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Madame Robert

C’est pas Blanche-Neige ni Cendrillon

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Six ans après avoir publié son dernier album, « Comme De Niro », Madame Robert nous propose son second, « C’est pas Blanche-Neige ni Cendrillon » qui, on peut l’affirmer, sent le groove à plein nez !

Madame Robert aurait pu être le fraté ou le blaze (argot) d’une maison close à Pigalle, au cours de 50’s. Ou bien votre voisine d’appartement, peu aimable, qui vit avec ses 3 matous angoras ou encore celui d’un vieux professeur de math un peu retorse. « Madame Robert », c’est également une chanson de Nino Ferrer.

Madame Robert c’est encore le patronyme d’un groupe musical tout droit sorti d’un jukebox de ce troquet de quartier. Madame Robert, cette créature amicale, toute en rondeurs et en sourires aguicheurs, toujours accueillante derrière son bar et prête à en découdre à la première parole déplacée. Elle est la confidente des pochetrons et le soutien moral des estropiés du bonheur. Il était temps que quelqu’un rende hommage à cette héroïne du quotidien.

Le band est drivé par un fervent adepte d’un rock musclé, en l’occurrence le chanteur Reuno (Lofofora, Mudweiser). Il implique aussi le bassiste Stef Zen (ex-Parabellum, il milite toujours au sein du Harvest Blues Band), le sixcordiste Julien Mutis (Harvest Blues Band, lui aussi), la claviériste Léa Worms (elle accompagne généralement les chanteuses Gaëlle Buswel et Nina Attal) ainsi que le drummer Fabien Rault (Little Odetta). Bref un quintet parisien, formé en 2016, dont la musique agrège rock’n’roll, rhythm’n’blues, soul, chanson française et bonne humeur.  

Baptisée « Chez Madame Robert », la plage d’ouverture démarre sur les chapeaux de roues. Dans son troquet ou son pochtron, on est bien accueilli, à condition de laisser son cafard sous le paillasson. « Parisien » cultive l’autodérision et le second degré. C’est à l’image du combo : fun, décalé et sans prise de tête. Un rock nerveux, rétro, bien emballé et qui nous fait chaud aux mirettes. Reuno a souvent eu recours, dans ses projets parallèles, à sa voix de crooner, mais alors sans se frotter au rock métallique. Son timbre chaud à la Gainsbourg période sixties en est la plus belle démonstration sur « Presley ». Si « A Ciel Ouvert » lorgne vers la soul, « La fille du Dr Jekyll » véhicule des accents funky voire disco. Très 80’s, certainement ! « Toutarien » et « L’effet Pervers » sortent des sentiers battus pour emprunter ceux des Beatles. Stef est vraiment impérial sur ses quatre cordes, tout au long d’« Irresponsable » et de « Les Dancefloors ». Le long playing s’achève par « Le Dimanche », une compo toute en subtilités. Et la production est nickel !

En espérant que le groupe se produise bientôt, près de chez vous…

Robbie Robertson

Décès de Robbie Robertson, ex-guitariste de Bob Dylan et fondateur de The Band

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Robbie Robertson est décédé à l’âge de 80 ans. Avec sa disparition, il ne subsiste plus que le seul Garth Hudson (NDR : c’était le claviériste), comme musicien survivant du mythique The Band.

Au début des années 1960, The Band était un groupe de soutien à la star de rockabilly, Ronnie Hawkins. À l’origine, le groupe s’appelait les Hawks (NDR : il avait aussi répondu au nom de Crackers et de Canadian Squires), avant d’adopter le patronyme The Band, parce que c’est ainsi que les spectateurs le désignaient quand il servait de backing group pour Bob Dylan.

En 1965, Robbie Robertson et Levon Helm, deux membres des Hawks, avaient déjà participé à l’enregistrement de l’album « Blonde on Blonde » de Robert Zimmerman.

C’est lors de la tournée mondiale 65-66, que le Zim avait engagé la formation pour partir en tournée. Peu de temps auparavant, il avait décidé de délaisser la guitare acoustique pour embrasser un style plus électrique, plus rock, au grand dam des puristes folk.

En 1966, Dylan est victime d’un grave accident de moto. Il s’enferme en compagnie des membres du band (c’est le cas de le dire) dans une vieille maison peinte en rose près de Woodstock, à New York, et ensemble ils enregistrent des tas de démos qui donneront naissance, en 1968, à l’album « Music from Big Pink ». Et de ces sessions, naîtra également ces fameuses « Basement Tapes », considérées comme une source majeure de la musique Americana et roots. D’abord parues sous forme de bootleg, Columbia les sortira officiellement en 1975.

Robertson a écrit les morceaux les plus connus de The Band, tels que « The Weight », « The Night They Drove Ol' Dixie Down » et « Up On Cripple Creek ».

Le groupe a aussi participé au mythique festival de Woodstock en 1969.

Le concert d'adieu de The Band à San Francisco en 1976 a été immortalisé deux ans plus tard par un documentaire du cinéaste Martin Scorsese, ‘The Last Waltz’, film qui a ouvert la voie aux longs métrages sur le rock. Robertson est alors devenu un proche de Martin Scorsese, qui l'a engagé comme musicien, notamment pour ses films Casino’ et ‘Gangs of New York’.

Le guitariste n'est plus reparti en tournée mais il a sorti ensuite de nombreux elpees en solo.

The Band et Robertson se sont séparés au début des années 1980, ce dernier poursuivant une longue carrière en tant qu’artiste solo et compositeur de bandes originales.

Robbie Robertson était né 5 juillet 1943 à Toronto. Sa mère était amérindienne, Mohawk plus précédemment. Il est mort ce mercredi 9 août 2023, entouré de sa famille à Los Angeles après une longue maladie.

RIP

 

Roberto Zanetti

Mother Afrika

Écrit par

« Mother Afrika », c’est le titre du nouvel et 7ème album de Roberto Zanetti et les mots manquent pour le décrire. Peut-être est-il d’ailleurs préférable de ne pas trop lire d’articles concernant cette sortie ou de ne pas trop connaître l'intention du compositeur pour apprécier ce disque. Effectivement, à première écoute, on part à la recherche de l'Afrique dans tous les recoins des morceaux, avant d’essayer de réfléchir à définir le type de jazz auquel on est confronté. Et après avoir tellement cogité, on se rend compte qu’on passe à côté de l’essentiel. Mieux vaut alors tout oublier et appuyer de nouveau sur la touche ‘play’ ; et on en conclut qu’on a bien fait !

