La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare,…

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La fresque de Vincent Delerm

Six ans après « Panorama », le chanteur cinéaste au cœur battant Vincent Delerm élargit encore son travelling sentimental en gravant « La Fresque ». Un huitième album dont la chanson-titre parlée, sur un arrangement tout en palpitations électroniques et…

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Blackmore´s Night

The Best Of

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Alors que "Ghost of a Rose", nouvel album du projet moyenâgeux de Ritchie Blackmore, est dans les bacs depuis moins de deux mois, quelle n'a pas été ma surprise de découvrir ce bien étrange produit. Etrange, mais néanmoins séduisant pour quiconque est passé à côté des deux premiers albums de Blackmore's Night. Ce "Best of", qui ne contient aucun inédit, n'a absolument aucun intérêt pour les fidèles fans de cette formation. Il constitue en fait une compilation des meilleurs moments de "Shadow of the Moon" et de "Under a Violet moon", soit les deux excellents premiers opus du groupe de ménestrels formé par le guitariste de Deep Purple. Tombé sous le charme de la délicieuse Candice Night, Ritchie n'a plus d'yeux que pour la belle et a délaissé son hard rock mélodique au profit d'une musique fortement influencée par la Renaissance, la musique ancienne et le folk. Finement construit, chaque titre nous transporte à l'époque des châteaux forts et des tournois. L'aspect mélodique, parfois proche d'un Rainbow version acoustique, est renforcé par la voix douce et sensuelle de Candice Night qui évoque Maggie Reilly, chanteuse de Mike Oldfield période "Moonlight Shadow". De "Magical World" à "Greensleeves", de "Under a violet moon" à "Now and then", ce "Best of" partiel n'est que pur bonheur. Même si la réputation du personnage est loin d'être reluisante, Ritchie Blackmore n'en demeure pas moins un fameux génie !

Blacktop

I Got A Baaad Feelin´ About This - The Complete Recordings

Avant d'être à la tête des fabuleux Dirtbombs, Mick Collins s'est fait la main dans plusieurs groupes, dont deux au moins sont aujourd'hui inscrits dans l'histoire secrète du rock'n'roll : The Gories et Blacktop. Chez les premiers, il a devancé de quinze ans la vague garage qui nous touche aujourd'hui de plein fouet. D'ailleurs, les White Stripes, les Hives et Jon Spencer le vénèrent. Chez les seconds, il n'a fait que reprendre les mêmes plans, foireux, en tentant un son plus tribal et plus crade. Alors que vient de sortir un nouvel album des Dirtbombs, voilà donc qu'In The Red, excellent label garage-rockabilly basé à Detroit, réédite aussi l'intégrale des Blacktop, qui tient sur un cd. En 1994, Mick Collins n'avait pas trop envie de réitérer le fiasco des Gories : malgré l'aura qui entoure aujourd'hui le groupe, à l'époque tout le monde s'en fichait… C'est pourquoi Collins, dès que ses Blacktop partirent en couilles, décida de laisser tomber l'affaire. Schéma classique : la came, rendant les gens fous et surtout très cons et avides. Cette fois, on ne l'y reprendrait pas : plus question de faire les mêmes erreurs, et qu'ils aillent tous se faire foutre (" If you're an heroin user, I hate you. Die. God gave man heroin to kill off stupid shitbags like you so there'd be more of His Green Earth for the rest of us. Die now. You all stink ", peut-on lire dans le livret du cd). Pourtant, la musique était bonne : de sa voix caverneuse, Collins éructe du rock'n'roll salace et rampant, teinté de rythm'n'blues et de rockab' à la Cramps. A la basse, Alex Cuervo, petite frappe qui sait faire swinguer ses cordes. Et puis ce couple : Darin Lin Wood à la guitare (et parfois au chant), sans doute un pote de Lux Interior, et Janet Walker à la batterie, sur qui Meg White aurait copié sa nonchalance déjà légendaire (ah, ces femmes aux fûts !). Il faut écouter ces excellents " Planet Earth (@#*!!) ", " Blazing Streets " et " Your Pretty Face (Is Goin To Waukeegan) " (une référence aux Stooges) pour se rendre compte que les Blacktop avaient tout pour devenir un grand groupe (du style, de la classe, de la hargne, du mystère). Ce cd compile " I Got… ", leur seul album, deux Eps (de reprises) et deux faces B., en tout 26 morceaux d'une beauté vénéneuse. Sûr qu'en 2003 ces Blacktop auraient fait un malheur. Restent Mick Collins et ses Dirtbombs, à qui l'on souhaite une toute autre carrière, moins confidentielle. But about this, we have a goood feeling….

 

Blaze (Blaze Bailey)

As Live as it Gets

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Blaze Bayley capitalise le succès (relatif) obtenu au sein d'Iron Maiden, le temps de deux albums d'un intérêt des plus discutables : " The X-Factor " et " Virtual eleven ". Depuis son éviction de la Vierge de fer, l'ex frontman de Wolfsbane s'est fendu de deux plaques studio, a sillonné l'Europe et l'Amérique du Sud, où il est considéré comme un grand chanteur, et nous livre aujourd'hui un double live, témoignage de l'engouement que lui portent les métalleux du pays de la vache Milka, de la raclette et de Stéphane Eicher. On y retrouve les plages les plus représentatives de ses deux albums solos, une reprise douteuse du " Daze and Confused " de Led Zep, des titres commis en compagnie de son premier groupe Wolfsbane, et inévitablement l'un ou l'autre classique de sa période Maiden. C'est ainsi qu'on prend véritablement conscience que les " Virus ", " Sign of the Cross " ou " Futureal ", n'étaient pas des chansons aussi médiocres qu'on nous avait laissé sous-entendre. Parce qu’interprétées par le sieur Bruce Dickinson, elles prennent une toute autre dimension. A l'instar de " Rock in Rio ", par exemple. Blaze ne manque ni de courage, ni de fougue et fait tout ce qui est en son pouvoir pour garder une certaine notoriété dans le monde impitoyable du metal. Et si le personnage n'était pas aussi sympathique et courtois, il aurait certainement disparu dans l'oubli le plus total... Un album pas foncièrement mauvais, mais un brin tristounet.

