New Brutalism de 087 à 089…

New Brutalism est un groupe de rock minimaliste formé à Knoxville, Tennessee, en 1998. Le groupe est composé de Shane Elliott (chant), Matt Hall (guitare/chant), David Basford (basse/chant) et Carey Balch (batterie). Son nouvel Ep, « Requiescat Record »,…

logo_musiczine

Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels des années 60, l’âme vibrante de la Motown, et l’improvisation subtile du jazz. Formé de sept musiciens passionnés, le groupe (qui se prononce Denver) propose une musique à…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Search results (29 Items)

Anna Calvi

Un Ep pour Calvi, c’est tout ce qu’il y a ?

sera disponible le 20 mars. Lors des sessions, elle a reçu le concours d’Iggy Pop, dee Laurie Anderson et de Matt Berninger du groupe The National.

Dans le premier morceau électrisant de l'EP, « God's Lonely Man », Calvi a fait appel à Iggy Pop, le personnage idéal pour incarner la voix de son monologue intérieur destructeur. ‘Il est perturbateur, brut et honnête, une force singulière. Sa présence était parfaite pour le récit de cette chanson’. Le morceau vibre d'une défiance audacieuse, avec des guitares furieuses accompagnées d'une batterie galvanisante. La chanson est un cri de ralliement contre l'inertie émotionnelle et le désespoir. Par ailleurs, la vidéo, mettant en vedette Anna et Iggy, offre un portrait intime de la connexion réelle entre deux musiciens et interprètes incroyables.

« Is This All There Is  ? » est le premier volet d'une trilogie qui explore l'identité comme une métamorphose, façonnée et remodelée par l'expérience de l'amour. Ce projet s'inspire du changement de perspective de Calvi après être devenue mère. Dans cet EP, Calvi se penche sur les questions existentielles de la vie moderne : comment retrouver l'intimité ? Y a-t-il quelque chose de plus fondamental auquel nous pouvons nous connecter ? Que signifie se sentir vraiment éveillé ? ‘Avoir un enfant a été une expérience tellement transformatrice qu'elle m'a amenée à envisager la possibilité que tout dans la vie puisse potentiellement changer, ce qui est effrayant mais incroyablement libérateur’, explique-t-elle.

Ailleurs sur l'EP, Calvi réinvente le classique « Computer Love » de Kraftwerk avec Laurie Anderson. La voix emblématique d'Anderson au centre et les arrangements choraux inquiétants de Calvi créent espace et ombre, el le résssssultat devient une réflexion sur l'intimité numérique et l'absence émotionnelle.

Calvi s'entoure depuis longtemps d'artistes qui opèrent à la frontière des genres et des attentes. Elle a déjà collaboré avec David Byrne, Brian Eno, Marianne Faithfull, Charlotte Gainsbourg, Courtney Barnett et Julia Holter, tous des artistes qui suivent des parcours créatifs remarquables. ‘L'opportunité d'être dans le même espace que des personnes que vous aimez est tellement inspirante’, dit-elle. ‘Voir comment différentes personnes abordent la même chose vous rend plus perspicace. C'est passionnant’.  Ses collaborateurs sur cet EP – Iggy Pop, Laurie Anderson, Perfume Genius, Matt Berninger – partagent tous une vision singulière. ‘Ils partagent une sorte d'honnêteté subversive’, note Calvi. 

“God’s Lonely Man” est disponible sous forme de clip

 

Anna von Hausswolff

Cérémonie chamanique ou rituel alchimique de purification ?

Quel chemin parcouru pour Anna von Hausswolff ! Depuis ce concert en septembre 2013 au Théâtre Américain, en première partie de Wire, où la Belgique l'avait découverte. L'artiste suédoise est aujourd'hui devenue une des figures de proue de la musique alternative et ce, à l'échelon international. Ce soir, elle vient défendre son nouvel opus et le Trix est comme un chaudron qui bruisse dans l'expectative d'un moment magique.

Il revient à Rylander Löve d’ouvrir le bal. Cette saxophoniste et compositrice, également suédoise, milite au sein du groupe qui accompagne Anna sur scène. Au cours de sa prestation, elle explore les frontières entre le jazz, l'improvisation, la musique électronique et la pop expérimentale. Ses paysages sonores sont complexes et mélangent des éléments tant acoustiques qu'électroniques. Une musique riche, affranchie des conventions, qui ouvre les sens et stimule l'esprit. Une excellente ‘mise en bouche ! ‘ (Page ‘Artistes’ ici)

L'arrivée d'Anna von Hausswolff transforme l'atmosphère, la faisant passer de l'apesanteur à une intensité bouleversante. Décrire cette musique relève de la gageure. L'art-pop s'y mélange aux accents gothiques, aux atmosphères ambient/prog et aux rythmes tribaux, le tout baigné dans un esprit boréal et une profondeur quasi mystique.

L'écrasante majorité des titres de la setlist sont tirés de l'album “Iconoclasts”, sorti en octobre 2025. Cette œuvre colossale et sombre prend une dimension encore plus immense en 'live'. Sur les planches, Anna trône sur un podium, flanquée de ses synthés et d'un instrument étrange, monté sur pied. On dirait une harpe de cristal, mais c'est en fait un 'cantiga organetto’, un harmonium à tubes dont elle joue avec la main droite, tandis que la main gauche actionne le soufflet. C'est en voyant une Belge, Catalina Vicens, en jouer qu'Anna est tombée amoureuse de cet instrument.

Dans le premier titre, “Consensual Neglect”, un instrumental ambient expérimental, c'est le saxophone de Rylander Löve qui ouvre les hostilités. Pendant près de 3 minutes, l'instrumentiste construit des loops de sons qui forment un véritable mur sonore, au-dessus duquel les autres musiciens viennent poser leurs arabesques, le tout culminant dans un paroxysme final impressionnant.

Caractérisé par ses accents solennels, “Facing Atlas” permet au public de découvrir la voix d'Anna von Hauswolff. Planant très haut dans les aigus, elle est puissante et incroyablement claire. Affûtée comme un glaive, elle transperce aisément le voile des autres instruments pour venir toucher le spectateur au plus profond de son âme. Des moments de pop inattendus surgissent, notamment lorsque le concert s'attarde sur “Stardust”, où une douce mélodie plane comme un voile fantomatique au-dessus des têtes. D'autres morceaux, comme "Aging Young Women", offrent une beauté délicate et poignante qui plonge la salle dans un silence absolu.

