Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

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Le cauchemar de This Will Destroy Your Ears…

This Will Destroy Your Ears verse dans le dark wave, puise son inspiration dans la noirceur des sons de l’Angleterre des années 80 tout en y mêlant des notes psyché accrocheuses et des salves soniques noisy. « Funland », son nouvel album, sortira le 10…

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The Coral

The Coral

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Premier album pour ce très jeune ensemble liverpuldien, qui semble avoir hérité de la fibre lyrique et psychédélique du défunt et mythique Teardrop Explodes. Même le timbre vocal du chanteur principal, James Skelly, possède des inflexions fort proches de celles de Julian Cope (NDR : sur le superbe " Goodbye ", la comparaison est vraiment frappante). Et dans ce style, The Coral est vraiment au sommet de son art. Mais c'est paradoxalement en fin d'album qu'il y libère toute sa frénésie. Tout d'abord chez l'énigmatique et sauvage " Badman ". Ensuite sur un morceau caché, poussant même cette frénésie jusque dans ses retranchements ska ! Cependant, le sextuor ne se contente pas de puiser son inspiration chez un seul des plus illustres représentants du New Mersey Sound. Sous un format acoustique, il transpire la sensibilité mélodique des La's. ) Et lorsque les voix se conjuguent en harmonie, c'est plutôt à 16th Horsepower que je mets à penser. Le combo est également intoxiqué par le garage des sixties (NDR : entre autres les Seeds, les Standells et les Sonics. A vos encyclopédies !) Parfois, un peu à la manière d'Inspiral Carpets. C'est tout à fait évident lorsque les mélodies sont nappées de claviers poussiéreux, rognés. Ou alors lorsqu'elles sont abordées dans l'esprit d'Alan Price Set. A l'instar d'" I remember when ", reminiscent d'" I put a spell on you ". L'opus éponyme recèle également deux morceaux plus complexes. Tout d'abord le prog pop vibrant " Wildfire ", caractérisé par de nombreux changements de rythme. Et puis le chaotique et déstructuré " Skeleton key ", un fragment à la fois railleur et vindicatif, que n'aurait pas désavoué un certain Captain Beefheart.

 

Vieilles Charrues : 20-21-22 juillet 2002 / La Bretagne a aussi son festival !

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Fondé par un bande de copains en 1992 à Carhaix, petit village paisible de Bretagne, presque trop paisible, le festival des « Vieilles charrues » est devenu 10 ans plus tard un événement musical incontournable de France L'édition 2001, qui s'est déroulée les 20, 21 et 22 juillet a recensé plus de 60 000 personnes par jour, dont 45 000 campeurs. Elle a attiré un public hétéroclite et de tout âge. Mais peu importe les différences, puisque la plaine de Carhaix est un lieu de fête, un lieu de rassemblement pour et par la musique. Bien entendu, pour que cette alchimie fonctionne, le festival se doit de proposer des artistes de tout genre et de toute origine, en essayant de faire participer un maximum les groupes bretons, histoire de montrer de quoi est capable la Bretagne...

Parmi les plus notoires, figuraient Denez Prigent. Il chante en breton en s'accompagnant d'une rythmique électronique. Servat aussi ; et puis le fameux Matmatah qui était invité pour la troisième fois en 10 éditions. Beaucoup plus classique, et surtout ardents défenseurs de la bonne chanson française, Moustaki et Nougaro ont été fidèles à leur réputation. Et que dire d'Henri Salvador, dont le 'one man show', émaillé de ses « vieux » tubes, déclenche toujours autant d'enthousiasme en faisant vibrer et chanter petits et grands… Et le rock français ? Il se porte très bien, merci. Tête d'affiche, Noir Désir a fait l'unanimité. D'autant plus qu'il a alterné chansons tendres et compositions féroces. Chanteur parisien toujours prêt a nous faire un strip-tease pour mettre l'ambiance, Java n'est évidemment pas passé inaperçu. Tout comme les Têtes Raides, dont le superbe set acoustique est parvenu à faire chavirer le public. Mickey D n'a pas été apprécié à sa juste valeur. En fait, lorsqu'il est monté sur scène, la majorité du public était encore aux portes du festival. L'afflux de spectateurs conjugué à la vérification des tickets et à la fouille des sacs a complètement dépassé l'organisation. Quant à Saint-Germain sa prestation fut tout bonnement décevante. La programmation trop tardive a-t-elle eu une influence néfaste? Je n'en sais strictement rien. Toujours est-il que leur set manquait cruellement de chaleur. Manu Chao était en super forme. Et malgré une fatigue accumulée par les festivaliers pendant deux jours, sa prestation de 2 heures a littéralement mis le feu au public (NDR : et tant pis si Vanessa Paradis a dû retarder son entrée en scène…)

Evidemment un festival qui se veut d'envergure internationale n'invite pas que des groupes français. Ainsi, la Belgique y était représentée par Hooverphonic, toujours aussi habile à ficeler ses mélodies électro pop, et puis l'inénarrable Arno, toujours aussi apprécié Outre-Quiévrain.

Si le reggae de Black Uhuru passe bien la rampe, Ben Harper est probablement devenu le nouveau chouchou à Carhaix, tant sa prestation a embrasé le public. Un public qui a même repris la plupart de ses chansons en chœur. Et puis j'allais oublier Placebo. Très appliqué, Brian Molko a confirmé tout le bien qu'on a pu dire de lui lors de sa prestation accordée cette année à Werchter.

Impossible évidemment d'assister à toute la programmation du festival. D'autant plus que certains artistes se produisaient parfois entre deux conférences de presse. Je n'ai donc pu voir Brooklyn Funk Essentials, Le Peuple de l'Herbe, Gnawa Diffusion, K2R'Riddim, Klaktonclown, Rubin Steiner, Dupain, Maceo Parker, Zenzile… et plein d'autres.

Mais pour que la fête soit complète, rien de tel qu'une météo clémente (NDR : c'est à dire sans trop de pluie), un public réceptif et chaleureux, ainsi qu'un spectacle pyrotechnique digne d'un 14 juillet à Cannes. Un spectacle offert à l'issue de chaque soirée ! Seule note négative, l'organisation m'a semblé parfois dépassée par l'ampleur de l'événement. Mais il serait indécent d'en vouloir aux bénévoles (plus ou moins 5500, selon le dossier de presse) qui bossent du matin au soir, parfois depuis plusieurs semaines ; et qui donnent tout ce qu'il ont dans le ventre pour faire de « Vieilles Charrues » ce qu'il est aujourd'hui…

(Un tout grand merci à Yves Colin, responsable de l'organisation presse, pour l'accueil qu'il nous a réservé.)

