La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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La vie explosive de Fine Lame

Groupe de rock poétique incisif, enflammé, tumultueux, exalté, tranchant, Fine Lame convoque le rock français à appétence littéraire et la tradition du spoken word anglo-saxon. Le groupe a sorti un premier Ep 5 titres le 29 novembre 2022 qui évoque tant le…

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Bernard Dagnies

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Nous sommes en 2006. En rangeant son grenier, Cypress Grove découvre des cassettes. Sur l’une d’entre elles est mentionné ‘JLP songs’. Cypress est un ancien guitariste de Jeffrey Lee Pierce. Et il se rend compte que cette bande réunit des démos, jamais gravées sur support ; des morceaux ébauchés, à-moitié développés, puis abandonnés à l’issue de sessions réalisées lors de l’enregistrement de l’elpee « Ramblin’ Jeffrey and Cypress Grove with Willie », un disque paru en 1992. Il lance un appel aux musiciens et aux chanteurs qui vouent toujours un profond respect à l’ex-Gun Club. Notamment via MySpace. Et le résultat va au-delà de ses espérances, puisque les réponses affluent rapidement…

Mais que contient cette cassette ? Des inédits. Et ce sont ces inédits qui ont été retravaillés par ces interprètes. Parfois sous différentes versions. Certaines parties de guitare, immortalisées par Pierce, ont été récupérées, sur certains morceaux. Une seule reprise d’une chanson déjà sortie : « Lucky Jim ». Un hymne élégiaque adapté par Debbie Harry. Les 15 autres compos sont manifestement hantées par le spectre de Jeffrey. Faut dire que les interprètes entretiennent constamment un climat ténébreux, étrange, parfois même presque satanique.

« Ramblin’ mind » fait l’objet de trois versions. Celle de Nick Cave qui ouvre l’elpee est remarquable, et aurait pu figurer dans son répertoire. Tout comme celle flamboyante et hypnotique de David Eugene Edwards. Davantage incantatoire, celle de Cypress Grove est aussi minimaliste.

« Constant waiting » a également droit à trois variantes. La voix diabolique de Mark Lanegan contamine cette compo trempée dans l’americana (NDR : avec banjo, mandoline, lap steel percus, etc.) Celle des Sadies baigne dans le surf, alors qu’imprimée sur un tempo enlevé, celle de Johnny Dowd est éclaboussée de claviers eighties et secouée d’accords de gratte spasmodiques.

Et encore trois pour « Free To walk ». The Raveonettes nous en proposent une, sculptée dans la noisy crépusculaire. Lanegan et Isobel Campbell, une différente, plus sensuelle, calquée sur une valse mid tempo. Autre duo, celui partagé entre Cave et Debbie Harry qui nous la balance sous la forme d’une ballade romantique.

Lydia Lunch est également de la partie. Sa voix éraillée, écorchée, épanche tout son désespoir tout au long de « When I get my Cadillac ». Sa douleur, sur l’intimiste « St. Mark Place ». Et soutenue par Dave Alvin, Kid Congo Powers et quelques autres, elle semble chercher à réincarner le Don Van Vliet de Captain Beefheart, lors du morceau final, « Walkin’ down the street (Doin’ my thing) ».

Mick Harvey nous réserve un « The snow country » complexe et mélodique à la fois. Reste Crippled Black Phoenix. Un combo responsable d’un des meilleurs morceaux de l’elpee : « Bell on the river ». Huit minutes de psyché/punk/blues tortueux, majestueux, dignes de la plus belle époque du Paisley Underground (NDR : pensez à Green On Red). Cette formation est rejointe par David Eugene Edwards pour une autre plage aussi impressionnante et surtout bouleversante : « Just like a Mexican Lover ». Cripple Black Phoenix, un nom à retenir, c’est une certitude !

Bref, « We are only Riders – The Jeffrey Lee Pierce Sessions Project » n’est pas une compile comme les autres. Ce serait plutôt un ‘Tribute’, mais consacré à des titres jamais enregistrés, et pour lesquels, la plupart de participants ont vraiment inoculé toute leur passion et toute leur âme. Vivement conseillé !

 

mardi, 30 mars 2010 02:00

There is no enemy

Fondé en 1992, Built To Spill nous vient de Boise, dans l’Idaho. Une formation responsable à ce jour de six albums, dont bien sûr le dernier en date, « There is no enemy ». Doug Martsch en est toujours le leader. Le chanteur/guitariste aussi. Et pose son timbre délicat, nasal (NDR : évoquant tour à tour Jonathan Donahue ou Wayne Coyne), sur des mélodies contagieuses, mélancoliques, limpides, sculptées dans des accords de guitares noisy/pop, souvent torturés, toujours chatoyants, mais jamais frénétiques. En cause, une production et des arrangements particulièrement soignés. L’elpee recèle quelques ballades plus léchées, mais toujours agréables à écouter. Il y a même de la trompette sur « Things fall apart ». Mes coups de cœur iront cependant au lancinant et très électrique « Oh yeah », au sophistiqué « Lifes’ a dream » (Mercury Rev ?) ainsi qu’au seul morceau punk de l’elpee, « Pat ». Abrasif, incandescent et sauvage, il évoque même les débuts de Placebo. Un univers sonore qui devrait plaire aux mélomanes qui apprécient Luna et The Church. Et Mercury Rev. Pour que votre info soit complète sachez que lors des sessions d’enregistrement, le combo a bénéficié du concours de Sam Coomes (Quasi), Roger Manning (Jellyfish), Scott Schmaljohn (ex-Treepeople), Paul Leary (Butthole Surfers) et du violoncelliste John McMahon.

