La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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Julia Drouot a coupé court…

De ses années de conservatoire, il reste à Julia Drouot peut-être le goût de ses fugues, non pas celles qui se jouaient au XVIIème siècle dans les salons des cours européennes, mais celle qui se chausse de semelles de vent. La chanteuse et compositrice a…

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Bonnie Prince Billy

L’amitié et la communauté de Bonnie ‘Prince’ Billy…

Bonnie ‘Prince’ Billy, nom de scène du musicien Will Oldham, sortira un nouvel album studio intitulé « We Are Together Again » le 6 mars chez Domino/No Quarter. À la suite de « The Purple Bird », Oldham a commencé à travailler sur cet elpee avant son séjour à Nashville pour enregistrer celui-ci, puis s'y est remis au printemps dernier, emmenant ces 10 chansons au studio End of an Ear à Louisville avec ses compagnons de tournée actuels Jacob Duncan (flûte et saxophone) et Thomas Deakin (clarinette, sifflet, guitare électrique baryton, accordéon, cornet), ainsi que Ryder McNair, Chris Bush, Ned Oldham et Erin Hill.

Oldham note : ‘Même si nous ne le percevons que vaguement, nous vivons actuellement un changement de monde. Celui dans lequel nous sommes nés est en train de disparaître, remodelé et dénudé par l'action humaine. Il reste à savoir ce que nous allons transmettre et comment nous allons refuser de nous abandonner. » We Are Together Again » semble être une réponse’.

Dans les chansons d'Oldham – et dans le cercle d'autres artistes réunis sous le nom de Bonnie ‘Prince’ Billy – l'amitié, la communauté et la joie obstinée de créer de l'art avec d'autres deviennent un moyen de persévérer. Il ne s'agit pas d'un déni de l'effondrement, ce qui serait une illusion, mais d'une sorte de défi : rester pleinement humain, pleinement joyeux, dans un monde dont l'horizon se rétrécit.

Jim Marlowe a assuré l'ingénierie des sessions d'enregistrement et coproduit l'opus en compagnie d’Oldham. Le premier titre partagé du long playing s’intitule « They Keep Trying To Find You », accompagné d'une vidéo produite par Jake Forman et chorégraphiée et réalisée par Abi Elliott.

« We Are Together Again » ne résout pas la peur, mais y répond par l'harmonie. C'est un album sur le miracle tenace de la communauté et sur le fait que tant qu'il y a des voix qui s'élèvent ensemble, la demande elle-même devient espoir.

Le single « They keep trying to find you » est à découvrir sous forme de clip

 

Bonnie Prince Billy

Il m'a fallu une vie dans la musique pour comprendre comment devenir meilleur acteur…

Écrit par

Will Oldham a longtemps eu le malin plaisir de changer régulièrement de pseudo (Palace, Palace Brothers, Palace Songs, Palace Music, etc.) ; mais il semble enfin s’être fixé sur celui de Bonnie ‘Prince’ Billy. D’ailleurs, c’est la même signature qu’il a posée sur ses derniers elpees. Artiste imprévisible, il s’entoure souvent de musiciens différents, quand il enregistre un disque, mais il participe aussi régulièrement aux sessions d’autres musicos.

Pour son dernier opus, « The purple bird », il a reçu le concours de ses amis, mais aussi quelques-uns de ses héros. Le long playing a été mis en forme par le producteur de Nashville, David Ferguson, avec qui il s’est lié d’amitié il y a pas mal de temps, lors d’une session consacrée à Johnny Cash. Ferguson a puisé dans son réseau d’amis artistes de Music City, en organisant des jams pour écrire des chansons et en rassemblant une équipe de musiciens de session pour réaliser ce qui allait devenir cet opus.

« The Purple Bird » est impeccablement mis en forme, mais à l’instar d’une compilation, il change constamment de ton, privilégiant le joyeux sur le mélancolique.  

Ainsi la mélodie de « Guns Are For Cowards » est paradoxalement impertinente et optimiste, alors que le thème est tragique.

Cette chanson été ajoutée, car le disque est essentiellement focalisé sur les sept co-écrites. J'y ai inclus quelques compositions personnelles dont « Guns Are For Cowards ». C’est l'une des rares de ma carrière que j'ai écrite en réaction à des événements dont j'ai été témoin ou que l'on m'a rapporté afin d'essayer de comprendre ou de participer plutôt que de me sentir impuissant.

Il y a quelques années, ma femme et moi avions rendez-vous chez le banquier dans le but d'obtenir un prêt. Le rendez-vous a été reporté car il devait se rendre aux funérailles d'un collègue abattu dans une agence du centre-ville de Louisville, dans le Kentucky, par un homme qui est entré et a tiré sur toutes les personnes présentes sur les lieux. Par ailleurs, j'étais censé partager une session avec un ensemble gospel. L’une des formations familiales, les Templeton Singers, a dû reporter la séance parce qu'un de leurs neveux, âgé de 13 ou 14 ans, avait été abattu à un arrêt de bus, alors qu'il se rendait à l'école. Enfin, j'étais censée avoir rendez-vous avec un homme politique local, lequel m'a annoncé qu'un membre de sa famille venait de se faire tirer dessus et qu'il devait le secourir. Je me suis demandé ce qui se passait et ce que je pouvais faire… c'est à dire composer cette chanson. J’ai pensé, je viens du Kentucky, je me rends dans le Tennessee et je vais présenter ce morceau qui remet en question la détention et l'utilisation d'armes à feu, à un groupe d'hommes blancs du Sud, plus âgés. La première personne à qui je l'ai soumise était David Ferguson, producteur de ce disque... le jour de l'enregistrement. Il l'a écouté, s'est tourné vers moi et a dit ‘Will, il n'y a qu'une seule manière de proposer cette chanson, c'est sous forme de polka’. ‘Peu importe ce que tu dis Fergus, pour moi, c'est bien’, ai-je répondu. Ça me convient... parce qu'au départ je ne savais pas ce qu'il allait en penser et où il allait l'emmener. 