Blues Plate Special

Hot´n tasty

Écrit par

Drivée par le chanteur guitariste Strat Cat Willie Hayes BPS, cette formation new-yorkaise implique également Rhythm Ray Pettis au chant et l'harmonica, John Wisor à la basse et Dave Fiorini aux drums. L'album mêle compositions personnelles à des reprises de classiques du blues.

Il s'ouvre par la composition rythmée "Good news of the blues". Willie y épanche sa voix assez abrupte. Les deux solistes restent sur leur réserve. Pettis chante alors son "Can't be my baby" sur le même tempo. Dispensé dans le style du swamp blues, "Givin' me reasons" est un blues lent. L'harmonica suit la voix de Hayes, dont le timbre est à nouveau exempt de douceur. Le groupe adapte le célèbre "Born in Chicago" de Nick Gravenites. Une reprise d'honnête facture, sans plus. En fait, Hayes et Pettis souffrent de la comparaison avec Bloomfield et Butterfield! La plage titulaire est une ballade sans réelle consistance. Par contre, le "Ironing board" de Rhythm Ray est bien plus tonique. BPS maintient le tempo pour aborder le canon "I got my mojo working" ; mais nonobstant notre Ray qui s'excite bien sur le devant de la scène, il n'apporte rien de neuf à l'original. C'est au cœur d'une atmosphère fort paresseuse qu'ils embraient ensuite par une longue version du "Never trust a woman" de Rick Estrin des Nightcats. Stratcat se montre bien mieux inspiré sur cet ouvrage. L'atmosphérique "Nobody else like me" et le saignant "Scramblin" constituent deux bonnes compositions sur lesquelles Pettis démontre qu'il a bien assimilé les techniques de son instrument. Issu de la plume d'Arthur Crudup, "So glad you're mine" est un fort bon blues. En s'appuyant sur sa guitare acoustique, la voix de Hayes passe bien le cap. Cette parenthèse country blues leur sied bien. La version de "Terraplane blues" de Robert Johnson demeure dans le même contexte. La fin d'album est d'ailleurs fort encourageante. A l'instar du lent "Texas flood" de L.C Davis. Mais pourquoi faut-il attendre l'extrême fin de l'album, et en particulier la reprise du "You upset me baby" de BB King pour voir Willie Hayes s'éclater et se montrer un bien bon guitariste ? Il existe sans doute beaucoup de formations de cet acabit au pays du blues et ailleurs ; mais leur multiplication démontre que l'intérêt pour ce style musical reste bien présent…

 

The Blueskins

Magic Road (Ep)

Ces quatre garçons dans le vent (le plus jeune a 17 ans !) font pas mal de boucan, parce qu'à cet âge on préfère emmerder les parents en jouant de la guitare dans sa chambre que faire ses devoirs. Pourtant, rien de vraiment puéril dans ce rock garage tendu comme le fil d'un rasoir : juste de la hargne pubère, et une innocence qui fait plaisir à entendre. Ces quatre jeunes rockeurs empoignent leur guitare comme si leur vie en dépendait, et comme si le rock était pour eux un truc nouveau, découvert il y a peu par les White Stripes et les Soledad Brothers. De cette naïveté face à l'instrument, de cette inspiration dénuée de toute référence, les Blueskins ont mis au monde un rock urgent et direct, comme un uppercut. Le chanteur/guitariste, Ryan Spendlove, est justement un ex-boxer. Autant dire qu'à l'écoute de cet ep frondeur, on préfère ne pas trop lui chercher des noises : un coup est si vite parti… Et puis de toute manière, qu'irait-on leur reprocher, à ces gamins à la moue boudeuse ? De copier leurs aînés, de profiter du rock'n'roll revival pour nous refourguer leurs " 1, 2, 3, 4 " à la noix ? Pfff, ce n'est pas notre genre : on adoooore le garage-blues-machin-chouette. C'est comme une cure de jouvence. Un tigre dans notre moteur. Une manière de ne jamais vieillir. De vider nos nerfs. La suite pour de nouvelles aventures, la semaine prochaine. Jack et Meg se remarieront-ils ? VV et Hotel (The Kills) troqueront-ils leur nihilisme pour l'intégrale des Beatles ? Kings of Leon se raseront-ils la moustache ? Julian Casablancas (The Strokes) arrêtera-t-il de se croire incompris ? Et surtout, quand viennent chez nous les Stooges ?

