Les rituels étranges de This Is The Kit

This Is The Kit sortira son septième opus studio, « Ghost Coat », ce 15 janvier 2027. En attendant, il a partagé le single et « Skim a Stone ». Enregistré au cœur des Rockfield Studios dans la vallée de la Wye, au sud-est du Pays de Galles, ce disque place…

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Ronquières Festival 2024 : vendredi 2 août

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L’édition 2024 du Ronquières Festival était attendue au tournant, à la suite des nombreuses critiques qui se sont abattues sur l’organisation, l’année dernière. A juste titre !

Souvenez-vous, entre mobilité catastrophique (surtout le vendredi lors de la déferlante déclenchée par la présence d’Indochine), les trombes d’eau rendant le site impraticable et l’annulation de la moitié des concerts le dimanche, il y avait de quoi râler sec ! Une gestion du risque en amont hasardeuse ! Ne craignons pas les mots : une honte !

Des changements radicaux ont donc (enfin) été opérés. Le premier concerne les parkings, désormais organisés en zones destinées à acheminer les festivaliers par un itinéraire différencié en fonction de couleurs. Conséquence, ils n’arrivent pas par le même chemin. Trois voies d’accès distinctes ont été tracées, ce qui permet de fluidifier le trafic et d’éviter les bouchons. 

Les navettes qui conduisent les spectateurs vers des points de chute déterminés, sont plus nombreuses aussi, à une fréquence variant de 30 à 45 minutes, en fonction du flux.

La mobilité douce n’est pas en reste non plus. Le vélo est mis à l’honneur ! Une bonne idée alors que le Tour de France vient de s’achever. Vous avez l’envie de revêtir le maillot d’Eddy Merckx ? Alors enfourchez une bécane mise à votre disposition ! Pour vous dire, on attend plus de 1 500 bicyclettes sur le site !

La configuration du site a également été repensée. Si la scène de la Colline est toujours plantée au même endroit, la main stage se situe maintenant (comme c’était le cas les années précédentes, d’ailleurs), à Tribord. Les stands bouffe et boissons sont également plus étendus, ce qui permet d’aérer la plaine.

Et si la pluie s’est invitée la veille, hormis quelques stigmates rappelant que la Belgique est un pays généralement pluvieux, les conditions climatiques sont relativement correctes. Question de bol, car certaines régions ont été touchées de manière beaucoup plus conséquente, il y a encore quelques heures. Le bon Dieu serait-il brainois ?

La journée de vendredi est généralement la plus calme et pour deux raisons essentielles. D’une part, parce que c’est le dernier jour ouvrable de la semaine pour celles et ceux qui ne sont pas en vacances, et d’autre part, l’affiche, n’est pas la plus intéressante. D’ailleurs, seul Phoenix suscite l’intérêt de votre serviteur !

Le point qui fâche encore et toujours (mais c’est une constante pour de nombreux festivals et festivités), c’est le prix des boissons et de la nourriture ! Une pinte à 3,50€, ce n’est pas donné ! Et encore, à ce prix-là, ne vous attendez pas à un grand cru ! Non, c’est de la pisse ! La bouffe, pareil ! Payer 11€ pour un hamburger, c’est de la folie ! Se ruiner pour de la merde, si ce n’est pas de nature à devenir schizophrène, votre serviteur ne comprend plus rien ! Enfin, en vieux bourlingueur, si les boissons sont interdites sur le site, le pique-nique, lui, ne l’est pas ! Selon l’adage, un homme averti en vaut deux !

Le temps de traverser les quelques centaines mètres qui séparent le parking de la plaine et de passer le portique de sécurité et RORI termine doucement son set.

Votre serviteur la connaît bien pour avoir déjà assisté à plusieurs de ses concerts (y compris au sein de feu Beffroi lorsqu’elle militait aux côtés de feu Valentin Vincent).

Les artistes ont un set bien rôdé. Le sien n’échappe pas à cette règle universelle : il est identique à celui de Dour et du LaSemo.

Ses fidèles serviteurs, l’ex-The Subs, Hadrien Lavogez, préposé à la guitare, et Loïc Lavogez, caché derrière les fûts, l’accompagnent une fois encore. On ne change pas une équipe qui gagne !

Elle assène ses compos de manière percutante, que ce soit sur « Ma Place », dont le phrasé, les sonorités pop et les appuis rythmiques sont très communicatifs, « C’est la vie », caractérisé par ses airs rock enflammés ou encore un « Loser », qui signe la rétrospective de sa vie.

La petite Camille Gemoets maîtrise bien les codes du ‘live’. Elle commence à accumuler de l’expérience. Le public, enivré par cette fausse nonchalance dont elle a le secret, le lui rend bien par de larges sourires.

Alors qu’elle enchaîne les festivals et les concerts, son visage commence à montrer des signes de fatigue. Un conseil, rends-toi chez le « Docteur », métaphore qui signe le titre qui l’a propulsée grâce aux ondes radiophoniques.

Capable de vous retourner de solides punchlines, l’ingénue est devenue une figure de proue de la scène musicale noir-jaune-rouge.

Que nous réserve la suite ?

Un peu de rap maintenant ! Tribord toute, moussaillon ! 47Ter s’y produit. Autant vous le signaler, ce genre musical navigue très loin de la culture de votre serviteur. Mais quand faut y aller, faut y aller, tel un soldat qui part pour la guerre !

La jeunesse est bien représentée. Pas mal de mecs ont adopté un look similaire : casquette vissée sur le crâne, palette retournée, training Adidas trop large et chaussures Nike ; bref, le ‘trois pièces’ parfait si on veut être dans le mood.

Issus de Bailly, dans les Yvelines, Pierre-Paul, Blaise et Lopes pratiquent une forme de hip hop aux textes très second degré. Le patronyme fait référence à la salle des fêtes locale dans laquelle les pèlerinages réguliers du groupe se déroulaient.

Alors qu’un grand ‘47Ter’ trône au milieu de la cours de récréation d’un jour, le trio, devenu maintenant une « Légende », entame son set par ce morceau issu d’un opus éponyme, paru en 2021.

« Vivre » prend rapidement le relais, une chanson positive qui croque la vie à pleines dents. Aucun doute, de ces premiers essais concluants au premier « L’adresse » sorti en 2019, sacré disque d’or, la route du combo est véritablement parsemée de succès.

C’est le souk, dans la foule. Mais il est tellement plaisant à observer… Pas de prise de tête, ni de gangsta rap en vue, mais une recette qui mène du rire aux larmes, de la nostalgie à l’espoir… En outre, ils sont super sympas et communicatifs !

Que l’on aime ou pas ce courant musical, laissons à cette bande de joyeux drilles, le bénéficie de la joie et de la bonne humeur !

Entre refrains fédérateurs qui oscille de la pop au rap, le combo convainc l’auditoire. Pas mal de textes suscitent la réflexion sur les complexités de la vie quotidienne. Le trio brosse ses traités philosophiques sur des thématiques telles que l'identité, la réussite, et les défis rencontrés tout au long du chemin. Par essence, la vie n’est pas un long fleuve tranquille !

Grâce à sa prose poétique subtile et ses sonorités délirantes, 47ter a conquis la foule.

Après être resté statique durant une heure, il faut remonter la pente (au sens propre comme au figuré) et se dresser droit comme un piquet tout en haut de la Colline. L’Impératrice s’y colle.

Impliquant 6 membres –Charles de Boisseguin (clavier), Flore Benguigui (chant et texte), Hagni Gwon (claviers), David Gaugué (guitare basse), Achille Trocellier (guitare électrique) et Tom Daveau (batterie)– ce groupe atypique se nourrit clairement de pop chic, d’électro débridée, de french touch et de disco/funk cosmique à coloration 70’s.

La gonzesse est affublée d'un accoutrement à la Star Trek, veste gris clair et grands cercles sur les épaules. Quand on l’observe de plus près, il ressemble au costume de Jacques Villeret dans la soupe aux choux ! La demoiselle a enfilé de grandes bottes blanches et une jupe qui laisse entrevoir quelque chose d’assez sympa. Quant à ses tifs mi-blonds, mi-turquoises, la belle donne l’impression de sortir de chez une coiffeuse débutante. A moins que ce ne soit un effet de style désiré ? Bizarre, ses musiciens embrassent le même délire. La culture du détail semble-t-il…

Une batterie trône, tel un étendard, au milieu de l’estrade. Elle est surélevée. Le brillant domine aussi. Abba s’y produit ?

La foule est compacte. Faut dire que le concert programmé à l’Ancienne Belgique est complet. Ce que peuple veut, il l’obtient ! 

Révélé au grand public par un troisième Ep intitulé « Odyssée », le sextuor embarque immédiatement le public à bord de son vaisseau spatial dans le cadre d’une tournée baptisée ‘At down the rabbit hole’.

« Cosmogonie » ouvre le bal. Côté foule, danse et bonne humeur sont les maîtres-mots. Le ton est donné, la fête peut commencer. Et ne s’achèvera qu’à l’issue du concert.

Tout au long d’« Amour ex Machina », Benguigui concentre un peu plus encore ses efforts sur une mise en scène impeccable.

Loin du simple live, un concert de L’Impératrice procède de l’expérience et de l’imaginaire.

Le concert est dominé par les sonorités disco et funk et par un groove qui fait le bonheur des popotins qui trouvent là, un bon moyen pour se dandiner.

Manifestant un sens de l’érotisme décomplexé, les musicos s’appuient sur des synthés rétro, des cuivres chaloupés, des riffs de gratte funky et des percussions tribales. Et vu l’approche très ‘french touch’ de l’expression sonore, la filiation avec le défunt Daft Punk est inévitable.

Taillé pour le live, le band n’hésite pas à balancer encore et encore une salve de tubes épiques comme « Anomalie bleue », « Voodoo ? » ou encore « Girl ! », sur un lit de textes à l’esthétisme léché et visionnaire. Bref, L’impératrice tisse sa toile dans sa folie, loin des clichés du genre.

Passant de l’extase aux cris, la jeune dame se livre à corps perdu dans le sublime « Love frome the other side », un titre qui évoque celles et ceux qui disparaissent, mais que l’on garde dans un coin de nos cœurs.

Au terme d’un concert d’un peu moins d’une heure, L’Impératrice et sa troupe ont proposé un concert rythmé, riche en émotion, et d’une sincérité incontestable. Ces extra-terrestres du monde de la musique ont envahi le cœur et le corps du public qui, très excité, s’est laissé bercé par cette prestation. Et c’est ce qui compte le plus.