« Is My Living in Vain ? » est d'une délicatesse et d'une vulnérabilité qui symbolise votre art.

(Il rit) Oui, je suis d'accord. Et c'est la seule reprise du disque !  Une chanson que j'interprétais seul chez moi ; et j'ai voulu l'intégrer pour équilibrer le disque face à tous les auteurs-compositeurs qui y participent.  Je suis le plus jeune musicien et compositeur de l’album, à l'exception de Brit Taylor et Adam Casey, qui se sont chargés harmonies vocales y compris de celles des choristes. Mais tous les autres sont les hommes blancs plus âgés et du Sud : « Am I Living in vain » a été écrit, à l'époque, par une jeune femme noire qui s’appelait Twinkie Clarke. Elle faisait partie des Clark Sisters de Detroit. Un succès dans le monde du gospel en 1980. Je me suis dit : ‘Eh bien, je ne peux pas faire grand-chose en tant qu’homme judéo-chrétien blanc américain, mais je peux chanter la chanson de quelqu'un d'autre pour essayer de donner un portrait plus complet de ce que j'essaie simplement d'accomplir dans le cadre de mes projets musicaux’.

Vous définissez cet opus comme un disque de ‘Nashville’...

Il s'agit d'un album de ‘Nashville’, à part entière, dans le même processus d'écriture au cours duquel ces personnes s'asseyaient intentionnellement à 10 heures, le mercredi matin, et composaient une chanson en plus de deux heures et demie. Cette façon de procéder est une institution à Nashville que je n'avais jamais expérimenté auparavant. Toute cette ville et ses infrastructures sont imaginées en fonction de ces musiciens de session qui sont comparables à des athlètes olympiques, dans la mesure où en deux jours de travail vous enregistrez en leur compagnie presque tous les éléments de 12 chansons. Comme un athlète olympique, un sprinteur qui en quelques secondes réalise le geste et la course parfaite. J'adore cela car chaque jour, j'avais l'impression d'essayer de rester en forme et de me préparer physiquement et mentalement à faire face à ce genre de défis afin d'être pleinement présent, réactif et à la hauteur de la situation.

Mais tous ces grands chanteurs country célèbres en Amérique et présents sur les albums, sont peu connus de ce côté-ci de l'Atlantique. Ce qui pose également la question de votre popularité aux Etats-Unis et en Europe...

En termes de chiffres, je pense que la taille de l'audience de Bonnie Prince Billy aux États-Unis est similaire à celle de l'Europe. Mais en Amérique, elle est vraiment beaucoup plus marginale et underground. Même si, numériquement, les concerts ont la même taille et la même notoriété, les labels auxquels je suis associé aux États-Unis ne sont pas très notoires, la promotion y est moindre et les spectacles se déroulent dans des petits clubs.

Avez-vous déjà pensé enregistrer un long playing en compagnie de Robert Plant et Alison Krauss, par exemple ?

Fergus est plutôt un bon ami d'Alison Krauss. Et à l'époque où Albini a produit le Page/Plant, il y a une vingtaine d'années, c'était la première fois que j'ai vraiment commencé à penser à Robert Plant, à la fois en tant qu'être humain et merveilleux chanteur. Il chantait très bien sur tous les disques de Zeppelin et par mal sur ceux en solo. Mais sur ce disque, je me suis dit : ‘Waouh, cette personne a vraiment une relation incroyable avec sa voix’. Et je pense que c'était un des talents propres à Steve Albini de faire ressortir l'essence de la voix d'un chanteur, d'en tirer le maximum. Si l'occasion se présentait, je ne la laisserais pas passer. Je pourrais en tant que pair, collaborer avec eux et même essayer, à l'instar d'Albini, de les pousser à réaliser des choses différentes qui conviennent à leurs énormes talents et capacités et les faire sortir leur zone de confort en se convertissant en artistes explorateurs. Mais Robert Plant est un artiste expérimental. La force de Plant et Page dans Led zeppelin était telle qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient, mais faisaient ce qu'ils pensaient devoir être fait. Et grâce à l'incroyable synergie et à l'éclat de leur énergie collective dans Led Zep, c'est devenu quelque chose qui n'existait pas auparavant.

Aux yeux et aux oreilles des d'Européens, la musique country est une sorte de nid ‘trumpiste’

C'est un peu réducteur. 

Je suis conscient que la musique country a le potentiel de résonner et de plaire à une très grande partie de l'humanité parce qu'elle est chantée en anglais. En fait, on accorde davantage d'attention aux paroles que dans toute autre forme de musique populaire.

L'amitié définit-elle votre carrière ?

Oui. La force motrice de mon engagement dans la musique est d'établir des liens plus larges avec les auditeurs, mais de me connecter plus spécifiquement et profondément avec les personnes que j'aimerais côtoyer. Appeler mon ami pour explorer l'interconnectivité et les relations humaines directes à travers… pas seulement des paroles, mais aussi une collaboration active, y compris en compagnie des artistes visuels. Comme Lori Damiano, qui a réalisé la pochette de ce disque. Et c'est une copie du dessin d'enfance de David Ferguson représentant l'Oiseau violet. Ce sont mes amis et je suis aussi leur fan. L'amitié est quelque chose qui a été mystérieuse pour moi, toute ma vie. J'ai beaucoup déménagé quand j'étais enfant, et j'ai toujours expérimenté l'amitié à distance. Et donc c'est une donnée que j'ai presque fétichisé au détriment des relations amoureuses. C'est un processus continu pour essayer de bien comprendre ce qu'est l'amitié et, le fait de savoir si j’en suis capable, parce que c'est ce que je souhaite le plus au monde.

Votre pseudo se réfère à Billy the Kid. Seriez-vous le dernier cow-boy ?

(Il rit) bien sûr. Nous comprenons progressivement et collectivement que l'idée d'un cow-boy est de la foutaise. C’est de la mythologie et une construction. Ainsi, j'ai l'impression d'adhérer à l'idée d'incarner, d'habiter ou de représenter une construction. Comme si elle appartenait à ce qu'est Bonnie Prince Billy...  Nous sommes tous d'accord pour dire que rien n'existe vraiment. C'est pourquoi nous créons des fictions sur lesquelles nous basons notre perception de la réalité juste pour essayer de donner du sens.

