New Brutalism de 087 à 089…

New Brutalism est un groupe de rock minimaliste formé à Knoxville, Tennessee, en 1998. Le groupe est composé de Shane Elliott (chant), Matt Hall (guitare/chant), David Basford (basse/chant) et Carey Balch (batterie). Son nouvel Ep, « Requiescat Record »,…

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Bénabar les regarde danser…

Bénabar est de retour et nous propose un nouveau single intitulé « Elles dansent », un titre fondamentalement pop, joyeux et émouvant, qui raconte une histoire de famille ou d’amis dans laquelle chacun pourrait se reconnaître : un moment de joie et de liberté…

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The Divine Comedy

Office politics

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« Office politics » constitue le douzième elpee de The Divine Comedy, un album concept qui fustige l’absurdité du travail bureaucratique, ses privilèges et surtout, nos dérives technologiques. Une critique de notre société que Neil Hannon dépeint avec un sens de l’humour noir et ‘so british’ qui le caractérise.

Le long playing nous réserve 16 plages, dont certaines trempent carrément dans l’électro. A l’instar du kraftwerkien « Psychological evaluation », au cours duquel on assiste à un dialogue entre l’artiste et la machine. Et encore tout au long du synthétique « The synthesiser service centre super summer sale », un morceau truffé de bidouillages. Probablement la plage la plus faible de l’opus.

Le funk s’est invité sur cet LP. Et tout d’abord sur le titre maître. Presque hip hop, le flow est comparable à celui immortalisé par Beck sur “I'm a Loser Baby (So Why Don't You Kill Me)”, alors que les cuivres lorgnent carrément vers A Certain Ratio. Un funk plus insidieux qui contamine « The life and soul of the party”, un morceau dont le riff de gratte rappelle celui de David Gilmour sur « Another brick in the wall ».

Et puis aussi des chœurs. Pas tout à fait une surprise lorsque Hannon en revient à la pop orchestrale et baroque, comme sur l’incantatoire « Dark days are here again », dont ces chœurs masculins mystiques semblent prophétiser la fin du monde. Également sur le mélancolique « After the lord mayor’s show ». Ou encore le final « When the working day is done », une plage emphatique, cinématique, complexe, abordée dans l’esprit de Burt Bacharach voire John Barry. Plus original, « Philip and Steve’s furniture removal company », semble rendre hommage à Philip Glass et Steve Reich, mais se focalise sur les harmonies vocales en couches, un peu comme chez Animal Collective, avant de s’enrichir, progressivement, de différents instruments et bien sûr de chœurs. Et lors de la ritournelle « Opportunity knox », ces chœurs nourrissent une fin de parcours lancée au galop.

L’opus nous réserve d’autres surprises. Comme ce « You’ll never work in this town again”, dont le swing nous replonge dans le jazz des années 30. Mais aussi « Infernal machine », un morceau entraînant qui agrège glam et garage (cet orgue vintage !) tout en incorporant des bruitages psychédéliques. Et si l’emphatique et tendre « A feather in your cap » est hanté par le spectre de New Musik, le sombre, dramatique et opératique « I’m a stranger here » l’est plutôt par Sergueï Prokofiev, surtout lorsque le hautbois se manifeste, et malgré un épilogue plutôt guinguette, pour ne pas dire cabaret. Et on en oublierait presque le morceau d’ouverture, « Queujumper ». Contagieux, allègre, exotique, il est coloré de tonalités produites par le marimba.

The Divine Comedy

Un grand cru !

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Lundi 14 novembre 2016. The Divine Comedy est programmé au théâtre Sebastopol à Lille. L’accréditation presse a été confirmée à 17h30. Pourtant le concert n’est pas sold out. Allez comprendre… Bref, en démarrant vers 18h30, la durée de parcours est estimée à une petite heure. Pour 30 kilomètres ! Sauf que la circulation est particulièrement dense. Et comme la météo est pourrie, les embouteillages se multiplient. Ouf, on arrive quand même vers 19h45 à la rue Solferino. Ne reste plus qu’à dénicher une place de parking. Et là, c’est manifestement un casse-tête chinois. Résolu de manière pas trop académique. M’enfin, on atteint enfin la destination vers 20 heures.

The Divine Comedy a publié un nouvel album début septembre 2016. Intitulé « Foreverland », il reflète la vision de Neil Hannon, de l’État et du pouvoir. Particulièrement critique, vous vous en doutez. Dans son style si caractéristique, britannique, tellement propice à la dérision. Et puis sa pop orchestrale, baroque y est toujours aussi savoureuse. Dès lors, 10 ans après son passage à l’Aéronef de Lille, il semblait judicieux d’aller revoir cet artiste, pour le moins, atypique.