En naviguant entre mystère, féminité et élégance, L'Impératrice ressemble à son avatar… une femme mystérieuse, authentique et généreuse.

Retour à la main stage. PLK y est programmé. De son véritable nom Mathieu Pruski, c’est un rappeur français d’origine polonaise et corse. Il milite au sein du collectif parisien Panama Bende et du trio La Confrérie, un crew impliquant trois membres de Paname Bende.

En 2015 et 2016, il sort ses premiers Eps, « Peur de me tromper » et « Dedans ». Il entame sa carrière solo et signe chez le label Panenka Music, en juin 2017. Il publie par la suite « Ténébreux » et « Platinum », deux mixtapes qui vont lui permettre de se faire connaître. En octobre 2018, PLK grave « Polak », un premier elpee solo, certifié double disque de platine.

Encore et toujours du rap… Si les jeunes y trouvent une raison de rester, leurs aînés se sont précipités dans les bars… bondés à cette heure de la journée.

Sur une grande toile dressée, pour la circonstance, en arrière-plan, on aperçoit l’image d’un ours féroce.

PLK débarque, un pull blanc sur le paletot et une grosse croix rouge côté bide. Il est flanqué d’un acolyte abordant fièrement un short orangé. Des accoutrements ridicules ! Tout comme les textes qu’il assène du style ‘je me suis fait sucer à 14 ans dans un KFC ‘ (NDR : référence à Mister V ?) Comme dirait Thierry Lhermitte dans le Père-Noël est une ordure, ‘c’est fin et ça se mange sans faim’. Ouais…

Le pseudo-chanteur crie à qui veut l’entendre qu’il est malade comme un chien et que sa température atteint les 39°. Franchement, on s’en fout et ça n’excuse en rien la nullité des propos et un concert au ras-des-pâquerettes, dont votre serviteur ne retiendra rien, si ce n’est les nombreuses bières ingurgitées.

Dès lors, il décide de s’attarder auprès de ses congénères. Et pour un bon moment encore, car l’artiste qui suit à la Colline, c’est Luidji, encore un rappeur. Quelle horreur !

Il faudra donc attendre 22 heures 15 pour vivre un show d’un autre calibre : celui de Phoenix !

Les météorologues ont annoncé de la pluie entre 22 et 23 heures. Que faire ? Rester, au risque d’être trempé jusqu’à la moelle, comme l’an dernier ? Partir et louper la meilleure part du gâteau ?

Votre serviteur aime les risques. Et gourmand avec ça ! Quitte à savourer un quartier de pâtisserie succulent, autant tenter d’en déguster le plus grand ! Flanqué au crash, il compte ne pas perdre une miette de ce spectacle annoncé comme magique.

Phoenix ne déçoit jamais lorsqu’il se produit en live. En misant sur des dinosaures, les organisateurs ont fait mouche pour clôturer la première journée.

Originaire de Versailles, dans les Yvelines, cette formation de pop/rock implique Thomas Mars, Deck d'Arcy, Laurent Brancowitz et Christian Mazzalai. C’est l'un des combos français les plus populaires à l'échelle internationale.

Ils se sont rencontrés au collège. Vers l'âge de 12 ans, Deck D'Arcy et Thomas Mars jouent déjà de la musique ensemble lorsque Christian Mazzalai les rejoint. Ils fréquentent ensuite tous trois le lycée Hoche et créent un groupe en 1991.

En 1995, ils sont rejoints par Laurent Brancowitz, le frère de Christian, qui vient de quitter le combo qu'il avait créé en compagnie de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, qui fondent, de leur côté, Daft Punk, en 1993. Le band est officiellement constitué en 1995 et opte pour le patronyme Phoenix, deux ans plus tard.

En 1997, il grave un 45trs : « Party Time/City Lights ». C'est un tirage limité (500 exemplaires) destiné à démarcher les maisons de disques. Ce qui lui permet de signer l'année suivante sur le label Source, de Virgin.

En 1998, il apporte sa collaboration à Air pour l’enregistrement du single « Sexy Boy/ Kelly Watch the Stars », mais également, quand le planning correspond, sur les plateaux de télévision et en concert.

Le premier single ‘officiel’ de Phoenix, « Heatwave », paraît en 1999. Il réunit trois plages de musique électronique. On est alors en pleine ‘french touch’. Les titres sont chantés en anglais, et naturellement Phoenix se rapproche davantage de la scène pop/rock anglo-saxonne et internationale. La formation sort du périmètre purement francophone.

Son premier long playing, « United », fruit d’un cocktail de rock, soul, funk et musique électronique, paraît en mai 2000. Avant sa sortie, les titres sont diffusés aux États-Unis et en Europe, notamment en Angleterre. « If I ever feel better » rencontre un franc succès outre-Manche et permet à Phoenix de se faire connaître du grand public. Il écume les festivals du monde entier et devient l'un des tenants de la branche rock de la ‘french touch’.

A ce jour, Phoenix compte sept albums studio à son actif.

Le podium est cerné par un grand cadre, un support parfait pour les nombreuses images diffusées, que ce soient le Palais de Versailles, un tunnel ou encore une église italienne.

Le quatuor entame son set par « Lisztomania », issu de « Wolfgang Amadeus Phoenix », un opus datant de 2009 qui a changé son existence puisqu’il a raflé toute une série de récompenses : Grammy Awards, le Saturday Night Live, le Madison Square Garden, Coachella, le Hollywood Bowl… Percutant, le morceau ébranle les ‘portugaises’…

Il est rapidement suivi par « Entertainment », une compo caractérisée par ses petites touches sonores asiatiques. Alors que le combo n’en est qu’à ce second titre, l’ambiance est déjà très chaude. Et pourtant les mauvaises langues s’attendaient à un concert poussiéreux. Comme quoi, on peut avoir un quart de siècle dans les lattes et assurer comme des jeunots.

Et le combo déploie ensuite l’artillerie lourde en balançant l’incontournable « Too Young », fresque musicale inspirée par Sofia Coppola pour la bande originale de son film ‘Lost in Translation’ ou encore les frères Farrelly à travers la succulente comédie ‘L'Amour extra-large’…

Grâce à sa formule très pop et ses rythmiques syncopées, ce morceau avait permis à la formation de se forger une place enviable sur la scène internationale alors que paradoxalement, elle éprouvait alors davantage de difficultés à y parvenir en son propre pays.

Souhaitant faire profiter un maximum les milliers d’aficionados, Phoenix puise au sein d’une large palette de ses long playings, de « Bankrupt ! » (2013), à « Ti Amo » (2017) en passant par « It’s Never Been Like That » (2009) et « United » (2000).

On y perçoit cette évolution selon les époques et les styles, à l’instar de « After », « Midnight » ou encore « Armistice ». Mais en maintenant une constante d’accessibilité, car Phoenix s’adresse à un public intergénérationnel.

Le batteur est particulièrement dynamique. Il se déchaîne littéralement, alors que les autres membres restent un peu en retrait et se montrent globalement peu loquaces, misant sans doute davantage sur le visuel au détriment de la communication.

Et des surprises, il y en aura. A commencer par « If I Ever Feel Better », au cours duquel un homme masqué tient en main la tête décapitée de Thomas Mars ou encore quand ce même personnage mystérieux s’empare de jumelles pour filmer l’auditoire pendant « Trying To Be Cool ».

Le set prend des allures de fin lors d’un « 1901 » virulent. Marc laisse tomber la chemise et s’avance vers la foule, puis, emporté par une folie furieuse, décide de s’y jeter. Elle le porte. Il vacille, mais finit par rester droit comme un piquet. Après quelques mètres, trahi par la soif, il se saisit de la bière d’un quidam et tout en se laissant aller au gré des caprices de l’auditoire. Il tente de maintenir le breuvage parfaitement vertical afin de ne pas perdre une goutte. Et vous savez quoi, ce performeur y parvient !

Le spectacle a duré une heure et demie. Les spectateurs en redemandent encore et encore. Mais rien n’y fait !

On ne retiendra que du positif de cette prestation. Les superlatifs ne manquent pas. On a eu droit à du son hors norme, des images impressionnantes, de l’énergie, de l’hystérie, et des frissons à n’en plus finir. Que demander de plus ?

La prestation de Phoenix a été tout bonnement exceptionnelle ! A l’image de sa carrière qui couvre plus de deux décennies.

D’ailleurs, alors que la tournée, commencée il y a deux ans, devait s’achever au bout d’une année, la tournée n’a cessé de se prolonger. Et au vu du spectacle offert ici à Ronquières, on comprend évidemment pourquoi.

Grâce à sa pop jubilatoire et ses refrains entêtants, c’est sûr, Phoenix n’arrête pas de renaître de ses cendres.

Photos Vincent Dufrane ici

(Organisation : Ronquières festival)

 

 

 

 

 

 

Les Gens d’Ere 2024 : dimanche 28 juillet

Écrit par

Incroyable ! Il fait chaud ! Trop selon certains !

Si la veille, le festival a atteint sa capacité maximale de 10 000 personnes, aujourd’hui, on peut facilement déambuler sans devoir jouer des coudes.

Cette dernière journée fait la part belle à des artistes de qualité, mais dont l’orientation est davantage rock.

Lorsque votre serviteur se plante devant l’estrade du chapiteau, le début de concert de Doria D est imminent.

Elle est accompagnée d'un drummer, d'une jolie dame brune au clavier, et d’un bassiste un peu grassouillet.

Sa carrière musicale ressemble à un conte de fées. Alors qu’elle vient juste de souffler ses 16 printemps, la jeune fille, armée de sa gratte électrique, écume les bars. Elle signe dans la foulée chez le label G-major ; et puis, en 2021, grave un premier Ep réussi, baptisa « Dépendance ». Depuis, son succès est en progression constante.

Elle est venue présenter son dernier format intitulé « Je cherche encore… » Mais que le festivalier lambda se rassure, elle livrera des titres plus anciens pour le bonheur de la fan base, à l’instar de « Hors tempo », une chanson qui met en exergue une voix rauque et envoûtante, cousine lointaine d’une certaine RORI, surtout lorsqu’on perçoit ce léger voile dans la tessiture.