Le fait d'être acteur vous a-t-il aidé à devenir chanteur ?

Absolument ! Ce que j'ai finalement ressenti en poursuivant mes études d'acteur, puis ce qui m'a finalement déçu ou insatisfait, c'est qu'il y avait très peu d'acteurs qui utilisaient toute la diversité et les capacités de leur instrument principal : leur voix. Ils peuvent crier et être en colère, mais qu'en est-il de la mélodie et du rythme ? Et souvent, même les dramaturges ne se concentrent pas assez sur le rythme.

J'ai rencontré davantage d'épanouissement dans l'expérience musicale. Et pourtant, il s'agit toujours d'interpréter un texte, de communiquer une expérience humaine à autrui, puis d'utiliser l'expérience humaine de l'autre personne comme caisse de résonance.

A l'inverse, être chanteur vous aide-t-il à être acteur ?

J'aborde l'interprétation d'une chanson, à chaque fois, comme si elle était neuve. J’ai l'impression d'être un nouvel interprète, de me servir des paroles comme d'une simple feuille de route.

Par ailleurs, récemment, interprétant une scène avec Tom Hardy, phénoménal exemple d'un acteur qui explore les confins de ce qu'il accomplit, ce sont les deux heures de jeu les plus enrichissantes que j'aie jamais connue en tant qu'acteur ; comme si absolument tout pouvait arriver. Et à l’issue du tournage, Tom Hardy m'a dit : ‘Je ne sais pas qui tu es, mais j'ai vraiment aimé travailler avec toi’. L'un des plus beaux compliments que je n’ai jamais reçus. La musique me permet d'aborder quelque chose de nouveau à chaque fois avec fraicheur et spontanéité, de faire confiance à l'écriture, d’être prêt pour le travail et de vivre le moment présent. Il m'a fallu une vie dans la musique pour comprendre comment devenir meilleur acteur.

« The purple bird » : 31/01/2025 (Domino / V2)

 

Princess Thailand

Golden Frames

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Formation toulousaine, Princess Thailand a publié un 3ème elpee toujours aussi fidèle à ses amours pour la noise, la no-wave et le post punks si chers au groupe. « Golden Frames’ » sort ses griffes –à l’instar du chat siamois/sphynx illustrant l’album– et ce dès « Blinded Fool », le morceau introductif particulièrement puissant ! Le chant enragé d’Aniela Bastide accompagne des guitares acérées et une rythmique arythmique (?!?!?) entre des ambiances shoegaze (« Machina ») ou plus souvent post punk (« Ghost Car »). Une réussite de bout en bout !

Bonnie Prince Billy

Best Troubador

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Lorsqu'il ne compose pas son propre répertoire, Will Oldham, mieux connu sous le pseudo de Bonnie Prince Billy, prête sa voix à d'autres auteurs ou rend hommage à des légendes. En publiant "Best Troubador", l'Américain a voulu honorer la mémoire de Merle Haggard (NDR : il est décédé en avril 2016), une légende de la musique country qui a surtout marqué les seventies. Sur ce double elpee, Oldham n'a pas choisi les titres les plus notoires mais s'est davantage focalisé sur ceux qui reflètent la vie sentimentale du Californien. Pour enregistrer cet opus, il s’est entouré de musiciens rencontrés sur la route ; et en particulier Mary Feiock, Emmett Kelly, A.J. Roach ou encore Matt Sweeney. Une équipe qu’il a baptisée The Bonifide United Musician.

A travers seize morceaux, tour à tour allègres ou mélancoliques, Will nous invite donc à revisiter l’univers de cet artiste… sur le ton de la country la plus traditionnelle. La sèche et le violon sont bien sûr mis en exergue. Quelques pistes lorgnent parfois vers le blues ou le folk. Et dans le style, le résultat est vraiment brillant. Bien sûr, ce disque ne révolutionnera pas la discographie de Bonnie Prince Billy. Il prend son pied et ne se soucie guère de l’éventuel succès que pourrait rencontrer cet LP. Il y a longtemps que l’homme fait ce qui lui chante et chante ce qu’il veut. Comment critiquer cette philosophie implacable ?

 

Le Prince Harry

Synthetic Love

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Après avoir gravé deux elpees et deux splits, le duo liégeois est passé d’un trio à un duo. Ainsi les parties de batterie ont été définitivement remplacées par une boîte à rythmes et des machines. Ce qui ne pas empêché le tandem de bénéficier du concours de quelques invités pour enregistrer son nouvel elpee, « Synthetic love ». Ainsi Emma Whalgren, le chanteuse du groupe punk The Guilt, impose sa voix sur « No honey left to steal » et la cover du « We are the public » de Motormark. Découpé en 11 pistes, ce « Synthetic love » macère au sein d’un électro punk synthétique qui doit autant à Suicide, Chrome, Fad Gadget que Front 242. Certaines plages se révèlent davantage indus, robotiques, brutales, martiales, violentes ou ténébreuses. Mais dans le style, le long playing tient la route, même s’il s’adresse surtout à un public averti. On n’en oubliera pas pour autant le remarquable artwork de l’opus, réalisé par le graphiste et illustrateur belge, Elzo Durt…

 

Prince

Prince, The Artist, est mort ce 21 avril 2016

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Prince, de son véritable nom Prince Rogers Nelson, est décédé ce jeudi 21 avril 2016. Il avait de nombreux pseudos, comme His Royal Badness, His Purple Majesty, le Kid de Minneapolis, le Nain pourpre, Love Symbol ou encore The Artist, celui qui collait sans doute le mieux à son personnage. 

