Le rire de Will Paquin

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Bienvenue dans le monde civilisé de Ghostwoman…

Ghostwoman est un duo réunissant Evan Uschenko et Ille van Dessel. Il est canadien et elle est belge. La paire s'apprête à sortir son nouvel album, "Welcome to the Civilized World", le 5 septembre et partage aujourd'hui son nouveau single, "Alive". Evan…

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The Experimental Tropic Blues Band

Tout a une fin pour Thomas Sarrodie & Bi-Polar Blues

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Thomas Sarrodie & Bi-Polar Blues

Une guitare enracinée dans le blues, qu’il mêle une énergie rock contemporaine et d'échos psychédéliques des années 60, Thomas Sarrodie & Bi-Polar Blues captive par ses slides envoûtants, un accordage baryton, une contrebasse surprenante et un rythme de batterie tourbillonnant. Il se forme il y a douze ans en compagnie de Thomas Sarrodie (guitare, chant) et Sylvain Blanquiot (basse), le Thomas Sarrodie Group qui s’impose sur les scènes d'Occitanie avec divers batteurs, jusqu'à ce que Jérémy Cazorla prenne place derrière les fûts. Influencé par Stevie Ray Vaughan et Jimi Hendrix, Sarrodie y ajoute une touche personnelle, évitant les clichés, comme en témoignent trois albums studio et un enregistrement live vibrant. Désireux d'évoluer, le trio intègre la contrebasse, le slide et des accordages barytons, redessinant son son vers un blues roots tout en conservant une énergie rock. Rebaptisé Thomas Sarrodie & Bi-Polar Blues, le groupe se lance dans une nouvelle tournée et l'enregistrement d'un nouvel opus éponyme. Ce dernier reflète leur ambition de repousser les limites, grâce à des compositions évoquant le Delta ou les Hills, teintées de l'influence de R.L. Burnside, tout en rendant hommage à une tradition des années 60 avec une approche moderne.

Ce voyage presque initiatique au cœur du Blues et du Rock enflamme l'énergie et l'âme qui font de cet opus le travail d'un trio inspiré (guitare/chant, contrebasse, batterie), porté par l'expérience considérable du groupe, tout en restant unique et original.

Le vidéo clip de "It All Comes To An End" est disponible ici

 

The Experimental Tropic Blues Band

The Experimental Tropic Blues Band… toujours aussi expérimental…

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 « Angelborsht Tragedy », premier single avant la sortie du nouvel album pour The Experimental Tropic Blues Band.

The Experimental Tropic Blues Band, groupe belge iconoclaste, secoue la scène rock internationale depuis plus de deux décennies. Formé à Liège, ce trio unique s’impose par une énergie brute et une audace musicale qui ne laissent personne indifférent. Après avoir embrasé les scènes d’Europe, des États-Unis et du Canada avec leur rock garage abrasif et déjanté, il sortira un album, en septembre 2025. Intitulé « Loverdose », il s’annonce captivant… et expérimental !

Le nouveau single, « Angelborsht Tragedy », est à voir et écouter sous forme de clip ici

 

Phantom Blues Band

Still cookin'

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Début des nineties, le Phantom Blues Band servait de backing group à Taj Mahal. La formation avait ainsi participé aux sessions d’enregistrement de l’album "Dancin' the blues", gravé en 1993. Le line up impliquait des musicos qui avaient collaboré avec des bluesmen confirmés comme BB King, Buddy Guy, Bonnie Raitt ou Robert Cray. Notamment. Malgré le temps, le combo n’a guère subi de bouleversement marquant. Il continue d’ailleurs de réunir la crème des musiciens de studio issus de Los Angeles ; en l’occurrence le batteur Tony Braunagel, le claviériste Mike Finnigan, le guitariste Johnny Lee Schell, le bassiste Larry Fulcher ainsi que Joe Sublett et Les Lovitt, préposés aux cuivres. Le précédent opus, "Inside out", remonte déjà à 2011.

Particulièrement homogène, "Still cookin'" est le fruit d’une nouvelle rencontre entre musiciens talentueux qui partagent le même plaisir de jouer ensemble. L’elpee s’ouvre par l’excellent "Don't fight it", un hit r&b du regretté Wilson Pickett, décroché en 1965. L’adaptation oscille entre blues et rock'n'roll, une compo que chante les trois vocalistes, Mike, Larry et Johnny, alors que Smokin' Jo Sublett s’autorise un envol au saxophone. Le PBB reprend aussi deux titres signés par feu le chanteur/pianiste louisianais David Egan. Tout d’abord, "Blues how they linger". Mike se consacre au micro tout au long de ce slow blues. Puis "Fess on up". Focalisé sur la slide de Schell, "Wingin' my way" est sculpté dans un funk réminiscent du Little Feat. Mike est toujours au lead vocal sur "Just in case", une plage imprimée sur un tempo allègre. En outre, il double piano et orgue face aux deux cuivres en effervescence. "Better but not good" baigne au sein d’un climat jazzy bien néo-orléanais, une piste caractérisée par la sortie à la trompette de Lovitt, mais qui surtout met en exergue la voix chaleureuse de Finnigan et la sortie à la trompette de Lovitt. On épinglera encore le “I’m Just Your Fool” du pianiste de jump blues, Buddy Johnson, une compo qui remonte à 1954. Johnny Lee Schell en profite pour sortir une dernière fois de sa réserve…

Backtrack Blues Band

Your baby has left

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Blues Band issu de la région de Tampa, en Floride, le BBB roule sa bosse depuis 1980. "Your baby has left" constitue son 7ème opus ! Le combo pratique un blues électrique qui emprunte les courants traditionnels de Chicago et du Texas. Deux solistes tirent leur épingle du jeu : le chanteur/harmoniciste Sonny Charles et le chanteur/guitariste Kid Royal. La prise de son a été opérée chez eux en Floride. Au menu, six plages écrites par Sonny Charles, deux par Kid Royal et une reprise.

Blues rock classique, amusant et séduisant, "Best friend's grave (Joy, Joy, Joy)" ouvre les hostilités. Promulgué ‘Vainqueur du Coolest Blues song of the year’, ce titre se distingue par son refrain accrocheur et de très belles sorties des solistes. La voix de Sonny Charles est autoritaire. Elle colle parfaitement aux plages énergiques, à l’instar de "Your baby has left", étonnement proche du "Boom boom" de John Lee Hooker. Le groupe déménage pas mal sur "Dixie grill", bénéficiant du renfort de cuivres et du piano de Bruce Katz (de Boston). Une seule reprise, le "Natural born lover" de Jimmy Reed, une piste attaquée comme un shuffle et dynamisée par la rythmique caractéristique de Reed. Très bien ficelés, les deux derniers titres sont issus de la plume de Kid Royal. Tout d’abord, le très rock’n’roll "She might get mad", révélant un Charles très saignant à l'harmonica. Et puis la finale "Time is hard", un blues lent qui s'étire longuement et libère au passage quelques éclairs instrumentaux.     

The Experimental Tropic Blues Band

Démoniaque !

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Plus de 20 ans que The Experimental Tropic Blues Band roule sa bosse. Ce power trio liégeois se produisait au Magasin 4, ce vendredi 22 février.

Dr Voice devait assurer le supporting act. La maman du drummer vient de décéder. Elle collaborait activement au projet ; ce qui explique pourquoi la formation a déclaré forfait.

La salle est bien remplie lorsque Jérôme Vandewattyne, le réalisateur du long mtrage (1h27’) « Spit'N'Split » pour La Film Fabrique, vient présenter ce petit chef-d’œuvre à la belge, primé dans quelques festivals prestigieux, un peu partout en Europe. La Film Fabrique est une structure qui crée, développe et produit des clips vidéo, des fictions et des documentaires. Composée d'une équipe pluridisciplinaire, LFF défend une vision alternative de l'audiovisuel en Belgique.

Ce faux-documentaire, Jérôme l’a tourné en suivant le band pendant 2 ans, armé de son appareil photo Panasonic Lumix GH2 et son objectif de caméra de surveillance. Pour Jeremy Alonzi, Vandewattyne est quelqu'un qui aborde le cinéma comme on aborde la musique. Des scènes de fiction se sont glissées dans le docu devenu très vite film, au cours duquel Bouli Lamers apparait même à la fin. Et c’est TETBB qui en a composé la B.O., aussi déjantée que le scenario.

Place ensuite au combo. Dirty Coq, Boogie Snake et Devil D’inferno vont nous livrer un set particulièrement nerveux de 60 minutes. Jérémy nous a confié que c’est la seule date pour cette année. En outre, que le band a fait le tour du rock garage. Donc que le prochain elpee sera totalement différent. Mais que les musicos doivent encore écrire les compos.

Le garage/punk/boogie/rock de The Experimental Tropic Blues Band est aussi crasseux et incontrôlable que jamais. Et puis, il incite toujours à se déhancher. Le combo va puiser, ce soir, largement dans le dernier opus. La frappe de David, sur ses fûts est sauvage et métronomique. C’est lui qui donne le tempo. Comme d’habitude, Jérémy dévore littéralement son micro et quand il pousse des gémissements ou éructe ses paroles, on imagine qu’ils ou elles émanent des entrailles de l’enfer. Perpétuel agité, Jean-Jacques ne tient pas en place et arpente le podium dans tous le sens. Il harangue constamment la foule dans le seul but de la faire réagir. Et dans la fosse, plutôt compacte, elle répond favorablement à son invitation. Tout au long de « Sushi », il souffle dans son harmonica comme un possédé asthmatique. Démoniaque ! Et puis, c’est devenu un rituel, il se lance dans la foule, après avoir abandonné son instrument pour se laisser porter à bout de bras. Les mains balaient alors son corps qui lâche alors des bruits aussi insolites qu’inattendus. Le set s’achève par le déjanté et frénétique « Keep This Love ». Jérémy n’en a pas profité pour exhiber ses bijoux de famille, lors de ce set. Il les a laissés dans son tiroir. En rappel, le trio va encore nous réserver « Jealous Rock », « Mexico Dream Blues », et « Garbage Man », un titre qui ne devait pas figurer dans la setlist.

Setlist : “Straight To The Top“, “Twose Dicks”, “Nothing To Prove“, “Express Yourself“, “We Ird“, “Baby Bamboo”, “I Went Down”, “Power Of The Fist”, “Disobey”, “Sushi”, “I Dig You”, “Keep This Love”.

Rappel : “Jealous Rock”, “Mexico Dream Blues”, “Garbage Man”.

