut-on affirmer que, sur les disques, figurent deux morceaux un peu plus accessibles ?

Corvus : Oui, clairement. La première chanson, “Another Nail”, est très accessible. Elle dure quatre minutes, ce qui, pour nous, est très court. Et puis “The Shadow On Your Side”, une compo que nous avons qualifiée d'’occult pop’ (rires).

C'est vrai qu'elle est plus rapide, et le rythme est un 4/4 'four to the floor'.

Corvus : Oui, c'est clairement volontaire. Les guitares ne sont pas pop, mais la structure de la chanson lorgne vraiment vers la pop.

Idem pour “Décharné” ?

Corvus : Oui ! En plus, dans “Décharné”, il y a quelque chose d'assez accrocheur dans le chant, surtout dans le refrain.

(fredonnant) ‘Loin de Toi, j'ai le Coeur Décharné’...

Corvus : Le refrain, c'était une idée de Kirby (NDR : Michel Kirby). J'avais écrit la chanson, mais sans refrain. Et c'est Kirby qui a eu l'idée de l’inclure. Il a déclaré : ‘Ça créera un lien avec les autres chansons’. Et, avec le recul, il avait totalement raison. Dans “Damnation”, il y a aussi un petit côté pop. D'une façon générale, ce qui est bien chez Wolvennest, c'est qu'il y a trois guitaristes-compositeurs; Quand l'un de nous propose une compo, les autres ont la possibilité d'apporter une idée destinée à modifier ou à enrichir le morceau, voire, parfois, à le transformer complètement.

Parce qu'au départ, c’est toi qui composais ?

Corvus : Au début, pour le premier album, réalisé avec Der Blutarsch, c'était principalement Kirby qui s’en chargeait. Puis on a évolué vers un système à 3 compositeurs. Mais, pour le dernier disque, Marc a indiqué :  ‘Je vous laisse les clés’. Il s'est concentré sur ses riffs et ses solos. Mais, de toute façon, même lorsque j’apporte une compo, je veille toujours à laisser de la place pour les autres. Je suis ouvert à des changements qui peuvent être radicaux.

As-tu un exemple où le changement est radical par rapport à la démo ?

Corvus : Parfois, c'est tout le rythme de la batterie qui change. Il y a des parties qui sont coupées ou des éléments qui sont rajoutés. Par exemple, “The Shadow On Your Side” a pas mal évolué. Kirby osé des choses que je n'aurais pas tentées. A nouveau, en prenant du recul, il a fait grandir la chanson. Ma version était encore plus accrocheuse. Lui, il a ajouté une partie mélodique qui est beaucoup plus dans l'esprit du Wolvennest 'classique'. Contrairement à l'album précédent, où on était tous sur la défensive, là, on a accepté de prendre le meilleur de chacun. Au niveau humain, c’est vraiment un album de retrouvailles.

Des retrouvailles 'post-Covid' ?

Corvus : Oui, parce le précédent avait été difficile, au niveau émotionnel. Cette fois-ci, on a fait table rase. Il est comme une renaissance. On y ressent l'énergie d'un premier album.

Vous auriez pu l'appeler “Rebirth” (rires) !

Corvus : On aurait pu, en effet !

Mais il s'intitule “Procession”. Pourquoi ? Parce que c'est la procession de la fin du monde ?

Corvus : Exactement.

En tout cas, la fin de l'humanité ?

Corvus : Ou de la démocratie, on verra.

Penchons-nous, maintenant, sur des morceaux que j'appelle les deux 'magnum opus' de l'elpee ou plutôt 'magna opera', au pluriel...

Corvus : Respectons les langues mortes (rires) !

D'abord, le morceau sur lequel figure, en 'special guest', la chanteuse polonaise Hekte Zaren.

Corvus : C'est “Tarantism” !

Un titre complètement dingue. Et pas uniquement grâce à Hekte Zaren. L'ambiance générale est fascinante. Et ‘tarantism’ est un mot qui évoque une espèce de danse folle: c'est bien ça ?

Corvus : Oui ! Au Moyen-Âge, il s’est produit un événement assez étrange : des gens se sont mis à danser de façon frénétique, sans discontinuer. Ce sont des faits qui sont documentés. Ils étaient pris dans un délire collectif.

Ou dans un abus de substances, parce la cause pourrait être la consommation de champignons.

Corvus : Certains sont morts d'épuisement dans cette histoire. J'espère qu'ils sont partis à la fin d'un beau 'trip' offert par Dame Nature ! En fait, la chanson est partie d'une idée de Kirby. Il s'était filmé chez lui, torse nu, en plein été, en train de marteler quelques notes répétitives à la guitare acoustique.

On l'imagine bien en train de faire ça (rires) !

Corvus : A fond ! En fait, j'interviens très peu, voire pas du tout, sur ce morceau. Et c'est un de mes préférés. J'aime aussi, parfois, être extérieur à une chanson. Ça fait du bien. Déhà, notre producteur, s’est immiscé pour salir un peu le son. Il a ajouté une guitare avec un gros effet 'Fuzz', agressif, pour durcir l'ambiance. Ensuite, on a envoyé la compo à notre amie Hekte Zaren, en lui disant : ‘Tu fais ce que tu veux’. Parce que c'est quelqu'un qui a un caractère très affirmé. Elle n'aime pas qu'on lui donne des ordres. Elle nous a envoyé ses pistes de chant assez rapidement. Et elle y prouve qu'elle est vraiment une très bonne chanteuse, voire la meilleure chanteuse de black metal.

A-t-elle une formation lyrique ?

Corvus : Bonne question. Je suppose ou alors elle est vraiment très douée naturellement.