 

mardi, 30 mars 2010 02:00

Scratch my back

Peter Gabriel a marqué la jeunesse de bon nombre de mes contemporains. Votre serviteur y compris. Sous sa houlette, il a écrit les plus belles pages de l’aventure de Genesis. Et de l’histoire du rock aussi. En quittant le navire, dès 1975, pour embrasser une carrière solo, il a aussi laissé le trio Collins/Rutherford/Banks exsangue de créativité, mais pas de rentabilité… L’Archange sort son premier elpee en 1977. Il est éponyme et contient le fabuleux « Solsbury hill ». Les disques se succèdent, et s’ils rencontrent un succès planétaire, ils sont aussi et surtout le reflet de son talent et de son imagination débordante. Outre sa discographie, ses concerts soulèvent toujours l’enthousiasme. Mais Peter ne se contente pas de son parcours artistique ; il s’engage également auprès de diverses associations humanitaires et puis se consacre à la popularisation de la world music, via son label Real World. Depuis 2002, année de sortie de son elpee ténébreux « Up », il avait mis la pédale douce, ne se manifestant qu’à l’occasion de l’une ou l’autre tournée. Le plus souvent pour défendre des valeurs sociales et humaines fondamentales. Comme la paix dans le monde, le respect des droits de l’homme, etc.

Après huit longues années d’attente, on était donc en droit d’attendre une autre merveille de la part du (aujourd’hui) sexagénaire. Première mauvaise nouvelle, ce disque ne recèle aucune nouvelle chanson. Rien que des reprises. Aussi bien d’artistes ou groupes mythiques (Bowie, Paul Simon, Talking Heads, Neil Young, etc.) que contemporains (Arcade Fire, Elbow, Radiohead, Bon Iver, etc.) Deuxième mauvaise nouvelle, toute instrumentation pop ou rock a été purement et simplement balayée. Pas de batterie, de guitare ou de basse. A la place un piano : celui de Tom Cawley. Et puis un orchestre symphonique : le London Scratch Orchestra. Le tout a été mis en forme par Bob Ezrin (producteur, entre autres de « The Wall » du Floyd) et a bénéficié des arrangements de John Metclafe (Durutti Column). Bref, un emballage somptueux, exceptionnel. Reste la voix de Gabriel. Rocailleuse, granuleuse, elle se contente cependant trop souvent de murmurer. Résultat des courses, l’ensemble manque cruellement de relief. Et au bout de quelques titres, soit on arrête les frais, soit on est envahi par une certaine forme de spleen. Et on s’em***** ferme ! Pourquoi avoir calqué ces exercices de style sur un même mode linéaire ? Un peu de folie, de rythme et d’exaltation aurait permis à cette œuvre de décoller… En grattant ( ?!?!) quatre ou cinq couches de vernis, les inconditionnels de l’artiste ont découvert une multitude de richesses cachées. Elles sont vraiment bien cachées alors… Reste à voir sur les planches. Là ou l’Archange peut donner une autre dimension à sa musique. A ces compos ! Visuelle, par exemple. Il est d’ailleurs parti en tournée, en compagnie d’un orchestre de 54 musiciens. Désolé Gab, mais ce n’est pas parce que t’as 60 balais, qu’il faut t’endormir sur tes lauriers… Ah oui, et pour que votre info soit complète, sachez que les artistes repris ici ont été invités à adapter une compo de Peter, versions destinées à figurer sur une compile qui sera intitulée « I’ll scratch yours », et dont la production sera à nouveau confiée à Bob Erzin. Pourvu qu’ils n’aient pas la mauvaise idée de les rendre trop ‘piano’…

jeudi, 25 mars 2010 13:02

Tout feu tout flamme!

Le second album de Blood Red Shoes est paru ce 1er mars 2010. Et il s’intitule « Fire Like This ». Réputé pour ses prestations incendiaires, le duo de Brighton est réduit à un couple. A l’instar des Kills et des White Stripes. Steven Ansell se charge de la batterie et Laura-Mary Carter, la guitare. Ils se partagent les parties vocales. Steven et Laura-Mary (NDR : très belle fille !) se sont prêtés volontiers au feu des questions allumé par Musiczine…

Apparemment, vous êtes passionnés par le cinéma. Votre nouvel album s’intitule « Fire Like this », une référence, je suppose, au film de David Lynch, « Twin Peaks ». Est-ce que ce long métrage constitue un symbole pour vous ?

