Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

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La vie explosive de Fine Lame

Groupe de rock poétique incisif, enflammé, tumultueux, exalté, tranchant, Fine Lame convoque le rock français à appétence littéraire et la tradition du spoken word anglo-saxon. Le groupe a sorti un premier Ep 5 titres le 29 novembre 2022 qui évoque tant le…

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Willie King

Living in a new world

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Cet opus véhicule l'étiquette du blues authentique pratiqué dans le Nord Ouest de l'Alabama, mais transposé à notre XXIème siècle. King est né en 1973. A Prarie Point, dans le Mississippi. Il a passé toute son existence dans le sud profond, au sein des milieux ruraux du Sud. Une région qui n'a guère changée depuis près d'un siècle et demi ; c'est à dire à l'époque des esclaves qui travaillaient dans les champs. On comprend mieux ainsi pourquoi King milite en faveur droits civiques depuis plus de trente ans. En l'an 2000, King avait commis l'excellent "Freedom Creek", sur le même label. Ce nouvel elpee a été enregistré à Memphis, dans le Tennessee. Willie est entouré de ses Liberators ; mais a également reçu le concours d'un second vocaliste qui répond au nom de Willie Lee Halbert, du guitariste Aaron Hodge, du drummer Willie Williams et du bassiste Robert Corbett.

Le titre maître ouvre la plaque. Répétitif, le rythme est souligné par le saxophone de Kevin Hayes, pendant que les deux Willie se réservent des échanges complices au chant. "Crawlin' blues" s'inspire nettement du blues de John Lee Hooker. A cause du timbre vocal grave de Willie. Très proche du maître. Et les échanges opérés avec son partenaire au chant, Halbert, sont très réussis. Un downhome blues comme on les apprécie ! "The stomper" baigne toujours dans l'univers musical de Hooker, mais pour la circonstance il est sculpté dans le boogie hypnotique, obsessionnel, même si l'instrumentation reste de haut vol. Et au cœur de cet univers restrictif, la guitare inventive et le sax de Hayes (NDR : un chauffeur de poids lourds venu de Louisville) tirent leur épingle du jeu. "America" est une ballade qui réalise la communion entre le saxophone et la guitare. Ce qui n'est pas nécessairement évident et s'avère même plutôt rarissime dans le domaine du blues typiquement classique. Une compo dont le sujet ne peut évidemment pas vous échapper... King est aussi largement inspiré par Howlin' Wolf. Il le manifeste sans aucune ambiguïté, lorsqu'il administre un riff mid tempo à "You so evil". Toute la machine des Liberators est parfaitement huilée pour cet exercice de style : la section rythmique, le piano de Henry Smith, le sax et les guitares. Pour la circonstance, Willie accentue ses basses vocales, histoire de bien nous orienter vers l'univers de Wolf! "All tied up" est une ballade rythmée, illuminée par le saxophone alto de Hayes. King clame son combat pour la justice, la vérité, l'amour et le respect des autres, ainsi que pour l'arrêt de toute forme de violence. "You got to have love" campe un blues rythmé de nouveau classique, pas tellement éloigné du Chicago blues urbain. "Is it my imagination" évolue sur un mode similaire, mais inspiré davantage par Willie Dixon. Longue litanie de plus de 8', "Terrorized" épouse le profil dépouillé de John Lee Hooker. Un fragment dramatique dans le ton, inspiré par les événements du 11 septembre 2001. Mais le terrorisme n'était-il pas déjà présent dans les plantations ; là où naître afro-américain vous exclut des humains ? Cet excellent album s'achève par "The blues life", un monologue que Willie King nous confesse, en parlant de la vie du bluesman…

 

Marie Kiss La Joue

Henri, Valentin et les autres

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Vous aimez Bruel qui chante la France des années 30 ? Ecoutez plutôt Marie Kiss La Joue. Avec ses textes simples, directs et vaguement désuets, avec ses guitares manouche et son violon, la chanteuse bretonne recrée des ambiances du même acabit. Il paraît qu'elle écrit ses chansons en observant la vie autour d'elle, depuis une table de bistrot. Cela donne beaucoup de portraits (Henri, Valentin, Sophie) et des petits bouts d'histoire, partis par exemple de la découverte de l'agenda d'un inconnu. L'ensemble est très agréable, grâce au swing de Marie Kiss la joue, au ton volontiers coquin de l'interprétation, à ce je ne sais quoi d'ironie et de modernité… qui manque cruellement dans la démarche sympathique de Bruel.

Knut

Challenger

Malgré l'image d'ennui qui colle à la Suisse (un pays neutre, plate-forme du fromage et refuge des financiers et de Stephan Eicher), certains de ses habitants musiciens donnent quand même envie de s'y intéresser davantage : c'est le cas des Young Gods, et de Knut. Groupe de métal sombre et torturé, Knut est connu des fans de hardcore bien trempé (tendance Pro-Pain) et de trash crépusculaire (tendance Neurosis). Didier Séverin chante comme un Max Cavalera qui aurait mal aux cordes vocales, gueulant, aboyant, éructant son mal-être dans des lyrics à faire frémir Ted Bundy et ses autres potes serial killer. Certes, la dentelle n'est pas une spécialité suisse (c'est la nôtre) ; mais quand même, pourquoi tant de haine ? Sans refrains (plutôt des sursauts de méchants décibels) et sans accalmie (si ce n'est l'instrumental "58.788", interprété à la guitare acoustique ; oui messieurs !), ce "Challenger" envoie tous les prétendus métalleux d'Amérique (Limp Bizkit, Puddle Of Mud,…) au tapis. Qui a dit que la Suisse n'était qu'un pays de skieurs et d'horlogers ?