Blur

Think tank

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Après quatre années d'attente, Blur nous revient avec son sixième album. Premier changement, mais il est de taille, Graham Coxon a quitté le groupe. Il est quand même venu donner un bon coup de guitare sur le dernier fragment de l'opus (" Battery in your leg "), un morceau qu'il a d'ailleurs composé. Un titre ambient, cosmique, abordé dans l'esprit de Brian Eno voire de Bowie circa " Berlin ". Peu de guitare, donc, sur cet opus. Mais davantage de claviers et de rythmes. Produit au sein de différents studios (NDR : à Londres, au Maroc et à Devon), " Think tank " a reçu le concours de deux producteurs. Norman (Fat Boy Slim) Cook pour l'excellent " Crazy beat ", un morceau impétueux, puissant, punkysant, au tempo new wave (NDR : les mauvaises langues insinuent qu'il ne s'agit que d'un remix de " Song 2 "). Ainsi que pour la bossa nova futuriste " Gene by gene ". Deux plages probablement inspirées par Clash ! Le reste de l'elpee a été mis en forme par William Orbit. Et on y ressent très fort la griffe de Damon Albarn. Si Graham Coxon cherchait la beauté à travers le feeling le plus sombre, le plus douloureux, Albarn privilégie davantage l'amour à travers la sensibilité pop. Un instant, il vous invite à pleurer, le suivant, à danser. Tout au long de ce disque, il réalise ce dont il a toujours rêvé et qu'il expérimentait au sein de son projet Gorillaz : le free jazz, le trip hop, les vocoders, les rythmes de danse, le gospel, le punk, le hardcore, l'électro-funk, l'eurotrash, l'électronique, et j'en passe. Sans oublier la world qu'il avait explorée sur l'album " Mali Music ", en compagnie d'Afel Bocoum, Ko Kan Ko Sata Doumbia et de Toumani Diabate. Au fil de cet opus, les esprits de Can, de Joe Strummer, d'Eno, de Primal Scream et d'Orchestra Baobab planent à travers le son et le temps, le sentiment et l'attitude, la forme et le contenu. Et si l'œuvre est marquée du sceau de l'excellence, du groove et de l'exotisme, elle laisse aussi la place à l'une ou l'autre chanson plus tendre, plus mélancolique, plus poignante. Difficile de croire que Blur et Oasis ont été, à une certaine époque, rivaux, tant les deux formations sont devenues, aujourd'hui, incomparables. Un must !

 

Blutch

Fra Diavolo

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Dans la famille Blutch, je demande le groupe, pas le dessinateur de BD. Dans la famille "Fra diavolo", je demande le nouvel album de Blutch, pas la sauce ou le bandit de grand chemin. A partir de ces homonymes il est possible de donner une définition de Blutch : groupe belge ne manquant pas de piquant, rampant dans la forêt, à l'affût, dessinant une musique sombre comme un sous-bois et pesante sur les tripes comme de la cuisine épicée. Trêve de plaisanterie ! Ce qui m'a d'emblée frappé sur le nouvel album de Blutch c'est son design. A ce sujet, (re)voir la pochette d'"Enjoy your flight" (je ne parle même pas des 2 précédents cds), réalisé consciencieux (NDR : c'est une certitude !), mais frappé du sceau 'paint shop' à plein nez. Et là, qu'ai-je entre les mains ? Une cover industrielle, dans la lignée des gros plans mécaniques de Dillinger Escape Plan, une typo soignée qui ne laisse plus planer de doute sur le style musical. Blutch vient de se créer une identité visuelle et je trouve qu'elle claque. Le doute n'est plus permis, le groupe se professionnalise sérieusement. D'ailleurs leur agenda est chargé : tournée européenne en compagnie de Bongzilla (excusez du peu) et je ne parle pas des précédentes; promo digne d'un Robert Charlebois, etc. Bref, premier bon point, rien qu'à l'œil. A l'oreille maintenant. Bon là, l'identité musicale est (re)connue depuis le début : Melvins, Neurosis, Buzz-oven... autrement dit, du lourd, du lent, de l'atmosphèèèèère quoi ! Ici également on perçoit bien l'effort fourni pour délivrer une musique "produite", travaillée. Le son est là, l'esprit de groupe aussi, le visuel, autrement dit. Ils sont donc prêts à franchir une étape supplémentaire dans la reconnaissance. Allez, on les encourage.

 

Ponty Bone

Fantasize

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Né à Dallas, Ponty Bone est un authentique texan. Il a vécu à San Antonio et sévit toujours sur la scène d'Austin. Toute sa vie, il a joué de l'accordéon en mêlant son blues texan au zydeco louisianais, mais en y ajoutant des nuances issues du folklore mexicain et caraïbe. Au cours de sa carrière il a participé aux sessions d'enregistrement d'une multitude d'artistes. Parmi les plus célèbres figurent Joe Ely et Wes McGhee, mais aussi Hans Theesink et Omar & the Howlers. Il est devenu le leader de sa propre formation depuis plus de vingt ans : les Squeezetones. Wash Hamilton y joue de la basse, Mike Gersmann les drums et Spencer Jarmon (un ancien de Calvin Russell) la guitare.

Nous sommes au pays du ‘Bon ton roulé’ : direction zydeco. Ponty a sorti son accordéon pour attaquer "Baby U got it (spin the top)". La trompette de David Hernandez donne une couleur texmex à l'ensemble. Les percussions de Mike Gersmann occupent le devant de la scène. "Ain't got no sweet thing" est un blues aux accents zydeco. La rythmique des Squeezetones assure. Spencer Jarmon prend un solide solo sur les six cordes. "Midnight sun" est un instrumental amusant. L'accordéon choppe des accents musette que n'auraient pas renié les meilleurs accordéonistes français du genre. "Me myself & I" est un zydeco aux accents de rumba. La steel guitare hawaienne d'Andrew Halbreich et l'accordéon se partagent les solos. Jarmon chante "I must be dreaming". Une composition très rythmée, syncopée, tonique, qu'il a écrite. Spencer joue la slide de manière décisive. L'accordéon rejoint la section rythmique. L'adaptation instrumentale du thème "Macumba" est très colorée. L'accordéon se fait sensuel. Les interventions sont toutes de haut calibre. Plage titulaire, "Fantasize" est une ballade au rythme léger. Si Jarmon s'y montre une nouvelle fois excellent à la guitare, elle privilégie les rythmes exotiques des îles. La voix un tantinet nasillarde de Ponty siège au beau milieu de chœurs féminins. Ceux des Texana Dames. Mr Bone imagine se balader dans la Bourbon Street, à New Orleans, pour interpréter "Just like home". Le rythme irrésistible est une invitation à la danse et à la bonne humeur. "Clifton's boogie" est un hommage instrumental au maître du zydeco. L'accordéon virevolte devant le piano boogie du compère R.C Banks, du saxophone de Marcel Vizard (d'Asleep at the Wheel) et de la guitare. Autre zydeco joyeux, "Lousiana Lisa" est fluidifié par l'orgue de Banks. Ce très bon album s'achève par "Baby you know". Un blues zydeco imprimé sur un rythme modéré. Il se frotte pourtant à un dernier solo d'accordéon juteux, pendant que Jarmon s'y révèle, d'un bout à l'autre, à son meilleur niveau.