Cet LP est agréable à écouter partout, tout le temps, et il peut s'adapter à toutes les oreilles, adeptes ou non de jazz. « Katherine Johnson » nous est resté dans la tête et on y revient sans se lasser. C'est peut-être là que nous avons préféré Roberto Zanetti au piano, sans oublier son solo d'improvisation sur « Avalon Blues ».

L'artiste est soutenu par d’excellents musiciens : Valerio Pontrandolfo au saxophone, Luca Pisani à la contrebasse et Massimo Chiarella à la batterie. Le saxophoniste joue délicatement sur les nuances tout au long de « Ballad for Afrika ». Dommage que les interventions chaleureuses, rondes et rebondissantes de la contrebasse ne soient pas plus présentes ! En outre, elles auraient pu être davantage mise en exergue et les solos, plus longs. Des traces de gospel et de blues parsèment, pour notre plus grand plaisir, les pistes de ce long playing. A contrario, les sonorités africaines ne sautent pas aux oreilles, malgré le titre de l’opus. Ou alors parfois, elles transparaissent lors des solos improvisés du drummer. Il s’agit peut-être aussi d’un manque de culture, acquis qui permettraient de situer ce ‘conte d'histoire afro-américaine’, à travers l'elpee. Cependant, « Mother Afrika » reste un album plaisant à écouter, car il navigue loin des performances démonstratives souvent redoutées dans l’univers du jazz. Fluides, les morceaux s’enchaînent naturellement et finalement incitent à réécouter l’intégralité de l’elpee, avec une joyeuse naïveté. 

Roberto Zanetti Quartet


 

Robert Jon & The Wreck

Last light on the highway

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Robert Jon & The Wreck est une formation née en 2011, à Orange County, au sud de Los Angeles. Un quintet qui implique le gratteur Henry James Schneekluth, le claviériste Steve Maggiora, le bassiste Warren Murrel, le batteur Andrew Espantman et bien sûr, le chanteur/guitariste Jon Burrison. Son premier elpee "Fire started", remonte à 2011. Depuis, il publie un nouvel album, chaque année. Et son, dernier, "Take me higher", était paru en 2019. Surprenant et sans concession, son style baigne dans le southern rock (rock sudiste), même si manifestement, le band n’hésite pas à s’enfoncer dans le psychédélisme… 

Belle entrée en matière, "Oh miss Carolina" lorgne vers la country. Une ballade southern rock séduisante, dominée par la voix rocailleuse de Jon. Caractérisée par un brillant envol sur les cordes, opéré par le soliste, la plage baigne au sein d’un climat réminiscent de la quintessence des Eagles. Blues cuivré, "Work it out" met une nouvelle fois bien en exergue les qualités vocales du leader, pour la circonstance, soutenu par des voix féminines. Rythmée, directe et efficace, "Can't stand it" conjugue les cordes des deux guitares. Les deux solistes en remettent une couche tout au long du remuant "Do you remember", un country rock très bien ficelé qui rappelle notamment The Marshall Tucker Band ainsi que les Outlaws, mais surtout impressionne par son homogénéité. Impeccablement tapissé par l’orgue "Tired of drinking alone" est un excellent southern au cours duquel la slide métallique se libère. Audacieux, "Don't let me go" est amorcé par les cordes aventureuse d’Henry James, alors que les riffs rythmiques ‘rollingstoniens’ nous plongent au cœur d'une atmosphère ravageuse. Mais la sortie royale opérée par la slide nous embarque alors dans un trip psychédélique. Les interventions du gratteur sont particulièrement créatives. Et il le démontre une nouvelle fois sur "One last time", un southern country blues mélodique et délicat, malgré des accents métalliques. Puis "Gold". La voix de Jon et puissante sur cette ballade indolente introduite au piano, alors que les cordes sont chargées de feeling. Le titre maître bénéficie de deux versions. La première est amorcée par des cordes acoustiques. Une ballade que chante Jon, tout en douceur. La seconde est plus longue et chiadée. L’atmosphère est bien plus dramatique et invite cordes électriques et piano. Progressivement le tempo évolue vers le soul rock boogie, d’où émerge la voix, comme chez les Doobie Brothers. Superbe !

Matana Roberts

Coin Coin Chapter Four Memphis

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Il y a une dizaine d’années, la jazzwoman Matana Roberts s’est lancée dans un projet particulier qui lui tenait à cœur. Elle l’avait baptisé Coin Coin Project. A travers les douze chapitres annoncés, la native de Chicago revient sur l’histoire sombre de l’esclavage aux Etats-Unis en utilisant l’outil qu’elle maîtrise le mieux : le saxophone. Sur les treize morceaux de « Coin Coin Chapter Four : Memphis », elle relate les mémoires d’une jeune femme dont les parents ont été assassinés par le Klux Klux Klan. Cette histoire se déroule à Memphis, lieu de naissance de sa grand-mère. Comme sur les précédents chapitres, elle a invité des collaborateurs pour apporter davantage de substance à l’ensemble. Si auparavant on a déjà eu l’opportunité de croiser des musiciens du label Constellation (qui sort l’album) ou encore Prefuse 73, pour cet opus, elle convie un autre habitué du label montréalais, Sam Shalabi (que l’on a récemment croisé au sein de Land of Kush). Sur ce quatrième LP, Matana Roberts réalise un cocktail entre free jazz déstructuré et folk spirituel. Alternant passages plus ambiants sur lesquels viennent se poser une voix et d’autres qui laissent place aux impros dont elle a le secret. Et il fallait s’en douter, le gospel a également voix au chapitre sur cet opus...

Attention, si vous n’êtes pas réceptifs au free-jazz (NDR : ce qui est le cas de votre serviteur), l’écoute de ce disque risque de vous donner du fil à retordre ; mais au fil du temps, pourrait vous réserver quelques moments de satisfaction.

