Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de…

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L’heure personnelle de Lucie Valentine

L'artiste belge Lucie Valentine dévoile « Minuit Moins Toi », le titre phare de son nouvel Ep éponyme. Une chanson touchante, lumineuse, qui célèbre le moment de bascule : celui où la douleur laisse place à la paix après une séparation. Née d’un atelier…

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dadson

dadson : le père et le fils… manque plus que le Saint-Esprit…

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dadson, duo de ‘dirty rock’ en circuit court. Tim Waelkens, 19 ans, le ‘son’ du duo, batterie et compos. Olivier Waelkens, le ‘dad’, guitares/chant et compos.

Un premier Ep est prévu pour le printemps 2025. Les sessions se sont déroulées sous la houlette de l'ingé-son Séraphin Hoang qui arrive à capter le son tel qu'il est : brut, basique, massif et sans artifices ! Le duo paternel/fiston a partagé un premier single/vidéo, extrait de cet Ep, « Carcass bar », et il est disponible

 

Bagdad Rodéo

La révolte de Bagdad Rodeo...

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Le premier single extrait de « Quatre - L'album sans Fin - Part 1 », le nouvel album de Bagdad Rodéo, « Révolution Vendetta », nous plonge dans les racines du groupe, de son combat, celui de la liberté à tout prix et de l'esprit critique qui font de Bagdad Rodéo un groupe militant, contestataire et révolté.

A l'heure où les peuples se retrouvent guidés et enfermés vers une pensée unique et formatée, Bagdad Rodéo lance un appel à défendre nos libertés, notre libre arbitre face à l'establishment.

Le combat est plus que jamais d'actualité et Bagdad Rodéo sera toujours prêt à y prendre part.

« Révolution vendetta » est disponible sous forme de clip,

 

Grandaddy

Une vague bleue sans les ‘e’ pour Grandaddy…

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Grandaddy sortira son tout nouvel album studio, "Blu Wav", le 16 février 2024. En attendant, il nous invite à visiter "Cabin in My Mind", du conteur prolifique Jason Lytle, une invitation à la méditation et au country-rock.

"Blu Wav" s'inspire de la beauté écrasante de la nature et des moments banals qui déclenchent les souvenirs les plus forts de la vie. Le titre de l'album se veut un mélange littéral de ‘bluegrass’ et de ‘new wave’. L'idée est née lorsque Jason Lytle, le maestro de Grandaddy, conduisait dans le désert du Nevada et que la chanson "Tennessee Waltz" de Patti Page passait sur la station de radio country classique. Il a immédiatement été intrigué par la possibilité de conserver le balancement lent et les paroles simples et douces de la valse bluegrass tout en ajoutant des couches de synthétiseurs denses et l'électronique de la nouvelle vague. Il incorpore ainsi, et pour la première fois, la luxuriance lo-fi et l'orchestration parfois psychédélique qui ont fait la réputation de Grandaddy, dans la country. Sept des treize chansons sont des valses et, comme le signale Lytle, ‘il y a une quantité démesurée de pedal steel’.

Grandaddy a récemment célébré son héritage par une série de rééditions à l'occasion de son 20ème anniversaire, notamment le coffret "Sumday Twunny". Lytle a également participé aux vocaux pour un album posthume de Sparklehorse à la demande de la famille de son ami feu Mark Linkous.

Le clip de "Cabin in My Mind" est disponible

 

 

Bagdad Rodéo

Trois

Bagdad Rodéo revendique l’héritage laissé par Bérurier Noir, Coluche et autres frondeurs en tous genres, car il poursuit le combat contre l’aseptisation de la parole. Ce qui explique pourquoi il demeure un des derniers piliers du rock indépendant et rebelle, outre-Quiévrain.

« Trois », son dernier elpee, a été mis en forme par la formation. Tant la production que les arrangements. Découpé en 15 plages, il constitue probablement le projet le plus abouti du band, à l’instar du politiquement incorrect « Tes idées », un titre qui a bénéficié d’un clip vidéo (voir ici) parfaitement adéquat…

Les textes véhiculent un vocabulaire bien fleuri (NDR : pour ne pas dire licencieux) qui se focalise sur les organes génitaux (bite, couilles, chatte, nichons) et les actes sexuels ; et tout particulièrement, la sodomie, afin d’exprimer des idées qui tiennent parfaitement la route. Et qui dézinguent notre mode de vie pseudo démocratique…

Une porte grince et c’est « Le Retour Des Enfants Prodigues » ou des enfoirés du rock. Entrée en matière géniale.

MGR de la Tourette déclare la guerre à « Tes Idées ». Le vocal est hargneux. Le refrain, fédérateur. Les grattes son bien agressives. Ces sales gosses le prennent de haut sous prétexte que tu serais raciste, chômeur, rmiste ou homophobe. Que fait-on de la liberté d'expression, alors ? Point d'éloge à la liberté ici, où tes opinions pueraient donc la pisse et que toi-même tu serais fini à la pisse (rime riche dans le texte). ‘Si c'était un sport d'être con, tu s'rais un putain de champion’ glisse-t-il dans un refrain rageur où tout le monde en prend pour son grade : les gauchistes, les flics, les chinois, les barbus et les anchois.

Les critiques sont donc incendiaires. Elles mêlent très souvent religion, politique, environnement et système économique. A l’instar de « Love Religion and Sodomie ». Les dieux sont des barbares. Doit-on prôner l'horreur au nom de sa foi ? Provocation, vulgarité et grossièreté servent cependant de méthode pour asséner quelques vérités bien senties sur l'inadéquation de la lutte personnelle contre les extrémistes. « Un monde idéal » ? Quel héritage ce monde pourri va-t-il laisser à nos enfants. C’est ça le rêve américain ? Certaines multinationales sont responsables de la fabrication des pesticides. Comme Monsanto. Alors, dans l’esprit de Jésus, 2 000 ans plus tôt, « Laissez Pourrir Nos Corps »… MGR se demande même si le corps du Christ serait encore consommable aujourd’hui, son sang buvable et sa dépouille biodégradable. « Jésus revient » encore. MGR ne souhaite plus aller au catéchisme, car il craint encore de se faire défoncer le cul par le curé… Cette adaptation de Patrick Bouchitey figure dans le film cultissime ‘La vie est un long fleuve tranquille’ d'Etienne Chatiliez. La piste s’ouvre par une intervention déglinguée à l’orgue et la participation d’une chorale, avant de virer vers une musique davantage West Coast. Il faut davantage de messes participatives au cours de laquelle les choristes sucent des bites. A se tordre de rire !

« Ouest Coast » vilipende certains rappeurs comme Maître Gims, PNL, Jul ou SCH, car ils ne sont que de bêtes clones de ceux qui sévissent outre-Atlantique. Véritable exercice de haute voltige, « Charlie 2.0 » vilipende les réseaux sociaux. Le patron se demande dans « C'est ma vie », pourquoi son existence est si difficile. Et donc, quel est l’intérêt se faire chier en s’imposant un régime alimentaire.

Et si on parlait d’amour ? « Aime Moi Si Tu Veux » ou « Toi C'est Pas Pareil ». De la naissance de l'amour et de la raison de rester ensemble, car nos défauts… on s'en branle... Comment se débrouiller pour vieillir ensemble, se regarder moisir ; sauf si on trouve un(e) meilleur(e) partenaire…

Le combo conclut le long playing par « Les Bagdad Rodeo sont toujours des cons ». Une bonne manière de court-circuiter l’avis conservateur des disciples de l’establishment. Qui n’achèteront certainement pas (NDR : ni ne l’écouteront d’ailleurs) ce disque, car il est trop emmerdant, et pas seulement parce qu’il ne respecte pas, une pensée unique.