L'artiste va sur ses 40 ans mais, en ‘live’, elle apparaît encore comme une jeune adolescente, fragile, la queue de cheval de sa chevelure blonde virevoltant au rythme de ses mouvements. Le premier moment phare du concert est atteint grâce à un tour de force : “The Mysterious Vanishing of Electra”, extrait de “Dead Magic”, considéré comme son meilleur opus. Anna descend de son podium, se place au-devant de la scène et entame à la guitare électrique le premier accord en mi mineur de cette composition hallucinante. La rythmique est tribale et les fans entament un headbang lent et cérémonial. La puissance des arrangements évoque évidemment Swans, une formation dont Anna a souvent assuré la première partie. La voix de la belle valkyrie est ici envoûtante, alternant entre une noirceur presque infernale et la plus éclatante des lumières. On assiste à une cérémonie chamanique, un rituel alchimique de purification et l'auditoire frissonne tant l'émotion est palpable.  

Mais ce n'est pas fini ! Il y a encore cette terreur, “Ugly and Vengeful”. Dépassant les 16 minutes, le morceau donne l'impression de sombrer lentement dans la folie, une descente inexorable portée par des percussions qui martèlent et de vastes nappes d'orgue. La voix de von Hausswolff, incantatoire, rappelle par moments celle de Lisa Gerrard. Elle oscille entre dévotion et pure démence. L'intensité est bouleversante. La puissance sonore est tout simplement stupéfiante. Orgue, synthétiseurs, basse et batterie tonitruante s'entrechoquent en vagues déferlantes. Un final qui fait littéralement vibrer la coque métallique du Trix.

Le rappel nous permet de redécouvrir “Funeral For My Future Children”, un titre au rythme de valse datant de 2012, interprété "pour les anciens fans". Comme “Facing Atlas”, c'est une marche funèbre, qui évoque “Atmosphere”, de Joy Division. Enfin, “Struggle With the Beast”, traversé par son riff répétitif au saxophone, clôture en apothéose ce concert simplement... époustouflant. En ce 30 janvier, la messe est déjà dite : on vient déjà d'assister au meilleur concert de 2026...

Playlist :

Consensual Neglect
Facing Atlas
The Mouth
The Whole Woman
The Iconoclast
An Ocean of Time
The Mysterious Vanishing of Electra
Stardust
Aging Young Women
Ugly and Vengeful

Rappel :
Funeral for My Future Children
Struggle with the Beast

Crédits photos :

Willem Schalekamp
Niko Schmuck

(Organisation : Trix)

 

King Hannah

King Hannah dans le bain…

Le duo britannique King Hannah, originaire de Liverpool, a récemment partagé le single « Leftovers ». Le groupe a également annoncé une série de dates de tournée en Amérique du Nord et en Europe. Sur « Leftovers », le duo ralentit le rythme et les paroles calmes de Merrick sont livrées sur une batterie écrasante et des guitares psychédéliques et floues. C'est un regard intime et dynamique sur une formation qui opte généralement pour la ‘propulsion.

 « Leftovers » a été enregistré à l'origine pour l'album « Big Swimmer », mais le combo n'a jamais été totalement satisfait des paroles, et ce morceau a donc été réécrit dans les mois qui ont suivi la sortie du long playing. En plus d'être une compo ‘leftover’ de l’opus l'album, il s'agit littéralement des restes d'une assiette ou de leur absence, car ‘I eat leftovers until there is nothing left over’ (je mange des restes jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien).

King Hannah nous parle de ce titre : ‘« Leftovers » est un titre très personnel qui parle de l'avenir et du passé, de l'importance des traditions et de l'établissement de certaines normes, comme l'emplacement réservé à l'arbre de Noël, et avec la répétition de la phrase ‘I know’, nous voulions donner au titre un sentiment de vulnérabilité personnelle et de confiance. La répétition de la phrase ‘because I eat leftovers until there is nothing left over’ (parce que je mange les restes jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien) sert de métaphore pour vouloir plus et ne jamais se contenter, mais reflète aussi une idée très réelle et simple des restes dans une assiette ou de l'absence de restes. Sur le plan instrumental et sonore, nous voulions que le morceau ait un côté sauvage, qu'il se construise lentement et qu'il mijote avant d'imploser’.

Si une grande partie du deuxième elpee du groupe, « Big Swimmer », reflète les récits de leurs voyages, c'est surtout en Amérique que Merrick et Whittle se sont retrouvés à regarder à travers la fenêtre de leur van de tournée permettant à l'inspiration pour leurs récits d'affluer.

 

La vidéo de « Leftovers » est disponible

Pollyanna

Pollyanna face au sourire froid…

Écrit par

Pollyanna, c’est le projet folk-rock de la Lilloise Isabelle Casier. Sur scène, c’est une voix, douce et forte à la fois, soutenue par une guitare vaillante, acoustique ou électrique.

Le son, plus orchestré en studio, est tendu par une écriture exigeante, musicale et littéraire. Dans un anglais choisi pour son universalité et son vaste imaginaire, Isabelle, ancienne journaliste, explore l’intime, se jouant des failles et des passions contemporaines. Le voyage, l’obsession de la perfection, de la définition parfois difficile de soi, sont autant de thèmes qui traversent ses chansons intemporelles mais profondément ancrées dans leur époque.

Elle prépare une réédition de son Ep « Man Time », originellement sorti en 2022 sur son propre label, Acoustic Kitty. Dans cette nouvelle version à paraitre en mai 2025, les titres d'origine y sont accompagnés de versions acoustiques inédites et presque 100% solo. Elles ont été produites au studio Cavern à Paris dans un esprit ‘live’ et ‘vintage’ : une prise pour la guitare, une prise pour la voix, deux gros micros à ruban et quelques légers ajouts (chœurs, ligne de violoncelle).

Après « Four Seasons » sorti en décembre 2024, « Your Smile Is Cold » constitue le second single extrait de « Man Time Deluxe ». Et il est disponible sous forme de clip . Inédite, il s'agit de la version solo.

 

 

 

ANNA

Les mots d’ANNA

Écrit par

ANNA se faisait discret depuis la sortie en 2022 de son dernier disque "Guilt". En 2024, le groupe revient avec un nouveau single clippé.

Avec Martin Vidy toujours aux manettes de la composition et de la vidéo, "Words" s'habille de glitchs et autres bitcrushers venant donner une couleur plus sèche et abrasive à la pop arty d'ANNA. Le parti pris est radical, et rappelle les premiers amours lo-fi du groupe. Le morceau navigue entre des accents psychédéliques et un emballage synthétique déroutant.

Tout en en maîtrisant impeccablement sa grammaire, ANNA continue ici son exigeante entreprise consistant à détruire la pop de l'intérieur.

Le clip consacré à "Words" est disponible ici

 

Annabel Lee

Drift

Écrit par

Produit par Amaury Sauvé, « Drift » constitue le 3ème elpee d’Annabel Lee. Un disque qui fait suite à « Little Sad And Not So Sad Songs », paru en 2018 et « Let The Kid Go », en 2020.