Lisa O’Neil assure la première partie. Elle nous vient d’Eire. Plutôt frêle, elle est armée d’une sèche. Son accent est résolument gaëlique. Sa voix, particulièrement aigue. Et ses chansons trempent dans le folk. Elle est soutenue par une violoniste, dont on attend à peine les interventions. Sauf quand elle se consacre aux backing vocaux. Un accordéoniste vient les rejoindre en cours de set. Mais il n’est pas davantage audible. Bref, le plus intéressant procède des traits d’humour, qu’elle s’évertue à exprimer en français, entre ses chansons. Une chose est sûre, elle a la langue bien pendue…

Sur l’estrade, on constate la présence d’une grosse mappemonde, à gauche de l’estrade et puis d’une tête réduite de cheval blanc, entre deux claviers. Les musicos grimpent sur le podium. Un drummer, deux claviéristes, un bassiste et un guitariste. Barbe de trois jours, Neil Hannon arrive quelques secondes plus tard. En costume de Napoléon. Il affiche un sourire narquois. Applaudissements nourris. On est en France, pardi ! Aussi, après avoir amorcé son set par l’hilarant « How can you leave me on my own », il embraie par l’inévitable « Napoleon Complex », deux pistes issues du dernier opus. Pour ce dernier titre, un des claviéristes est passé à l’accordéon ; et ses interventions nous bercent littéralement, même lorsqu’elles baignent dans un climat ‘guinguette’. Elles vont d’ailleurs régulièrement colorer l’expression sonore. Quant à celles du drummer, elles sont singulièrement toniques. En outre, lorsque le guitariste, le bassiste –dont les déhanchements sont particulièrement sexy– et le second claviériste conjuguent leurs harmonies vocales, on se croirait presque au cœur d’un exercice de polyphonie vocale.

Neil dépose son couvre-chef sur la mappemonde, avant d’aborder « The frog princess », une chanson au cours de laquelle le bassiste se met à siffloter, alors que son leader charismatique souffle dans une drôle de clavinet. Ce dernier se sert un verre de vin. Proclame que le café est bon, puis affronte « Catherine the great », une diatribe à peine voilée du pouvoir politique en Russie. Mais Trump n’est pas davantage épargné. Son discours, entre les chansons, est très clair, à ce sujet. « The certainty of chance » clôt la première partie du show. La voix de Neil est emphatique, opératique même. Les chœurs sont éthérés. Les arrangements, dispensés par les synthés, reproduisent les orchestrations de cordes. C’est sans doute bluffant, pour une bonne partie de l’auditoire. Mais franchement, un quatuor de cordes aurait donné une autre dimension à la compo. Neil se retire quelques minutes. Les musicos en profitent pour régler leurs instruments en proposant une sorte d’‘ambient’.    

Hannon remonte enfin sur les planches. Il s’est changé. En homme d’affaires britannique, il s’est habillé de noir. Costard, et chapeau melon. Et, bien évidemment, le parapluie est de la même couleur. Sauf la chemise. Blanche et bien amidonnée. Le guitariste a opté pour le banjo, et le bassiste pour un ukulélé. Le combo se lance dans la valse « Bang goes the Knighthood ». Très british, of course. Et une attitude qui me rappelle quelque part le regretté John Steed, dans la série ‘Chapeau melon et bottes de cuir’. Encore que ses lyrics fustigent l’establishment, les tabloïds ; mais aussi les banques, qu’il estime responsables de la crise financière. Il fait tournoyer son pépin au cours de « The complete banker ». Pendant « Generation sex », Neil descend dans le public. Enfin dans l’allée centrale. Une vingtaine d’aficionados ont quitté leur siège ; et de leurs bras, forment une haie humaine, sous laquelle Hannon passe allègrement. Un peu comme lors d’une fête country. Quand il remonte sur l’estrade, c’est pour ouvrir son fameux globe. Afin de se servir un autre verre de vin. Des roadies lui apportent une chaise haute, sur laquelle il interprète « The happy goth ». Le spectre de Peter Hamill plane… Puis une seconde, afin d’accueillir Lisa O’Neil. Ensemble, ils vont interpréter « Funny peculiar », un morceau balisé par des sonorités de piano bar. Très cabaret ! Surprise, le band nous balance une cover, quand même abrégée, du « Brimful Of Asha » de Cornershop. C’est à partir de ce moment que le set va carrément changer de ton. Il devient plus rock. Le public se concentre de plus en plus dans l’allée centrale. « All the indie disco » enflamme les aficionados. Et la foule se lève enfin pendant « Something for the weekend ». A la demande de Neil, quand même. Une autre reprise ? Celle de Cilla Black, « Alfie ». Et après « I like », on lui apporte une belle guitare blanche sur laquelle, il va s’autoriser un solo. Pendant le dernier morceau du show, « National Express ».

Mais rapidement The Divine Comedy revient sur l’estrade. La troupe est sur sa lancée. Il faut donc battre le fer tant qu’il est chaud. Surtout quand il est bien rock. Mais avant de relancer la machine, Hannon rouvre sa mappemonde, et offre une tournée à ses musicos, n’oubliant pas de se servir un nouveau canon. D’un grand cru ? Ce n’était, apparemment pas, de la vulgaire piquette. Neil est un bon vivant, c’est une certitude. Les « Absent friends » ont probablement eu tort. Et ce superbe concert de s’achever –comme lors de la plupart de ses derniers sets– par le jubilatoire « Tonight the fly », sous les acclamations nourries de la foule…

Tracklisting

1. How Can You Leave Me on My Own
2. Napoleon Complex
3. Bad Ambassador
4. The Frog Princess
5. Catherine the Great
6. To the Rescue
7. The Certainty of Chance
8. Bang Goes the Knighthood
9. The Complete Banker
10. Generation Sex
11. Our Mutual Friend
12. The Happy Goth
13. I Joined the Foreign Legion (to Forget)
14. Funny Peculiar
15. A
Lady of a Certain Age
16. Songs of Love
17. Brimful Of Asha (Cornershop cover)
18. At the Indie Disco
19. Something for the Weekend
20. Bernice Bobs Her Hair
21. Alfie  (Cilla Black cover)
22. I Like
23. National Express 

Encore:

24. Absent Friends
25. Assume the Perpendicular
26. Tonight We Fly

(Organisation : FLP / Divan Prod)

The Divine Comedy

So British… so kitschy !