(Organisation : Magasin 4)

The Experimental Tropic Blues Band

Hellelujah

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The Experimental Tropic Blues Band vient enfin de sortir son tout premier album. Mais il aura quand même fallu près d'un an avant qu'il n'atterrisse dans les bacs des disquaires. Fondé fin 2000, la formation n'avait jusqu'à présent commis que deux mini elpees, « Bastards » et « Dynamite Boogie ». Pour enregistrer cet opus, le trio a reçu le concours de quelques invités de marque, et en particulier d'Arno. Pour deux titres. Et pas pour chanter, mais pour souffler dans un harmonica. A la manière de John Mayall. Tout d'abord sur le déjanté « Twice blues », plage qui bénéficie également du concours de Stinky Lou à la basse, et puis sur le blues lent « Dry whiskey », réminiscent de Howlin' Wolf. Parmi les autres invités figurent Lio (Electric Ladies Blues et Le Prince Harry), un des musiciens d'Adrian Bouldt, sans oublier l'ingénieur du son John Roo, dont la participation a été très active, tout au long des sessions d'enregistrement. Musicalement, cet « Hellelujah » oscille entre psycho boogie hérité en ligne droite des Cramps, dont ils reprennent même ici le célèbre « Garbage man », rock'n roll, et blues. Psycho boogie (NDR : certains préfèrent le terme psychobilly) frénétique chez « Jealous rock » (titre qui figurait sur le précédent Ep) ou à couper le souffle sur « Mexico dream blues », mais aussi hypnotique pour « Rising from the dead »). Rock'n roll âpre, sauvage et dévastateur (« Snake vs Wolf ») et allègre, presque hymnique du titre maître (NDR : particulièrement virils, les refrains sont même repris en choeur). Blues inspiré par John Lee Hooker (« The gambler »), Bod Diddley (NDR : féroce, imprimé sur un tempo infernal, « Voodoo rise » me rappelle quelque part son « Who do you love »), mais aussi soumis à l'exercice du blues lent (voir ci-dessus). L'elpee s'achève par un titre plus roots, presque acoustique, « Evil can't be done ». Beaucoup de groove donc tout au long de ce disque, mais aussi de subtiles interventions produites à l'aide du bottleneck ; sans oublier le timbre vocal caverneux de Dirty Wolf qui hante régulièrement les mélodies. Un superbe album ! Et si vous souhaitez en connaître davantage, je vous invite à prendre connaissance de la longue interview que Dirty Wolf et Boogie Snake ont accordée à Musiczine.

The Experimental Tropic Blues Band

Vite fait, bien fait?

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Moins de monde que prévu pour cette belle affiche programmée par ' Rock it Mourcourt', une organisation particulièrement dynamique issue de la région de Tournai. Fondée début 2004, sa programmation privilégie la mouvance punk rock garage 60's/70's. Et la configuration du Centre culturel de Mourcourt se prête très bien à ce type d'évènement. Par contre, pas mal de spectateurs (dont plusieurs médias) découvraient pour la première fois cette petite salle. Et il ne fait aucun doute, qu'ils auront apprécié la convivialité de cet espace perdu au beau milieu de la campagne tournaisienne.

 Les Lunar Tiki's, vous n'en avez probablement jamais entendu parler. Et pourtant, hormis la chanteuse, ce quintet est composé de vétérans de la scène rock. On y retrouve ainsi le claviériste Simon Rigot (ex- Bernthøler), le bassiste Philippe 'Flupke' De Clercq (il a milité chez les Moonshades et The Nervous Shakes), le guitariste Roland Bettenville (fan de surf music, cet ingénieur en électronique s'est illustré au sein de diverses formations locales au cours des nineties) ainsi que le drummer Michel Zylbersztajn. Alias Michel Z, il a enregistré un album sous le patronyme NOH MASK, sévi chez les Streets et surtout les Names. Pour ceux qui s'en souviennent encore, The Names s'était produit en première partie de A Certain Ratio, à Manchester en 1980, avait commis un single remarquable l'année suivante (« Calcutta ») et un excellent album en 1982 (« Swimming »), sur le label 'les Disques du Crépuscule' et sous la houlette de Martin Hannett. La chanteuse n'a que 18 ans. Mais sa voix est puissante, claire, sensuelle et bien timbrée. Et quoique de petite taille elle possède une véritable présence sur les planches. Musicalement, les Lunar Tiki's pratiquent un rock/garage/psyché/surf assez efficace. Surtout lorsqu'ils interprètent leurs compos personnelles. Une solution sonore délicieusement rognée par l'orgue Hammond. Un regret : le choix de deux reprises : « L'aventurier » d'Indochine et « Tainted love » de Soft Cell, enfin immortalisée par Soft Cell. Pas assez revues et corrigées suivant le code garage. Donc pas assez originales. Mais dans l'ensemble, cette entrée en matière s'est révélée plutôt réussie…

 Fort d'un premier album épatant (« Hellelujah »), dont les ventes ne décollent toujours pas (un phénomène invraisemblable !), The Experimental Tropic Blues Band est donc reparti en tournée. Après leur set, le trio devait filer sur Mons pour clôturer un mini festival. Ce qui explique pourquoi, en début de prestation, on avait l'impression qu'il en gardait sous la pédale. Par rapport aux concerts auxquels j'ai pu assister du combo, Dirty Woolf semble plus effacé. C'est Boogie Snake qui se charge davantage des vocaux. Il s'agite, se secoue la longue chevelure blonde et dirige les débats. Il se laisse même porter par le public. Bien équilibré, le tracklist alterne compos bluesy et titres plus trash. L'électricité fait rage. A un tel point que Dirty Wolf, commence enfin à se réveiller et empoigne le fil alimentant  les loupiotes pendues au dessus de la scène. L'effet est immédiat : une panne de courant. Mais le groupe en a vu d'autres et Boogie Snake se lance dans un show improvisé au milieu du public, le temps de remettre le jus. Faut croire que cet incident a eu le don de survolter Wolf, puisqu'il s'est enfin lâché, se laissant, à son tour, porter par le public, et se déchaînant à son tour sur scène. L'intensité est alors maximale ; mais le groupe doit encore prester 50 km plus loin. Et en un éclair, remballe le matos, remercie vivement le public et prend la clef des champs. Dommage, car on a eu l'impression de n'avoir eu droit qu'à un échauffement. Question quand même : pourquoi une guitare rectangulaire (elle me rappelle celle de Bo Diddley) est demeurée dans son rack ?

 C'est dans leur combinaison intergalactique que Two Star Hotel avait décidé de se produire. Sous cet accoutrement, la formation de Al et Ben Plastic n'a jamais été aussi proche de Devo. Même dans l'attitude. Robotique, mécanique, hypnotique, son funk blanc me rappelle même parfois Gang Of Four, mais sans les breaks. C'est sans doute ce qu'ils appellent du plastic-avant-rock. Fatalement, mis sur orbite par une musique semblable, on a envie de danser. Un excellent chanteur, une énergie sidérale, un jeu de scène bien en place, il ne manque plus à Two Star Hotel que de baliser ses compos de ruptures pour s'extraire d'une certaine linéarité mélodique et peut-être le concours d'un clavier pour donner davantage d'amplitude à leur odyssée sonore. C'est un avis que partageaient bon nombre de spectateurs lors de ce rendez-vous cosmique. Et sans doute une condition pour que T.S.H. s'extirpe de la zone nébuleuse de l'underground (encore que vu les costumes on se serait cru catapulté dans un épisode de la 'Guerre des étoiles'). Faut-il encore qu'il le veuille…

 Au cours de cette soirée, on a eu droit au show théâtral d'Interlude. Dans les chiottes, dans le public et même sur le podium. Quatre types habillés comme des agents secrets du KGB (devait faire chaud là-dessous) qui chantent –notamment– des comptines de Noël pendant que l'un d'entre eux gratte un ukulélé. Le spectacle est très humour second (voire troisième) degré et s'achève par le strip-tease d'un des membres tournant sur lui-même, la tête surmontée d'une bougie et exhibant des boules (de Noël, bien sûr) accrochées à la taille. Apparemment, le sexe féminin a beaucoup apprécié l'effeuillage…

 

The Experimental Tropic Blues Band

Le serpent et le loup...

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Il aura donc fallu attendre presqu'une année pour voir sortir le premier véritable album d'Experimental Tropic Blues Band. Pourtant, Dirty Wolf (alias Psycho Tiger) et Boogie Snake prévoyaient sa parution vers le mois de mai. Apparemment, les événements ne se sont pas déroulés comme ils l'imaginaient. Vous le constaterez vous-même à la lecture de cet entretien que les deux chanteurs/guitaristes avaient accordée lors de la dernière édition du festival d'Hiver Rock. Une interview au cours de laquelle, on ne pouvait, non plus, passer sous silence les différents projets parallèles menés par les différents membres de l'E.T.B.B.

Quand on parle de l'Experimental Tropic Blues Band, on évoque d'abord ses prestations 'live'. C'est sur les planches qu'il a bâti sa réputation. Peut-on affirmer que c'est l'endroit qui vous motive le plus ? Le moteur du groupe en quelque sorte ?

Dirty Wolf : Effectivement, c'est sur la scène qu'on s'exprime le mieux. Pour l'instant, nous sommes en studio pour terminer notre album. En fait, on s'est rendu compte que lors de l'enregistrement de nos deux précédents disques, nous n'étions pas parvenus à y communiquer ce feeling 'live'. C'est ce qu'on va essayer de faire sur cd. Mais c'est très difficile à concrétiser…

Lorsque vous êtes sur les planches, Dirty Wolf baragouine en anglais entre les morceaux. Est-ce le reflet d'un l'attitude ?

D.W. : Ouais, c'est l'attitude ! Parfois, j'ai du mal à parler en français. Surtout quand on joue une musique comme la nôtre. Tu m'imagines balancer : 'Allez les gars' ou 'Est-ce que vous voulez du sale rock ?'. C'est ridicule… 'Come on' ou 'Do you wanna dirty rock', ce n'est pas pareil ! Maintenant, je ne sais pas trop pourquoi, mais on a toujours fait ainsi. Cependant, lors de certains concerts, je parle quand même dans ma langue natale. Notamment, lorsqu'il se produit un événement assez marrant. Finalement, j'aime bien les groupes qui parlent en anglais. Ca me dépayse un peu. Même si je parle très mal l'anglais. Surtout moi…

Lors de vos sets, il arrive régulièrement que vous vous laissez porter par le public. Lors de l'édition du festival de Dour 2005, je pense que c'était Boogie Snake.

Boogie Snake : (s'adressant à Dirty Wolf) Oui, mais tu l'as fait aussi !

D.W. : Ouais, ouais…

Pas trop les boules, quand même ?

B.S. : Il y avait tellement de monde, qu'il n'était pas possible de tomber. Et de se casser quelque chose.

D.W. : Il aime ça, hein !

B.S. : J'adore le snake diving !

Sais-tu que dans le passé, Peter Gabriel était coutumier du fait ?

B.S. : Non ! Je pensais plutôt à Iggy Pop ou des gens comme lui.

D.W. : C'est vraiment une sensation étrange.

B.S. : Physique.

D.W. Etrange aussi, car c'est incroyable de voler au-dessus de la foule. Tu vois leurs têtes de près. Et cette situation te communique une énergie incroyable.

B.S. : Alors qu'ils prennent des godasses dans la tronche.

D.W. : Ou alors, ils te tirent le froc. Ou encore tu finis par tomber…

Et des tas de filles crient à poils ?

D.W. : Non, là alors, je suis trop fatigué (rires)

Pour jouer une musique comme la vôtre, il faut adorer le blues et le rock'n roll. Mais qu'est ce qui vous a poussé à fonder un groupe semblable ?

B. S. : Notre admiration pour des artistes comme Elvis, Bo Diddley, Bob Log, John Spencer, etc.

D.W. : Les Cramps…

B.S. : R.L. Burnside, Skip James, Blind Willie Johnson, Otis Rush, et puis toute l'écurie du label Fat Possum…

Ce qui explique pourquoi on vous décrit parfois comme les héritiers naturels des Cramps et du Jon Spencer Blues Explosion ?