Depuis les politiciens délinquants aux attentats débiles, en passant par les drames écologiques et la mondialisation effrénée, manifestement, rien n’a changé…

Big Daddy Wilson

Neckbone Stew

Écrit par

Originaire de la Caroline du Nord, Big Daddy Wilson s’est forgé une voix en chantant à l’église, le dimanche. Il s'engage dans l'armée américaine et est caserné en Allemagne. Et il y marie une fille du pays! C’est ainsi, au cœur de l'Europe, qu'il découvre le blues. Lors de ses premières expériences, il assume bien évidemment les vocaux, mais accessoirement les drums. Il publie son premier opus "Get on your knees and pray", en 2004, au sein du Mississippi Grave Diggers. En 2009, il grave "Love is the Key", chez Ruf. "Neckbone Stew" marque son retour au sein du label allemand. Les sessions d’enregistrement se sont déroulées au studio The Fireplace Room, en Italie. Big Daddy est soutenu par ses deux musiciens italiens, le guitariste Cesare Nolli et le bassiste Paolo Legramandi, ainsi que quelques invités.

Country/blues acoustique, "Cross Creek road" ouvre la plaque. Le baryton du leader est naturellement puissant. Soul/blues davantage contemporain, "7 years" implique la formation au complet ; mais ce sont les cordes électriques, les claviers et les cuivres qui tirent leur épingle du jeu. Le titre maître s’ébroue dans le country/blues aux accents du Delta. Une plage authentique, dépouillée à l’extrême, qui vire ensuite au reggae. De quoi apporter un peu d’exotisme ! Du reggae qui contamine également "My babe" et de manière plus discrète, "Damn if I do". L’artiste chante remarquablement "I just need a smile", une ballade empreinte de tendresse et d’émotion. Et sa voix est particulièrement expressive, face à une orchestration bien subtile. Atmosphérique, "Tom Cat" baigne au sein d’un climat chargé de douceur. Dave Rossi nappe le tout de ses claviers, alors que les interventions aux cordes de Cesare sont parcimonieuses. Wilson et Eric Bibb (NDR : ce célèbre bluesman yankee s’est établi à Londres) cosignent "He'll make a way". Ce dernier se consacre au micro et partage les parties de grattes avec le jazzman suédois Staffan Astner. Tout comme pour "Cookies gonna kill me", rehaussé par la présence de Sven Lindvall au tuba, qui trace la ligne de basse. La Texane Ruthie Foster (NDR : un chanteuse de couleur noire) et Big Daddy se partagent les vocaux sur le "Give me one reason" de Tracy Chapman, un excellent intermède roots. Très jolie compo, "The River" est enrobée de chœurs qui transcendent littéralement la voix de Wilson. Et le long playing recèle un bonus track, "Peanut Butter Pic".

 

Grandaddy

Se replonger dans le passé, tout en s’accrochant au présent…

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Nombreux sont les fans qui se sont réjouis de la reformation du Grandaddy, en 2012. Qui a publié un excellent nouvel album, intitulé « Last Place », début de cette année. Pas étonnant, dès lors, que l’AB soit sold out, ce mercredi 5 avril, pour accueillir la formation californienne. Et que le public réunisse une majorité de quadragénaires…
Le surmenage ainsi que l’addiction à l’alcool et aux substances illicites seraient les principales causes de la séparation du band, en 2006. Dont les musicos se sont ensuite lancés dans différents projets. Jason Lytle, sa tête pensante, gravant deux elpees solos et un au sein du groupe Admiral Radley. Pour gouverne, on rappellera également, qu’en 2015, Jason a apporté sa collaboration à Troy Von Balthazar, afin de rendre hommage à Elliott Smith, lors d’un concert exceptionnel.

Grandaddy a sans doute écrit (et devrait encore écrire) certaines des plus belles pages de l’indie rock. On avait donc hâte d’écouter les pépites qui jalonnent la discographie du band...

A 21 heures pile, les lumières s’éteignent. En arrière-plan, un film est projeté sur un écran. Y défileront des images tournées aux Etats-Unis qui ne cesseront qu’en fin de show. Des paysages champêtres, mais également des montagnes, des sites industriels, des trains de marchandises, etc. Vu l’engagement écologique de Lytle (il a fui Modesto, trop pollué à son goût, pour se réfugier dans le Montana), il doit mal vivre le virage opéré par l’administration Trump dans le domaine de la politique environnementale. Au bout de 2 minutes, sous le sample d’« Under the Western Freeway », apparaît sur l’écran les lettres ‘GRANDADDY’. Et en gras ! Il n’en faut pas plus pour déclencher une ovation au sein d’un public… déjà conquis. C’est sous les applaudissements que Jason Lytle, suivi des autres membres du combo, grimpe sur l’estrade. Suivant la tradition, il est vêtu d’une chemise à carreaux et coiffé d’une casquette. A presque 50 ans, l’homme n’a pas pris une ride. A sa gauche, on retrouve le bassiste Kevin Garcia. Derrière lui Aaron Burtch à la batterie. Sur sa droite, Tim Dryden se consacre aux claviers. Et… un illustre inconnu a dû remplacer Jim Fairchild, au pied levé.

Dès le premier morceau, on reconnaît le son si caractéristique de Grandaddy. Et puis ce sens mélodique d’une redoutable efficacité, né d’un subtil cocktail entre feeling mélancolique et envolées électriques. Veloutée, la voix de Lytle est intacte. Elle n’a pas changé d’un iota en 20 longues années. Parfois, elle évoque même celle de Jonathan Donahue (Mercury Rev). Et on s’en délecte… 

La set list va puiser au sein de l’ensemble du répertoire de Grandaddy. Mais certains titres –désormais cultes– vont recueillir davantage les faveurs de l’auditoire. A l’instar de « A.M.180 » ou encore « Now it’s On ». Avant de quitter le podium, Grandaddy s’attaque à « He’s Simple De’s Dumb De’s the Pilot ». D’abord reprise en chœur par une bonne partie de la foule, cette compo va ensuite glisser vers un long et superbe exercice de style instrumental, digne de Pink Floyd…

Le groupe remonte sur les planches, quelques instants plus tard. Lytle déclare (NDR : ce sont probablement les seules paroles qu’il a prononcées au cours du set, hormis celles de ses chansons) qu’il va nous réserver encore deux morceaux. Un nouveau et un plus ancien. Soit « The Boat is in the Barn », un extrait du dernier opus, avant de conclure par le plus énergique, « Summer Here Kids ».

Le public quitte la salle vers 22h30, le sourire aux lèvres. Pendant plus d’une heure, Grandaddy nous a replongés dans le passé, tout en se raccrochant au présent. Un retour gagnant !

(Organisation : Live Nation + Ancienne Belgique)

Grandaddy

Last Place

Écrit par

Onze années déjà que Grandaddy avait mis la clef sous le paillasson ; et ce après avoir publié son chef-d’œuvre, « The Sophtware slump ». Depuis, les musicos ont poursuivi leur parcours, chacun de leur côté, Jason Lytle, le chanteur et leader publiant deux elpees en solo : « Yours truly, the computer » en 2009 et « Dpt. Of Disappearance » en 2012. Dans un style, fort proche de ce qu’il proposait auparavant en compagnie du groupe, il faut le souligner. En 2015, la formation a donc décidé de reprendre le cours de l’aventure. Et « Last place » constitue » son premier opus, depuis ce come-back.

Première constatation, Grandaddy n’a rien perdu de la fragilité de son sens mélodique, un sens mélodique entretenu par des harmonies vocales veloutées et des synhtés vintage. Mélancoliques, romantiques, les compos sont le plus souvent imprimées sur un mid tempo. Et puis, on y retrouve un thème de prédilection si souvent exploré, comme le combat entre la nature et la technologie. Autre constante, la musique affiche toujours cet aspect à la fois troublant et rassurant.