Écrit par

The Divine Comedy, c’est avant tout Neil Hannon, un auteur, compositeur et interprète qui reconnaît pour influences majeures Burt Bacharach, Kurt Weill, David Bowie et même Jacques Brel. Lors de sa dernière tournée, il était soutenu par une belle brochette de musiciens. Et son dernier opus, « Bang Goes The Knighthood », paru en mai dernier, ne trahissait certainement pas une volonté de se la jouer perso. En homme-orchestre si vous préférez. C’est pourtant, en solo qu’il se produisait ce mardi 28 septembre, à l’Orangerie du Botanique. Sous le patronyme The Divine Comedy…

21h10’ : le rideau rouge s’ouvre brusquement sur le cabaret musical de Neil Hannon ! Sous une formule intimiste et dépouillée de ses musiciens, le leader charismatique de The Divine Comedy entrouvre les portes confidentielles de son univers précieux et facétieux. Seul. Sobre. Vêtu d’un complet noir. Coiffé d’un chapeau melon noir. Instrumenté d’un piano Yamaha noir. L’artiste sort méticuleusement les précieuses partitions qui architecturent les symphonies sophistiquées de « Bang Goes The Knighthood » de sa serviette noire. A l’image d’un automate aux mécanismes parfaitement huilés, Neil Hannon se dandine au clavier, fabriquant, de ses doigts d’horloger, des atmosphères piano-bar sublimées d’une décadente nostalgie pop. Image d’un personnage semblant sortir des « Noces Funèbres » de Tim Burton qui aurait emprunté la voix de Sweeney Todd pour nous fredonner de charmantes capsules de comédies musicales désuètes (« Down In The Street Below »).

Toutefois, les ingénieuses orchestrations –point fort du dernier opus– brillent par leur absence et condamnent la première partie du set au calme et à la vacuité. Une impression d’inachevé résonne. Mais, ici, le chanteur irlandais se livre à un tout autre exercice : sa propre mise en scène. Son talent scénique, son humour british parviennent cependant à faire oublier l’absence de musiciens. Aidé de ses fidèles aficionados venus en nombre (concert sold out !), il parviendra finalement à tisser un lien de complicité avec les spectateurs. Interactivité croissante qui a eu le mérite de nous faire passer un chaleureux moment d’une heure trente-cinq. Les applaudissements suivant le premier rappel de plus de quinze minutes en témoignent d’ailleurs largement.

En outre, l’auteur-compositeur-interprète britannique passe sans complexe du piano à la guitare, livrant une musique baroque. Un retour aux sources qui rappelle son éternelle passion pour Scott Walker et ne laisse assurément pas indifférents les fans de la première heure.     

Peu importe la guitare, peu importe le piano ! Car, finalement, Neil Hannon, c’est avant tout une voix. Un timbre qui souffle et le chaud et le froid, invite le rire et les larmes. Up & down qui navigue, lunatique, entre drôlerie et tristesse. Un clown triste qui improvise et use d’inflexions vocales sur « At The Indie Disco » pour amuser le spectateur de beat box. Single qui sera suivi d’une délicieuse reprise parodique de « Human League ». Puis, la pénombre. L’artiste décide alors de jouer avec les cordes sensibles de l’auditeur et vous balance une drama-song mélancolique. Mais, attention, non sans une pointe d’ironie qui vous griffe au tournant. En bref, un artiste qui use habilement de sa voix et de la langue de Shakespeare.

L’ensemble du concert reste cependant fidèle au disque. Il nous livre une grande musique pop-baroque et un storytelling capricieux. Ici, pourtant, l’attention se porte davantage vers ce personnage imprévisible, capable de passer tout naturellement du drama au piano-bar popeux excentrique avec une grande cohérence.

Assurément, le passage de « The Divine Comedy » sur scène demeure toujours un événement inédit et incontournable.   

Organisation Botanique

(Voir aussi notre section photos)

The Divine Comedy

Bang goes the Knighthood

Écrit par

So British… So kitschy! La pochette du dernier long playing de « The Divine Comedy » nous plonge spontanément dans le monde facétieux et précieux de Neil Hannon : nu dans son bain mousseux, il est soigneusement vêtu d’un chapeau melon et d’un nœud pap’, tout en fumant la pipe. En outre, le leader charismatique du groupe irlandais regarde tendrement son labrador en buvant une coupe de champagne (NDR : clin d’œil qui nous rappelle l’amour particulier qu’il porte à la France).