The Vines

Highly Evolved

Elus ‘révélation de l'année’ par le NME, les Australiens de The Vines sont déjà les nouvelles stars du rock. Leur jeune âge, leurs mélodies en acier trempé, leurs belles gueules et leur hargne en concert devraient ainsi leur permettre de détrôner les Strokes au rayon des sauveurs du rock'n'roll - cette arlésienne des critiques, davantage une campagne marketing qu'un véritable sauvetage d'un genre qui se meurt, encore et toujours… Le rock se meurt, donc… Et voilà ses nouveaux messies : il y a eu les Pixies, Nirvana, At-The Drive In, les White Stripes,… et maintenant The Vines, ces petits boutonneux arrogants qui ont à peine leur permis de conduire en poche. Ces jeux de chaise musicale n'ont, en fait, aucun intérêt ; si ce n'est celui de nous faire découvrir de nouveaux groupes, qui ressemblent aux précédents et aux suivants… Sauf qu'ici, difficile de faire la moue, de passer son tour, tant The Vines réunit toutes les qualités de ces prédécesseurs : la rage de Nirvana, les mélodies des Pixies, le jusqu'au-boutisme d'At-The Drive In. The Vines a donc vraiment tout pour plaire ; car ses chansons sont féroces, juvéniles, jubilatoires. " Highly Evolved " parvient ainsi à emballer toute l'histoire du rock en quarante minutes : de la pop sixties aux métalleux d'aujourd'hui, sans jamais se casser les dents (NDR : ce qui est déjà, en soi, un exploit). De ce " Highly Evolved " fracassant d'une minute et demie à ce " 1969 " rappelant les exploits des Stooges, The Vines fait un sans faute. Et quand le chanteur Craig Nicholls n'hurle plus comme si sa vie en dépendait, c'est à Lennon/McCartney qu'on pense (" Homesick ", " Sunshinin "), sans parler de ce " Factory " piquant sa rythmique aux Specials, sur l'air (encore les Beatles) d'" Ob-La-Di, Ob-La-Da "… The Vines réussit la gageure de sonner comme le meilleur du rock, de la pop, du ska et du métal. Un conseil d'ami ? Achetez ce disque.

 

Seat Beach Rock 2002

C'est la première fois que le Beach Rock s'installait à l'hippodrome d'Ostende, là où d'habitude on parie sur des canassons en espérant décrocher le pactole. Conséquence de ce déménagement, les odeurs de crin et de purin ont remplacé celles, moins agressives pour nos narines, du ressac et des coquillages… Rebaptisé « Farm Rock » par de nombreux festivaliers dégoûtés par toute cette paille boueuse collant à leurs baskets, le Beach Rock n'avait donc plus rien d'un rendez-vous côtier pour touristes en manque de soleil (mais moins de décibels). En un sens, c'est mieux, car pour une fois les visiteurs semblaient vraiment s'être déplacés pour la musique, et non plus pour se rôtir à l'abri du vent, avec parfois l'envie de quand même se lever pour écouter le truc qui passe sur la scène, là-bas, au loin… D'autant que le soleil a fait la grève jusqu'en milieu d'après-midi, de quoi refroidir une fois pour toutes les abonnés aux essuies de bain, ceux qui faisaient du Beach Rock de Zeebrugge (et auparavant de La Panne) une escale sympathique entre les canaux de Bruges et le mini-golf de Coxyde.

Comme d'habitude, c'est le « Belgian People's Choice » qui eut l'honneur de débuter les festivités, en l'occurrence Lunascape, un groupe flamand pop-rock sans grande originalité mais à la chanteuse de charme (à noter quand même cette reprise de Sinead O'Connor, « Tears From The Moon »).

Juste après, le rock bâtard des Américains de Sheila Divine n'intéressera pas davantage un public encore très parsemé, malgré leurs quelques hits bien connus des radios flamandes, comme ce « I'm A Criminal » au refrain évident mais semble-t-il pas encore assez fédérateur. Contents de voir quand même une dizaine de mains se lever pour applaudir (ils n'en ont jamais vu autant de toute leur vie), ces rockeurs peu inspirés remercieront même les Belges pour leur accueil phénoménal… Mais de quoi parlent-ils ?

Liquido aura prouvé une fois encore qu'il ne faut pas avoir fait du solfège pour caracoler aux sommets des hit-parades : deux notes de synthé et un riff de guitare bien accrocheurs suffisent à faire sonner le tiroir-caisse (rappelez-vous leur tube « Narcotic »). Dignes successeurs de Chumbawumba au rayon des hymnes débilitants parfaits pour jumper les bras en l'air, Liquido aura rempli sa mission sur l'échelle de Richter : on a bien ri, on a sauté tous en chœur, bref on s'est bien amusé… Mais pour la musique faudra repasser.

Heureusement qu'il y avait les Anglais baggy de Lo-Fidelity All Stars pour remonter le niveau : leur electro psyché entre Stone Roses et Happy Mondays aura donné pas mal de sueurs froides et de coups de soleil dans la tête. Il y a quatre ans, leur album « How To Operate With A Blown Mind » avait déjà soufflé un vent frais sur nos oreilles blasées par le big beat alors à la mode. Mais quelques mois plus tard, leur chanteur charismatique (The Wrekked Train) se faisait la malle, dégoûté par le music-business ou trop défoncé à l'XTC pour continuer l'aventure (peut-être les deux, en fait)… Réapparus en début de cette année avec un « Don't Be Afraid Of Love » plus posé, les enfants terribles de Bez et de Ian Brown prouvèrent qu'ils n'étaient pas morts, dieu leur en garde. Le Beach festival a toujours été l'endroit rêvé pour voir des groupes jamais vus ailleurs ou pommés sur la carte de la pop, de la techno et du rock… Sans doute que l'air de la mer y est pour beaucoup, en tout cas une chose est sûre : le concert de Lo-Fidelity All Stars fût le détonateur de cette journée grisâtre, et ce malgré le volume sonore, à vriller les tympans.

Gomez est tout aussi rare en festival : il fallait donc en profiter. Leur mix de blues-rock jeunet, d'électro discrète et de pop tom waitsienne se prête pourtant bien aux rassemblements festifs – la preuve c'est qu'ils ont réussi à décongeler la foule, toujours longue à la détente lorsqu'il s'agit de se déhancher à trois heures de l'après-midi.

Le tapis ainsi déroulé à Flip Kowlier, celui-ci n'avait plus grand chose à faire pour cueillir le public dans sa main - du moins le public néerlandophone, puisque le chanteur vient du Nord, et chante dans la langue de Guido Gezelle. Rappeur à ses heures au sein du collectif 't Hof Van Commerce, Kowlier fredonne des airs traditionnels à la flamande mais délayés dans une sauce plus « djeune ». Roots en tof !