D.W. : Surtout des Cramps ! (rires)

A l'instar de la bande à Lux Interior et de Poison Ivy, votre répertoire inclut des reprises (NDR : le premier elpee des Cramps était exclusivement constitué de covers). N'envisagez-vous pas, dans le futur, l'enregistrement d'un album exclusivement consacré à ce type d'exercice ?

B.S. : Non, je ne le pense pas. Ce type de projet pose trop de problèmes de droits d'auteurs. Et on ne sait pas trop comment s'y prendre pour aborder le sujet. Enfin, il faut aussi en payer un certain prix…

D.W. : Pour l'instant, on joue sur scène, une version du « Garbage man » des Cramps (NDR : elle est sur le nouvel album !). Une autre de Bo Diddley et aussi d'Alan Vega.

B.S. : D'André Williams également (rires)

Vu le style musical pratiqué, ne craignez-vous pas que dans un futur plus ou moins proche, vous aurez rapidement fait le tour du sujet ?

B.S. : A premier abord, cette musique paraît, assez limitée. Mais en vérité, elle offre bien plus d'alternatives qu'il n'y paraît. Dans l'univers du rock, il y a toujours moyen d'emprunter une direction différente.

D.W. : La question ne se pose même pas, car on joue de la musique pour se faire plaisir et on a envie de continuer pour cette même raison. Qu'on soit seul, à deux, à trois ou à quatre, on continuera à faire du Tropic. Et tant pis si ça ne marche plus. J'espère simplement que j'aurais toujours la force de continuer… J'en ai même la quasi-certitude. Mon avis peut paraître prétentieux, mais j'ai trop la flamme pour m'arrêter. Et je pense que mon acolyte blond partage mon opinion.

Revendiquez-vous d'autres legs ?

D.W. : Bien sûr, nous ne sommes pas seulement influencés par le blues et le rock'n roll. Nous apprécions également la musique très dure, directe. Celle où on sent que les musiciens mettent leurs tripes sur la table. Un don de soi. Et que l'on ressent au plus profond de soi-même.

B.S. : J'apprécie aussi la musique country. Pour l'instant j'écoute beaucoup Johnny Cash.

Arbitrairement, je vais considérer l'E.T.B.B. comme groupe fédérateur au sein d'une multitude de projets auxquels vous participez. Colonel Bastard, c'est un projet solo imaginé par Psycho Tiger ?

D.W. : (d'une voix caverneuse) Dirty Wolf…

Seasick implique Boogie Snake ?

D.W. : Il ne s'appelle pas Boogie Snake dans Seasick, mais JJ.

Et enfin il y a Two Star Hotel au sein duquel militent le guitariste et le bassiste de Seasick. C'est tout ?

D.W. : A peu près. Ce n'est déjà pas si mal non ? Ah oui, il y a aussi l'Electric Ladies Blues, un ensemble auquel participe la copine de Boogie Snake.

Je suppose que vous multipliez les projets pour élargir votre horizon musical ?

D.W. : Nous ne souhaitons pas élargir notre horizon musical, mais on a trop d'énergie à dépenser. Trop d'idées. Alors pourquoi se limiter à un seul projet ?

B.S. : Il n'est pas possible de se contenter d'un seul projet. Nous écrivons trop de chansons. Et puis, nous ne pouvons concevoir de ne se concentrer que sur un style de musique. Nous avons besoin d'autre chose. De ressentir d'autres vibrations.

D.W. : En vérité, ce n'est pas l'E.T.B.B. qui est fédérateur, mais Seasick. C'est notre premier groupe. Nous participons à son aventure depuis 11 ans.

B.S. : Quatorze ans !

C'est ce groupe qui a emporté le Concours-Circuit dans la catégorie métal, en 2004 ? Un résultat plutôt étonnant, non ?

D.W. : Ce prix a provoqué un véritable scandale !

B.S. : J'ai vu des gens pleurer de dépit, parce qu'on avait décroché la palme (rires). Enfin, plus exactement parce que leur groupe préféré n'avait rien gagné. Pitoyable !

A propos de Seasick, j'ai lu qu'ils reconnaissaient pour influences majeures la physique nucléaire et les expériences sur le conditionnent du cerveau humain par Milgram et Hasch. (fou rire général). Vous assumez ?

B.S. : Il fallait bien écrire quelque chose, non ?

D.W. : Ce n'est pas vrai ! C'est parce que Jean-Jacques et Ben sont influencés par tout ce qui se rapporte à l'univers gothique et romantique (rires) : Clyde Barker, les films de série B ou d'horreur, etc. Et je crois que ce sont ces caractéristiques qui sont reflétées chez Seasick. Vraiment ! C'est la raison pour laquelle on écrit des textes semblables. J'ai également lu qu'on écoutait Seasick comme on regarde un film de David Lynch. Et c'est une bonne comparaison. Parce que la musique est très violente et directe. Surtout dans la manière de la donner. Personnellement, j'estime qu'elle est plus punk que metal.

B.S. : C'est sans doute la raison pour laquelle nous avions été versés dans la catégorie métal, lors du Concours-Circuit.

D.W. : C'est dans la manière d'exprimer la musique.

B.S. : Qui libère une énergie parfois dure à encaisser…

On dit de Colonel Bastard qu'il pratique du karaoké-rock-théâtral au sein duquel il n'y a pas de réelle ligne conductrice, mais une improvisation constante…

D.W. : Du karaoké'n roll. Très exactement ! Non, attention, je tiens à mettre les points sur les 'i' (rires). Je reconnais que c'est assez improvisé. Pas les paroles, ni la musique. En fait, je glisse un cd dans le lecteur et je chante dessus. Il n'y a pas de groupe pour m'accompagner. J'apporte quand même mon propre compact disc. L'impro, c'est la mise en scène. Il faut imaginer que je suis seul sur scène. Je dois me donner à fond sur la musique, même si elle est 'nazze'. Sur de l'électro, par exemple. Or, je déteste l'électro. Enfin, il n'y a pas que de l'électro. Donc, je chante sur un support sonore. Qui importe peu, finalement. Je fais en quelque sorte du théâtre en musique. Dès que je monte sur scène, je cherche des endroits où je vais pouvoir me jeter. Où je vais pouvoir faire des trucs. Je ne prévois pas ce que je vais accomplir. Faut que ce soit du 'live' ! Et tant pis si je me casse la gueule ou si je me pète des doigts. C'est ainsi. Ces risques font partie du show… (il souffle)

L'album de Two Star Hotel est paru chez Sounds Of Subterrania! Et sa distribution a été confiée à Sonic RendezVous. Curieux non ?

B.S. : Il faut savoir qu'Al et Ben Plastic ont fondé un groupe qui a connu un certain succès au cours des années 80 : Hiatus. En Allemagne. Et dans le milieu 'crustcore'. La formation a même accompli une tournée mondiale. Jusqu'aux States. Et apparemment, ils ont conservé leurs contacts avec l'Allemagne. Notamment de cette époque. Ce qui explique pourquoi ils se sont retrouvés sur ce label.

On dit de Two Star Hotel, qu'il pratique du Plastic avant-rock ? Une explication ?

D.W. : Je pense qu'ils seraient plus aptes à répondre à ces questions. Parce qu'on risque de raconter des conneries…

Vous relevez du Collectif Jaune Orange. Etes-vous simplement groupe membre ou êtes-vous impliqués dans le conseil d'Administration ?

D.W. : Tout le monde a son mot à dire dans Jaune Orange. Les gens imaginent que c'est un gros bazar. Mais ce n'est pas du tout le cas. C'est une structure très familiale. Il n'y a qu'une ou deux personnes vraiment responsables. Finalement, cette association n'existe que par hasard. Et tous les gens qui en dépendent s'entendent bien. Tout roule parfaitement…

Qu'est-ce que vous a apporté ce collectif ?

D.W. : Enormément. Et d'ailleurs, on commence seulement à en recueillir les fruits. Parce que le collectif prend une ampleur de plus en plus importante et jouit de plus en plus d'une excellente notoriété. Les gens prennent, aujourd'hui, au sérieux, Jaune Orange.

Et Girls In Hawaii y est sans doute, un peu pour quelque chose ?

D.W. : C'est Jaune Orange qui a découvert Girls In Hawaii. Depuis, il a pris une toute autre dimension…

Que devient l'harmoniciste Lord Bernardo ? Il avait notamment participé à l'enregistrement du mini album « Dynamite Boogie ».

D.W. : On le voit de moins en moins. En fait, il a son propre groupe : Stinky Lou & Goon Mat, en compagnie duquel il tourne beaucoup, sans compter ses collaborations diverses. Mais pour nous, c'est plus un ami qu'un musicien. Il vient parfois encore nous rejoindre, mais quand il est libre. C'est-à-dire très épisodiquement…

Vous êtes actuellement en studio. Peut-on lever un coin du voile qui recouvre les sessions d'enregistrement ? Y a-t-il des invités ?

D.W. : John Roo est notre ingénieur du son. C'est un bosseur. En outre on partage la même philosophie en matière de musique. Et c'est devenu un pote. D'ailleurs, on ne peut pas travailler en compagnie de gens avec lesquels on ne s'entend pas. Et pour l'instant on ne travaille qu'avec des amis. Les sessions d'enregistrement se déroulent à Waimes… On n'a invité personne. Rien que nous trois et l'ingénieur du son. On a même emporté nos tartines.

B.S. : Et quelques bouteilles de whiskey…

Et pour la musique ?

D.W. : C'est du rock'n roll. Maintenant, il est difficile d'en dire davantage tant que tout n'est pas terminé. Notamment les parties vocales et le mixing. Mais on y est presque. On a voulu prendre une nouvelle direction, même s'il recèle beaucoup de boogie. Et puis il est très puissant, plus puissant que tout ce qu'on a enregistré jusqu'à présent.

Et la date de sortie de cet opus ?

D.W. : Il part au mastering le 27 avril, donc 3 semaines plus tard, il devrait être dans les bacs. Si tout va bien. Et pour ton info, il s'intitule « Gangrene blues » (rires). Parce que nous considérons que nous somme quelque part la gangrène du blues. (NDR : en définitive, il s'appelle « Hellelujah »)

(La suite de l'interview nous propulse le 26 janvier 2007. Juste pour obtenir quelques éclaircissements relatifs à l'entretien que vous venez de lire. Dirty Wolf nous répond par téléphone.) L'album devait sortir en mai 2006. Il compte huit mois de retard. Vous avez rencontré des contretemps majeurs ?

D.W. : Non, pas vraiment. En fait, ce retard est dû à la confection de la pochette. Tout simplement.

Lors de notre rencontre, vous m'aviez répondu, que lors des sessions d'enregistrement, vous n'aviez reçu le concours d'aucun invité. Ce qui est loin d'être le cas, puisque Arno est venu apporter son concours à l'harmonica, sur deux de vos chansons (« Twice blues » et « Dry whisky »).

D.W. : A cette époque, ta question nous avait pris de court. En fait, nous avions eu l'accord verbal d'Arno pour qu'il vienne jouer de l'harmonica sur l'une ou l'autre de nos chansons. Mais il n'était pas encore passé en studio. Et on s'est dit, merde alors, comment as-tu fait pour savoir ce que personne ne savait ? Et pour ne pas que l'affaire capote, on a préféré tout nier en bloc. On aurait eu l'air malin s'il avait décliné l'invitation. Pour le reste tu peux savoir que Lio qui joue au sein d'Electric Ladies Blues et dans Le Prince Harry nous accompagne au piano sur deux titres. Je te le signale, car on va bientôt parler de ces groupes. Et en bien !