 

David Bowie

Black tie / White noise

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Après avoir commis "Scary Monsters", Bowie s'est mis à pédaler dans la choucroute. Pendant une bonne dizaine d'années. Une période au cours de laquelle il a succombé à la déviance lucrative post " Let's Dance ", essuyé plusieurs flops cinématographiques et vécu une expérience aussi ha(sa)rdeuse que stérile au sein de Tin Machine. Bref, en 1993, David commence à digérer toutes ses illusions, et décide de reprendre son bâton de pèlerin. En gravant " Black tie / White noise ", un opus aussi raffiné qu'inspiré. Raffiné, à cause de la production magique de Nile Rodgers (Chic). Inspiré parce que les différentes nuances musicales engagées (house, jazz, rock, pop, soul et techno) se fondent délicieusement en un même coloris sonore riche et somptueux. Tellement riche que trois des meilleures compositions sont instrumentales. David au saxophone et Lester (Bowie) à la trompette rivalisant alors d'éloquence pour nous précipiter dans le monde fiévreux de l'acid-free-jazz. " The wedding song ", summum de l'œuvre a d'ailleurs subi un traitement identique. Mais il a été épicé par la voix volontairement sous-exposée de Bowie, de manière à donner davantage de profondeur à l'interprétation. Et le reste du CD ne manque pas d'étoffe, impliquant une cover très romantique de Morrissey (" I know it's gonna happen "), une autre plus classique du Cream (" I feel free "), et puis de solides compositions parfumées tantôt d'exotisme (Japan ?), de synthétisme ou d'électricité (" Station to station " ?) ; une électricité alternative, puisque partagée entre la râpe de Reeves Gabrels (Tin Machine) et de feu Mick Ronson (Mott The Hoople, Spiders of Mars). Le tout saupoudré, la plupart du temps, de cuivres tantôt rutilants, tantôt feutrés… Une œuvre qui nous réconciliait, enfin, avec l'artiste… Habillée d'un très joli packaging, cette réédition reproduit l'intégralité de l'œuvre originale, mais révèle également des raretés, des remixes et quelques inédits. En outre en bonus CD, un DVD épingle 3 vidéo-clips et un documentaire enrichi d'interviews consacrées à l'artiste.

David Bowie

Reality

Écrit par

Apparemment, Bowie est en pleine phase de revivalisme. On avait déjà pu le constater lors de la sortie de " Heathen ", l'an dernier. Et il remet le couvert sur son nouvel opus, " Reality ". Coïncidence, mais Tony Visconti, le producteur de la plupart de ses albums commis au cours des 70's est encore aux manettes. Et puis, le légendaire Earl Slick est revenu, comme par enchantement, reprendre sa place de guitariste. Maintenant, on ne peut pas dire que le revivalisme pratiqué par Bowie soit dérangeant. Au contraire. Parce qu'il renoue avec un passé prestigieux qui lui avait valu de graver des elpees comme " Diamond dogs ", " Heroes " ou encore " Station to station ". " Looking for ware " épousant même le profil de " China girl ". Et on n'est pas au bout de nos surprises. Tout d'abord lorsqu'il emprunte le légendaire tempo tribal de Neil Young pour exécuter le 'crazyhorsien' " Fall dogs bombs the moon ". Ensuite, chez " Try some, buy some ", une compo signée George Harrison, partagée entre orchestrations 'philspectoriennes' et élucubrations réminiscentes de " Magical Mystery Tour ". Il nous réserve même une ballade intemporelle, dans un style qui n'a jamais été aussi proche de Peter Hammill : " The loneliest guy ". Une compo déchirée entre piano sonore et électricité vaguement psyché. Et à travers l'adaptation de " Pablo Picasso " de Jonathan Richman, il rend un hommage aux premières heures du punk. Tout au long de cet opus, on a cependant l'impression que l'électricité est contenue. Ne se libérant que sur le titre maître, une plage hantée par le spectre des Stooges. L'opus s'achève par une complainte jazzyfiante : " Buy me the disco king ". Un fragment que Nina Simone aurait pu interpréter dans une cave de New York, au cours des 50's. Après avoir incarné Ziggy Stardust, Thin White Rope et Aladin Sane, Bowie a décidé de ne plus être que Bowie. A 56 ans, il était temps de retrouver sa propre personnalité…

 

Brassy

Gettin’ Wise

Ce qui est amusant chez Brassy, c'est cette faculté de mélanger allègrement hip hop et power pop, pour un résultat des plus funky. Muffin Spencer porte ainsi plusieurs casquettes : chanteuse, rappeuse, guitariste et… sœur de Jon. Attention, qu'il n'y ait pas de méprise : Brassy n'a rien à voir avec JSBX. On pense plutôt à Boss Hog (tiens donc) et aux Luscious Jackson. A part Muffin (pas du tout tronche de cake), Brassy se compose de Stefan Gordon (guitare), Karen Frost (basse) et Jonny Barrington, alias DJ Swett. C'est lui qui donne cette touche hip hop à l'ensemble, grâce à ses scratches de haute volée. Un peu comme si les Chicks on Speed avaient échangé leur collection de disques techno contre l'intégrale de Grandmaster Flash. Avec des titres tels que " Mine ", " Dus' " et " Gettin’ Wise ", Brassy roule ainsi à l'essence funk (sans plomb), sur les routes ensoleillées de la pop (garage) la plus catchy (et sexy). Avec leur capot bien ouvert (cet éclectisme des genres) et leurs jantes bien lustrées (cette fraîcheur naturelle), ces quatre Américains sont bien partis pour conquérir le monde, à coups de " Play Some D " et de " Hit'em Hard " hilares et juteux. Une chose est sûre : la musique de Brassy s'écoute sans danger de pollution auditive. Un vrai tigre dans le moteur !

