CULK : entre smog et étoiles…

CULK a gravé « smogstar », son quatrième elpee ce 4 septembre 2026. Autour de Sophie Löw, également connue sous le nom de Sophia Blenda, la formation viennoise poursuit son exploration d’un présent traversé par les tensions, les élans de liberté et les zones…

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Ġenn

Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

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ĠENN dévoile aujourd'hui « Jaguar Sun », un nouveau single en collaboration avec Aidan Moffat d’Arab Strap. Le titre sort au format digital ainsi qu'en 12’’ sur le label Rock Action Records, fondé par Mogwai, et accompagne l’annonce d’une tournée européenne et britannique en octobre et novembre dont une date à Paris, au Supersonic, le 2 Octobre.

Long de plus de six minutes, « Jaguar Sun » révèle une nouvelle facette de ĠENN, entre groove hypnotique et voix aériennes. Le morceau associe la voix de Leona Farrugia à celle, plus grave d’Aidan Moffat. Le titre explore des questions autour de la liberté, du libre arbitre et de notre rapport à la réalité. Son univers s’inspire notamment de la littérature d’Italo Calvino, de L’Insoutenable Légèreté de l’être, du film La Chimère et de l’album « Double Negative » de Low. « Jaguar Sun » a été coproduit par ĠENN, Johnny Hostile (Savages / Jehnny Beth), le producteur récompensé aux Grammy Awards Johnny Breakwell (PinkPantheress) et Tom Hill.

À propos de ĠENN

Formé à Malte et basé à Brighton, ĠENN réunit Janelle Borg (guitare), Sofia Rosa Cooper (batterie), Leona Farrugia (chant) et Leanne Zammit (basse). Le groupe puise dans ses influences maltaises, britanniques, jamaïcaines et portugaises pour créer une musique expérimentale mêlant post-punk, rock et atmosphères psychédéliques.

Après leur premier elpee « unum », sorti en 2023, et « Reverberations », l’an dernier, ĠENN s’est produit sur des scènes internationales, notamment à Eurosonic et The Great Escape, et en tournée avec METZ, Deadletter et Pussy Riot.

Le clip de « Jaguar Sun » est disponible ici

 

 

 

Σtella

Un clip d’animation pour le nouveau single d’Σtella

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L'artiste grecque Σtella dévoile son nouveau single intitulé « Belinda ». Cette nouveauté s'accompagne d'un clip officiel au format visualizer, dont les illustrations sont nées sous la plume de la chanteuse elle-même, complétées par les animations de Yokanima (et il est disponible ici). 

Pour ce morceau, la musicienne s'est entourée de Rodaidh McDonald à la coproduction, tandis que Rafael Cohen enrichit le titre de ses enregistrements. Le duo Cohen et Σtella avait déjà marqué les esprits lors de la création d' Adagio, son elpee phare paru en 2025.

Ce cinquième opus se distingue par l'introduction de morceaux chantés en langue grecque. La trajectoire de la jeune femme se matérialise aujourd'hui par plus de 300 millions d'écoutes sur Spotify et des synchronisations remarquées dans les séries Industry et Emily in Paris.

Ex:Re

Enregistré sous Ex:Re

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Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk londonien Daughter annonce la publication de Save As, un nouvel elpee attendu pour le 30 octobre chez 4AD. Pour faire patienter l'auditoire, elle dévoile le single d'ouverture « Radio Station », illustré par un clip vidéo réalisé par Angela Ricciardi.

Ce premier extrait s'écoute comme un road trip psychédélique à travers une Californie infinie. Débutant sur les notes d'une guitare acoustique épurée, le morceau se mue en une métaphore de la conscience humaine. La musicienne y explore l'indécision chronique et le flux incessant de sentiments contraires qui l'habitent. Le texte s'articule autour de bribes de souvenirs et de fragments de conversations captées à la volée. Sur une orchestration dense mariant synthétiseurs flottants et percussions persistantes, Elena Tonra y évoque la ‘surpensée’ qui consume l'esprit. 

À l'origine, l'artiste n'envisageait pas de donner une suite au premier disque éponyme paru en 2018. L'étincelle jaillit en studio lors de retrouvailles complices en compagnie du producteur Fabian Prynn. La compatibilité artistique du binôme débouche sur la création de ce second volet, enrichi par les interventions de Josephine Stephenson au violoncelle et d'Hinako Omori aux synthétiseurs.

Sans chercher à déployer une grande intrigue globale, ce long playing capture avec acuité les détails de la mémoire. Pour la chanteuse, figer ces instants dans le marbre des chansons devient un moyen de lutter contre l'oubli, chaque interprétation agissant comme un véritable voyage temporel.

Le clip de « Radio Station » est disponible là

Snake Mountain Revival

Le fossé à franchir par Snake Mountain Revival

« The Divide », le nouvel album du trio psychédélique indépendant américain Snake Mountain Revival, sortira le 23 octobre prochain.

Formé sur la côte de Virginie à l’été 2017, Snake Mountain Revival est né de la rencontre entre des univers musicaux très distincts. Le batteur Josh Woodhouse a apporté la précision des scènes death metal et progressives de Floride, le bassiste et chanteur Ryan Chandler a insufflé une profondeur expérimentale et psychédélique, tandis que l’ancien guitariste Zack Trowbridge a complété le trio avec ses racines ancrées dans le blues, le jazz et le surf rock. Plutôt que de cacher leurs influences, les membres de Snake Mountain Revival les embellissent avec espièglerie, créant ainsi une approche vibrante et avant-gardiste du psychédélisme, à la fois intemporelle et bouillonnante.

Leur EP démo éponyme de 2018 a fait sensation dans la blogosphère, récoltant des éloges des deux côtés de l’Atlantique et imposant le groupe comme une formidable formation de scène. En 2021, ils ont sorti leur premier album « Everything Is Sight » chez Rebel Waves Records, salué par Distorted Sound Magazine comme « un paysage vibrant, vaste et inébranlable que toutes les oreilles prendront plaisir à conquérir ». Forts d’une présence scénique polarisante et pleine d’énergie, ainsi qu’un son éclectique, ils ont partagé la scène avec des artistes partageant la même vision, tels qu’Acid Dad, Freedom Hawk, Sammi Lanzetta et Frankie & the Witch Fingers.

Aujourd’hui, grâce à leur deuxième elpee « The Divide », ils se tournent à la fois vers l’intérieur et vers l’extérieur. Ce nouvel opus promet de prendre les auditeurs au dépourvu et de les entraîner dans leur univers singulier et transcendant. Comme le dit le chanteur Ryan Chandler : « Je veux provoquer. On l’a toujours fait. Mais « The Divide » n’est pas uniquement fait d’épines et d’aspérités. Une juxtaposition majeure dans bon nombre de ces morceaux vise à nous rappeler ce pour quoi nous nous battons peut-être. Lorsque nous défendons la beauté, la paix, l’amour et le bonheur, nous devons parfois montrer les crocs. C’est ce que nous faisons avec ce nouvel album ».

Le single « The Divide » est en écoute ici

 

Then Comes Silence

Un diptyque pour Then Comes Silence

Écrit par

Le trio post-punk suédois Then Comes Silence s'apprête à publier « Requiem Ballroom ». Ce huitième long playing est attendu pour le 20 novembre 2026 sous la bannière de Metropolis Records. Pour faire patienter l'auditoire, la formation menée par Alex Svenson dévoile « Remaker Redeemer », un nouveau single illustré par une vidéo particulièrement symbolique (le clip est disponible ici). 