C’est le single « Way we won’t » qui ouvre la plaque. Un morceau qui aurait pu figurer au répertoire de Matt Sharp (Weezer, Rentals). En fait, les premières compos de cet LP reprennent les choses là où le combo les avait laissées. Puis, dès « The boat is in the barn », le ton commence à changer. Il y a ce recours au mellotron. Ces riffs spasmodiques qui ouvrent la plage. Et puis le spectre des Travelling Willburys qui se met à planer. Pas tellement étonnant, car Jeff Lynne (ELO) a toujours été une référence pour Jason. « Check ijinn » est un titre plus rock, plus enlevé. Mais c’est en fin de parcours que le long playing devient le plus intéressant. Tout au long de trois autres pistes imprimées sur cet inévitable mid tempo. Ballade majestueuse, romantique, « This is the part » est coloré d’arrangements symphoniques rappelant les Moody Blues. Des arrangements qui se prolongent sur « Jed the 4th », nonobstant des bruitages électroniques qui s’invitent en milieu de parcours. Mais le sommet de l’opus est atteint par le majestueux « A lost machine ». Guidée par les accords d’un piano, cette piste s’enrichit progressivement de bruitages psychédéliques, d’orchestrations symphoniques, dans l’esprit d’un Mercury Rev au sommet de son art. A cet instant, le falsetto de Jason n’a jamais été aussi proche de celui de Jonathan Donahue. L’elpee s’achève par « Songbird son », un titre plus dépouillé, acoustique, malgré quelques légers effets cosmiques. Un retour réussi !

 

The Beat Daddys

Hoodoo that we doo

Écrit par

A l’origine, The Beat Daddys était un duo réunissant Tommy Stilwell et Larry Grisham. Ils sont nés à Evansville, un patelin sis au bord de l'Ohio, dans l'Indiana. Fin 1981, ils militent chez The Phonz. En 1986, le duo fonde The Beat Daddys. Début des 90’s, il signe chez Waldoxy, label qui relève de Malaco. Leurs deux premiers elpees, "No, we ain't from Clarksdale" et "South to Mississippi", ont été enregistrés au célèbre studio Muscle Shoals (NDR : c’est dans l'Alabama). Stillwell entame alors une carrière solo en 1995. Mais dès 2000, il opère son come-back. Larry chante, se consacre à l'harmonica et la guitare rythmique ; Tommy se réserve la guitare solo et assure les backing vocals. "Hoodoo that we doo" constitue déjà leur 9ème opus. Pour l’enregistrer, ils ont reçu le concours d’une section rythmique composée de John Gillespie à la basse et David Parks à la batterie.

"These chains", morceau qui ouvre l’LP, restitue bien l'atmosphère des blues ancestraux ; des ‘work songs’ qui reflétaient la misère des noirs, dans le delta du Mississippi. Les percussions sont lourdes. "Sorry" est une plage grave et mélancolique. L'accent est posé sur les voix. En arrière-plan, l'harmonica accentue le climat lugubre. Quant aux percus, elles sont toujours à l’avant-plan, même si la gratte amplifiée de Stillwell occupe progressivement le terrain. Le tempo est aussi nonchalant sur "You made me cry", une très belle compo, subtilement parfumée de southern blues, au cours de laquelle la voix de Grisham devient autoritaire face au riff de guitare et aux interventions discrètes de Patrick Preston, à l’orgue. "The moment" adopte un même tempo. La voix grave de Larry est chargée d’émotion, alros que son ami, Tommy, égrène des notes empreintes d’une grande sensibilité, sur ses cordes. Le tempo s’élève légèrement pour "Pie or cake", une piste tracée sur la ligne Memphis – Chicago. Larry entrecoupe son chant de brèves mais judicieuses interventions à l’harmo ; Preston enrichissant le tout au piano. Dynamisé par ses rythmes exotiques et syncopés, élaborés par David Parks, "Hoodoo woman" est sans aucun doute un moment fort de l’opus. Stillwell se réserve un excellent solo sur sa gratte en reverb destiné à rendre l’atmosphère spectrale. Tommy exécute un autre solo sur "DUI Love". Parcimonieux, il monte progressivement en intensité tout au long de cet autre blues lent. Cool, "Been thinkin'" est coloré par les voix soul. Et l’orgue favorise un envol de cordes. Et c’est un régal ! Changement de style pour "Luck's got to change". Une plage plus solennelle, légèrement teintée de country et de soul. Douce, la voix est éraillée. L’orgue, dense et chaleureux. La sèche imprime le rythme alors que la gratte amplifiée se révèle paradoxalement majestueuse. Shuffle, "The blues can heal Ya" bénéficie d’excellentes harmonies vocales et se distingue par de bonnes sorties d’harmonica et de six cordes. En intro d’"I need a woman", on perçoit des craquements, comme si on voulait reproduire les sonorités d’un 78trs. Mais le ton change rapidement, et le morceau se révèle bientôt agressif, tant dans la voix, la slide que les drums… 

 

Rachael Dadd

We Resonate

Écrit par

L’excentrique américaine Tuneyards a désormais une petite sœur britannique : Rachael Dadd. Depuis son QG de Bristol, cette jeune anglaise nous propose en effet un folk hybride aux rythmes africains et quasi expérimentaux. Si sa voix est à la fois jolie et mutine, elle peut surtout l’appuyer sur un backing group particulièrement talentueux. Depuis Marcus Hamblet (musicien de Laura Marling) à son mari Ichi (un multi-instrumentiste japonais) en passant par  Rozi Plain. Et la liste est loin d’être exhaustive. En outre, Rachael n’hésite pas donner dépoussiérer son folk à l’aide d’instruments ou de bruitages ‘handmade’. Produits par une machine à écrire (« Strike our Scythes »), un xylophone, une boîte d’allumettes ou les battements de cœur de son bébé… Originale, novatrice, l’artiste nous réserve quand même des titres plus accessibles et même particulièrement mélodieux, comme le très cool « Bounce the Ball » ou le plus pop « Wake It ». Bref, « We Resonate’ mériterait un écho auprès des véritables mélomanes…

 

Bagdad Rodéo

Bien rire n’empêche pas de réfléchir…

Écrit par

Ce samedi 24 mai, se déroulait le festival ‘La vie en Rock’, dans la salle des sports sise Plaine de La Machine à Feu à Dour ; un festival destiné à financer la recherche contre le cancer. Une vingtaine d'artistes avaient accepté de laisser tomber leur cachet pour la bonne cause. C'est à cette occasion que le très sympathique groupe parisien Bagdad Rodéo a bien voulu répondre à nos questions.

Vous avez accepté de participer à la ‘Vie en Rock’. Vous êtes donc très sensible à l’organisation de tels énervements pour financer la recherche ? 

MSR : c'est une excellente initiative. Le festival est, en outre, bien organisé. Ce soir, nous sommes présents pour divertir le public et en même temps soutenir un projet dont l’objectif est de faire avancer la recherche pour combattre une maladie qui nous concerne tous. Nous connaissons tous un proche ou un ami qui traverse ou a traversé cette épreuve. Vu tout ce qu'on chope, toutes les merdes qu’on bouffe, tous les pesticides qui nous empoisonnent et les retombées radioactives qui nous contaminent, les risques de la contracter sont particulièrement élevés. Nous sommes une génération sacrifiée. Nous, on le sait. Notre modèle de société est pourri jusqu'à la moelle. Ce qui explique pourquoi ce type de manifestation nous plait.
Christobal : c'est bien. Pour une fois que des gens se mobilisent pour une bonne cause. Nous, cela nous éclate. Et en plus de se mobiliser pour faire avancer la recherche contre le cancer. On peut s'amuser dans une bonne ambiance et un bon esprit. C'est génial ; ce ne sont que de bonnes idées.