 

Korn

Untouchables

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Cinquième effort pour ce groupe porte étendard de la jeunesse désœuvrée de tout le monde libre occidental. Après avoir décroché quelque peu la carrière de Korn après " Life is peachy ", je me suis surpris à réécouter plus attentivement les albums que j'avais loupés en leur temps. Car " Untouchables " m'a donné cette envie de combler le vide que j'avais laissé. Car c'est un putain de bon album. Selon mon humble avis, la plaque est trop longue (à l'instar d'" Issues " et de " Follow the leader "). Mais c'est bien là son moindre défaut. Après avoir opté pour une approche trop hip hop, trop marquée tendance, Korn opère une espèce de retour aux sources à travers un rock tendu, noir, martial et couillu. Le groupe restera une grosse machine vendeuse, ne retombera pas de sitôt dans l'anonymat, mais devrait l'assumer de façon manière astucieuse. Mais pitié qu'ils arrêtent de jouer les éternels adolescents collégiens dans leurs clips. Ils sont devenus adultes aujourd'hui, non ?

 

Michael Katon

Bad machine

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L'ange de l'enfer n'a guère changé de look depuis qu'il a effectué ses débuts dans les seventies. La crinière au vent, la slide menaçante, Katon avoue pour influences majeures Otis Rush, Albert, BB et Freddie King ainsi qu'Elmore James. J'avoue qu'elles ne sont pas toujours faciles à détecter. " Bad machine " constitue son 8ème album.

Intitulé "Boogie all over your head", son premier opus remonte à 1984. Des albums souvent sculptés dans le hard, aux titres évocateurs : "Proud to be loud" en 87, "Rip it hard" en 94 et "The rage called rock'n'roll" plus près de nous. Personnellement, j'estime que son meilleur opus demeure "Rub", paru en 96.

L'ouverture évolue sous des cieux peu rassurants, bien sombres, en laissant la slide rugir dès les premières notes du boogie ravageur, lourd et écrasant, "American McMofo"."Rock'n'roll, whiskey, blood 'n' guts" est une plage plus rock, basée sur un riff. Afin de se mesurer à ses accompagnateurs Michael donne un coup d'accélérateur sur "The pierced, tatooed and twenty somethin' boogie". Quelle furie ! Il monte sur l'autoroute quelque part entre Detroit et Milwaukee, pied au plancher, pour aborder sa "Bad machine". Il empoigne sa slide pour déguster une "Sugar Pie" bien croustillante, toujours truffée de vibrations rock. Un riff sourd, proche du 'Goin' down' de Don Nix, domine "Red moon risin". Katon navigue dans son élément de prédilection. Il tire les notes attendues de ses cordes en y injectant une puissance inouïe. Il chante "The man from Hell is on his way, gimme that bottleneck". Le tempo se calme enfin pour aborder "The lost TV Clicker blues". Un blues plus classique (NDR : quoique le terme classique ne soit pas tellement adapté), bien ficelé, dont les effets dramatiques sont bien mis en évidence. 'The Boogie-Man from Hell' a retrouvé son inspiration pour interpréter "Lowdown in Swamptown". Un boogie balayé par un harmonica et inspiré par les climats louisianais. "Boogie field" est un boogie qui tourne au ralenti, mais combien électrique. Et ce n'est certes pas la finale "The Detroit River dirty blues" qui ramènera le calme. Un album aussi puissant qu'électrique pour l'homme du Michigan.

 

Willie Kent

Comin´ alive!

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Willie Kent est le bassiste le plus célèbre du blues contemporain pratiqué à Chicago. Pas pour rien que de 96 à 98, ainsi qu'en 2000 et 2001, il a cumulé les WC Handy Awards. Il a déjà commis quatre albums solo pour Delmark ainsi que "Who's been talking", en compagnie de Lil' Ed Williams. Willie est aujourd'hui âgé de 66 ans. Il est en effet né à Inverness, dans le Mississippi, en février 1936. Il a joué avec tous les grands de Chicago : de Muddy à Howlin' Wolf, en passant par Little Walter, Magic Sam, Junior Parker, Bobby "Blue" Bland et j'en passe. Ce nouvel opus est donc paru sur le label du célèbre club Blue Chicago. Nonobstant son titre ("Comin' alive"), il n'a pas été enregistré en public, mais dans les studios de Twist Turner.