Robert Forster

Inferno

Écrit par

« Inferno » constitue le septième elpee solo de Robert Forster, un disque enregistré à Berlin, alors que les sessions du précédent, « Songs to play », s’étaient déroulées près de chez lui, du côté de Brisbane, en Australie.

Quand on parle de Robert Forster, on ne peut s’empêcher de penser aux Go-Betweens, un groupe mythique qui a mis un terme à son aventure, suite au décès du coleader, Grant McLennan, en 2006. Il est disparu à l’âge de 48 ans, des suites d'une crise cardiaque, dans sa maison à Brisbane. D’ailleurs sur ce nouvel elpee, Robert ravive ce souvenir, à travers « The morning », une chanson au cours de laquelle il exprime le sentiment d’être encore vivant, lors d’une carrière au cours de laquelle de nombreux amis ne sont plus de ce monde…

Entre compos allègres et ballades tendres, Robert reste égal à lui-même. Ses cordes acoustiques, semi-acoustiques, parfois un peu plus électrifiées, sont toujours aussi délicates et limpides. Il nous réserve quelques percus latino sur « Life has turned a page » et son épouse Karin, vient enrichir les backing vocals, à plusieurs reprises. Un album brillant, dramatique, tendre, agréable à l’écoute, parfois bouleversant, mais qui ne révolutionnera certainement pas la planète pop/rock…

Robert Plant

Le plaisir des sens...

Très branché sur la musique orientale, Robert Plant a donc choisi Orange Blossom pour assurer le supporting act d'une partie de sa tournée en France. Une formation cosmopolite établie à Nantes qui pratique une musique résolument tournée vers l'Orient (NDR : l'Egypte en particulier) tout en y incluant des éléments électro et tzigane. Fondée en 1995, son line up actuel date cependant de 2001. Partagé entre un violoniste, un drummer, un percussionniste et une chanteuse, ce quatuor ne se débrouille pas trop mal sur scène. Dans le style, cet ensemble me fait penser à Transglobal Underground, lorsque Natacha Atlas était encore présente au chant ; mais en plus frénétique. Leïla Bounous possède un joli timbre velouté, onctueux, qui sied bien à leur solution sonore d'inspiration tribale. En outre, au cours de son set le groupe parvient à libérer un excellent groove propice à la danse. Evidemment, vu le monde en présence, on voit mal comment le public aurait pu remuer davantage que les doigts de pieds et la tête…

Les lumières faiblissent, la sono joue le remix « Shine it all around » à fond la caisse. Le public scande 'Robert' à tue-tête. Mais il faudra attendre la fin de cette intro pour voir apparaître Plant et son groupe : The Strange Sensation. En l'occurrence Clive Deamer aux drums (ex Portishead), John Baggot à la basse ou à la contrebasse (ex Portishead, ex Massive Attack), Skin à la première guitare (l'ancien guitariste de Cast) et Justin Adams, un musicien qui avait milité dans les groupes de Sinead O'Connor, Jah Wobble ou Wayward Shakes, à la seconde gratte. Le public est déjà très chaud et acclame cette entrée en scène. En ouverture, Plant se la joue blues et semi-acoustique, un titre des plus trompeurs, car la suite sera dominée par un son très rock, même si les influences arabisantes demeureront omniprésentes durant la quasi intégralité du set. Pour le second titre, le bassiste a déjà abandonné son imposant instrument à quatre cordes pour une contrebasse. Au gré des titres proposé, il va ainsi jongler entre ces deux instruments et une guitare électrique, pour répondre au riffeur de service, Justin Adams, un Justin dont les prouesses guitaristiques évoquent parfois un certain Jimmy Page, même si le comparse de Plant possède une réelle personnalité et surtout affiche un jeu absolument fascinant. Plant commence à frapper des mains en invitant le public à le rejoindre : c'est « Freedom fries », une composition davantage contaminée par la world. Et puis, le combo attaque le « Black Dog » du Led Zep, un des titres phares de l'album de « l'homme au fagot de bois ». Bien qu'ayant conservé toutes ses caractéristiques hymniques seventies, cette compo a subi un fameux lifting, particulièrement au niveau de son institutionnel riff de guitare, absolument méconnaissable. A tel point que certains fans ne réalisent pas de suite qu'on est bien en présence d'une version réactualisée et moins féroce d'un classique parmi les classiques. Plant nous parle du Pays de Galles. Une région de l'ouest de l'Angleterre qu'il aime tout particulièrement. C'est d'ailleurs là qu'il avait enregistré « No quarter », en compagnie de Page, en 1994. Pendant ce temps, les deux solistes de service ont empoigné respectivement une sèche et un banjo. L'émotion est particulièrement forte au sein de l'Aéronef bondé, tant l'organe vocal de Plant a conservé toute sa chaleur. Son timbre tant imité mais jamais égalé a à peine subi l'érosion du temps. Certains affirment même que sa voix a encore gagné en maturité. Place ensuite au single « 29 palms ». Le seul extrait de l'album « Fate of nations ». Un single encore régulièrement programmé sur de nombreuses stations radiophoniques, également proposé dans une version totalement remodelée. La play list continue à surprendre, même les fans les plus assidus ! Percussif, hypnotique, « Another tribe » nous donne l'occasion de découvrir l'immense talent et le jeu créatif du drummer charismatique Clive Deamer. Visiblement, Plant ne recrute pas chez les manchots, c'est le moins que l'on puisse écrire. De nouveaux claquements de mains et un tempo espagnol conduisent l'épatant « Four sticks ». Un climat fiévreux enrobe « Tin pan valley », une chanson du dernier album, une compo soutenue par des effets électroniques bouillonnants et balayée d'explosions extatiques. « Gallows pole » est incontestablement un des grands moments du concert. Le public enflammé par cette version très alternative du Led Zep se laisse alors transporter par l'ombre d'un dirigeable incontrôlable, alimenté par les sonorités ambiguës d'un folk psychédélique qui enivre et touche les âmes. Et pour clôturer le set proprement dit, Plant et sa bande reviennent au blues. Un blues au départ intimiste, mais qui graduellement va gagner en intensité.