Ce nouvel elpee succède à Trickery (2024). Conçu comme un diptyque conceptuel rigide, le disque se sépare en deux facettes radicalement opposées : la première partie, Requiem, incarne l'obscurité, le deuil et une mort symbolique, tandis que la seconde, Ballroom, représente la lumière, le matin et la résurrection. Le morceau « Remaker Redeemer » sert précisément d'introduction à ce second volet lumineux. Le trio y explore de nouvelles sonorités pour illustrer le sentiment d'un nouveau départ et d'une purification spirituelle, où les anciens péchés se retrouvent lavés.

Réalisé par Damon Zurawski (Future Legends Films), le clip vidéo met en scène les musiciens en compagnie de danseurs et de mascottes nommées Bengii, El Pseudo et Johnny Nattsjö. Visuellement, la vidéo joue constamment sur les contrastes absolus (noir ou blanc, rouge ou bleu) imposés par le concept de l'œuvre, invitant la foule à choisir son camp au cœur de cette dualité. Ce titre fait suite à « Judgement Day », un premier extrait paru au début du mois d'août. Aujourd'hui solidement ancré comme une référence incontournable du mouvement gothique et darkwave international, le combo composé d'Alex Svenson, Jonas Fransson et Hugo Zombie prouve une nouvelle fois qu'il évolue sans jamais renier l'intensité brute qui anime sa réputation.

The Lemonheads

The Lemonheads rendent hommage à Townes Van Zandt

Un jour, on réalisera un film sur Townes Van Zandt – ce troubadour à part qui a inspiré tout le monde, de Bob Dylan à Willie Nelson en passant par Emmylou Harris et Evan Dando des Lemonheads.

Sorti le 9 septembre, le nouveau single « Rake » est le premier extrait de leur prochain album « Townesville », dont la sortie coïncide avec leur prochaine tournée britannique et européenne « Love Chant ». Hommage à l’œuvre immortelle de Townes Van Zandt, ce projet s’inscrit dans le prolongement naturel du parcours d’Evan Dando, collectionneur de chansons, vagabond et authentique troubadour américain.

Dando et Van Zandt partagent une filiation tacite. Aucun des deux n’écrit ni n’interprète la musique comme une simple performance ; pour tous deux, une chanson est un mécanisme de survie, dépouillée de toute prétention et mise à nu. Produit par Antonia Teixeira à Nashville, cet opus trouve un équilibre entre des arrangements acoustiques bruts et intimes et des racines culturelles profondes et universelles.

Ce single met en vedette le célèbre musicien brésilien Almir Sater, dont le jeu complexe et ancré à la viola caipira à dix cordes apporte une résonance inattendue et profonde aux paroles sombres de Van Zandt. Cette collaboration relie trois courants distincts de la musique traditionnelle : la narration folk austère de Van Zandt, l’interprétation intuitive indie-country de Dando et les morceaux instrumentaux riches, méditatifs et inspirés du Pantanal de Sater.

Ensemble, ce trio d’influences fait de « Rake » un chef-d’œuvre étrange et envoûtant, prouvant que la véritable poésie folk a le même poids, qu’elle naisse dans la poussière du Texas, sur les trottoirs de Boston ou au cœur du Brésil.

Pour écouter le nouveau single « Rake », c’est ici

 

Twin Temple

Twin Temple, amants maudits ?

Écrit par

Établis à Los Angeles, Alexandra et Zachary James, mariés à la ville, publieront leur troisième elpee, « Doomed Lovers », le 23 octobre sur leur propre label, Pentagrammaton Records, distribué à travers le monde par Secretly Distribution.

L'annonce survient dans le sillage d'une nouvelle polémique. Écarté sans ménagement de plusieurs concerts par le chanteur country Charley Crockett, en raison de son imagerie satanique, le tandem a aussitôt reçu de Jack White une invitation publique à assurer sa première partie au Palladium de Hollywood, en septembre. De quoi souligner le paradoxe : ce que les uns censurent, les autres l'attendent sur les planches.

Le couple vient de dévoiler « Haunt Me », deuxième extrait après le morceau-titre. « Une chanson d'amour gothique traversée par la peur, l'obsession, l'effroi et la jalousie, qui emprunte au gospel américain, au rock'n'roll des sixties et au blues, expliquent-ils. Elle romantise les cauchemars que votre amant provoque, et ce paradoxe : ne jamais vouloir qu'il cesse de vous hanter. » Le vidéogramme de « Love You To Death » illustre déjà cette esthétique funèbre et sensuelle (à voir et écouter là). 

L'enregistrement a été confié à Shooter Jennings, producteur primé aux Grammy Awards, au mythique Studio 3 de Sunset Sound. Fidèle à l'analogique, le duo y a considérablement élargi sa palette sonore : arrangements orchestraux somptueux signés par un ensemble de 37 musiciens, et le concours de pointures telles que Matt Chamberlain et Jay Bellerose. « Nous voulions repousser nos limites, puiser chez Roy Orbison, les Ronettes et les Shangri-Las, et y ajouter une touche countrypolitan », précise la formation.

Ce disque est né d'une des périodes les plus noires de leur existence — deuil, ennuis de santé, addiction, dépression. « Jour après jour, retourner à Sunset Sound et créer aux côtés de gens qui croyaient en nous nous a lentement ramenés à la vie. Nous avons recommencé à sourire. » D'où l'œuvre la plus intime et la plus ambitieuse du combo, dont l'ampleur cinématographique n'abandonne jamais les racines du rock 'n' roll originel.

Trop sulfureux pour les uns, irrésistible pour les autres, le duo intrigue Rolling Stone, NME, Billboard, Kerrang! ou le LA Times, et nourrit le débat sur la liberté d'expression et la place de la controverse dans l'art. À l'ère du recyclage, il rappelle surtout que le diable détient décidément les meilleures chansons.

Diemen Sniep

Personne n'aime les gens qui s'apitoient sur leur sort, et surtout pas Diemen Sniep

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Le quintette belge de noise rock Diemen Sniep marque son grand retour par le biais de « CRY_O », son premier single inédit depuis 2023. Ce titre bénéficie d'un clip officiel réalisé par Leily Malherbe. Sa parution coïncide par ailleurs l'annonce d'un nouvel opus, Nobody Likes A Pity Party, programmé pour le 13 novembre 2026 sur le label JauneOrange.

Après un exode auto-imposé trop long, la formation rompt le silence grâce à « CRY_O », sa première proposition musicale depuis « All Scum » en 2023.

Évoluant quelque part entre l'abrasion de Swans, la fièvre de The Birthday Party et le calme de Talk Talk, Diemen Sniep s'approprie un espace particulier où se croisent le noise rock, la tension post-punk, les paysages sonores oniriques et les refrains contagieux.

« CRY_O » révèle une facette plus sombre et plus intime des musiciens. Séduisant et discrètement déstabilisant, le morceau bâtit sa propre tension interne, équilibrant rudesse et vulnérabilité d'une manière aussi familière qu'envoûtante.

Ce single offre un premier aperçu de Nobody Likes a Pity Party (et il est à voir et écouter là), le deuxième elpee de Diemen Sniep prévu cet automne. Conçu au fil d'années de travail acharné sur les planches de Belgique et des Pays-Bas, ce disque embrasse la contradiction, oscillant librement entre violence, fragilité, catharsis et contemplation.