Depuis « Regeneration » (paru en 2001 et produit par Nigel Godrich : Radiohead, Beck, U2, REM…), album purement britpop réservant une place importante aux guitares, l’auteur-compositeur-interprète britannique a décidé de réintégrer doucement une musique plus baroque et orchestrée. L’esprit Scott Walker est à nouveau présent ; et ce retour aux sources ne devrait certainement pas déplaire aux fans de la première heure. Si on y ajoute la participation récente de Neil Hannon dans la comédie musicale, « God Help The Girl », de Stuart Murdoch (« Belle & Sebastian »), les artères principales du corps du dixième album studio de The Divine Comedy sont tracées. Influence que l’on peut entendre, entre autres, sur « Island Life ».    

« Bang goes the Knighthood » propose dès lors une pop symphonique sophistiquée voilée de cordes (« Down In The Street Below »), de cuivres («Assume The Perpendicular »), et d’ivoires (« Can You Stand Upon One Leg »). Un piano et une batterie saccadée hantent la majorité des titres de ce dernier opus. L’ensemble nous offre une variété originale de morceaux uptempo (« Neapolitan Girl »), dont la fausse simplicité caractéristique des premiers albums de The Divine Comedy (« Island Life ») résonne en écho.

La piste introductive, « Down In The Street Below », donne d’emblée le ton général de l’album. Une ballade qui courtise et côtoie incestueusement une comédie musicale populaire fardée de mélancolie et de fantastique. Subtilement, certains morceaux se livrent par moments à des excentricités piano-bar jazzy. A l’instar de « Have You Ever Been In Love ». D’autres, au contraire, présentent un profil plus classiquement britpop. Le single « At The Indie Disco », notamment. L’ensemble nous livre cependant une grande musique pop/baroque et un storytelling capricieux d’une grande cohérence (NDR : esprit grandiloquent qui se rapproche parfois de celui des Irrepessibles. Douze titres finement ciselés qui nous feraient presque oublier les  réalisations précédentes prétentieusement bâclées.              

Album original que l’on pourra également trouver en édition limitée. Ecrin contenant un livret photos griffonné de réflexions de Neil Hannon et un disque bonus du légendaire ‘Live at Cité de la Musique’. Concert de reprises de chansons françaises (chantées en Français !) livré à Paris en 2008 au tracklisting surprenant :

1.         "Amsterdam"
2.         "L'Amour est Bleu"
3.         "Poupee de Cire"
4.         "Les Playboys"
5.         "The Songs That We Sing"

6.         "Les Copains d'Abord"
7.         "Anita Pettersen"
8.         "Sexy BB"
9.         "Joe Le Taxi"
10.       "Je Changerais d'Avis"

The Divine Comedy

Chanteur de charme

Écrit par

Le concert accordé au Botanique le 16 octobre affichant complet, il ne restait donc plus aux aficionados de The Divine Comedy qu'une seule alternative : se déplacer jusque l'Aéronef de Lille. Une opportunité qu'il ne fallait louper sous aucun prétexte ; car la bande à Neil Hannon ne se produit pas souvent sur le Vieux Continent. En outre, son tout dernier album, « Victory for the coming muse » est vraiment d'excellente facture.

En première partie, The Duke Special nous a gratifiés d'un show à la fois 'vintage', humoristique et romantique. Romantique à cause des chansons de Peter Wilson, chansons qu'il interprète d'une jolie voix rappelant tantôt Rufus Wainwright, tantôt Damon Gough, mais avec un accent irlandais (NDR : il est issu de Belfast !) en s'accompagnant d'un piano droit en bois, plutôt étroit et assez vétuste. Physiquement, il ressemble à un jeune Robert Smith qui aurait laissé pousser de longs dreadlocks. Humoristique a vu des frasques continuelles de Chip Bailey Wilson. Sosie de Charles Dickens, mais la chevelure bien plus longue, ce pince-sans-rire bien britannique se réserve les percussions. Toutes les percussions. Aussi bien conventionnelles qu'insolites. A sa droite, il a installé une énorme caisse de profil. Devant lui, toute une série de boules semblables à des émoticônes, mais de la dimension des noix de coco. Sans oublier le kit de batterie 'dit' classique. Régulièrement, il s'approche du bord de la scène pour y produire des sonorités plutôt singulières à l'aide d'une sorte de manche à balai surmonté d'une cloche. Il se sert également d'une râpe à fromage et autres ustensiles de cuisine dont des couvercles de casseroles. 'Vintage' au vu du décor au sein duquel le duo a évolué tout au long de son set. Un décor qui ressemblait plus à une brocante (les gramophones, les vieux tourne-disques !) qu'à une scène de concert. Et non seulement la mise en scène a eu de quoi mettre de bonne humeur le public, mais la prestation de Duke Special s'est révélée absolument convaincante.