Le cas Primal Scream est lui plus délicat : on sait la réputation des Anglais sur scène – soit Bobbie Gillepsie est en forme et c'est OK, soit il est stone et c'est KO. Aujourd'hui donc, chômage technique : Bobbie chante comme s'il allait pointer, sans parler de ses copains, aussi souriants qu'à un enterrement. Les guitares en berne et le micro dodo, Primal Scream sonnait donc comme un vieux groupe de punk sur le retour. Et la révolution, dans tout ça ? C'est pas comme ça qu'on part à l'attaque, mes gaillards ! Patraque, le rock de ces Britons a baissé la garde : après la déglingue de Prodigy et d'Oasis, que reste-t-il encore des petites teignes qui faisaient les beaux jours de nos crises de puberté ? De la pose. Pauvre de nous !

Et No Doubt alors ? Aurait-on oublié leur ska-punk de fillettes ? Bien sûr que non : Gwen Stefani peuple toujours nos rêves les plus moites, bien que sa musique n'a rien de très excitant… Quoique : depuis leur séjour en Jamaïque pour la production de leur dernier bébé, « Rock Steady », les Américains sont remontés dans notre estime. En mâtinant leur rock sautillant de boucles dub et de refrains rasta, No Doubt est devenu plus fréquentable, même si leurs fans crient à la trahison. Ils étaient en tout cas nombreux à se presser devant la main stage, émus d'enfin voir Gwen de près, et plus seulement en fantasmes. Ah ! Quelle fille charmante ! Elle aura vite fait de mettre le feu, gigotant tel une championne de boxe thaï et grimpant sur les échafaudages pour mieux voir la mer… « Don't Speak », « I'm Just a Girl », « Hey Baby », « Hella Good » : que des hits pour un public ravi. Pas de doute, Gwen Stefani sait y faire. Gavin Rossdale (Bush) a bien de la chance.

Moins de chance pour Jamiroquai, dont le concert en roue libre aura certes été généreux en tubes, mais pas en ambiance : c'est que le fan d'Elvis Pompilio n'est pas très causant, préférant laisser ses (bons) musiciens improviser entre chaque morceau que de parler au public. Best of pour les fans venus en nombre, sa prestation ne restera pas dans les annales. En 2002, l'odyssée funk de J-Kay piquerait-elle du nez ? Jamiroquai ne semble plus impressionner personne, à part son chapeau, comme dirait Janin et Liberski.

La surprise vint plutôt de Cornershop. Comme leur dernier album s'appelle « Handcream for A Generation », leur passer la pommade ne paraîtra pas déplacé : au début timides et endormis, les Anglais auront vite fait d'embrayer à la vitesse supérieure, enchaînant tubes sur tubes, dont un « Brimfull Of Asha » toujours aussi festif. Leur mix de pop, de cithares pakis et de rock psyché n'a rien d'une soupe aux nouilles… Au contraire, c'est l'antidote aux pires déceptions : J-Kay devrait s'en avaler une pleine louche.

Et tant qu'à faire, se resservir aussi au rayon electro-pop de nos compatriotes Vive La Fête, le groupe le plus hype du moment. C'est que le bassiste de dEus Danny Mommens et sa compagne sculpturale Els Pynoo sont la nouvelle coqueluche de Karl Lagerfeld. En accompagnant « live » sur le catwalk les top-models de chez Chanel, Vive La Fête est plus connu dans le milieu de la mode que dans celui, certes un peu moins glamour, du rock. Pourtant, les voir sur une vraie scène aura fait valser tous nos préjugés : Vive La Fête n'est pas un produit copyrighté par Lagerfeld, mais un vrai groupe, bien meilleur qu'avant, d'ailleurs. Car ce n'était pas la première fois que le groupe jouait au Beach Rock… Evidemment, sans la pub Chanel, Vive La Fête n'intéressait alors personne, bien que leur novo disco synth-core était déjà furieusement dansant et jouissif. « Je ne veux pas », « Tokyo », « Maquillage » (un nouveau morceau au succès direct), « Je t'aime moi non plus »,… Autant de tubes d'une fraîcheur sans pareil qui imposent Vive La Fête comme le groupe le plus sexy de l'été. Parce qu'ils le valent bien !

Tandis que s'achevait le concert enfiévré des Anversois avec une reprise déjantée du classique « Pop Corn », David Bowie apparaissait sur la main stage, vêtu élégamment d'un costume noir et d'une chemise blanche. En débutant par « Life On Mars » (de l'album séminal « Hunky Dory »), le Thin White Duke ouvrit tout de go les vannes spatio-temporelles de sa discographie protéiforme : son concert sera celui des grandes retrouvailles après plus de cinq ans d'absence sur nos terres, un concert revisitant toute sa carrière, des années glam (« Starman ») aux virages ambient (« Heroes »), des méga-tubes FM (« Let's Dance », « China Girl ») aux perles pop-folk de son dernier album, « Heathen ». Entouré par un groupe solide et soudé, Bowie ne laissa donc rien au hasard, et d'une humeur joviale et apaisée, rappellera aux 50.000 spectateurs venus l'applaudir qu'il est bien l'un des artistes rock les plus influents de toute l'histoire de la musique populaire. En clôturant le festival par un « Ziggy Stardust » survolté et qui n'a pris une ride en trente ans de rodage scénique (une édition luxueuse de l'album du même nom vient de sortir), Bowie revêtit un instant le costume de cet homme « who fell from earth » - un homme qui a changé la face de la pop, et qui restera, à coup sûr, le plus grand.

 

Rock Werchter 2002 : dimanche 30 juin

Si l'affiche du dimanche semblait au premier abord la moins intéressante, ce fût pourtant la journée des chouettes découvertes et des excellentes confirmations. Passons le rock amerloque des Hollandais de Kane et les refrains poussifs de Zornik, notre Muse national, pour se pencher sur un cas d'exception : Hawksley Workman. Dandy décadent mimant Roxy Music sur fond de Jeff Buckley, le Canadien au sourire carnassier aura confirmé tout le bien qu'on pensait de lui depuis sa première apparition en terre wallonne il y a plus d'un an, au Salon de Silly. Théâtral mais jamais ridicule, Hawksley Workman restera l'une des révélations de ce TW 2002, rugissant comme un lion lorsque les guitares lourdingues de Zornik viendront parasiter ses chansons de cabaret glam. Qu'à cela ne tienne, lui et ses potes (notamment Mister Lonely, sorte de Ray Manzarek mâtiné de Kurt Weill) auront tenu le public en haleine pendant une petite heure – cela méritait bien une belle ovation.

Les ex-Quicksand de Rival Schools avaient donc du pain sur la planche après cette tornade venue du froid : pas de problème, leur emocore aura rempli sa mission de divertissement public, grâce à quelques mélodies bien ficelées (« Used For Glue », leur hit) et des riffs malins et accrocheurs ? La pop musclée serait-elle en train de signer la mort du nu-métal ? A en écouter les albums de ces Américains, et ceux de Weezer, Hundred Reasons, The Vines,… il y a fort à parier que les casquettes rouges et les T-shirts Adidas se retrouvent bientôt dans les bacs à soldes.