C'et la première fois que vous vous produisez en Belgique ?

MSR : oui, la première fois, comme membre de Bagdad Rodéo.

Une petite présentation du line up ?

MSR : je m’appelle MSF Delatourette. Et me charge des vocaux. Christobal (Sanchez Del Rodéo) se réserve la guitare. Parmi les gars qui bouffent là-bas, il y a Romain qui se consacre à la batterie ainsi que Houston, aux claviers et à la guitare. Yayo joue de la basse. Notre ingénieur du son, c'est le black. On l'a recueilli. Il voulait une formation d’ingé son.  C'est le fils de Bokassa Ier. En fait, c’est son père qui finance notre projet.

Bagdad Rodéo, c’est un patronyme susceptible de soulever des polémiques ?  

MSR : on avait le choix entre Bagdad Rodéo et Beyrouth Corrida. Or Bagdad Rodéo collait plus à d'actualité. Tu vois, on a voulu faire la synthèse entre un sujet dramatique et un autre plus fantaisiste. Bagdad se réfère à la guerre en Irak, conflit qui ne date pas d’aujourd’hui. Et Rodéo reflète notre côté plus drôle, plus fun. Ce qui correspond vraiment à notre musique. On tente de faire passer un message difficile sur un ton léger et humoristique…

Des textes engagés écrits dans la langue de Molière, quoi ?

MSR : absolument ! Tu as bien résumé. Les textes sont rédigés en français. Et doivent avoir du contenu. Pas la peine de parler pour ne rien dire. Par exemple, si demain je colporte que tous les flics sont des cons, ce n’est pas le reflet de notre opinion. Tu vois ce que je veux dire. Ce n'est pas une appréciation personnelle, mais notre manière de voir les choses. On aime creuser nos sujets. On évite l’observation simpliste des événements tout comme le recours à la vulgarité gratuite. Nous voulons susciter la réflexion. Et ce principe est fondamental. Sans quoi nous ne pourrions ni en rire, ni en éprouver de la satisfaction.

Qui est responsable des lyrics ?

MSR : essentiellement moi. Je les écris et les autres musiciens les corrigent. Ils me signalent quand j’ai oublié un 's'. Non, je rigole. On discute des thèmes et des sujets qui seront abordés. De la nécessité de les approfondir. De les revoir de fond en comble, quand je suis à côté de la plaque. Quand ça arrive, je le vois immédiatement à leurs gueules. Par contre, quand ils se marrent, c’est que c'est bon. Et quand ils disent tous ‘oui’, alors c’est que c'est tout bon. C'est leur manière de valider mes textes.

Et de la musique ?

MSR : on paye un mec pour composer. Un petit chinois, mais on ne peut pas le crier sur tous les toits. C'est un secret entre nous. Le type mesure 1 mètre 40 au garrot. Il est hyper doué dans l’exercice. On l'appelle Tink Ponk.
Christobal : Et moi je passe pour quoi ?
MSR : non, on est cons. C'est Christophe (Christobal) qui se charge des partitions musicales.  Pour  « Deux », il signe pratiquement toute la musique.
Christobal : Yayo (NDR : le bassiste) et Ludo (NDR : MSR) ont également collaboré. En général, on bosse en binôme ou trinôme. Sans oublier le petit chinois.
MSR : perso, dans ce domaine, je sers plutôt d'aiguilleur. J’indique ainsi qu’il est possible d’adapter un texte à la musique. Quand les structures sont trop complexes, je suis perdu. C'est plutôt ce rôle qui m’est dévolu.
Christobal : Ludo pose toujours le choix final. C'est lui qui valide ou pas ce qu’on a élaboré d’un point de vue musical. Si le morceau l'inspire, on va en faire une chanson. Dans le cas contraire, et  même si nous on reste persuadés qu’elle sera superbe, on abandonne l’idée. In fine, c’est Ludo qui entérine.
MSR : malheureusement pour moi. C’est une lourde responsabilité…
Christobal : mais l'avantage chez Bagdad Rodéo, c'est sa diversité de ton. Et puis on peut y mettre ce qu’on veut. Perso, je ne ressens aucune frustration. Si je propose un morceau de reggae à Ludo et qu’il estime que c’est de la merde, on essaie quand même d’en faire quelque chose. Parfois, sans trop savoir pourquoi, la magie peut opérer. Un album de Bagdad Rodéo, c'est un disque de rock au sens large du terme. On peut y mettre du funk, du folk ou de la country. Ou encore ce que l'on a envie. Le leitmotiv, c'est la liberté de ton. Et puis, raconter une histoire à prendre au second degré permet de nous éclater…

La musique vous en avez fait un métier ou elle reste une passion ?

Christobal : un peu des deux. On ne peut pas vivre uniquement de Bagdad Rodéo. Même si on a tracé le chemin adéquat pour y parvenir. Le business musical n'aime pas trop quand un artiste ou un groupe est libre de faire ce qu’il veut. Alors, soit tu choisis l’autonomie, soit tu payes la note. Mais on s'en fout, car nous sommes tous musiciens professionnels. Bagdad Rodéo, c'est en plus…
MSR : ces deux critères doivent rester liés. Quand tu propages les mots 'bite' et 'cul' un peu partout, tu ne récoltes pas beaucoup de tunes pour bouffer. Mais on n’a plus grand-chose à se prouver. Et on ne développe pas trop d’ego sur ce qu’on fait. On le fait parce qu'on a envie de le faire. On aime ce projet et on ne se sent pas prétentieux. Créer notre propre musique nous permet de prendre du bon temps. C’est le principal.

Développez-vous d’autres projets en parallèle ?

MSR : non, nous avons tous un job. Et il nous pompe suffisamment de temps.
Christobal : il est déjà difficile de participer à une aventure comme celle de Bagdad Rodéo et de connaître, en même temps, une vie de famille. Ce projet prend énormément de temps. Entre la maison, Bagdad Rodéo et le travail qui permet de payer le loyer, franchement, nous n'avons plus une seconde de libre. On aimerait bien, mais on ne peut pas. Plusieurs membres du groupe ont aussi des enfants.

Vous avez quand même encore le temps d’écouter des disques d’autres artistes ?

MSR : le dernier album de Stromae, il est super ! Et ce n'est pas parce que je suis en Belgique que je le proclame. Celui de Triggerfinger n’est pas mal non plus. Leur musique est coquine. Comme les bonnes frites. La classe. Je prends aussi mon pied à l’écoute de la musique des Hives. Ah non, ils ne sont pas belges ! Annie Cordy, bien. Elle chantait ‘TaTa Yoyo avec son grand chapeau’. Et la marionnette Tatayet, aussi. ‘Salut, c'est Tatayet, j'ai mal au cul’. Sans oublier la Duvel. C’est ce que le Français moyen retient de votre culture.
Christobal : perso, j’apprécie beaucoup Triggerfinger. Ils balancent un rock'n'roll de malade. La démarche de Stromae, sur disque, me plaît. Par contre, je ne suis pas prêt à aller le voir sur les planches. Il n’est pas assez soutenu par de véritables musiciens. J'aime trop la guitare et surtout en prendre plein la gueule…

Le public vous a réservé un accueil chaleureux…

Christobal : les Belges sont gentils.
MSR : ta réflexion est péjorative. Les Belges savent rigoler. Vous êtes moins tendu du cul que certains. Putain, tu connais Le Mans ? On y a joué une fois, et les spectateurs étaient particulièrement froids. Ils devaient s'enculer entre cousins et cousines là-dedans… Je ne sais pas ce qui s'est passé. Le retour du public, on y attache de l'importance. Les gens ont le droit de nous juger quand nous sommes sur scène. Mais, nous on a aussi le droit d’évaluer leur réaction quand on est sur les planches. Cela fait partie du jeu. Les Belges sont généreux aussi. Plus détendus. Nos conneries les font rire. Dès qu’on aperçoit les premiers sourires, le courant passe plus vite. Et on sait qu’on va se marrer. Tout à l’heure, j’ai décelé la présence d’un mec qui était à moitié bourré, et instinctivement je m’en suis fait un pote et un allié. On joue un peu sur l’effet 'People'. C’est arrivé pile poil sur le morceau « J'aime pas les filles ». Pour lui, sans doute, les filles sont des connasses ; mais c'est son choix, et le texte l’a fait marrer. C’est ce qui est le plus important. Les Belges ont une approche de l'humour bien plus ouverte que les Français.
MSR : (en me dévisageant) C’est pas croyable, mais tu ressembles à mon père. Vous vous ressemblez comme deux gouttes d’eau. Ce n’est pas croyable. Je vais te montrer sa photo. Tu pourrais être son frère ! Je vais te sortir une photo. Euh, je peux t'appeler Papa ?