Avant-gardiste, multi-instrumentiste et artiste complet (NDR : non seulement il était auteur-compositeur-interprète, mais également réalisateur artistique, producteur, danseur et acteur), Prince a eu une influence majeure sur la musique contemporaine. Capable de toucher à tous les genres et à les mêler suivant son inspiration (rock, funk, r&b, soul, jazz, pop, blues, hip hop, etc.) sa créativité était telle qu’il avait fini par gérer sa carrière seul, loin des contraintes liées aux labels. Prolifique et imprévisible, ce personnage qui ne mesurait qu’un mètre soixante a amplifié l’aspect sexuel de la musique, à travers des spectacles gigantesques, dignes du music-hall. Et ses collaborations sont pléthoriques.

Si pour le mélomane lambda, Prince est avant tout l’auteur du mégatube « Purple rain », il ne faut pas négliger qu’il est parvenu à vendre plus de 80 000 000 d’albums à travers le monde. Parmi lesquels figurent des disques carrément expérimentaux, à côté de succès commerciaux retentissants. Enfin, ce qu’on retiendra surtout de lui, c’est qu’il a incité de nombreux musiciens noirs à jouer de la musique blanche et blancs, de la musique noire…

Il a été retrouvé mort dans un studio du Minnesota. Il avait 57 ans. Décidemment, depuis le début de cette année, la nécrologie des artistes rock s’allonge…

 

 

 

Bonnie Prince Billy

Un retour réussi!

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Tout passionné de country-folk ne pouvait manquer l’événement de ce jeudi soir, à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Et pour cause, Will Odham, aka Bonnie ‘Prince’ Billy s’y produisait. Pas étonnant qu’on assiste également à une forte concentration de barbus. Mais c’était surtout l’occasion d’enfin (re)voir et (ré)écouter un des songwriters les plus influents de ces 20 dernières années. Le roi du country-folk avait fait le déplacement pour présenter son dernier album « Singer’s Grave a Sea of Thongues ». Et il a emporté dans ses valises The Caïro Gang et, ainsi qu’en guest star, Matt Sweeney.

Et le supporting act suscite déjà un intérêt particulier, puisqu’il s’agit de Xylouris White, soit le projet né de la rencontre entre l’extraordinaire drummer de Dirty Three, Jim White et le Grec George Xylouris, chanteur et talentueux joueur de luth. Et croyez-moi, Jim White est un véritable virtuose. Personnellement, je n’avais jamais assisté à un tel exercice de style à la batterie.  (Voir photos ici)

Le maître de soirée monte sur l’estrade à 21 heures pile. Matt Sweeney s’installe à sa gauche et Emmett Kelly à sa droite. Et comme guitariste, c’est loin d’être un manchot. Un batteur et un contrebassiste complètent le line up du band. Will Oldham arbore une belle barbe et comme tout musicien de country qui se respecte, il est vêtu d’une chemise à carreaux. Dès les premières notes, les sceptiques qui mettent en doute les qualités scéniques de l’Américain sont rassurés. Bien sûr sa voix est reconnaissable entre mille et est susceptible de vous flanquer des frissons partout. Puis, il reproduit certains stéréotypes adoptés par la plupart des musiciens de country. Parfois, on se croirait en face de Cloney dans ‘O’Brothers’. Une gestuelle qui lui permet finalement de rendre ses compos plus expressives. D’ailleurs son set ne sera ni morose ni déprimant. L’air de rien, Bonnie ‘Prince’ Billy est même un fameux showman. Et puis, ses morceaux sont davantage électrifiés que sur disque. Il les adapte pour le ‘live’. Et c’est très bien ainsi. Difficile cependant d’identifier les morceaux du tracklisting, vu le gigantesque répertoire dont il dispose. Il est d’ailleurs allé puisé au sein de toute sa discographie au cours de la soirée, nous réservant même des plages issues de son chef-d’œuvre « I See a Darkness », dont le titre maître qu’il va interpréter d’une manière allègre et le magnifique « Death to everyone ». Il alterne morceaux plus ‘rock’ et tracks paisibles et émouvantes. Mais c’est lors des titres les plus calmes que le barde peut démontrer toutes ses aptitudes vocales, échangeant alors en compagnie de ses acolytes, de superbes harmonies vocales. Quant aux trois guitares jouées par les trois musicos, on peut affirmer que leur conjugaison était proche de la perfection.

Nous l’attendions depuis 5 longues années sur terres, et son retour n’a pas déçu. Finalement on peut affirmer que Will Oldham était toujours le Prince du country/folk… (Voir photos )

(Organisation AB)

 

Pantha Du Prince

Elements of Light

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Lorsque les contours des litanies électroniques de Pantha du Prince épousent le doux son des cloches des Norvégiens de Bell Laboratory, le mariage donne naissance à un « Elements Of Light » splendide et spirituel. Un disque de près de trois quarts d’heure, découpé en cinq morceaux. Hendrik Weber, alias Pantha du Prince concrétise enfin un projet que l’on entendait arriver de loin, notamment sur son « Black Noise » de 2010.

Classique, Ambiant, Techno minimale, …  Le DJ allemand ratisse large au sein de ses influences. Quant à l’apport du trio Bell Laboratory, il est principalement représenté par son carillon composé de 50 cloches de bronze qui pèse… 3 tonnes ! Un instrument à la genèse de cette collaboration salvatrice. « Element Of Light » est un LP qui s’écoute d’une traite, dans l’ombre ou la lumière. Et on prend plaisir à se laisser porter par le carillon, les cymbales et autres xylophones de ces cinq nouveaux chapitres des pérégrinations de Pantha Du Prince, chacun dédié à une composante de la lumière (« Photon », « Particle », « Quantum »…) 

« Elements Of light » provoque le besoin irrépressible d’imager l’œuvre. Le besoin d’être visuellement transporté dans le Labo et de voir de très près Weber et ses amis Norvégiens donner vie à cette symphonie métaphysique. Malheureusement, Pantha et ses hommes en blouse blanches n’ont aucun arrêt prévu dans l’immédiat du côté de chez nous. Pour en être témoin, il faudra aller faire un tour du côté de Rotterdam (20/04) ou de Lyon (11/05).