Huit musiciens montent sur les planches : un drummer, un percussionniste, un bassiste (NDR : le trio est posté au fond de la scène, mais sur une sorte de podium), un guitariste, un violoncelliste (qui double parfois aux claviers), un claviériste/pianiste et une violoniste (NDR : vêtue d'un tailleur strict, elle aurait pu relever d'un orchestre symphonique). Sans oublier Neil Hannon. Très mince, de petite taille (NDR : il ne doit pas mesurer 1m70 !), ce dandy possède une fameuse personnalité. De l'humour aussi, parfois teinté d'une pointe de cynisme. Une très belle voix : son baryton sensuel, parfois volontairement emphatique, vibrant, magnifie, en quelque sorte, toutes les chansons. Du charisme aussi. A moins que ce ne soit du cabotinage (NDR : une divine comédie ?). Lunettes de soleil sur le nez, il entame son répertoire en s'accompagnant à la guitare sèche. Par « Mother dear », une compo issue de son dernier elpee. Des lunettes et une six cordes qu'il va abandonner respectivement lors du quatrième et du cinquième morceau, pour se concentrer sur le chant. Il nous invite alors à danser lors de « Diva lady », un fragment franchement latino. Pour « Threesome », il rejoint les deux autres claviéristes derrière les ivoires : piano pour trois mains ! Epatant ! Une cover : le « Raspberry Beret » de Prince. Lors de « Mutual friend », tel un chanteur de charme, Hannon vient s'asseoir sur le bord de la scène, puis termine le show par « Tonight the fly » sous les acclamations de la foule. Si le set est parfaitement équilibré, mené de main de maître par Neil ; il faut également souligner le rôle joué par le violoncelliste et surtout la violoniste. Une véritable virtuose qui parvient non seulement à se fondre dans l'ensemble tout en donnant davantage de relief aux compos. Qui n'en manquent pourtant pas. Mais si sur disque, fruit de la rencontre entre musique de chambre, music hall et pop, la solution sonore de The Divine Comedy peut parfois sembler tendre et satinée, en 'live' le résultat est beaucoup plus pêchu et dense. Faut dire que l'osmose opérée entre les différents instruments frôle la perfection.

Après les deux titres accordés en rappel, la foule acclamait à tout rompre, reprenant même en chœur les paroles de « National express ». Impressionnant ! Quand reviennent-ils ?

Tracklist

Mother dear
Alfie
Bad Ambassador
The light of day
When the lights
Gen sex
Diva lady
Lady of a certain age
Dadys car
Plough
Mastermind
Threesome
Don't look down
Weekend
Raspberry Beret
Mutual friend
Tonight we fly
To die a virgin
National express

Organisation FLP

The Divine Comedy

Victory For The Comic Muse

Écrit par

Deux ans plus tôt, nous sortions déjà émerveillé du nouvel album de Divine Comedy. « Absent Friends » nous touchait en plein cœur. L’âme irradiée par ces chansons pop, parfaitement calibrées autour d’une voix de crooner assurée, nous ne pouvions imaginer suite discographique plus belle pour Divine Comedy. Et pourtant... A l’écoute de « Victory For The Comic Muse », le mouvement s’impose : s’agenouiller. Fermer les yeux et écouter ces chansons intemporelles. Oui, le temps s’est arrêté, suspendu à ce neuvième album du divin Neil Hannon. Pour évoquer sa musique, certains mentionnaient les prestigieux Burt Bacharach ou Brian Ferry. Mais ils se sont trompés. Talent qui s’ignore, dandy qui s’adore, Neil Hannon est de ces artistes géniaux. De ces hommes incomparables dont les noms résonnent à travers les décennies.

Sans trembler, nous annonçons au monde la naissance d’un classique. « Victory For The Comic Muse » recèle des atouts nécessaires pour revêtir ce titre : une spontanéité lumineuse (« To Die A Virgin »), une élégance affectée (« Diva Lady »), des textes confondants de réalisme (« A Lady Of A Certain Age »), des orchestrations somptueuses (« Party Fears Tea », « The Plough »). Certains artistes courent toute une vie derrière un tel disque. Placide, Neil Hannon se pose là, plus joyeux que jamais. Et, de sa poche mélancolique, il sort ce formidable album, impressionnant recueil émotionnel. En un clin d’œil, Divine Comedy traverse l’enfer pour rejoindre le paradis. Symphonies, mélodies, humour, détresse. La réussite de ce disque n’est pas en manque d’attributs. Les neuf filles de Zeus avaient donc une sœur cachée. Et dire qu’il aura fallu attendre le 21ème siècle pour, enfin, assister à la première victoire de cette Muse Comique. Espérons que ce ne soit pas la dernière...

The Divine Comedy

Absent friends

Écrit par
Après avoir enregistré « Regeneration », Neil Hannon a donc décidé de prendre congé de ses musiciens avec lesquels il bossait depuis 1996. Alors qu’on imaginait qu’il allait poursuivre son aventure sous son propre nom, il a décidé, à l’instar de Jason Pierce pour Spiritualized, de reprendre le patronyme du groupe à lui tout seul. Ce qui ne l’a pas empêché de faire appel à l’un(e) ou l’autre invité(e) pour enregistrer ce nouvel opus. En l’occurrence Yann Tiersen pour la plage « Stick & stones » et l’ex Kennickie Lauren Laverne pour « Home Billy bired », titre qu’elle enrichit de sa voix angélique. Sans oublier son fidèle collaborateur Joby Talbot, dont les orchestrations ont été enregistrées par Guy Massey et mixées, bien évidemment, par Nigel Godrich. Première constatation, Neil en est revenu à la forme orchestrale qui avait fait le succès de « Liberation », « Promenade » et « Casanova » ; c’est à dire abordée dans l’esprit d’un Burt Bacharach ou des standards des comédies musicales. Seul le thème diffère, cet opus traitant essentiellement des problèmes liés à l’instabilité. De son instabilité. Une instabilité née des nombreux changements intervenus au cours de son existence. Tout d’abord le split de sa formation, bien sûr. Mais aussi la naissance de son premier enfant, l’énorme tournée accomplie aux States et son déménagement de Londres à Dublin. Un retour aux sources, en quelque sorte, puisque Neil est né à Londonnery, en Irlande du Nord. Même si dans le style il demeure d’excellente facture, « Absent friends » constitue probablement l’album le moins surprenant pour un des fils spirituels les plus doués de Scott Walker. Vous savez ce qu’il vous reste à faire...