L'album débute par "Lonely streets". Inspiré par Albert King, le jeune Haguy F. King s'acquitte admirablement de son rôle de 1er guitariste. Autobiographique, "Born in the Delta" est un splendide blues lent. "Check it out" est un blues rythmé qui rocke dans la plus pure tradition du terme. Une excellente plage marquée par le piano de Batts et une nouvelle intervention brillante de Haguy. "Look like it's gonna rain" font le plein de cuivres funkysants. La voix de Willie est délicieuse, très soul. Cette composition aurait pu figurer dans le répertoire d'un Fenton Robinson. Caractérisé par une brillante intervention du nouveau King, "Lonesome whistle blow" est un autre blues lent. Très nerveux et si proche d'Albert King, "Someone like you" est une bonne composition maison. Même scénario pour "Bad luck". Sans doute la meilleure plage de l'album qui bénéficie d'une assise rythmique impressionnante. Blues rythmé, "Sittin' here thinkin" permet aux ivoires de Batts de se mettre en vedette. La cohésion des Gents y est, en outre, remarquable. Dans un registre semblable, Don't tell me your trouble", permet à Haguy King de tirer le maximum de ses cordes. Quel bonheur ! Allen Batts se déchaîne sur le boogie au tempo enlevé "Something new". Indispensable finale gospel, "Someone you should know" bénéficie des chœurs de l'ensemble Gospel Supremez. Un album classique, mais surtout une agréable tranche de Chicago blues.

 

The Jon Spencer Blues Explosion

Plastic fang

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Référence de l'underground yankee, le Jon Spencer Blues Explosion nous revient avec un album de rock'n roll. Mais un rock'n roll qui tient à la fois de l'énergie et de la folie du rock et de l'esprit du rythm'n blues. Un rythm'n blues souvent sulfureux, viscéral, malsain, que les Stones avaient si bien popularisé à la fin des sixties et au début des seventies. Et parfois aussi un peu trop fréquemment attendri après 1972. Même Jon Spencer emprunte ici quelquefois des inflexions à la Mick Jagger. Lorsqu'il ne les calque pas sur Eddie Cochran. Ces deux visages des Stones, il les a ainsi vampirisés sur " Plastic fang ". Le second, lors des morceaux les moins intéressants, à la limite dispensables. Le premier pour mieux y libérer un groove d'enfer. A l'instar du menaçant, légèrement psyché, " The midnight creep " et du tribal " Mean heart ", deux compositions héritées en ligne droite de " Jumpin' Jack flash ". Ou encore du boogie âpre et acharné " Over and over " qui doit avoir mangé de l'Humble Pie (NDR : " I don't need no doctor ! "). Le rock'n roll, JSBE le consomme essentiellement sur trois titres : " Money rock'n roll ", " Shakin' rock'n'roll tonight " et " Swet n sour ". A la sauce stoogienne, histoire de ne pas avoir de Cramps (NDR : à l'estomac ?). L'opus recèle, en outre, un fragment taillé dans le même Chicago blues que le " Roadhouse blues " des Doors, " Down in the beast " ; et puis un morceau ondulant, hendrixien, " Hold on ", sur lequel Dr John est venu donner un bon coup de guitare.

 

Johnny Jones

Blues is in the house

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Jones est né en 1936. Sa famille se fixe à Memphis en 49 ; à une époque où il est de bon ton d'écouter Joe Hill Louis. Au début des 50s, les Jones émigrent à Chicago. Là, Johnny peut y voir et entendre les plus grands musiciens de blues. Et notamment Muddy Waters et Howlin' Wolf. Il retourne ensuite dans le Tennessee. A Nashville, très exactement. Où il monte dans les 60s différents groupes, comme the Imperial Seven et les King Casuals. Fin des 70s, il se retire de toute activité musicale. Heureusement, il est revenu depuis sur la scène du blues. Et avec un réel bonheur !

En 1998, il commet son premier album solo. Intitulé "I was raised on the blues", il est paru sur le label hollandais Black Magic. Un autre vétéran de la scène blues de Nashville participe à l'enregistrement de cet album : Earl Gaines. L'année suivante, un album live sort sur le label allemand Crosscut, "In the house : Live at Lucerne : volume 2". Il est cependant attribué à Johnny Jones et Charles Walker. Point commun aux trois albums : la collaboration de Fred James, un des musiciens blancs considéré aujourd'hui comme un des plus notoires de Nashville. A la production et à la guitare.

Excellente plage d'ouverture, "A fool never learns" a été écrite par Fred James. Une ballade bluesy, mélodique et précieuse à la fois, enrichie par les chœurs féminins de Mary-Ann Brandon et infectée par les riffs de sax de Dennis Taylor. "Girlfriend blues" est un blues très paresseux. Il se déploie de manière très décontractée. Les instruments sont bien en place. En particulier les cordes ; mais également l'orgue chaleureux de Billy Earheart. Le tempo est maintenu tout au long d'"I'm gonna love you" ; mais la ligne mélodique est préservée. Johnny chante divinement ce blues largement teinté de soul. Changement de registre avec "Stacked in the back", signé par son ami Clifford Curry. Le rythme est autoritaire, la guitare très versatile. Tous les muscles sont en agitation. Il reprend un autre titre de Curry : le blues traînant "Love recession". Ces deux compositions figuraient sur l'album "Clifford's blues" de Clifford Curry, paru sur Appaloosa en 1995. Même tempo pour "I'll be the judge of that". Plus percussif et louisianais chez "Good idea at the time". Vif sur "Your stuff is rough", pendant que la guitare mesurée de Jones nous ravit sur cette rythmique rock. Johnny se fait proche de la Nouvelle Orléans sur "Why can't we be alone". Earheart est passé au piano avant de retrouver l'orgue. Ce bon album se termine de manière royale, très enlevée, par le meilleur du style coulé de Johnny Jones, "The blues is in the house".