S. : En partie. Mais c’est une des raisons pour laquelle nous avons choisi ce titre. Il en existe cependant 25 autres. Le feu, c’est comme une passion créatrice. De la création et en même temps de la destruction. De l’excitation et du danger, aussi.
L-M. : Cette notion est illustrée par l’image reproduite sur la pochette ; une sensation de fièvre lorsqu’on se brûle les mains…

Vous aimez, semble-t-il, également les films d’horreur et les thrillers. ‘Jack l’éventreur’ et les histoires de vampires, je suppose. Bref, où il y a du sang, des couteaux, de la terreur et des meurtres. Etes-vous des disciples des Cramps ?

L-M. : A une certaine époque, j’étais vraiment une fan. Au fil du temps j’ai un peu décroché (NDR : Lux Interior est décédé l’an dernier)
S. : Ce qui m’a toujours plu chez eux, c’est leur attitude malsaine, sordide, agressive, un peu perverse…

Que représente le mouvement ‘Riot Grrrrl’ pour Laura ? Et je pense plus particulièrement à des groupes comme Blake Babes, Breeders ou Babes In Toyland ? 

L-M. : Notre démarche n’a jamais été politique, ni féministe. Nous sommes davantage orientés vers la recherche des émotions.
S. : Bikini Kill était vraiment féministe. On est plus proche d’un Babes In Toyland. Un peu dans l’esprit ‘fuck you’.
L-M. : Leur attitude était vraiment punk ; mais je ne pense pas qu’elles se tracassaient beaucoup pour les lyrics. Elles privilégiaient le feeling…

Vous avez déclaré que vous véhiculiez une énergie destructrice en vous. Prôneriez-vous le nihilisme ?

S. : (rires). Mais non ! Par contre on pourrait trouver une explication dans le style du jeu de guitare, car notre inspiration vient du punk, du hardcore US des eighties ; et puis de groupes comme les Stooges, Nirvana ou encore Babes In Toyland. C’est notre musique qui libère cette énergie agressive et destructrice. Briser, fracasser, sont des actes cruciaux du concert. Et puis, nous sommes aussi prédateurs, parce que nous sabotons nos propres chansons. Certaines de nos mélodies sont contagieuses, accrocheuses, accessibles même ; mais nous ne voulons jamais qu’elles sombrent dans la facilité. Et c’est alors qu’intervient le carnage à la guitare. Et qu’on rentre dedans. On ne veut pas la perfection. C’est un peu comme si on voulait foutre la merde…

Oui mais pensez-vous que vous pourrez reproduire une telle énergie, en ‘live’, toute votre vie ?

M-L. : Ce n’est pas possible !
S. : L’être humain n’est pas capable de produire ce flux d’énergie éternellement. Mais comment fait-il Iggy Pop ? Je me vois mal tenir le coup aussi longtemps que lui, à ce régime…
M-L. : Il n’est pas si vieux !
S. : J’aimerais bien, à 60 ans, pouvoir continuer à faire du rock sur scène. Il faut donc l’imiter et continuer à boire…

Mais dans l’histoire du rock’n roll, quelle grande chanson symbolise le mieux Blood Red Shoes, le « Fire » de Jimi Hendrix, d’Arthur Brown, « I’m on fire » de Bruce Springsteen ou encore le « Light my fire » des Doors ?

S. : « I’m on fire » de Bruce Springsteeen ». Très évocateur pour moi. C’est une chanson à la fois belle et triste. Quand j’avais 7 ou 8 ans je voulais devenir Bruce Springsteen. Mon père était un fan et écoutait beaucoup sa musique. Dont le fameux « Born in the USA ». Cette chanson est sans doute mon premier souvenir d’enfance. Quand au « Fire » de Jimi Hendrix », son impact est plus émotionnel…

Mais au sein du couple, qui est l’eau et qui est le feu ? (rires et hésitations)

S. : Qui est froid et humide et qui est bouillant et dangereux ? On est un peu les deux. En fait quand je suis le feu elle est l’eau et inversement. Car on réagit chaque fois l’un à l’autre…

Mike Crossey se consacre à nouveau de la production. Apparemment, il est devenu un ami. Se chargera-t-il encore de la mise en forme des prochains albums ?

S. : C’est devenu un ami, c’est vrai. Il fait partie de notre cercle. Mais nous ne savons pas encore si nous allons poursuivre l’aventure ensemble.
L-M. : Ce n’est pas impossible. Mais rien n’a été décidé encore à ce sujet.
S. : Nous n’avons même pas encore écrit de nouvelles chansons. Il comprend bien la situation, d’autant plus que dans le passé, il n’a jamais accompli ce boulot pour deux albums d’un même artiste. Et il en a assuré des tonnes.
L-M. : La porte reste néanmoins ouverte…

Quelle est la différence majeure entre « Box of Secrets » et « Fire like this » ?

L-M. : L’écriture. On l’a améliorée. Puis on a acquis une certaine expérience depuis la sortie du premier. On a appris à devenir un groupe. On s’est bonifié au niveau des arrangements, des compos, de la maîtrise de nos instruments. C’est là que se situe la différence principale.
S. : C’est surtout notre compréhension de la musique qui a changé. Et ce nouvel album reflète très bien notre progression. Il y a plus de variation dans la chanson, dans les sonorités. Nos voix se sont également améliorées.
L-M. : Pour cet album, on a été beaucoup plus attentif aux détails.
S. : Lors du premier, c’était comme si on avait enregistré des chansons en ‘live’. Tandis que pour celui-ci on a accordé davantage d’attention aux atmosphères, au feeling, à la capture des émotions…

Etes-vous ouverts aux autres styles musicaux ?