 

Death Valley Girls

Death Valley Girls de retour sur terre

Les Death Valley Girls sont une valeur sûre de la scène rock du sud de la Californie. Après avoir détruit la maison de la chanteuse Bonnie Bloomgarden à Altadena, les incendies dévastateurs qui ont ravagé la ville ont été une source d’inspiration poignante pour leur nouvel album, « Welcome to Earth ». Il sortira le 9 octobre 2026 chez Suicide Squeeze Records. Aujourd’hui, le groupe dévoile le premier single, « Message From the Venus Flower », accompagné d’un clip réalisé par la légende du punk Ian Svenonius. Sur un fond instrumental funky inspiré des années 80, Bonnie Bloomgarden pleure la perte de son chien bien-aimé tout en célébrant le lien spirituel qui les unissait. Elle trouve ainsi une exubérance au cœur même de la tragédie.

À propos du clip, elle confie : ‘Ian Svenonius est l’un de mes artistes préférés ! Ses textes, sa musique, son goût et sa philosophie sont géniaux! C’est une légende de l’innovation qui évolue sans cesse de manière exponentielle, tout en faisant référence à des éléments essentiels du passé. Et pourtant, d’une manière ou d’une autre, il reste toujours à la pointe de l’ultra-modernité !’

Le parcours qui a mené à l’elpee « Welcome to Earth » des Death Valley Girls commence dans les cendres de l’incendie d’Eaton, en Californie. Après avoir perdu sa maison à Altadena, puis peu après son chien bien-aimé Tommy, la chanteuse et compositrice Bonnie Bloomgarden a dû faire face à des questions auxquelles il n’y avait pas de réponse facile : qu’est-ce qui survit à une catastrophe ? Que reste-t-il après une perte ? Comment reconstruire une vie lorsque tout ce qui la définissait a disparu ? L’album né de ces interrogations compte parmi les œuvres les plus intimes et les plus introspectives que les Death Valley Girls aient jamais réalisées.

Tout au long de leur parcours, le groupe a toujours considéré la musique à la fois comme une célébration et une quête. Des albums comme « Glow in the Dark », « Darkness Rains », « Under the Spell of Joy » et « Islands in the Sky » ont transformé leur son space rock en un vecteur de quête spirituelle, trouvant des éclairs de transcendance au milieu du chaos quotidien. Mais « Welcome to Earth » se distingue de ses prédécesseurs. Il se concentre moins sur la fuite du monde et davantage sur la compréhension de la manière de rester connecté après la dévastation.

Ce qui en a résulté n’est pas exactement un long playing psych-punk sur la perte, mais plutôt sur le lien : ces fils invisibles qui relient les personnes, les animaux, les souvenirs, les paysages et les vies à travers le temps. Le titre de l’opus fait à la fois office de salutation et de rappel, un accueil que le monde naturel réserve à une espèce qui a largement oublié la place qu’elle y occupe. À maintes reprises, les chansons reviennent sur l’idée que la séparation pourrait bien être l’illusion la plus tenace de l’humanité.

Sur le plan musical, l’elpee reste indéniablement dans l’esprit des Death Valley Girls : exubérant, mélodique, curieux et magnifiquement sincère. Des harmonies de girls band flottent au milieu de passages psychédéliques brumeux. Les voix s’unissent en chants collectifs. Les refrains surgissent avec la légèreté d’un chant en chœur. Cet esprit communautaire résonne à travers les nombreuses voix de l’album : vingt-trois chanteurs invités apparaissent tout au long du disque, et notamment un chœur d’enfants dont la présence lumineuse confère aux chansons un sentiment d’émerveillement tout nouveau. Ce qui rend « Welcome to Earth » si émouvant, c’est son refus de séparer le cosmique du profondément personnel. Le résultat constitue l’œuvre le plus intime des Death Valley Girls, mais aussi le plus ouvert: un disque qui regarde la perte en face et qui, d’une certaine manière, en ressort plus ouvert à l’émerveillement.

Pour découvrir la vidéo du nouveau single « Message from the Venus Flower », c’est ici

 

 

Baby Dee

Baby Dee et l’enfant de l’amour

Baby Dee est la seule personne que j’ai rencontrée sur Terre qui renferme véritablement une multitude de facettes. Baby Dee a eu plus de vies que le Dalaï-Lama. Elle a été arboriste, artiste de cirque, musicienne de rue et organiste d’église convaincue d’être possédée par le fantôme de Palestrina. Elle est également l’auteure-compositrice de certaines des plus belles chansons que je n’ai jamais entendues et compte parmi ses plus fervents défenseurs des artistes aussi légendaires que Marc Almond, Bonnie ‘Prince’ Billy, David Tibet et Michael Gira.

Elle vit désormais dans la campagne hollandaise, où elle se fait passer pour une citoyenne respectable qui s’est retirée du monde du spectacle. Mais on ne peut tout simplement pas faire taire un génie solitaire. « Child of Joy » est son premier album en 11 ans et sort chez Tin Angel Records, avec qui elle collabore depuis longtemps (sortie le 25 septembre). Bien que les douze titres de cet album soient essentiellement des réinterprétations d’anciens morceaux datant de son premier album, « Tiny Windows » (2001) jusqu’à « I Am a Stick » (2015), cela témoigne de la force des originaux, qui restent si lumineux dans leur nouvelle version. Alors qu’elles étaient auparavant enregistrées sur un piano ondulant et une harpe majestueuse, Dee les a ici transposées à l’accordéon, ce qui donne l’impression que ces morceaux sont à la fois d’une intimité précieuse et d’une ampleur incroyable. Son accordéon résonne comme un ensemble de violes de la Renaissance dans la polyphonie de cette époque, avec sa complexité bourdonnante, contrapuntique, riche en harmonies et profondément romantique.

Cela transparaît dès les premières mesures de la première chanson, « My Heart’s Come Home to Me ». Un motif cyclique et sifflant, né d’un refrain de trois notes, se développe pour devenir une ode élaborée au désir, empreinte d’une grandeur symphonique que l’on associerait à Gustav Mahler. Les paroles de Dee possèdent une qualité antique, homérique, comme si elles avaient été transmises par ventriloquie à travers de nombreuses générations jusqu’à sa bouche. Elles vibrent d’une virilité poétique qui transcende le temps et l’environnement et résonne à travers tout votre corps.

Chapeau bas au groupe : ces morceaux ne sont pas faciles à accompagner. Le sens du rythme de Dee est très émouvant et semble obéir à un métronome intérieur qui bat au même rythme que son cœur galopant. Une mention spéciale doit également être accordée à Peter Slager. Non seulement il a joué de plusieurs instruments sur « Child of Joy », mais il l’a également enregistré, mixé et produit dans son home studio. Selon les propres mots de Dee : ‘Nous avons enregistré dans une ferme d’élevage de chevaux à Westkappel. Je pouvais lever les yeux de mon accordéon et, juste par la fenêtre, j’apercevais ces magnifiques bêtes. J’ai tellement aimé ça. Peter nous a donné l’envie de le faire et nous a également fourni ce lieu merveilleux. C’était comme une affaire de famille avec Tonnie, Tamara, Ida, Fay et tous les merveilleux musiciens que Peter a fait venir.’

Dee est la grande chroniqueuse des miracles du quotidien, écrits en lettres de lumière. Elle a l’œil d’une poète et les mains d’un menuisier. C’est l’antidote parfait au monde moderne. Son cadeau pour nous, c’est de nous permettre de découvrir le monde à sa manière.