Entre amour-passion et amour-raison, elle assène à qui veut l’entendre des « Coups et bisous », afin d’évacuer la « Colère » qui sommeille en elle, préférant cette solution à la frustration dont elle a manifestement gardé des traces. Doria D est une artiste torturée, qui, grâce l’écriture de chansons aigres-douces, capture l’instant pour en faire surgir une matière subtile.

La dame communique énormément avec son public, comme lors de ce surprenant « Nanana » où elle invite les milliers d’aficionados à reprendre le gimmick ‘Nananana nananana’ ou encore ‘Nan nan nan’. Un exercice inscrit dans une complexité relative.

Mais c'est à travers sa reprise de l’emblématique « Jeune et con » de Damien Saez qu'elle se hisse comme véritable porte-drapeau de toute une génération. Sa gratte électrique en bandoulière, elle frappe les cordes avec une sensibilité à fleur de peau. Passant de femme à enfant, la demoiselle prend un plaisir fou, comme un gosse à la Saint-Nicolas. Un morceau qui lui ressemble !

Inspirée par Billie Eilish, Lana Del Rey, mais aussi des rappeurs francophones comme Nekfeu et Lomepal, Miss Dupont propose des sonorités french pop modernes qui s’inscrivent dans l'air du temps, le tout dans un style et une décontraction apparente. Grâce à un sens mélodique et des textes percutants, l’artiste marque les esprits.

Alors que la demoiselle s’épanche sur sa « Dépendance », un texte qui traite d’une relation toxique, elle invite le temps d’une chanson Aprile, dissimulé jusqu’alors en backstage, pour attaquer un « Volcan » diabolique et aux accents électro-pop, inspiré du vécu des deux larrons. Un morceau quasi-autobiographique lui aussi.

Ecorchée vive, Doria D est une artiste qui, à l’aide de textes simples et des sonorités contemporaines sacrément dansantes, est parvenue à conquérir une bonne frange de l’auditoire. Que du bonheur !

Il est de temps de prendre un peu d’air en compagnie des légendaires (NDR : décidément !) Matmatah.

Sobres et élégants, les musiciens, tous habillés de noir, grimpent sur les planches en vainqueurs. Le line up implique Tristan Nihouarn (chant, guitares, harmonica, oud, claviers, flûtes), Éric Digaire (basse, chant, guitare, piano), Benoît ‘Scholl’ Fournier (batterie, percussions), Julien Carton (claviers, chant) et Léopold « Léo » Riou (guitare électrique, chant). Cinq gars au caractère bien trempé, bien décidés à en découdre ! On dirait les Men in black. Manque plus que les lunettes !

Ça y est, « Nous y sommes », un titre issu de « Plates Coutures », disque gravé en 2017, ouvre les hostilités. Une seule compo et ces drôles de types semblent déjà faire l’unanimité auprès du public qui s’est rué en masse contre les barrières, alors que le soleil tape comme un sourd. Les guitares s’envolent, le batteur martèle les peaux et cette basse d’une puissance inouïe défonce littéralement les tympans. Putain, enfin un groupe qui en a dans le froc !

Pas le temps de se reposer que déjà « Le rhume des foins » (une chanson de saison !) embraie. Le public les acclame chaleureusement et le front stage est envahi par une bande de fous furieux. Ça sautille, ça virevolte et ça beugle comme des veaux.

Originaire de Brest, en Bretagne, cette formation hexagonale de folk/rock s’est constituée dès 1995. Elle implique Nihouarn (Stan) et Floc'h (Sammy), très vite rejoints par le bassiste Éric Digaire et le batteur Fañch. Enfin, son patronyme se réfère au village troglodytique tunisien du même nom, mais orthographié Matmata.

Jusqu’en 2008, date de sa séparation, le combo breton a rencontré un succès certain. Il s’est reformé en 2018. Néanmoins, Emmanuel Baroux, guitariste originel, a cédé le relais à Léopold Riou (un tout jeune qui a le feu au cul), à la suite de querelles internes. Et c’est un euphémisme !

Le band est venu défendre son dernier né, « Miscellanées bissextiles ». Un opus qui date quand même puisqu’il est paru l’année dernière. Mais qui vient de réapparaître sous une forme ‘Deluxe’. Le luxe quoi !

Tout au long de « La fille au chat noir », le groupe se sert de codes bien celtiques. Riou assure le spectacle à lui tout seul, en vrai showman. Il est complètement barge, court sans cesse d’un bout à l’autre de la scène. Son visage emprunte étrangement des grimaces simulant l’orgasme sexuel. Son front ruisselle, la sueur perle, mais quoi qu’il advienne, il prend sur lui et assène de ses cinq doigts de la main droite des coups violents sur les cordes de sa gratte, son terrain de jeu préféré.

Les morceaux s’enchaînent. Hormis Léo, les autres membres du groupe assurent peu d’interaction avec le public. A vrai dire, ce dernier s’en fout royalement. Il est uniquement là pour s’amuser et très franchement l’objectif est atteint !

Après une salve de titres ‘punchys’, « Emma » s’immisce, dans une version piano/guitare/voix, emportant le public vers des cieux oniriques. Puis, un joli hommage à la ville de Brest est rendu à travers « Brest-Même » qui permet au guitariste foldingue de prendre la pose sur les marches promptement installées entre la crash et l’estrade.

Alors que les morceaux s’enchaînent à vive allure, les Bretons livrent un « Lambé An Dro » magistral, rappelant les paysages magnifiques et variés de la Bretagne, allant des côtes rocheuses aux plages de sable fin.

Matmatah a livré un concert d’une qualité exceptionnelle. Un grand moment, presque d’anthologie !

Alors que les aficionados sont en pleine effervescence, ébahis par le spectacle grandiose auquel ils viennent d’assister, les lascars reviennent, enfourchent leur instrument, comme le cycliste sur sa bécane et vlan, « Sushi bar », tranche de rock celtique, est jetée en pâture. Malgré la fatigue, le public bondit (enfin, une bonne dizaine de rangées face au podium) et chante, même.

Après « L’apologie », un morceau caractérisé par ses solos de batterie tonitruants, « Les moutons » font face au loup. Une dernière compo qui ponctue une prestation remarquable.

Matmatah vient d’accorder l’un des concerts les plus percutants de ce festival. Preuve de leur ouverture d’esprit, alors que dans une très grosse majorité des cas, les photographes ne peuvent accéder au crash que durant les trois premières photos, ici, c’est à partir de la quatrième que les professionnels peuvent immortaliser les moments les plus intenses.

Léopold, profite des acclamations, pour agiter une dernière fois sa guitare couleur alu en guise de trophée ; une récompense qu’il aura bien méritée.

Sous la tente, le concert de Deluxe va bientôt débuter. Il s’agit d’un groupe français originaire d'Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône. Libérant pas mal de groove, sa musique véhicule des accents hip-hop, soul, funk et jazz.

Sur les planches, une énorme toile rouge s’impose. Il y est dessiné une énorme moustache. Bizarre, le clavier arbore, lui aussi, ce signe distinctif. Et vous savez quoi ? Lorsque les musiciens montert sur le podium, eux aussi arborent fièrement la moustache. Seule la chanteuse n’en possède pas ! Quoiqu’on devine un petit duvet sous…

Dès les premiers titres, l’expression sonore baigne dans un climat kitsch. Trop is te veel ! Au bout de quelques minutes, votre serviteur préfère s’éclipser afin de se dénicher une place idéale pour assister au concert de Kyo.

Pas mal de fans ont enfilé des t-shirts à l’effigie du band.

C’est pendant leur scolarité dans un collège des Yvelines, en Ile-de-France, que Nicolas Chassagne, Benoît Poher et les frères Fabien et Florian Dubos se rencontrent et décident de fonder Kyo, une appellation qui s’inspire des mangas japonais et de jeux vidéo.

Le quatuor sort un premier LP en 1999, « Pour toi ». Le succès n’est pas au rendez-vous. C’est grâce au second, paru en 2003 et intitulé « Le Chemin » –dont le titre éponyme, partagé en duo en compagnie de la chanteuse néerlandaise Sita– qu’il finira par s’imposer. Afin de fêter dignement ses 20 années d’existence musicale, le combo a décidé de rééditer ce disque en y ajoutant des bonus. On y retrouve, certes leurs succès, mais aussi des duos iconoclastes.

Changement de line up quand même, puisque Jocelyn Moze, est désormais préposé aux fûts, ce qui apporte une nouvelle dimension aux compostions.

Alors que des images projetées les montrent lorsqu’ils étaient jeunes, les musicos font leur apparition. Premier constat, ils accusent le poids des années : quelques rides, des cheveux ‘poivre et sel’ et des boucs aux poils hirsutes. Même les dreadlocks de Florian Dubos ont disparu pour faire place à une coiffure davantage dans l’air du temps. Certains parleront d’un cap qu’ils viennent de passer, d’autres de maturité.

C’est donc par le titre de la tournée que le généreux chevalier Poher entame son tour de chant. Une chanson autrefois interprétée en compagnie de Sita et plus récemment par Stéphane, mononyme d'une auteure-compositrice-interprète suisse. Un titre qui mènera le combo… dans la bonne direction !

Bien entendu, la fan base reprend en chœur ce refrain d’une composition devenue mythique et qui a su traverser les âges et les époques.

« Je cours », morceau racontant le destin d'un adolescent, rejeté de tous, qui cherche le bonheur malgré lui dans un univers ténébreux, exerce un retentissement profond. Musicalement, mais aussi parce que le sujet est malheureusement toujours d’actualité.

Alors que la tournade Kyo s’abat sur Ere, à l’instar de « Tout envoyer en l’air », « Chaque secondes » et « Je saigne encore », « Sarah », dans un registre aussi sombre, sur fond de violence familiale, de maltraitance et d'alcoolisme, vient apaiser les esprits, mais confortent les certitudes : Kyo est taillé pour le live. Une compo sur laquelle Benoît pose son grain de voix délicat et éthéré, armé d’une sèche. C’est alors que des milliers de smartphones s’illuminent à des dizaines de mètres à la ronde.

La dynamique se poursuit lorsque Dubos se charge, épisodiquement des vocaux, sous le regard attendrissant de Benoît qui, lui, préfère rester en retrait et épauler sn ami à la guitare acoustique.

Le spectacle est tellement foufou que le chanteur ôte sa veste pour laisser apparaître un marcel flambant neuf ; le vêtement idéal pour faire craquer les filles.