Brazen

Orphaned

Écrit par

Lorsque le label allemand Stickman signe un artiste ou un groupe, on a souvent droit à une bonne surprise. Pensez à Motorpsycho, Soundtrack Of Our Lives ou encore à Fireside. Brazen est un quartet genevois dont la musique baigne au sein d'univers sonore teinté de noisy, de post rock et de hardcore juvénile. A la croisée des chemins de Sunny Day Real Estate, de Cave In et de Sugar, si vous préférez. D'entrée, la formation se montre à la hauteur du sujet, en nous balançant un superbe " The last straw " à la mélodie pop hyper contagieuse, soulignée par des harmonies vocales aussi limpides que chez Bob Mould. Malheureusement, la suite m'a laissé sur ma faim. Il y a bien deux titres plus atmosphériques qui lorgnent du côté de chez Mogwai. (" Laconic " et le final de plus de 10', " Thin lines "), deux fragments dont la construction par paliers est entrecoupée d'éruptions d'électricité. Mais le reste manque cruellement de relief et finit par lasser. Dommage, car le band semble disposer d'un énorme potentiel. Quant à savoir pourquoi il ne parvient pas à l'exprimer sur cet opus, c'est une autre histoire ?

British Sea Power

The Decline Of British Sea Power

A cinq sur scène, les gars de British Sea Power font un boucan d'enfer. Déguisés en chasseurs, ils frisent le ridicule, et leur musique s'en ressent : c'est pompier, comme un mélange de " Belle & Sebastian et Laibach " (lu dans la bio). Heureusement, c'est bien mieux sur disque, entre les Violent Femmes, The Fall, Pulp et les Pixies. En bref, leur musique tarabiscotée passe comme une lettre à la poste. En cause, cette aptitude à mélanger à la fois mélodies catchy et digressions ubuesques, textes grossiers et envolées lyriques. Commençant par des chœurs d'église et s’achevant par 14 minutes de délire psychédélique d'une maîtrise impressionnante. La nouvelle scène de Brighton (Clearlake, Eighties Matchbox B-Line Disaster, Electric Soft Parade,…) surprend par son absence de cohérence : elle part dans tous les sens, à l'image de cet album foutoir qui fait plaisir à entendre. De la pop un peu punk (" Apologies To Insect Life "), du rock burné aux relents dark wave (" Fear of Drowning "), des ballades ‘smithsiennes’ parcourues par la voix de Jarvis Cocker (" Blackout "), des refrains précieux pleins de synthés décalés (" Carrion "),… Surtout, ne pas se méprendre sur British Sea Power et sur le titre de leur album : bien qu'il soit difficile de les cataloguer (et loin de là cette envie de notre part), il semble incertain que leur déclin soit pour tout de suite. A en juger par leur talent et leur singularité, ces allumés ont encore de beaux jours devant eux !

Brokeback

Looks at the bird

Tortoise est un groupe à l'influence si féconde dans la musique (électro/post) rock d'aujourd'hui qu'il est presque impossible de recenser le nombre de groupes qui lui sont redevables. La plupart d'entre eux copient sa musique. Les autres la perpétuent directement, de ravalements de façade en déclinaisons bienheureuses, grâce à l'aide des propres musiciens du groupe. Au fil des ans, Tortoise est ainsi devenu une sorte de nébuleuse musicale autour de laquelle gravitent quelques groupes aux membres communs. Brokeback en fait partie, puisqu'on y retrouve Douglas McCombs (bassiste chez Tortoise), John McEntire (leader de Tortoise), Noel Kupersmith (double basse), Chad Taylor et Rob Mazurek (percussions et trompette, également connus comme le Chicago Underground Duo, autre satellite de la nébuleuse). Dès le premier morceau, on sent donc qu'on a affaire à des types de chez Tortoise : même étirement des rythmes et des dissonances, même interférences électroniques et jazzy ; bref même atmosphère post-rock. La différence ici, c'est la présence de deux basses qui se répondent sans cesse, et puis ces cuivres aériens, mêlés aux voix diaphanes de Mary Hansen et Laetitia Sadier de Stereolab. Sur " Name's Winston, Friends " ou " Pearl's Dream ", ces voix vaporeuses vont jusqu'à donner la chair de poule : c'est d'autant plus vrai qu'Hansen est morte l'année dernière, après avoir été fauchée à vélo par une voiture… Parfois soporifique (" In The Reeds ", " 50 Guitars "), souvent étonnante (" The Suspension Bridge ", une cover de… Tortoise, et " Everywhere Down Here ", hybride réussi entre Labradford et Ry Cooder), la musique de Brokeback doit s'écouter religieusement, sous peine d'être mal perçue. Car loin d'être facile d'accès, " Look at the bird ", une fois apprivoisé, se pare des plus belles couleurs. Reste après chaque écoute à se souvenir de Mary Hansen, qu'on entend ici pour la dernière fois. Plus qu'un disque, donc : un véritable testament.