Alex Neilson, 7 septembre 2026

 

Lex Walton

L’amour éternel de Lex Walton

Fraîchement signé chez Sub Pop, Lex Walton, artiste multidisciplinaire basée à New York, vient de graver son premier album sous ce label. Intitulé « Ultimate Love Forever », cet opus de sept titres se révèle à la fois inébranlable et iconoclaste.

Toutes les compos ont été écrites par Lex Walton, produites par Lex et Dan Boeckner, puis enregistrées, mixées et masterisées par Ben Greenberg chez Thump et Circular Ruin à Williamsburg.

Cet elpee a bénéficié du concours de nombreux invités, dont Boeckner (Wolf Parade, Handsome Furs), Emerson Borakove, Alice Cohen, Brendan Dunphy, Emily Green (Geese), Greenberg (Uniform, The Men), Scotty Malcolm, Sarah Neufeld (Arcade Fire) et Sam Revaz (Geese).

Lex Walton (née Alex) est une auteure-compositrice, actrice, poète en prose et cinéaste américaine dont l’œuvre se caractérise par une confessionnalité sans concession et dont les performances scéniques se distinguent par un masochisme extatique et des mouvements frénétiques. Outre son catalogue d’une douzaine d’albums, d’EP et de singles enregistrés pour la plupart chez elle, elle a également collaboré avec Devi McCallion (Black Dresses, Girls Rituals), Geese et Ezra Furman, rédigé le manifeste de la musique pop « The Sound Rocker's Prayer », et incarné le personnage principal « Circle » dans le film épique de cinq heures de Louise Weard, « Castration Movie Anthology II: The Best Of Both Worlds ».

La vidéo du single « Hipster runoff » est à voir et écouter là

Bodega

Pour Bodega, tout est à l’intérieur de l’aquarium

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Prévu le 9 octobre chez Chrysalis Records, « All Inside Aquarium » marque un changement de cap pour BODEGA. Après trois opus nourris par l’héritage post-punk de Talking Heads, Sonic Youth ou des B-52s, le quintette new-yorkais privilégie un rock plus mélodique et chaleureux, dans le sillage des Stone Roses et de Jane’s Addiction.

Le disque a été enregistré durant une résidence de six semaines dans une église désacralisée de Leeds, sous la direction du producteur Matt Peel (Yard Act, Eagulls). Cette nouvelle étape se manifeste aussi dans les textes, désormais plus poétiques, intimes et moins didactiques. La formation revisite notamment « Slow Train » de Bob Dylan dans une version profondément remaniée, tout en préservant son goût pour les concepts.

Cette sortie coïncide par ailleurs avec un nouveau projet de Ben Hozie. Le guitariste et chanteur annonce son quatrième long métrage, « Jack London Calling », une comédie romantique punk rock dont le tournage doit débuter ce mois-ci à Brooklyn. Nikki Belfiglio, également membre de BODEGA, figure au casting.

Originaire de New York, BODEGA occupe depuis plusieurs années une place singulière dans le rock indépendant américain. Mené par Ben Hozie et Nikki Belfiglio, le quintette s’est révélé au public grâce à « Endless Scroll » (2018), « Broken Equipment » (2022) et « Our Brand Could Be Your Life » (2024), trois disques souvent rapprochés du post-punk de Talking Heads, Devo, The B-52s ou Sonic Youth.

BODEGA ne se limite toutefois pas à cette étiquette. Ben Hozie décrit le projet comme une formation de « rock conceptuel », définie avant tout par l’écriture et une approche musicale ouverte. Son répertoire puise autant dans l’indie rock de Pavement et Guided By Voices que dans le hardcore punk de Black Flag et 7 Seconds, exploré sous l’alter ego NODEGA.

Le clip de « Weather me » est disponible là

 

 

Suecide High

Selon Suecide High, le chaos a son charme

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Suecide High marque le retour au rock frontal de Renaud Mayeur, auteur-compositeur, guitariste et chanteur belge passé par Hulk, La Muerte et Triggerfinger. Pendant plus de deux décennies, il a écrit, enregistré et tourné au sein de formations qui ont laissé une empreinte durable sur le paysage rock national. Puis, il y a une dizaine d’années, il s’est éloigné des planches pour emprunter une trajectoire plus cinématographique.

La musique de film lui a ouvert d’autres perspectives. En abordant les registres classique, électronique et traditionnel, Mayeur a affiné son écriture, élargi ses textures et réappris à laisser respirer les morceaux. Ce détour n’a pas dilué son rapport à la chanson : il l’a resserré. Au fil de son parcours, il a également collaboré auprès de JJ Burnel (The Stranglers) et partagé le podium en compagnie de Captain Sensible (The Damned).

Son nouveau projet s’incarne aujourd’hui dans Chaos Has Its Charm, premier opus de Suecide High. Le disque puise dans la tension brute du rock des années 70, l’urgence punk et la densité du stoner, sans céder à la nostalgie. L’idée n’est pas de rejouer une époque, mais d’en extraire l’élan, la nervosité et le sens du riff pour inscrire ces influences dans une écriture directe, actuelle et personnelle.

Douze titres composent ce long playing tendu, mélodique et dépouillé. Suecide High revendique une ligne claire : less is more. Chaque riff répond à une fonction, chaque refrain vise l’impact, chaque mot cherche sa place. Pas de démonstration gratuite, pas d’arrangement décoratif, pas de posture appuyée. Le combo privilégie des chansons construites pour tenir debout par leur énergie, leur relief et leur précision.

Dans cette économie volontaire, Chaos Has Its Charm trouve son caractère : puissant sans saturation, mélodique sans adoucissement forcé, nerveux sans agitation vaine. On y entend un musicien qui revient au rock en ayant traversé d’autres langages, et une formation qui préfère l’efficacité des compositions aux effets de manche.

Sur les planches, Suecide High entend prolonger cette approche sans surcharge. Le band préparera la sortie par une tournée européenne annoncée pour l’hiver 2026/27, l’occasion de défendre un premier elpee pensé pour frapper juste.

Son clip, "Let the people ride on" est disponible ici

eightycuts

Les mille destins d’eightycuts

Écrit par

Nouvelle signature du label Teenage Menopause, eightycuts réunit Siam Coudrais à la batterie et Grégoire Léauté Culioli à la guitare et au chant. Le duo publiera son premier long playing, Thousand Fates, le 25 septembre 2026.

Inspiré par Solénoïde de Mircea Cărtărescu, roman traversé par les rêves, les parasites, les géométries impossibles et les tentatives d’évasion hors du réel, Thousand Fates rassemble sept morceaux chantés, nourris de krautrock et de psychédélisme.

Après « Island », déjà disponible en images, la formation dévoile « Psaume 45 », second extrait de l’opus, accompagné d’une vidéo réalisée par Philomène de Broqua.

Dans ce titre, les répétitions tendues, les bifurcations mélodiques et les textures plus abrasives dessinent une matière mouvante : les motifs se divisent, se répondent puis se transforment, comme si chaque chanson ouvrait une chambre secrète vers la suivante.

Siam Coudrais et Grégoire Léauté Culioli s’appuient sur une batterie nerveuse, des guitares à la fois tranchantes et mélodiques, ainsi que sur les arrangements ponctuels de Frédéric D. Oberland, connu notamment pour Foudre et Oiseaux-Tempête. Le disque installe ainsi une tension entre urgence punk, lenteur hypnotique et narration onirique.