Loin d'être un rapper de Prisunic, Michael Franti était fort attendu depuis son carton l'année passée au Pukkelpop. Rebelote : l'anti-mondialiste de la musique black aura de nouveau foutu un beau souk, transformant la plaine en giga-fête, ses « Sometimes », « Rock The Nation » et « People In The Middle » dynamitant l'ambiance à coups de bras en l'air et de refrains repris en chœur. Sur « Power To The Peaceful », Louise Rhodes, la chanteuse de Lamb, viendra même pousser la chansonnette, exhortant le public à reprendre les paroles. « We can bomb the world to pieces, but we can't bomb the world to peace » : voilà en quelques mots toute l'idéologie de Franti, pourfendeur des laissés-pour-compte et défenseur de la paix sur terre. Spearhead : une autre façon de manifester contre la haine et l'indifférence.

Après un quart d'heure de retard en raison d'une panne de sampler, les fous furieux de Millionaire auront prouvé encore une fois qu'ils sont nos meilleurs représentants sur scène : sexy et bombastic, les perles de leur album « Outside The Simian Flock » prennent leur véritavble envol sur scène, à l'image des gesticulations très Who (encore) du chanteur Tim Vanhamel (déjà présent deux jours plus tôt en renfort chez dEUS).

A côté de tant d'énergie, la prestation d'Heather Nova faisait bien pâle figure. A choisir parmi ces femmes qui embellissent le rock, autant jeter son dévolu sur Lamb, la délicatesse de Louise Rhodes n'étant plus à prouver. Comme d'habitude, le concert fut parfait, du classique « Gorecki » à ce splendide « I Cry », avec Michael Franti en guest-star. Un sans faute, même si le chapiteau aurait davantage collé à l'ambiance intimiste et fragile dégagée par le trip-hop de Lamb et sa chanteuse de charme.

Après tant de finesse et de classe, les Anglais de Coldplay avaient intérêt à se surpasser : c'était sans compter sur la solidité mélodique de leurs chansons et le charisme de Chris Martin. A quelques semaines de la sortie de leur deuxième album (« A Rush Of Blood In The Head »), les Britanniques ont joliment confirmé leur statut de dignes successeurs de U2 (rayon slows et tubes qui arrachent). Avec un « Everything's Not Lost » d'anthologie et un « In My Place » en beau final (le nouveau single, déjà dans tous les cœurs), Coldplay aura livré un bon concert, certes sans grosses surprises mais parfaitement maîtrisé : vainqueurs du trophée « meilleur espoir » il y a deux ans, les voilà bien partis pour gagner celui de « meilleure confirmation » pour 2002, à l'heure ou Radiohead, Oasis et Blur semblent perdus dans les limbes fumeuses du rock d'Outre-Manche.

Reste Faithless, tête d'affiche pompière mais fédératrice, avec lequel TW se sera terminé en beauté, ses hymnes boum-boum à deux notes ayant rempli leur rôle de catalyseur d'ambiance de fin de soirée (et de festival). A voir le public jumper comme un seul homme sur « God Is A DJ » et « We Come 1 », on se dit que la techno-rock de Prodigy et des Chemicals a pris de l'embonpoint auprès des jeunes, lui préférant maintenant les beats simplets de Rollo, Sister Bliss et Maurice Van Engelen. « This is my church, this is where I heal my hurts », prêche Maxi Jazz sur « God Is A DJ » : la plaine de Werchter transformée en terrain de prière techno pour des milliers de fidèles dévoués à la musique – voilà une image qui restera dans les mémoires, et un bel épilogue pour ces trois jours de fête sensationnels. Amen.

 

Rock Werchter 2002 : samedi 29 juin

Venus de la baie de San Francisco, Hoobastank n'a pas fait bouger les foules, malgré son rock aiguisé mais bien trop prévisible. Malgré leur hit « Crawling In The Dark », on se dit que le métal venu d'Outre-Atlantique commence sérieusement à battre de l'aile – même Incubus, leurs voisins de palier, commencent à virer A-Ha…

Plus sympa, le hip-hop hollandais de Brainpower inaugura la pyramide sous les meilleurs auspices, mais c'est du côté du gothique qu'il faudra aller chercher les premiers vrais émois du festival, du moins au niveau de l'applaudimètre.

Pourtant, il y a quelques mois, Within Temptation n'était connu que des aficionados des colliers cloutés et des dentiers de vampire. Du métal gothique à Werchter ? En tout cas le public semblait ravi, réservant une ovation à Sharon den Adel, chanteuse électrifiante à la voix de soprano et au look de Comtesse Bathory. « Ice Queen » et « Mother Earth », en boucle sur toutes les radios flamandes, ont donc fait un tabac : on se serait presque cru au Graspop.

Rien à voir avec Ed Harcourt et son folk-rock à la Elliot Smith : Werchter est bien le festival de toutes les musiques, et c'est tant mieux. Pour beaucoup, ce fût la découverte du festival ; son album « Here Be Monsters » est d'ailleurs « een aanrader », comme diraient nos amis Flamands, en (très) grande majorité pendant ces trois jours de fête.

Sauf que la fête prend parfois des allures de recueillement - avec la néo-country de Lambchop et le rock ombragé de Madrugada par exemple -, bien que beaucoup profiteront de ces quelques moments de volupté pour dormir ou se remplir la panse. C'est qu'arrivent les gros morceaux rock du festival : Queens Of The Stone Age, Bush et Rammstein.

En plein milieu d'après-midi, le stoner des QOTSA tape dur, comme le soleil, d'autant qu'à la batterie, c'est Dave Grohl lui-même qui cogne. Au finish, une heure de métal lourd et costaud, d'une technicité incroyable : rarement le rock n'aura aussi bien porté son nom. Les morceaux de leur nouvel album à paraître, « Songs For The Deaf », auront en tout cas sonné tout le monde : ces gras-là assurent grave, et ce n'est pas l'ex-Screaming Trees Mark Lanegan (invité sur une chanson) qui viendra dire le contraire. Avec un telle formation, les QOTSA semblent être à leur zénith, et nous avec. Une vraie claque !

Le contraire de Bush, en somme. Autant Nick Oliveri et Joshua Homme composent de sacrées tapes rock'n'roll, autant Gavin Rossdale n'arrive pas à se débarrasser de cette étiquette de bellâtre néo-grunge qui lui colle  à la peau depuis des lustres. « Everything Zen », « Machinehead », « Glycerine », autant de tubes FM qui feraient retourner Kurt Cobain dans sa tombe - bref au niveau originalité, c'est la quille. Même leur reprise de « The One I Love » de REM, en hommage au bassiste des Who, tombe à plat…

Pour l'inventivité, mieux vaut aller voir du côté de Cornelius, le groupe du japonais Keigo Oyamada. Ses fusions improbables d'easy-listening electro, de rock ardu et de surf-pop sixties en a surpris plus d'un, des frères Dewaele au chanteur de Das Pop, tous au premier rang. Après les Allemands, les Japonais à Werchter : tout cela sent fort la pelouse et le ballon rond.