 

Bonnie Prince Billy

Wolfroy goes town

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Il y a déjà quelques mois que le Will Oldham, aka Bonnie Prince Billy, a publié cet album. Faut dire que le barbu est difficile à suivre, tant il est productif. Prolifique certes, mais efficace. Sa discographie est colossale. Il doit avoir gravé une cinquantaine d’albums, sortis sous différents pseudonymes. Et parfois pour s’y retrouver, on a intérêt à se servir d’une boussole.

« Wolfroy goes town » s’inscrit dans la lignée générale de ses précédents elpees. Il réunit des compos à la sensibilité à fleur de peau sculptées dans un folk minimaliste. Et minimalisme est parfois un mot faible, car sur ce nouvel essai, on a l’impression qu’il l’a poussé à l’extrême. En fait, pour enregistrer cet opus, le natif du Kentucky n’a reçu le concours que d’un seul musicien, Emmet Kelly. Bref, « Wolfroy goes town » est 100% bio : guitare sèche, claquements de mains. L’électricité est quasiment absente. La valeur ajoutée de cet album serait davantage à chercher du côté des voix. Bien entendu, l’organe vocal d’Oldham est inaltérable mais c’est la présence d’Angel Olsen (avec qui il a tourné auparavant) qui fait l’originalité de l’œuvre. D’ailleurs les points d’orgue de la plaque sont incontestablement « No Match » et surtout « New Tibet », deux plages caractérisées par la merveilleuse conjugaison des deux voix qui s’élèvent en crescendo et tout en douceur.

Bonnie Prince Billy est une figure de proue du folk américain. Et si « Wolfroy goes town » n’est pas son meilleur album commis à ce jour, il tient parfaitement la route. Faut dire que pour l’instant, sur ce terrain, personne d’autre n’est capable de le concurrencer…

 

Prince of Assyria

Missing note

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Cette formation au patronyme improbable (NDR : mais comme disait Oscar Wilde, on devrait tous être légèrement improbables), est responsable d’une musique très belle.

Prince of Assyria est le projet de Ninon Danhka, un Suédois né à Bagdad (NDR : et comme disait Oscar Wilde, faudrait voir à pas pousser l'improbable dans ses derniers retranchements) qui a échappé de peu à la mort… Sa voix est profonde et bouleversante. Son folk sombre et classique. Quant à ses paroles, elles coulent de sa bouche comme autant d'aveux d'abandon.

« Missing note » est un opus découpé en 10 chansons graves et fort bien serties.

Inutile de chercher les rapprochements avec d'autres noms qui traversent votre esprit à l'écoute de ce disque, car « Missing Note » se suffit à lui même.

Bien orchestré et admirablement produit, l'album se distingue sur les plages 3 (« Sail The Ships Away ») et 8 (« Sleep tight »), pour les émotions qui en émanent. Tandis que la quatrième (What Ever You Want ») et la septième (« We As People ») lorgnent du côté d'une pop subtile et plus enlevée.

Certainement vouée à l'oubli, cette oeuvre révèle un artiste discret qui s'expose dans ce qui lui apparaît de plus cher : sa musique.

Bonnie Prince Billy

The Wonder Show Of The World

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Plus de 20 ans déjà que notre barbu trace son chemin sans se soucier du temps et des modes. Plus de 20 ans que le natif du Kentucky nous enivre de son folk/country à la fois si contemporain et intemporel. Plus de 20 ans qu’il grave des albums à une cadence métronomique, et sous des patronymes différents (Palace Music, Palace Brothers, Will Oldham,…) A ce jour il doit avoir publié une cinquantaine de long playings. Une carrière déjà bien remplie, qui lui permet de revendiquer, une place, au panthéon des artistes américains du style (Neil Young, Leonard Cohen, …)

Pour concocter ce nouvel elpee, le roi du folk a reçu le concours du Californien Emmet Kelly, aka Cairo Gang. Aux vocaux et à la guitare. Et la collaboration opérée entre le maître des lieux et son invité est remarquable. Bonne nouvelle, Will Oldham a décidé d’en revenir à un style plus lent et dépouillé, qu’il avait abandonné le temps de confectionner « Beware ». Mais son country folk, il le teinte aussi parfois de blues ou de jazz. Et même de gospel. En particulier lors de l’époustouflant « Someone Coming Through », tapissé d’inévitables chœurs évangéliques. Les arrangements sont simples. Les cordes de guitare acoustiques. Les percus discrètes. Tout un ensemble destiné à mettre en évidence la voix somptueuse de l’Américain. Dont il se sert pour communiquer ses émotions. En toute sincérité. Dans ces conditions, difficile de rester de marbre…

A première écoute, « The Wonder Show Of The World » laisse plutôt perplexe. Il faut d’ailleurs plusieurs écoutes avant de pouvoir en savourer toutes les subtilités. Et c’est au bout de cette persévérance, qu’on se rend compte de l’excellence de l’œuvre. Finalement digne de « The Letting Go » (2006), « Master Of Everyone » (2003) ou encore « I See The Darkness » (1999).

 

Die Princess Die

Lions eat lions (version deluxe)

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A l’origine, cet album était paru chez GoldStandardLabs (The Locust, Melt Banana, Jr Ewing En 2006. Le label français (NDR : du Nord-Pas-de-Calais très exactement) Uproar For Veneration Records vient de le rééditer. Une belle opportunité pour découvrir Die Princesse Die, un groupe quasiment méconnu dans nos contrées. La nouvelle version a été enrichie du mini-elpee 8 titres « Cut Lips », un disque sorti en 2004 sorti sur Rococo Records ainsi que de deux titres issus d’un split cd partagé en compagnie de Manifolds. Résultat des courses, le nouvel opus réunit la quasi-totalité de la discographie de Die Princess Die. 