 

JW-Jones

Bogart´s bounce

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JW Jones est un jeune chanteur guitariste. Agé de 21 ans, ce Canadien vit aujourd'hui à Ottawa. Je l'avais découvert lors de la sortie de son précédent album, "Defibrillatin".

"Flattine" ouvre l'elpee. Une plage qui met en vitrine les atouts musicaux de tous les membres de cette formation. Constituée de Matt Sobb aux drums et de Nathan Morris à la basse acoustique, la section rythmique est la hauteur. Vive, rythmée, elle swingue. JW Jones se révèle assez exceptionnel à la six cordes. Faut dire qu'il a beaucoup appris en écoutant de nombreux guitaristes californiens talentueux tels que Junior Watson, Kid Ramos, Rusty Zinn et Rick Estrin. Et au milieu du jeu de quilles de cette intro percutante, vient se mêler le piano virevoltant de Gene Taylor, des Fabulous Thunderbirds. "Jump tonight" persiste est signe un West Coast blues de classe. JW chante d'une manière sobre, sans trop de puissance ni de grand relief dans la voix. Mais lorsque South Steve Marriner fait son entrée, c'est avec force et fracas. Le souffleur du Band n'a même pas 18 ans, et il tire ici son épingle du jeu. "Ain't soon enough" combine boogie et rock. La guitare imprime le rythme. Taylor reçoit son billet de sortie au piano ; et il profite de cette liberté avec beaucoup de bonheur. Marriner embraie pour un exercice individuel, et confirme tout le bien que l'on pense de lui. "Sweet sugar Mama" puise son inspiration dans les rythmes syncopés de la Nouvelle Orléans. Les ivoires de Gene Taylor impriment le tempo. La guitare libère un son complètement pourri, presque impossible à décrire, dans un style finalement pas tellement éloigné de celui du gratteur des Mighty Flyers, Rick Holmstrom.. Les variations de rythme mettent en valeur cette composition, au cours de laquelle Marriner chante, lorsqu'il ne souffle pas avec vigueur et virulence dans son harmonica. La voix caractéristique, chaude et puissante de Kim Wilson réchauffe généreusement "Time to move on". L'atmosphère est sereine. Tortoise Blue (NDR : un compatriote préposé aux claviers et à l'harmonica au sein du band de Big Daddy G) se réserve l'orgue Hammond. Nouvelle tranche instrumentale de choix, la plage titulaire démontre les profondes affinités de JW pour les styles de Junior Watson et consorts. "Without you" sent bon le sud profond. Celui de la Louisiane ; et en particulier celui qui est pratiqué dans les quartiers chauds de Baton Rouge. La simplicité, la nonchalance et la sérénité du piano et de l'orgue Hammond colorent le jeu brillant de Jones. "Don't tease me" est un titre nerveux. La trame funky. Southside Steve prend son pied à l'harmo. Son souffle est puissant et vindicatif. L'instrumentation brille avec une égal bonheur, tout au long de l'opus. La guitare très west coast, mais aussi fort personnelle alimente "Understanding a woman". "Don't sugar coat it" atteint le sommet. Kim Wilson se démène à l'harmo. Il va même au delà d'une petite participation amicale, car au sommet de son art, il module avec générosité et originalité, ses phrases à la perfection. Pendant tout ce temps, South Side Steve se limite aux vocaux. Il y prend même la leçon. "Heard the news" épouse un swing naturel. Gene Taylor est brillant derrière son piano. La section rythmique lui emboîte le pas. Marriner est passé à l'instrument chromatique. Ces jeunes gens sont vraiment doués ! "You forgot to come back" marque le retour à l'ambiance paresseuse des swamps. Pour la circonstance, Miss Roxanne Potvin, une jeune copine de moins de vingt ans, est passée au chant. Sa voix claire, excellente, est capable de monter en puissance, avec une facilité déconcertante. L'insatiable Kim Wilson revient chanter le rapide "Blind date woman". Le jeune Marriner profite de l'occasion pour prononcer quelques phrases à l'harmo. Avec sobriété. Question d'impressionner le maître ! Cet excellent album s'achève par une tranche instrumentale bien jazzy. Un exercice de style au cours duquel JW se sent alors hanté par Charlie Christian. Mais dans un style jump, devant basse, drums et piano. Chapeau bas jeunes gens !

 

Tom Jones

Mr. Jones

Depuis son précédent album de reprises (" Reloaded "), Tom Jones s'est racheté une conduite auprès des jeunes, pour qui les crooneries sixties du pensionnaire (pensionné ?) de Las Vegas laissaient plutôt de glace. " Sex Bomb " sur les pistes de danse et ses duos avec Robbie Williams et les Cardigans en " heavy rotation " sur MTV, le papy des casinos (Royale) faisait peau neuve (qu'il a, quand même, un peu ridée). Le voilà donc de retour avec un album à nouveau taillé pour le succès de foule, produit par l'ex-Fugees Wyclef Jean, dont le travail fût d'encore rajeunir un peu plus Mr. Jones. Résultat : " Groovy, Baby ! ", malgré les courbatures et les cheveux gris de ce bon vieux Tom. Certes, il n'est pas difficile de voir derrière cet album une sombre entreprise commerciale de rajeunissement forcé (" Recyclons, recyclons "), voire d'embaumement précipité (" Profitons des dernières ressources de ce vieillard pendant qu'il en est encore temps "), mais n'est-ce pas la dure loi de la jungle du music business, quand on a soixante piges et qu'on est entouré de jeunes loups affamés de gloire et de dollars ? Vas-y Tom, montre-leur à tous ces vauriens ! " I hope I die before I get old ", disaient The Who (voir aussi chronique des Datsuns) : alors que Keith Moon et John Entwistle mangent les pissenlits par la racine, Tom Jones est toujours en pleine forme. Et jeune dans sa tête.