Le rappel était attendu et il ne s'est pas fait (trop) attendre. Le groupe l'entame par « Shine it all around », un extrait du dernier elpee, « Mighty rearranger ». Cosmique, presque floydien, cette chanson place les claviers à l'avant plan. A cet instant, le light show sobre mais efficace balaie toute la salle. Tout au long de cette plage à la fois planante et énergique, nostalgique quoique résolument moderne, le public est à genoux et n'a d'yeux que pour l'icône vivante qui semble prendre plaisir à lancer des vannes dans la langue de Molière dès qu'une bonne occasion se présente. Il fallait donc une apothéose. Ce sera le final. Un long medley incluant le standard du blues « Hoochie coochie man », une chanson en arabe et l'inévitable « Whole lotta love ». A cet instant, on se rend compte que la rythmique n'a rien perdu de son côté heavy. Au contraire ! Le refrain est scandé par une foule entièrement dévolue à la cause de ce géant du rock'n roll, qui a réussi à se renouveler tout en gardant une totale intégrité et puis à séduire près de quatre générations, sans jamais sombrer dans la facilité ou dans le piège de la médiatisation. Nonobstant son statut, Robert Plant et sa troupe remercient chaleureusement le public de leurs longs applaudissements. Et puis rideau ! Le temps de regarder sa montre, et on se rend compte que le set n'a duré qu'une heure quarante. Un moment de bonheur intense, mais trop bref à notre goût. Ils se produiront à Werchter cet été…

Organisation : France Leduc Production

Jim Roberts

Beneath the Blood Moon

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Chanteur, guitariste et compositeur, Jim Roberts est établi à Los Angeles. C'est un passionné des racines américaines, particulièrement celles issues du sud profond. Il privilégie la slide et les cigar boxes, ces étonnantes guitares dont la caisse de résonance est fabriquée à l’aide de boîtes à cigares. Son backing group, The Resonants, se limite à une section rythmique. Mike Harvey se charge de la batterie. Rick Hollander et Tony Jack Grigsby se relaient à la basse. Jim avait publié son dernier elpee, "Devil dirt road", en 2014, sous le patronyme de Jack Roberts Harvey Band. Ce nouvel opus a été enregistré à L.A., en compagnie de ses Resonants et de quelques invités dont l’ex-Phantom Blues Band, Mike Finnigan.

Le titre maître ouvre l’elpee. Tapissé par l’orgue Hammond de Mike Finnigan, dont les sonorités sont instantanément reconnaissables, ce titre roots est balayé par les interventions de la slide. Une slide que se réserve Grant Cihlar (The Other Mules) sur "Dog done bit my baby". Et elle apporte un soutien décisif à la cigar box tout au long de cette piste imprimée sur un tempo irrésistible, alors que la voix de Jim transpire de vécu. Le meilleur morceau du long playing ! Des bruitages spécifiques évoquent la Louisiane. "Bayou Beau" nous y entraîne. L’intro est à la fois belle, lourde et étouffante, avant que les percus de Mike Harvey n’accélèrent le rythme. Ce qui n’empêche pas la guitare de conserver son sens mélodique. Ballade mélancolique, "May all your regrets be small" s’enfonce encore davantage dans le Sud. L’accordéon de Nathan Rivera y exhale un parfum tex mex. La slide épouse des sonorités de steel guitare. "Gold train blues" entame une phase Southern Blues. La voix est grave et puissante. L’orgue Hammond et la slide s’autorisent un flirt, avant qu’elle ne prenne son envol pour atteindre les cimes. Pour la dernière fois, l'orgue de Finnigan amorce une compo. En l’occurrence "Red lips and high heels". Sudiste et solennelle, elle est rapidement rejointe par la cigar box, avant de virer au boogie, lorsque débarquent les ivoires. "Southern hospitality" opère un retour en Louisiane. Bien balisée par la section rythmique, la slide se révèle omniprésente. De bonne facture, cet opus s’achève par l’élégant "Dark down in the Delta", une plage qui baigne –bien évidemment– dans le delta, et dont la slide et la cigar box libèrent des sonorités qui ne manquent pas de charme. Caractérisé par le traitement de la gratte au bottleneck et les interventions à l’harmonica de Felix Flanagan, "The hell hound's due" adresse un clin d'œil au légendaire Robert Johnson. Roberts vient de tourner en Europe, et notamment à travers l’hexagone, en compagnie du guitariste français Jeff Toto Blues, au sein d’un duo baptisé Dobrothersblues Duo. La paire a également publié un elpee en 2016, "Live in Chambezon".

 

Robert Cray

Robert Cray & Hi Rhythm

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Chanteur de blues, soul et r&b, Robert Cray est un artiste notoire et talentueux. Agé de 64 balais, il a entamé sa carrière en 1980. Pour enregistrer cet opus, il s’est rendu à Memphis, au Royal Studios, où il a bénéficié du concours de son ami Steve Jordan, pour la mise en forme. Steve est un illustre drummer (Stevie Wonder, Blues Brothers) et un célèbre producteur (Bob Dylan, Neil Young, BB King). Pour mettre en boîte cet opus de Memphis soul, Robert a bénéficié de la collaboration de Hi Rhythm, un combo qui implique les frères Charles et Leroy Hodges, respectivement organiste/pianiste et bassiste, ainsi que le claviériste Archie ‘Hubbie’ Turner…

"The same love that made me laugh" est un titre signé Bill Withers. Magique, la voix colle parfaitement à ce morceau de soul. Tout comme les accords de grattes, particulièrement accrocheurs. Il embraie par le funky r&b "You must believe in yourself", épaulé par les Royal Horns ; et sa gratte est véritablement insatiable. Robert reprend "I don't care" et "Honey bad", deux compos de r&b classieux signées Sir Mack Rice (NDR : ce gentleman de la soul a longtemps apporté sa collaboration au label Stax ; et tout particulièrement à des artistes comme Wilson Pickett et Eddie Floyd. Et deux morceaux issus de la plume du Louisianais Tony Joe White, qui rehausse l’adaptation de sa présence. En se réservant la guitare sur le nerveux, ravagé et hypnotique "Don't steal my love". Mais en plus, l’harmonica tout au long de la superbe ballade "Aspen, Colorado". Cray se consacre au micro pour trois de ses compositions. D’abord, "Just how low", un blues parfaitement structuré à l’instrumentation impeccablement huilée. Puis la ballade soul "You had my heart", une plage sentimentale au cours de laquelle les interventions dispensées par Robert à la gratte se révèlent empreintes d’une grande sensibilité. Et puis le tendre "The way we are". Enfin, il exécute, mais en deux parties "I'm with you", un titre écrit en 1960 par le guitariste et principal compositeur du groupe vocal doowop, The 5 Royales…

 

Feu Robertson

Sticky Situations with Troubles

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Difficile de bien cerner la musique de Feu Robertson. Fondée en 2010, cette formation est responsable d’une forme de folk lo-fi déstructurée par des accents psychédéliques (« Burning Hell ») voire noisy, mais également post-rock ; bref, qui évolue bien loin des sentiers battus. « Sticky situations with troubles » constitue le second opus de ce band français. Original et conceptuel, il mérite une attention particulière.