Musicien et compositeur, Grégoire Léauté Culioli a évolué au sein de plusieurs formations, notamment Son Of aux côtés d’Arnaud Mazurel, ex-Jack The Ripper. Il compose aussi pour le spectacle vivant et s’est produit au plateau, notamment à l’Odéon pour Phèdre(s) de Krzysztof Warlikowski, puis en 2025 à la MC93 de Bobigny pour Le Seigneur des Porcheries de Paul Balagué. Il appartient également au Tony Collectif.

Après des études de photographie, Siam Coudrais cofonde eightycuts. Batteur et compositeur, il poursuit en parallèle une réflexion autour de l’image, de l’intensité et de la sensation.

Clips

« Psaume 45 » : https://www.youtube.com/watch?v=1fBDJpEAfgE

« Island » : https://www.youtube.com/watch?v=Oayn6wAV2Qw

Peter Kernel

Le cœur brisé de Peter Kernel

Écrit par

Le groupe Peter Kernel vient de partager le single « Heartbreak ». Accompagné d’une vidéo, il raconte le chagrin d'amour non comme un événement soudain, mais comme une présence familière et récurrente, une habitude difficile à abandonner, faite de désir, de nostalgie et d’ironie.

Musicalement, c'est l'un des titres les plus immédiats et mélodiques jamais écrits par le groupe, construit sur la tension entre désirer ce qui fait mal et résister à ce dont on ne parvient pas vraiment à se détacher.

Formé en 2005, Peter Kernel est composé d'Aris Bassetti (guitare, voix, arts visuels) et Barbara Lehnhoff (basse, voix, film). Indépendants depuis toujours, ils publient sur leur propre label, On The Camper Records, développant un univers artistique qui unit musique, arts visuels et design au sein d'une identité unique immédiatement reconnaissable.

Sur « Heartbreak », Peter Kernel poursuit cette trajectoire sans jamais perdre ce qui fait son identité : une pop libre, physique et singulière, capable de transformer les émotions les plus familières en quelque chose de nouveau.

Le clip de « Heartbreak » est disponible là 

Peter Kernel annonce aussi une série de concerts en France au mois de Novembre :

19 Novembre - La Peniche - Chalon Sur Saone

20 Novembre - Des Pies Chicaillent - Rennes

21 Novembre - Festival Invisible - Brest

22 Novembre - Jokers - Angers

26 Novembre - Bruit Blanc - Briançon

27 Novembre - Coop De Mai - Marseille

28 Novembre - Vacarme Exquis - Bourg Valences

The Lost Wave

Le futur de The Lost Wave

Écrit par

Basé à Anvers, The Lost Wave réunit des musiciens belges, néerlandais et espagnols. Cette identité transfrontalière irrigue une musique ouverte, sincère et fédératrice. Le 28 août 2026, la formation publie Becoming, un premier EP de cinq titres retenus parmi plusieurs dizaines de compositions, puis éprouvés sur les planches.

Enregistré aux studios De Kiem, près d’Anvers, cet opus retrace un cheminement intime et collectif. The Lost Wave y aborde le lâcher-prise, la nécessité de fixer ses limites, la traversée des périodes sombres et le retour à la résilience. Son rock alternatif conjugue murs de guitares, mélodies dépouillées, basse funky et duos de six-cordes teintés de psychédélisme et de post-punk.

Des voix tantôt vulnérables, tantôt puissantes, renforcent les contrastes du disque sans en rompre la cohérence. Becoming marque ainsi l’aboutissement d’un parcours consacré au mouvement et à la métamorphose. Par ses chansons comme par ses concerts, le band entend réunir les amateurs de sensations fortes, les passionnés de musique et les âmes solitaires au sein d’un collectif accueillant, où chacun peut se reconnaître.

Pour plus d'infos, voir page 'Artistes' en cliquant sur The Lost Wave, en vert, dans le cadre 'Informations complémentaires', ci-dessous.

Abstract Concrete

Le petit monde d’Abstract Concrete

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Abstract Concrete publie « Small World », son premier titre inédit depuis son disque éponyme de 2023. Le single s’accompagne d’un clip disponible là

Cette parution intervient après deux tournées européennes menées dans onze pays. Le collectif londonien s’est également produit lors de plusieurs festivals, dont Dig That Treasure et Outer Waves au Royaume-Uni, puis Primavera Festival en Espagne.

Le morceau puise à l’origine dans l’europop yé-yé des années 1960, la physique quantique et Silence de John Cage. Selon la formation, sa conception a ensuite pris une direction imprévue, au gré des transformations du son.

Mené par Charles Hayward, cofondateur de This Heat et Camberwell Now, Abstract Concrete rassemble plusieurs musiciens londoniens issus des courants underground et expérimentaux européens. La formation annonce d’autres informations prochainement.

Roky Erickson

Réédition finale de « The evil one » de Roky Erickson And The Aliens

Fire Records sortira la version définitive de « The Evil One » de Roky Erickson And The Aliens le 30 octobre, 45 ans après sa sortie initiale.

Pour la première fois depuis 1981, cette réédition reprend la pochette originale de l’édition du label 415 Records de San Francisco. Ce double long playing de 15 titres est gravé en 45 tours, pour une profondeur et une clarté sonore maximales.

L’histoire derrière la création de « The Evil One » est sombre. Les 13th Floor Elevators commençaient à se faire remarquer, au Texas et au-delà, grâce à leur single captivant « You’re Gonna Miss Me », mais leur consommation ouverte de drogues psychédéliques leur valait également une attention indésirable de la part des autorités. Après avoir été trouvé en possession de marijuana, Erickson a plaidé ‘non coupable pour cause d’aliénation mentale’ afin d’éviter la prison et a été envoyé à l’hôpital psychiatrique de Rusk, réservé aux criminels aliénés. Au cours de ses trois ans et demi passés à Rusk, il a formé un groupe et a donné forme aux premières versions des morceaux qui figureraient plus tard sur « The Evil One ».

À sa sortie en 1974, son séjour à l’hôpital devient une puissante source d’inspiration. Il forme Roky Erickson And The Aliens et commence à écrire sur les zombies, les démons, les vampires et d’autres sujets du même genre. S’éloignant du blues garage psychédélique des Elevators, Erickson And The Aliens créent alors un son rock plus incisif.

« The Evil One » a été enregistré en 1978 et 1979 sous la houlette du producteur Stu Cook, surtout connu pour être le bassiste de Creedence Clearwater Revival. Ces sessions ont donné naissance à 15 plages, désormais réunis dans cette version définitive chez Fire Records. Les éditions britanniques et américaines précédentes, parues respectivement en 1980 et 1981, proposaient chacune une sélection différente de 10 pistes.

Roky Erickson And The Aliens se sont fait connaître pour leur son féroce, caractérisé par des riffs déchiquetés et distordus, des mélodies merveilleusement étranges et une section rythmique entraînante. Au cœur de tout cela se trouvaient la voix et les paroles incomparables de Roky, brutes et tout à fait singulières, qui conféraient à la musique du groupe un caractère sans équivalent dans le paysage rock de l’époque. Les morceaux de « The Evil One » ont fait l’objet de nombreuses reprises et le groupe a exercé depuis une influence indéniable sur de nombreux artistes.

Dans cette nouvelle édition, les formats CD et vinyle contiennent tous deux des photos et des images rares issues des archives de Craig Luckin, alors manager de Roky et producteur exécutif des sessions d’enregistrement de l’opus.