Ghost Town Blues Band

Backstage Pass

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Ce combo est né à Memphis, la ville mythique du blues et du rock'n'roll. Multi-instrumentiste, Matt Isbell en est le leader. C’est également un adepte de la cigar box. Son backing group implique des musiciens talentueux. En l’occurrence le guitariste Taylor Orr, le claviériste Tim Stanek, le tromboniste Suavo Jones, le saxophoniste Kevin Houston, ainsi que la solide section rythmique constituée du bassiste Matt Kramer et du batteur Preston McEwan. La formation s’est forgée une brillante notoriété au fil de ses shows accordés sur les scènes des clubs et des festivals, aux States. On était donc très impatient de connaître un premier enregistrement ‘live’. Il a été immortalisé au Lafayette's Music Room de Memphis (NDR : of course !) Et manifestement, le résultat est de très haut niveau. On pourrait même considérer GTBB comme un jam band capable de prendre le relais du mythique Allman Brothers Band, aujourd'hui à l'arrêt, suite à la disparition des légendaires frères Allman. Le long playing réunit compos signées Isbellet reprises de titres populaires.

La cover du "Come together" des Beatles ouvre les hostilités. Plus speedée que la version originale, elle est colorée par la voix rocailleuse d'Isbell. La singularité de ce set procède de la présence de Suavo Jones, un tromboniste un peu fou, mais pourri de talent ; et ses interventions se produisent tout au long du concert. A l’instar du néo-orléanais "Tip of my hat", de "Givin' it all away", de "One motre whiskey" ou encore de "I need more love". Mais si on compare volontiers le GTBB à l’Allman Brothers Band, c’est à cause de la vraie complicité entre les deux gratteurs, Matt et Taylor. Et ils le démontrent tout au long de la longue reprise de "Whipping Post" ainsi que sur "Giving it all away" ; mais également lors de leurs nombreux clins d’œil qu’ils adressent à de nombreux groupes ou artistes rock qui ont marqué les seventies. Comme lors du "Norvegian wood" des Beatles, du "Whola lotta love" et "Rock'n'roll " de Led Zeppelin, du "You can always get what you want" des Rolling Stones ou encore du "Walk on the wild side" de Lou Reed. Le Ghost Town BB est vraiment taillé pour le ‘live’. Il casse littéralement la baraque. Bien vite qu’il passe par l’Europe. On adore !

 

The Little Red Rooster Blues Band

Lock up the liquor

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Fondé en 1988, The Little Red Rooster Blues Band nous vient de Philadelphie. Son premier LP, "Homecooked blues", remonte à 1989. Et son dernier, "Highjinx and Tomfoolery", est paru en 2016. "Lock up the liquor" constitue son huitième long playing. Il est sorti dans le cadre du 30ème anniversaire de la formation. Ce quatuor implique le chanteur/guitariste Kevin McCall, l'harmoniciste Dave Holtzman, le bassiste Jeff Michael et le batteur Bob Holden. Lors des sessions d’enregistrement, il a reçu le concours du claviériste Anthony Geraci, pour sept plages. Le band signe l’intégralité de son répertoire. Il reconnaît pour influences majeures, le blues issu de Chicago, du Texas, de la Louisiane et le West Coast Jump.

Shuffle instrumental, "Pitchin' woo" ouvre la plaque, une piste cool au cours de laquelle harmo et piano sont bien mis en exergue. Bob Holden imprime de ses percus, le r&b néo-orléanais "Drinkin' wine on my dime". Autre instru, "Cotton mouth" constitue le sommet de l’opus, une compo qui rend hommage au légendaire harmoniciste, James Cotton ; et Dave Holtzman se révèle digne du challenge. Dans le même registre, ce dernier brille encore et toujours sur le Chicago Westside, "Livin' at Jerry's House". Les interventions d’Anthony aux ivoires sont bouleversantes, hantées par Pinetop Perkins (Muddy Waters Band) même, tout au long de "Nothin' left between us", un blues lent qui baigne dans le Chicago Southside cher à Muddy Waters. Blues lent, "4 o'clock in the morning" bénéficie du concours du chanteur/harmoniciste Steve Guyger, un spécialiste du genre. Le titre maître clôt ce long playing. Un jump blues saignant caractérisé par la rencontre percutante entre le piano boogie d'Anthony et les cordes de Kevin. Bien que de toute bonne facture, les morceaux de cet album prennent une toute autre dimension, lorsque Geraci est de la partie…

 

The Experimental Tropic Blues Band

Le mot ‘Experimental’ prend ici tout son sens…

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Fasciné par le cinéma underground des seventies, Jérôme Vandewattyne avait déjà bossé en compagnie des Tropics, pour « The Belgians », un concept consacré autant à l’album qu’aux projections destinées aux spectacles. Il a donc remis le couvert, mais ici, pour un véritable long métrage. Son titre ? ‘Spit’n’split’. Une référence à une pratique sexuelle dans l’univers du porno. Jérémy, Jean-Jacques et David ont participé comme acteurs à ce tournage. Mais également composé la B.O.. En fait, ce jeune réalisateur a suivi la tournée du trio, pendant deux ans. Et il en relate les aventures et les mésaventures rencontrées par la formation, sous la forme d’une fiction. Dont la démesure conduirait à l’évasion et à l’amour. Enfin, presque. Jérémy et Jean-François ont accepté d’accorder cette interview à Musiczine, juste avant le set du band, accordé dans le cadre du Roots & Roses. Et il faut le reconnaître, en ce qui concerne ce film, qu’il n’est pas toujours facile de leur tirer les vers du nez…

On dirait qu’aujourd’hui, vous avez besoin de thématiques, pour écrire de nouvelles compos. A l’instar de « The Belgians ». Puis maintenant, à travers ce « Spit’n’Split ». Une explication ?

Jeremy : pas vraiment une thématique, mais on ne souhaite plus reproduire la même routine : sortir un disque, faire une tournée, sortir un disque, etc. On préfère quand l’exercice est moins classique et plus complexe.
Jean-Jacques : Nous cherchons à explorer de nouveaux horizons. Celui-ci,
cinématographique, est tout à fait inédit pour nous.

J : il s’intéresse à l’amour dans tous ses états. Finalement, c’est un bon moyen pour évoquer un sujet… différemment.
J-J : c’est un prétexte. Parler d’autre chose. De plus profond.

Sur la pochette figurent des personnages dans leur plus simple appareil. C’est une manière de promouvoir une idéologie naturiste, nudiste… ?

J : non, on a voulu que le projet reste cohérent en montrant l’affiche du film pour lequel on a composé la musique. Et on l’a reproduite sur la pochette.
J-J : être nu, dans la nature, c’est un retour aux sources. En fait, si on observe bien les personnages, ils portent tous des masques de nos visages. Ils nous réincarnent. Bien sûr, c’est un peu morbide…
J : la fin du film est proche et il reflète une forme d’évasion…

Une envie de retour à la nature ?

J-J : exactement.
J : le retour à tout ce qu’il y a de plus simple en nous, quoi.

En préambule à ce long métrage, vous citez une phrase d’Alfred de Musset, ‘Tout le réel pour moi n’est qu’une fiction’. Poète et dramaturge, il était un grand romantique, mais aussi un débauché et un alcoolique notoire, comme Rimbaud…

J : ta réflexion confirme qu’il s’agit bien d’une fiction. Sans trop dévoiler le scénario. Et ce choix communique davantage de saveur. Parce qu’on piste des alcooliques et des débauchés, pendant au moins une heure et demie.

Vous avez intitulé un morceau de l’elpee, « Divine Comedy ». Ce n’est quand même pas un clin d’œil adressé à Neil Hannon ?

J-J : non c’est plutôt un hommage au romancier Dante Alighier. A son œuvre littéraire.
J : du coup, cette référence résume un peu le film. La Divine Comédie. Une approche quand même globale...

Le premier titre du long playing, « Le culte », évoque un rite païen. Tribal. Celui des aborigènes australiens ?

J-J : c’est la secte des Tropics !
J : il a surtout été écrit pour le film. La scène est importante et le réalisateur nous avait demandé d’imaginer une musique qui corresponde à cet état d’esprit. Celui d’une secte. Nous sommes entrés en studio sans un seul riff, mais en se servant uniquement des souvenirs de souhaits émis par Jérôme. Mais on avait aussi envie de composer des chansons à la Tropics, parce qu’il en fallait pour l’album. Ce soundtrack est donc également devenu notre nouveau disque. Qui est enrichi par des tas d’autres morceaux, pour lesquels on a vraiment pu expérimenter. Le mot ‘Experimental’ prend ici tout son sens.

Ce qui explique sans doute aussi pourquoi un titre comme « Baby Bamboo » semble s’inspirer de Swans. Il est chamanique, obsessionnel et hypnotique, sauf en fin de parcours, lorsque des interventions de claviers vintage font leur apparition…

J-J : jamais trop apprécié la musique de Swans…
J. : tu vas découvrir ce morceau, et après on se fera une orgie de « Baby bamboo » (NDR : une pipe psychédélique ?) En outre, je suis le gourou de cette secte…

J’ai lu que dans le film, il y avait des répliques qui tuent.

J : en fait, non, il s’agit plutôt de phrases cultes.

Tout au long de « Straight to the top » et « Power of the fist », le spectre de Jon Spencer se remet à planer. Comme lorsque vous avez publié « Liquid love », long playing qu’il avait produit…

J-J : c’est l’aspect punk du groupe. La face destroy. Le côté Pussy Galore. Ce sont des morceaux qu’on a composés instinctivement, sans réfléchir. Tous les matins on bossait dans ce climat. Pendant une demi-heure à quarante-cinq minutes, on faisait n’importe quoi. Le riff vient ou pas, peu importe. Et on chantait ce qui nous passait par la tête, dessus.

Une forme de brainstroming ?

J-J : exactement ! Et puis, parfois quand on écoute, on se dit, ouais, ça marche, t’as entendu, c’est super. Mais c’est vrai qu’il y a cette énergie Blues Explosion, en plus.
J : et puis on les a laissés, tels quels. Même les voix. On chantait, « Power of the fist ».
J-J : tout était improvisé.
J : La puissance du poing. Lors d’un sport de combat. Le morceau est sorti naturellement et on n’y a plus touché. Et souvent quand tu composes, ce sont les premiers instants, les premières prises, qui sont magiques. Ces instants de magie, on voulait vraiment les capter.
J-J : Quand tu débarques avec des morceaux construits, tu perds quelque chose au moment où tu les enregistres. Des tas de trucs s’égarent en cours de route.
J : Le studio était un laboratoire sonore. On n’avait rien écrit. Toute la journée était consacrée à la recherche sonore. Et à expérimenter. Donc là on se retrouve, on joue, on est devant l’ordinateur. On écoute ce qu’on a fait, puis finalement, on n’en isole qu’une partie. On duplique, on rejoue dessus. Et on peut même ajouter un peu de synthé. On avait plein de matos, et on s’est laissé aller. Et finalement, au bout des sessions on disposait de 40 morceaux. Il a fallu faire le tri de toute cette masse de travail, et Jérôme y a participé. On n’a jamais été aussi productifs, alors qu’on est arrivés en studio, sans rien. Jérôme a pioché dans ce répertoire et s’en est servi pour le film. Il y a même plus de musique dedans, que sur le disque. On n’est pas parvenu à tout inclure.