Si la recette de Kyo repose avant tout sur des textes introspectifs et des accords passe-partout, elle n’en demeure pas moins efficace. Une bande son moderne comme sur ce spectaculaire « Contact », titre d’ouverture de « 300 lésions »

Tandis que les sixcordes s'électrisent, le groupe jette un regard oblique et incisif sur la société ainsi que l'industrie musicale à travers des « Poupées russes » : ‘Dans la musique il y a des farces et les graines du futur / Et si souvent des coups d'État, parfois des investitures’.

Il est temps à présent de tourner la page, sans la déchirer. Et si l’on s’octroyait une « Dernière danse », sublime ballade acnéique soutenue en son temps par Sia et plus récemment par Cœur de pirate.

Que l’on aime ou pas ses relents post-adolescents et sa pop facile, Kyo fait preuve de fausse perversité en proposant un show d’une qualité rare. En se positionnant durant une heure trente en mode ‘best-of’, il montre ainsi à ses détracteurs les plus virulents qu’il dispose encore suffisamment d’énergie, de maîtrise et de pugnacité pour tenir encore au minimum 20 années de plus.

La recette Kyo est d'exploiter au mieux un terrain de jeu qu’il connaît parfaitement, un espace à la signature reconnaissable, un renouveau dans la direction artistique ainsi que de la précision dans le travail d’écriture et de réalisation.

Il est environ 23 heures lorsque le set s’achève. Kid Noize bénéficie d’une large renommée sur le sol belge. C’est chez lui. Trois albums, trois bandes dessinées et une dizaine de singles dans le Top50 belge, ce n’est pas rien quand même !

Votre serviteur va troquer son accoutrement de festivalier au profit d’un costard cravate, la vie reprenant ses droits inlassablement.

Il est impatient de retrouver une édition marquée par des aménagements revus à la hausse, une scène en plein air doublée au niveau de son espace et un chapiteau qui a gagné 600m2, mais tout en maintenant cet ADN qui est proposé aux Les Gens d’Ere, un festival qui se démarque par sa singularité, son éclectisme et sa richesse de programmation.

Il semble que le festival ait battu le record d’affluence de l’année dernière (25 000), soit une fréquentation cumulée sur trois jours de 30 000 personnes. Décidément, les chevilles ouvrières du ‘Les Gens d’Ere’ ne manquent pas… d’air !

A l’an prochain !

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Les Gens d’Ere 2024 : samedi 27 juillet

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Si les nuages se sont pressés en masse, cette journée de samedi est climatiquement acceptable ! Il fait assez doux, même si la fraîcheur causée par le vent du Nord vient atténuer cette sensation de connaître enfin l’été, en 2024. Vivre en Belgique demande quand même une fameuse faculté d’adaptation !

Les Gens d’Ere, contrairement à pas mal de ses homologues, ne prolongent pas les festivités jusqu’au bout de la nuit. Dès lors, les stigmates de la veille sont à peine visibles, et le visage des festivaliers accuse si peu la fatigue. A peine, y distingue-t-on les cernes.

Le menu du jour recèle des artistes confirmés, certes, mais également des artistes de second plan destinés surtout aux plus jeunes, voire très jeunes au vu du nombre de têtes blondes qui peuplent le site, aujourd’hui.

Alors que votre serviteur arrive tambour battant, tel un soldat partant pour la guerre, le set de Doowy s’achève. Pas le cuisiniste notoire pour son accent à couper au couteau, mais Thibaud Demey (à l’état-civil), un ex-musicien de Lost Frequencies et Mustii.

Malheureusement, les dernières notes résonnent au moment de se planter devant le podium et, par conséquent, impossible d’émettre un avis quelconque à propos de sa prestation.

Autant se rendre sous la tente pour y (re)découvrir Alice On The Roof.

Remarquée à The Voice Belgium, où elle atteint la demi-finale, Alice On The Roof peut se targuer d’être devenue une artiste à part entière.

Drivée en son temps par Marc Pinilla, le charmeur du groupe Suarez, la belle a réussi à imposer un style qui n’appartient qu’à elle, notamment grâce à « Easy Come Easy Go », un titre issu d’un premier opus baptisé « Higher », largement diffusé sur les ondes noir-jaune-rouge. Une fierté nationale !

L’évidente qualité de cette composition, mais d’un autre temps, lui permet de récolter une critique médiatique et populaire unanimes, bien utiles pour (s’) expérimenter et acquérir un crédit scénique.

Un piano couleur alu trône au milieu de l’estrade. Vêtue d’une robe pailletée et coiffée de cheveux d’un vieux rose dégoûtant, elle pose son séant devant cet imposant instrument en entame un « Mistery Light » doux comme un crâne chauve. Puis, très vite, des beats électroniques viennent rompre ce moment hors du temps. Le tempo s’accélère et la petite se laisse emporter au sein d’un univers emprunté à la Tim Burton. Parce que du mystère, Alice sait s’en entourer !

Alors qu’il y a quelques années, elle avait assuré aux Les Gens d’Ere un concert en formule groupe, elle se produit aujourd’hui, seule, comme une grande, dans le cadre de sa tournée ‘The Girl in the Mirror Tour’. Un choix assumé, dit-elle ! Enfin pas vraiment, puisqu’un préposé se charge des percussions sur l’une ou l’autre de ses compositions.

Difficile d’occuper l’espace scénique lorsque tous les musiciens sont aux abonnés absents ! Et pourtant, la demoiselle y parvient fort bien. Elle est soutenue par une loop machine qui produit des boucles. Un coup, j’te mets une batterie, un coup, j’te mets une note de synthé, et hop, le tour est joué. Alice est devenue à la chanson ce que Garcimore était à la magie.

Une formule, en tout cas, qui lui permet de faire découvrir une chanson récemment sortie, « Change my world », soit un avant-goût d’un futur elpee. Et afin d’illustrer le propos, des écrans diffusent de manière sporadique des saynètes. Au cours de l’une d’entre elles, une main place des objets dans une maisonnette. Bizarre non ?

Une compo qui confirme que la Sonégienne a acquis de la maturité.

L’humour (un peu facile) est devenu une nouvelle qualité chez celle qui était encore une grande timide il y a peu de temps, lorsqu’elle évoque Brad Pitt et ses origines wallonnes, référence aux critiques formulées à l’encontre de Georges-Louis Bouchez lors de la pose qu’il a prise avec l’acteur américain sur le circuit de Spa-Francorchamps.

Plus qu’une suite de chansons, on assiste à une véritable mise en scène au cours de laquelle une Alice versus ‘2.0’ s’émancipe enfin et se livre sans concession dans un exercice de style qui lui va comme un gant.

Sa voix éthérée et candide se pose ensuite pudiquement sur « Easy come easy go », un titre phénomène alors qu’elle n’a que 21 ans. Un son électro/pop qui a fait craquer les aficionados. Sa plume incisive, joviale et sautillante souligne des images en filigrane entre Alice et son lapin blanc, deux personnages qui nous emmènent tout droit aux pays des merveilles.

S’accordant une pause bien méritée, elle regagne les coulisses. C’est alors qu’on la voit, muette, brandir de grandes pancartes sur lesquelles des messages défilent… du style : ‘Que boit la vache ?’ ou encore ‘Imitez le bruit d’un animal svp’. Alors que le public se transforme soudainement en troupeau, Alice revêtue d’un accoutrement de fermière, conduit le bétail vers une nouvelle compo dont le refrain est apparemment d’une complaisance déconcertante (‘TOU TOU TOU, TOU TOU TOU’). Facile et mièvre ? Pas du tout, l’artiste installe une forme de communication d’une intelligence subtile !

Alors que le set prend fin, ‘Alice sur le toit’ surprend le public qui est littéralement médusé. Hybride, cette chanson est interprétée entre le français et un parfait anglais. Une manière pudique de comprendre également l’origine de son patronyme.

Avant de prendre définitivement congé de ses invités, elle demande aux milliers de personnes qui assistent à son set quelle est la meilleure bière locale. La Paix Dieu se dégage. Et vous savez quoi ? Si on en boit 50, on tombe « Malade », une manière futile et insidieuse d’annoncer ce titre incontournable issu d’un deuxième elpee éponyme. Une fable faussement réservée, mais autobiographique, écrite à quatre mains avec Vianney, et dans laquelle elle clame à qui veut l’entendre, et dans la langue de Voltaire s’il vous plait, que ‘ma maladie, c’est tout simplement d’être moi !’. De quoi devenir schizophrène…

Bref, on a assisté à un show dynamique, surprenant et aux antipodes de ce à quoi l’on pouvait s’attendre.

Et dire que tout a commencé lorsque Alice est partie recommencer sa rhéto à Brookings, en Oregon. Un déclic déterminant pour la jeune fille de 17 ans à l'époque car elle a participé à une chorale : les 'Sea Breeze'. Et ce sont ces mêmes personnes qui lui ont donné envie d'exploiter cette voix qu'ils adoraient.

A défaut de marcher sur le toit, l’artiste a fait grimper l’auditoire vers des cieux animés, à l’aide d’une palette de chansons colorées, subtiles et efficaces. Surprenantes même ! De la chrysalide, cette ‘Dame’ s’est transformée en papillon !

Le concert de Black M. accuse facilement trente minutes de retard. Paraît qu’Alpha Diallo et tout son team ont été bloqués à Paris alors que les Jeux Olympiques battent leur plein. C’est même la Police locale tournaisienne qui a dû les escorter pour leur permettre d’arriver plus rapidement. Des artistes qui pourront se targuer d’avoir vécu une journée… légendaire !

Le gars se pointe, accompagné de deux choristes féminines. Deux blacks. L’une porte une tenue serrante laissant entrevoir ses bourrelets, tandis que l’autre a emprunté la coiffure de Princesse Leia.

Appuyé par la basse, la batterie et la guitare, l’artiste fonce droit dans le mur. « Sur ma route » est repris en chœur par sa fan base, soit de très jeunes enfants (entre 5 et 10 ans).

Deux ou trois chansons suffiront à votre serviteur qui préfère prendre ses jambes à son cou et poursuivre… son chemin vers le temple qui accueille Santa.

Une habituée des lieux, à la différence près qu’ici elle ne campe pas avec Hyphen Hyphen. Et cerise sur le gâteau, c’est la première fois qu’elle va chanter ses propres chansons en Belgique !