Découpé en 10 plages, cet opus s’ouvre par l’offensif « Dinosaur ». Et étonnant, tant le timbre que les inflexions de la chanteuse Audrey Marot n’ont jamais été aussi proches de Suzanne Vega. Ce qui n’est pas pour déplaire à votre chroniqueur. Tout comme l’attaque de la guitare opérée sur « Kiss & ride » et l’enlevé « By the sea », qui rappelle celle de Chris Martin (Coldplay) sur « Yellow », c’est-à-dire la période la plus électrique (et intéressante) du band britannique. Et le reste ne manque pas d’allure. A l’instar de l’excellent « High anxiety », une compo d’abord imprimée sur un tempo tribal et gratinée par des accords de sixcordes cristallins puis incisifs et dynamisée par une ligne de basse cotonneuse. « Terrain vague » monte progressivement en intensité, alors que d’abord introspectif, « Comedy » s’autorise un accès de frénésie aux 2/3 du parcours, avant de retrouver sa quiétude en toute fin de piste. On épinglera encore la ballade abrasive « 24/7 » ainsi que le morceau final bien pêchu, « Spiders and monkeys ». Quant aux textes, plutôt sombres, ils abordent des thématiques tourmentées voire angoissantes…

Annabel Lee

Les vagues d’Annabel Lee…

Écrit par

‘Quand on est en ville, coincé·e dans le quotidien, on aimerait parfois pouvoir prendre l’air et trouver un paysage qui fait écho à notre météo intérieure. « By the sea » c’est cette fuite vers une mer déchaînée, sous la pluie où on peut crier et extérioriser toute notre frustration. Comme un remède…’

« DRIFT », le second elpee d’Annabel Lee paraît ce 24 mars 2023. Issu de cet opus, le clip de « By the Sea » est à voir et écouter ici

 

King Hannah

I’m not sorry, I was just being me

Écrit par

Premier album pour King Hannah, un duo établi à Liverpool réunissant Hannah Merrick et Craig Whittle. Galloise, elle chante et joue parfois de la sèche. Multi-instrumentiste, Il se réserve la plupart des parties de guitare et parfois la basse. Lors des sessions, la paire a reçu le concours d‘un préposé au synthé, d’un drummer et de quelques invités.

« I’m not sorry, I was just being me » baigne au sein d’un climat particulièrement sombre, un peu comme si le groupe évoluait au croisement de chemins tracés par Portishead, PJ Harvey et Mazzy Star. La voix d’Hannah est lancinante, nonchalante, langoureuse, sulfureuse, mais bien timbrée. Electrique, éraillée, la guitare communique des sentiments d’angoisse, de torpeur et de mystère. La section rythmique est parfois d’une intensité folle, le drumming se révélant même, suivant les circonstances spasmodique ou implacable.

Pour alléger quelque peu l’ambiance, le disque recèle l’un ou l’autre interlude et une ballade americana (« Ants crawling on an apple stork »), mais on ne sort pas indemne après avoir écouté un tel album. Soit on le déteste pour cette atmosphère cafardeuse, soit on l’adore pour la présence de morceaux tout bonnement remarquables. Et en particulier « A well-made woman » amorcé par un intro labyrinthique, « All being fine » et les incursions avant-blues de Whittle à la six cordes, le vaporeux « Go-Kart Kid (Hell No !) » dont l’intensité électrique s’enflamme à mi-parcours, l’instrumental « Berenson » réminiscent du Red House Painters, le titre maître, abordé dans l’esprit ‘west coast’ de l’album « If I only could remember my name » de David Crosby, le semi-crazyhorsien semi-floydien « The moods that I get in » ainsi que la plage finale, « It’s me and you kid » ; imprimée sur un mid tempo, elle est abrasée de cordes de guitare filandreuses et torturées…

Un must !

Anna Ternheim

A space for lost time

Écrit par

Anna Ternheim impose, depuis ses débuts, une pop mélodique et légère à la fois. Un genre dans lequel elle s’assume et s’épanouit.

Baignant depuis son enfance dans la musique, grâce à la discothèque familiale où elle a puisé ses ressources, elle finit presque par hasard au sommet des ventes en Suède, son pays d’origine, grâce à quelques chansons enregistrées ci et là, presque instinctivement, délaissant définitivement ses études d’architecture.

Un style qui va lui permettre d’atteindre une apogée dans les années 2000, période charnière d’un renouveau où elle opère un tournant à 180 degrés pour se consacrer à des projets nettement plus intimistes.

« A space for lost time » n’échappe pas à la règle, épousant une fois de plus un registre doux et sensuel ; ce qui constitue sa meilleure carte de visite en quelque sorte.

Embrassant un univers proche de Katie Melua, cet opus se laisse objectivement bercer par ses arrangements aériens et cette voix suave qui permettent à l’enveloppe sonore de magnifier sa quintessence poétique.

Pourtant, la lassitude gagne progressivement le mélomane. L’exercice est uniforme durant plus de trente minutes ; un manque de relief qui finit par enliser l’ensemble au sein d’un excès de gnangnan magistral.

Bref, si la promesse était belle, malgré tous les efforts consentis, ni la collaboration avec Bjorn Yttling (le Bjorn de Peter Bjorn & John), ni le nouveau label ne parviennent malheureusement pas à sauver Moïse des eaux.

Hannah Williams

Des moments a cappella tout bonnement magiques…

Écrit par

Depuis l'ouragan Amy Winehouse, la scène soul ‘made in UK’ n'en finit plus de révéler des artistes qui n'ont rien à envier à leurs cousin(e)s issu(e)s d’outre-Atlantique. Après Michael Kiwanuka, Alice Russell et Harleighblu, place à Hannah Williams. Vous ne la connaissez pas encore ? Ce ne sera bientôt plus le cas ; et pour cause, le gotha de la soul lui a promis une proche célébrité. Dont les regrettés Sharon Jones et Charles Bradley. Enregistré en analogique, son dernier elpee, « Late Nights & Heartbreak », est paru en 2016. Et elle va nous en proposer, ce soir, de larges extraits. Pas de supporting act, mais une salle bien remplie par un public multigénérationnel.

The Affirmations, le backing group de Mrs Williams, réunit deux choristes, Hannah Nicholson et Victoria Klewin et six musicos. Soit le claviériste (Hammond, synthé) James Graham, le guitariste Adam Holgate, le drummer Jai Widdowson Jones et le bassiste Adam Newton. Sans oublier la section de cuivres, Liam Treasure, au trombone à coulisse et John Pratt au sax baryton. Ils sont tous issus de Bristol !

Les instrumentistes entament le concert par le lent, jazzyfiant, mais particulièrement électrique « 7 AM To Seville ». Au bout de 3 bonnes minutes, Hannah, pieds nus, débarque en même temps que ses choristes. Elle déclare qu’il s’agit de son premier passage en Belgique. Le band embraie immédiatement par le single qui a précédé le dernier elpee, « Tame in the water ». Déjà on ressent l’empreinte viscéralement soul de la musique, même si elle est subtilement teintée de psychédélisme. Oscillant entre Sharon Jones, Janis Joplin et Adèle, la voix d’Hannah est remarquable. Lorsque les trois femmes les conjuguent, c’est tout bonnement magique (?!?!?). Et tout particulièrement lors des morceaux interprétés a cappella. Même que pendant « Another Sunrise », on a des frissons partout. Et tout en chantant, le trio brasse l’air à l’aide de ses bras, un peu à la manière de feu Joe Cocker.