Quel est le nom de son groupe ?

Corvus : Adaestuo. Ils sont responsables du meilleur concert de black metal auquel j’ai pu assister. C'était en 2019, aux Ateliers Claus, à Bruxelles. Un spectacle organisé par ‘A Thousand Lost Civilizations’. C'est le seul pour lequel il y a unanimité au sein de Wolvennest. On a tous adoré. Il s'était véritablement passé quelque chose de spécial dans cette salle quand ils ont joué. L'ambiance était glaciale et sulfureuse. C'était vraiment un moment magique.

Et le deuxième magnum opus, c'est “Famadihana”. Également un des morceaux les plus remarquables de l'album. Le thème est lié aux rituels funéraires, si j'ai bien compris. En Inde ? Ou à Madagascar ?

Corvus : A Madagascar. Mais pas mal de cultures déterrent les morts.

Ils les déterrent pour les rhabiller ?

Corvus : En Inde, ils les rhabillent. À Madagascar, ils les déterrent et ils les portent sur eux ! Aujourd’hui, c'est interdit. Mais ça ne va pas les empêcher de le faire. Si c'est leur culture, ils ont bien raison. Le problème ou la solution, c'est selon, c'est que ça peut provoquer des épidémies. Des cas de micro-épidémies de peste se sont déclarés, à cause de cette tradition. Le cas s’est produit en Mongolie, également. Dans cette chanson, on est parti du principe que ça causerait une purification de la race humaine...

Et la chanson a été composés en grande partie par qui ?

Corvus : J’ai amené la démo. Kirby a ensuite modifié la structure. Il a un peu raccourci la chanson, me semble-t-il, parce qu'on passe directement du couplet au refrain. Et Marc aussi a ajouté un très beau solo.

On peut souligner le travail de Marc sur l'ensemble de l'album. Ses mélodies à la guitare sont superbes. Et le son de son instrument tranche pas mal avec le côté black metal, vu que c'est plutôt un son pur, un son 'rock'. Il parvient à se créer une place au niveau des fréquences pour dessiner des arabesques qui nous emmènent très loin...

Shazzula : J'aimerais bien intervenir au sujet de Hekte Zaren. Quand elle envoie des messages vocaux sur les réseaux, elle chante. C'est assez dingue. Elle part à chaque fois dans un délire complet, mais heureuse. Heureuse et dark en même temps. Franchement, je la kiffe. Elle est terrible, cette fille.

Abordons maintenant le rayonnement international de la formation. On constate qu’il se développe bien. Vous avez joué au Roadburn, au Hellfest et dans pas mal de festivals. Comment envisagez-vous l'évolution du groupe?

Corvus : On s'est toujours exportés, depuis le début. Dans le style de musique qu'on pratique, si tu te limites à la Belgique, tu es mort.

D'abord, vous avez été signés par Ván Records, en Allemagne.

Corvus : Oui. C'était un bon choix, à l'époque, parce que les sorties de ce label correspondaient à ce qu'on proposait. Ils ont eu du flair pour trouver le bon groupe au bon moment. Ce qui nous a permis de jouer en Autriche, Allemagne, Lituanie, Islande, Angleterre, France, Pologne, Roumanie, République tchèque. En Wallonie, ça ne sert pas à grand-chose parce que, culturellement, ce n'est pas une région axée sur le métal. La Flandre comprend mieux ce style.

Et maintenant, vous êtes justement sur un label flamand : Consouling Sounds... Et vous ne passez plus par une agence de booking?

Corvus : Non, on n'a plus d'agence de booking. C'est plus simple, on n'a pas besoin d'intermédiaire. On dispose des adresses e-mail, tout simplement. En plus, on ne cherche pas à décrocher cent dates par an. Ça dévaluerait la musique.

Et, en plus, vous avez tous un boulot.

Corvus : Et on milite dans d'autres groupes aussi.

Votre but n'est pas de devenir un supergroupe qui se produit dans tous les festivals black metal du monde.

Corvus : C'est une question de choix. Certains cherchent à en faire leur métier. Dès lors, ils acceptent des compromis. En gros, ils deviennent des petites putes. Ils ne travaillent plus pour eux, mais pour un label ou une agence de booking. Leur musique devient automatiquement dénaturée. Et ils le savent. C'est un sacrifice qu'ils acceptent de faire.

Ils vendent leur âme.

Corvus : J'essaie de ne pas trop juger, même si j'ai prononcé le mot ‘pute’. À la limite, j'ai plus de respect pour une pute que pour des musiciens qui vendent complètement leur âme. Nous, notre objectif, c'est de réaliser des albums de qualité, qu'on pourra encore écouter avec fierté dans 10 ou 20 ans.

Avoir des occupations et un métier stable vous donne plus de liberté pour créer la musique que vous voulez vraiment faire.

Corvus : Il n'y a pas de secret. On enregistre quand on veut. On dispose de notre ‘Home Studio’. Ce qui explique pourquoi on n'a pas besoin de budget, non plus, pour enregistrer. Et on n’est pas obligés de se taper des centaines de concerts pour rembourser les frais liés à la production des disques.

On rappelle en passant le nom des autres membres du groupe. A côté de vous, on a déjà parlé de Marc, alias Mongolito, mais qui maintenant signe sous son véritable nom, Marc De Backer.

Shazzula : On n'oublie pas la basse et la batterie, qui constituent, quand même, des éléments capitaux. A la batterie, c'est Bram.

Corvus : Bram Moerenhout.

Et à la basse, un petit nouveau. Esteban ?

Corvus : Oui. Parce que, notre ancien bassiste, qui était présent depuis le début de notre histoire, John, était au bout du rouleau, tant physiquement que mentalement. Et Esteban, c'est un gars que l'on connaissait sans vraiment le connaître. Il assistait à nos concerts.