Et après avoir écouté l’intégralité de cette édition Deluxe, je dois avouer être tombé sous le charme de leur musique. Il y a même un sacré bout de temps que je n’avais plus eu l’opportunité de savourer un post punk de cette trempe. Même que depuis la séparation de The Blood Brothers en 2007, j’imaginais la flamme de ce style définitivement éteinte. Chez Die Princess Die, on retrouve tous les éléments nécessaires et indispensables pour foutre un véritablement bordel dans n’importe quelle salle de concert lugubre. Les riffs de guitares sont incisifs, effilés, percutants. Les larsens magnifiquement maîtrisés. Puissante, la section rythmique (basse/batterie) vous rentre littéralement dedans. Le chanteur crie ou beugle comme un dératé. Un cocktail aussi explosif que délectable, balayé judicieusement de quelques touches d’électronique. Vingt et un titres qui évoquent tour à tour The Blood Brothers (NDR : of course !), les Liars ou encore These Arms Are Snakes.

Bref, vu le potentiel de cette formation californienne (NDR : de Los Angeles, très exactement), il ne serait pas étonnant que dans un futur plus ou moins proche, elle puisse bénéficier d’une distribution moins confidentielle. C’est tout le mal qu’on lui souhaite. Et après avoir visionné les vidéos ‘live’ postées sur leur MySpace (NDR : que je vous invite d’ailleurs à regarder), on ne peut espérer qu’une tournée européenne transitant près de chez nous… 

Bonnie Prince Billy

Beware

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Notre barbu favori ( ?!?!) de l’indie-rock américain est de retour après sa parenthèse cinématographique (« Old Joy » de Kelly Reichardt). Il vient ainsi de publier un nouveau recueil de chansons taillées dans le country/folk, en ce début de printemps. Une œuvre habillée d’une très belle pochette, il faut le préciser. « Beware » succède donc à « Lie Down In The Light », paru en 2008. A l’époque, cet album avait déjà signifié le réveil du toujours aussi prolifique roi de la country alternative. Faut dire qu’il nous avait concocté toute une série d’elpees relativement décevants, juste auparavant. Et ce « Beware » confirme donc bien son retour en forme.

S’il est désormais acquis que Will Oldham n’atteindra plus jamais les cimes (fort élevées) d’ « I See A Darkness » ou de ses œuvres concoctées au sein de Palace, « Beware » se révèle cependant de très bonne facture. Plus d’un songwriter en herbe vendrait son âme pour écrire ne fut-ce qu’une de ces compositions ! Et de nouveaux admirateurs risquent de rejoindre les fidèles aficionados, après avoir écouté ce disque. Pas pour rien que le concert qu’il accordera à l’Ancienne Belgique, ce 22 avril (en compagnie de la Norvégienne Susanna Wallumrod), est déjà sold out.

L’artiste vieillit bien. C’est en habile artisan qu’il nous propose ici treize vignettes de toute bonne facture. L’album débute par le plus beau morceau et peut-être le plus radiophonique jamais enregistré par Mr. Oldham : « Beware Your Only Friends ». Sa guitare électrique et les chœurs féminins y font merveille. Et Bonnie de ne jamais baisser de régime en cours de route. Tirant parti de la même recette, « My Life’s Work » est tout aussi envoûtant, osant même un final au saxophone !

Sans surprise mais maîtrisée à merveille, la puissance émotionnelle de sa voix ensorcelle à nouveau. Si l’ambiance semble plus positive qu’à l’accoutumée, la tristesse et le mal-être du lonesone cowboy reviennent maladivement à la surface. La lecture des titres tels « Death Final » ou « You Don’t Love me » n’annoncent pas de réelles réjouissances ; même si les paroles révèlent que le bonhomme se reprend en main. Le ton se fait plus enjoué pour « You don’t love me… but it’s alright ! » Moins aride que ses prédécesseurs, l’instrumentation est plus luxuriante : des chœurs, des violons, une flûte et l’incontournable pedal steel se partagent en effet la vedette en cours de route. Et miracle ! Le tout ne tourne absolument pas en exercice de pur style ‘Nashville’.

Bonnie Prince Billy fait incontestablement partie des grands songwriters américains ; mais vu les titres proposés tout au long de cet elpee, son statut ne fait que se confirmer. Ce nouveau barde du XXIème siècle est peut-être occupé de prendre la succession de Johnny Cash, dans nos cœurs…

Bonnie Prince Billy

Is it the sea

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Ecrire sur Bonnie Prince Billy, c’est plonger à corps perdu dans une œuvre prolixe. C’est tenter de trouver du sens à une personnalité dispersée jamais rassasiée, à une carrière protéiforme et une discographie tentaculaire (30 albums et EPs en 8 ans); c’est se confronter à une inspiration sans fin et des collaborations improbables (Sage Francis, Tortoise, Johnny Cash), à des pseudonymes sans cesse renouvelés (Palace Brothers, Palace Music, Palace, Will Oldham, Bonnie Prince Billy), à des interviews alternant le mutisme total et la provoc ( ‘Se masturber n'était pas vraiment un plaisir, c'était plutôt une pratique, un exercice, exactement comme écrire des chansons’). C’est enfin s’arracher les cheveux pour comprendre comment cette dispersion chronique peut s’évanouir dans un son tellement dépouillé, intimiste, univoque. Comment cette imprévisible figure –pour ne pas dire exécrable– parvient à démêler les écheveaux de sa multiplicité – pour ne pas dire prétention - ? Voici le mystère majeur de cette figure tutélaire du country-folk américain (NDR : même si l’intéressé se cabre instantanément devant une telle catégorisation de sa musique).

« Is it the sea ? » n’échappe pas au paradoxe Will Oldham. Cet enregistrement ‘live’ immortalisé par la BBC recrée admirablement cette émotion tremblante mais indécollable qui nous hante depuis des années. Pour éviter le coup imposteur des reprises du fond du tiroir, les morceaux bénéficient pour l’occasion des cordes et drones de l’Irlandais Harem Scarem ainsi que des percussions en dentelle d’Alex Neilson. Mais en filigrane, le paradoxe est intact. Chaque morceau, aussi transfiguré soit-il, reste frais et suranné, doux et rude, souriant et mélancolique, poli et usé. Et toujours ce timbre irréductible, invariable, indélébile, auquel on n’en finit pas de se raccrocher. Désespérément. Ou plein d’espoir. On ne sait jamais trop quelle émotion l’emporte mais on n’en mène pas large. Difficile dans cette hébétude de savoir si cette énième sortie sonne creuse ou purement commerciale. On laissera au Prince ténébreux le bénéfice du doute pour célébrer encore et encore ses épopées désarmantes.