Balle au centre, nous disions-vous justement à propos des Notwist, cette fois-ci sur le banc de touche mais remplacés à l'attaque par leurs compatriotes sidérurgistes de Rammstein. Fort attendus par tous, les teutons pyromanes auront mis le feu à la plaine, au propre comme au figuré : leurs tubes métallos balancés à la chaîne sur une rythmique d'enfer, Till et ses copains mineurs (+ Dr Maboul) ont montré que le métal, même en allemand, continue parfois à transpirer l'émotion derrière ses riffs martiaux et ses cris gutturaux. Car Rammstein, quoi qu'on en dise, est un groupe romantique : les mélodies surnagent toujours derrière le martèlement des guitares et de la batterie, et les paroles évoquent davantage des jolies bluettes que des atrocités death ou black (NDR : cochez la mauvaise réponse). Certes, voir des milliers de jeunes gens lever le poing en criant « Du Hast » ou « Bück Dich » sur du métal hurlé par un mastodonte en haillons pourrait faire penser aux Jeunesses hitlériennes… Mais c'est parodier pour mieux condamner : Rammstein n'est pas un groupe de nazillons se passant les films de Leni Riefenstahl en boucle, non. C'est même le groupe de métal le plus novateur et entertainer (ce show pyrotechnique !) de ces dernières années. Ich Will !

Quant aux Red Hot Chili Peppers, c'est le groupe le plus mature de sa génération : s'étant fait connaître pour leur fusion funk-rock-métal au début des années 90, ils sont devenus de véritables stars de stades, à classer parmi les U2, REM et Metallica et quelques autres. Pourtant, leur dernier album, « Californication », brillait davantage par des ballades que par des tubes à la « Give It Away » : preuve que les Californiens et leur public ont mûri ensemble, pour le meilleur (le nouvel album, « By The Way »). C'est que depuis le retour de John Frusciante, mélodiste prodige, le groupe semble plus inspiré (et plus soudé) que jamais : en témoignent ces quelques nouveaux morceaux joués ici de mains de maîtres, sans aucun doute des classiques en devenir, tout comme ces « Scar Tissue », « Around The World » et « Road Trippin' » rentrés au panthéon des ballades rock qui tuent. En rappel, « Under The Bridge » finira d'achever un public de toute manière séduit d'avance, et ce malgré le volume sonore parfois trop faible – la house de Roger Sanchez dérangeant alors le fan transi, connaissant par cœur les paroles de ses idoles.

 

Rock Werchter 2002 : vendredi 28 juin

Trois jours, plus de 50 groupes, 200.000 spectateurs : Werchter 2002 a tenu toutes ses promesses de plus grand festival rock de notre plat pays. La surenchère constante de ces dernières années étant devenue chose commune, c'est donc avec enthousiasme et détermination que le fan de musique planta sa tente igloo en pleine campagne de Brabant flamand, n'oubliant pas d'acheter des boules quiès et de remplir son frigo box avant le début de la grand messe. C'est qu'à 90 euros le combi-ticket, autant prendre ses dispositions : le "W" de TW ne veut pas dire Woodstock ; "It's not a free concert", malgré la bière gratuite pour 20 gobelets vides ramassés.

.calibre, justement, milite pour un monde plus juste, où tous les laissés-pour-compte auraient leur place (bref à moindre prix), où le métal noir jaune rouge aurait droit à davantage de reconnaissance. C'est que depuis Channel Zero, notre pays n'a plus vibré aux sons des guitares rêches… Heureusement, voilà .calibre et son nu-métal propre sur lui mais jamais ridicule. Avec leurs invectives bien corsées entre Limp Bizkit et Rage Against The Machine, les 4 métalleux auront ainsi séduit le public, certes encore épars et distrait à cette heure, mais lui rappelant cette époque où Franky D.S.V.D. et ses sbires faisaient office de réveil matin pour tous les festivaliers.

Au même moment sous la pyramide, The Notwist enfilait ses perles electro-rock sur notre corde sensible. Dommage que le son, très approximatif, gâcha notre fête : la voix de Markus Acher étouffée, la ligne de basse grésillante et le laptop en berne sur "Pick Up The Phone", le concert vira presque au mauvais rêve, tout juste sauvé par un "Pilot" magnifique en final. N'empêche, ce n'est pas terrible pour une première qualification des Allemands en finale de notre plus vieux festival… Mais la partie ne fait que commencer : avec Rammstein en renfort le lendemain, la balle est au centre.

Mais elle est vite en touche avec les Dropkick Murphys, auxquels l'ambiance graveleuse des matchs de fin de matinée (World Cup oblige) va comme un gant de keeper. Supporters d'un punk-rock sentant la Guinness, ces lads fans des Sex Pistols et de Ian Dury mélangent leurs riffs à la cornemuse, transformant les airs traditionnels d'Angleterre en hymnes de stades pour hooligans au cerveau ramolli.

Mieux vaut se vautrer dans le rock psyché des Black Rebel Motorcycle Club, trio costaud de garage baggy à la croisée du MC5 et des Stone Roses. "Whatever Happened to My Rock'n'roll ?" braillent-ils toutes guitares dehors, comme en réaction à ces rockers en kilt qui continuent leurs pitreries sur la main stage. Avec "Love Burns" et "Red Eyes And Tears", la réponse semble en tout cas évidente : il n'est pas mort étouffé sous des hectolitres de pinte, bien au contraire… Il suffit de rester sous cette tente en ce vendredi nuageux, pour s'en rendre compte. Car après les BRMC, il y a les White Stripes et Sonic Youth : autant les premiers séduisent par leur simplicité binaire à toute épreuve (une guitare-une batterie), autant les seconds font (toujours) preuve de maestria bruitiste. Le contraste est frappant mais prouve bien que le rock  est encore là, du plus simpliste au plus alambiqué, et que Werchter s'en est toujours fait l'étendard du plus tapageur.

Les White Stripes étaient sans doute le groupe le plus attendu du festival. Erigés hype de l'année 2001 avec les Strokes, les deux White eurent donc fort à faire pour préserver leur aura de groupe (déjà) culte auprès des festivaliers friands de crowdsurfing et de beats soutenus. Pari gagné, puisque leurs comptines blues enfiévrées se parent sur scène de la plus belle des couleurs – le rouge, symbole de fougue et d'énergie, que les deux ex-mari et femme (une rumeur) ont à revendre. Certes parfois lassant (on a vite compris leur recette miracle), le rock des White Stripes impressionne par son immédiateté et sa fraîcheur.