Ouvrant la plaque, « Young Wooly Rhinoceros » évoque le suicide de Wooly tout au long d’une piste qui monte longuement en crescendo avant de se conclure par une chorale d’enfants. Les huit morceaux suivants relatent les avatars du personnage, tout en expliquant son inexorable descente aux enfers. Morose, la musique de Feu Robertson baigne au sein d’un climat mélancolique. Les titres parlent d’eux-mêmes (« Black Blue », « Sunrise Burning »,…) ; et l’artwork n’est pas en reste. Fragile, la voix de Ganashine (NDR : c’est le leader et le songwriter) véhicule parfaitement ces émotions. L’instrumentation est variée (suivant les titres, elle invite accordéon, saxophone, flûte traversière, piano,…) et soutient parfaitement ce chant. Un bémol ? La longueur du long playing : il dure plus d’une heure. Bien sûr, les idées foisonnent, mais au fil du sillon, le mélomane finit par s’essouffler. N’empêche, le deuxième essai de Feu Robertson est parfaitement réussi. Et en somme, c’est une bonne surprise…

 

Ht Roberts

Old Light

Écrit par

Depuis 1997, Ht Roberts publie album sur album, des œuvres sculptées dans un folk intemporel. Et il bonifie avec le temps. Si mes calculs sont exacts, « Old Lights » constitue son 10ème opus. Armé de sa gratte, ce ménestrel est responsable de morceaux au plus près de l’os, caractérisés par des mélodies inaltérables, toujours puissantes, même si 1000 fois entendues, qu’il creuse dans le sillage de figures tutélaires, souvent rabâchées, telles que Bob Dylan ou Willie Nelson. La voix d’Herman Temmerman (le ‘Ht’) rappelle celle de Sam Beam (Iron & Wine). Une voix qu’il accompagne de quelques accords de sèche, mais surtout d’une instrumentation plus spécifique oscillant du banjo à l’harmonica et d’un backing vocal, afin d’offrir davantage de variations à son expression sonore et ainsi d’accentuer certaines émotions. Minimalistes mais chaleureuses, les 11 compositions d’Ht Roberts sont véritablement ces ‘Vieilles Lumières’ chaleureuses et rassurantes (« Emma’s Land ») annoncées par un artiste belge à découvrir –enfin– de toute urgence…

 

Robert Forster

Song to play

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Bob ne nous avait plus donné de nouvelles depuis 7 ans, lorsqu’il avait enregistré un album (« The evangelist ») en hommage à Grant McLennan, son fidèle compère chez les Go-Betweens, décédé d’une crise cardiaque en 2006.

Pour enregistrer cet opus, il a reçu le concours de deux membres du John Steel Singers, mais aussi de son épouse, en compagnie de laquelle il partage notamment le chant (« Songwriter on the run »), un peu à la manière d’Amanda Brounsch, fin des 80’s, chez les Go-Betweens ; et puis de son fils, préposé au violon. Un violon qui communique une belle allégresse à la chanson qui ouvre cet elpee, l’entraînant « Learn to burn ». Un LP enregistré sous la houlette de l’ingénieur du son Jamie Trevaskis, en analogique, et dont le titre (« Song to play ») adresse, bien sûr, un clin d’œil à Léonard Cohen. Si l’opus propose des titres plus mélancoliques, au sein desquels l’instrumentation acoustique est davantage mise en exergue, il recèle également des compos bien moins conventionnelles. A l’instar de l’épique « A poet walks », une piste balayée de cuivres mariachi et des violons gémissants. Puis de « Love in where it is », un morceau entraînant, imprimé sur un rythme de bossa nova. Sans oublier le final ‘velvetien’ « Disaster in motion », caractérisé par ces cordes de gratte acoustiques dispensées sur une tempo hypnotique, et infiltré par un filet de clavier vintage.

Un coup de cœur quand même : « Let me imagine you », une romance lumineuse, fragile, contagieuse, qui mêle habilement instrumentation acoustique et électrique.

On n’en oubliera pas pour autant la voix chaude et empreinte de sensibilité de Robert Forster qui donne ici vie à des textes ironiques, riches en métaphores…

 

Robert Plant

Lullaby And... The Caeseless Roar

Écrit par

Il s’agit déjà du dixième album solo de Plant, depuis qu’il a quitté Led Zeppelin. Plant s'affranchit définitivement de l'ombre du groupe légendaire qui l'a rendu célèbre. Ce n'est pas le cas de Page, qui faute de mieux, semble condamné à célébrer son oeuvre passée en rééditant les uns après les autres les albums du dirigeable, enrichis de quelques bonus. Il faut évoluer avec son temps Mr Page. Le passé, c’est le passé. Bob a 66 berges. Et depuis 1982, il va de l’avant. Bien sûr, il n’a plus la voix perçante des débuts. Il a donc décidé d’adapter sa musique à son timbre et ses inflexions actuels. Elle est devenue plus douce. Une évolution qu’on peut juger positive.                                                           

« Lullaby And... The Caeseless Roar » constitue le premier long playing réunissant des compositions originales depuis « Mighty ReArranger », publié en 2005. Entre-temps, Plant ne s’est pas tourné les pouces. Il a revisité la musique d’autres artistes, dont Alison Krauss, en 2007, à travers « Raising Sand ». Puis au sein du projet Band Of Joy, en 2010. Robert signe ici son premier LP sur son nouveau label, Nonesuch. Il en a assuré la production et a confié le mixing à Tchad Blake et Tim Oliver. Les sessions se sont déroulées en Angleterre, au Helium Studios, dans le Wiltshire, et au Real World de Bath. 