Vous avez eu recours à une certaine forme d’écriture automatique ?

J : si on veut !
J-J : ce n’était pas intentionnel. C’est arrivé (NDR : près de chez vous ?)

« Ultra erectus » est un titre manifestement post punk, mais on y décèle des traces de r&b. A la limite on pourrait parler de r&b post punk.

J : il me fait plutôt penser aux années 90. A fond. A Lenny Kravitz (rires)…
J-J : à cause de ce côté fusion… ce morceau est encore complètement involontaire. Il n’a pas tellement sa place hors du film, en fait. Je n’aime pas le jouer en live (NDR : les musiciens de The Scrap Dealers débarquent et on se salue…) C’est un morceau qui me fait aussi penser à « Satisfaction » des Stones (NDR : il imite le riff). Oui, c’est vrai le côté r&b, tu n’as pas tort.

« Alas alas » est un slow. Curieux quand même, cette guitare surf et ces cris d’enfants qui semblent émaner d’une cour de récréation.  

J : tout à fait. J’habite à côté d’une école. J’ai emporté mon enregistreur et puis voilà. Les paroles évoquent la relation entre un papa et son fils.
J-J: c’est inspiré d’une séquence que j’ai vue dans « Interstellar ». Qui met en scène Matthew McConaughey. Au cours de ce film, il prétend qu’il deviendra le fantôme de ses enfants. Et c’est un truc qui m’a fort marqué. Le fait de savoir que tu seras le futur fantôme de tes enfants. Cela m’a brisé le cœur. Mais finalement, c’est le contraire qui se produit. Son enfant vieillit avant lui, parce qu’il voyage dans une autre dimension, etc.

Une bonne raison pour aller voir le film ?

J-J : très spécial. Inattendu. Riche. En même temps, trash. C’est un film qui va loin. Dans les tabous. Il brise beaucoup de tabous.

C’était l’objectif ?

J : non, pas vraiment, parce que le film s’est écrit au fur et à mesure de la tournée et Jérôme nous a suivis pendant les deux ans de ce périple. Et après, on a eu besoin d’un an de montage. Un an de boulot. Ca s’est fait comme ça, parce que nous on n’est pas des acteurs et il a fallu jouer la comédie, quoi. C’est vraiment un long processus. Comme réalisateur, il a vraiment été très bon, parce qu’il a nous a pris tels qu’on étaient. Pour créer une fiction qui est ultra réaliste. Ma mère y croyait dur comme fer. Mais après l’avoir vu, elle s’est dit : ‘ce n’est pas possible, je n’ai pas enfanté un monstre pareil’. Et à la fin, un élément remet tout à plat et on en conclut : ‘OK, je me suis fait avoir’. Même si je le dis, tu te feras quand même avoir.

Ce soir, on vous a demandé de reprendre l’hymne du festival, ‘Roots & Roses’. La cover devrait être psyché/noisy, enfin dans le genre.

J-J : psyché oui… noisy, certainement.
J : chaque année les organisateurs invitent un groupe à tenter l’exercice de style, et c’est tombé sur nous. Et la version qu’on va interpréter ce soir, n’est pas vraiment celle diffusée sur Internet.

(Photo : Ludovic Vandenweghe)

 Sortie de l'album "Spit'n'Split", ce 1er mai. Et à l'achat de l'album vous disposerez d'un code pour visionner le film, une seule fois, en streaming.

 

The Smoke Wagon Blues Band

Cigar Store

Écrit par

Smoke Wagon Blues Band est issu d’Hamilton, dans l’Ontario. Cette formation canadienne s’est formée en 1997. Corey Lueck en est le leader, le chanteur (et quel chanteur !!) et l’harmoniciste. Son backing group implique cinq musicos : le guitariste Mike Stubbs, le saxophoniste Gordon Aeichele, le bassiste Jason Colavecchia, le drummer Tibor Lukacs et le pianiste/organiste Brandon Bruce. Ce dernier n’a cependant pas participé aux sessions. Son remplaçant ? Nick Succi. Et l’opus a été mis en forme par le maître des lieux, Steve Sherman. Parus entre 1997 et 2006, les quatre premiers elpees du SWBB avaient été autoproduits. Depuis, la discographie est entrée dans les circuits officiels. Et la distribution est efficace. A l’instar d’"I ain’t easy", gravé en 2012, "Live in Hamilton", fin 2013, et ce dernier opus!

Première constatation : les différents instrumentistes sont de véritables virtuoses. R&b remuant, Smoke Wagon ouvre les hostilités. Un titre marqué au fer blanc par la voix rocailleuse de Corey. Les différents musicos ne tardent pas à se mettre en évidence. Et tout particulièrement Nick Succi, à l’orgue, et Gordon Aeichele, au saxophone. "Must’ve reaad it wrong" accélère le tempo. Mr Luck se concentre sur son harmonica, alors que le piano électrique et le saxophone occupent l’avant-plan. Blues lent, "I tried" est une compo idéale pour mettre en exergue la voix chaleureuse et expressive. Et face à l’orgue Hammond, elle vous flanque des frissons partout. Plus classique, primitif même, "Hoodoo woman" est un blues enlevé qui met en exergue l’harmo et a guitare slide de Stubbs. Indolent, "Put the quilt out to dry" ne manque pas de caractère. Et propage des saveurs ‘southern’. La voix prend soudainement des inflexions ravagées. Et l’harmonica peut enfin se libérer. Excellent! Le titre maître trempe dans du jazz nightclubbien. Accablée, la voix entre en dialogue avec le piano et le saxophone, avant un changement de tempo imprévisible. "Set me free" est une autre piste lente. Superbe, il s’agit d’un extrait de "The one and only SWBB", LP paru en 2004. On y retrouve bien la voix graveleuse et chargée de feeling ainsi que les cordes de Stubbs. Caractérisé par des interventions de slide primaires et voraces, "White mule" et "Mean old lady" (NDR : il a été écrit par l’ami canadien King Biscuit Boy) nous entraînent au cœur du Mississippi. Dernier slow, "I can’t change" est destiné à exaucer les désirs des derniers couples enlacés. Eraillé, le timbre semble désespéré, alors que le saxophone essaime des sonorités saturées d’émotion…

 

The Dynamite Blues Band

Kill me with your love

Écrit par

Le chanteur/harmoniciste/pianiste Wesley Van Werkhoven, le drummer Neils Duindam et le guitariste JJ Van Duijn militaient au sein de Big Blind, un trio qui enregistrait pour le label Cool Buzz. En février 2013, ils recrutent le bassiste Renzo Van Leeuwen, et transforment leur patronyme en Dynamite Blues Band. Le quatuor batave publie son premier elpee, "Shakedown & Boogie", en 2014. Les sessions d’enregistrement de "Kill me with your love", se sont déroulées à Amsterdam.

De puissants riffs de guitare préludent "Even if you want to" ; mais l’harmonica de Wesley débarque rapidement. Une plage bien très rythmée, mais un rien trop courte à mon goût. Le Dynamite BB se complait dans une attaque très rythmique de ses compositions. "Dirty minded" s’inscrit très bien dans ce style, permettant à la guitare de JJ de se libérer très vite ; une piste qui bénéficie d’arrangements impeccables de voix et de cuivres. Des arrangements tout aussi parfaits dont jouit également "Trash and rumours", le sommet de cet opus. Le tempo est vif. Réverbérée, la gratte concède des accents ‘surf’ surprenants. La section rythmique et parfaitement huilée. Et le tout baigne dans une ambiance orientale. "Kill me (with your love)" rappelle le style du regretté Lester Butler. Van Duijn en profite pour, une fois encore, exécuter une sortie imparable sur ses cordes. Ballade indolente, "Strong love" est parfumé de R&B. La voix de Wesley est soignée. JJ s’autorise une nouvelle sortie chargée de sensibilité et tout en subtilité. Et elle est bien marquée, avant que Wesley ne prenne le relais à l’harmo, dans un climat qui révèle une grande complicité entre les musiciens. La gratte attaque en force "Dynamite Momma", un rock’n’roll au cours duquel elle est constamment à l’avant-plan. "The Big unknown" est balisé par la section rythmique, un shuffle qui sert de rampe de lancement à Van Duijn pour sortir à nouveau de sa réserve ; et il se distingue sur ses cordes, à travers une tonalité étonnante, très susceptible de rappeler Jimmy Vaughan. "Too busy" est toujours bien rythmé. La plage replonge dans l’univers de Lester Butler et des Red Devils. L’ambiance y est propice. Et la voix y contribue. La connivence entre les deux solistes est manifeste, en l’occurrence entre la slide de JJ et l’harmo du frontman. "No cent" nous transporte dans le jump. Il y a de la rage dans la voix, du swing ; et le piano, bien à l’avant-plan, soutient parfaitement les cordes en folie! Du tout bon! Majestueuse, "Two sides" est une nouvelle ballade, dont l’intro cuivrée émarge au r&b. "This ain’t over" est un blues/rock au cours duquel JJ se fait à nouveau plaisir sur ses cordes en leur administrant des tonalités particulièrement originales. Stimulé, Wesley signe alors son meilleur envol à l’harmonica. "Misery", morceau final, est plus paisible. Les cordes sont discrètes alors que la musique à bouche entretient un climat de tristesse.

 

The Experimental Tropic Blues Band

Ce disque est invendable...

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The Experimental Tropic Blues Band se produisait ce samedi 19 avril, au Salon de Silly, afin d’y présenter un curieux concept intitulé ‘The Belgians’. Après une bonne heure trente d’un show particulièrement déjanté et décomplexé, votre serviteur part à la rencontre d’un des deux guitaristes : Jérémy dit ‘Sale Coq’. Sans doute, le plus exubérant de la bande ; et pourtant il a la tête bien sur les épaules. Entretien.

Comment est née l’idée de réaliser une ode patriotique et électrique à notre drôle de pays ?

Elle est née suite à un simple concours de circonstances. Aux Etats-Unis, les gens ne nous surnommaient pas les ‘Tropics’, mais ‘The Belgians’. A notre retour, nous avons accordé un concert dans le minuscule Lou's Bar, à Liège. Nous voulions rendre hommage à notre pays. Nous avons dès lors choisi de conserver ce sobriquet plutôt sympa. Le programmateur du Festival de Dour, Alex Stevens, y était. Il estimait le concept original et nous propose alors de nous produire le jour de la Fête nationale, tout en gardant ce nom, afin de marquer le coup. Dans un premier temps, on a estimé l’idée saugrenue. Mais finalement nous avons joué le jeu à la condition que nous puissions projeter quelques images propres à la Belgique sur un écran, durant le set. Les étapes se sont construites intuitivement pour finalement aboutir à ce que nous avons présenté ce soir.

Un concept album consacré à la Belgique, est-ce sérieux ?

Le spectacle de ce soir est un condensé d’évènements qui ont marqué la Belgique. Parfois drôles, parfois dramatiques, comme les tueries de Liège, par exemple. Ils constituent le miroir de notre société. La Belgique est-elle sérieuse ? Est-ce sérieux de vivre dans un pays qui n’existe même pas aux yeux des Belges et du monde ? Nous voulions présenter, naïvement, la vision que nous avions de notre propre patrie sans prise de position aucune. Il s’agit d’une démarche plutôt artistique, proche de celle des dadaïstes.