C'était un fan ?

Oui, un fan, mais un fan critique aussi. Ça, c'est chouette. S'il n'aime pas quelque chose, il le dit. Il a du caractère. En plus, il est jeune. Il a 33 ans et il y a des années qu'il milite au sein de formations et qu'il organise des concerts. Et c'est un bassiste très doué. Il se sert uniquement de ses doigts. Il refuse d'utiliser un onglet. Il joue même de la guitare. Et c'est aussi un bon chanteur.

Shazzula : Il développe également d'autres projets musicaux.

Corvus : Il a aussi beaucoup enregistré en compagnie de Déhà. Ce qui explique pourquoi c’est le premier nom qui nous est venu à l’esprit lorsqu’on a dû dégoter un remplaçant, en urgence. On savait aussi qu'au niveau humain, ça allait 'matcher'. Il s'y connaît en doom, en stoner, en ambient, en black metal. Et quand on lui a proposé de nous rejoindre, il a dit 'oui' directement, et avec enthousiasme.

Quelque part, il redonne du sang neuf à votre collectif ?

Corvus : Oui, il nous a réveillés, clairement, parce que pour lui, tout est important. Ce n'est pas qu'on était blasé après 10 ans, mais on avait pris des habitudes, c'est normal. Et il y a une lassitude qui s'était installée.

Shazzula : Et comme il connaissait déjà bien le groupe et les morceaux, il s'est intégré très facilement. Dès la première répétition, il était déjà parfaitement en place. C'est un truc que je n'avais jamais vu auparavant.

Et donc toi, Sharon, qu'est-ce que tu as pensé du nouvel elpee ? Est-ce que ta contribution a évolué par rapport aux précédents ?

Shazzula : Il y a toujours une évolution. Cet album-là, pour moi, a été comme un renouveau parce que j'en avais un peu marre... Je le dis franchement, j'en avais un peu assez de jouer toujours les mêmes compos. Donc, je suis très contente de ce nouvel album, qui regorge de titres qui 'pètent'. Et même le morceau en français (NDR : “Décharné”) me plaît beaucoup, même si normalement, je ne suis pas trop branchée musique française.

En outre, c'est un morceau qui est le plus en vue. C'est carrément un 'hit'.

Shazzula : Oui, c'est une introduction à l'album. Le message principal est carrément 'antireligion', avec les croix renversées.

Et où en sont tes activités de réalisatrice de documentaires ?

Shazzula : Je n'ai pas pu terminer la trilogie “The Spirits Trilogy”, à cause d’un problème de budget. Mais ce n'est pas grave ; je suis encore jeune. J'ai encore toute la vie pour la terminer.

Tu avais achevé le thème consacré à la Mongolie, si je me souviens bien ?

Shazzula : La Mongolie et l'Islande. Il me reste le Mexique et l'Ecosse à faire. Mais bon, ce n'est pas le sujet... (rires)

C'est aussi un sujet qui m'intéresse...

Shazzula : Tu avais même participé à un de mes tournages (rires).

Oui, c'est exact ! Tu sais, je vois un lien entre tout ça. Dans tes documentaires, tu parles de chamanisme et perso, j’estime que Wolvennest est très chamanique.

Shazzula : Oui, je vois ce que tu veux dire.

Tu mets la musique à fond dans ton casque. Tu prends n'importe quoi avant. Et tu pars dans un 'trip', carrément... un trip chamanique. Pas uniquement psychédélique. C'est un trip qui va dans tes tripes...

Shazzula : Ah oui, c'est pas mal, ça.

Dans le sens où tu en ressors différent. Ce n'est pas uniquement de la musique, c'est aussi du 'healing', comme une purification, une guérison.

Shazzula : Oui, il y a des gens qui me donnent leur ressenti et ça va souvent dans ce sens-là. D'une façon générale, je pense que tous nos albums sont des trips. Dans celui-ci, il y a même des parties qui sont dansantes, figure-toi. J'adore cette nouvelle énergie.

Corvus : J'ai remarqué que Sharon s'est beaucoup amusée pendant les sessions d’enregistrements.

Shazzula : Ces nouveaux morceaux m'ont communiqué de la joie. Et je pense que ce sont vraiment des hits. Perso, c'est ainsi que je le ressens et je m'amuse beaucoup à les interpréter sur scène. Et je vois bien que les gens s'amusent aussi. Ce que j'aime bien dans le dernier album, c'est Hekte Zaren. Elle a vraiment une aura particulière.

Corvus : On l'avait invitée à venir jouer au Botanique pour le 'release' mais cela n'a pas pu se réaliser.

C'est dommage, j'aurais adoré la voir chanter. Merci à vous deux pour cette interview !

Corvus : Elle sera présente lors de notre concert en Pologne mais on espère bien pouvoir l'inviter bientôt dans nos régions...


Pour écouter la version audio de cette conversation, rendez-vous sur les pages de l'émission de radio WAVES :

-             mixcloud ici

-             radio panik

Pour écouter “Décharné”, c'est ici.

Pour acheter l'album “Procession”, c’est

Pour plus d’infos, voir la page ‘Artistes’ en cliquant sur Wolvennest, en vert, dans le cadre ‘Informations complémentaires, ci-dessous.

(Crédit photo : Void Revelations)

John Maus est un musicien véritablement énigmatique. S'inscrivant globalement dans le courant synth-pop, il est parvenu à transformer un minimalisme glacial en moments de grâce authentique au fil de sa carrière, débutée en 2006.