 

Prince

Planet Earth

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Prince, aka The Kid, aka TAFKAP (The Artist Formerly Known As Prince) aka Gemini aka ‘3121’, aka plein de trucs encore, fait de nouveau parler de lui. Non content de chanter, produire, écrire et de se consacrer aux développements des diverses étapes de la création musicale, il marque d’un coup d’éclat (!), la sortie de son dernier album. En Angleterre, le prince de la chamaillerie a décidé d’envoyer dans les cordes les maisons de disques impatientes de distribuer son dernier opus. Début juillet, il a proposé gratuitement, via le Mail on Sunday, son 24ème enfant : « Planet Earth ». De nombreux Britanniques se sont donc retrouvés, malgré eux, propriétaires d’un album soigné selon le ‘bon’ goût de l’artiste. Le packaging est alléchant. La pochette holographique change d’illustration suivant le profil adopté. Sous un certain angle, apparaît le désormais ultra célèbre ‘love symbol’. D’un autre, l’image du ‘nabot du Minnesota’ corseté, survole de ses mains, tel un Dieu, notre bonne vieille terre. La galette elle-même est une reproduction de notre planète, mais axée plus précisément sur l’Afrique. Son contenu sonore par contre, est beaucoup moins en accord avec tout le tintamarre et toute l’imagerie qui l’entoure. En pénétrant sur la « Planet Earth », on se retrouve planté dans un opéra rock au cours duquel la voix presque castrée de l’auteur vient fendre la composition un peu balourde, en son milieu. Passant du slow (« Somewhere Here On Earth ») au rock endiablé (« The One U Wanna C »), Prince déchire tous les morceaux par des traits de guitare successifs. Il finit ainsi, au fur et à mesure, par lasser l’auditeur. Deux plages sortent cependant du lot : « Mr Goodnight » et « Chelsea Rogers ». Deux tracks dance qui libèrent un fameux groove. Le reste se résume à de la récurrence ou a des effets déjà maîtrisés, réunis en une masse indigeste à écouter. Bon, à la base Prince n’est pas trop ma tasse de thé ; mais j’ai cependant pris la température auprès d’un ami. Un fan inconditionnel du personnage qui m’a dit texto : ‘Booaah, il casse pas la baraque cet album’. Ce pote semblait las d’attendre le retour du Messie. Tiens, il n’a pas encore choisi ce patronyme le petit bonhomme…

Bonnie Prince Billy

The Letting Go

Après la parenthèse country-rock « Superwolf » (feat. Matt Sweeney), la compile de covers avec Tortoise, le live et le « self-tribute » album concocté en l’honneur de son ex-groupe Palace, Will Oldham revient enfin aux choses sérieuses, trois ans après « Master and Everyone ». D’entrée de jeu, « Love Come To Me » donne le ton : délicat, pacifié, d’une pureté qui d’abord étonne, puis séduit. Rarement dans le passé avait-on pu entendre Will Oldham chanter d’une voix si veloutée, sur un folk qui évoque cette fois davantage le « Pink Moon » de Nick Drake que la lo-fi souffreteuse dont il était l’apôtre dans les années 90. Si Will Oldham semble réconcilié avec le genre humain, c’est sans doute parce qu’il connaît les ténèbres, pour les avoir vues (« I See A Darkness », disque hanté). Aujourd’hui il chante comme s’il était en paix, avec lui-même et son prochain. Enregistré en Islande sous l'égide de Valgeir Sigurdsson (un disciple de Björk), « The Letting Go » pourrait bien être l’album le plus consensuel de Bonnie ‘Prince’ Billy, autrement dit le plus accessible. D’abord parce qu’il est plein de cordes (c’est beau, ça rassure), ensuite parce qu’il y a une femme à ses côtés. Et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de Dawn McCarthy des Faun Fables, duo acid folk coincé dans le trip Appalaches, tendance « American Anthology of Folk Music » de Harry Smith. En renfort vocal, elle accompagne Oldham sur chaque titre, ou presque : ça donne un drôle de couple au poil rebelle, à la psyché country un tantinet carte postale (« The Seedling », pénible). Il n’empêche que le duo fonctionne, et qu’on se prend au jeu. « The Letting Go » sonne ainsi comme l’album le plus romantique de Bonnie ‘Prince’ Billie. A condition d’aimer les sérénades à deux (NDR : et Faun Fables). C’est James Blunt qui va être content !

Tortoise & Bonnie Prince Billy

The Brave and The Bold

Quand on connaît la discographie respective de Will Oldham et des têtes chercheuses de Tortoise, forcément l’on salivait à l’annonce d’un disque composé en commun, même s’il s’agit de reprises. D’un côté l’un des apôtres de la scène néo-country, ex-fomenteur des divins Palace, de l’autre les parrains du post-rock, réunis pour la première fois sur un disque qui se devait d’être explosif… Mais au final, « The Brave and The Bold » se révèle décevant : alors qu’on s’attendait à un clash de titans, le résultat pèche par auto-complaisance. Où se terre donc la folie créatrice qui suinte tant des albums de Tortoise et de Bonnie ‘Prince’ Billy, qu’en est-il de l’ingéniosité qui parcoure l’essentiel de leur œuvre ? Une telle collaboration aurait dû enfanter d’un grand disque : à la place on s’ennuie à l’écoute de ces gentilles covers, jouées sans vigueur et sans chambardement. Seul le « Daniel » d’Elton John connaît un traitement atypique, tout en boucles et guitares diffractées… Pour le reste, c’est un bide (Devo, Richard Thompson, Minutemen, Melanie, Bruce Springsteen, Lungfish, Don Williams, Milton Nascimento, Quix*o*tic) : un comble pour Tortoise et Will Oldham, d’habitude plus fureteurs que glandeurs. Le début de la fin ?