 

Brooklyn Cowboys

Dodging bullets

Écrit par

Les Brooklyn Cowboys se sont formés en 1996, à Brooklyn, autour du chanteur/guitariste/compositeur Walter Egan et du batteur/producteur, Fredo Perry. Ils ont ensuite été rejoints par Buddy Cage qui était préposé à la lap steel guitar chez les New Riders of the Purple Sage. Egan a ensuite émigré en 97 vers Nashville, dans le Tennessee, où les Cowboys ont décidé de poursuivre leur aventure en compagnie d'autres musiciens. Aujourd'hui, ses nouveaux acolytes répondent au nom de "Stick" Davis (ex Amazing Rhythm Aces) à la basse, Michael Wells aux claviers et à la mandoline, et enfin de Brian Waldschlager à la guitare. Les Cowboys pratiquent une musique country alternative d'excellente facture, qu'on qualifie de roots rock. A ce jour, ils avaient deux albums à leur actif : "Doin' time on Planet Earth" et "The other man in black".

Le nouvel opus démarre sur un tempo que n'auraient pas renié les meilleurs punks de l'univers. Puissant, dense, "I was wrong" est dominé par la rythmique dévastatrice. Il est vraiment très curieux d'entendre ces voix issues des milieux country chanter ainsi à l'unisson sur une trame instrumentale aussi fougueuse ; ce qui ne nous empêche nullement de goûter à la pedal steel de Buddy Cage. Quel début impressionnant et dangereux ! "Trick ponics" opère un retour vers Nashville. L'ambiance 'cow-boy' est joyeuse. De nouveau, à l'arrière, la rythmique très rock flirte avec le chœur des voix nasillardes. Les guitares de Walter Egan et de Brian Waldschlager sont acerbes. Le titre maître ne souffre d'aucune équivoque : il est clairement country. La voix suave de la chanteuse Lona Heins, le violon de Hoot Hester et la pedal steel de Cage en font la plus parfaite démonstration. Je lui préfère pourtant "Hey Juanica". Un fragment manifestement 'tex mex'. Les voix sont soudées et allègres. La guitare acoustique de Van Manakas est lumineuse. Les violons de Hester et de Kenny Sears balaient l'horizon sonore. D'une extrême densité, cette plage brillante permet, en outre, à Michael Webb de sortir de l'ombre au piano. Le Bo Didley Beat fait son apparition sur l'ouverture de "Trouble with a capital T". Il donne un accent très R&B à cette composition, pendant que les deux guitares sèment à nouveau le trouble. Pour "My heart's in denial", nous entrons dans le western swing. Van Manakas est à la guitare. Les Brooklynaires assurent les parties vocales. Douce ballade ensoleillée, "Rita" rappelle le meilleur de Gram Parsons. Autre ballade, mais davantage mélancolique, "Someone you can live with" bénéficie du renfort de la voix de Miss Joy Lynn White. Un morceau assez bluegrass traversé par le violon et la pedal steel. Ecrit par le batteur Fredo Perry, "I stand accused" trempe bien dans le style de Nashville. A l'instar de "The gift", d'ailleurs. "You never quit on me" est bien plus enthousiasmant. Il est vrai que la compo bénéficie d'une superbe intervention du virtuose de la Telecaster, Van Manakas. Le même Manakas tire à nouveau son épingle du jeu sur "Waycross stables" ; mais pour la circonstance au dobro. L'album s'achève comme il avait débuté : en puissance. Mais si la rythmique est rock et qu'on assiste à la fête des solistes, Buddy Cage en tête, "What you call love" demeure très mélodique. Dédié à la mémoire de George Harrison, de Waylon Jennings, de John Entwisthle et aux victimes du 11 septembre 2001, cet album de roots music est de bonne facture...

 

Brown Feather Sparrow

Wide Awakens Everything

Lydia Wever a fondé Brown Feather Sparrow il y a quatre ans, mais c'est seulement maintenant que son premier disque sort dans les bacs. La vie d'artiste n'est pas facile, surtout en Hollande, pays d'Anouk, de Krezip et des courses de patin à glace en dessous du niveau de la mer. La musique de Lydia Wever n'est pourtant pas en dessous du niveau de celle d'An Pierlé, de Low ou de Nona Mez : on y plonge avec délectation, et sans bouteille parce que les mélodies, dès les premières notes, se dévoilent à nous de façon limpide. Il y a bien du vague à l'âme dans ces compositions feutrées, mais jamais n'y risquons-nous notre bonne humeur - c'est triste, mais pas sans fond, comme ses musiques à l'écoute desquelles ne s'aventurent que les plus intrépides, tant l'on y voit que dalle. Ici donc, que du bonheur ou presque : Brown Feather Sparrow milite pour une musique onirique où les riffs s'étirent et les rythmes flânent. Un piano égrène doucement ses notes avec parcimonie, tandis qu'une voix, en apesanteur, coule comme un long fleuve tranquille. C'est beau, aérien, genre slowcore (Low). Parfois, la tension monte d'un cran (" Box of Spring "), mais c'est pour mieux apprécier la quiétude qui suit, réparatrice (" Water "). Le genre de disque qu'on écouterait bien tout l'hiver, au chaud sous la couette… jusqu'au retour des premières hirondelles (la pochette), des bourgeons et du soleil.

Michael Burks

I smell smoke

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Quel chemin parcouru depuis la sortie de son premier album, "From the inside out" ! Une autoproduction parue en 1997. Michael est alors repéré par Bruce Iglauer, réputé pour son flair, qui le signe pour Alligator. Dans la foulée, un premier album sort en 2001 : "Make it rain". " I smell smoke " constitue son tout dernier opus. Mr Burks pose encore sur la pochette, armé de sa redoutable Gibson Flying V. S’appuyant sur Steve Potts aux drums et David Smith à la basse, la section rythmique est bien soudée et solide. Mais les autres musiciens sont aussi performants. En l’occurrence Vasti Jackson à la rythmique et Ernest Williamson aux claviers.