The Divine Comedy

The regeneration

Écrit par

Bénéficiant de la collaboration d'une pléiade de collaborateurs, dont un orchestre symphonique, le précédent opus de Divine Comedy naviguait quelque part entre ‘easy listening’ et démesure baroque. Un exercice de style inspiré par l'admiration que porte Neil Hannon à des gens comme Bacharach, John Barry, Gene Putney ou encore Scott Walker. Ce qui avait valu à cet opus, une volée de bois vert de la part de la presse insulaire (NDR : ça rime !). Faut dire que l'attitude de dandy BCBG, affichée par l'Irlandais n'arrangeait pas les choses… Pour enregistrer " The regeneration ", Neil a fait appel à Nigel Godrich (Radiohead, Travis) pour assurer la production. Et vu la notoriété du personnage, vous vous doutez bien qu'il y a laissé sa griffe. Bien qu'omniprésents, les arrangements et les orchestrations sont beaucoup plus souples et surtout moins envahissants. L'instrumentation basique est mieux mise en évidence, le tempo énigmatique et le climat propice à la mélancolie. Ce qui permet à la musique de Divine Comedy de renouer avec la forme consommée par " Libération " et " Primeval ", mais avec plus de profondeur et d'émotion ; même si Neil a parfois tendance à remettre une couche de son baryton bien timbré. Pas systématiquement heureusement. En outre, le tempo imprimé est souvent énigmatique, les accords de piano limpides, la conjugaison de cordes de guitares, acoustiques et électriques, structurée en crescendo. Ce qui donne un aspect ‘britpop’ aux compositions. Et lorsque une brume légèrement psychédélique, technologique envahit l'espace sonore, on frôle l'univers de la trip hop insulaire…

 

The Divine Comedy

Fin de siècle

Pour enregistrer leur nouvel album, The Divine Comedy a de nouveau fait appel à l’orchestre philarmonique The Brunel Ensemble, toujours sous la direction de Chris Austin. Un nouvel elpee qui s’inscrit parfaitement dans la lignée des " Casanova " et de " A short album about love ". Neil Hannon, leader, chanteur et principal compositeur y joue à être Kurt Weill, Marc Almond, Phil Spector, Scott Walker et Frederic Chopin en même temps. Encore, que sur cet opus, on a parfois l’impression de retrouver la solennité d’un Peter Hammill ou la gravité de Magma. Enfin juste le temps d’y penser, avant que le soufflet ne retombe dans la fantaisie du music-hall. C’est d’ailleurs en tirant parti de ces paradoxes que Neil nourrit son Divine Comedy. Une nourriture faite de chimères baroques, de cabaret et de mélodie romantique, dans le sens le plus easy listening du terme. Souvent déconcertant, cet opus n’en est pas moins séduisant, démontrant ainsi tout le savoir-faire de ce génie narcissique de la pop britannique…
 

 

The Divine Comedy

A short album about love

Neil Hammond a enregistré ce mini album au Bush Empire de Shepherd en compagnie du Burnel Ensemble. Un orchestre philharmonique d'une bonne trentaine de musiciens qui, sous la houlette de Christopher Austin, possède une réputation davantage orientée vers la musique de chambre. En outre, Neil y a également ajouté une instrumentation basiquement pop/rock. Tout comme sur son précédent album, " Casanova ", Neil s'inspire à la fois de Kurt Weill, de Marc Almond et de John Barry. Il réalise ainsi des petites chansons faussement symphoniques, tout en parodiant le music hall. Un exercice de style qui peut parfois agacer, mais en même temps fasciner. A cause de ce sens inné de l'arrangement, de l'esthétisme. Qu'il semble avoir hérité de Phil Spector. De cette intelligence mélodique probablement inspirée de Ray Davies, de ce cynisme lyrique que nous pensions exclusivement appartenir à Morrissey. Et puis de sa voix, dont le timbre est tellement proche de celui de Steve Jones (Baby Bird), qu'il apporte aux compositions, une coloration pop dans le sens le plus pur du terme...

 

The Divine Comedy

Casanova

Si vous ne connaissiez Divine Comedy qu'à travers "Fanfare to the comic muse" ou "Liberation", vous risquez fort d'être surpris. Ou plus exactement d'être fort surpris. Et pourtant Neil Hannon avait déjà manifesté, à travers ces deux elpees, un goût très prononcé pour le soin et la sophistication des arrangements. Mais de là à enregistrer un album de music-hall, il y a une marge que nous n'aurions jamais imaginé. Pour concocter "Casanova", cet Irlandais du nord s'est entouré d'un véritable orchestre symphonique. Section à cordes, à cuivres, chef d'orchestre et tout le saint tremblement. Provoquant une nouvelle rencontre entre la musique dite classique et la pop. Parce qu'il y a bien sûr associé son groupe. Basiquement rock. Y ajoutant même des claviers programmés et quelques solistes en tous genres. Et c'est en s'appuyant sur cette texture opulente que Neil interprète ses ballades mélancoliques, rêveuses sur un ton tantôt allègre, tantôt maniéré, d'une voix dont l'amplitude navigue quelque part entre celle de Marc Almond et de Peter Hammill. Bref une entreprise ambitieuse, grandiloquente, mais qui ne manque pas d'intérêt.