Sa musique est souvent décrite comme rétrofuturiste grâce à l'utilisation de boîtes à rythmes et de sonorités de synthétiseurs typiques des années 80, mais ses morceaux possèdent également une qualité cinématographique, l'émotion étant suscitée par des lignes de basse entraînantes, des arpèges planants et, bien sûr, sa voix envoûtante de baryton.

Ce soir, au Trix, à Anvers, le musicien et compositeur américain vient présenter en ‘live’ son œuvre la plus puissante à ce jour : “Later Than You Think”. Publié sur le label Young (FKA twigs, The xx, Sampha), l'album explore les thèmes de la justice, de la confession, de la renaissance, de la transformation et du combat spirituel, un espace liminal où la musique alternative rencontre l'art-pop, l'émotion brute et la profondeur intellectuelle.

Dans la pénombre bleutée du Trix, John Maus apparaît comme un spectre venu d’un futur antérieur. Pas de salutation, pas de sourire. Un ordinateur portable, un second appareil, un micro. Rien d’autre. Les miroirs qui, à Londres, fracturaient son image en mille reflets sont absents ici. Seule la lumière crue, chirurgicale, découpe la silhouette d’un homme déjà trempé – non par la chaleur, mais par l’effort d’un rituel qui tient plus de l’exorcisme que du concert.

Dès les premières mesures, “My Whole World’s Coming Apart” et “Because We Built It” s’élèvent comme des psaumes post-modernistes. Sa voix, saturée de réverb, gronde tel un sermon dans une cathédrale désaffectée. Il ne chante pas : il conjure. Jambes rivées au sol, il se plie en révérences frénétiques – comme un headbang – puis bondit, hurle, se frappe la poitrine. Entre deux morceaux, un rapide clic sur le laptop, et la transe reprend.

Pop star et philosophe, John Maus transforme le minimalisme en spirituaité. Son doctorat en sciences politiques (Hawaï) et sa formation en musique expérimentale (CalArts) ne sont pas des ornements : ils irriguent chaque note. La synth-pop devient un art sacré. Les basses roulent comme des orgues, les arpèges planent comme des vitraux sonores, et sa voix hantée, scelle le pacte.

La setlist oscille entre les classiques (“…And the Rain”, repris en chœur) et les nouveaux hymnes. Les nappes de synthé, presque secondaires, servent de toile à une performance corporelle qui défie la gravité. Maus pose le micro, entame une chorégraphie de boxe – uppercuts dans le vide, esquives rageuses. Le public, d’abord figé, hurle avec lui. “Time to Die", "Keep Pushing On", "Bennington” : le tempo s’emballe. L’artiste scande ‘against the law’, comme un mantra insurrectionnel, pendant “Cop Killer”. Puis, il exécute des pompes, suivies de “burpees” Vingt, trente. Une véritable performance.

“Pets” clôt le set principal dans une explosion de lumières stroboscopiques. Il quitte la scène sans un mot. La musique continue, fantomatique. Les cris fusent. Il revient. “Adorabo” s’élève, comme un chant grégorien, suivi de “Believer”, qui marque la déflagration finale. Pas un ‘au revoir’. Juste les mains levées, lentement, vers chaque coin de la salle. Remerciements muets. Rideau.

John Maus n’a pas besoin de parler. Son corps, sa sueur, sa vibration, ses cris forment son lexique. Comme une urgence. Comme une prière.

En ouverture, Maximilian Tanner, ex-BlackWaters, a déployé une synth-pop onirique, plus douce, plus vaporeuse. Originaire d’Essex, il vient d'entamer une carrière solo qui séduit déjà l'Albion et l’Europe. Une belle découverte ! (Page artistes ).

Pour en savoir plus sur John Maus, écoutez l'interview réalisée dans l'émission de radio WAVES, au cours de laquelle John a abordé des sujets aussi variés que la musicologie, la philosophie, la psychanalyse, la composition assistée par ordinateur, l'influence de la musique médiévale sur la new wave, etc. Le podcast est disponible ici ou alors plongez sur la page ‘Artistes’ qui lui est réservée en cliquant sur son nom en vert, dans le cadre ‘Informations complémentaires’, ci-dessous.

(Merci à Alice Blake et à Stéphanie G. - Photo par Alice Blake)

Setlist :

My Whole World's Coming Apart
Because We Built It
No Title (Molly)
Decide Decide
...And the Rain
Came & Got
Rights for Gays
The Combine
Streetlight
Time to Die
Do Your Best
Disappears
Keep Pushing On
Bennington
I Hate Antichrist
Just Wait Til Next Year
Cop Killer
Pick It Up
Pets

Rappel :
Adorabo
Believer

(Organisation : Trix)

 

Nous vous l'avions annoncé en avant-première il y a un mois : Zinno fête les 40 ans de “What's Your Name ?”, ce hit international qui avait squatté les ondes en 1985. Il était l'œuvre du duo formé par Frédéric Jannin (Snuls, Bowling Balls, Germain et Nous) et le regretté Jean-Pierre Hautier (RTBF). Pour célébrer cet événement, Fred Jannin s'associe à son collègue des Snuls, Kris Debusscher, un des membres historiques d'Allez Allez, autre groupe culte de la scène belge des années '80. Souvenez-vous des hits “She's Stirring Up”, “Allez Allez” et “African Queen”. Olivier Gosseries, le DJ et producteur bruxellois bien connu (Mirano, Who's Who's, TomorrowLand, ...), est aussi de la partie en tant que coproducteur et directeur artistique.