A moins d’avoir passé ces derniers mois sur une île déserte, personne n’a pu échapper au succès fulgurant (presque inattendu) de Samantha Cotta (NDR : c’est son vrai nom !)

Après nous avoir bercé de sa douce ballade en mode piano-voix sur « Popcorn salé », une compo écrite dans l’urgence, presque par égarement, qui paraîtra sous l’impulsion et les encouragements de ses comparses Laura Christin, alias Line (basse, percussions), et Romain Adamo, aka Adam (guitare, synthé), la jeune dame s’émancipe et grave un premier album sobrement intitulé « Recommence-moi ».

Alors que la pop anglophone constituait jusqu’à présent sa ligne directrice, notamment au travers d’HH, la Niçoise prend un virage à 180 degrés en réalisant un très réussi premier essai solo, chanté dans la langue de Voltaire.

Toute de noire vêtue (NDR : enfin presque !), elle est chaussée de godasses brillantes et a enfilé un perfecto sur lequel est floqué ‘Santa’ en rouge pétant. Soutenue par un batteur au drumming corrosif et une bassiste qui n’est autre que Line (sa meilleure amie), elle débarque en tenant un fumigène qui lui brûle les doigts.

Elle est heureuse de se retrouver parmi les siens, car elle vient de se faire adopter par la Belgique. Elle compte se jeter aujourd’hui à corps perdu dans un univers où règnent l’intime, la retenue et la douceur.

Multi-instrumentiste, elle alterne piano et guitare, ses deux instruments de prédilection, qui viennent soutenir sa voix puissante. Qu’elle met parfaitement en exergue sur « Eva », une magnifique chanson qui s’impose sur fond d’appel à la résilience. Des cris d’amour fusent. Comme elle ne parvient pas à cerner leur origine, elle les rend, mais en plus fort encore.

Un concert ponctué de surprises ! A commencer par « Les larmes ne coulent pas », qui a bénéficié, lors des sessions d’enregistrement, de la complicité de Christophe Willem, un artiste devenu aujourd’hui son ami. Il s’invite le temps d’une chanson, entre simplicité et fausse grandiloquence, lors d’un duo uni par des larmes amères. Mais n’y a-t-il pas larmes plus amères que celles qui ne coulent pas ? Quoiqu’il en soit, elle finit ce titre, le sourire et le regard sereins, debout sur les retours posés à front de scène.

Afin de reprendre son souffle, Line, armée d’une sèche, pose ses fesses sur le grand piano noir qui domine et entame un « Paradis » sulfureux pour ceux qui sont partis juste au-dessus du soleil. Une chanson qui exploite au mieux l’univers intrinsèque et le champ lexical de la jeune dame.

Fidèle à son style unique et son spectre lyrique hors du commun, Santa se regarde dans le miroir avec introspection pendant ses « Popcorn salé » et le désir de recommencer son histoire, à l’instar d’une césure sur le temps. Entre ambition, espièglerie et qualité rare, l’artiste s’était essayée au métier de cascadeuse en interprétant ce premier titre, perchée à plus de 40 mètres de haut ! C'était à Bruxelles, sur la place de la Bourse. Un « Popcorn salé » à son apogée, en quelque sorte !

Aux crashs, un petit garçon pleure, Santa ne peut résister à le consoler. Il s’appelle Martin. Elle l’invite sur scène à terminer, en duo, cette sublime chanson. Alors qu’il n’a que 5 ans, ce petit bout de chou connaît parfaitement les paroles et focalise donc les regards du public, devenant même le centre de tout, au détriment amusé de la Reine du jour.

Et puis, dans une parfaite communion, les milliers de festivaliers se transforment en une chorale parfaitement synchronisée, pour chantonner un joyeux anniversaire à ce gentil mioche. Une date qui restera gravée dans sa mémoire...

Alors que les musiciens se retirent en backstage, la grande Dame tente un mashup (ou potpourri). Pour la circonstance, elle associe le « Paradis blanc » de Michel Berger et Désenchantée de « Mylène Farmer ».

Puis ses fidèles comparses reviennent sur l’estrade. Santa s’interroge sur « Mais où le temps s’en va », une compo où les mots et les mélodies s’embrassent tendrement dans un tourbillon émotionnel et onirique d’une intensité rare.

Le concert touche à sa fin. L’artiste met l’accent sur « La différence », ersatz de manifeste sur le bien vivre ensemble avec, en filigrane, cet espoir latent de tolérance, d’insouciance et de communion.

Au cours de son show, certaines sonorités pop/rock contemporaines ont rappelé celles qui ont fait les beaux jours de la formation au sein de laquelle elle milite toujours.

Alors qu’elle s’apprête à s’éclipser, elle change d’avis et descend dans l’arène tel un gladiateur, pour un dernier combat. Mais ici, pas question d’épée ; elle, son truc, c’est le partage et la générosité ! Elle s’amuse au jeu du ‘hug’. Des câlins sont posés délicatement à une poignée de chanceux. Un moment suspendu et hors du temps !

Dans l’univers de la chanson française, Santa peut être considérée comme une grande artiste. Et en interprétant « Recommence-moi » en guise de ‘Happy end’, elle démontre qu’elle mérite amplement cette distinction. 

Sur la scène extérieure, Louane débarque en mini-short, bas noirs et petit top. Il en faut du courage pour se promener quasi-nue alors que le froid vient de tomber en terre tournaisienne.

La majorité de l’auditoire réunit des familles : parents, enfants –souvent très jeunes– et même grands-parents. L’artiste ratisse large. Mais la fosse est pleine. A défaut de rien…

Elle est seule sur le podium, elle aussi (décidément !) s’est plantée devant une kyrielle de machines destinées à la soutenir ce soir.

Elle a été révélée lors de la seconde saison de ‘The Voice’. Actrice à ses heures perdues, c'est surtout son rôle dans ‘La famille Bélier’, pour lequel elle a remporté un César, qui lui a permis d'obtenir cette reconnaissance médiatique.

Elle entame son tour de chant par « Donne-moi ton cœur », un cri de détresse chargé d'émotion. Mais en alignant des morceaux comme « A quoi tu penses ? », « Nos secrets » ou encore « Aimer à mort », l’un de ses plus gros succès, le répertoire devient gnangnan et pompeux.

Hormis la fan base qui voit en Louane la déesse de la nouvelle chanson française, ses chansonnettes à deux balles ne prennent qu'un essor tout relatif dans les ‘portugaises’ de votre serviteur. C'est niais et ennuyeux à s'en décrocher la mâchoire. C’est tellement casse-* (à vous de choisir le terme complémentaire) qu’il entend les poils de sa barbe pousser ! Dommage !

Mais, pour que la critique soit objective, il est nécessaire qu’il suive le concert jusqu’à son terme (ou presque). C'est donc en manifestant un certain enthousiasme (?!?!?) qu’il se mue en parfait spectateur. Mais, rien n’y fait ! C’est artistiquement pauvre et musicalement au ras des pâquerettes. Et que dire des thématiques, dignes d’une ado prépubère ?

Elle embraie par son tube « Jour 1 » dont le refrain est repris par une bonne partie de la foule. Qui semble ravie, voire heureuse...

Manifestement, Louane prend du plaisir et entraîne la foule dans son show infantile. Tant mieux pour elle !

Le rideau tombe, la nuit s’est emparée des lieux. Henri PFR s’apprête à livrer un set qui va s’avérer, comme souvent, de bonne fracture, entre musique électronique et prouesses pyrotechniques.

Surnommé ‘le petit prince des platines’, il s’est imposé comme la nouvelle sensation de la scène électro made in Belgium. Mais pas seulement, puisque son talent s’exporte à l'international. Aujourd'hui, il se produit dans de grands festivals, depuis Tomorrowland, en passant par l'Ultra Music, Lollapalooza et même Electroland, à Disneyland. Bref, le Belge est devenu un fameux bourlingueur.

Aux Légendes d'Ere, l'artiste tient ses promesses. Un show dynamique et sans concession où la seule constante est la flexibilité de son matériel.

Entre ‘beatmatching’, ‘drop’ ou encore ‘cue’ (des termes propres à ce genre musical), survitaminé, celui qui se produit au-delà des frontières, se livre dans un set propice à la furie sidérale. Aucun doute, Mister Peiffer est à nouveau le king ce soir en s'imposant non pas comme nouvelle sensation, mais en talent confirmé.

Bien sûr, les nightclubbers s’éclatent alors que les autres tendent une oreille plus ou moins distraite au Djset de l’artiste.

La fatigue commence à gagner les organismes, les effets de l’alcool se manifestent, les paupières tombent. Votre serviteur estime qu’il est plus sage de regagner ses pénates. A demain !

(Organisation : Les gens d’Ere)

Whirle

Berlin haircut (single)

Écrit par

C’est en France que Mathheus Nascimento (NDR : il est issu de São Paulo) a tout d’abord fondé Slowaves en compagnie de Carlos Duarte.

Mais au fil du temps, le projet lui paraît de moins crédible, et il décide de retourner dans la plus grande ville du Brésil et d'Amérique du Sud.

Il renoue alors avec Vita Conti, qu'il connaissait depuis plusieurs années.

Il en explique la raison :

‘C'est l'une de mes meilleures amies, une artiste et une designer incroyable, et nous partageons les mêmes influences musicales et esthétiques.

Je lui ai envoyé quelques démos de Whirle et nous avons décidé de travailler ensemble.

Elle m'a toujours aidé en me faisant des suggestions sur la composition et la direction sonore à emprunter’.

« Berlin Haircut » constitue le second single du groupe, une compo de synthé-pop sombre, mais riche de nuances jangle-pop, shoegaze, dream pop et slowcore. 

Rêveur et atmosphérique, ce morceau combine des voix intimistes et feutrées aux couches de guitares dissonantes, chargées de réverbération, créant une version délicate mais entraînante d’une expression sonore à l’énergie déstabilisante…

Le single « Berlin Haircut » est en écoute ici

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Double Wish

Univers sometimes (Ep)

Écrit par

Avant de fonder Double Wish, en 2020, les multi-instrumentistes Philippe Andre et Adam Sabolick avaient participé à différents projets musicaux dans la région de Los Angeles ; et ce depuis 2007.

« Univers sometimes » constitue son nouvel Ep, quatre plages aux guitares étincelantes et aux rythmes groovy dont les textes abordent les thèmes du temps, de l'amitié, de la mortalité et du désir.