Cet elpee serait-il plutôt le reflet d’une récréation, d’une blague potache ou d’un cri du cœur ?

Il résulte de la culture et de l’expérience de Jon Spencer. Il nous a inculqué un principe, celui de pouvoir exercer ce métier tout en restant soi-même et en acceptant ses erreurs. Sa philosophie est la nôtre. Nous sommes issus de la même école. Lui comme professeur et nous comme ses élèves. Pour ma part, je n’aime pas du tout les disques léchés. Je préfère de loin ceux dont l’imperfection est palpable. Ceux qui trébuchent le plus en quelque sorte. Le lâcher prise est essentiel dans ce métier.

Quelle symbolique souhaitiez-vous développer en adaptant ‘La Brabançonne’ ?

A vrai dire, nous n’avions jamais imaginé enregistrer un album intitulé « The Belgians ». La mise en place s’est opérée en fonction des rencontres et des circonstances. Lorsque le projet a mûri, la Brabançonne s’est imposée d’elle-même. Cependant, nous la voulions ‘façon’ Jimi Hendrix, afin de nourrir davantage le disque et le spectacle. Encore une fois, rien n’a jamais été calculé. Nous avons d’abord réalisé l’album. Le visuel a été conçu par ‘Film Fabrique’ et ‘Sauvage Sauvage’, deux structures qui avaient déjà bossé sur nos clips. Les morceaux prennent tout leur sens à l’appui des images. Il était important que notre démarche soit bien comprise, et tout particulièrement la signification que nous voulions communiquer à notre définition du surréalisme. Par exemple, pour « Belgian Hero », il était intéressant d’appuyer la dichotomie entre un chômeur qui noircit ses cases et celle d’une Justine Hénin savourant une victoire. Nous fonctionnons à l’instinct à vrai dire. C’est essentiel ! Le jour où nous changerons cette perspective, nous sommes morts.

Les paroles sont sans langue de bois et bien éloignées de ce fameux ‘compromis à la Belge’ !

Oui, effectivement.

On a l’impression qu’en gravant un tel LP, le groupe n’a pas voulu s'enfermer dans une routine et a osé prendre des risques, notamment celui de ne s’adresser qu'à une partie de son public potentiel. Est-ce exact ?

En Belgique, la prise de risques n’existe pas. Un groupe belge ne parviendra jamais à révolutionner le milieu. Seuls ceux issus du pays de l’Oncle Tom parviennent véritablement à imposer leur propre vision des choses. En Belgique, il n’y a que Hooverphonic, Stromae et dEUS, même si ce dernier est à la traîne aujourd’hui, qui y soient parvenus sur notre territoire. Pour notre part, nous sommes juste une bande de potes qui prennent plaisir à faire un truc complètement barré. Nous avons l’opportunité de poursuivre cette voie et le public nous suit. Que demander de plus ? Notre prochain projet sera différent, mais tout aussi décalé. Nous y avons travaillé pendant une année complète. Ce qui a exigé beaucoup d’investissement, mais le plaisir est omniprésent…

Lorsqu’on écoute "Belgians Don't Cry", on ne peut s’empêcher de penser aux sonorités new beat des Confetti’s…

C’est exact. Les Confetti’s restent une référence. Tu sais, lorsque nous avons enregistré « She Could Be My Daughter », nous recherchions clairement cette identité noir/jaune/rouge en y insérant des sons propres aux fanfares belges. Tu y entends beaucoup de percussions. Toute cette culture appartient à notre patrimoine et nous ne pouvons l’ignorer, en fin de compte.

La pochette du disque nous projette dans un univers proche du communisme. Qui a eu cette idée et pourquoi ?

Le postulat de départ était d’y voir des personnes sur une plage belge. A la place des yeux, nous avions imaginé des gaufres. Puis, Pascal Braconnier (NDR : Sauvage Sauvage) avait une autre idée en tête. Il nous avait suggéré de retranscrire les dernières images du film ‘La Planète des Singes’ où sur fond d’apocalypse, la statue de la Liberté reste figée. Nous estimions ce concept très intéressant. Nous avons donc pris le parti de mettre en exergue le symbole national qui est l’Atomium et l’avons transposé sur la jaquette. Le produit fini est une forme d’art en quelque sorte. Il y a une pochette, des chansons à textes et un spectacle.

Que pensez-vous de l’étiquette de ‘groupe sérieux qui ne se prend pas trop au sérieux’ ?

Ecoute, on s’en fout. On peut écrire ce que l’on veut sur nous, ces réactions ne nous touchent pas. Le pire serait de tomber dans l’indifférence complète. Nous essayons de faire partager notre univers à un maximum de personnes, sans aucune pensée manichéenne. Nous ne sommes pas dans une optique carriériste. Il y a quinze ans que le groupe existe et pourtant nous ne passons toujours pas à la radio. Mais au fond, ce n’est pas important. Tu sais que lorsque nous avons commencé, le batteur était complètement néophyte. Il était guitariste et n’avait jamais mis la main sur une batterie auparavant. Nous voulons pratiquer naïvement de la musique, sans se fixer d’objectif précis. Il n’existe vraiment aucune volonté arriviste chez nous.

Tu déclarais, lors d’une interview, que tu avais voté blanc pour la première fois de ta vie et que tu ne te rendrais plus aux urnes, à l’avenir. Coup de gueule ou coup de com’ ?

Je ne crois plus en la politique belge. Je recherche une certaine forme d’utopie en quelque sorte. J’ai l’impression que les gens sont pris d’une forme d’aliénation. Nous ne voulons pas communiquer un message politique à travers nos chansons. Mais plutôt d’afficher notre propre perception des événements. En fait, notre discours est politique, mais sans le vouloir. Je ne m’y intéresse absolument pas, ni aux programmes proposés par les partis. Ils ne prennent pas leurs responsabilités. J’assume complètement et ouvertement ces propos.

Une formation qui prend pour patronyme ‘The Belgians’, mais qui ne s’est pas encore exportée en terres néerlandophones, n’est-ce pas un peu paradoxal ?

Les Belgians n’ont jamais été invités en Flandre, c’est vrai. Par contre, nous nous sommes déjà produits à l’Ancienne Belgique. Mais, ce jour là, la salle était quasi francophone.

Quels pourraient être vos homologues flamands ?

Je me sens assez proche d’un Mauro Antonio Pawlowski, même si son univers est assez différent (NDR : il a entamé sa carrière en 1992 comme chanteur d’Evil Superstars et a ensuite rejoint dEUS).

La belgitude est-elle soluble dans le rock ?

Les étrangers parviennent difficilement à comprendre ce qu’est la belgitude. Pour un belge, c’est un concept assez naturel somme toute.

Difficile de l’exporter, et notamment en France ?

Nous avons déjà joué en France à deux reprises. Les Français ne parviennent pas à comprendre toutes les subtilités liées de notre culture. C’est tout à fait normal. Nous nous inscrivons dans une démarche plutôt spontanée. Dans le cas contraire, nous n’aurions jamais pu tourner ailleurs qu’en Wallonie avec tout au plus dix dates. Nous ne sommes ni carriéristes, ni arrivistes. Notre aventure ne nous permet pas de gagner notre vie. Nous voulons juste nous amuser et donner du plaisir. Pour de nombreux artistes, faire de la musique, c’est d’abord se façonner une identité avant même de pouvoir proposer quoique ce soit de concret. Cette démarche n’a jamais été notre truc. Nous avons réalisé un spectacle sur la Belgique, sans même imaginer qu’on allait le mettre en scène par l’image. Jamais, nous ne calculons.

C’est le ‘live’ qui vous permet de bénéficier d’un certain écho auprès du public. Ce nouvel opus semble d’ailleurs davantage taillé pour la scène. Etait-ce calculé ?

Ce disque est invendable, c’est clair. Je considère qu’il s’agit avant tout d’un concept album. Une fois complètement achevé, on passe à autre chose, c’est tout. Nous travaillons pour l’instant sur le projet suivant. Ceux qui s’installent d’ailleurs dans la routine sont pathétiques...

Ghost Town Blues Band

Hard road to hoe

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Cette formation nous vient de Memphis. Elle pratique du funky blues et du R&B. C’est à Memphis qu’est né le label Stax, véritable vitrine du southern soul. En 2013, Ghost Town Blues Band a été finaliste de l'International Blues Challenge, qui se déroule dans leur fief ; et l’année suivant, il a décroché la deuxième place. 

Réunissant le drummer Preston McEwen et le bassiste Alex Piazza, la section rythmique est puissante. Le line up est complété par le chanteur/guitariste Matt Isbell, le claviériste Jeremy Powell ainsi que deux cuivres, Suavo Jones au trombone et Richie Hale au sax ténor. Le groupe avait déjà publié deux albums, "Dust the dust" en 2010, et "Dark Horse" en 2012. Matt Isbell avait déjà gravé un opus solo, "Once there was a cigar box". Les douze plages ont été mises en boîte au studio Ardent. Et c’est bien sûr, à Memphis !

"Hard road to hoe" nous transporte dans le climat du delta. Primaires, les percus sont dispensés à l'aide d'un balai électro-acoustique et d'une pelle. La ‘cigar box guitar’ est rapidement rejointe par les cuivres. La musique peut alors prendre sa vitesse de croisière, sous les riffs métalliques assénés par Isbell. Une superbe entrée en matière caractérisée par une large palette d’émotions sonores. Le piano de Jeremy Powell nous plonge alors dans du pur rock'n'roll, bien enlevé, digne de Jerry Lee Lewis ("Big Shirley"). Matt en profite pour prendre son envol sur sa gratte. "Tip of my hat" est une célébration des rythmes néo-orléanais. Les percus sont particulièrement mises en exergue. Ravagée, la voix de Matt est proche de celle de Dr John. Brandon Santini le seconde aux vocaux, avant que ce souffleur de génie (NDR : il est toujours du même patelin) ne prenne un billet de sortie sur sa musique à bouche. Tous les musiciens sont bien en place et apportent leur concours à l’ensemble. Santini est encore présent pour attaquer "Doggy". Nous sommes toujours au cœur de la ‘Crescent City’. L’ambiance baigne dans le soul/jazz. Jeremy est passé à l’orgue alors que Matt chante à nouveau dans un registre proche de Malcolm Rebennack. En vagabondant à travers les rues de New Orleans, on croise un brass band festif qui attaque le bref "Mr Handy Man". Il s’agit, en fait, d’un hommage rendu à un artiste considéré comme un maître à Memphis, WC Handy. Ce titre prélude "Hate to see tou go", un R&B local. Suavo Jones tire son épingle du jeu au trombone avant de céder le relais au saxophone de Richie Hale. Une plage au cours de laquelle, Miss Vicki Loveland soutient Matt aux vocaux. "Tied my worries to a stone" est un autre r&b investi par les rythmes du sud. Le leader libère ses cordes largement amplifiées, alors que l'orgue Hammond tapisse discrètement l’expression sonore. "Dead sea" marque le retour de la boîte à cigare dont la caisse de résonance, stimulée par bottleneck, réverbère des sonorités particulièrement métalliques. La voix d'Isbell est autoritaire. Un sommet de l'album ! Plus classique, "Nothin' but time" est un blues lent à la ligne mélodique soignée. L'orgue Hammond talonne les superbes interventions vocales. Un contexte qui permet aux cordes de prendre leur envol. "Dime in the well" nous plonge au sein du Mississippi. La slide en impose. La voix est primaire. Et la cigar box est dans son élément. Ballade soul, "Seventeen" se métamorphose progressivement en Memphis blues, dans l’esprit du grand BB King. De toute bonne facture, cet elpee se referme dans le climat paisible du delta. Matt chante doucement et chaleureusement "Road still drives the same", une plage hydratée par l’orgue Hammond et que Matt illumine de son bottleneck…