 S. : Oui, je l’ai déjà déclaré, nous sommes en pleine phase d’expérimentation. Nous cherchons à faire reculer les limites du genre, en incorporant de nouvelles idées. Maintenant, on n’enregistrera jamais un disque de reggae, ni de ‘fucking’ world music impliquant quarante drummers africains. Juste pour le fun. Ce serait stupide. Cela ne correspond pas à notre démarche.
L-M. : L’art musical consiste à absorber d’autres éléments…
S. : Mais nous on crée de nouvelles sensations, de nouvelles émotions. Elles viennent de manière naturelle. On ne peut pas tout contrôler. On ne se pose pas la question de savoir si c’est différent. Il faut laisser la musique arriver à maturation. Elle doit évoluer naturellement et on doit simplement s’appliquer à devenir meilleur musicien. A ce que l’album sonne mieux. Tu dois laisser grandir la musique dans son propre espace. On n’appartient pas à ces groupes qui pour se démarquer des autres, ajoutent un petit truc, mettent des chœurs, par exemple. Ca, c’est du calcul. Nous on ne calcule pas.

Apparemment, vous improvisez constamment. Rien n’est préétabli ? Est-ce le même processus en ‘live’ ?

L-M : Tout à fait !
S. : Une compo est davantage le résultat d’un accident ou d’un événement fortuit. On déconne ou on bricole, et puis c’est le hasard qui guide nos choix.
L-M. : Rien n’a jamais été balisé. Nous ne sommes pas déterministes.  

Parlons un peu de votre nouvel album. J’ai remarqué la présence d’un violoncelle sur « Follow the line » ; et puis il y a ces ‘wow wow’ qui me rappellent quelque part Siouxsie & The Banshees. Tout comme lors de l’hymnique « One empty chair ». Des coïncidences ?

L-M. : Nous avons partagé la même affiche.
S. : Je connais très peu son répertoire, mais elle est vachement cool.
L-M. : Au sein de mon premier groupe, on disait que je chantais comme elle…

« Don’t ask » et « Colours fade » sont les deux chansons les plus pop de l’album. Soit la première et la dernière du cd. Vous envisagez de les sortir en singles ?

S. : Oui.
L-M. : Le premier morceau est déjà sorti en single et le second est prévu pour le printemps.
S. : Enfin, c’est plus que probable, mais rien n’a encore été décidé.

« When we wake » est une méditation sombre sur la mort. Que représente la mort pour vous. La fin ? Une nouvelle vie ? Croyez-vous à la lumière après la mort ? A un dieu ? Aux esprits ?

S. : Putain, c’est une question vachement profonde !
L-M. : Je ne crois pas en Dieu, mais je pense qu’il existe quelque chose après la mort. Je prie, mais pas de manière consciente. Je ne crois pas à l’influence divine. Ni à un quelconque sauveur. J’ai suivi une éducation dans un milieu catholique. Et on m’a enfoncé tous ces principes dans le crâne. Maintenant, je crois qu’il existe un état de conscience après la mort ; mais lequel ?

Vous ne disposez pas seulement de la musique comme corde à votre art. Vous vous intéressez également à l’art sous toutes ses formes. Dont la photo. A l’instar de PJ Harvey, vous avez ainsi posé nus. Partagez-vous le même concept ?

S. et M-L. (en chœur) : Wow !
S. : Justement j’en parlais hier à Laura hier soir, lorsqu’elle se déshabillait.
L-M. : Oui, on parlait de l’opportunité pour les pop stars de poser nus.
S. : Cette démarche peut être artistique, mais aussi commerciale, et une manière détournée de vendre son produit. On ne joue pas à poils sur scène ! Dans le monde musical, la nudité est plus commerciale qu’artistique. Il y a bien un album des Pixies dont la pochette est vraiment arty ; mais en ce qui concerne PJ Harvey, sa nudité était surtout destinée à promouvoir son album.
L-M. : C’est une véritable icône, mais elle est bizarre. Et puis tellement maigre.
S. : La nudité peut être artistique, mais la majorité du temps, elle ne l’est pas.

J’ai lu un article marrant racontant qu’à l’instar de Peaches, porter une fausse barbe était un phantasme pour Laura. Vous partagez les mêmes obsessions que la Canadienne ? (fou rire !)