Ce qui explique pourquoi la scène est importante pour vous?

(NDR : le temps que le chanteur retrouve les photos de son paternel), Christobal reprend le crachoir : oui, la scène est extrêmement importante. C’est vraiment le moment au cours duquel on peut se lâcher. Tu passes des mois à composer sans pouvoir interpréter tes compos devant un auditoire. Les planches, c'est le moment du partage. Soit tu prends un râteau, soit tu établis une connexion avec le public.
MSR : c'est un moment vital pour nous. Tu y oublies tous tes problèmes. C'est pourquoi il est indispensable de se produire en live…

Vous revenez en Belgique ?

MSR : aux Francos de Spa. Quatre jours en juillet. On est programmés aux 'Vitrines des Franco'. On joue 24 heures sur 24 pendant quatre jours… Quoi cinq jours ? Et on va devoir se farcir quotidiennement 4 interviews ? Mais les organisateurs sont des tortionnaires… Tu viens nous voir aux Francos ?

 

Bagdad Rodéo

Deux

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Bagdad Rodeo nous vient de l'Hexagone. Une formation parisienne. Pas des parvenus. Non des gars vraiment simples et sympas. Sur les planches, ils font la fête et invitent le public à y participer, tout en essayant de communiquer un message. Et c’est grâce à leur bonne humeur communicative, qu’ils parviennent, le plus souvent, à impliquer les spectateurs. A ce jour, le combo a publié deux elpees, modestement baptisés « Un » et « Deux ».

Ce quintet réunit le chanteur MSR De La Tourette, le guitariste Christobal Sanchez Del Rodéo, Romain aux drums ainsi que Houston, aux claviers. Depuis Yayo, le bassiste, a décidé de quitter le groupe pour embrasser une carrière solo.

La pochette est géniale et cocasse. Deux cyclomotoristes plutôt balaises ont les fesses qui débordent largement de la selle du deux roues motorisé.

Les textes sont engagés, humoristiques, mais on a parfois l’impression qu’ils sont inachevés, et on reste un peu sur sa faim. Leur musique est déjantée, mais soignée. Un rock bien hexagonal qui évolue quelque part entre les Wampas, Marcel Et Son Orchestre, les Fatals Picards, les VPR ainsi qu’Ultra Vomit, les rois de la parodie. Une expression sonore qui peut se révéler musclée, mais également s’imprégner de pop, de rockabilly, de punk ou de country. Impliquant même cuivres, piano et choeurs. Sur les planches, Bagdad Rodéo envoie du lourd. A faire pâlir de jalousie certaines formations de métal, qui tentent de se distinguer outre-Quiévrain. Et en particulier celles qui s’expriment dans la langue de Molière. L’énergie est omniprésente. Les riffs de guitares sont précis et incisifs. Mais les morceaux peuvent également virer au country. Ou au folk nerveux, comme lorsqu’ils se sont produits, dernièrement, dans le cadre des Francos. 

« Quand Je Serais Mort » est une invitation à rejoindre le dancefloor. Christobal est doué à la guitare. Mais également au ukulélé. Et il le démontre magistralement en intro de « Dis Moi Papa ». Le refrain est trivial, mais pondéré par sa bonhomie. Pour atteindre leur objectif, certain(e)s feraient n'importe quoi. Même sucer le fruit du chêne… Parodique, « La Classe Américaine » vilipende la société de consommation.

« Le Nouveau Millénaire » est un rock bourré d’énergie. « Le Couple Idéal » nous conte l’histoire d’une vie à deux. Ballade western cuivrée, « L'Homme à La Cigarette », c’est celle d’une blonde ou d’un brune à laquelle on s’accroche dès le départ, et dont on se sépare difficilement, jusqu'à la mort. « Monsieur Delatourette » se penche sur un syndrome qui se caractérise par des tics moteurs et des tics vocaux. Ils se développent durant l’enfance et sont susceptibles de persister toute la vie.

« Mon Pote Jésus » a des trous dans les bras. L’extrémisme engendré par les religions est suspendu à un humour déjanté qui nous rappelle quelque part celui d’Inspector Clouseau. Plus que misogyne, « J'aime pas les filles » désapprouve notamment les régimes, qu’elles s’imposent, surtout, à l'approche de l'été…

« Au Revoir » signale que le band ne gagnera jamais assez de blé, à force d’insérer de gros mots dans leurs chansons. Mais le discours est tellement sincère… « La Balayette » ? Vous pouvez la mettre dans le fondement…

« Un Homme, Une B*** et une Mastercard », c’est le propre (?!?!?) du machiste. Un bonus track traite d’écologie. Et on a le droit de s’en inquiéter, car cette chanson nous parle d’un grave péril, celui des déchets qui s’accumulent dans la mer… 

Cet elpee risque fort de ne pas leur attirer que des ami(e)s. Perso, il m’a bien fait marrer…

 

Daddy Longlegs (Canada)

The devil's in the details

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Daddy Longlegs est considéré comme un groupe de garage. Il nous vient de Waterloo, dans l'Etat d'Ontario, au Canada. Fondé en 2001, il a décroché un Maple Blues Award (César du blues canadien), en 2008. Le line up réunit le chanteur/guitariste Mike Elliott, l’harmoniciste Chris ‘Junior’ Malleck, le bassiste Steve Toms et le drummer Jeff Wagner. Les musicos revendiquent comme influences majeures, les spécialistes du West Coast blues, comme Rusty Zinn, le regretté Nick Curran, les Fabulous Thunderbirds, Red Devils, James Harman et Little Charlie and the Nightcats. "The devil's in the details" constitue leur 5ème opus.

L’elpee démarre par le titre maître. Un brûlot à l’impact direct. Les sonorités primaires dispensées par la guitare me rappellent les Red Devils. La voix est caractéristique des ‘garage bands’. L’harmonica est plutôt détonnant. "Your love is killing me" élève le tempo. Chris Malleck est incapable d’attendre son tour et aligne une série de notes torrides, explosives. Il est rapidement relayé par Elliott qui n’hésite pas à en remettre une couche. Mike chante, d’un timbre à la fois perçant et émouvant, le blues lent "Lonely". Sa sortie aux cordes est bien plus parcimonieuse, face aux interventions graves et écrasantes de la section rythmique. Guitare et harmonica se conjuguent pour attaquer le nerveux "Borrowed time". Wagner en profite pour s’exciter sur ses fûts, alors que Malleck nous réserve un solo plein de dynamisme. Shuffle menaçant, "40 hour wreck" est balisé par le travail rythmique de la guitare. Une compo qui brille par sa cohésion. Manifestement la formation canadienne prend plaisir à nous faire partager sa musique."Easy for me" adopte le rythme du Chicago Westside originel. La voix se déchaîne sur "Get drunk and be someone", du pur rock'n'roll, très jump, au cours duquel Chris souffle dans son harmo comme un possédé alors que Mike semble hanté par le regretté Hollywood Fats. Ralentissement de tempo pour "You wonder", une plage qui baigne au sein d’une atmosphère lourde et au cours de laquelle la guitare se charge de reverb’. Malleck aborde le thème musical de "Summertime" dans sa partie libre à l'harmonica. "The one" lorgne à nouveau vers les Red Devils de Lester Butler. Le rythme est hypnotique et la six cordes totalement déjantée. "Half pint" nous replonge dans le West Coast jump. De bonne facture, cet opus s’achève par un blues acoustique intitulé "Dug my own grave".