Plutôt blues et raisonnablement rock, ce long playing est balayé d’influences orientales, celtiques et même électroniques. Il recèle neuf pistes signées par Plant, une adaptation d'un blues traditionnel (« Little Maggie ») et un morceau issu de la plume du bluesman américain Lead Belly, « Poor Howard ».                                                                     

Depuis « Mighty ReArranger », l’artiste enregistre ses albums en compagnie d’un nouveau groupe. Pour la circonstance, il l’a baptisé The Sensational Space Shifters. Au sein du line up, le guitariste Justin Adams est également préposé au bendir (NDR : Justin a bossé en compagnie du combo touareg Tinariwen et Peter Gabriel. Puis le claviériste John Baggott, un proche de Massive Attack et de Portishead. Ensuite, le bassiste Billy Fuller (NDR : aux gènes plus rock) et le drummer Dave Smith (NDR : formé à l'école jazz). Adams et Baggott formaient déjà la section rythmique en 2002, pour « Dreamland ». Et enfin le Gambien Juldeh Camara, un virtuose du violon, préposé au peul ou ritti  (violon à une corde).                                                                                  

Plant ouvre l’elpee par la version du classique folk « Little Maggie ». Une compo qui a déjà fait l’objet d’une multitude de reprises. Dylan en tête. Le folk britannique, la country et la world music constituent trois des influences majeures chez Robert. Il les agrège ici à la perfection, en leur inoculant des rythmes électroniques. De l’électro dispensée tout au long d’« Up On The Hollow Hill (Understanding Arthur) ». Légèrement prog/rock, « Pocketful Of Golden » nous replonge apparemment dans le passé. Mais le concours des percus et du fifre irlandais, démontre qu’il cherche un chemin alternatif…                                                                                                                          

Robert Plant aime la world, ce n’est un secret pour personne. Et il adore en explorer toutes les facettes. Une expérimentation qu’il a remis au cœur de cet elpee, invoquant les énergies des transes du désert saharien sur plusieurs titres. A l’instar de « Rainbow », une compo qui puise ses lyrics dans un poème de William Morris, intitulé « Love Is Enough ».                                               

Plant s’intéresse également au patrimoine celtique. Pour lui, le folklore anglo-saxon et breton a une base commune. Il estime même qu’il existe un fil conducteur commun entre toutes les musiques traditionnelles d'Europe, d'Amérique et d'Afrique. « Poor Howard », une piste détournée du « Po' Howard » de Lead Belly en est la parfaite démonstration. Le duo banjo/violon y mène la danse.

« Embrace Another Fall », « Turn It Up » et « Arbaden (Maggie's Babby) » conjuguent harmonieusement rythmes métalliques et percussions orientales. Plant cède le micro à Julie Murphy sur « Embrace Another Fall ». Tendres, les accords de gratte ne sont pas sans rappeler ceux dispensés par Page sur « Somebody There » et « Turn It Up ». « House Of Love » se distingue par sa mélodie contagieuse. Tout comme « A Stolen Kiss », dont les écoutes répétées finissent par vous transcender l'âme. C'est beau et mélancolique à la fois.                                                          

Un très bel album pour cet artiste incontournable qui ne souhaite plus reprendre un quelconque envol à bord d’un vieux dirigeable…

           

Sam Roberts

Lo-Fantasy

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Guère notoire sur le Vieux Continent, le Sam Roberts Band jouit d’une grosse popularité au sein de son pays. Pour preuve, la formation a déjà décroché plusieurs prix, depuis sa création, en 2000. « Lo-Fantasy » constitue son sixième album et le deuxième depuis que le groupe a décidé de poursuivre l’aventure sous ce patronyme. Malgré la présence du backing group, les elpees précédents étaient parus sous le nom de Sam Roberts. Enfin, quoique québécois, les musicos se sont établis à Montréal.

En publiant « Lo-Fantasy », le combo canadien a voulu se frotter à l’électro-rock. Résultat des courses, la musique de cet opus est assez accessible et se boit comme du petit lait. L’énergie est communicative et les mélodies accrochent dès la première écoute. Bref, l’opus possède toutes les caractéristiques requises pour enflammer de grands stades.

Néanmoins, après avoir écouté les onze plages, on n’a vraiment l’impression de ne pas en avoir retenu grand-chose.

 

Robert Pollard

Honey Locust Honky Tonk

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Franchement, Robert Pollard est tellement prolifique, qu’il devient de plus en plus difficile d’y retrouver ses jeunes. « Honey Locust Honky Tonk » constituerait son 38ème album si on ne tient compte que de ceux publiés sous son nom et de Guided By Voices. En englobant ses multiples projets, il doit en avoir gravé plus de 80 !

Que nous réserve son nouvel essai ? 17 plages en tout pour un peu moins de 38 minutes, dont quelques unes semblent inachevées. Ce qui n’est pas nouveau dans son chef. Même si les thèmes abordés sont souvent pertinents. Notamment lorsqu’il affronte celui de l’indifférence qui se manifeste aujourd’hui entre les êtres humains ou de l’angoisse face à la mort…

Côté guitare, Robert se sert d’une sèche, d’une semi-acoustique et bien sûr d’une électrique pour accompagner son chant. Mais penchons-nous plutôt sur la quintessence de cette œuvre. Toujours aussi lo fi. Qui adresse l’un ou l’autre clin d’œil à REM. A l’instar de « No requested things » ou de « I killed a man who looks like you ». Deux compos à la mélodie particulièrement contagieuse. Mais également à David Bowie. Comme sur « She hides in black » (ces infexions vocales !) et « It disappears in the least likely hands (Me may never not know) », rémniscente de « Heroes » voire de « The next day ». Et si l’inévitable « Tommy » du Who hante rituellement « Circus green machine », « Who buries the undertaker » nous entraîne dans le sillage de Wire. A cause de ces des jaillissements d’électricité hypnotiques. Enfin, « Drawing a picture » plonge dans le psychédélisme sydbarrettien. Et le reste ? Correct, mais souvent embryonnaire, certaines pistes n’atteignant même pas la minute. Bob n’avait sans doute pas le temps de les parachever. Trop occupé. D’ailleurs, depuis la sortie de ce long playing, il a certainement déjà publié deux ou trois nouveaux albums…

 

Robert Hancock

You are here

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Néo-zélandais émigré dans les Vosges, en France, Robert Hancock n’est pas né de la dernière pluie. Entre 1986 et 1989, il a sévi chez The Magic Roundabout. A l’époque, il vivait encore à  Wellington, aux Antipodes. Il déménage ensuite à Edimbourg, en Ecosse, où il y fonde June Frost. Il y restera de 1990 à 1996 avant de s’établir à Nancy, où il poursuit l’aventure de son groupe, jusqu’en 2000. C’est à partir de 2001 qu’il se lance dans une carrière solo. Bref, en 15 années de carrière, ce bourlingueur a quand même publié 7 albums, dont ce « You are here ».