L-M. : Et m****, qui a écrit un truc pareil ?
S. : Tu vois, on fait des tas d’interviews, on boit un coup de trop, on rigole et puis on raconte des conneries…

(Merci à Vincent Devos)

 

mercredi, 17 mars 2010 16:51

Le goût de l’extrême…

De son véritable nom Julie Campbell, Lonelady est une passionnée de new wave et de post punk. Pas étonnant lorsqu’on sait quelle est issue de Manchester. Et pourtant, ce n’est pas en fouillant dans les vieux vinyles de ses parents, qu’elle a acquis cette culture. Simplement, en s’intéressant à l’histoire de la musique de sa ville de naissance. Progressivement. A un tel point qu’actuellement, sa musique en est profondément imprégnée. Et « Nerve up », son premier elpee en est la plus belle illustration. Pourtant au cours de sa jeunesse, elle écoutait surtout la musique américaine des 90’s ; entre autres REM, Nirvana et Hole…

Julie confirme : « Effectivement. En fait, ce sont ces formations qui m’ont incité à acheter ma première guitare » Parmi ses influences américaines, elle cite encore Pylon ainsi qu’Emerald, Sapphire and Gold (NDR : dites ESG), deux combos américains qui ont marqué le début des eighties. Elle est un peu surprise de la formulation de la question, marque une pause, puis réagit : « Ah, c’est ce que signifiait le sigle ESG ? » Puis embraie : « Ces deux groupes pratiquaient une musique minimaliste, entrecoupée de longs silences, à l’instrumentation très parcimonieuse. Et on retrouve dans mes nouvelles chansons, ces formes de vide. Mais si la palette de sonorités était minimale, les compos étaient très énergiques et imprimées sur un rythme saccadé, funky ». Mais retraversons l’Atlantique pour revenir aux Iles Britanniques. Trois décennies plus tôt. Soit à une époque marquée par Throbbing Gristle, XTC, John Foxx, An Clark, Cure, The Smiths, Gang of Four, Joy Division et quelques autres. Et qui constituent quelque part une source d’inspiration majeure pour Julie : « Tous ces groupes et artistes ont eu une influence sur ma création. Mais il n’entre pas dans mon intention de me réapproprier leur musique. Cela n’aurait aucun sens. J’essaie de créer mon propre univers sonore, notamment en me servant de ma voix. Parfois les influences peuvent devenir un fardeau. Il faut savoir faire la part des choses. » Ecouter Joy Division est, en outre, une expérience quasi religieuse pour mon interlocutrice. Elle avoue : « Leur musique se détache de la vie quotidienne. Elle me fascine. Elle est intemporelle. Un peu comme si on figeait le temps à travers l’espace. Et il ne faut pas oublier d’y associer le producteur Martin Hannett, également responsable du son ». Vu sa fascination exercée pour les eighties, on pourrait facilement imaginer que l’artiste reprenne, de temps à autre, des morceaux composés par ses maîtres. La réponse fuse : « Non ! On a juste enregistré sur une flip side, la reprise d’un single très peu connu de The Fall. Et c’est vrai que dans le passé, on l’a jouée en ‘live’. Mais depuis, elle ne fait plus partie de mon répertoire, sur scène ». Vu le come-back de la new wave, illustré notamment par des formations comme Editors et Interpol, une question me brûlait les lèvres. Celle de ces fameux cycles dans l’histoire du rock’n roll. Elle argumente : (rires) « C’est une approche intéressante. Personnellement, je pense plutôt qu’il s’agit du fruit du hasard. C’est plutôt aléatoire que cyclique. D’ailleurs je ne suis pas trop au courant de ce qui se passe sur la scène musicale contemporaine. Et puis, l’important c’est plutôt l’aspect tridimensionnel (NDR : la musique, la parole, l’interprétation) qui compte quand on revisite une époque. »

Le parcours musical de Lonelady a commencé en 2004, un itinéraire jalonné d’une poignée de singles. Qu’elle produisait elle-même. Elle a même aménagé un studio dans une ancienne filature. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle s’est forgé une solide expérience. Mais comment a-t-elle réussi à se faire signer par Warp ? Julie raconte : « L’histoire et un long processus. Au départ c’était du D.I.Y. ; puis en 2007, Jason (NDR : White) de Too Pure a agi comme catalyseur pour que je puisse franchir une étape. Il m’a permis de rencontrer Steve Beckett. Et puis de fil en aiguille, il s’est intéressé à ma musique, puis nous a signés ».

Julie estime que la plupart des critiques de disques et même de concerts sont rarement pertinents. Pourquoi donc ? « La manière de me poser cette question implique que tout est noir ou blanc. Personnellement, l’écriture est un acte privé, individuel. Et mon but n’est pas de faire l’objet d’un article dans un magazine. Or une majorité de journalistes essaie de tout traduire en mode et en courants. Ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse… » Parlons quand même un peu de ‘Nerve’, son premier opus. Et tout d’abord de cette compo baptisée ‘Army’, caractérisée par des riffs de guitare très effilés, comme chez Gang Of Four. Or, un des titres les plus notoires du band de Leeds s’intitule ‘I love a man in a uniform’. (Eclats de rires). C’est peut-être une coïncidence… « Et ça te fait rire ! J’adore ce groupe. Il véhiculait une énergie funkysante incroyable. Andy Gill est un guitariste génial. Et leur musique était à la fois brutale et fragmentée… » A contrario le morceau maître de l’elpee est beaucoup plus soul/funk disco. Davantage dans l’esprit de Madonna. Mais était-ce intentionnel ? « J’apprécie beaucoup Madonna. Elle est une de mes influences. Et sur cette compo, plus précisément, c’est vrai. En fait, mes prochaines adopteront un profil plus funky… »