 

The Divine Comedy

Le ridicule du sérieux…

Écrit par

Dans le jargon journalistique, il y a, en matière d’interviews, les bons et les mauvais clients. A ces derniers, il faut tirer les vers du nez, poser 15 questions pour obtenir 10 malheureuses lignes écrites. Neil Hannon, alias Divine Comedy, lui, est un des meilleurs clients! Il suffit de lui lancer quelques mots en pâture et ce sera toujours intelligent, pertinent et drôle... Car le bonhomme ne se prend jamais au sérieux et il semble toujours hésiter entre une belle formule ou un bon mot. A Paris, peu avant un excellent concert au Trianon, il a parlé de « Casanova », bien sûr, son nouvel album, mais aussi des précédents et de son désastreux concert au Botanique, accordé en septembre dernier.

Scott Walker, mon grand fan

Pour « Promenade », le précédent album, tu avais avoué avoir beaucoup écouté Philip Glass et Mychael Nyman. Qui cette fois?

Je ne prends jamais la décision consciente d'écouter quelqu’un de bien précis pour ensuite le copier : ce serait lamentable. Mais il y a toutefois des influences évidentes: Burt Bacharach, John Bany et... Scott Walker, comme toujours. C'est mon grand fan.

Vraiment?

C'est ce que tu es censé écrire (rires). Il a dit des choses assez gentilles à mon sujet. Des journalistes ont dû l'acculer dans un coin et lui demander de citer un artiste contemporain qu'il aime! Et comme il a reçu tous mes CD, il a dû citer mon nom. Il a dit ‘Divine Comedy, ils sont très bons. Je ne les ai jamais entendus, mais ils sont excellents.’

Que dirais-tu de ta vie?

Quand je réécoute « Promenade », je repense à tous ces jours passés au lit dans le flat de mon frère à Ealing. J'avais écrit toutes les musiques mais je n'avais aucune idée pour les textes. Je suis juste resté couché des semaines entières. Et j'ai rêvé le tout. L'idée que des gens écoutent ce disque et pensent la vie merveilleuse que je mène, est vraiment absurde: j'ai vécu une époque épouvantable. Parfois, les plus belles choses naissent des pires! Ce sont des expériences rêvées bien plus que vécues. D'ailleurs, il faudrait un certain culot pour affirmer avoir volé (« Tonight We Fly »). J'aurais peut-être dû me jeter par la fenêtre?

« Tonight We Fly » terminait « Promenade ». Est-ce à dire que pour toi, le dernier morceau d'un disque est très important ? Est-ce le cas encore cette fois?

Sur la dernière chanson, je tiens à finir sur une note plus positive. Il est de mon devoir de ne pas déprimer les gens. Mon problème, c'est que j'ai beaucoup de chansons pour la fin de l'album et peu pour le début! Alors, cette fois, j'ai essayé d'écrire un morceau dans le but spécifique de commencer le disque... De là, ce « Hellooo », un peu ridicule ! « Casanova » est un album sérieux, mais ridicule aussi, par certains côtés. C'est toujours marrant de voir à quel point certaines personnes peuvent se prendre au sérieux. Moi, je ne rate jamais une occasion de me rendre idiot, de me tourner en bourrique. « Theme from Casanova » en est un exemple parfait : partir du rigolo pour arriver au divin. Les deux notions sont indissociables, comme le Ying et le Yang. Tu dois être sérieux, ce qui forcément te fait marrer. Et tu dois être sérieux quand il s'agit de rigoler. Cela dit, je ne suis pas un comique: je me contente de montrer du doigt le côté ridicule de la situation. Si je veux vraiment bien rire, je n'ai qu'à me prendre pour une popstar. C'est tellement absurde. Je suis juste ce petit bonhomme, fils d'un homme d'église. Je devrais sans doute suivre les traces de mon père mais je ne suis pas sûr que ce choix soit judicieux.

Sur ce morceau, « Theme From Casanova », tu donnes les crédits de l’album. As-tu hésité avant de te décider ?

Un peu et puis je me suis dit merde, allons-y! Il vient après « Through a Long and Sleepless Night » dont la fin est énorme et pompeuse. On dirait presque la musique de « Rocky ». Il fallait quelque chose de plus léger. Il y aura sûrement des gens très sérieux qui diront ‘Tu ne peux pas t’autoriser ça sur un disque. Tu es un artiste!’ M'en fous... Une précision au passage: ce n'est pas ma voix qui énonce les crédits, mais celle de mon claviériste.