L’album s’ouvre par "All your afffection is gone". Les accents de la guitare de Michael sont à la fois métalliques et mélodiques. Sa voix est claire et purement soul. A sein de ce blues très urbain, clairement électrique, de nombreuses notes largement amplifiées s’échappent, pour notre plus grand plaisir. Michael est encore un jeune bluesman. Né en 1957, à Milwaukee, ses racines familiales procèdent de Camden, en Arkansas, où il allait d’ailleurs émigrer par la suite. L’impression laissée par le morceau d’ouverture est encore renforcée par le puissant et ravageur "One more chance". Les notes bien maîtrisées de la guitare remplissent tous les espaces libres et flirtent constamment avec la sur-amplification. On ressent facilement le rôle joué par Jim Gaines à la production, une fonction qu’il partage cependant avec Bruce Iglauer. J’aime beaucoup la plage titulaire" très soul, R&B, "I smell smoke. Assez proche d’"I’ll play the blues for you", sa ligne mélodique est convaincante. Albert King n’est pas loin. Sa guitare est néanmoins bien plus saignante ; mais l’orgue de Williamson est pour beaucoup dans la réussite de ce titre. La voix de Michael rayonne sur "Time I came in cut of the rain". Au cours de cet exercice du blues lent, les cordes vocales dégagent une puissance naturelle surprenante. L’émotion est au rendez-vous, car l’homme a du feeling à revendre. "Hard love" est un blues rocker. Toujours aussi percutant, Burks concède des notes acérées pouvant parfois rappeler un Son Seals des meilleurs jours. Il manifeste, en outre, un évident savoir-faire pour contrôler toutes les phrases qu’il produit. "Miss mercy" est issu de sa plume. Encore un titre très électrique. La section rythmique assure le riff de base, pendant que l’ami Billy Gibson souffle dans l’harmonica. Burks reprend le "Let the door knob hit you" de Latimore. Une plage soul, mais qui, pour une composition qui vient de chez Malaco, consomme une forte dose de guitare. L’homme prend ensuite un peu de recul. Il invite ses musiciens à conserver un niveau sonore réservé. Il se fait poignant pour chanter "Lie to me". La voix se détache avec aisance de son environnement sonore, tout au long de ce R&B lent. Du grand art ! Williamson se réserve l’introduction tempérée de "Willing to crawl". Un des meilleurs moments de l’album. Le solo est parfaitement construit, mais très (southern) rock. Superbe ! Des sonorités inhabituelles chez les artistes de ce label. ; mais qui caractérisent bien le style de Burks. Michael se calme pour interpréter son "I hope he’s worth my pain", en empruntant une expression sonore proche du titre maître. Burks remet une bonne dose de vibrations rock pour aborder "Good man bad thing". Une plage aux accents southern rock, mais dont l’exécution ne peut être opérée que par cette voix noire d’exception. "Snake eggs" est une conclusion très "downhome" blues à cet opus qui porte bien son nom. Elle se limite à Michael aux vocaux, sa guitare, et l’excellent Billy Gibsont à l’harmonica. Elle aurait pu se révéler une belle tranche de Delta blues ; mais la Flying V reste bien branchée à l’ampli. Mr Burks demeure incontestablement un bluesman fort intéressant…

 

Emak Bakia

Frecuencias de un Rojo Devastador

" La Telerana De Sus Ojos " laissait augurer du meilleur : une guitare acoustique, une belle voix caverneuse (Abel Hernandez, chanteur de Migala)… Ouaip, on aurait pu y croire, façon Robert Smith à l'espagnol et Arab Strap en backing band. Pas pour longtemps malheureusement, puisque après on se coltine un collage d'interférences radio à la Scanner et des guitares saturées post-rock pendant une demi-heure. Parfois, un synthé (Coque Yturriaga, de Migala lui aussi) et quelques rythmes ouatés nous réservent quelques surprises (" Juguetes En Sus Manos ", proche de Tarwater), mais c'est bien peu de choses face à ces bleeps funestes, grésillants comme un vieux poste FM en rade. A la fin, Emak Bakia reprend pourtant la mélodie de la chanson d'ouverture, comme pour se dédouaner de cet entre-deux d'un ennui mortel (" Vista Aérea Del Viaje A Tsukiji ")… Un peu tard, les amis. Mais deux bonnes chansons, ce n'est déjà pas si mal : ça aurait pu faire un chouette single.

Marcia Ball

So many rivers

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Suite à son remarquable opus, commis en 2001, nous attendions Miss Ball au tournant. D'autant plus que ce "Presumed innocent" lui avait valu un WC Handy Award. Quel chemin parcouru pour cette fille longiligne, née quelque part à la frontière, sise entre la Louisiane et le Texas, et établie à Austin depuis maintenant 30 ans ! Et dont le premier album, "Circuit queen", date déjà de 1978.