Les compères annoncent la sortie d'un vinyle 'collector' en tirage ultra-limité, “Allez Zinno”, qui proposera :

-          les titres originaux “What's Your Name” (Zinno) et “African Queen” (Allez Allez) en versions originales et en versions remastérisées ;

-          des remix / reworks inédits des 2 titres par Fred et Kris, ainsi que par Serge Raemackers, un des producteurs les plus en vue de la période 'new-beat' ;

-          en bonus, une version ‘club mix’ de “Get Up and Boogie” par Olivier Gosseries.

Musiczine a eu le privilège de rencontrer les initiateurs du projet. Le lieu de rendez-vous : le studio Streambox, où Fred et Kris travaillent. Étaient également présents, Pascal Wyns, directeur du studio et Jules Jannin, alias G Zul, DJ et producteur, le rejeton de Fred. 

Fred, peux-tu nous raconter l'histoire de “What's Your Name” ? Technologiquement, le morceau était quand même très novateur, entre autres, à cause de l'utilisation d'un nouvel instrument révolutionnaire, le Fairlight ?

Fred Jannin : En effet ! Il faut savoir que j'ai toujours été amoureux des gadgets. Et, en 85, Dan Lacksman, de Telex, m'a appris qu'il avait fait l'acquisition d'un Fairlight. Je me rappelle ce moment, dans son studio, à la rue de Moorslede. Il était appuyé contre la cheminée et essayait de m'expliquer comment fonctionne cet appareil. Il prétendait que la musique électronique allait être balayée par le 'sampling'. C'était un peu comme un Mellotron, mais ce n'étaient pas des bandes magnétiques, c'était numérique. Le sampler permettait de capturer des sons extérieurs et de les jouer sur le clavier. Une perspective qui a évidemment éveillé ma curiosité.

C'était un des premiers Fairlight en Belgique, si je me souviens bien ?

Fred Jannin : C'était le premier, je crois.

Et alors, vous avez samplé des extraits d'un film de James Bond ?

Fred Jannin : En fait, on était en train de manger une glace chez Zizi en '85, Jean-Pierre Hautier et moi, et on s'est dit ‘Tiens, ce serait marrant d'aller faire un morceau de musique chez Dan puisqu'il a cette nouvelle machine’. Et il se fait que notre ami Marc Moulin, également de Telex, était occupé à lancer un nouveau label de musique de danse appelé Magic Records. On s'est dit ‘On va faire un maxi chez Dan pour Magic’. Et comme Jean-Pierre est fan de James Bond, on a imaginé un morceau qui évoquerait l'univers des agents secrets. On a donc samplé des répliques de Sean Connery.

Des extraits de ‘Dr. No’ ?

Fred Jannin : Oui, principalement, mais je ne suis pas sûr.

Et pourquoi ce nom : ‘Zinno’ ?

Fred Jannin : Nous étions fumeurs de cigares. Et le prénom de Davidoff, le créateur de la marque iconique, c'est Zino. On a mis deux ‘n’, comme dans ‘Jannin’.

Il y a aussi une allusion à Zinneke ?

Fred Jannin : Oui, sans doute, inconsciemment. Il y a aussi les 'Zinnottes'. Quand on a dû engager des danseuses pour faire les prestations à la télé et on les a appelées les 'Zinnottes'.
Kris Debusscher : (il chante ‘Who are you What’s your name ?’) Il y a six notes. Ça fait Zinnottes (rires) !

Autre question : Quid des droits d'auteur de James Bond ?

Fred Jannin : C'est une très, très bonne question. Par exemple, rien que pour l'intro, on cède une partie des droits à un certain Monty Norman, celui qui a composé ce thème pour le film.

Et pas à John Barry ?

Fred Jannin : Pas à John Barry, parce que les harmonies de John Barry sont un peu plus discutables. Comme le disait Gainsbourg dans “Le Poinçonneur des Lilas”, on trouve déjà la montée chromatique emblématique de la musique de James Bond. Et ce qui est marrant, c'est qu'on a eu des réunions à la SABAM, la société qui gère les droits d'auteur, où Jacques Mercier nous défendait par rapport à toutes ces questions de droits. Et un gars de la SABAM nous a dit ‘Si jamais il y a vraiment des problèmes par rapport au sampling de la voix de Sean Connery, vous n'avez qu'à dire que vous avez appelé André Lamy et qu'il l'a imité...’ (rires)
Kris Debusscher : C'est pour ça qu'il a l'accent belge !

C'est vrai que, quand c'est une parodie, bizarrement, il n'y a plus de droits d'auteur.

Fred Jannin : On aurait pu aussi dire ‘Ça existait déjà James Bond ? On ne savait pas du tout...’

Et alors, autre aveu, tu as fait ton 'coming out' par rapport à “19”.

Fred Jannin : Oui, évidemment, il y avait Paul Hardcastle et son hit “19”. Ce serait mentir de dire qu'on n'avait pas entendu ce tube-là.
Olivier Gosseries : La différence, il faut le souligner, c'est que le hit de Zinno a été un tube dans les boîtes. On n'a jamais dansé sur “19”. Cependant, dans toutes les discothèques, les gens dansaient sur Zinno. En plus, “What's Your Name ?” est un morceau marqueur, puisqu'il préfigure la new-beat, qui émergera deux ans plus tard. On y trouve les codes ; le sampling, la musique électronique et le second degré, l'humour.

Et comment est née l'idée de sortir ce vinyle pour les 40 ans ?