Première constatation, Bob possède une superbe voix, comparable à celle de Mark Hollis (Talk Talk). De temps à autre, elle est soutenue ou contrebalancée par celle d’Aurélie Jung, dont le timbre limpide fait absolument merveille, notamment dans les chœurs. Robert joue d’une multitude d’instruments, de la guitare acoustique (souvent), semi-acoustique et parfois électrique, mais également de la basse, de la mandoline, de l’ukulélé et des claviers. Il a reçu le concours de quelques musiciens de studio, mais surtout d’un remarquable percussionniste, Cyrille Lecocq, capable de jongler entre drums, congas, bongos, djembé et j’en passe. Dans le style, il me rappelle un certain Robin Thyne, qui militait au sein de Natural Acoustic Band, fin des sixties, début des seventies.

Au cours de cet elpee, Hancock rend hommage à un ami disparu, un certain Jean-Christophe Massinon, artiste plasticien particulièrement créatif et prolifique. Sur « 12 propositions », tout d’abord, puis « After this time », une compo dont les sonorités me rappellent Ed Kuepper. Bref, un chouette album découpé en 12 plages qui baignent dans une mélancolie douce, parfois amère, mais dont le ton général peut progressivement vous tourmenter l’esprit…

 

Robert 'Top' Thomas

The Town Crier

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Robert ‘Top’ Thomas nous vient d’un état le plus souvent généreusement ensoleillé : la Floride. Au cours des années 90, ce chanteur/guitariste drivait Smokehouse, une formation de Florida swamp blues responsable de 4 elpees, dont le troisième, "Cadillac in the swamp", avait reçu un accueil très favorable de la part de la critique.

La majorité des plages de cet opus sont cosignées par Bob et son bassiste ainsi que co-guitariste Stephen Dees. Le line up de base est complété par le drummer Billy Dean et l’harmoniciste Stephen Kampa. Ce qui n’a pas empêché de nombreux amis de participer aux sessions d’enregistrement.

Top démarre en force. Il emprunte la route et se dirige vers le grand fleuve mythique des bluesmen, "Mississippi quickie". Un titre nerveux, saignant, qu’il imprime sur le rythme du boogie, à la manière de John Lee Hooker. Une excellente mise en jambes ! Il chante, d’une voix ravagée, "Blues grass", un country blues nonchalant balisé par les fûts de Billy. Le talentueux Brandon Santini souffle dans son harmo. Son ami et co-auteur, Victor Wainwright siège derrière le piano et Top s’autorise alors un petit coup de bottleneck. Signé Jerry West, "The same thing could happen to you" fleure bon les marais de la Louisiane. Beth McKee se réserve l’accordéon. Authentiques, les vocaux sont hantés par ce bon vieux Lazy Lester, à qui est dédié l'album. Imprimé sur un mid tempo, "Lazy little Daisy" est un blues guidé par la voix éraillée de Mr Thomas, sur les routes poussiéreuses du Delta. Basique, primaire, "Kingsnake crawl" est un blues particulièrement efficace. La voix de Bob campe un hybride entre Howlin' Wolf et John Lee Hooker. Les interventions de Mark 'Muddy Harp' Hodgson sur sa musique à bouche sont bouleversantes, belles à pleurer. Du vrai downhome blues, proche du Southside de Chicago. "Bad seed' nous transporte au cœur des swamps, là où les alligators foisonnent. Assis derrière son orgue, Victor Wainwright chante d’une voix autoritaire. Son timbre est aussi ravagé que celui de Top. Très bien senties, les cordes sont proches d'Albert King. "What's the matter Ma" adopte un profil particulièrement roots. Caractérisé par d’excellentes interventions de piano roadhouse, "Sugar shop" nous propulse sur un axe Baton Rouge - New Orléans. Autre véritable Delta Blues, "I'm a freight train" bénéficie de la participation du brillant et jeune Damon Fowler au dobro. Ce dernier dialogue avec l'harmo de Mr Kampa. "Daddy's gone" s’engage également sur cette voie roots, en compagnie de Brandon Santini et Stephen Dees. Blues subtil, le titre maître est imprimé sur un tempo plus enlevé. Saxophone et harmonica déchaîné de Jeffrey Willey (NDR : c’est le leader des Smokin' Torpedoes) libèrent alors la voix du maître Top. Une toute bonne entrée en matière! 

 

Robert Hood

Motor : Nighttime World 3

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Robert Hood nous vient des States. Un producteur de musique électronique qui milite sous différents patronymes : Floorplan, The Vision ou encore Monobox. Clairement reconnu comme un des maîtres de la techno minimaliste, il nous propose aujourd'hui son dernier album, un opus réunissant 12 titres intitulé « Motor Nighttime World 3 ».

Au menu de ce disque, une utilisation –massive, comme le veut le genre– des instruments ‘standards’ de l'électro minimaliste : piano, batterie et synthétiseur. L'artiste ajoute toutefois de temps à autre différents effets plus travaillés ou même des cymbales afin d'introduire de la variété au sein de ses compos.

Reste que l'ensemble de ce nouvel opus m'a paru, malgré toute la bonne volonté de l'Américain, mollasson et assez répétitif : l'elpee affiche clairement un côté ‘passe-partout’. Et si son écoute n'est pas désagréable, on était en droit d'en attendre davantage de la part d'un ténor de cette scène minimaliste qui sévit depuis 1994.