Les cuivres sont à la fois rutilants et impériaux tout au long de « Fool ». Certains titres plus old school, comme « Fighting Your Shadow » se révèlent davantage nerveux voire rageurs. A contrario, « Your Luck Can Change » est empreint de délicatesse. Avant d’entamer le vaporeux « In Your Arms », Hannah Williams demande à l’auditoire s’il est amoureux. Il lui répond par l’affirmative, la banane aux lèvres. « Aint Enough » lorgne davantage vers le funk. Bien soutenu par la section rythmique et généreusement tapissé par l’orgue Hammond, l’expression sonore semble alors cependant hantée par Nile Rodgers (Chic). A cause de ces accords de gratte funky, très caractéristiques.  

« Dazed And Confused » est une plage signée par Jake Holmès, en 1967, et popularisée, deux ans plus tard par le Led Zeppelin. La nouvelle version est très électrique. Et c’est « Women Got Soul » qui achève le show tout en douceur. Avant un rappel inévitable de deux morceaux. A l’issue du spectacle, le stand merchandising a littéralement été pris d’assaut. Preuve qu’il s’agissait d’un excellent concert…

(Organisation : Ancienne Belgique)

Adrianna Marie

Kingdom of swing

Écrit par

Tout à fait charmante, Adrianna Marie est originaire de l’Etat de Nouvelle-Angleterre, sur la côte est des USA. Dès sa tendre jeunesse, elle baigne dans la musique. Faut dire que ses parents étaient musiciens. Elle écoute ainsi tout particulièrement le Kingston Trio, Louis Jordan et Memphis Minnie. Et commence à chanter. Elle prend d’ailleurs des cours de chant et étudie la musique. A 17 ans, elle émigre à l'Ouest des States ; en Californie très exactement. Sa voix est déjà marquée par le folk, le blues et le jazz. Elle y rencontre de remarquables gratteurs locaux comme L.A Jones ou Andy Marx. Dès 2012, elle réalise une démo éponyme pour Delta Groove. Elle y reçoit la collaboration de John Marx, Bill Stuve, David Kida, Rand Chortkoff, Fred Kaplan et Ron Dziubla. Puis deux Eps : "Spellcaster" et "Can't change it". En 2013, elle participe à l'enregistrement de l'album "Double Dynamite" des Mannish Boys, disque qui paraît également chez Delta Groove. En 2014, elle réalise son premier elpee, "Double crossing blues", en compagnie de son groupe, les Groovecutters, impliquant notamment L.A Jones et Honey Piazza.

Richard Rosenblatt, le boss du label Vizztone, lui a donc proposé d’entrer en studio pour concocter un long playing en compagnie de musiciens notoires, dont ceux du Roomful of Blues. Soit Al Copley, l'un des fondateurs du combo, au piano. Et puis, les Roomful horns, c'est-à-dire, la section de cuivres au grand complet. Sans oublier des invités de marque, tels que le fidèle guitariste LA Jones, le bassiste Kedar Roy, le drummer Brian Fahey (Paladins), l’harmoniciste Bob Corritore, le gratteur Junior Watson (ex-Mighty Flyers et Canned Heat). Sans oublier Duke Robillard, un autre membre fondateur de Roomful of Blues, qui assure également la production. Et toute cette équipe forme le Roomful of All-Stars…

Dès l’ouverture, on est plongés dans un univers teinté de jazz, blues et swing. Adrianna chante d’une voix sensuelle ce titre maître, face à un backing group exceptionnel. La trompette de Doug Woolverton et les cordes de LA Jones tirent déjà leur épingle du jeu. "3 am blues" et "Baby I got you" baignent au sein d’un même climat rencontré au sein des clubs et des cabarets… d'une autre époque. La section rythmique, et particulièrement Cedar Roy sur sa lourde contrebasse, consolide la structure de ce swing éclatant. Tout comme pour "Mood Indigo" de Duke Ellington ainsi que "Memphis Boogie". Rythmé, "Sidecar Mama" constitue une des meilleures plages de l’opus. Les Roomful Horns sont à la fête. Les saxophones, le piano et la guitare prennent leur envol. Autre moment fort, "Gimme a Roomful". La voix est corrosive. Le grand Duke Robillard est préposé aux cordes. Et la reprise du "One sweet letter" de Joe Liggins, un r&b dansant ainsi que le "T-Bone Boogie" de T-Bone Walker, au cours duquel LA Jones est au somment de son art, sont également superbes. Ce dernier accompagne, en outre, Adrianna au vocaux. Blues fin de soirée, "The blues are brewin'" est un tube signé par Billie Holiday, en 1946. La finale, le "Blues after hours" de Pee Wee Crayton, est instrumentale. L'incomparable Junior Watson se consacre aux cordes tout au long du "Jump with you baby" de BB King, du jump californien. Chicago blues à coloration South Side, le "Drive me daddy" d’Helen Humes (NDR : une chanteuse de blues et de jazz) met en exergue l'harmonica de Bob Corritore et la slide de LA Jones qui sonne comme celle de Muddy Waters…

 

Julianna Barwick

Will

Écrit par

Bien que née en Louisiane et résidant aujourd’hui à Brooklyn, Julianna Brawick ne tient pas en place. Pour enregistrer le très réussi « Nepenthe », son opus précédent, elle s’était rendue en Islande, profitant ainsi des paysages faits de glace et de volcans, pour en imprégner l’atmosphère de sa musique.

« Will », son troisième elpee, a été écrit entre New York, Lisbonne et la Caroline du Nord, à une époque où elle multipliait les collaborations. En compagnie de Yoko Ono ou des Flaming Lips, par exemple. Pourtant, malgré le changement de climat, on ne peut pas dire que l’ambiance de cet LP soit particulièrement chaleureuse. A l’instar de son précédent essai, Julianna Barwick nous propose de longues plages sculptées dans un électro/folk saupoudré d’effets (NDR : des loops par exemple), des compositions sur lesquelles elle vient paisiblement poser sa voix. Une voix –parfois soutenue d’un backing vocal– noyée dans la reverb. Une expression sonore propice à la méditation ou à la contemplation. Un titre sort quand même du lot, l’excellent « Beached », au cours duquel les nappes de claviers se superposent sans jamais se froisser. Pourtant, l’artiste se sert également d’instruments organiques. Afin d’étoffer l’ensemble. Dont un piano ‘classique’ sur « Heading Home ». Inévitablement, à cet instant, on ne peut s’empêcher de penser à Olafur Arnalds. 