« Universe Sometimes » n'est pas une réponse à une question, c'est juste une question perpétuelle…

 Adam s’explique :

‘Je suis seul occupé de chercher et d'aspirer à quelque chose.

Lorsque le groupe apparaît, les choses s'éclaircissent et deviennent ludiques.

Comme dans toute notre musique, il y a un va-et-vient constant entre la lumière et l'obscurité, la joie et la tristesse.

Je ne pense pas que ce soit quelque chose que nous ayons consciemment décidé de faire, je pense que c'est juste la réalité de l'existence…’

Extrait de « Univers sometimes, « Papers est en écoute ici

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Been Stellar

Screaming from new york, NY

Écrit par

Fondé à l'université de New York, Been Stellar est de plus en plus présent (voire omniprésent), sur la scène musicale de la Grosse Pomme.

Cette jeune formation s'inspire du bruit chaotique de NYC qui rythme la vie quotidienne de ses habitants. Ce qui explique le titre de son premier album « Scream From New York, NY ».

Les musicos ne sont pas les premiers à s’en inspirer mais ils affirment qu’y vivre, c'est voir la ville osciller entre l'effondrement et la renaissance, et inversement.

A travers leurs compos, ils relatent plusieurs événements réels très différents qui se sont produits et soulignent le nombre de crises aux proportions apocalyptiques que New York a déjà traversées au cours de ce siècle.

Been Stellar n'incarne peut-être pas une véritable renaissance du rock, mais au moins, il cherche à faire en sorte que les mauvais moments soient agréables à vivre.

Issu de « Sreaming from new-york, NY », «  Pumpkin » est disponible sous forme de clip vidéo là.

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Lunar Isle

Parasol

Écrit par

Lunar Isle, c’est le projet de David Skimming, un Ecossais établi à Séoul.

Mêlant dream pop, shoegaze classique et éléments indie rock, ses paysages sonores complexes et atmosphériques se distinguent par leur qualité onirique ; et ses mélodies chatoyantes, teintées d’une touche de mélancolie, reflètent à la fois la chaleur et l’introspection provoquées par un été imaginaire…

« Parasol » constitue son quatrième elpee, une œuvre dont la bedroom pop rêveuse et enchanteresse est traversée de cascades de guitares fluides et parfois par des rythmes électroniques…

Issu de « Parasol », « After Sun » est en écoute là

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Berezina

Last Exit (single)

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C’est la Berezina ! Cette expression traduit une déroute, une mauvaise situation. Et tout particulièrement le plan sportif ou électoral, alors qu’en réalité, la bataille de la Bérézina (NDR : une rivière qui coule en Biélorussie où le combat s’est produit) constitue une victoire militaire de Napoléon face à l’armée russe, en 1812.

Berezina, c’est également le patronyme choisi par un groupe parisien.

« Last Exit », c’est son troisième single, et le deuxième qui sera inclus sur son premier Ep. Shoegaze, sa musique est décrite comme un mélange vibrant et kaléidoscopique de sonorités rêveuses, réverbérées, noisy et mélancoliques.

Côté textes, le morceau traite du moment où les rêves d’une personne sont complètement brisés, et où le vide et la peur de l’échec s’installent, suscitant toutefois le soutien et le réconfort d’un compagnon…

« Last Exit » est en écoute là

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Les Gens d’Ere 2024 : vendredi 26 juillet

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Et si Les Gens d’Ere devenaient… légendaires ? Car si l’évènement était à l’origine une farce entre une copains autour d’un peu de musique, de joie et de bonne humeur, le festival s’exporte aujourd’hui au-delà des frontières.

Mais contrairement à beaucoup de ses homologues (Dour Music Festival, Ronquières, etc.), ici, on ne badine pas avec l’esprit de camaraderie, qui lui n’a pas changé d’un iota ! Exit les trucs pompeux, la simplicité EST la règle ! Même le stand VIP fait les frais de cette culture ; il est réduit à sa plus simple expression ! Celui qui veut s’y restaurer ne trouvera ni caviar, ni champagne, mais de la bière et une bonne grasse frite !

Bref, Les Gens d’Ere est le festival par excellence où l’on s’y sent comme chez soi, entouré d’une équipe de bénévoles passionnés et souriants.

De nombreux transats en palettes sont disséminées un peu partout, histoire que les festivaliers se sentent comme à la plage, le soleil en moins, car si la journée de jeudi a laissé le sol jonché de boue, cette journée de vendredi, épargnée tout de même par la pluie, n’en est pas moins nuageuse et très fraîche. Les uns la bouderont tandis que les autres y verront un bon moyen de s’habituer à la saison automnale, pas si lointaine finalement. Que l’on se réjouisse, car par comparaison, la situation ne peut pas être aussi désastreuse. Souvenez-vous des torrents de précipitation qui s’étaient déversés, l’an dernier, obligeant les festivaliers à déguerpir des parkings devenus impraticables.

La configuration est identique aux formules précédentes. Deux scènes se côtoient, l'une couverte baptisée ‘Le Chapito’ et une autre ‘Plein Ere’ logiquement outdoor. Elles se situent à une encablure l’une de l’autre, ce qui permet de s’y rendre en quelques pas seulement. Elles proposent en alternance un line-up cohérent car on mise encore et toujours sur une affiche la plus éclectique possible. Mais de qualité !

Les familles s’y exposent le temps d’un long week-end. On y croise de jeunes couples entrelacés, des personnes plus âgées avec leur cabas ‘Action’ et des parents accompagnés de leurs rejetons. A moins que les enfants n’y accompagnent leurs parents ?

Se déroulant sur quatre jours maintenant (rentabilité oblige), le jeudi fait la part belle à un groupe de cover qui sévit beaucoup sur la région : Zénith. Trop peu pour votre serviteur !

Priorité donc aux vendredi, samedi et dimanche !

Alors que la montre de votre serviteur indique 19h00, direction le chapiteau pour y découvrir Youssef Swatt’s,

Le gars vient de Tournai, une ville francophone de Belgique située en Région wallonne (Wallonie picarde) et en Flandre romane, chef-lieu d’arrondissement de la province de Hainaut et siège de l'évêché de Tournai. La messe est dite !

Il a déjà bien bourlingué ! Cinq albums à son actif, des collaborations avec des artistes belges et français de renom tels qu’Oxmo Puccino (« Le poids des mots ») ou Demi Portion (« Maintenant ou jamais ») et a assuré le supporting act des concerts de IAM, en 2022, mais aussi de Bigflo et Oli, en 2023.

Cocorico, il y a quelques jours seulement, Youssef Swatt’s a remporté l’émission française de rap ‘Nouvelle Ecole’, dont la finale était diffusée sur Netflix. Et dire que les spectateurs ne savent même pas que l’artiste qui grimpe sur l’estrade est une future figure montante du rap !

Son histoire s’apparente à un véritable conte de fée. Âgé de seulement 14 ans, le gaillard sort un premier Ep, « L’Amorce », qui lui permettra d’être repéré par le Scylla, phénomène belge. Prolifique, « Vers l’infini et au-delà » sortira en 2017, « Poussières d’espoir » en 2020 et enfin, « Pour que les étoiles brillent », en 2022.

Alors que votre serviteur n’épouse pas nécessairement le genre, la musique du gars est différente pour deux raisons essentielles. Premièrement, il se produit en groupe, phénomène plutôt rare, les artistes de ce style se contentant souvent d’un DJ derrière les platines pour l’enveloppe musicale. Ensuite, son écriture n’est pas vindicative à l’instar d’autres de ses congénères. Et pas davantage d’insultes vis-à-vis des ‘keufs’ (Trad : la police) et des ‘meufs’ (Trad : les femmes) qui ne sont pas toutes des putes. Ah bon ?

Youssef est soutenu par quatre larrons chargés de lécher ses propos tentaculaires (basse, guitare, clavier et batterie). Le chapiteau est bien rempli, signe que l’artiste a déjà acquis une certaine notoriété.

Maîtrisant les codes du hip-hop grâce à des compositions enivrantes et chaloupées, l’artiste se livre entre lyrisme poétique et introspection maladive. Maniant une plume taillée comme du silex, il regarde dans le rétroviseur de sa vie avec humilité. Des compos touchantes et une expression sonore légère sur fond grave ainsi que des thématiques qui traitent de la vie, la mort ou la résilience, à l’instar de « Générique de fin ».

Comme il le souligne ouvertement dans « Etoile filante », une chanson interprétée à l’origine en compagnie de COLT (un duo belge, né sur des cendres de Coline et Toitoine), ‘notre histoire est belle’ constitue une référence aux relations qu’il entretient depuis toujours avec sa fan base. Sa victoire n’est pas seulement sienne, mais celle de toute une équipe.

Il rappelle s’être présenté devant un public alors qu’il n’avait pas acquis la popularité que l’on connaît aujourd’hui. De statut d’OVNI à artiste confirmé, il se remémore le temps passé, avec un brin de nostalgie (« Remonter le temps »).

Malgré des basses assourdissantes handicapant de temps à autre la bonne compréhension des textes, l’artiste est devenu une figure de proue dans le paysage noir-jaune-rouge et attise la curiosité en proposant un set éblouissant, au sein duquel scintille une « Etoile filante ».

Autre style, autre podium pour un digne représentant du rock belge, Ykons. Un habitué, puisqu’il se produit pour la 3ème fois sur la plaine du Les Gens d’Ere.

Le groupe liégeois (aucun doute vu l’accent prononcé !) réunit Renaud, Yann, Patrick, David et Ben. Né sur les cendres de Can D (NDLR : décidément le crématorium tourne à plein régime), les comparses empruntent un chemin initiatique, dès 2019. Le succès progresse lentement. Ykons grave un premier elpee, « Reflected », qui lui permet de se forger une solide réputation et par conséquent de disposer d’un répertoire substantiel pour les festivals. La suite ? Un beau succès critique et d’estime !

Le set de ce soir est malheureusement conjuré par le sort. Une longue intro devait permettre aux musiciens de monter sur les planches. Plusieurs tentatives et un reboot du mac seront nécessaires pour y parvenir. Renaud s’excusera en off, ‘le Windows 97 s’est planté’, dira-t-il.

L’incident clos, alors que le batteur assurait derrière les fûts durant de longues secondes, le claviériste le soutient rapidement, puis le guitariste et enfin le bassiste embraient, alors que le chanteur est perché tout en haut d’une estrade plantée au milieu du podium. « Red light » ouvre alors les hostilités !