Julie a déclaré beaucoup aimer la poésie et le cinéma extrêmes. Souhaiterait-elle mener une vie extrême ? Serait-elle blasée par la vie quotidienne ? (Eclats de rires…) Elle réplique : « Ca, c’est la meilleure question qui m’ait été posée aujourd’hui. Oui, j’éprouve le désir de ne pas mener une vie ordinaire. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis attirée par les idées extrêmes. Et je suis particulièrement fascinée par les films d’Ingmar Bergman ; et notamment par ‘7th Seal’ (NDR : le titre –en français ‘Le Septième Sceau’– provient d'une phrase de l'Apocalypse selon Saint Jean l'Évangéliste, chapitre 8 ; voir Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Septi%C3%A8me_Sceau». Dans le même esprit, sur la homepage de son site Web on peut lire ‘La brutalité a une place dans la pop. La férocité et le secret, également’. Ce qui méritait quand même un complément d’explications » Elle clarifie : « Il serait peut-être judicieux de demander des explications à Paul Morley. C’est un journaliste (NDR : plume brillante qui a longtemps sévi au New Musical Express), mais aussi un écrivain qui jouit d’une belle popularité aux Royaume-Uni. Au cours des dernières années, il a aussi composé pas mal de musique. C’est lui qui a rédigé ce texte sur le site. Je l’avais contacté pour qu’il consacre quelques lignes sur Lonelady, parce que j’aime bien la façon dont il formule ses impressions au sujet de la musique. Ce texte n’est pas linéaire, mais plutôt abstrait… »

Après avoir abordé tant de sujets sérieux (NDR : quoique), rien de tel que de terminer un entretien par une boutade… Mancunienne, Julie n’a pas son permis de conduire. Ni son drummer. Pas évident quand on doit se déplacer pour jouer en ‘live’. Or dernièrement, elle a engagé un claviériste, qui lui est détenteur du permis de conduire. Ce critère était sans doute indispensable avant qu’il ne soit engagé. Elle se défend : « Une manière très intéressante d’aborder le problème (rires). Le claviériste est autorisé à circuler en automobile sur la voie publique. Quelle belle coïncidence ! Vous savez j’habite au centre-ville. Je me déplace donc à pied. Je n’ai jamais éprouvé le besoin d’apprendre à conduire. C’est vrai qu’il n’est pas évident de se produire en concert dans ces circonstances. Et avant qu’il ne rejoigne le band, on sollicitait un proche ou un ami pour nous véhiculer… »

Merci à Vincent Devos

vendredi, 12 mars 2010 12:22

Floating

Le rock lo-fi à tendance noisy a décidemment le vent en poupe aux Etats-Unis. Après avoir découvert les dérangés mais passionnants Times New Vikings, puis les quelconques Vivian Girls, place aux Invaders, une formation discrètement importée de Louisville dans le Kentucky. Bonne nouvelle, les compos –d’excellente facture– de ces nouveaux héros de la guitare distordue lorgnent plutôt du côté des Nouveaux Vikings. Info importante, quand même, chez Invaders on retrouve Joe Meredith. Il en est le leader. Un personnage qui a sévi tout un temps chez les très obscurs Merediths…

« Floating » ouvre l’opus. Un superbe morceau. « Sky Canopi », « Couldn’t Come » et « The Flu » sont de petites bombes lo-fi aux mélodies imparables. Sous leur aspect discount, la compo vous accroche dès le premier riff saturé. Dix minutes qui valent leur pesant d’or. D’ailleurs si toutes les plages de l’elpee étaient de la même trempe on aurait pu attribuer à ce disque une mention d’incontournable. Evoluant quelque part entre l’univers (NDR : du pauvre ou du caniveau, à vous de choisir !) de Belle and Sebastian, de Pavement, de Spacemen 3, des Butthole Surfers et celui de Times New Vikings, mais en plus pop, les Invaders livrent d’emblée la quintessence de leur création. Les 8 autres morceaux de ce « Floating » n’ont pas la même saveur, mais ils tiennent cependant honorablement la route. Faut croire que Joe Meredith a préféré conserver ses futures pépites pour un prochain cd. Quoiqu’il en soit, ce « Floating » constitue une chouette découverte.

dimanche, 07 mars 2010 20:09

Mark Linkous s’est donné la mort…

Mark Linkous, l’âme de Sparklehorse, s’est suicidé ce samedi 6 mars. Il était âgé de 47 ans. En 1996, ce personnage dépressif avait déjà effectué une tentative, suite à une overdose volontaire, alors qu’il assurait le supporting act de Radiohead. Un épisode qui avait laissé des séquelles, puisqu’il avait dû se résoudre à circuler dans une voiturette pendant quelques années. Et lorsqu’il a repris la marche, c’était en boitant. Responsable de quatre albums, il comptait parmi ses admirateurs Thom Yorke et PJ Harvey. Enregistré en 1996, « Vivadixiesubmarinetransmissionplot », constitue son opus de référence, un disque remarquable, surréaliste, halluciné et complètement déjanté. Les trois albums suivants, quoique de bonne facture, n’auront cependant plus le même impact. Et surtout plus le même effet de surprise. En 2009, le songwriter américain avait rejoint l'électronicien Fennesz pour participer à une aventure « In the fishtank » et le producteur américain Danger Mouse l’avait sollicité pour participer au projet Dark Knight of The Soul. Refusé par le label de Linkous, l’œuvre avait cependant récolté un succès certain via internet. Sparklehorse devait se produire cet été au festival Pukkelpop.