 

Juke Joints

Live in Ireland

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Cette formation écume les scènes hollandaises et autres depuis près de vingt ans. Issue de Zélande (NDR : donc pas loin de chez nous !), elle est drivée par le sympathique Peter Kempe. Un chanteur/batteur flanqué de ses fidèles Sonny Boy Vanden Broek à l'harmonica et à l'accordéon, Peter Van Merode à la basse, ainsi que Mike Staat à la guitare. Les Juke Joints sont réputés pour le dynamisme de leurs prestations. Ils ne font guère dans la dentelle. Leur répertoire est sculpté dans un blues rock direct, sans artifices. Ils comptent déjà plusieurs albums live à leur actif : "Live in Brogum" en 89, "One, two, five… live" en 96, ainsi qu'un opus commis en compagnie de l'harmoniciste Willie Foster en 99, tout simplement intitulé "Live!". Ils affichent également cinq albums studio au compteur. Le premier, "Dancing shoes", remonte à 86 ; alors que le dernier, l'excellent "Walking down Memphis", en 99.

Ce nouvel opus est donc le quatrième enregistré en public. Et c'est bien ainsi, car les Joints sont un véritable groupe de scène. Cet elpee a été immortalisé en Irlande. Ce qui n'est pas étonnant lorsqu'on sait que les musiciens sont des fans indécrottables du regretté guitariste irlandais, Rory Gallagher. Il devient même difficile de compter leurs participations aux Gallagher Tributes.

Le disque s'ouvre par des plages imprimées sur un tempo élevé : "Soul on fire" et le zydeco "Don't give it up". Les deux solistes peuvent s'y mettre en évidence. Mike à la guitare (NDR : un tantinet trop hard !), et surtout Sonny Boy à l'harmonica et à l'accordéon. Le blues n'est pas oublié chez lez J.J.. A l'instar de la version très rude du "Blues had a baby" de Muddy Waters. Non seulement ils puisent dans le répertoire scénique de Gallagher, mais ils réalisent des versions acoustiques du "Bankers blues" de Big Bill Broonzy et d'"Out on the Western plain" de Leadbelly. Peter Kempe délaisse même sa batterie et empoigne une mandoline pour chanter sur le devant de la scène "Going to my hometown". Une interprétation qui ne pouvait que faire plaisir au public irlandais. Il adapte aussi "Calling Card" de Rory. Les Juke Joints sont au sommet de leur art, lorsqu'ils attaquent le superbe "Mojo hand". Un fragment qui était la meilleure plage de leur dernier album studio. En fin de parcours, le boogie "My baby" fait la loi. Et pour clore leur set, Sonny Boy reprend l'accordéon, instrument de prédilection en terre irlandaise, pour enlever "So long, baby, goodbye", de Dave Alvin. Un bon album!

 

Jack Drag

The sun inside

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Drivé par John Dragonetti, Jack Drag nous vient de Boston. Un quatuor dont les premiers pas remontent à 1996, année au cours de laquelle, le combo avait enregistré son premier 7 inches, " Velour ". Depuis, la musique de Jack Drag est en constante évolution. Enfin, celle de John puisqu'il en est le chanteur, guitariste et compositeur. Si ses deux premiers elpees naviguaient à la croisée des chemins des Beatles, de Stereolab et de Guided By Voices, la suite s'est révélée encore plus intéressante. En fait, à l'instar d'un Beck, John marie habilement tout ce qui lui tombe dans le tuyau acoustique : pop, psychédélisme, hip hop, house, new wave, folk, electro, etc., pour en forger un style terriblement excitant, expérimental et mélodique. " The sun inside " constitue déjà son cinquième opus. Un disque sur lequel il a reçu le concours de Dan 'The Automator' Nakaruma. Pas sur tout l'album, comme c'était prévu au départ. Mais sur le seul " FM Royalty ". Un des meilleurs titres de l'opus, par ailleurs. Ce sera sans doute partie remise. Pourtant, le reste ne manque pas d'allure, nonobstant une fin de parcours davantage intimiste et mélancolique. Jack Drag est sans doute parvenu à trouver le chaînon manquant entre Syd Barrett et Beck. Et à ce titre cet album mérite le qualificatif de ‘must’.

 

David Jacobs-Strain

Stuck on the way back

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Les chasseurs de tête de chez NorthernBlues ont le nez fin. Après avoir débusqué Otis Taylor et Harry Manx, ils viennent de signer un nouveau grand talent du blues acoustique : David Jacobs-Strain. Il n'a pas encore vingt ans. Né en 1983 à New Haven, dans le Connecticut, il s'est fixé par la suite à Eugene, dans l'Oregon. Il joue de la guitare depuis l'âge de 9 ans. Dans le domaine du blues, ses premières influences répondent aux noms de Taj Mahal, Skip James, Fred McDowell et Lightnin' Hopkins. C'est en écoutant Bob Brozman qu'il a appris à jouer du bottleneck. En 1996. Au cours de ces dernières années, il a été davantage réceptif aux différents styles pratiqués par John Cepahs, Steve James, Alvin Youngblood Hart ou encore Otis Taylor. Son père, Michael Strain, a pris en charge sa carrière.