Tout porte malheureusement à croire que Robert Hood n'a pas véritablement maitrisé son sujet. En effet, de temps à autre, une chanson dérape dans l'excès. Par exemple « Better Life », une compo caractérisée par sa surabondance d'effets électroniques. Pas sûr que ce soit judicieux, car la piste m'a plus irrité qu'autre chose. Ou encore « Torque One ». L'artiste semble chercher l'inspiration de sa mélodie durant tout le morceau sans jamais y parvenir.

C'est donc un sentiment mi-figue mi-raisin que me laisse cet album : s'il n'est pas véritablement raté, il n'est pas non plus une franche réussite. On voit donc mal comment le recommander, à moins d'être fan de l'artiste ou du genre. A trop vouloir bien faire, l'artiste a perdu son fil conducteur...

 

Robert Miles

Thirteen

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Plus connu sous le pseudo de Robert Miles, Robert Concina, est Suisse. « Thirteen » constitue son cinquième opus, un disque paru sur sa propre structure, S:alt. Courtisé pour ses talents de (co)producteur, ce musicien a rencontré un énorme succès, au cours des années 90, en provoquant une rencontre, entre la dream-house et le chill-out, à l’aide de la guitare acoustique.

Cet artiste a vendu plus de 14 millions d’albums à travers le monde. Et a publié des singles imparables, dont le fameux hit « Children ». Depuis, il a décidé d’embrasser de nouveaux horizons sonores. Et notamment en ouvrant l’électro au jazz et à la prog.

« Thirteen » baigne au sein d’une atmosphère, ma foi, fort cinématographique. Vangelis et le Floyd me viennent ainsi directement à l’esprit, malgré ce concept électro auquel participe Robert Fripp. Electro-prog, plus exactement (« Afterglow », « The Wolf »), le plus souvent basé sur la répétition, comme lors des célèbres « Frippertronics » du Roi Pourpre…

 

Matana Roberts

Coin Coin Chapter One : les gens de couleur libres

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Que les amateurs de jazz me pardonnent, cette chronique est écrite par un amateur de rock n’y connaissant absolument rien au genre cher à Miles Davis…

Matana Roberts est une saxophoniste de jazz. Issue de Chicago, elle vit aujourd’hui à New-York. Son nouvel album, « Coin Coin » est un ‘work-in-progress’. Il relate l’histoire de ses ancêtres qui ont vécu l’esclavage. Et ce ‘mémoire’, elle l’a réalisé ‘live’ en compagnie de 15 musiciens : plusieurs saxos, deux trompettistes, deux bassistes, deux violonistes, un guitariste, un drummer, un préposé à la scie et un autre au doudouk (hautbois arménien) !

C’est le très libre label canadien Constellation qui a signé cette artiste dont l’expression sonore évolue dans un univers proche du free-jazz d’Albert Ayler, de John Coltrane voire de Charlie Mingus. Une signature courageuse mais pas étonnante de la part de la maison mère de Godspeed You Black Emperor ! (NDR : Matana a d’ailleurs joué en compagnie de la formation montréalaise) et de The Silver Mount Zion. Malgré son style résolument jazz, Roberts n’hésite pas à intégrer des éléments indie dans sa musique. Elle avait ainsi invité Prefuse 73 et Tortoise, à participer à l’enregistrement de son précédent elpee.

Espérons que son nouvel opus lui ouvre les portes d’un public plus large ; car, même si sa musique n’est pas toujours d’accès facile, elle recèle des moments de pure magie. Et je pense tout particulièrement à « Rise », caractérisé par ces dissonances si particulières de cuivres, de « Karasia », magnifique dans ses moments de quiétude ou encore de « Libation for Mr. Brow : Bid Em In », exécuté en gospel a capella. On rencontre même sur cet elpee du ‘spoken word’. Bref, jamais on ne s’ennuie à l’écoute de ce disque. Et dire que ces 90 minutes de pure liberté ont été interprétées en ‘live’ ! Une fameuse performance !

 

Robert Pollard

Moses on a snail

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Robert Pollard est un artiste prolifique. Il est cependant surtout devenu notoire pour son aventure vécue à la tête de Guided By Voices, entre 1983 et 2004. Un fameux bail ! Depuis, il multiplie les albums solos, les projets et les collaborations. Il doit avoir commis 12 albums lors de ces 2 dernières années, sans compter les singles, Eps et compiles en tous genres. Il a écrit la bagatelle de 1300 chansons, au cours de ses 25 dernières années de carrière. Excusez du peu ! Le souci, c’est que certains disques sont tellement expérimentaux, qu’ils passent complètement inaperçus. Heureusement, en solitaire (NDR : pas tout à fait, puisqu’il est alors épaulé par le drummer/producteur Todd Tobias), ses opus se révèlent bien plus consistants.

Robert aime le Who, Peter Gabriel, le punk et la prog. Il le concède. Des goûts qui l’ont influencé et l’influencent toujours. Il accorde un soin tout particulier au sens mélodique de ses chansons. Quand ce sont des chansons, bien sûr. Ce qui est bien sûr le cas tout au long de « Moses on a snail ». Elles peuvent même se révéler contagieuses. A l’instar de « Each is good in his own home ». Découpé en 12 plages, son dernier long playing baigne au sein d’un climat plus ténébreux, même si Pollard n’a pas perdu son sens de l’humour (le chacha/rockabilly « Big time wrestling »). Tout au long de ce disque, il alterne ballades et compos plus vivifiantes (l’excellent « It’s news » trempe même dans le punk tumultueux), parfois à la limite du hard rock (riffs lourds assénés sur « Lie like a dog » et percutants réservés à « In a cold war », dans l’esprit du « Who's Next » de la bande à Daltrey). Un spectre du Who, mais davantage proche de l’opéra rock « Tommy », hante également « Arrows and ballons ». Trois titres s’écartent cependant de l’ensemble. Tout d’abord l’élégiaque « Teardrop Paintballs », un morceau sculpté dans la lo-fi acoustique. L’épique, presque prog, « A constant strangle », ensuite. Puis en final, le titre maître. Dramatique, majestueux, il est parcouru d’un solo de guitare brûlant, digne du Blue Oyster Cult dans sa phase la plus classique. Bref, un album de bonne facture, mais sans surprise pour Robert Pollard.

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