lundi, 01 mars 2010 01:00

4 rappels et puis dodo…

La salle Jean Noté était aux deux-tiers remplie pour accueillir Dominique A. A vue de nez, il devait donc y avoir plus ou moins 600 spectateurs. Une belle performance lorsqu’on sait qu’une semaine plus tôt, la Maison de la Culture de Tournai n’avait alors enregistré que 250 préventes. Mais ce manque d’intérêt est incompréhensible, surtout quand on sait que la plupart des concerts accordés par le natif de Provins (NDR : c’est en Seine et Marne), dans le Nord de la France, affiche sold out ! Comme quoi, il ne suffit pas de chanter en français pour remplir une salle dans la cité des Cinq Clochers. A cet égard, cette situation me permet allègrement de battre en brèche les arguments fallacieux justifiés par certains mélomanes et journalistes locaux, lorsqu’ils ne veulent pas se rendre à un spectacle. En fait, ces censeurs imitent la foule en ne se déplaçant que lorsque l’artiste jouit d’une popularité certaine ou est matraqué sur les ondes radiophoniques formatées (NDR : les deux conditions étant souvent liées). La langue de Shakespeare, ce n’est qu’un prétexte ! Bref, on ne va pas refaire le monde, mais il est bon, de temps à autre, de remettre les pendules à l’heure…

En première partie, l’ex-leader de Venus, Marc Huyghens était venu présenter son nouveau projet : Joy. Un trio au sein duquel milite une percussionniste (Françoise Vidick, son épouse), également vocaliste (NDR : très beau timbre !) et une violoncelliste (Anja Naucler, de nationalité suédoise). Bref, on retrouve chez Joy, cet esprit ‘classique’ qui hantait déjà l’ex-formation du Gantois. Le trio rôde son show depuis plus de six mois et il faut reconnaître qu’il est parfaitement au point. La texture musicale est très soignée, ténébreuse (NDR : drôle d’idée de choisir Joy pour patronyme), contemplative, minimaliste. Un univers sonore parfois déchiré par les accords de la six cordes de Marc ou du violoncelle (NDR : les deux musiciens ont recours aux pédales de distorsion), et subtilement martelés de rythmes celtiques et circonstanciellement tribaux. La voix de Marc me fait parfois penser à celle de Mark Chadwick, le leader des Levellers. Et quand elle se conjugue en crescendo avec celle de son épouse, c’est absolument superbe. Quant aux envolées lyriques, parfaitement en harmonie, elles lorgnent plutôt du côté de Muse. Le seul problème c’est que l’ensemble est tellement bien huilé, qu’il manque de relief. Le climat mélancolique, à la limite mélodramatique, accentuant cette impression. Le set aurait même pu s’étaler sur un seul et long morceau, dans l’esprit prog si cher au 70’s. Pas encore d’album pour Joy, mais quelques démos à découvrir sur leur MySpace.

La dernière fois que j’ai assisté à un concert de Dominique A, c’était en 2002, dans le cadre des Nuits Botanique. Faut dire que jusqu’alors, j’étais quelque peu indifférent à sa musique. Or, lors de ce spectacle, j’avais eu une excellente surprise. Seul au milieu d'une multitude de pédales, ce véritable homme-orchestre avait montré une facette de son talent que je ne lui connaissais pas. En outre, son timbre vocal était devenu bien plus mûr qu’à ses débuts. Superbe il m’avait même fait penser celui de Léo Ferré. Enfin, paru l’an dernier, son dernier elpee, « La musique », m’avait beaucoup plu. Raison pour laquelle je m’étais décidé à me rendre à la Maison de la Culture de Tournai, pour assister à son show.

Pour la circonstance, Dominique est soutenu par 3 musiciens. Tout d’abord un drummer qui double également (NDR : probablement ?) à la boîte à rythmes et un claviériste. Plutôt appliqués et impassibles. Et puis un guitariste/claviériste/bidouilleur assez étourdissant. Il est jeune, brillant et se multiplie pour assurer ses différentes tâches. Ce soir, c’est un peu lui l’homme-orchestre. Et quand on peut s’appuyer sur un tel musicien, on peut dérouler. Et c’est ce qui s’est produit ce soir. Dominique est au sommet de sa forme. Cold wave, new wave, valse, tango, paso doble, ballades, noisy, rock, tout y passe. “Hasta- que el cuerpo aguante”, “Immortels”, “Le bruit blanc de l’été”, « Sur nos forces motrices » ainsi que l’inévitable et remarquable “Le courage des oiseaux” sont passés en revue. On a même droit à une nouvelle chanson dont les accords de gratte scintillants, déchiquetés, semblent empruntés à Kitchens of Distinction. Le light show est sobre, mais efficace. Un éclairage essentiellement placé à l’arrière de la scène, projetant des ombres chinoises. Des lumières parfois stroboscopiques, qui traversent également des panneaux tournants, toujours en arrière-plan. Des images d’OMD, Ultravox, Noir Désir et même Bashung traversent mon esprit. Dominique est généreux. Il frappe du pied, secoue la tête (NDR : raison de son regard oblique ?) Et puis, il émane une telle force, une telle beauté et une telle sérénité de ses textes qu’on en est complètement retournés. Le public est conquis, mais gourmand. Il en veut encore et toujours. Et Dominique lui accorde quatre rappels. Dont le dernier, sous forme de slow, histoire de calmer un peu l’enthousiasme, ajoutant : ‘C’est la dernière, et puis Dodo !) Je regarde ma montre, il est 11h45 ! Il doit avoir joué plus de deux heures. Impressionnant !