Joe Nick Patoski, journaliste musical d’Austin, a assisté à une session d’enregistrement de « The Evil One » en 1979 et a rédigé l’essai sur l’elpee figurant dans les livrets du vinyle et du CD. Dans ses notes de pochette, Patoski déclare : ‘Roky a été décrit de toutes sortes de façons, allant du « Salvador Dalí du rock » et de la « figure culte ultime du rock » au « véritable Led Zeppelin » et au « Van Morrison martien’. De nombreux musiciens, dont Tom Verlaine, Patti Smith et Pere Ubu, l’ont cité comme une influence majeure dans leur carrière. Et, à tout le moins, il est considéré comme ‘le patriarche du rock post-Beatles au Texas’.

« Two Headed Dog » est en écoute ici

 

Yebba

La grâce, la fièvre et une voix qui n’a pas besoin d’artifices

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Pour sa toute première apparition en Belgique, Yebba a choisi l'écrin idéal. Pas une arène démesurée ni une production transformant la musique en spectacle pyrotechnique : simplement la Grande Salle de l'Ancienne Belgique, pleine à craquer, pour remettre l'essentiel au cœur du spectacle. À savoir les chansons, les musiciens et surtout cette voix devenue en quelques années l'une des plus reconnaissables de la soul contemporaine. La tournée accompagne « Jean », deuxième album de l'Américaine après « Dawn » en 2021, un disque où elle poursuit son exploration du deuil, de l'amour, de la colère et de la guérison tout en revenant sans cesse à ses racines gospel. Astyn Turr constitue une introduction particulièrement cohérente, tandis que Yebba aura confirmé pourquoi tant de musiciens — de Mark Ronson à PJ Morton, Drake, Sam Smith ou Ed Sheeran — ont désiré s'associer à elle. Ses racines gospel sont toujours là, mais elles nourrissent aujourd'hui une musique beaucoup plus vaste, où folk, R&B, soul et jazz s'enchevêtrent dans une étonnante fluidité.

En première partie : seule sur les planches, Astyn Turr a pour mission de plonger doucement l'AB dans cette atmosphère. Et « supporting act » paraît presque réducteur tant l'artiste occupe une place particulière dans l'univers de cette tournée. Optant pour une formule volontairement dépouillée, centrée sur la guitare et la voix, Astyn privilégie la proximité à la démonstration. Pas besoin d'empiler les arrangements : son timbre, ses inflexions soul et son jeu tout en nuances suffisent à installer le silence et l'attention. Sur le Jean Tour, elle assure d'ailleurs plusieurs rôles puisqu'on la retrouve également aux chœurs et à la guitare auprès de Yebba. Un luxe pour une artiste présentée quelques minutes auparavant comme simple invitée (page ‘Artistes’ ici’). 

Place à Yebba. Connaissant la réputation vocale d'Abigail Elizabeth Smith, difficile de ne pas guetter le moment où la chanteuse va littéralement pulvériser les murs. Pourtant, sa force réside précisément dans sa capacité à ne pas chercher constamment l'effet. Elle peut monter très haut, multiplier les inflexions, casser une phrase, suspendre une note ou libérer toute la puissance du gospel, mais la technique reste presque toujours au service de l'émotion. Le concert démarre par « Far Away », immédiatement suivi de « Boomerang ». Deux titres qui permettent à la formation de trouver ses marques et à la voix de Yebba de prendre progressivement possession de la salle. La musique navigue librement entre soul, R&B, gospel et jazz sans jamais donner l'impression de cocher des cases. Chez Yebba, les genres ne sont pas juxtaposés : ils semblent avoir toujours vécu ensemble. Sur « Stand », l'intensité grimpe encore d'un cran. À Bruxelles, le morceau se clôt par des éléments de « Crazy » de Gnarls Barkley, clin d'œil parfaitement intégré plutôt que reprise plaquée artificiellement sur la setlist. « Louie Bag » ramène ensuite une pulsation plus lourde, plus terrienne, avant que « Distance » ne joue précisément sur ce qui fait toute la singularité de Yebba : cette manière de laisser une chanson immense devenir soudain quelque chose de totalement intime. Derrière elle, les musiciens ne sont jamais de simples accompagnateurs. Batterie, basse, claviers et voix constituent une véritable matière vivante dans laquelle Yebba peut se glisser ou contre laquelle elle peut venir se frotter. Et puis arrive « Yellow Eyes », l'un des titres emblématiques de « Jean ». Ce morceau résume parfaitement la nouvelle période de la chanteuse : moins soucieuse de prouver qu'elle possède une voix exceptionnelle que d'explorer tout ce qu'elle peut en raconter. « Jean », dédié à sa grand-mère disparue, est justement présenté comme un opus de reconstruction et de réappropriation personnelle. La seconde moitié du concert devient alors beaucoup plus intérieure. « Seven Years » mène à l'incontournable « Yebba's Heartbreak », miniature devenue gigantesque depuis son apparition sur « Certified Lover Boy » de Drake. Yebba excelle dans ces moments où le temps paraît ralentir : quelques accords, des respirations et une interprétation qui évite soigneusement le piège du concours vocal. « Forgiveness » prolonge cette veine avant que « Delicate Roots » puis « Of Course » réintroduisent davantage de mouvement. La formation peut alors se montrer plus musclée et Yebba rappeler que derrière la chanteuse introspective se cache aussi une formidable interprète de soul, capable de transformer les moindres changements de dynamique en tension dramatique. La dernière ligne droite ne relâche plus vraiment la pression. « Aggressive » tient toutes les promesses de son titre et met en exergue la face plus tranchante de son répertoire, avant que « Earth, Wind & California » ne ramène une lumière beaucoup plus chaleureuse. Et pour refermer la soirée : « Evergreen ».

Impossible de choisir beaucoup mieux. L'un des titres qui ont contribué à installer Yebba comme une chanteuse à part devient ici une sorte de retour à l'essentiel. Pas besoin de final interminable ou d'effets spectaculaires. Après environ soixante-dix minutes de musique, la voix suffit. La setlist bruxelloise aura finalement compté quatorze titres : Far Away, Boomerang, Stand, Louie Bag, Distance, Yellow Eyes, Seven Years, Yebba's Heartbreak, Forgiveness, Delicate Roots, Of Course, Aggressive, Earth, Wind & California et Evergreen. Une chanteuse, mais surtout une musicienne. Ce premier rendez-vous belge laisse surtout apparaître quelque chose que les vidéos virales et les collaborations prestigieuses peuvent parfois occulter : Yebba n'est pas simplement « une grande voix ». La réduire à ses capacités vocales reviendrait même à manquer l'essentiel. C'est une musicienne qui écoute constamment ce qui se passe autour d'elle, joue avec sa formation, déplace les accents et préfère parfois retenir une note plutôt que de l'envoyer au plafond. Le concert est relativement court — environ 1 h 10 contre les 90 minutes initialement prévues par l'organisation — mais cette concentration correspond finalement assez bien à son univers : pas de grand discours, peu de remplissage et une musique qui cherche davantage l'intimité que la démonstration. Yebba n'est donc pas venue à Bruxelles pour donner une leçon de chant. Elle est venue raconter des chansons. Et lorsqu'on possède une voix pareille, c'est finalement encore beaucoup plus impressionnant. Une première belge intense et dépouillée, portée par une formation remarquable et une Yebba beaucoup plus intéressante lorsqu'elle laisse parler la musicienne derrière la virtuose.