Fred Jannin : C'est un projet musical qui est né ici, d'ailleurs, au studio Streambox. C'est Olivier qui a eu l'idée de départ.
Olivier Gosseries : Et c'est Pascal qui a eu l'idée du crossover impliquant Allez Allez. Si on fait un vinyle, autant célébrer un autre groupe culte de chez nous.
Fred Jannin : On s'est rendu compte, par le plus grand des hasards, qu'Allez Allez commence par A, alors que Zinno commence par Z, et que de A à Z, ça marchait bien. Et Kris a proposé que je lui passe les pistes de “What's Your Name ?” pour qu'il puisse élaborer sa propre version. Je lui ai dit ‘OK, fieu, mais alors, tu me passes les pistes de, par exemple, “African Queen”’.
Kris Debusscher :
Pendant tout un temps, on s'est échangé des mix en se faisant du 'teasing'. Genre ‘Ecoute ma version, elle est meilleure que l'originale !’
Fred Jannin :
Pour les oreilles pointues qui nous lisent, il y a un truc un peu anecdotique, mais un peu marrant, c'est que la version de Zinno de “African Queen” est, d'une certaine manière, un hommage aux Bowling Balls, vu que la ligne de basse, c'est… (il chante). Et c'est un riff qui vient de “You don't know”, des Bowling Balls.

Vous vous êtes amusés à puiser dans des références communes...

Kris Debusscher : Oui, on s’est vraiment éclatés à mélanger nos univers.
Fred Jannin : Pendant 48 heures, j’ai vraiment cru que l’inspiration divine m’avait frappé, tellement ça coulait de source !

Et c'est une version très dansante ! Car la danse est un plaisir...

Fred Jannin : Et doit le rester (rires) !

Notons aussi que, sur le nouvel album, il y a aussi une version de Zinno fournie par un maître de la new beat.

Fred Jannin : Notre ami Serge.

Serge Ramaekers, qui, pour rappel...

Olivier Gosseries : Est le maître incontesté du mouvement New Beat, celui qui a produit les plus gros tubes. Il a fait les Confetti's, The Maxx. Il a remixé “Marina”, le tube italien. Et, en 1989, Zinno a eu la bonne idée de demander à Ramaekers de réaliser un remix.

On va maintenant passer au deuxième volet de cette nouvelle production, la partie Allez Allez. Kris, tu es membre fondateur du groupe. Peux-tu nous en rappeler l'historique ?

Kris Debusscher : Au début, il y a eu les Mad Virgins, qui étaient un des premiers groupes punk. Qui sont devenus les Mad V. et ensuite, le groupe Marine, plus orienté funk, au sein duquel on trouvait Marc Desmare et Nico Fransolet. On était sur le label Les Disques du Crépuscule. On a fait deux singles, dont le premier s'appelait “Life in Reverse”. Il a été numéro un dans les 'Indie charts' en Angleterre. C'est quand même pas mal. Et puis, comme ça marchait, on est partis à Londres et on a enregistré pour l'émission de John Peel.

Le légendaire John Peel !

Kris Debusscher : La légende disait que ceux qui passaient par les John Peel Sessions exploseraient et seraient des stars pendant des décennies. Tu imagines ! Tu as 20 ans et tu prends ça dans la gueule. Mais on était jeunes et cons, malheureusement ou heureusement. Je me suis disputé avec Marc Desmare, qui, lui, a continué Marine, et le reste de l'équipe a changé de nom et s'est appelé Allez Allez.

Il y avait la chanteuse Sarah Osborne ?

Kris Debusscher : Il y avait Sarah, oui.

Sarah était d'origine anglaise ?

Kris Debusscher : Oui. Elle était londonienne. On l'avait rencontrée lors d'un concert de Marine, à l'Alka-Selzer, je m'en souviens maintenant. Elle avait un groupe dont le nom m'échappe, et on est devenu amis. Elle nous a rejoints dans Allez Allez. Puis, on est partis en Angleterre. Et, à nouveau, on a fait les John Peel Sessions. Puis, on est revenu à Bruxelles et c'est là que ça a explosé très vite et très fort.

Et dans le nouvel album, il y a une version plus moderne de “African Queen” ?

Kris Debusscher : C'est la version de 2019, à laquelle Marka a également participé.

Rappelons que Marka, pour ceux qui ne connaissent pas...

Fred Jannin : C'est par le papa de... (rires)
Kris Debusscher : Franchement, moi, j'adore ce remix de 2019. Il est très solaire. Pour moi, qui travaille dans la pub, c'est la bande-son parfaite, par exemple, pour une campagne estivale de Gini.

Le côté funk d'Allez Allez a-t-il été inspiré par des groupes comme Gang of Four ou A Certain Ratio ?

Kris Debusscher : Non, je n'aime pas du tout ces groupes-là. Ils étaient trop sombres. Et comme j'étais passé du punk au funk, tout ce qui était sombre, il ne m'en fallait pas.

Je trouve que Sarah évoquait à la fois Grace Jones et Anne Clark.

Kris Debusscher : Oui, tout à fait. D'autant plus que la chanson “African Queen” est dédiée à Grace Jones. On adorait cette chanteuse. Visuellement et graphiquement, c'était terrible, grâce à Jean-Paul Goude. Et elle avait une voix incroyable. Avant de percer, en 1977, elle avait même sorti, de manière tout à fait inattendue, “La Vie En Rose” en mode disco, qui a été un tube mondial.

Qu'as-tu fait après Allez Allez ?

Kris Debusscher : Je suis devenu réalisateur de films publicitaires. J'ai mis la musique un petit peu de côté.

C'est marrant, tu es donc devenu membre de Jodisque et Jodisque (rires) ?

Kris Debusscher : Eh oui !

Mon épisode préféré des Snuls, c'était celui de Jodisque & Jodisque à propos de la campagne pour Monsieur Fourtenaer.

Kris Debusscher : Oui, il était bien celui-là. Et en flamand, comment on fait (rires) ?
Olivier Gosseries : Fourt, alors !
Kris Debusscher : Ce n'était pas de la fiction, c'était un documentaire. Je le sais, je suis dedans depuis 30 ans !