Moins directs mais tout aussi fougueux, les Sonic Youth étaient eux aussi attendus au tournant : il y  avait en effet belle lurette que ces as du manche trafiqué ne nous avaient plus impressionnés, coincés entre leurs derniers albums expérimentaux (un riff = une heure) et ceux "officiels", de moins en moins convaincants. En débutant leur concert par "Bull In The Heather", le ton est donné : retour aux sources soniques du songwriting, aux couplets-refrains pleins de tensions et de décharges électriques. Sans doute que l'arrivée de Jim O'Rourke au sein du groupe a permis aux New-Yorkais de redescendre sur terre et de nous livrer ce tout nouveau "Murray Street", un album mélodieux (voire classique), pour beaucoup le meilleur depuis "Experimental Jet Set, Trash And No Star". Le concert sera d'ailleurs surtout centré sur cet album, du single "The Empty Page" à ce "Rain On Tin" plutôt pop dédié à John Entwistle, bassiste des Who tout juste décédé. Ajoutez à cela des classiques comme "Drunken Butterfly" ou "Kool Thing", et vous aurez compris que Sonic Youth n'a décidément rien perdu de sa jeunesse.

Ah ! Les jeunes ! Venus par milliers pour bien pogoter, ils n'en oublient pas pour autant leurs classiques. En réservant un triomphe à ce vieux coquin d'Arno, le public se montra "magnifique" (en français dans le texte), comme notre Ostendais préféré, en pleine forme en ce début de soirée. Cela faisait presque 20 ans qu'Arno n'avait plus foulé les planches de TW – à l'époque avec TC Matic. Un tel come-back se devait donc d'être à la hauteur, et il le fût : en alternant nouvelles compos ("Je veux nager"), vieux tubes ("Putain Putain", "Olalala",…) et reprises imparables ("Les filles du bord de mer"), Arno mit le feu. "Merci Godverdomme", dira-t-il à la fin de cette heure intense, ému par l'accueil du public. Mais c'est qu'il le vaut bien, notre rocker national !

Le rock belge a encore d'autres idoles : dEUS. Depuis deux ans sans nouvelles, le public était impatient de revoir le groupe de Tom Barman sur scène, là où il a toujours été le meilleur. Le chanteur trop occupé à préparer son premier film et les autres partagés entre leurs projets respectifs (Vive La Fête, Millionaire,…), ce n'est pourtant pas pour demain que dEus donnera une suite au sublime "The Ideal Crash"… Mais peu importe, puisque l'essentiel pour l'instant se trouvait ici, à Werchter, sur la main stage. Dès les premières ondulations de "Via", la plaine s'enflamme, mais le son, trop brouillon, en refroidira rapidement plus d'un. La première partie du concert oscillera ainsi entre le tiède ("Roses") et le passablement raté ("Little Arithmetics"), mais un "Suds and Soda" ravageur remettra les pendules à l'heure. S'ensuit une heure d'un concert pro et au son bien meilleur, avec un Tom Barman bien remonté, qui avoue avec ironie "en avoir marre des ballades ». Un nouveau morceau, sombre et rock (cette ligne de basse !) viendra d'ailleurs confirmer ses dires, même si on sait que Tom est un grand romantique… « No more loud music », donc…

Et les bpm çà compte ? Parce que Luke Slater en a plein sa besace, bien que son dernier album, « Alright On Top », sonne très electro eighties. Avec le chanteur de The Aloof en guest et un son plus léché, fini les étiquettes techno trop réductrices : Luke peut se vanter d'avoir désormais plusieurs cordes à son arc. Putassier le Slater ? Que nenni : son electro comme sa techno feraient danser les plus récalcitrants, et tant pis si c'est à la mode,

Question fashion, Praga Khan assure : pourtant sa techno de kermesse est aussi fine et digeste qu'un cornet de croustillons. Big in Japan avec ses Lords of Acid et ses poupées gonflables, Maurice Van Engelen a pourtant du mouron à se faire : dans le monde de la mode le vent tourne vite, comme la chenille de la Foire du Midi.

Il est déjà minuit et les Chemical Brothers livrent un bon mix de leurs trois derniers albums, en tout cas bien meilleur qu'il y a deux ans. Du bestial « It Began in Africa » au fabuleux « Private Psychedelic Reel » (leur final habituel), Tom Rowlands et Ed Simons restent les maîtres d'une techno tourbillonnante, plus proche dans son esprit de l'acide rock des années 70, que des beats pompiers de Praga Khan. En prêchant le mélange des genres, les frères chimiques sont le meilleur antidote aux muscles ankylosés et aux mâchoires crispées.

« All is in the mix », insisteraient même les Dewaele de Soulwax – encore des frères -, devenus les rois de l'éclectisme sous le pseudo de Too Many Dj's. Leur marque de fabrique : entrelacer deux hits aux antipodes pour en faire une seule bombe de dance-floor,  sorte d'hybride inclassable réconciliant tous les gen(re)s, du rocker au techno-freak. Un exemple ? « No Fun » des Stooges avec « Push It » des TLC ou « Smell Like Teen Spirit » de Nirvana avec « Bootylicious » de Destiny's Child. Sacrement jouissifs, ces « bootleg » ou « bastard pop » ont le grand mérite de mettre tout le monde d'accord, faisant ainsi de ces « Fucking Dewaele » les dignes successeurs des inventeurs de la house et du disco … et surtout, des preuves vivantes que les a priori et les étiquettes sont réservés aux imbéciles – tous les autres se défoulant sur la piste extérieure de la pyramide.

 

Festival Domino : 10-20 avril 2002

En ce début de mois d'avril, l'AB pouvait se targuer d'être la plaque tournante du rock le plus inventif, de l'electro la plus avant-gardiste et du hip hop le plus défricheur. En une trentaine de concerts, de labelshowcases (Constellation, City Slang, Chicks On Speed,…) et de performances à deux platines (The Wire, Herbert, Elf Cut,…), tout le gratin lo-fi du petit monde de la musique s'était donné rendez-vous à Bruxelles, suscitant l'échange d'idées, de disques et d'amitié. Bien qu'il fût impossible de tout voir, voici quelques moments passés à l'AB, entre claques magiques (Lambchop, GYBE !) et légères déceptions (Programme) :

Lambchop + Saint Thomas (dimanche 14 avril)

Pour la venue de Kurt Wagner et de ses potes de Nasville, la grande salle de l'AB avait été reconvertie en " Palais des beaux Arts " bis, les plâtres en moins. Pas que la musique de Lambchop soit propice aux grandes pompes et à la flemme, mais parce que son écoute mérite tous les honneurs et l'attention. Ce qui justifiait les places assises. En première partie, une découverte : Saint-Thomas. Un jeune Norvégien profitant de la popularité de ses amis Sondre Lerche et Kings Of Convenience pour venir nous dorloter de ses chansons à la douceur contagieuse. Pas triste pour un sou, heureusement, le Thomas en question ponctuera ses comptines acoustiques de commentaires potaches sur le public italien (aphone), la bière belge (ses taux d'alcool sans limites) et Jon Spencer Blues Explosion (sa bête noire). Le public, ravi, lui réservera une sortie digne d'une tête d'affiche, ses mélodies continuant à trotter dans la tête bien après leurs dernières notes.