Un chapelet de cuivres ouvre l'album en force et rythme. Egrené par les Los Angeles Horns, il implique deux saxes, une trompette et un trombone. Tout au long de ce "Foreclose on the house of love", Marcia n'oublie pas ses origines louisianaises. Son piano pétille alors que la trompette de Lee Thornburg finit par se dégager de ses comparses. Signé Danny Thimms, "Dance with me" est un excellent R&B. Une compo bien structurée au cours de laquelle de solides chœurs répondent au chant de Marcia. Son piano est secondé par l'orgue Hammond de Red Young. Ballade écrite par Marcia, "Baby, why not" sent bon le parfum des bayous qui entourent la Nouvelle Orléans. Son piano roule à ravir, pendant que la trompette de Young occupe l'avant-plan ! Direction ouest, vers Lafayette et Thibodaux, pour introduire l'accordéon de Wayne Toups. Son entrée plonge "Honeypie" dans l'ambiance zydeco. Un moment de délice ! "Give me a chance" est une ballade sentimentale, lente, mélancolique même, comme les affectionne Lady Ball. Secondée par des voix remarquables, parmi lesquelles se détachent celles de Malford Millican et de Randy Jacobs, elle y injecte ce qu'il faut de tristesse. Autre ballade, mais plus musclée, "Didn't you know" bénéficie de la présence de Pat Boyack. Il concède ici un solo de guitare tout en finesse. Le paresseux "Give it up" sonne le retour du bon blues. Très swamp, il ondoie sur la basse ronflante de Don Bennett, pendant que le piano et la guitare de Stephen Bruton se conjuguent en harmonie, et que l'invité Johnny Nicholas vient souffler dans son harmonica. Excellent ! L'album continue ainsi à défiler dans la bonne humeur, accomplissant une fusion de tous ces styles populaires du sud des States : R&B, swamp, pop, blues, gospel, zydeco,… Une musique toujours intéressante et vivante. "So many rivers to cross" est gagné par un rythme infectieux. Ballades mélancoliques, "The storm" et "If it's really got to be this way" se teintent de lignes mélodiques imparables. "The lowdown" est bercé par le swing et le jazz de la New Orleans. Blues dépouillé, assez acoustique, "Three hundreds pounds of hongry" évolue quelque peu dans le style d'un jug band. La mandoline de Stephen et le piano de Marcia sont en interaction, pendant que Pat Boyack apporte la touche de modernité de ses cordes électriques. L'opus s'achève par "If it ain't one thing". C'est à dire dans l'ambiance qui est la sienne ; dans ce style appelé le Gulf Coast R&B. Produit par Stephen Bruton et enregistré à Austin, ce dixième album est une nouvelle réussite. Un disque remarquable que la machine de marketing d'Alligator ne va certainement pas snober. Mais surtout une œuvre qui risque de donner de nouvelles couleurs à la carrière de Marcia. D'autant plus, qu'elle a encore été nominée cette année, meilleure artiste féminine de blues et meilleure pianiste. Qui dit mieux ?

Bang Gang

Something Wrong

Un vent doux de violons et d'orgue souffle sur la lande désolée d'Islande, c'est l'hiver. Au loin brille une apaisante lumière : celle d'une étoile ou peut-être est-ce une maison, dans laquelle un couple se réchauffe au coin du feu, en buvant un vin chaud ? La fille susurre à l'oreille de son homme qu'il est temps d'aller au lit, tandis que grésillent, à la radio, de légers beats mélancoliques, seules traces d'un présent si fragile. L'homme n'est pas fatigué : il s'installe au vieux piano dans le coin de la chambre, égrène quelques notes à l'intention de sa belle, les laisse s'évanouir dans l'espace confiné qui le sépare de ce corps qui l'attend. " C'est une berceuse ", lui avoue-t-il dans un soupir, ses joues rougissant comme un enfant. " Je t'aime ", lui répond-elle, et l'enlace dans ses bras menus, le couvrant de baisers. Sur eux, le temps glisse. La ballade qu'il lui dédie s'intitule " Follow ", " It's Alright ", peu importe. Sur le piano traînent quelques cd's : " Adore " des Smashing Pumpkins, Morcheeba, Air, Erykah Badu, The Supremes, Joni Mitchell. Penchée sur lui, elle entonne d'une voix câline, en chœur avec sa voix si fine, des refrains d'amour : à deux, ils forment un beau couple, uni par la musique. Lui s'appelle Bardi Johannsson. Elle Esther Talia Casey, Phoebe Tolmer, Keren Ann, Nicolette, Daniel Haraldsson (Gus Gus), c'est selon. Ils s'aiment, c'est sûr. Leur musique épurée pourrait venir du ciel. Servir d'aphrodisiaque. Eux n'en ont pas besoin. Ca coule de source. Tout est parfait dans le meilleur des mondes. C'est même trop beau pour être honnête. Pour eux, ça n'a pas d'importance. Au nom de l'amour, ils sont prêts à tous les sacrifices. Dehors c'est le grand froid, pas une âme qui vive. Seule luit cette lumière qui, de loin, ressemble à celle d'une étoile. Elle lui dit " Viens ", et ils s'endorment l'un dans l'autre, les notes de piano encore suspendues dans l'air moite de leurs étreintes.

Devendra Banhart

Oh Me Oh My… The Way The Day Goes By The Sun Is Setting Dogs Are Dreaming

Avec un titre pareil, on était déjà sûr d'une chose : ce Devendra Banhart est un original. Ce que la bio, d'ailleurs, confirme : à 21 ans, il traversa le désert du Grand Canyon pour rejoindre son père emprisonné au Venezuela ( ? !). Puis partit bivouaquer en France pour revenir à New York, loger dans des squats. Voilà qui suinte le vécu : ça peut faire un bon disque. De fait, ce " Oh Me Oh My… " impressionne dès la première écoute, même si c'est pas une sinécure : Banhart chante avec une voix saturée et chevrotante, avec pour seul accompagnement une guitare et une boîte à rythmes. Du fait maison que cet album, décousu mais émouvant : un genre d'Antifolk à la Moldy Peaches, mais sans les rires et les déguisements. Et même si ses paroles sont tordues (" Lend Me Your Teeth " suffira comme exemple…) et sa musique artisanale, il s'en dégage une sincérité telle qu'on avale la pilule sans problème. En 22 chansons courtes mais captivantes, Devendra Banhart pourrait même piquer la vedette à Daniel Johnston, et devenir le nouveau Nick Drake du quatre-pistes ! Même Michael Gira (ex-Swans) ne s'y est pas trompé, puisqu'il a emmené le bonhomme en tournée, en plus d'avoir dessiné la pochette de l'album… Un album de folk anémié qui ne cesse de surprendre, tout à la fois bizarre, surréaliste, effrayant, drôle, déroutant, triste et magique. Du grand art avec trois fois rien, mais beaucoup de talent.