 

Big Daddy Wilson

I'm your man

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Wilson Blount est né en Caroline du Nord, il y a près de 50 ans. Très jeune, il travaille dans les plantations de tabac et de coton. Le dimanche, il chante le gospel, à l'église. A 16 ans, il s'engage dans l'US Army et est affecté en Allemagne. Après moult péripéties, il se marie en compagnie d’une Teutonne. Et s’il avait déjà tâté du blues aux States, c’est dans son pays d’adoption qu’il va lancer sa carrière. Big Daddy a publié neuf albums. En solo ou à l’aide d’autres artistes. Le précédent elpee était paru en 2011 chez Ruf, tout comme "Love is the key", en 2009.

Big Daddy a la voix taillée sur mesure pour chanter le blues. Grave, puissante, expressive, elle se met en exergue dès les premiers accords de "Travelin' blues", une compo caractérisée par le recours au bottleneck et atomisée par de lourdes percus, mais qui emprunte les accents traditionnels du Delta. La voix est d’une grande pureté. Pas de doute, il l’a forgée lors de son enfance, en participant aux offices religieux. Et le "Hold the ladder" d’Eric Bibb en est une nouvelle illustration. L'accompagnement est respectueux du chant. A la six cordes, le Suédois Staffan Astner ne concède que les notes nécessaires pour raffiner la plage. Les différentes voix se relaient comme dans le gospel, pendant que l'orgue Hammond de Peter Hallstrom vient tapisser le tout. Très grave, le timbre vocal se détache d’"I'm your man", un morceau d’excellente facture. Balayé par les interventions au violon de Petra Wahlgren et à la clarinette d'Eric Mossnelid, "I wanna be your man" vire au country bluegrass. Astner joue divinement de la slide. Il est vrai qu’il est devenu un fidèle partenaire d'Eric Bibb ; et ses cordes font vibrer "My day will come". "Please " est une tendre ballade acoustique. L’intro de "Hurricane" est tonitruant. Wilson élève la voix, sans durcir le ton. L’émotion éprouvée par l’artiste est bien mise en exergue face à la gravité de l'événement. Une petite touche latine colore "Oh Carolina", une autre ballade qui nous conduit du Tennessee à Mexico City. Intimiste, "Born loser" est une compo très roots. Un climat que l’on retrouve tout au long du remarquable "Baby's coming home", une piste qui enfonce ses racines profondément au cœur de la musique afro-américaine. Wilson joue du Diddley Bow, un instrument à cordes d’origine ghanéen, comparable à la cigar box guitar (dont la caisse de résonance a été réalisée à l’aide d’une boîte de cigare). Trois minutes de bonheur! Deux titres folk pour clôturer l’elpee. Tout d’abord "Show dog", balayé par les interventions d’un violon. Et puis le délicat "I'm so glad". 

 

DAD

Vitro

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Ne pas confondre D-A-D (autrefois Disneyland After Dark) et DAD. Le premier cité est né au début des 80’s et a viré du cowpunk au hard rock, une décennie plus tard. Le second est canadien et vient de graver « Vitro », un disque enregistré et mixé au Black Box Studio, par l’ingénieur du son Dave Odlum.

Apparemment ce ne serait pas leur premier opus, mais les musicos ont voulu tirer un trait sur leur passé. Sans doute trop jazz pour s’imposer sur la scène contemporaine. Pourtant de jazz, il en est encore question tout au long de ce long playing. Mais il est dispensé, d’une manière insidieuse, un peu à la manière de Tortoise. Une référence majeure, tout comme TV On The Radio. Par contre, j’ignore où la bio est allée pêcher des influences aussi saugrenues que Gang of Four, Mothers of Invention, Thom Yorke, Rapture ou encore Sufjan Stevens, mais elles relèvent de la pure fiction. Grizzly Bear ? Peut-être. Notamment lors des morceaux les plus éthérés, atmosphériques (« Paris 24 »). Mais à mon humble avis, leur musique puise autant dans les 80’s que les 70’s. Les 80’s ? Dans la cold wave de Joy Division. A cause de cette basse cotonneuse (le titre maître). Chez Wire aussi. Lorsque les syllabes des vocaux sont découpées au rasoir (« Get back to me », « Sensation », « Ink »). Sans oublier ce clavier le plus souvent vintage. Les 70’s ? Dans le jazz/rock. Evidemment. Celui de Matching Mole, mais surtout de Weather Report, lorsque les cuivres décident de prendre le pouvoir (le remarquable « Medecine »). Particularité des vocaux, ils sont plus souvent déclamés. Mais collent parfaitement à l’ensemble. On a même droit sur « Rain dance » à un mélange parlé/chanté qui flirte carrément avec le hip hop, même si le tempo lorgne plutôt vers le r&b. Le tout est agrémenté de boucles et de chœurs, suivant les circonstances. Excellent, même si le combo a tout intérêt a bien digérer toutes ses influences, pour faire la différence…

 

Big Daddy Wilson

Thumb a ride

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Big Daddy n'a pas encore atteint le demi-siècle. De couleur noire, ce musicien est originaire de la Caroline du Nord. C’est à l’église qu’il a appris à chanter, lors des offices dominicaux. Sa famille est pauvre. Lui aussi. Une situation qui le pousse à s’engager dans l'armée. Américaine, bien sûr. Il est envoyé en Allemagne où il y rencontre, sa future épouse. Une autochtone. Et c’est paradoxalement au pays de la choucroute qu’il découvre le blues! Tout particulièrement acoustique. Ce qui lui permet de mettre en évidence sa voix au timbre chaleureux, puissant, et aux accents soul indéniables. Egalement compositeur, il a publié plusieurs albums, en compagnie d’un groupe ou un duo. Et dans des styles très différents. Flanqué de Doc Fozz, il a gravé "Doin' it right", "Walk a mile with my shoes", "My day will come" et "Live". Les autres elpees ont été concoctés soit au sein des les Mississippi Grave Diggers ou de Real Deal, sous le nom de Wilson B. Thomas Ruf le remarque et le signe sur son label, pour lequel Big Daddy sort un premier long playing, en 2009, "Love is the key", un disque pour lequel il reçoit le concours d'Eric Bibb.

Ce dernier périple, il l’a baptisé "Thumb a ride". Et l’a accompli en imaginant ‘faire de l'auto-stop’, en compagnie de ses deux acolytes allemands, Jochen Bens et Michael van Merwyk, préposés aux cordes acoustiques. A eux trois, ils signent les treize chansons de cet elpee. Une œuvre intimiste, homogène, caractérisée par la pureté remarquable des cordes, cordes destinées à mettre en exergue la voix naturelle du Daddy.