Mais le clou de la soirée, le groupe attendu fébrilement par une AB bondée, celui qui sans doute a sorti, déjà, l'un des plus beaux albums de l'année, c'est évidemment Lambchop. Flanqué de 7 ou 8 musiciens, Kurt Wagner, la casquette vissée sur la tête, entame le concert dans un silence quasi religieux. Quelques cordes légèrement pincées, des notes de piano enchantées, et surtout, surtout, une voix feutrée s'insinuant dans nos veines, provoquant la chair de poule : la musique de Lambchop est magnifique. Le dernier album, " Is a woman ", sera largement passé en revue, devant un public séduit d'avance et attentif. L'émotion, palpable, se fera ressentir pendant tout le concert, à l'instar d'autres morceaux comme ce " You Masculine You " de l'album " Nixon ", intense et sacrement sexy, et une reprise des Sisters of Mercy en rappel (" This Corrosion "), du feu de dieu. A l'écoute de tant de splendeurs, on ne pouvait que sortir de là tout émoustillé, surtout qu'au stand près du bar, une charmante demoiselle vendait un bootleg limité à 1000 exemplaires d'un concert enregistré aux USA en l'an 2000… Mais leur meilleur concert ne venait-il pas de se produire ici, il y a quelques minutes ? Lambchop : groupe, album et concert de l'année.

Godspeed You Black Emperor ! + Do Make Say Think (mercredi 17 avril)

Le label canadien Constellation fait la part belle aux groupuscules post (ou avant)-rock, aux entités musicales hybrides, entre jazz dégénérescent et rock apocalyptique. Ses fers de lance s'appellent Godspeed You Black Emperor !, Fly Pan Am et Do Make Say Think. Leurs points communs : être copains comme cochons et manifester une furieuse envie d'en découdre avec les clichés du rock. En concassant les rythmes de la techno et les accords du rock le plus binaire, en broyant sous un déluge de larsens les bonnes manières de la pop music et les vieilles habitudes du free, ces groupes à géométrie variable proposent une musique en-dehors des modes, qui se nourrit des tendances pour mieux les malmener.

Do Make Say Think venait nous présenter son nouvel album, " & Yet & Yet " : avec plusieurs guitares et deux batteries, ce groupe de jeunes intravertis n'y va pas par quatre chemins, comme certains pourraient s'y attendre. Leurs morceaux, ni trop longs ni trop courts, se démêlent scientifiquement, laissant parfois la place à l'improvisation, voire à quelques poussées d'adrénaline qui relancent la machine. D'un déluge savamment étudié aux moments d'accalmie nécessaires pour reprendre ses esprits, le combo canadien inaugure gentiment la soirée, préparant le terrain aux fabuleux GYBE !, si rares en nos terres et par conséquent si précieux.

La musique des GYBE ! est difficile à décrire, tant elle appelle aux sens : cataclysme synesthésique de notes, de couleurs et de douleurs, elle prend à la gorge, paralyse nos instincts. Pas question ici de venir en touriste : la musique de GYBE ! demande une adhésion et une attention sans failles, un combat de tous les instants. Car emporté dans ce déluge dantesque de guitares caracolantes et de violons frénétiques, l'auditeur ne peut que constater les dégâts : c'est l'extase ou la fuite, la claque ou le méchant maux de tête. De ce chaos, on sort de toute façon KO, mais la plupart du temps heureux. Heureux d'avoir participé à une expérience musicale inoubliable, bien loin des rockeurs en pilotage automatique et des DJ's statiques, cachés derrière leur platines. Voir un concert de GYBE !, c'est donc assister médusé à une incroyable entreprise de redéfinition du rock et de tout ce qui va avec : fini les couplets/refrains (on parle plutôt ici de tensions/relâches), le cirque médiatique (qui sait à quoi ces Canadiens ressemblent ?), les rappels de 5 minutes (forcément : leurs morceaux durent tous au moins un quart d'heure…). Avec GYBE !, on s'en prend plein les yeux et les oreilles, c'est la fessée permanente. Pas prêts de recommencer ça (2h30 de concert), certaines personnes présentes partiront avant la fin… C'est mal connaître ce genre de musique, davantage " œuvre ouverte " que produit fini, rendant cocu tous les styles en n'en choisissant aucun. Ceux qui seront restés vaille que vaille pourront s'en vanter : GYBE !, c'est définitivement pas pour les poseurs.

Programme + Monguito (jeudi 18 avril)

D'accord, la soirée avait bien commencé : Stuart Braithwaite, le gnome de Mogwai, avait fait le déplacement d'Ecosse pour venir présenter son label Rock Action. Au programme, une séance de Djing surexcitée, durant laquelle le petit guitariste enchaînait de sacrés bons disques avec une dextérité confondante (Squarepusher, Stooges, Depeche Mode,…). Mais ensuite vint le documentaire " Take Me Somewhere ", sur la dernière tournée des hérauts du rock paroxystique : pas grand chose à se mettre sous la dent, si ce n'est que le petit est pétomane, son ami le flûtiste porte toujours le même T-shirt à la gloire des Super Furry Animals et le grand castard chauve aime bien Mayhem et les Misfits. Mouais… Léger, le clip… Et ce n'est pas Monguito, nouveau combo de Mauro, qui nous fera oublier les blagues potaches des Mogwai dans leur bus pourri (et puis de toute façon on n'y comprend rien, à leur accent) : Monguito, ça fait penser au nom d'un cocktail, ou d'une danse brésilienne. Pas de bol, on dirait plutôt du krautrock teuton qui aurait pété un plomb, ou du John Zorn se prenant pour Lou Reed période " Metal Machine Music ". Bref, ça casse la tête après trois minutes. Heureusement il y a Programme. Du moins c'est ce qu'on se dit en attendant le groupe débouler sur scène. Mais c'est mal connaître les deux zouaves qui, bien loin de nous faire oublier les facéties pathétiques de Mauro et les pets de Mogwai, vont nous asséner un sacré coup de poing dans les oreilles. En déversant leur haine du bourgeois acculé à vivre sa vie petitement, les deux bonhommes de Programme nous jettent nos défauts à la gueule, nous piègent dans nos propres illusions. Emporté par une rythmique glaciale (électro ou guitare), le chanteur déverse lentement ses crasses dans nos tympans, nous obligeant à écouter, à réagir, pointés du doigt comme des rats en quoi la société nous transforme. Ce concert, c'est donc " L'enfer tiède ", titre de leur deuxième album, car le public, coincé entre l'acquiescement (les applaudissements ne sont pas unanimes) et la culpabilité (être ou ne pas être le sujet de ces textes), ne sait sur quel pied danser. C'est peut-être ça, la force de Programme, en tout cas c'est implacable.