C'est très vif et entraînant. Le public s'emballe et les muscles, jusque-là statiques, sont pris de mouvements saccadés au gré de cette rythmique un brin indolente. Et s’il s’agissait du syndrome Gille de la Tourette ?

Renaud Godart marque là, au fer… rouge, une intro pour le moins percutante.

C'est techniquement époustouflant, humainement enrichissant et musicalement céleste. Un combo qui signe le retour à de la bonne musique comme sur ce « State of mine », nourri à l’indie-pop et coloré de touches électro.

Les événements se dégradent malheureusement lors de « Open eyes ». Les enceintes en façade décident de faire grise mine, privant ainsi l’auditoire d’une bonne partie de la compo. Les musiciens, amusés et gênés à la fois, poursuivent, inébranlablement leur mission contractuelle, simplement aidés de leur moniteur in-ear (NDR : oreillettes placées dans les oreilles). De l’aveu même du vocaliste, c’est la première fois qu’il joue pour un public… qui ne l’entend pas ! Un surréalisme à la Belge !

Alors que les techniciens s’affairent comme des lions en cage, Renaud propose, si les enceintes ne parviennent pas les rendre fonctionnelles, d’assurer un concert acoustique autour d’un feu de bois, comme lors d’un camp de scout. Et le public d’y répondre en poursuivant a cappella. Un beau moment !

Le hasard est évidemment bien capricieux ! Alors que de nouveaux câbles sont installés, assurant la liaison entre la régie et la scène, le set se poursuit par… « Have a great crash ». Véridique !

Un mouvement de foule s’organise, jeunes et moins jeunes jumpent solennellement dans une ambiance bon-enfant. S’il ne s’agit pas du meilleur concert du groupe, il s’est produit devant le meilleur public, assurément !

Pour « Like a feather », debout face aux ‘floortoms’ posés sur l’estrade, le frontman et un de ses comparses prennent le pouvoir en martelant avec force et conviction les peaux, pendant que la guitare post-pop aérienne et légère s’envole et la basse vrombit dans les frontaux (qui pour l’instant, fonctionnent) en transperçant les corps plantés devant les barrières. Entre show diabolique, sueur, adrénaline et surprises, Ykons a démontré qu'il possède toutes les cartes pour emmener avec lui les plus fidèles, dans un tourbillon insensé. Sa seule limite étant l'imagination !

Alors que la guitare entame les premières notes de « Cloud nine » et ses faux airs à la Puggy, Renaud s’affranchit dans le public et d'une expression sans complexe, il chante, totalement décontracté, entre nonchalance et intuition.

Grâce à des effets de guitare aériens, il y a chez Ykons une filiation lointaine avec Coldplay (groupe de pop/rock britannique originaire de Londres en Angleterre, formé en 1997, et drivé Chris Martin) en termes de compositions que de l’approche sonore.

Puisqu’on ne dit jamais aux gens qu’on les aime, rien de tel que de reprendre à la sèche ce titre emblématique de Louis Chedid. Des mots qui touchent sur une mélodie caressante. Alors que les uns et les autres se touchent l’épaule en guise de fraternité, l’ambiance qui, jusque-là, était électrique, devient soudainement, le temps d’une chanson, intimiste.

La prestation s’achève ; cependant, le quintet ne pouvait quitter les lieux sans son « Sequoia Trees », un message adressé à l’être humain et à sa responsabilité à l’égard de tout ce qui l’entoure. Et de rappeler également que c’est ce titre qui a permis au band d’acquérir une véritable aura au royaume du moues/frites.

Pourtant contrarié par des problèmes techniques auxquels artistes, techniciens et public ont dû faire face, le concert d’Ykons restera l’un des meilleurs que le combo a accordés, sa fluidité s’avérant, de plus en plus, une de ses forces.

Grâce à une expression sonore bien dans l'air du temps, la formation liégeoise s'approprie les racines du genre et en extrait la quintessence pour le meilleur et… pour le pire.

La soirée s’achève déjà pour votre serviteur, la suite du programme se révélant moins alléchante. Entre un Mister Cover, mille fois entendu et un Quentin Mosimann taillé pour le dancefloor, il est toujours aussi perplexe vis-à-vis de ce type de spectacle (?!?!?) …

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Dour festival 2024 : dimanche 21 juillet

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Sous des allures de fête nationale, ce 21 juillet rime aussi avec la fin du festival de Dour ! Inutile de dire que les festivaliers mettent le paquet pour insuffler ce qui leur reste d’énergie afin de mettre une ambiance de feu.

‘Te Deum laudamus’ (Trad : ‘Nous te louons, ô Dieu’) ! Alors que les calotins se pressent dans les églises dans le cadre du Te Deum, à Dour on continue de communier comme des enfants de chœur.

La pluie que l’on avait prédite en abondance n’a finalement pas été dévastatrice. Juste quelques gouttes éparses qui ont fort bien été accueilles, d’autant plus que la veille, l’air étant devenu complètement irrespirable. La météo, n’est-elle pas censée prédire le temps ?

L’affiche du jour recèle bien des surprises aujourd’hui, à commencer par Hansel. Le groupe, pas le frangin de Gretel, référence au célèbre conte.

Le combo est drivé par Mathieu Buisson, un gars à la chevelure de lion. Armé d’une guitare, il est accompagné de Christian, Julien et Bob. Ce dernier, gratteur, n’est pas un inconnu, puisqu’il s’agit d’Eric Robette, un vieux de la vieille que l’on a notamment croisé chez Starving. Construit autour de Boods (un personnage notoire dans la région), ce groupe a sévi, il y a quelques années, et connu un joli succès.

Hansel fait office d’OVNI au ‘Garage’. Pourtant, le style expérimental semble plaire. Les festivaliers se sont rués en masse sous la tente, la musicalité intégrant les caractéristiques d’un univers allant du faux-romantisme désabusé à la métaphysique psychédélique avec ces riffs de guitares électrifiés qui s’enfoncent dans les portugaises jusqu’à marteler les tympans. Ce qui conduit à des chansons pas simples du tout sur le plan technique, mais d’une efficacité redoutable. Un jeu d’instruments d’une précision chirurgicale et qui cognent dans les gencives, comme l’uppercut du boxeur.

Si vous aimez les profondeurs abyssales sonores et les rêves subconscients accessibles, réjouissants et jouissifs à l’instar du morceau « First Fruit », Hansel et son post-rock intense et progressif est taillé pour vous !

Ceux-là bourlinguent depuis quelques années et ça s’entend !

RORI, la petite belge qui monte, est plantée sur la main stage. Sa taille est inversement proportionnelle à cette scène, qui pour le coup, paraît immense.

Votre serviteur l’a déjà vue à plusieurs reprises, tant sous cette formule que lorsqu’elle militait chez Beffroi en compagnie de son Valentin Vincent, décédé à l’aube de sa vie. Entre rap et électro, le cœur de votre serviteur chavire au contact de cette expression sonore desservie avec justesse et émotion par Camille Gemoets.

Toujours flanquée de ses fidèles serviteurs, l’ex-The Subs, Hadrien Lavogez, préposé à la guitare, et Loïc Lavogez, caché derrière les fûts, la demoiselle entame son tour de chant par « Ma Place », dont le phrasé, les sonorités pop et les appuis rythmiques sont très communicatifs. Le band livre une forme de pop/rock chanfreiné, qui lui va comme un gant.

Un set qui épluche une carrière jeune, mais fort prometteuse. Elle s’épanche éperdument dans son « Loser » ; mais elle comprend vite que « C'est la vie » révèle là aussi de beaux accents qui lui rongent le corps.

Le public, enivré par cette fausse nonchalance dont elle a le secret, n’y tient plus, l’exaltation des débuts rend les aficionados subversifs. 

Et que dire lorsque, elle se rend chez son « Docteur » pour y décrire la syncope d’une foule en délire.

Capable de vous retourner de solides punchlines, l’ingénue est devenue une figure de proue de la scène musicale noir-jaune-rouge. Elle s’affranchit des préjugés pour servir une sauce pop acidulée devant un public que l’on dit souvent élitiste.

Retour au ‘Garage’, non pas y réparer sa bagnole, mais pour assister au set de Joshua Murphy. Avez-vous, lorsque vous étiez jeune, découvert que le cadeau dans le kinder n’était pas celui auquel vous vous attendiez ?

C’est le cas ici ! Chanteur, multi-instrumentiste et auteur-compositeur, Murphy est épaulé par un préposé aux percus et aux effets, ainsi que trois demoiselles : deux violonistes et une violoncelliste.

Le public a déserté les lieux. Trois pelés et deux tondus scrutent les lieux comme de vieux cons qui guettent le bus.

Joshua s’avance d’un pas plutôt timide et entame tout de suite le concert. Une évidence saute aux oreilles : son timbre de voix –quelque part entre celui de Léonard Cohen et Nike Cave– ressemble à une ondulation grave qui viendrait d’outre d’outre-tombe. On est ici proche du spoken word (littéralement ‘mot parlé’), une façon particulière d'oraliser un texte, qu'il soit poétique ou autre.

Ses compositions hantent le même monde onirique et sourd que celui d’un dépressif. Sa silhouette dessinée en contre-jour, lui confère un côté mystérieux, voire gothique.

Très objectivement, les sonorités du lascar sont très intéressantes lorsqu’il effleure les cordes de sa gratte de ses doigts ou encore en se servant d’un archet (qu’utilise régulièrement Jónsi), telle l’arbalète de Guillaume Tell dont la flèche cible une brutalité cachée.

Les vagues sonores déclenchées par l’artiste, pourtant confirmé, ont dû mal à s’imposer. Il aurait été sans doute beaucoup intéressant de le découvrir au sein d’un endroit plus feutré, comme une église, cierge à la main ou alors dans son salon, une bouteille de whisky dans une paluche, et un cigare dans l’autre.

Joshua Murphy, c’est l’antithèse de Brutus qui se produit dans la Petite Maison dans la prairie. Il s’agit un groupe belge de post-hardcore, originaire de Louvain, formé en 2014.