Et le troisième artisan de ce nouveau disque, c'est toi, Olivier. Comment as-tu eu l'idée de célébrer cet anniversaire ?

Olivier Gosseries : Depuis 1985, année de sortie de “What's Your Name ?”, je suis un fan absolu de Zinno. D'ailleurs, le single est le premier disque que j'ai joué en soirée.

Ah bon ? C'est un scoop !

Olivier Gosseries : Oui, c'était pour les 20 ans de ma sœur, devant une centaine de jeunes.

Et aujourd'hui, sur l'album, tu as produit une reprise d'un autre titre de Zinno, sorti en 1987...

Olivier Gosseries : Oui, j'ai retravaillé “Get Up And Boogie”, un titre qui est à l'origine de Silver Convention, un groupe disco allemand des années 70.
Fred Jannin : Jean-Pierre Hautier adorait “Get Up And Boogie”. C'est lui qui avait proposé de faire cette reprise.
Olivier Gosseries : Et, sur la pochette, il y avait une photo de Jean-Pierre et de Fred qui était très...
Fred Jannin : Très pixelisée, parce que je venais de faire l'acquisition d'un petit ordinateur Philips MSX. Il y avait moyen de  triturer des images. Ça prenait des heures. Et donc, j'ai fait une photo de l'écran pour la pochette de “Get Up And Boogie”.
Olivier Gosseries : Pour réaliser mon remix, je suis parti dans un délire complètement différent du Zinno original. J'ai fait un club-mix électro.

Il y a un côté carrément 'house'.

Olivier Gosseries : Oui ! Je l'ai déjà joué en DJ-set et ça passe crème, comme disent les jeunes ! J’éprouve beaucoup de plaisir à faire ça.

Et donc, le disque est une co-production de vous quatre ?

Olivier Gosseries : Oui, c'est un vrai travail d'équipe, dans lequel Pascal (NDR : Pascal Wyns) joue également un rôle important.

Et la 'release party' du disque aura lieu aux Jeux d'Hiver, la boîte bien connue, au Bois de la Cambre.

Olivier Gosseries : Oui ! Ce sera le samedi 25 octobre, à partir de 19h30.

Olivier, tu seras évidemment aux platines...

Olivier Gosseries : Je ne serai pas seul, puisque G Zul m'accompagnera. Mais il y aura aussi So’Lex et ALXS. Dans mon DJ-set, je remonterai le temps, en commençant par 1980, l'année des débuts d'Allez-Allez, jusqu'à aujourd'hui. Évidemment, il y aura plusieurs morceaux d'Allez-Allez et de Zinno. On pourra découvrir les nouvelles versions en 'live', sur le dance floor. On verra donc comment les gens réagissent. Ça va être assez excitant. Et puis, si vous achetez le vinyle, qui sera normalement disponible ce jour-là, vous pourrez le faire dédicacer par les artistes. C'est quand même pas mal.

Et toi, Jules, tu as aussi réalisé une version propre de “What's Your Name ?”

Jules Jannin (G Zul) : Oui, mais elle est plus, je dirais, ‘à ma sauce’.

Dans quel style ?

Jules Jannin (G Zul) : Moi, je m'inspire surtout de groupes électro dans le genre de Daft Punk, Chemical Brothers, ... Donc dans un style peut-être un peu plus commercial, plus années 90, techno, un peu plus rentre-dedans, on va dire.

Et ce track sera disponible comme bonus sur les plateformes, c'est ça ?

Fred Jannin : Tout à fait.

Olivier Gosseries : J'ai une question pour le jeune Jules. Quel regard portes-tu, justement, sur Zinno, sur l'œuvre de ton père ? Tu trouves que ça a bien vieilli, que ça sonne quand même moderne ?
Jules Jannin (G Zul) : Evidemment, je n'ai pas une vision très objective. C'est quand même mon père et il est doué dans énormément de domaines. Il y a la musique, mais il y a aussi la BD, la comédie, etc.
Fred Jannin : Et je fais aussi un très bon pain de viande (rires).
Jules Jannin (G Zul) : Perso, j'avais une vision de Zinno comme d'un morceau qui avait eu un succès mondial assez dingue, même au Japon ! Mon père m'a vite remis les pieds sur terre par rapport à ça.
Olivier Gosseries : Ça, c'est parce que Fred est très modeste. En fait, je me souviens, il n'y avait pas un endroit où on n'entendait pas Zinno. C'était incontournable...
Fred Jannin : Oui, en 85, c'était spectaculaire. Un exemple : Franquin et Delporte étaient à Cannes. Delporte m'appelle en disant... ‘On entre dans un magasin, on entend Zinno, on écoute la radio, on entend Zinno’.

Le titre a aussi marché en Allemagne et en Suède ?

Fred Jannin : L'Allemagne, la Scandinavie, l'Italie, un peu l'Angleterre.
Olivier Gosseries : Ça s'appelle un tube international.
Fred Jannin : Pas les États-Unis, malheureusement.

Et l'enregistrement a été réalisé au studio de Dan Lacksman ?

Fred Jannin : Chez Dan Lacksman, avec son Fairlight et son ‘multipistes’. Et puis on s'est dit ‘On va faire les chœurs nous-mêmes’. Mais Marc Moulin a suggéré de louer des voix professionnelles. Et c'est comme ça que Maurane et B.J. Scott sont devenues les choristes officielles de Zinno.

Et d'un point de vue financier, si ce n'est pas indiscret, ça a rapporté gros ?