Julianna Barwick se produira à Bruxelles dans le cadre des Nuits du Botanique le mardi 7 juin en compagnie de Julia Holter. Une soirée de saine décontraction, en perspective…

 

Anna Meredith

Varmints

Écrit par

Elle a attendu 40 balais pour publier son premier effort studio. Et pourtant, Anna Meredith n’est pas une néophyte. Depuis de nombreuses années, la Londonienne compose des bandes sonores pour des opéras et des émissions télévisées, en mêlant sonorités classiques et électroniques. Comme le suggère ce mix de genres, les chansons d’Anna Meredith sont loin d’être banales. Et c’est à nouveau le cas tout au long de « Varmints », des compos qu’on pourrait qualifier de ‘bizarres’, mais pourtant intéressantes. Si dans le passé, elle remplaçait les instruments par la technologie, ce n’est plus le cas pour cet elpee. Violons, batterie et guitares ont été ajoutés au programme afin d’accentuer la complexité des morceaux.

Après le très intriguant « Nautilus », qui sert d’intro, Meredith révèle une des premières pépites de ce elpee : « Taken ». Une plage pop empreinte de douceur au sein de laquelle voix masculines et féminines se conjuguent sous l’impulsion de percus alertes. Le refrain est catchy et la chanson finit en apothéose. La musicienne plante le décor ! Le titre suivant est instrumental. C’est une des particularités de « Varmints » qui enchaîne morceaux classiques et instrumentaux. On passe ainsi de la fragilité vocale de « Something Helpful » à la complexité sonore et à la puissance de « R-Type », véritable sommet de cet opus, sublimé par des percussions surpuissantes. La fin de l’album est du même acabit, quoique légèrement plus expérimentale.

Homogène et cohérent malgré l’éventail de sonorités proposé, « Varmints » met parfaitement en exergue le talent de compositrice d’Anna Meredith que l’on retrouvera avec plaisir aux prochaines Nuits Botanique !

 

Dalannah & Owen

Been around a while

Écrit par

Etabli à Vancouver, au Canada, Dalannah et Owen forment un étrange duo de blues. Dalannah Gail Bowen est afro-canadienne ; mais du sang cherokee coule dans ses veines. Agée de 69 ans, elle chante le blues, le jazz et le gospel depuis plus de 40 ans. Bassiste, Owen Owen jouit d’une expérience aussi longue. La paire a atteint la finale de l'International Blues Challenge de Memphis, en janvier dernier. Elle vient de graver son premier opus, "Been around a while". Mais le plus remarquable procède de son art à faire des prodiges en se limitant à une voix et une basse à sept cordes. Et le résultat est vraiment original. L’elpee recèle onze plages, dont cinq issues de leur plume.

Sans surprise, la basse d'Owen ouvre le bal. Elle est rapidement rejointe par la voix de Dalannah, une voix qui vous flanque des frissons partout. Il est très rare qu’un tel instrument domine un album de blues ; mais sept cordes permettent de s’aventurer davantage dans les aigus. Une très belle entrée en matière. Articulant parfaitement ses mots, Miss Bowen domine le classique "Early in the morning". Très puissante, sa voix est à la fois expressive et harmonieuse. Ce qui n’empêche pas la basse de prendre un nouvel envol, en tirant parti du re-recording. Une partie est jouée suivant les codes de l’instru, mais elle sert de tremplin aux interventions les plus subtiles. On n’a pas le temps de s'ennuyer, car les compositions sont variées. Les quatre cordes prennent un nouveau billet de sortie sur "That ain't it", alors que notre Cherokee maîtrise parfaitement sa voix ; une voix qu’on sent très proche de vous, tout au long de "Blues, Mother of Sin". Si la plupart des plages sont lentes et dépouillées, le rythme n’est pas négligé. A l’instar d’"Already gone", une plage très réussie. "Queen Bee" est une piste empreinte d’une grande mélancolie, presque au bord du désespoir. Un désespoir formulé sous forme de conte sur la reprise du "Inner City blues" de Marvin Gaye ; la voix travaillée, participative accentuant ce sentiment. Sur "Heaven's right here", on a l’impression d’entendre trois basses au même moment. Le couple s’attaque alors à deux canons du blues, le "Come on in my kitchen" de Robert Johnson et le "Walkin' blues" de Son House. Owen y exprime toute sa totale sensibilité sur ses quatre cordes. Et la cover du "Why I sing the blues" de BB King mérite également une attention particulière. Une œuvre vraiment originale !

White Manna

Pan

Écrit par

White Manna est un quartet californien. Issu d’Arcata, très exactement. Le titre de son opus s’inspire soit du dieu grec de la nature (NDR : curieux, cette ville d’un peu plus de 17 000 habitants est une des rares aux States a être dirigée par des élus verts) ou d’un Fast Food historique (NDR : réputé pour ses Hamburgers dans le New Jersey, il s’est ouvert en 1939). Vu les textes abordés dans ses compos, la première explication semble la plus plausible puisqu’ils traitent de leur environnement.

Il s’agit déjà de son 4ème elpee. Et sa musique est sculptée dans un psyché space rock réminiscent du « Silver Machine » de Hawkwind (NDR : le titre maître, le long instrumental « E shra » et la piste carrément cosmique « Beta travellers »). Parfois imprimée sur un tempo plus lent (« Dune II »). Ou alors davantage féroce, dans l’esprit du « Raw power » des Stooges. A l’instar de « Evil », la meilleure plage de l’opus. Légèrement réverbérés, les vocaux ondoient comme sur une mer houleuse. Le groove est impressionnant. La section rythmique hypnotique. Tectoniques, les grattes grondent ; et circonstanciellemnet explosent après une montée en intensité progressive. Un filet ‘vintage’, vient parfois teinter le climat de garage. L’LP est enrichi de deux bonus tracks. Tout d’abord l’obsessionnel « Slow dust », puis la cover du « Master of the universe » de Hawkwind, qui figurait justement sur l’incontournable « Silver machine ». Et il faut avouer que la version tient parfaitement la route. Si vous avez la nostalgie de cette époque, vous pouvez foncer tête baissée…

 

Scarlett O’Hanna

Romance Floats

Écrit par

De son véritable nom Anna Muchin, Scarlett O’Hanna est originaire de Toulouse. Elle entame sa carrière solo, en 2007. Intitulé « Cheap Bling Bling », son premier Ep lui permet de se forger une certaine notoriété et surtout de tourner en compagnie d’illustres artistes issues de la scène folk telles que Laura Veirs, Scout Niblett ou encore Emily Jane White. Et après avoir publié son deuxième elpee, c’est Wilco qui l’invite à assurer le supporting act de sa tournée. Quand elle s’établit à Bruxelles, il y a trois ans, c’est d’abord pour dénicher un emploi au sein des instances européennes…

Elle vient de graver son troisième opus. Et sur ce « Romance Floats », elle se réserve une nouvelle fois l’écriture, la composition et la production. Un disque qui va bien au-delà du format folk. La Française y explore d’ailleurs un univers sonore chargé de contrastes. Elle n’hésite ainsi pas à prendre du recul par rapport à ce style forcément acoustique, en général lassant, pour glisser vers le rock lo-fi. « Romance Floats » baigne ainsi au sein d’un univers qui oscille entre douceur, hédonisme et électricité. Une amplitude qui rappelle celui embrassé par des artistes telles qu’Angel Olsen ou encore Cat Power. Caractérisé par sa mélodie imparable, « Dramamine » illustre parfaitement la vivacité du folk/rock de la demoiselle. Les sonorités chaleureuses des six cordes, les percussions basiques et les chœurs généreux nous permettent d’oublier Bruxelles et les origines françaises d’Anna Muchin. Son univers sincère et touchant rappelle même davantage les forêts canadiennes que les lugubres bâtiments de l’Union européenne.