David compte déjà plusieurs albums à son actif : "First Friday live - Tra ditional acoustic blues" en 1997 (NDR : il avait 14 ans !), "Skin and Bones" en 1999 et en 2001, un 'live' intitulé "Longest road I know". Paru chez NorthernBlues, son premier opus a bénéficié de l'excellente mise en forme de Kenny Passarelli, un producteur qui avait réalisé un superbe travail sur l'elpee d'Otis Taylor, "White African". Dans le passé, Kenny a joué de la basse pour de multiples artistes ; et en particulier pour Elton John et Stephen Stills. Il apporte sa collaboration sur cinq plages de ce disque. A la basse et à l'orgue Hammond B3. Peter Joseph Burtt s'y réservant les percussions africaines.

L'album a été enregistré à Santa Fé, en novembre dernier. Il s'ouvre par "River was green". David est seul au chant et à la guitare. Son attaque sur les cordes est particulièrement percutante. Et on est pris instantanément à la gorge. La voix est très musicale. Elle se fond parfaitement dans l'environnement musical. C'est assez naturellement que David vient interpréter "Bowlegged Charlie". Une composition signée par son complice d'écurie, Otis Taylor. Il ne relâche pas son acharnement sur les cordes. Le chant est nerveux : peut-être pour marquer l'injustice qui marque le pauvre Charlie. L'adaptation du "Poor Black Mattie" de R.L Burnside, constitue ma plage préférée. La guitare embrasse une trame rythmique intense, obsessionnelle. Le chant de David est très assuré. Son percussionniste, Peter, lui répond dans l'ombre. Le rythme nous possède et ne nous lâche plus. La slide et David et le kora de Peter se rencontrent et s'unissent pour créer des reflets hypnotiques. Un grand moment! Parenthèse instrumentale, "Sidewalk rag" est une occasion idéale pour démontrer tout son talent dans le style en pickin ; un style qu'il a emprunté à Skip James, mais qu'il a tellement personnalisé. Le medley "Poor boy/Nobody's fault" s'étale sur plus de 8'. L'obsession est omniprésente. Une atmosphère qui évolue à la manière des mantras et des ragas indiens. Le son est impressionnant. Dans son style répétitif, "Black and blues" cultive une ambiance dramatique. Un climat justifié par les lyrics de cette chanson racontant l'histoire d'une jeune femme qui devient accro à l'héroïne, et dont le vieil amant la laisse pantelante et violée. Reste donc deux excellentes plages : le très lent "Wild Bill Jones", au cours duquel on entend perceptiblement ses doigts qu'il frotte sur les cordes métalliques, à la manière du meilleur John Campbell ; et enfin "Linin' track", dont les motifs hypnotiques sont entretenus par la guitare Reso-Phonic, le cajon et le djembe de Peter. Dans le style, cet opus me semble indispensable. Je vous le recommande donc vivement…

 

Janet Adkins

In a dream

Écrit par

Il faudra bien un jour admettre la grandeur de Janet Adkins. Et qui sait si " In a dream " pourrait y contribuer ? Autant les précédentes plaques du groupe ne parvenaient pas toujours à transmettre toute l'émotion qui se dégageait des prestations scéniques, autant aujourd'hui ce fossé est pleinement comblé. Ecouter ce disque nous renvoie illico dans les fumées et les tourments des concerts. Mais pas seulement. Car voilà le tour de force : l'autonomie. " In a dream " s'écoute et s'apprécie dans la solitude comme il pourra être savoureux et lancinant dans la foule, communiant sûrement pour l'occasion. La musique s'est développée au point de s'épaissir, de se densifier et surtout de se diversifier. En matière de rock pur jus, Janet Adkins devient à mon sens le plus fiable représentant belge du mouvement, loin de toutes modes bricoleuses lo-fi. D'ailleurs leur parcours les a amenés à croiser la route avec les plus beaux fleurons du genre (Ligament, Brainiac, Kepone, Elevate, Uzeda, Helmet, Young Gods…), signe qui ne trompe pas. Pour ceux qui ne situent pas la liste entre parenthèse, à vos Kazaa, médiathèques ou frères aînés. L'année de la reconnaissance ?

 

Bill Janovitz

Up here

Écrit par

En 1994, le leader/chanteur/compositeur/guitariste de Buffalo Tom avait opéré une tournée en solitaire, au cours de laquelle il interprétait, seul à la guitare sèche, un mélange de reprises et de versions acoustiques de ses chansons. En 1997, il commettait son premier opus solo (" Lonesome Billy "), un disque pour lequel il avait reçu le concours de l'équipe du Giant Sand au grand complet. Mais pas pour y laisser épancher son lyrisme folk ou country. Non, pour y interpréter des chansons bien électriques. Mais, à l'instar d'un Tom Waits, ravagées par l'angoisse et la mélancolie. Son disque acoustique, il vient de le commettre. Dix chansons personnelles et une cover des Replacements (" Here comes a regular ") qui adoptent un profil minimaliste, proche d'un …Billy Bragg, sans l'engagement politique. Bill s'accompagnant presque exclusivement soit de sa six cordes, qu'il joue le plus souvent en picking dans un style proche de Willie Nelson. Ou alors d'un piano ; les accords de soie berçant chaque mélodie, dans l'esprit d'un Del Shannon. Pourtant le ton confidentiel, fragile, ne l'empêche pas développer des thèmes qui passent du bonheur à l'horreur en l'espace de quelques secondes. Un bien bel elpee !