Fred Jannin : En fait, on a perdu beaucoup d'argent. Parce qu'on s'est fait arnaquer par un monsieur qui s'est avéré être un escroc. Mais ça, c'est une autre histoire. Ce n'était évidemment pas Marc Moulin.

Parlons un peu des Bowling Balls, un autre projet légendaire auquel tu as participé...

Fred Jannin : Et là, on rebobine encore de quelques années... On est en 1980.

C'était, à l'origine, une blague, dans une BD ?

Fred Jannin : Oui ! Thierry Culliford et moi, on faisait “Germain et Nous”. Et comme ça parlait d'une bande d'adolescents, on s'est dit ‘Ce serait drôle d'inventer un groupe, dont un des ados serait fan’. Le premier nom, le plus ridicule, qu'on a trouvé, c'était ‘les Bowling Balls’. Un an après, le rédac' chef de Spirou, Alain De Kuyssche, nous a dit ‘Ce serait drôle de faire comme si ce groupe existait vraiment, de faire des fausses pochettes, des fausses interviews’. Donc, on a fait comme si les Bowling Balls existaient. Et puis, on a été plus loin dans le canular et on a sorti un premier 45 tours chez EMI.

Et dans le groupe, il y avait Bert Bertrand.

Fred Jannin : Bert Bertrand et Thierry Culliford.

Bert Bertrand, qui était aussi un enfant de...

Fred Jannin : Le fils d'Yvan Delporte. Absolument.

Si on ajoute Thierry, le fils de Peyo, le monde de la BD est donc présent à tous les niveaux !

Fred Jannin : En l'occurrence, oui, certainement. Et le quatrième Bowling Ball, c'était Fernand (NDR : de son vrai nom Christian Lanckvrind), qui était un peu comme le Ringo des Beatles...

Ringo, qui fait d'ailleurs une très bonne langue de bœuf (rires).

Fred Jannin : Excellente, et une très bonne sauce madère ! Lui, il était sympathique, mais les autres, c'était... des cons (rires) !
Et donc, en 79, on sort “God Save the Night Fever”, qui est un mélange de disco et de punk, comme son titre l'indique. A l'époque, c'était totalement impensable de mélanger le disco et le punk. Mais nous, ça nous faisait marrer.

Et après, il y a eu “You Don't Know What It's Like To Be Alone In The House” ?

Fred Jannin : En fait, on s'est pris au jeu et on a fait “Visco Video”. On voulait appeler ça “Disco Video”, mais il y avait déjà le hit de Telex, “Moskow Diskow”. Donc, c'est devenu “Visco Video”. Et les gars de Telex ont trouvé que c'était vraiment bien. On était fiers parce qu'on était adoubés par notre groupe fétiche. Ensuite, on a fait “You Don't Know What It's Like To Be Alone In The House”, qui a eu un succès local quand même assez important. Et cette fois, ce n'était plus pour rigoler, ce n'était plus de la parodie.
Kris Debusscher : Tu ne parles pas de mon titre préféré, “The Boys” ?
Fred Jannin : “The Boys”, oui ! Ça, c'était après. L'idée, c'était de faire “The Boys” d'un côté et puis “The Girls” de l'autre, la même chanson, mais mixée différemment. Et c'est Marc Moulin qui a réalisé la production de la face B.

Le groupe s'est arrêté au moment où Bert nous a quittés ?

Fred Jannin : Bert nous a quittés en plein milieu de la production de l'album. J'avais sur les bars une douzaine de chansons en studio et j'attendais que Bert revienne. En fait, il s'était cassé à Bora-Bora. Après Bert Bertrand et les Bowling Balls, Bora-Bora ! Et ensuite, il s'est retrouvé à New York.

Et il a mis fin à ses jours.

Fred Jannin : Et encore aujourd'hui, je trouve que ce n'était pas une bonne idée.

Non, ce n'est jamais une bonne idée, je crois. Avant de clôturer, j'insiste pour évoquer brièvement ton projet ‘Timeless Mess’.

Fred Jannin : Ça, c'est gentil !

Je suis fan de cet album, que j'ai découvert il y a peu. Il m'a complètement scotché car j'adore tout ce qui est jazz-rock et prog-rock. Comment ce projet a-t-il vu le jour ?

Fred Jannin : J'avais une série de morceaux, que j'avais accumulés au fil des ans. Certains dataient de 40 ans. Un 'mish-mash' de trucs qui trainaient dans mes tiroirs depuis longtemps. Finalement, j'ai décidé de les finaliser, grâce à l'aide de Nicolas Vandooren et Nicolas Fiszman. Et pour le titre de l'album, j'ai demandé à une IA et elle a trouvé le mot “palimpseste”, qui est devenu le titre d'un des morceaux et, ensuite “Timeless Mess”, le titre de l'album.

J'aime beaucoup le titre dédié à Pink Floyd, “Flamand Rose”, un joli clin d'œil vu que Pink Floyd ne signifie bien sûr pas ‘flamand rose’, mais bien...

Fred Jannin : Euh. Je ne sais plus.

Ce sont deux noms de bluesmen. Pink et Floyd. (NDLR : Pink Anderson et Floyd Council).

Fred Jannin : Roger Pink et Albert Floyd sont sur un bateau... (rires)

Merci beaucoup pour cette interview !

Fred Jannin : C'était un grand plaisir.

 

Pour plus d'infos sur la soirée aux Jeux d'Hiver le 25 octobre, c'est ici.

Pour précommander l'album “Allez Zinno”, envoyez un email à Olivier Gosseries : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

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La version audio de cette interview a été diffusée par l'émission de radio “WAVES” sur Radio Vibration et Radio Panik. Pour réécouter le podcast, c'est ici

 

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