 

The Experimental Tropic Blues Band

La Belgique vue des Tropic…

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The Experimental Tropic Blues Band présentait ce samedi au Salon à Silly « The Belgians ». Une soirée organisée dans le cadre de l’‘Interclubs Tour’, une initiative de Club Plasma et Clubcircuit, soutenue par SABAM for Culture.
Fers de lance de la scène belge, ces Liégeois ne sont pas nés de la dernière pluie. La formation s’est constituée de manière très étrange, en 2001, lors d’une fête organisée dans une école de photographie. Les trois potes se découvrent un attrait pour la musique et décident de se vouer corps et âme à cette belle, mais difficile, discipline.
Depuis, ils ont écumé pas mal de salles de concerts et de festivals. Ils ont ainsi eu l’opportunité d’ouvrir pour The Cramps, Bob Log III, Heavy Trash, JSBX, Andre Williams, The Soledad Brothers, Jay Reatard, The Black Lips, Jim Jones Review et j’en passe !
Après avoir publié un Ep (« Dynamite Boogie »), en 2005, et deux elpees, « Hellelujah » et « Captain Boogie », respectivement en 2007 et 2009, la consécration vient véritablement grâce au troisième opus intitulé « Liquid Love », un disque paru en 2011.
Enregistré à New York, dans le studio de Matt Verta-Ray (Heavy Trash), sous la houlette de Jon Spencer (JSBX, Heavy Trash, Boss Hogg, Pussy Galore), il a bien été reçu par la critique.
Réunissant Jean-Jacques ‘Boogie Serpent’ (guitare, voix), Jérémy ‘Sale Coq’ (guitare, voix) et d’un drummer (surnommé Devil d'Inferno) cousin lointain de Monsieur Propre, les gaillards se sont donc rebaptisés pour la circonstance ‘The Belgians’.
Le génial trio est venu ce soir défendre son improbable et dernier opus. Enfin, défendre est un bien grand mot puisque de l’aveu même du leader, le disque est invendable.
Cette parenthèse belgo-belge dans l’histoire du groupe se révèle de facto essentiellement taillée pour le live et difficilement exportable hors du Royaume. Dont acte !
Peut-être ont-ils voulu éviter les écueils d’une certaine routine et de s’enfermer dans un genre musical cadenassé pour démontrer qu’il était possible de faire preuve d’autodérision façon ‘Strip-tease’, l’émission qui déshabille !
Ces fous furieux dépeignent aujourd’hui, au travers de leur éphémère projet, le portrait d’une Belgique qu’ils veulent à leur image. A savoir gentiment, mais sincèrement déjantée !
Evoluant à mi-chemin entre kitsch et décalage torturé, la formation noire/jaune/rouge a tenu à rendre un hommage appuyé au plat pays qui est le nôtre sur fond de singularité, d’absurdité et de surréalisme. Le tout sur un ton décomplexé et foncièrement rock & roll. A la sauce Tropic quoi !

Comme on pouvait s’y attendre, cette ode électrisante s'ouvre donc tout naturellement sur l'hymne national. Une Brabançonne bien poisseuse et crasseuse comme on les aime ! S’ensuit une salve de titres qui adoptent différents profils : garage, davantage électro (voire new beat) ou plus dansant.

Une déferlante d’images et de vidéos projetées en continu sur un écran situé en arrière-plan illustre bien cette belgitude. La synchronisation avec le tapis musical est totale et savamment chronométrée. Un vrai travail de schizophrène !

Sans être exhaustif, on a pu voir nos différents Rois (Philippe, Baudouin, Albert II, etc.), mais aussi Eddy Merckx, Annie Cordy, Plastic Bertrand, Paul Vanden Boeynants, les diables rouges. Mais également des baraques à frites (quand même !), un type qui bouffe de la mayo à n’en plus finir (il finit même par dégueuler), les grandes grèves de 1960, l'affaire Dutroux sur fond de polémique et le drame provoqué par la tuerie de La Place Saint Lambert.

Le travail d’archives nécessaire afin de réaliser ce show visuel est absolument extraordinaire et intelligemment construit. Il met une nouvelle une fois la créativité du combo en exergue.

L’ambiance est survoltée et le public littéralement déchaîné. Foi de bourlingueur, j’ai rarement vu un parterre si festif !

Un aficionado est invité à monter sur le podium afin d’y accompagner le groupe. Armé d’une guitare électrique prêtée par l’artiste, notre hôte d’un soir fait fi de sa timidité passagère et balance, sourire hébété aux lèvres, tel un autiste, une salve de gammes aux oreilles de qui veut bien l’entendre.

Je suis convaincu que ce Sieur retiendra à jamais ce moment d’émotion !

Pendant ce temps, Jérémy a préféré descendre dans l’arène, tel un gladiateur des temps modernes. Voulant se délecter d’un spectacle dont il ignore l’issue, il effleure ici et là son jack sur la peau des spectateurs. Ce contact produit alors un son particulièrement amusant et décalé.

Plongé dans cette atmosphère survoltée, vêtu intégralement d’un rouge démonique pour l’occasion, il se défend, à maintes reprises, des élucubrations sexuelles qui lui traversent l’esprit. Le tout sous le regard médusé des convives présents dans la salle.

Pas gêné pour un sou, le gourou encourage alors l’auditoire à se livrer à un gang bang ! Plutôt sympa et original au fond !

Encouragé par une horde de femmes particulièrement chaudes et sexy, le tombeur, a déboutonné son pantalon et livre un service trois pièces bien membré, à la pilosité luxuriante. On n’oubliera pas au passage de remercier Dame nature pour cette générosité sans nom à faire pâlir de honte plus d’un homme…

Pris dans l’euphorie, je ne sais dire combien de temps a duré le set… à vue de nez, je dirais une grosse heure… Malgré une fatigue évidente, conséquence d’un savant mélange d’énergie déployée, de pintes ingurgitées et d’absorption de substances illicites, les gaillards reviennent pour un (très) long rappel. Est-ce là les effets du gingembre consommé sans la moindre modération tout au long du concert par les musicos de The Experimental Tropic Blues Band ?

Nul ne le saura, mais qu’importe après tout… ce qui est sûr, c’est que de tous les peuples de la Gaule, y’a pas à dire, ces trois Belges sont les plus braves !

Le support act était assuré par le nouvel espoir flamand, The Spectors. Un quintet dont on entendra parler ! (Voir compte-rendu concert ici)

(Organisation Club Plasma + Clubcircuit)

The Dynamite Blues Band

Shakedown & Boogie

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Le blues a toujours été populaire chez nos amis du Nord ; et depuis les 60’s, ils ont toujours donné naissance à des artistes talentueux. La scène y est particulièrement vivace et le nombre de jeunes formations y est important. Les Hollandais possèdent un son, qui a été cultivé et exploité par le label Cool Buzz depuis ses débuts en 1998. Sur cette écurie, la formation Big Blind a pondu un excellent album en 2009, "Circus left town". On se demandait ce qu’elle était devenue. Et bien on a la réponse, puisque le chanteur/harmoniciste Wesley Van Werkhoven, le guitariste JJ Van Duijn et le drummer Niels Duindam ont décidé de monter un nouveau combo en février 2013, le Dynamite Blues Band. Seul changement au sein du line up, la présence de Renzo Van Leeuwen qui a repris le poste de bassiste à Dirk, le frère de JJ! Et le résultat tient la route. Du blues franc, direct, dynamique et original. Les quatre musiciens signent les treize plages.

Dès les premières notes de "Howlin", nous sommes plongés au cœur de cet univers blues typiquement batave ; un ancrage bien personnel, même si le tout est épicé de saveurs empruntées aux Red Devils de Lester Butler. La voix de Wesley n'est pas très puissante, mais harmonieuse, elle se fond bien dans l’ensemble. Subtil, original, le jeu d'harmonica intervient assidûment. Une formule qu’on retrouve sur "Reset", une des meilleures plages de l’opus. Le rythme s'emballe sur "Boom boom boom". La rythmique puissante et le chant caustique me rappellent les Pretty Things à leurs débuts. Butler hante également "Doin' okay". L’harmoniciste vide pour la circonstance ses poumons. La voix est vivace. "Anna Lee" nous entraîne dans l'univers texan des frères Vaughan, et tout particulièrement celui de Jimmie. A cause du style incisif de JJ sur les cordes. "Rebound" opère une première incursion dans le boogie. Un tempo également adopté par le brillant "Boogie through the night" et lors de la finale, "Shakedown & boogie". "Rebound" évolue sur un rythme indolent, lancinant, hypnotique même, dans l’esprit de Howlin' Wolf ; une piste au cours de laquelle JJ se concentre sur la slide. Van Duijn tire son épingle du jeu tout au long de "Movin", un West Coast jump qui libère une swing léger, tout en évoquant la crème du genre, comme Hollywood Fats ou Junior Watson. Le long playing recèle également deux pistes rythmées et explosives ; en l’occurrence, "TNT" et "Dynamizer", un instrumental sur lequel Wesley pourrait rivaliser avec les meilleurs souffleurs contemporains. "Black magic" est la compo la plus lente, une chanson empreinte de mélancolie qui reflète un certain de mal de vivre… 

 

The Mackenzie Blues Band

Slam! Bam!

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Le MacKenzie Blues Band nous vient du Canada. De l’Ontario, très exactement. Un combo qui a d'ailleurs décroché, en 2014, le Maple Blues Award 2014, comme ‘Best new artist’ (NDR ; il s’agit des Oscars du Blues canadien). Ce quatuor est drivé par un couple. En l’occurrence le guitariste Trevor MacKenzie et la chanteuse Tara MacKenzie. Le duo est soutenu par le bassiste Joel Dawson et le drummer Mike Weir. Le groupe avait publié un premier opus en 2012, "Black road revelation".