Dans son style, Scarlett O’Hanna est une des révélations de ce début d’année. Lors d’une interview accordée à un média belge, la Française exprimait son envie de décrocher le statut d’artiste afin de vivre de sa musique. C’est tout le mal qu’on lui souhaite. Il serait dommage qu’un tel talent soit obligé de finir sa carrière dans un sinistre bureau de l’Union Européenne !

 

Anna Aaron

Neuro

Écrit par

Chanteuse/compositrice/interprète/pianiste, Anna Aaron est de nationalité suisse. Elle est plus précisément bâloise. « Neuro » constitue son second opus, et fait suite à « Dogs in spirit », paru en 2011. Lors des sessions d’enregistrement, elle a reçu le concours de Ben Christopher, de Jason Cooper (NDR : c’est le drummer de Cure !), mais surtout de David Kosten, à la mise en forme, producteur qui a notamment bossé pour Bat For Lashes et Guillemots.

Les lyrics de « Neuro » s’inspirent du ‘Neuromancien’ de William Gibson, un auteur de science-fiction qui a notamment influencé le film culte, « Matrix ». Vous avez peut-être eu l’occasion de regarder et d’écouter le remarquable clip consacré à « Stellarling », une compo au tempo sautillant, balisée par un piano sonore, et magnifiée par la voix ample et profonde d’Anna, alors réminiscente de Lene Lovitch. C’est également une des meilleures chansons de l’opus. « Sutekina » est également superbe. Les vocaux semblent alors plutôt hantés par Sinéad O’Connor. Une plage énigmatique, enrobée de chœurs. Ces voix sont d’ailleurs extrêmement travaillées tout au long de l’elpee. Par le biais du rerecording, c’est une certitude. A l’instar de « Case », une piste électro abordée dans l’esprit de Radiohead. De « Neurohunger », également, davantage électro indus, mais sous un format plus proche de Nine Inch Nails. Une électro qui s’imprime également parfois sur un format binaire. Sans doute idéal pour danser, mais pas vraiment ma tasse de thé. Je la préfère dynamisée par une boîte à rythmes plus ample. Comme sur l’hymnique « Totemheart », sorte de rencontre improbable entre le Floyd et Donna Summer, une piste dont la conclusion ressemble à une incantation mystique. Le long playing s’achève par « Simstim », encore un morceau électro, mais à la fois atmosphérique et minimaliste.

Anna Aaron se produira ce jeudi 20 mars à la Péniche de Lille.

 

Anna Aaron

La musique, c’est mathématique…

Écrit par

C’est en visionnant un clip d’Anna Aaron que votre serviteur s’est décidé de se rendre à un de ses concerts, et puis de lui consacrer une interview. Une superbe vidéo (voir ici ) au cours de laquelle on est immédiatement scotchés par l’amplitude vocale de l’artiste. Qui oscille de Sinéad O’Connor à Kate Bush, en passant par Lene Lovitch. Elle a bien sûr inclus cette chanson, « Stellarling », sur son second elpee intitulé « Neuro », un album dont le titre s’inspire du « Neuromancer » de William Gibson (NDR : enfin c’est ce que raconte la bio), écrivain qui a lui-même influencé le fameux long métrage « Matrix ». Pour entamer cet entretien, il me semblait donc naturel d’aborder le thème de la science-fiction sous son aspect littéraire et cinématographique…

Ce ne sont pourtant pas des sujets qui la dévorent particulièrement. Elle s’explique : « J’ai lu des extraits du bouquin, car je souhaitais acquérir un certain vocabulaire pour mieux appréhender cette matière. Et j’ai entrepris des tas de recherches pour y parvenir… » Mais c’est surtout l’aspect cyberpunk (NDR : définition sur Wikipédia ici) de ces références qu’elle creuse. Elle précise : « Une thématique parfaitement développée dans ‘Ghost in the shell’ (NDR : un manga de Masamune Shirow qui remonte à 1989), au cours duquel il y a des machines qui ont une âme presque humaine et où la femme est presque moitié robot et moitié déesse. Une approche à la fois mystique, romantique et technologique que j’ai beaucoup appréciée… » Est-ce la raison pour laquelle elle a un jour déclaré que la musique était mathématique, qu’elle nécessitait une cohérence entre le rythme et les harmonies ? Réduire la musique à des maths, n’est-ce pas la traduire en équation scientifique ? Et la réduire au solfège ? N’est-ce pas contraire au véritable esprit rock’n’roll ? Elle argumente : « Oui, j’ai fait cette déclaration, car on parle toujours de l’inspiration sous sa forme émotionnelle. Mais il existe également un côté rationnel dans la musique. Car la musique, ce n’est pas n’importe quoi. Les Occidentaux utilisent certaines tonalités ; or, elles sont beaucoup plus nombreuses dans les autres cultures. Chez nous, on s’arrête aux demi-tons. Pour bien comprendre la musique, il faut la placer dans un certain contexte. Plus scientifique. Il y a des mesures derrière… » Manifestement, les cours de piano classique qu’elle a suivis au cours de son enfance l’on plus marqués que le rock. Elle ajoute : « Mais le rythme, c’est aussi structuré, même si c’est plus simple. C’est souvent 1-2-3-4. Du 4/4 quoi. C’est métronomique. C’est mathématique… »