Ce morceau commence comme de la musique d'ascenseur pour ensuite prendre une autre direction…

Oui et je suis assez content de ce titre. Il y a d'abord ces deux parties très ‘easy listening’ et un peu idiotes mais je ne savais pas comment conclure. Un ami s'est occupé des arrangements de cordes de cette finale. Ceux, stupides, du début sont de moi. On a ajouté ce bruit de tonnerre, ce qui communique ce sentiment de progression, de quelque chose qui grandit, grandit, pour soudain s'évanouir. Il fallait aussi que je case ma référence à « Pet Sounds »: de là, les aboiements de chien! Après, il y a encore cette chanson enregistrée en live avec un grand orchestre. Comme je ne cesse d'y dire ‘Goodbye, goodbye’, c’était difficile de la mettre au début... Et puis, je ne pouvais quand même pas finir sur ce « Theme From Casanova », cela aurait été trop nul.

Vraiment bizarre

Le texte de « Through a Long & Sleepless Night » est vraiment bizarre. Comment est-il né?

C'est une mélodie qui existait depuis 4 ou 5 ans. J'en ai toujours beaucoup qui me trottent dans la tête et dont je ne sais pas trop quoi faire. Apparemment, celle-ci attendait cet album-ci. Cela dit, je n'arrivais pas à lui trouver un texte, alors que tous les autres titres de l'album avaient le leur. Alors, j'ai rouvert mon carnet de notes de l'année dernière et j'ai mis ensemble tous les petits bouts que je n'avais jamais utilisés. Le procédé peut sembler paresseux mais il est intéressant... Je ne sais pas ce que j'ai à être aussi satisfait de moi. Dans les autres interviews, je n'ai cessé de trouver mes idées stupides. Pour celle-ci, je suis redevenu ce mégalomane égocentrique que je suis habituellement.

En fait, « Through... », c'est comme la traversée d'une nuit blanche et…

Au petit matin, tu allumes la radio, il y a un de ces stupides ‘Breakfast Shows’ où ils passent « Theme From Casanova». Le soleil se lève, tu entends les chiens aboyer dans les jardins... c'est affreux. C'est un concept-album! En fait, non, pas du tout, c'est un album qui respecte un thème, mais pas un concept-album.

Estimes-tu important qu'un album soit cohérent ?

Oui, pour moi, ce n'est pas qu'une collection de chansons que j'aurais, par hasard, écrites pendant une certaine période. Toutes les chansons font parties d’un tout ; c'est pourquoi il m'a toujours été difficile d'en extraire des singles. Enfin, cette fois, on le fera, parce qu'on veut faire rentrer un peu d'argent (rires). Il y aura sans doute « The Frog Princess » mais je ne suis pas sûr. Il faudra attendre... Mais tu en feras une excellente critique, tiens, voilà de l'argent...

A propos de cohésion, tu ne crois pas qu'elle est automatique quand les chansons ont été écrites au cours d’une même période ?

C'est sans doute le cas pour la plupart des artistes. Et pour moi aussi, vraisemblablement. Les textes sont le reflet des sujets de préoccupation réunis à un moment précis de l’existence. Quant à moi, j'essaie que ce soit un processus plus conscient. Le seul ennui, c'est que pendant l'écriture de cet album, je ne pensais qu'à une chose: au sexe !

Et comment te sentais-tu?

J’ai vécu pas mal de bon temps, à tourner en Europe. Mais je finissais toujours par me retrouver à Londres... sans argent! J’avais, comme toujours, tout dépensé. J'ai écrit la plupart des textes dans une piaule minable à Brixton. C'était assez déprimant. Je traversais des périodes où je me trouvais génial, et d'autres où je me trouvais à chier!

Quand écris-tu?

Il semble que ce soit toujours en hiver... Mais ce sera sans doute différent la prochaine fois, parce que je voudrais sortir un disque plus vite. Je n'aime pas disparaître deux ans, les gens ont tendance à m'oublier.

En concert, tu sembles toujours vouloir désamorcer une chanson trop sérieuse par une vanne. Par pudeur?

Je ne sais que répondre à cette question. Je suppose qu'il faut préserver une part de mystère. Tu as raison... Je ne peux pas me taper une dépression nerveuse chaque soir quand ma chanson devient trop personnelle… Comment Mark Eitzl d'American Music Club parvient-il à survivre, lorsqu’il part en tournée? Il semble à chaque fois déchirer son âme. Je ne pourrais jamais faire comme lui, je finirais en épave.

Ta musique est étonnamment ambitieuse pour quelqu'un de ton âge (25 ans). Vieillir te fait peur?

Non, non, au contraire, je suis impatient. Je pense avoir le cerveau d'un vieil homme (rires). Et donc, plus j'avancerai en âge, plus je me sentirai en accord avec moi-même. Du moins, je l'espère. En tout cas, je suis persuadé que mes meilleures années sont encore à venir. A moins que ça ne marche pas. Peut-être faut-il que je sois jeune? C'est vrai que cet album est terriblement ambitieux. Parfois, je me demande ce qui a bien pu me passer par la tête. Il y a quelque chose de trop gros, de presque boursoufflé. Mais si tu places la barre très haute, tu as peut-être une chance d'accomplir au moins la moitié du chemin. Parce que les contraintes sont si grandes, de temps et d'argent, qui te tirent vers le bas. Mais tu dois essayer. Plus c'est difficile, plus c'est intéressant.

(Article paru dans le magazine MOFO n°43 du mois de mai 1996)