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

The Waterboys

The Waterboys et Steve Earle : Fisherman’s Blues en eaux vives

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The Waterboys – Fisherman’s Blues Revue feat. Steve Earle

Certaines tournées anniversaire se bornent à exhumer un disque culte, à en suivre docilement l’ordre des titres et à miser sur la nostalgie. Mike Scott n’a jamais vraiment appartenu à cette catégorie. Pour cette ‘Fisherman’s Blues Revue’, The Waterboys emprunte donc une autre voie : retrouver non seulement les chansons, mais l’esprit d’une période où folk irlandais, rock, country, soul et poésie se mêlaient sans solliciter l’aval de quiconque. Aucune première partie n’est prévue au programme. La file, impressionnante, s’étire jusqu’aux abords de la Bourse. Votre serviteur triche un peu et se glisse vers l’entrée en trentième position afin d’obtenir une place assise à l’étage. Pour rendre l’aventure plus savoureuse encore, Scott a convié un compagnon de route idéal : Steve Earle, figure majeure de l’Americana, qui ne se contente pas d’interpréter trois chansons avant de disparaître. Il rejoint pleinement la troupe, à la guitare et à la mandoline. Le concept revendique d’ailleurs l’esprit de la Rolling Thunder Revue de Bob Dylan : des musiciens qui entrent, sortent, échangent leurs répertoires et transforment le concert en vaste hootenanny électrique.

À Bruxelles, le terme « vaste » n’a rien d’abusif : près de trois heures de musique, de 19 h 30 à 22 h 25, pour vingt-sept morceaux. De la Big Music avant le retour vers l’Irlande. L’ouverture par « Don’t Bang The Drum » tient presque lieu de manifeste. Avant de plonger dans les brumes celtiques de Fisherman’s Blues, Mike Scott rappelle d’abord ce qu’incarnaient les Waterboys du milieu des années 80 : une formation capable de bâtir un rock ample, romantique, fervent, sans basculer dans le pompeux. « Glastonbury Song », « How Long Will I Love You ? », puis surtout « A Girl Called Johnny », prolongent ce retour en arrière. Cette dernière précède d’ailleurs la présentation des musiciens, comme si Scott voulait souligner que cette Revue repose autant sur ceux qui l’entourent que sur sa propre présence. Le plateau impressionne : Steve Wickham au violon, Brother Paul aux claviers, Famous James au piano, Aongus Ralston à la basse, Eamon Ferris à la batterie et Roar Øien à la lap steel, avant même l’arrivée de Steve Earle (Page ‘Artistes’ ici).

Ce sextuor élargi a été pensé pour retrouver la liberté instrumentale des années Fisherman’s Blues. Puis surgit « The Whole Of The Moon ». Impossible pour Scott d’écarter l’un des sommets de son catalogue, mais la soirée ne s’articule finalement pas autour de ce classique. Très vite, le concert quitte le territoire des « tubes » pour chercher une matière plus organique. Par « We Will Not Be Lovers » et « Medicine Bow », les Waterboys renouent avec cette tension qui a toujours rendu leur musique difficile à enfermer dans une simple case folk-rock. Et lorsque résonnent « The Raggle Taggle Gypsy », « Sweet Thing / Blackbird », « Strange Boat » ou l’instrumental « Dunford’s Fancy », nous revoilà dans cette zone musicale singulière où Van Morrison croise les pubs de Galway, où Dylan rencontre la tradition irlandaise et où un violon peut occuper autant d’espace qu’une guitare électrique. La présence de Steve Wickham demeure essentielle. Il reste l’un des principaux liens vivants avec cette époque et son violon constitue depuis toujours l’une des signatures émotionnelles du Fisherman’s Blues des Waterboys. La première partie s’achève magnifiquement par « The Stolen Child », adaptation du poème de W.B. Yeats : un moment suspendu rappelant que, chez Mike Scott, littérature et mysticisme n’ont jamais servi de simples ornements.

Après un entracte de vingt minutes, Steve Earle entre dans la danse pour la seconde partie du set, et la soirée change aussitôt de couleur. Plutôt que de lui ménager une simple parenthèse acoustique, les Waterboys plongent directement dans son univers par « Copperhead Road ». Un sacré choix pour relancer les hostilités.

La rencontre fonctionne précisément parce que ces deux mondes partagent beaucoup plus de points communs qu’il n’y paraît. Scott vient du rock britannique nourri de folk irlandais ; Earle de la country, du folk américain et du roots-rock. Tous deux cultivent pourtant la même fascination pour Dylan, les chansons traditionnelles et cette conviction qu’un morceau doit pouvoir tenir sur quelques accords, pourvu qu’il raconte une histoire.

« Guitar Town », « My Old Friend the Blues » et « I Ain’t Ever Satisfied » transforment alors momentanément l’Ancienne Belgique en saloon imaginaire. « Volver A Celaya » ajoute une autre nuance à cette revue qui refuse décidément les frontières musicales. C’est ici que le concept prend tout son sens : il ne s’agit plus vraiment de « The Waterboys en compagnie de Steve Earle », mais d’une bande de musiciens puisant simultanément dans deux répertoires. Même « Dead Flowers » des Rolling Stones trouve naturellement sa place entre « When Ye Go Away », « When Will We Be Married ? », « Come Back To Galway » et « Has Anybody Here Seen Hank ? ».

Country, folk irlandais, rock’n’roll : à ce stade, inutile de chercher où commence l’un et où s’achève l’autre. Parmi les titres qui résument le mieux l’entreprise, « And a Bang On The Ear » occupe forcément une place particulière. Lors du lancement de cette Fisherman’s Blues Revue à Glasgow quelques jours plus tôt, Steve Earle avait déjà pris part à une version réinventée du morceau, enrichie de paroles personnelles intégrées au récit de Scott. La presse britannique a souligné combien cette collaboration donnait un nouvel élan au répertoire au lieu de se contenter de le reproduire. C’est probablement la grande réussite de cette tournée : le passé irrigue chaque instant, sans jamais se figer en pièce de musée. Reste encore le rappel. Steve Earle l’ouvre par « The Galway Girl », morceau si compatible avec l’univers des Waterboys qu’on pourrait presque oublier qu’il ne leur appartient pas. Arrive enfin « Fisherman’s Blues ». Nul besoin de le placer au début du spectacle ni d’en faire l’unique raison d’être de la soirée.

Plutôt que de conclure par un dernier tube des Waterboys, tous se rassemblent autour du traditionnel « Will The Circle Be Unbroken ? ». Pendant 2 h 55, l’Ancienne Belgique aura vu se croiser Écosse, Irlande et Amérique, poésie et rock’n’roll, mandoline, violon, piano et lap steel guitar.

En conclusion : une soirée généreuse, parfois presque excessive par sa durée, mais dont l’ampleur participe pleinement au plaisir ressenti ; moins une commémoration de Fisherman’s Blues qu’une célébration vivante de tout ce qui l’a rendu possible.

(Organisation : Greenhouse Talent)

Boogie Beasts

Le blues de Burnside rallumé au fuzz par les Boogie Beasts

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Boogie Beasts feat. Kenny Brown

Il y a des soirs où le Zik-Zak évoque moins une salle de concert du Brabant wallon qu’un vieux juke joint égaré au cœur du Mississippi. Samedi 29 août, quelques mesures ont suffi aux Boogie Beasts pour faire voyager Ittre de l’autre côté de l’Atlantique. Pour cette soirée particulière, le quatuor belge avait convié un invité de premier plan : Kenny Brown, ancien compagnon de route et guitariste de R.L. Burnside. Le contexte donnait forcément une couleur singulière au concert. En 2026, les Boogie Beasts célèbrent leurs quinze ans d’existence ainsi que le centenaire de la naissance de R.L. Burnside, auquel ils viennent de consacrer le long playing « Don’t Be So Mean ! ». Sorti en avril, ce disque rassemble onze morceaux issus de l’univers du maître du North Mississippi Hill Country Blues, entourés notamment de Duwayne Burnside, Luther Dickinson, G. Love, Pablo van de Poel, Cedric Maes et, justement, Kenny Brown parmi les invités.