Etrange, mais cette œuvre s’ouvre par une brève intro a cappella, réunissant voix féminines et masculines. Une sorte de spiritual baptisé "Prelude". "Down with love" nous plonge ensuite immédiatement dans un univers plus blues rock. Sara se réserve le micro. Les différents instrumentistes mettent le nez à la fenêtre ; Rod Ramsey ou Rob McLean à l’harmo ou encore Drew McIvor à l'orgue, invités pour la circonstance. Sans oublier Trevor à la gratte. Plus enlevé "Sweet stuff" embraie. Une piste au cours de laquelle Trevor semble plus cool sur ses cordes. Les choses sérieuses ne font que commencer. Tara se livre à fond sur "Move on", un morceau plus complexe. Le lead vocal se libère totalement sur le superbe blues "Bone cage". Mike et Joel assurent le backing de leurs voix graves. Et cet échange en devient finalement hypnotique. Excellente piste, "Burned when you play with fire" baigne dans un climat dramatique. La voix de Tara, l'harmonica et les cordes acoustiques entretiennent cette ambiance, avant que Trevor ne s’autorise une sortie déjantée. Il est même particulièrement inspiré tout au long d’"On the other side" une ballade empreinte de tendresse et de charme ; même si parfois, saturé de feeling, la guitare est au bord de la rupture. Drew McIvor signe "Ain't tryin' to hide", une compo intimiste. Soul, la voix de Tara est claire et précise. Elle s’étale sur trois octaves et demie. Une faculté dont l’exercice s’assimile à un art. Les interventions d’orgue et de guitare sont parcimonieuses, mais empreintes d’une grande sensibilité et mélodieuses. "I feel the storm coming" est la plus longue plage du long playing. Elle s’étale sur plus de 8’. Un blues indolent au cours duquel la guitare de MacKenzie s’aventure dans le psychédélisme, un voyage à l’acide, réminiscent d’une certaine époque vécue par la cité magique de San Francisco. "Up! Up! Up!" se singularise par sa rythmique bien marquée et son tempo énergique, un morceau où se mêlent soul, gospel et rock et au cours duquel Tara nous invite à se secouer. Le funk dispensé tout au long de "Higher road" est tempéré. Les échanges opérés entre l'orgue Hammond et les cordes de Trevor évoquent les débuts de Santana. Mais sans les percus. Nuance qui a son importance. Tara chante d’un timbre voluptueux "Spiritual power", un excellent soul blues. Sa voix pénètre intimement dans les accords de gratte, une voix généreuse, raffinée, respectueuse et tout simplement belle, qui monte progressivement en puissance. Cet elpee s’apprécie au fil de l’écoute. Enfin, il faut épingler le graphisme de la pochette réalisée à la manière d'une bande filmée.

 

First Class Blues Band

Brand New

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Le First Class Blues band est manifestement une des meilleures formations de blues allemande. A l’instar de son patronyme, c’est même un combo de première classe. Sa naissance remonte à 1991. A l’époque, il avait publié deux elpees chez Acoustic. Le line up implique trois musiciens teutons : Christian Rannenberg (Blues Company), un pianiste comme il en existe peu sur notre continent, Thomas Feldman, qui double au saxophone et à l'harmonica, et enfin, Jan Hirte, à la guitare. Le trio est soutenu par deux musicos noirs. Des Américains expatriés qui constituent la section rythmique : Kevin DuVernay à la basse, et Tommie Harris (ex-Luther Allison Band) à la batterie. Tous les cinq participent aux vocaux ! Jan Hirte est partagé entre différents projets. Il drive son Blue Ribbon et milite au sein du backing band de Guitar Crusher, les Mellowtones. Crusher est un bluesman noir âgé de 83 ans, vivant depuis très longtemps en Allemagne.

L'instrumental "Gasoline walk" pose immédiatement l’album sur rails, une compo qui permet à Feldman, Rannenberg et Hirte, de s’illustrer successivement. Tommie Harris chante "I kicked the habit", un superbe blues signé par le Texan Peppermint Harris. Il y livre toute son âme. Parfait aux cordes, Hirte adopte le style de BB King, mais gratte à la manière du regretté Mike Bloomfield, l'un des premiers sixcordistes blancs à émerger dès les sixties. Il emprunte ensuite celui de Jimmy Reed sur son "Help youself", une piste au cours de laquelle Feldman chante et souffle brillamment dans son harmonica, pendant que Rannenberg balise le tout de ses ivoires magiques. Direction La Nouvelle Orléans pour "Lady luck", une compo écrite par Lloyd Price. Un R&B classieux rehaussé par les interventions habiles de Christian au piano. Nous sommes toujours en Louisiane, mais du côté du pays cajun, pour profiter du "Zydeco boogaloo", un instrumental signé Clifton Chenier, au cours duquel guitare, piano et sax ténor prennent leur envol… "I need you" est un morceau attachant composé par Tommie Harris qui aurait pu alimenter les juke-boxes de la fin des fifties ! C'est au tour de Rannenberg de se distinguer, tout d’abord lors de l’instrumental intitulé "Slidin' boogie", une plage caractérisée par un échange entre le piano et la slide de Jan Hirte. Puis sur "Me and the blues", un blues de Chicago, qu’il chante tout en jouant à la manière de Sunnyland Slim voire d’Otis Spann, au cœur du Southside, alors que Feldman souffle comme Little Walter, à moins que ce ne soit James Cotton. Superbe ! Harris a empoigné le micro pour interpréter "You're gonna get the blues", dans une ambiance festive propre aux quartiers chauds de New Orleans. Hirte chante à son tour le "Breakin' up somebody's home" d'Al Jackson Jr. (NDR : c’est le batteur de Booker T & the MGs). Rannenberg est passé à l'orgue Hammond et invite une guitare bien sentie tout au long de ce Memphis blues. Christian se réserve les vocaux sur le "Lipstick traces" de Naomi Neville ou plus exactement Allen Toussaint, l'un des plus grands artistes de R&B issus de New Orléans! Cet album est une véritable propagande pour le blues pratiqué outre-Atlantique et il s'achève par "Tuff", un instrumental qui rend hommage à Ace Cannon, un brillant saxophoniste issu de Memphis, qui avait notamment participé aux célèbres sessions de Sun Records. Une dernière opportunité offerte à Feldman et Rannenberg de tirer leur épingle du jeu.

 

The Smoke Wagon Blues Band

Live in Hamilton

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Basé à Hamilton, au bord du lac Ontario, ce blues band canadien compte déjà 17 années d'existence. Le chanteur/harmoniciste Corey Lueck en est toujours le leader. Il est secondé par le guitariste Mike Stubbs. "Live in Hamilton" constitue leur 5ème opus. Le dernier, "It ain't easy", était paru en 2012. Ce nouvel elpee a donc été immortalisé en public, l'année dernière, au Stonewalls Music Hall, chez eux à Hamilton. La formation avait voulu capter cet événement sur support, afin de révéler leur manière de communiquer toute leur palette d’émotions à un auditoire susceptible d’apprécier leur musique. Le répertoire est essentiellement signé par la paire Lueck/Stubbs.

"Ain't no sunshine when she's gone" est une ouverture somptueuse, un blues lent écrit par Bill Withers, gravé sur son premier elpee, en 1971. Le piano de Nick Succi cède le relais à une intervention magistrale de Gordon Aiechele, au saxophone ténor. La voix de Nick est rocailleuse, puissante, et chargée de passion. Le son est impeccable. Les interventions de guitare, de piano électrique et surtout du saxophone sont remarquables. "Hen house hopping" accélère le tempo. Ce swing blues aux accents jazzy permet aux solistes de prendre un billet de sortie ; que ce soit l’harmoniciste, le pianiste, le guitariste ou le saxophoniste, tous les musicos sont pétris de talent. "Josephine" est une bien jolie chanson empreinte de douceur. Mike distille un solo en y injectant toute sa sensibilité avant de céder le témoin au fameux Aiechele. "Wrong side girl" marque un retour au swing et au rythme. Succi balise le boogie woogie à l’aide de son piano et Jason Colavecchia se réserve un solo sur sa lourde basse acoustique. Le timbre de Lueck est vraiment particulier, mais il sait comment le faire vibrer. Comme sur la douce ballade, "I can't change". Blues rythmé, "Fine furred Momma" nous permet de découvrir une autre facette du talent de Corey, à l'harmonica. Sans surprise, "Smoke wagon boogie" est un boogie qui laisse toute liberté aux différents solistes : guitariste, bassiste, harmoniciste et bien sûr le pianiste. Blues lent d’une grande pureté, "Lonesome whistle blues" adopte une ligne mélodique réminiscente de "Bring it on home". "Feeling of the witch" est une longue plage, une espèce de medley empruntant autant à "Feelin' alright" qu’à "Season of the witch". Et le style adopté par le piano nous renvoie à la Nouvelle Orléans ou encore à l'époque de Joe Cocker lorsqu’il était flanqué de ses Mad Dogs & Englishmen. Bref, ce qui va à la voix de Cocker va à celle de Lueck ! De toute haute facture, ce concert s’achève par la reprise du "Blow wind blow" de Muddy Waters.

 

Ruff Kutt Blues Band

That's when the blues begins

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Le Ruff Kutt Blues Band est davantage un projet qu’un groupe. Il s’agit surtout d’un collectif de musicos notoires qui rejoignent ponctuellement le remarquable guitariste de blues, Anson Funderburgh. Le Texan se charge également des arrangements et de la production. En 2011, il avait publié "Mill Block blues", un album aujourd'hui épuisé. Anson remet le couvert cette année, et partiellement, pour aider financièrement son ami Finis Tasby, qui traverse de solides ennuis de santé.

Le line up de base réunit donc le chanteur Finis Tasby, le guitariste Anson Funderburgh et le gratteur/chanteur Zac Harmon (NDR : il est issu de Jackson, dans le Mississippi). Sans oublier le bassiste James Goode. C’est également ce dernier qui se charge de la composition. Il a milité chez les Excels, un groupe de rockabilly.

Empreinte d’émotion, la guitare d'Anson ouvre l’elpee. La voix du vieux Finis est chargée de passion. Ron Jones se réserve le saxophone, sur "Deep elam blues", un blues lent tout bonnement remarquable. Anson est au top de sa forme. Il me rappelle le BB King des jeunes années ou le brillant Mike Bloomfield. "Blues in my blood" est un titre lourd de signification. Car c’est bien le blues qui coule dans les veines de Finis. Le feeling est à son paroxysme. Les cordes fument de toutes parts. Pas de changement de tempo pour "Don't it make you cry", même s’il s’agit d’un R&B tapissé par l'orgue Hammond au cours duquel le saxophone est bien mis en exergue, alors que Zac et Steven Richardson assurent les chœurs. Le rythme s'élève pour "Oh Woman! " ; et c'est au tour de Zac Harmon d'assurer le chant de son timbre naturellement soul. Finis est au micro pour "Down so low", un blues illuminé par les cordes de Funderburgh, ainsi que pour "Barefoot blues", une plage qui commence lentement avant d’accélérer le tempo, dès l’arrivée de John Street aux ivoires. Zac se réserve les vocaux sur les six pistes suivantes. Soit "Blues ain't a colour, un superbe blues imprimé sur un mid tempo, mais par la section rythmique constituée du bassiste Goode et du drummer Wes Starr (ex-Omar & the Howlers). Ce qui permet à Zac de décoller à la six cordes. "That's when the blues begins" ensuite. On nage alors dans la soul la plus pure. Même les voix émargent à ce courant. "That woman gives me fever" encore. Une piste funkysante. Starr en assure le diddley beat. "I'm over you woman" toujours. Un excellent Memphis blues, rehaussé par la présence d’un orgue et du saxophone, au cours duquel la gratte emprunte ses accents à Albert King. Et enfin "Touched by her flame", une ballade soul à la ligne mélodique soignée. Finis revient chanter "Let's dance". Sa voix est invariablement saturée d'émotion, alors qu’Anson excelle aux cordes. Et en finale de ce superbe long playing, Zac assure à nouveau les parties vocales pour "When a blues goes to heaven", une compo qui adopte le rythme cher au regretté Jimmy Reed. Et qui donc rencontre-t-on au paradis ? Et bien Robert Johnson, Jimmy Reed, Sam Myers, Freddie et Albert King et même, Albert Collins…

 

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