(Organisation Maison de la Culture de Tournai)

 

mardi, 16 février 2010 01:00

Ten glorious animals

Fondé en 1984, séparé une première fois en 1996, reformé en 2001, (re)séparé en 2004, à l’issue de leur 1 000ème prestation live, et reconstitué en 2004, ce groupe new-yorkais compte à ce jour 10 elpees à son actif. Un groupe plutôt atypique dont le style peu conventionnel, parfois surréaliste, audacieux (NDR : le recours aux cuivres), aux lyrics controversés (NDR : traitant de sujets aussi sulfureux que la perversion, le suicide, la pédophilie, la violence conjugale ou encore la sexualité décadente) a toujours évolué quelque part entre métal, pop, psychédélisme, cabaret, punk et post punk. Pas étonnant qu’il relève du label Alternative Tentacles.

« Ten glorious animals », leur nouvel opus, surprend encore. Mais beaucoup moins. Plus éclectique, il lorgne davantage vers la pop. Mais il recèle encore son lot d’insolite. Découpé en 11 plages, il s’ouvre par un titre aux climats contrastés. Son titre ? « Mrs Carradine ». Un morceau balisé par des accords de piano tour à tour ténébreux et allègres, voire swinguants. Alimenté par des bourdonnements électriques grésillants, vaporeux, « No more room » semble coincé entre l’univers de Jesus & May Chain et celui de Primal Scream (NDR : cherchez l’erreur !). Tout au long de « Wide », Tomas Antona emprunte les inflexions de Jello Biafra (NDR : cherchez encore l’erreur !), une compo alimentée par des riffs de guitare malsains, torturés, réminiscents du « Sister » de Sonic Youth. Basiques, « Don’t I know » et « Lorelei & Henry » sont certainement les deux plages les plus faibles du long playing. Du sous-Breeders. Blues urbain, « Shiloh » nous plonge dans l’univers le plus sombre de Nick Cave, nonobstant les accès épisodiques de riffs de guitare ‘pixiesques’. Une référence que l’on retrouve en finale. Et pour cause, Alice Donut y réalise une remarquable version, mais instrumentale, du « Where is my mind », parcourue d’un trombone ! Plus lent et théâtral, « Esophagus » est certainement le titre le plus luxuriant. Tout comme « Old dominion », une composition capricieuse, enrichie de sonorités singulières, hantée par l’esprit de Bauhaus. Slide ou guitare glissando ou encore banjo, tout est tellement trituré qu’on éprouve d’énormes difficultés à reconnaître les différents instruments. Alice Donut tâte également du glam. D’abord sur « Prog Jenny », le meilleur fragment de la plaque. En adressant un clin d’œil à la version du « The hurdy gurdy man » de Bowie (NDR : c’est une compos signée Donovan !), cette plage parvient à déraper dans un psychédélisme insolent, digne de l’album « Ziggy Stardust ». Et enfin « The cavalry » goûte également au glam, mais acoustique. « Ten glorious animals » n’est manifestement pas le meilleur opus d’Alice Donut, mais il tient honorablement la route…

mardi, 16 février 2010 01:00

Fiction of her dreams

On est en pleine vague néo-new wave. Et le premier album de Dial For Murder en est une nouvelle illustration. David Ortenlöf et Anders Lantto ont fondé ce duo en 2007, en choisissant pour patronyme, le titre d’un thriller d’Alfred Hitchcock, en l’occurrence ‘Le crime était presque parfait’. Peu de suspense, cependant tout au long de cet opus, puisque la plupart des plages auraient tout aussi garnir le répertoire d’Interpol ou des Editors. Les mélodies sont ténébreuses, la basse profonde, le tempo de la boîte à rythmes hypnotique, les cordes de guitare climatiques et le zeste de claviers vintage. Sans oublier les vocaux angoissés, saccadés, réminiscents, pour la circonstance d’Andrew Eldritch, mais en moins sépulcral. Une exception qui confirme la règle : « NYC (Now you care) », au cours duquel, le timbre du vocaliste emprunte curieusement celui de David Bowie (NDR : à moins que ce ne celui de Peter Murphy). Bref si cet album est d’honnête facture, j’ai l’impression que le tandem s’est davantage inspiré de revivalistes que de la source même…