Smokin’! ouvre la soirée à 19h30 par son « Hot Heavy Blues » alternatif, croisant stoner désertique, rock massif et tension maîtrisée. Avant l’arrivée des fauves, la formation aux racines belgo-britanniques allume la première mèche et remplit parfaitement son rôle : hausser progressivement la température et préparer les oreilles à la suite. Le Zik-Zak saluera d’ailleurs une première partie qui a lancé les hostilités de belle manière. On pourrait presque parler d’un cinquième membre en la personne de l’ingénieur du son Olivier Delescaille, qui a retravaillé les morceaux de Smokin’! pour leur version live et confirme une solide maîtrise de son domaine (Page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « Coming Up », Grace », « Bones », « Home Town », « Blues Bell », Grave Diggetz », « Time ».

Puis arrivent les Boogie Beasts. Inutile, chez eux, de chercher un blues lisse, repassé et rangé dans sa boîte. Chez les Belges, le genre garde les chaussures couvertes de boue. Jan Jaspers et Patrick Louis font rugir leurs guitares, Fabian Bennardo lacère l’air à l’harmonica, tandis que Gert Servaes martèle derrière ses fûts un rythme primitif, répétitif, presque tribal. La formule paraît élémentaire sur le papier ; sur les planches, elle devient redoutable.

Le Hill Country Blues repose précisément sur cette idée : moins raconter une histoire harmonique que provoquer une transe. Un riff tourne, la batterie s’y arrime, l’harmonica vient tailler dans l’ensemble, puis tout recommence jusqu’à ce que le morceau semble perdre toute notion de début ou de fin. Les Boogie Beasts comprennent parfaitement cette mécanique, mais refusent d’en livrer une reconstitution historique. Ici, Burnside traverse le garage rock, le fuzz et une brutalité contemporaine qui évoque parfois davantage une cave surchauffée qu’un club de blues traditionnel. Kenny Brown page ‘Artistes' là)

, bras droit historique de R.L. Burnside, ancre cette filiation. Les titres de « Don’t Be So Mean ! » forment évidemment le cœur de cet univers. « Jumper On The Line », « Going Down South », « Skinny Woman », « Shake ’Em On Down », « Poor Black Mattie » ou encore « Snake Drive » possèdent cette même matière : quelques accords, un groove obsédant et l’impression que le morceau pourrait tourner vingt minutes sans perdre en tension. Sur disque déjà, le quatuor ne se contente pas de reproduire Burnside : il passe son répertoire dans une broyeuse où se mêlent blues, garage et psychédélisme. Ce soir, une présence modifie toutefois l’équilibre. Lorsque Kenny Brown rejoint les Belges, la soirée gagne en profondeur. Pas le simple « guest » venu poser quelques notes avant de disparaître : Brown établit un véritable pont vers l’histoire célébrée. Compagnon de route de R.L. Burnside durant des décennies, également associé à Junior Kimbrough, le guitariste connaît cette musique de l’intérieur. À ses côtés, les Boogie Beasts n’ont pourtant rien d’élèves intimidés. La rencontre fonctionne parce qu’aucune génération ne cherche à s’effacer devant l’autre. Brown apporte une guitare slide rugueuse, terrienne, jamais démonstrative par réflexe. Les Beasts lui opposent leur mur de fuzz et leur énergie garage. Deux époques dialoguent sans donner l’impression de visiter un musée du blues. C’est là que réside l’une des grandes réussites de cette soirée. Rendre hommage à R.L. Burnside aurait pu conduire à une révérence un peu scolaire. Les Boogie Beasts choisissent l’inverse : saisir cette musique, la salir encore et la remettre en mouvement. Une démarche fidèle à l’esprit de « Don’t Be So Mean ! », où Kenny Brown participe aux versions de « Skinny Woman » et « Snake Drive ».

Quand la formation accélère, le Zik-Zak paraît vite trop étroit pour contenir le groove. Les riffs tournent en boucle, Servaes cogne dans une économie de moyens qui décuple la puissance, Bennardo fait hurler son harmonica et les guitares se répondent entre saturation et slide. Nul besoin d’effets spectaculaires : un ampli, un riff, du rythme, et la mécanique s’enclenche. Le blues demeure ici une musique vivante. C’est aussi ce qui distingue les Boogie Beasts de nombre de formations blues-rock. Le quatuor ne cherche pas le grand solo héroïque ni la démonstration technique permanente. Son moteur se situe plus bas : dans le ventre. Un morceau doit d’abord groover avant de briller. Une guitare peut grincer, une note déraper, un harmonica hurler. Cette imperfection assumée donne au concert son impact physique. On retrouve quelque chose de John Lee Hooker, du blues hypnotique de Burnside et de Junior Kimbrough, mais aussi cette intuition partagée par des combos comme The Black Keys : entre blues primitif et garage rock, la frontière reste très mince.

Au Zik-Zak, cette musique trouve un terrain particulièrement favorable. La proximité entre le podium et l’auditoire abolit presque toute distance. Impossible d’observer poliment un band de blues depuis le fond de la salle : dès que le riff démarre, chacun se retrouve happé par la même machine. Le concert se transforme peu à peu en longue cérémonie électrique, où les morceaux semblent s’enchaîner davantage par leur pulsation que par une logique de démonstration.

Lorsque la dernière décharge retombe, il reste l’impression d’avoir assisté à bien plus qu’un simple hommage. Burnside n’est plus là, mais son blues respire encore. Les Boogie Beasts auraient pu regarder dans le rétroviseur ; ils préfèrent appuyer sur l’accélérateur. Aux côtés de Kenny Brown, le quatuor belge rappelle d’où vient cette musique tout en prouvant qu’elle peut encore sonner dangereuse, charnelle et actuelle en 2026. Pas de vernis vintage inutile, pas de leçon d’histoire interminable : des guitares crades, une batterie obstinée, un harmonica possédé et ce groove du Mississippi capable de transformer une salle d’Ittre en juke joint pendant quelques heures. Pour ses quinze ans, Boogie Beasts pouvait difficilement trouver meilleur compagnon de fête qu’un musicien ayant vécu cette histoire auprès de R.L. Burnside. Et pour le Zik-Zak, la rentrée commence dans le fuzz, la sueur et le boogie.

En résumé : un hommage qui regarde Burnside droit dans les yeux plutôt que de s’incliner devant sa légende.

Pour l’anecdote, lorsque le guitariste de Smokin’! est retourné en loge ranger ses guitares, Kenny Brown

effectuait des pompes, preuve d’une discipline qui l’aide à rester en forme.

Setlist : « Jumper On The Line », « Alice Mae », « Poor Black Mattie », « France Chance », « Peaches », « Fireman Ring The Bell », « Shake ‘Em On Down », Walking Blues », « Skinny Woman », « Shake Your Moneymaker », « Going Down South », « Blues #2 », « Snake Drive », « Big Mama’s Door ».

Rappel : « Nobody But You », « You Don’t Love Me »

(Organisation : Rock Nation et Zik-Zak)

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