Si le premier elpee, avait bénéficié du concours de Marcello Giulliani, bassiste d’Eric Truffaz (NDR : qui l’a par ailleurs invitée à participer à la confection d’un de ses elpees, et à assurer le supporting act d’une de ses tournées), à la production, ‘Neuro’ a été enregistré sous la houlette de David Koster, mieux connu pour avoir notamment mis en forme des albums de Bat For Lashes et de Guillemots. Mais comment se sont déroulées les sessions auprès d’un personnage qualifié d’aussi perfectionniste ? Anna commente : « Bien. D’abord, je me suis posé des tas de questions avant notre rencontre ; et il est clair que j’étais un peu angoissée de bosser en compagnie d’un grand nom auquel je voue beaucoup de respect ; et je ne parvenais pas imaginer qu’il avait envie de travailler avec moi. Mais sur le terrain, il était nécessaire de briser la glace et d’évacuer ses idées préconçues, parce que dès qu’on entre studio, il faut être présent d’esprit, être bien lucide, prendre les bonnes décisions, gérer, diriger le processus et je ne pouvais pas perdre de temps en manifestant trop de révérence à son égard ; ce qui aurait pu nuire à la collaboration. Et puis finalement, c’est quelqu’un de très rigolo. Il a énormément d’humour, parfois même puéril ; ce qui nous a finalement permis de se détendre et même de rire aux éclats. Et le rire casse toujours la glace, comme on dit en allemand… » David a également entraîné Ben Christophers et le drummer de Cure, Jason Cooper, dans l’aventure. Quel a été leur rôle lors des sessions ? Anna répond : « Ben Christopher est venu 2 ou 3 jours. Il a assumé les parties de guitares et joué de toute une série d’instruments bizarres comme le phono phaser ou le marxophone, mais également plus anciens. Jason Cooper n’y a consacré qu’une seule journée. Mais comme le studio était trop petit, on a dû déménager une journée complète… »

Tout au long de ‘Neuro’, on est frappé par la qualité des harmonies vocales. Des chœurs, si vous préférez. Un travail technologique opéré sur sa propre voix. Elle confirme : « Oui, oui, il s’agit bien de ma voix. On a utilisé des samplings, des plugs in, des delays et d’autres trucs. Mais ce n’est pas ma voix qui est retravaillée, ce sont surtout les chœurs qu’on a mis en couches… » Lene Lovitch ? Elle ne connaît pas. Quoique manifestant beaucoup de considération pour Sinéad, elle n’aime pas trop son timbre, qu’elle estime trop atmosphérique… 

Certaines compos de son long playing adoptent un tempo binaire, dance, presque disco, d’autres sont imprimées sur un rythme plus élaboré. Le choix est-il délibéré ? Elle nous répond : « Non, pour moi, c’est très intuitif. Je suis incapable de fournir une explication logique. » ‘Totemheart’ évolue ainsi à la croisée des chemins du Floyd circa ‘One of these days’ et de Donna Summer, un morceau qui s’achève par une prière, voire une incantation mystique. Notre interlocutrice confirme que la fin de la composition est abordée comme une prière. Par contre Donna Summer, et même son célèbre ‘I feel love’, ça ne lui dit rien. Là où nos réflexions vont converger, c’est au sujet de ‘Neurohunger’, la plage le plus électro-indus de l’opus. D’abord le titre me fait penser à Sophie Hunger, une autre Suissesse, mais la compo, surtout à Nine Inch Nails. Elle corrobore mon point de vue : « C’est exact. Pourtant, je n’ai pas pensé à N.I.N. quand je l’ai composée ; mais il est vrai que pas mal de monde me l’ont fait remarquer…. »

Anna apprécie beaucoup David Eugene Edwards. Mais préfère-t-elle feu 16th Horsepower ou Wovenhand ? « Pour moi cette question est difficile. Il est clair que Wovenhand est encore en pleine évolution. Ce n’est pas un produit fini comme 16th Horsepower. En plus, chez Wovenhand, la métamorphose est toujours en cours. Entre le premier disque et le dernier, il y a une fameuse différence. J’ai eu le bonheur d’écouter le nouvel album de Wovenhand que quelqu’un du label m’a filé secrètement ; et manifestement il y a une progression marquante vers l’univers du rock, alors qu’à l’origine, la musique baignait plutôt dans le folk… »

Lorsqu’elle se produit en concert, Anna souhaite que le public devienne témoin de son set, qu’il y ait un partage entre elle et cet auditoire. « Effectivement, car je ressens sa présence. C’est très important. Il constitue un énorme corps dans la salle. C’est de la force. Et c’est cette puissance qu’elle incarne, qui est très importante pour moi. Je m’appuie dessus et c’est réciproque, je crois… »

Anna Aaron

Une voix hors du commun…

Écrit par

C’est la première fois que vos serviteurs mettaient les pieds à La Péniche. Sur les bords de la Deûle, face au champ de mars, le bateau existe en tant que Café Théâtre depuis 12 ans. Susceptible d’accueillir une centaine de personnes, il constitue un lieu de référence de découverte de musiques actuelles et humoristique.

A l’affiche, ce soir, Anna Aaron, qui a eu la gentillesse de nous accorder une interview, une grosse heure plus tôt, dans le Vieux Lille. Anna est de nationalité suisse et vient de publier son second album. Baptisé « Neuro », il a été précédé par un remarquable clip –et par ailleurs single– intitulé « Stellarling ». Et c’est ce clip qui nous a donné l’envie d’aller la voir en concert. Afin de vérifier que cette voix remarquable l’est tout autant sur les planches…

Vers 20h40, le backing group d’Anna monte sur le petit podium. Un drummer, un bassiste (également préposé aux synthés) et une guitariste (parfois à la sèche, le plus souvent à l’électrique) qui pianote circonstanciellement sur un synthé mais surtout assure à merveille les contre voix. Anna débarque à son tour et s’installe derrière une console impressionnante qui combine plusieurs niveaux de claviers, dont un synthé et un piano électrique, mais également une boîte à rythmes et une loop station qui va lui permettre, notamment, d’échantillonner sa voix. Sans oublier les deux micros. Doit y a voir également d’autres gadgets électroniques, mais là on entre dans un domaine purement technique. En la voyant débarquer sur l’estrade, on reconnaît à peine la demoiselle que nous venons de rencontrer en tête à tête. Maquillée, les cheveux tirés en arrière, vêtue d’un top reproduisant les motifs en pointillés de son dernier elpee, elle a manifestement un fameux charisme.

Le set s’ouvre par l’inévitable « Stellarling », et première constatation, le son est parfait. La voix d’Anna est aussi splendide que sur disque, et franchement au milieu de tout ce matos, elle assure. Une voix qui va même nous flanquer des frissons sur « Simstin », la plage qui clôt le dernier long playing. « Sea monsters » est un premier extrait du précédent elpee, « Dogs in spirit ». Le morceau le moins convainquant, aussi. Mais « Totemheart » remet immédiatement les pendules à l’heure ; un titre qui évolue sur un tempo électro dance subtil, tout en mettant l’accent sur les voix, les boucles de voix et la contre voix. Un morceau dont le final est même plutôt surprenant. A partir d’« In the devil’s cave », deuxième plage issue de l’opus précédent, le son monte en puissance, « Elijah’s chant » autre extrait embrassant même un format carrément rock. Avant que « Neurohunger », dernier track du concert proprement dit, ne libère un groove dévastateur.

Le rappel est rapidement accordé et s’ouvre par « Mary Ruth » qu’Anna interprète en solo. Les autres musicos remontent sur la scène pour aborder l’atmosphérique « Off ». La setlist embraie par le beau et mélancolique « Case », puis le dispensable « Linda » avant de s’achever par le percutant « Where are you David ».