 

Jerk House Connection

Souleiado

En intro de ce disque de lounge, on entend la mer, les vagues allant et venant sur le sable fin d'une plage perdue sous les Tropiques (voir la belle pochette). Comme le dit le grand théoricien du son Murray Schafer dans son livre séminal, 'Le Paysage sonore' : " La mer évoque la purification, la fraîcheur et le renouveau. Par sa perpétuelle présence, elle est symbole de l'éternité. Par ses marées, le va-et-vient de ses vagues, symbole du changement ". La lounge, ce serait donc tout ça à la fois : du neuf, du pur, de l'éternel, du changement. Neuf, ça ne l'est plus depuis longtemps ; depuis que ses beats moites et convenus envahissent notre espace auditif jusqu'à la saturation, du resto branché aux toilettes de chez Biguine. Pur, encore moins : il ne s'agit ni plus ni moins que d'une vaste escroquerie commerciale destinée à flouer les consommateurs que nous sommes ; une honteuse atteinte à la musique, la vraie, et à notre intelligence, celle qui nous permet de discerner la lounge de l'électro de qualité. Eternelle, sûrement pas : la lounge disparaîtra aussi vite qu'elle est apparue, remplacée par une nouvelle mode passagère formatée par l'industrie du disque, et dont le seul but sera de remplir les poches des rentiers du music business. Symbole de changement, on en doute : c'est plutôt une régression, un nivellement par le bas… " Souleiado ", c'est aussi le nom d'une chaîne de magasins de tissus provençaux : on croit rêver ! Encore une chose : l'interlude n°10 de ce précieux CD s'intitule " Mistral ", et l'on entend effectivement le vent souffler, délicatement… Jung parlait du vent comme du " souffle de l'esprit ". Ici, c'est un vent fétide, qui, espérons-le, balaiera une fois pour toutes la lounge de notre horizon musical.

 

Jeronimo

Un monde sans moi

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Voilà un talent belge à découvrir d'urgence. Le Liégeois Jérôme Mardaga, alias Jeronimo, nous raconte de petites histoires douces-amères qui évitent subtilement tous les clichés du genre. Ce sera par exemple " Je crois que ma femme me trompe, mais je tiens bon ", " J'ai rencontré Sarah le jour de mon mariage " ou, dans un autre registre, " A Monaco, quand il y a de l'orage, je sors la BM du garage pour négocier tous les virages de la corniche supérieure ". Tout en utilisant un vocabulaire simple, il a l'art de trouver le mot juste et d'ajouter la petite phrase à laquelle on ne s'attendait pas. Jeronimo évoque tout cela avec un parlé-chanté faussement timide, qui pourrait lasser sur la longueur. Il a heureusement l'intelligence de varier les climats musicaux en les adaptant aux textes (ou l'inverse, je ne sais pas comment il travaille). Il peut se lancer seul à la guitare sèche ou, au contraire, partir dans des envolées très électriques qui ne déplairaient pas aux fans de House of Love, par exemple. Enfin, pour compléter la panoplie du talent, Jeronimo sait aussi ciseler des mélodies qui trottent rapidement en tête. Pour preuve " Ton éternel petit groupe " et " Ma femme me trompe " qui tournent beaucoup sur les radios belges. Signalons encore que ce premier album, dont on attend déjà les successeurs avec impatience, comprend une reprise-traduction très musclée de David Bowie, intitulée " J'ai peur des Américains ".

 

The Jesus & Mary Chain

21 singles

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Instigateurs du mouvement noisy rock, le Jesus & Mary Chain s'est donc séparé en 1998. En 15 années d'existence, cette formation écossaise était parvenue à épurer l'histoire du rock'n roll pour ne conserver que le concentré de l'héritage : la simplicité et la sensualité. Et puis également 15 années au cours desquelles, les frères William et Jim Reid ont défrayé la chronique à travers leur patronyme, leurs attitudes, leurs rixes et les lyrics de leurs chansons. Provocateurs tout autant que ténébreux, les frangins vont même finir par se disputer. Faut dire que leurs opinions étaient de plus en plus divergentes. Jim avait ainsi écrit " I love rock'n roll ", en réponse à une compo que William avait intitulée " I hate rock'n roll ". Deux chansons qui figurent, bien sûr sur cette compile. Reste donc six albums est une volée de singles, témoignages de leur musique insolente, violente, torturée, mais paradoxalement enrobée dans la pop mélodique et sucrée. Ces singles ont donc été réunis sur ce recueil. Tous les morceaux essentiels y sont. 21 en tout. Y compris " Sometimes always ", sur lequel Hope Sandoval (Mazzy Star, Hope Sandoval & the Warm Inventions) était venue donner de la voix. Un testament indispensable !