Bonnie Prince Billy

Summer in the Southeast

Will Oldham ne se reposerait-il jamais ? A peine quelques mois après la sortie de « Superwolf » (sa collaboration menée en compagnie du guitariste Matt Sweeny) et quasi en même temps que son disque de covers avec Tortoise (« The Brave and the Bold »), le barbu se fend ici d’un disque live, le premier de sa (déjà longue) carrière. Enregistré sur les routes poussiéreuses de la Caroline du Nord, du Texas, de Floride et de Géorgie, « Summer in the Southeast » met en scène un Will Oldham impétueux, qui n’hésite pas à faire péter les V.U. dans le rouge. Que ceux qui préfèrent les ambiances neurasthéniques de la discographie du songwriter ici se ravisent, car « Summer… » se révèle avant tout un disque de country-rock furieusement balancé. Autour de Bonnie ‘Prince’ Billy on retrouve ses vieux potes Matt Sweeny, David Bird, son frère Paul ou encore Pink Nasty, à la guitare et à la seconde voix. Du catalogue Palace, on retiendra surtout les versions électriques de « Pushkin » et de « I Send My Love To You », mais le meilleur est tiré de sa carrière solo : une version hénaurme de « Death to Everyone » (le public hulule, ça donne la chair de poule), et du psychédélisme rampant sur « A Sucker’s Evening », « O Let It Be » et « Madeleine Mary ». La preuve qu’en live Will Oldham se lâche (se fâche ?), et ses chansons d’acquérir une nouvelle dimension, plus tribale, plus rageuse. Un peu comme un mix entre « Superwolf » (un titre, « Beast for Thee ») et « Master and Everyone » : la déprime, quand elle se pare de riffs acerbes, s’avère toujours plus déboussolante… Un grand disque live, qui montre une autre facette du génie de Will Oldham. Ténèbres, ne vous dissipez pas.

Matt Sweeney & Bonnie 'Prince' Billy

Superwolf

Après le coup de l’album-cover introspectif (« BPB Sings Greatest Palace Music ») augurant d’un possible essoufflement créatif (faire des covers de ses propres chansons, n’est-ce pas…), quel virage pouvait donc bien négocier le chantre de l’alt-country, Will Oldham, songwriter de génie à la barbe étouffante ? Pour beaucoup, ce nouveau disque du jeune prodige américain devait représenter un cap. Ca tombe bien, c’est le cas : « Superwolf » pourrait même être le meilleur album de Will Oldham depuis « I See A Darkness », diamant folk-country aux reflets plus que noirs (demandez à Johnny Cash). Sans doute est-ce dû à la présence en renfort musical du rockeur Matt Sweeney, vu chez Chavez et chez Zwan. C’est lui qui signe les mélodies, pour une fois moins tentaculaires, et surtout davantage lumineuses. Steel ou acoustique, la guitare ici ne gémit plus comme si c’était son dernier souffle : au contraire elle vibre de tout son corps, comme guérie des maux de l’esprit. Celui d’un homme qui enfin se libère de ses tics (la voix, pas geignarde), en repoussant tout confort. C’est bien là le talent de Will Oldham : ne jamais satisfaire, et être satisfait. Sans cesse rester sur le qui-vive, en émoi, dans le doute, indifférent à la critique et aux attentes, sincère et authentique. Des magiques « Goat and Ram » et « Lift Us Up » au poignant « Blood Embrace » (du Will Oldham à son climax qualitatif), « Superwolf » est un disque magnifique. A chérir pour toujours.

Prince

Musicology

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Grâce à l’album « Rainbow Children », le prince du funk-pop des eighties a récupéré son pseudonyme et la faveur des critiques (à défaut du public). Certes, Prince remplit encore tranquillement les salles, mais il y a longtemps qu’il n’a pas eu un grand succès populaire. Elément qui n’est capital en soi, l’important étant d’écrire des bonnes chansons. « Musicology » est donc une pierre en plus dans l’édifice d’un artiste qui n’a plus rien à prouver mais s’amuse encore à pratiquer la musique. La plaque commence donc très fort par une plage titre au groove énorme et l’électro-funk de « Illusion, Coma, Pimp & Circumstance ». S’ensuivent quelques plages qui souffrent d’un excès de glucose. Comme ces « Million Days » et autres « Call My Name » où Prince noie son manque d’idées sous un déluge de pathos. Le pop-rock de « Cinnamon Girl » est joué aussi finement qu’un groupe de camionneurs bourrés, mais contient la mélodie la plus convaincante de l’album. Ce qui séduit surtout, c’est le radicalisme instrumental des morceaux funk, et leur synthèse parfaite entre acoustique et électronique… Dommage que l’inspiration mélodique ne soit pas toujours au rendez-vous. Une cuvée 2004 pour le moins faiblarde donc, même si le génie et l’aisance du prince rayonnent toujours autant.

Bonnie Prince Billy

Sings Greatest Palace Music

L’exercice peut surprendre : Will Oldham reprenant ses propres morceaux, avec en backing band des musiciens de Nashville. Objectif de ce ravalement de façade : prouver sans doute qu’en-dehors de leur aspect rachitique originel, ces chansons restent l’œuvre d’un des plus grands songwriters de ces vingt dernières années. Que même passées au filtre pompier de la country la plus conservatrice, elles conservent toute leur splendeur et leur force évocatrices. C’est donc toujours du Palace, mais du Palace gonflé en 16/9 et en Technicolor, avec des cuivres, des cordes, du piano, des chœurs et de la pedal-steel. Sans doute que les fans transis d’Oldham trouveront ces nouvelles versions trop policées, voire trop enjouées (on peut presque chanter dessus sous la douche), mais n’est-ce pas là la preuve de leur indéniable perfection formelle ? Qu’elles soient ainsi arrangées à la manière locale (Nashville, sa country de papa, ses Willie Nelson et ses cow-boys endimanchés) n’enlève finalement rien à leurs qualités mélodiques irréprochables. Will Oldham prouve encore une fois qu’il peut faire ce qui lui plaît sans vraiment se contredire, et rester ce petit génie de l’alt-country, intouchable et serein. Sing along !