Bref, devant à peine 50 spectateurs, Anna Aaron a démontré toute l’étendue de son talent, un talent qui augure un succès futur à conjuguer sous une autre dimension. Elle possède une voix hors du commun, dont l’amplitude lui permet de passer du grave au falsetto avec une facilité déconcertante. Dans un registre qui oscille de Sophie Hunger à Kate Bush, en passant par Lene Lovitch et même parfois Sinead O’Connor. Et en plus, c’est une excellente musicienne (NDR : c’est un prof de musique classique qui lui a donné ses premiers cours de piano) et elle compose ses propres chansons. Dans la langue de Shakespeare, qu’elle maîtrise parfaitement. Enfin, elle peut s’appuyer sur une guitariste/vocaliste aussi douée que solide. Et très jolie, pour ne rien gâter. Un pari ? Non, une projection ! L’AB ou le Cirque Royal, d’ici deux ans. On en reparlera…

(Organisation : A Gauche de La Lune)   

Pour la section photos, c'est ici

 

Vanna

The Few And The Far Between

Écrit par

Il est difficile d’exprimer une vraie rage dans le chant hurlé. Dans la plupart des groupes quand ça gueule, tous styles confondus, on n’y croit pas vraiment. Chez Vanna, dès la première diatribe de « The Few And The Far Between », on comprend que le chanteur n’est pas content, mais alors pas content du tout ! Ecorché, au bord de la rupture, il exprime une vraie fureur que la majorité des groupes de hardcore ne font qu’effleurer, même chez les plus grands. Ce qui communique d’emblée une crédibilité sans faille au metal/hardcore frontal, direct et sans concession du combo, même lorsqu’il se permet des refrains en chant clair (« Year Of The Rat »). En une petite demi-heure, Vanna remet à sa place toute la scène metalcore et démontre brillamment qu’on peut parfaitement être crédible en pratiquant un style galvaudé à l’extrême. Une fois que la plaque tourne, on oublie le côté fashion de leur image, la jolie photo pas du tout hardcore de la pochette, leur look de hipsters à moustaches ultra tatoués, et on laisse parler la musique. Et rien que pour ça…

 

Clannad

Une ba(l)lade mystique au cœur de la musique celtique

Groupe irlandais, Clannad est devenu notoire voire légendaire en proposant une musique traditionnelle celtique. Atmosphérique, elle est illuminée par des harmonies vocales d'une grande pureté. Au sein de ces harmonies, émerge la voix de Moya Brennan (Máire Ní Bhraonáin), une des plus belles voix féminines au monde, à côté de celle de Lisa Gerrard (Dead Can Dance). Formé en 1970, Clannad réunit Moya et ses deux frères Pól et Ciarán, accompagnés de deux oncles Noel et Pádraig Ó Dúgáin, des frères jumeaux. Originaire d'un village du nord-est de l'Irlande, Gaoth Dobhair, la formation a rencontré le succès international, entre autres grâce à la chanson "In a Lifetime", réalisée en 1985 en duo avec Bono ; mais aussi en signant des musiques de films et de séries télévisées comme "Harry's Game", "Robin de Sherwood" et "Le Dernier des Mohicans". Notons aussi que la petite sœur de Moya, Eithne, s'est également rendue célèbre, sous le pseudo d'Enya.

Depuis 2007, Clannad ne se produit plus que sporadiquement. Ce concert qui s’est déroulé dans la magnifique salle du Stadsschouwburg à Anvers était donc bien exceptionnel. Pendant plus de 2 heures et demie, la formation irlandaise nous a entraînés dans une bal(l)ade mystique au cœur de la musique celtique. Il régnait une atmosphère quasi-religieuse à  l’intérieur de la salle, surtout lors des superbes mélopées traditionnelles soutenues par la harpe de Moya, la flûte irlandaise (tin whistle) de Pol ou la contrebasse électrique de Ciaran.

Entre chaque morceau, les trois frères et sœurs se sont relayés pour présenter les chansons, non sans y ajouter une touche d'humour typiquement irlandais. Certaines chansons datent même du XIXème siècle, comme par exemple, le superbe titre "Coinleach Ghlas An Fhómhair", qui se traduit par "Magique Automne Vert". Si l'interprétation des anciennes compositions est sans faille, le combo peine quand même à reproduire les morceaux plus complexes des albums "Macalla" et "Sirius", comme, par exemple, "Something To Believe In" ou "Closer To Your Heart". Dans "In A Lifetime", c'est l'excellent claviériste Ged Lynch (Peter Gabriel, Goldfrapp) qui prend en charge les vocaux de Bono, une tâche ô combien périlleuse...

Un des moments forts du concert est sans nul doute le magnifique "Newgrange", une compo aux accents new-age qui traduit à la perfection toute la profondeur et le mystère de ce haut-lieu archéologique, situé au nord de Dublin. Caractérisé par son rythme dansant, "Dulaman" offre l'occasion à Moya de venir au devant de la scène pour inviter le public, très calme jusqu'alors, à frapper dans les mains. Un spectateur va même jusqu'à se lever pour entamer une danse irlandaise. La prestation se termine par le célèbre "Theme From Harry's Game", suivi par une autre danse, "Teidhir Abhaile Riú". En rappel, Clannad nous gratifiera de deux titres supplémentaires, "Down by the Sally Gardens", un traditionnel basé sur un poème de W.B. Yeats et, enfin, le classique "Nil Se'n La", une longue ‘chanson d'ivrogne’ agrémentée d'impressionnants solos.

Soucieux du contact avec leur public, la formation accordera une séance d'autographes après le concert, une preuve de plus de l'extrême gentillesse de ce groupe hors du commun. Vingt ans après un voyage inoubliable en Irlande, me voilà prêt à envisager de retourner bientôt dans ce pays si magique et si attachant.

Regardez ici une vidéo du concert ; et plus précisément de la chanson "Theme For Harry's Game": https://www.youtube.com/watch?v=raCgqUelYmU

Setlist:

Na Buachaillí Álainn
Maire Bhruinneal
Crann Úll
Coinleach Ghlas An Fhómhair
Eleanor Plunkett / Fairly Shot of Her
Tower Hill
Mhorag's na horo Gheallaidh
Something to Believe In
A Mhuirnín Ó
Buachaill Ón Éirne
An tÚll
Two Sisters

-----------------   (Entracte)

Newgrange
Éirigh Is Cuir Ort Do Chuid Éadaigh
dTigeas a Damhsa
Robin (The Hooded Man) / Herne / Ancient Forest / Lady Marian / Action
In a Lifetime
Dúlamán
I Will Find You
Closer to Your Heart
Theme From Harry's Game
Teidhir Abhaile Riú

-----------------   (Rappel)

Down by the Sally Gardens
Nil Se’n La

( Voir aussi notre section photos ici )