Un trio. D’abord deux mâles, Peter Mulders à la basse et un Stijn Vanhoegaerden à la sixcordes. Ensuite, une gonzesse, Stéphanie Mannaerts, une petite brune aux allures de première de classe, dont les cheveux sont impeccablement lissés. Originaire de Louvain, le band s’est établi à Gand, une ville flamande réputée pour sa scène rock locale, et qui a notamment enfanté Soulwax, Too Many Dj’s ou encore Balthazar.

La fille se poste en front de scène, le micro posé à la hauteur de sa bouche pour chanter tout en jouant de la batterie. Ses compagnons préfèrent s’éloigner et se plantent à l’extrême gauche de l’estrade. La trouille ? On verra !

Après une longue intro au synthé, elle frappe les peaux, avec une violence telle que la rage se lit dans ses yeux, alors qu’elle affichait, jusqu’à présent, des airs angéliques.

La musique de Brutus oscille entre post-hardcore, alt rock, shoegaze, et sludge. Parfois elle fusionne les genres ou simplement les juxtapose, suivant les morceaux. Elle est à la fois étrange, pêchue, engageante, mélodieuse et rigoureuse, malgré les épisodes de saturation.             

Les titres s’enchaînent. Les mélodies ondoient ; ce qui permet aux morceaux de respirer. Tantôt, ils accélèrent, tantôt ils décélèrent, dans un ballet de va-et-vient qui donne le tournis.

La chanteuse braille comme un cerf en rut, jusqu’à son point de non-retour. Elle vocifère, crache sa haine et ses sentiments les plus profonds à travers un flow de paroles écorchées vives. La demoiselle possède du coffre et pas seulement dans le sous-tif. Ses envolées lyriques empruntent quelquefois des références à Amy Lee, la leader d’Evanescence.

Les chansons sont puissantes. Le kick vous rentre dans les tripes, la basse vous creuse le cervelet et les riffs de guitare cisèlent le slip. C’est viscéral, ça pue la rage et c’est d’une maturité rarement observée pour des jeunes musicos. Un régal pour les yeux et les oreilles. Un concert ultradynamique, riche et complet alors que le combo n’est, rappelons-le, constitué que de trois personnes. Force et respect !

Brutus porte un patronyme qui lui va bien ! A ce jour, c’est l’une des formations les plus excitantes programmées lors de cette édition du festival de Dour.

Putain, que ça fait du bien !

Girls In Hawaii est attendu de pied-ferme sous ce même chapiteau ! Les festivaliers, dont de nombreuses filles aux allures de mecs, se pressent en nombre afin d’être aux premières loges pour ce qui reste de devenir un moment d’anthologie.

Le groupe n’est pas venu présenter un nouvel opus, mais bien pour y fêter le vingtième anniversaire de « From Here To There », un premier essai qui les a propulsés au faîte de la gloire.

Il a foulé, à de nombreuses reprises déjà, la plaine du festival de Dour, il en connaît donc les contours, les travers et son caractère décalé et iconoclaste.

Le set commence par « 9.00am », le titre d’ouverture du disque. Antoine précise d’ailleurs que le show sera dispensé dans l’ordre du disque. Une compo percutante qui donne le ton, rapidement suivie par « Short Song For Short Mind » et ses accents vintage.

Alternant gratte électrique et sèche, Antoine Wielemans entame ce qui deviendra le premier succès radio, « Found In The Ground ». Sa voix est admirablement soulignée par celle de Lionel Vancauwenberghe. L’atmosphère s’électrise inexorablement.

Si aujourd’hui, des planchers ont été dispersés sur le sol, autrefois, il n’y avait que de la terre battue, ce qui permettait, lorsqu’on tapait du pied, de soulever la poussière. Puisque cette époque est donc maintenant révolue, le chanteur demande d’utiliser les vaporettos pour recréer cet effet de brouillard à l’instar d’un « Fog » qui enfume les pâquerettes.

Alors que « Fontannelle », morceau peu joué en live dans la carrière du band prend fin, le monstrueux « Flavor », caractérisé par son intro répétitive à la basse, embraie. Ce qui permet aux musiciens de se déchaîner. Si le frontman s’amuse à grimer, ses comparses laissent libre cours à une folie passagère où têtes et membres inférieurs communient ensemble, révélant un spectacle étrange, entre mouvements saccadés et danse de Sioux.

Alors que quelques petites secondes seulement s’écoulent, le sublime « Organeum », confirme que la formation, à l’instar de dEUS, est l’un des porte-étendards du rock belge.

Une chanson durant laquelle, le petit Toitoire, genoux posés au sol, semble entamer une prière.

Ses frasques artistiques ayant causé la perte des piles de son ‘in-ear’ (NDR : système de monitoring intra-auriculaire), un appel au secours est lancé au frontman qui s’élance, tel un guerrier.

Il faut attendre « Bees and butterflies », morceau mélancolique à la douceur âcre, pour retrouver un brin de sérénité, chaque membre du band conjuguant en chœur le refrain entêtant. Une chanson où la tessiture vocale du singer, légèrement éraillée, prend tout son relief.

Le set touche doucement à sa fin. Le leader annonce que le groupe a encore deux titres à caser et que, faute de temps, il faut faire vite.

Les arpèges de « Misses » et ses loops synthétiques sont chargés de souvenirs. L’ombre de feu Denis Wielemans, qui brillait derrière les fûts, décédé tragiquement d’un accident de la route en 2010, plane toujours. Il faut considérer cette sublime compo (elle est issue du remarquable « Everest) comme un vibrant hommage qui lui est rendu. Mais aussi un regard émouvant sur le deuil et cette faculté de résilience auxquels le combo a dû faire face, il y a quelques années.

Enfin, « Rorschach », outil d'évaluation psychologique, souvent perçu à tort comme un test de type projectif, est aussi et surtout un titre emblématique de GIH. Son flot de guitares salvatrices et saturées couronne un live décidemment plein de surprises. La précision du jeu des uns et des autres est impressionnante. Rythmique syncopée et chœurs viennent lécher encore un peu plus ce tableau arc-en-ciel.

Aucun doute, le groupe n’a rien perdu de son potentiel en près de deux décennies. Girls in Hawaii a une nouvelle fois prouvé, ce soir, qu’il reste incontestablement l’un des groupe phares de la scène indé-pop musicale belge.

Le temps d’enfiler ses bottes de sept lieues, des godasses magiques qui s’adaptent à la taille de celui qui les chausse et permettent de parcourir cette distance en une seule enjambée, votre serviteur arrive, en un temps record, au pied de la main stage pour le concert d’Oscar And The Wolf.

Si depuis des lustres, les loups ont l'habitude de hurler à la lune tous les soirs pour qu'elle s'illumine et pour pouvoir chasser ensuite, le gars sur scène a plutôt l’air d’un mouton. Et accompagné de brebis, pardi !

Flanqué d’un ersatz de peignoir, agrémenté de légères pointes de brillances, sans doute emprunté à Mike Tyson, Max Colombie, à la ville, est un chanteur de synthpop belge. Après avoir gravé deux Eps qui récoltent un certain succès, il sort, en 2014 un premier long playing baptisé « Entity », d'abord au Benelux puis dans le reste de l'Europe. En 2017, paraît son deuxième, « Infinity », et en 2021, son troisième, The Shimmer ».

Un cube aux allures gigantesques trône au milieu du podium. Plus qu’un simple élément décoratif, la forme géométrique sert d’appui à la diffusion d’images et de support aux scénographies. Et de danses (‘dance’ ?), il y en aura. Beaucoup !

Et dès « Warrior », le morceau d’entrée, l’artiste se transforme en guerrier, alors qu’il se hisse sur le plateau du cube tout en se trémoussant.

Tandis qu’une dizaine de danseurs se sont attroupés au pied du prisme dont toutes les faces sont égales et superposables, le chanteur descend de son piédestal et enchaîne par « The Game et Princes », un morceau chill qui s’inscrit dans une veine électro.

Le petit a livré une prestation haute en couleur, à l’image de ce qui ressemble à un maillot de foot de couleur rouge pétante, confectionné pour l’occasion. On ne peut rater ni l’inscription ‘DOUR 24’ dans le dos, ni l’écusson belge brodé sur le devant.

En tout cas, cet artiste connaît parfaitement les codes du genre et maîtrise la communication vis-à-vis de son public et des médias.

Entre les dansants « Angels Face », « Nostalgic Bitch », « Infinity », c’est encore lors du downtempo « You’re Mine » que la voix du prodige de la chanson devient la plus émouvante. Cette chanson est d’une puissance sidérale. Elle s’enivre d’un goût de bienveillance et de volupté.

Alors que la dynamique du show est bien ficelée, elle s’estompe quelque peu pour laisser place à un hologramme plaqué sur l’énorme cube ; des discours, aux allures philosophiques, apparaissant alors. Celui-ci qui semblait jusqu’alors plein de certitude, devient soudainement vulnérable.

Il s’éloigne de la scène, côté backstage, son avatar prend le flambeau et se livre très sérieusement dans un profond discours ‘Je ne sais plus qui je suis, parfois’ et de réapparaître vêtu d’une cape noire. Si la cape symbolise la puissance de Batman, l’artiste devient soudainement Joker, son ennemi juré, un laissé-pour-compte, abandonné. Une descente aux enfers où un homme fragile sombre dans la folie à travers une métamorphose autant physique que psychologique, reflétant l’image des titres plus sombres qui l’emmèneront jusqu’à la fin du show.

Clou du spectacle et fête nationale oblige, un feu d’artifice conclut une prestation que l’on retiendra tant par son engagement que par son envergure à l’Américaine.

Si le light show s’est avéré discret, à l’issue de spectacle, les inscriptions exposées de part et d’autre de la scène (‘It’s OK not to be OK’) restent visibles.

Une édition digne de ce nom. Des festivaliers curieux, des artistes venus d’ailleurs et une culture de la bonne camaraderie qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

Alors que les plus téméraires quittent d’un pas pressé le site, les autres, plus courageux, se réfugient auprès des nombreux sets dédiés à la musique électronique.

La prairie est impeccablement propre. Demain, le site retrouvera son pristin état et les tentes auront disparu du paysage.

Au loin, certains Borains répètent à tue-tête ‘In V'la Co Pou Ein An !’ D’autres s’efforcent de leur opposer l’imparable slogan ‘Dooouuurrreeeeeehhhhhhhhh’.

Une édition qui se termine dans la joie et la bonne humeur. C’est ça aussi le Festival de Dour !

(Organisation : Dour festival)

 

 

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