 

JJ72

I to sky

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"I to sky" constitue le deuxième album de ce trio irlandais. De Dublin très exactement. Un disque beaucoup plus sombre que le précédent éponyme. Pas seulement à cause des lyrics empreints de références religieuses, mais à cause du climat au sein duquel baigne les 12 compositions de cet opus. Un climat qui baigne le plus souvent dans la cold. Celle de Joy Division et de Cure, c'est plutôt classique. Ou d'une manière plus contemporaine, de Radiohead, Kent et Placebo. Mais est-ce vraiment de la cold ? Un Placebo auquel JJ72 a même emprunté l'exaltation wagnérienne sur " 7th wave " et la fureur ténébreuse, presque gothique, sur l'excellent " Serpent sky ", une compo au cours de laquelle on a l'impression d'être balayé par la tempête des Hauts de Hurlevent. Tout aussi excellent, " I saw a prayer " cherche le chaînon manquant entre My Bloody Valentine et Mercury Rev, les vocaux veloutés de Greany rappelant étrangement ceux de Jonathan Donahue. Une exception qui confirme la règle, car tout au long de cet opus, son timbre oscille du falsetto hystérique, gonflé à l'hélium, au gargouillement mortel. Un disque sculpté dans l'électricité scintillante, tumultueuse, qui ne souffre d'aucune faiblesse ; s'ouvrant même parfois de nouveaux horizons sonores. A l'instar de " Half three ", dont l'élégance capricieuse, filandreuse, lorgne vers l'élégance punk d'un Wedding Present. De " Glimmer ", déchiré entre sauvagerie et quiétude. D'" Always and forever ", dont la pop chaloupée rappelle le James du " Millionaires ". Et enfin du tendre " Nameless ", caractérisé par son synchronisme puéril entre la voix et la mélodie. Sans oublier l'hymnique " Brother sleep ", découpé délicatement dans l'acoustique, ou encore la ballade mélancolique, mais tumultueuse " Oiche mhaith ". Un must !

 

JMX

Parbleu

On connaît Jean-Marie Aerts pour avoir tenu la guitare au sein de TC Matic, moins pour ses projets solo : JMX, son projet électro-world lancé en 1994, n'a pourtant rien d'un passe-temps de musicien à la retraite. Entouré d'excellents collaborateurs comme Philippe Comte, Patrick Bylebyl ou le rasta Tikiman (entendu chez Basic Channel), Aerts propose, avec JMX, une relecture intéressante du blues, du reggae et de l'électro la plus organique, proche en cela des disques d'Arto Lindsay, sans doute l'un de ses modèles. Dommage que ce " Parbleu " traîne parfois en longueur (plus de 70 minutes), l'attention se faisant dès lors moins soutenue dès que le guitariste et ses invités s'emballent dans des bravades fusion-world sans fin… Il n'empêche qu'avec des chansons aussi fortes que " Tikisong ", l'instrumental " Stars " ou encore " Tex ", du " hip hop acoustique " sous ganja, Jean-Marie Aerts frappe fort, et confirme son statut toujours surprenant d'artiste culte 100% belge.

 

Jay-Jay Johanson

Antenna

Après sa pose ‘Psycho’ adoptée sur " Poison ", il y a deux ans, le Suédois arbore aujourd'hui une coupe de cheveux à la Ziggy Stardust (NDR : suffit de regarder la pochette !). De mannequin hitchcockien, le crooner venu du Nord s'est transformé en bête de foire électro-pop, le look androgyne comme nouvelle marque de fabrique. Finies les amourettes jazzy à la Chet Baker (" Whiskey ", 1996), l'easy listening à donner le bourdon (" Tattoo ", 98) et les ambiances mortuaires em" Poison "nées : Jay-Jay Johanson s'est mué en diva du dancing sous perfusion eighties, ressortant ses vieux Human League et Pet Shop Boys du placard pour emballer les ‘club babes’ de Scandinavie et d'ailleurs. " So Tell The Girls That I'm Back In Town ", chantait-il sur " Whiskey " : désormais Jay-Jay se la joue platform boots et beats au carré, avec cette touche de mélancolie qui l'a toujours caractérisé ; une manière de faire fondre les midinettes " girly ", amoureuses d'électro-disco et de (International DeeJays) gigolos. Jay-Jay, bourreau techno au cœur tendre ? " Déjà Vu " en boucle sur les platines, c'est l'été indien en pleine tempête de neige, le " Destinés " de Guy Marchand revu à la sauce 2002. Peut-être qu'enfin, Jay-Jay devrait passer à la radio (" On The Radio "), tant ses ritournelles emballées par les électroniciens de Funkstörung fondent sous la langue et procurent des chaleurs. Il est loin le temps où Johanson reprenait " Neon Lights " de Kraftwerk la mine décatie et les mains glacées : " Antenna " s'écoute bien au chaud, les paluches moites et baladeuses. Du hit " Automatic Lover " à la Moroder au björkien " Tomorrow " (très " Homogenic ", avec ses embellies de cordes et ses beats syncopés), " Antenna " se permet un sacré flash-back eighties sans pour autant sentir la vieille chaussette : un bon disque pour 2002, le meilleur de Jay-Jay depuis " Whiskey ".