Le disque s’ouvre par le titre maître. La voix est relayée par des cordes non amplifiées d'une guitare resonator et d'un dobro. "Baby don't like" élève le tempo. Enrichie de percussions, cette compo se signale par des répliques vocales entre deux partenaires. Ballade séduisante, "This is how I live" est découpée dans des cordes particulièrement limpides. D’une voix tendre, sensible, intimiste, Daddy s’épanche tout au long d’"Anny Mae". Un cri d’amour pour sa bien-aimée ! C’est cette conjugaison entre ses vocaux et les cordes qui crée la richesse des chansons. Des chansons qui libèrent une grande dose d’émotion. Et la triste complainte "It don't get no better" ainsi que "Who's dat knocking" en sont deux belles autres illustrations. Mais les mélodies peuvent également accrocher instantanément. A l’instar de "Cold is the wind" ou de "Drop down here", des plages bien rythmées, sans pour autant bouder le blues pur et conventionnel de "Way back yonder".

Daddy Mory

Reality

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Ancien Raggasonic, Daddy Mory est un des pionniers du reggae en France. Ce nouvel album (le premier depuis 2003) s’ouvre dans un registre très ragga. Un style où notre homme est moins à l’aise : la première moitié de « Reality » vise donc les dancefloors avec plus ou moins de bonheur. En ce qui concerne l’espace sonore réservé, entre autres par Clive Hunt et le duo The Ballaz, on passe du pénible « Showsky » (plombé par le flow exagéré du Daddy) à l’ultra efficace « Muzik de l’espoir » ou un « Get Paid » très hip hop, bien mieux balancés.

Changement de cap à partir de « Je Ferais », bel instru roots concocté en compagnie de pointures telles que l’omniprésent Dean Fraser, ‘Horsemouth’ Wallace et Earl ‘China’ Smith. Daddy Mory renoue pour un temps avec les thématiques ‘conscientes’ et balance quelques rimes acérées sur des rythmiques plus organiques qui renvoient au reggae des seventies. Notre homme excelle dans ce style rappelant une époque vécue auprès de Big Red dans Raggasonic. Il nous livre des textes très politiques sur « System » et « Seigneurs de guerre », belles critiques en règle de la France ‘sarkozyenne’ et des marchands d’armes. Le marrant « Cette fille là » tempère la gravité des titres précédents, tandis que « Supa Fly » (NDR : le Jamaïcain Voice Mail et Mokobé du 113 y participent) nous replonge au cœur des sonorités dancefloors du début d’elpee. L’opus s’achève par le grave « Prison », relatant sans fioritures ni romantisme un séjour derrière les barreaux.

En guise de conclusion, ce « Reality » déconcerte un peu par son manque d’unité stylistique, mais une bonne moitié de disque passe bien la rampe ; ce qui n’est déjà pas si mal.

 

Soledad Brothers

Hardest walk

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Cette formation est née en 1998. Dans la bourgade de Maimee, du côté des faubourgs de Toledo, dans l'Ohio. Elle a été fondée par deux gars du coin : le chanteur/guitariste/harmoniciste Johnny Wirick (alias Walker) et le drummer Ben Smith (alias Swank). Ils sévissaient déjà au sein d’un blues band : Henry and June. La formation allait ensuite transformer son paronyme en Soledad Brothers. Faut-dire que l'album fétiche de Walker n’est autre que le "Live at Soledad" de John Lee Hooker! Ce groupe de dark blues punk a été rapidement intégré à la scène de Detroit, en compagnie des White Stripes et de Greenhorns. Le duo est entre-temps rejoint par un second guitariste : Oliver Henry qui double également au saxophone. Ils commettent un premier elpee éponyme en 2000. Et embraient en 2002 par "Steal your soul and dare your spirit to move", un "Live" en 2003 et "Voice of treason" en 2004. Lié au mouvement des Black Panthers, dont ils affichent fièrement le logo, le combo est engagé politiquement. John Sinclair (NDR : il fut jadis le manager du MC5, groupe révolutionnaire de Detroit dont le "Kick out the jams" est toujours considéré comme un classique de l’histoire du rock’n roll !) en devient rapidement un fan. Un soutien qui signifie beaucoup pour les Soledad.

Leur nouvel opus a été enregistré en France, du côté de Bordeaux. Un quatrième musicien a participé à la confection du disque : un certain Dechman. Un Français. Ce multi-instrumentiste y joue de l'orgue, des synthés, du sitar, de la basse, du banjo et toute une variété d’autres instruments ; de manière à ajouter davantage d’épaisseur au son des Brothers. Dès l’ouverture, les Soledad Brothers dispensent une folle énergie. En respectant l’esprit des libertés prises par les formations punk de la fin des années 70. La rythmique est implacable. Dans un style que pouvait emprunter l'énigmatique Wilko Johnson, le premier guitariste de Doctor Feelgood. Et en remontant dans le temps, je ne peux m’empêcher de penser aux premiers ensembles de R&B anglais du début des 60s : les Stones bien sûr ; mais aussi les Yardbirds, les Pretty Things ou encore Downliners Sect. Les Soledad pratiquent un R&B âpre, musclé, primaire. Le vocaliste pose sa voix sur une expression sonore à la musicalité approximative. Mais le groupe est très soudé ; et puis sa musique bien plus convaincante qu'elle n'y paraît à première écoute. A l’instar de "Truth of consequences" et "Dowtown paranoia blues" : de la pure dynamite. Nos oreilles sont à peine acclimatées que le décor change. Plage très lente, "Crying out loud" véhicule une tension cotonneuse presque insoutenable. Blafard, le timbre vocal se complait dans un style immortalisé par les bands anglais d'autrefois. La tonalité lugubre d’un harmonica hante le décor. Le tonitruant "Crooked Crown" marque un retour au climat trash. Le guitariste a sorti sa slide primaire et poisseuse. Les jaillissements de l’harmo attisent l’incendie. Les cordes ne quittent guère l'avant-scène. Les sonorités ne font pas dans la dentelle, comme si elles avaient été enregistrées dans un bon vieux garage. "Sweet & easy" observe une quiétude toute relative. Les sonorités acoustiques infiltrent les guitares indomptables, bien amplifiées. Ce rock blues est dispensé sans concession, même si on recèle en filigrane une volonté pop manifeste chez les Brothers. L'intro de "Dark horses" est divin. Les flots de guitare me remémorent l’ouverture majestueuse des Doors en quête de la fin. Cette ballade en apparence inoffensive évolue dans un climat oppressant. Une fresque sonore magnifique qui ne laissera personne indifférent… Bref interlude instrumental, "White jazz" véhicule une violence sous-jacente avant de céder le relais à "Good feeling", un rock implacable dont la rythmique est digne des Stones. Une compo qui laisse cependant libre cours à de nouveaux délires free ; et en particulier ceux produits par le saxo de Henry!! Les Soledad ont bien intégré leur instrumentation diversifiée. Leur frénésie devient psychédélique pour "Let me down", un délice lysergique, une aventure intense au cours de laquelle l'orgue s'évade vers les sphères cosmiques du Pink Floyd originel (NDR : quarante ans déjà!). Et ce périple peut même bifurquer vers l’époque "Their Satanic Majesties Request" des Stones. Lorsque Brian Jones était toujours de ce monde. "Mean ol' Toledo" en est la plus belle démonstration. "Loup Garou" entretient ce voyage acide ; mais de ce fragment émane une profonde douceur, entretenue par la présence d’un sitar bien en place. Après une dizaine de minutes de silence, les Soledad reviennent concéder un dernier fragment : un boogie instrumental, parfaitement marqué du sceau de Detroit. Et une nouvelle fois, le spectre de John Lee Hooker plane tout au long de cette plage. Véritable puzzle, cet opus est une ode au délire. Je vous conseillerai donc de le consommer sans modération mais en gardant l'esprit bien ouvert…

Grandaddy

Just like the Fambly Cat

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Après avoir commis cinq albums en quatorze années d’existence, Grandaddy a donc décidé de splitter. Ou plus exactement Jason Lytle a mis un terme à l’existence du groupe. Ce qui peut aisément se comprendre, quand on sait que pour enregistrer ce « Just like the Fambly Cat », il a pratiquement tout fait seul. Dans son studio maison. Un collaborateur de marque quand même : l’ingénieur du son Dave Trumfio ! A contrario des trois premiers elpees qui traitaient de sa relation amour/haine avec la technologie moderne ou de ses observations rurales /urbaines de la vie, cet ultime essai est beaucoup plus personnel. A la limite autobiographique. Dès les premier instants du disque, une voix d’enfant demande : ‘Qu’est-il arrivé à la Fambly Cat ?’ Traduisez : ‘Qu’est-il arrivé à Grandaddy ?’ Et la suite est partagée entre chansons empreintes de nostalgie, de réflexion existentielle et de résignation même. Des chansons qui réalisent la parfaite synthèse entre « Under the Western freeway », « The sophtware slump » et « The Broken Down Comforter Collection » (NDR : ne me demandez pas pourquoi je n’inclus pas « Complex Party Come Along Theories », il est devenu une pièce de collection). On a droit en fin d’opus à deux titres en forme d’épilogue. Tout d’abord le psychédélique « Disconnecty » et puis le space rock déchirant « This is how it always starts ». Mais après avoir tourné définitivement une page de sa vie, il nous adresse un dernier au revoir déchirant (NDR : n’auriez-vous pas un mouchoir ?), en remettant une couche lors du morceau caché « Shangri La », compo au lyrisme meurtri qu’il chante accompagné d’une voix féminine scandant ‘I’ll never return’. Tout au long de cet album l’électronique et le basique font à nouveau bon ménage. La chanson peut être contagieuse (« Elevate myself »), féroce et torturée (« Jeez louise »), visionnaire et mélancolique (« Summer… it’s gone »), lancinante et brumeuse (« The animal world »), punkysante et sauvage (« 50% »), mystérieuse (l’instrumental « Skateboarding saves me twice ») ou encore capricieuse et sardonique (« Campbershell dreams ») : le sens mélodique est toujours intact. En outre, le falsetto délicieux de Jason fédère ce mélange de styles, de formes et de modes. Le livre de Grandaddy vient de se refermer ; mais Lytle a déjà derrière sa tête de nouveaux projets. Seul l’avenir nous apprendra s’il a pris la bonne décision…

Grandaddy

Excerpts from the diary of Todd Zilla

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En attendant la sortie d’un nouvel album dont la date de parution est prévue pour 2006 et qui devrait s’intituler “Just like the fambly cat”, Grandaddy nous propose ce mini album découpé en sept fragments. Si trois d’entre eux passent plus ou moins la rampe - l’énergique « Pull the curtains », « Florida » (une compo versatile déchirée entre climats graciles, ensoleillés, et délire ‘pixiesque’), ainsi que « At my post », six minutes au cours desquelles variations de tempo, harmonies vocales angéliques, synthés kitsch et électricité brumeuse semblent faire bon ménage -, le reste de l’opus manque singulièrement de consistance. « Cinderland » semble ainsi procéder d’une chute de bande de « Sophtware slump ». Minimaliste, « F**k the valley fudge » est réduit à la voix de Jason Lytle et à son piano. Chanson acoustique et dépouillée « Goodbye ? » semble se complaire dans un univers nonchalant et plaintif. Enfin, « A valley son (sparing) » aurait pu servir de bande sonore à la « Boum ». Pas de quoi pavoiser et surtout une bonne raison de craindre le pire pour la suite des événements…

Catfish And The Crawdaddies

Venus blues

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Fondée il y a une dizaine d’années, cette formation californienne (NDR : basée à Sacramento, pour être plus précis) est drivée par le guitariste Ray "Catfish" Copeland (NDR : un membre fondateur de Little Charlie & the Nightcats !). Pour la circonstance, il est épaulé par Jim Monroe au piano, Stan Powell à l’harmonica et à la guitare, Phil Minas aux drums et Dale Lyberger à la basse. Le quintet est parfaitement soudé et se partage les parties vocales. Leur premier elpee, "Blues from another Delta", date de1998. Ce "Venus blues" est un hommage à Venus Montana, la regrettée compagne de Catfish. Il aligne onze de leurs compositions.
 
L'album s’ouvre par "Sail on down", une plage entraînante au cours de laquelle Stan Powell se réserve le premier solo. A l’harmonica. Catfish lui emboîte le pas rapidement à la guitare. Le piano de Jim Monroe épouse la section rythmique avant de rouler en solo sur un tempo boogie. "Crawdaddy crawdaddy" constitue sans doute la marque de fabrique de la formation. Le rythme est vigoureux. Le beat de Bo Diddley est imprimé par les percussions de Dale. "How long has that train been gone" est la seule plage qui ne soit pas issue de leur plume. Elle nous entraîne dans l’univers rythmé de la Nouvelle Orléans. A l'avant-plan, le piano de Monroe se révèle très excitant. Il y excelle à la main gauche. En fin de parcours, les deux guitaristes s’échangent des phrases bien inspirées. Le titre maître porte bien sûr la signature de Catfish. Une ballade vivifiante que Stan transporte d’émotion à l’aide de son harmonica. Powell a écrit "Stockbroker blues". Une compo bien dans l'esprit West coast. Chargée de swing, elle conjugue le piano et l'harmonica dans le rythme, autorisant de brillantes sorties de Ray aux cordes et de Stan sur l'instrument chromatique. Blues lent, paresseux, "Lonely lonely night" est merveilleusement chanté par Sreamin' Dave Wright. Invité, ce musicien local est le leader des Boll Weevils. Stan a également composé l'entraînant "Love or lust". Un de ces shuffles irrésistibles. On a l’impression d’avoir des fourmis dans les orteils. A cause de l'harmonica qui se déchaîne et du piano insatiable. "Bad side of the blues" aurait pu être un blues contemporain issu du Delta. Une démarche fort différente du contexte de l'album. "Party town" est une autre plage contaminée par un Bo Diddley beat. De très bonne facture, cet opus s’achève par "Huevos Boleros", un instrumental qui bénéficie du renfort d'un autre guitariste, le Californien (Iron)Mike Curtis.

Grandaddy

Sumday

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A l'issue de la première écoute du nouvel album de Grandaddy, j'étais quelque peu perplexe, ayant l'impression de retrouver une structure mélodique fort proche du précédent elpee, fruit d'un mélange d'électro-acoustique et de guitares saturées de power pop. Ou si vous préférez, j'éprouvais la sensation que toutes les chansons de ce nouvel opus étaient issues des mêmes sessions d'enregistrement que " The Sophtware slump ". Ce qui peut paraître paradoxal, lorsqu'on sait que je suis toujours sous le charme de cet elpee. Mais très compréhensible, lorsqu'on connaît le potentiel créatif d'un groupe comme Grandaddy. Au fil du temps, et des réécoutes, j'ai commencé à mieux en cerner les reliefs et les différences. D'abord les lyrics sont toujours aussi brillants, torturés et ironiques. Puis, les deux derniers fragments, " The warming sum " et " The final push the sun " sont tout bonnement remarquables. Somptueux, le premier bénéficie d'arrangements symphoniques ; berceuse épique, le second allie à la perfection mélodie luxuriante et rythmes tourbillonnants. Et ces apothéoses changent la donne. D'autant plus que l'opus concède également deux titres plus électriques, presque crazyhorsiens (" Now it's on " et " Lost on yet merry way "), une valse soulignée de chœurs angéliques (" Saddest vacant lot in all the world ") et un récréatif " Stray dog and the chocolat shake " imprimé sur un tempo new wave. De quoi donner davantage de relief et de diversité à l'ensemble, ma foi, finalement fort brillant…