Le Tigre + Kevin Blechdom + Dat Politics + Peaches (samedi 20 avril)

Après Programme, un peu de finesse dans ce monde de brutes, avec la soirée Chicks On Speed, le label des trois délurées du même nom. A l'affiche ce soir-là, des filles, (surtout), du sexe (aussi), de l'electro punk bien barré (dans tous les cas). D'abord Kevin Blechdom, du duo Blectum From Blechdom, une fille, comme son prénom ne l'indique pas, qui sait parler aux machines. Son electro nature et sans complexe couplée à du spoken word nasillard (un peu comme Programme, mais sans l'accent toulousain) n'est pas sans charme, surtout quand la Kevin se prend pour Madonna, gigotant du popotin sur un beat soutenu, sorte de Liza Minelli branchée techno. Les Dat Politics, eux, viennent du Nord de la France. Pourtant, contrairement à leurs origines, leur nom pas drôle et leurs albums de bleeps durs à cuire, ces chirurgiens de l'electro se la jouent plutôt gaillards sur scène : gros son, beats un peu beaufs côtoyant sonorités d'avant-garde, duo avec Kevin, leur politique est de plaire, et c'est tant mieux. Sur leur dernier album, ils sont entourés de Kid 606 et des Matmos. En gros, le gratin de l'electronica la plus pointue, mais ouvert au format chanson. Certes, on est toujours très loin de Garou, mais quand même : ça fait plaisir de voir toutes ces bécanes et ses programmes (toujours eux…) s'emballer au contact de voix humaines. L'humain justement, Peaches elle connaît : courte vêtue et rasée de près, la Canadienne aime les hommes, voire aussi les femmes. Ses chansons, pleines de boum-boum et de gros riffs sexy, donnent la trique, flanquent des chaleurs. Hybride très hot de Kate Bush (pour la coiffure eighties), de Courtney Love (pour le côté " sale ") et de Debbie Harry (pour le côté disco-punk qui transpire), Peaches a de l'énergie à revendre, et de l'amour à partager. Accompagnée seulement de son Roland 505, elle chante avec du cœur (et du corps) à l'ouvrage, réveillant l'animal qui est en nous. Sacrée bitch, cette Peaches.

Place ensuite aux féministes du Tigre, dont l'une, si l'on en juge par ses rouflaquettes, est peut-être autre chose qu'une fille (mais quoi ?). Vous l'aurez compris : Le Tigre, c'est queer, et bas les pattes aux machos qui seraient venus pour se rincer l'œil. Un concert des Tigre, c'est donc la guérilla version électro-trash des chiennes de garde, une sorte de rassemblement de fans de punk version Suicide, mais avec un Alan Vega qui aurait changé de sexe. Tout cela aurait pu sentir le coup fourré (sans jeu de mot) si seulement la musique n'était pas furieusement excitante : des titres comme " LT Tour Theme " ou " F.Y.R. " mettent le feu au cul, entre l'électro-pop racée des productions International DeeJay Gigolos et le punk bâtard des Damned. " Please report to the front desk. Let's name this phenomenon. It's too dumb to bring us down ", chantent les trois énervées du Tigre, toutes griffes dehors, en parlant de leur cause féministe. Battons-nous bec et ongles pour ériger la musique du Tigre en slogan à entonner pour l'année 2002, car, oui, c'est un sacré phénomène.

 

Mclusky

Mclusky do Dallas (a)

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Premier avril 2002. L’objet n’est pas un poisson. Point de mauvaise blague. Nous sommes en train d’essuyer les premiers riffs d’un retour des détours du rock. Sans accoutrement, sans préliminaire en ‘The’, le deuxième album des Gallois de Mclusky atterrit sur nos platines sur foi d’une collaboration avec Steve Albini. Dès la première incartade de « Lightsabre Cocksucking Blues », l’aiguille se précipite dans le rouge. Elle n’en ressortira qu’après 32 minutes et 22 secondes. Puisqu’il convient de retenir les 3 minutes 38 secondes de rémission accordées par « Fuck this band », médiane évocatrice d’un esprit de groupe attachant. Andrew Falkous (chant guitare), Matt Harding (batterie) et Jon Chapple (basse) venaient de toucher à l’essence du rock’n’roll. L’urgence et la spontanéité, elles-mêmes, peinaient à suivre le rythme incandescent du trio. Le binaire, les choses simples s’entrechoquent ici en un fracas jouissif. Mclusky bousculait alors le gros Frank Black, pissait sur la dépouille de Nirvana. Des références ? Du bruit, une appétence mélodique à en faire chialer les éparpillements d’At the Drive-In. Du concret ? « Collagen Rock », « Day of the Deadringers », « To Hell with Good Intentions ». Aucune illusion, que de la distorsion. Une fougue électrifiante, des refrains à hurler comme un guerrier rongé par la démence. Une semaine sans dormir, des journées sans se laver à écouter « Alan is a Cowboy Killer ». Et courir. Sur les murs, sur les mains. Oublier la couleur du coca-cola de « Whoyouknow ». Oublier que Mclusky est désormais une tranche d’histoire rangée. Et se retaper cette album essentiel jusqu’à s’en faire péter les tympans.



The Cranberries

Un petit goût de déjà vécu...

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Absent au Beach Festival, il y quelques années, les Cranberries affrontaient le public belge ce 28 mars sur les planches de Forest National.

Assurée par Brainstorm, la première partie m'a parue un peu tirée en longueur, n'affichant en guise de tempête cervicale que le nom et une technique défaillante.

Les musiciens qui composent les Cranbrerries sont hyper professionnalisés, bénéficient d'une infrastructure digne des tsars, d'un light show épatant et peuvent compter sur une chanteuse extrêmement dynamique (NDLR : qui a dit dynamite ?), capable de déménager dix mille personnes. Il n'en fallait pas plus pour mettre en poche une foule en délire, vouée à la cause, il est vrai, de ce Cranberries déifié. Tous les succès de ces Irlandais ont d'ailleurs été revisités : ballades mielleuses, compositions énergiques et hymnes repris en cœur par les aficionados. Ce spectacle dégageait malgré tout un petit goût de déjà vécu. Mais comme la recette fonctionne et que les rouages ne sont pas prêts à gripper, pourquoi bouder son plaisir ?...

The Streets

Original Pirate Material

Cet album est une bombe ! Mike Skinner, seul maître à bord de ce groupe fictif, malaxe electro, trip-hop et two step sur fond de chronique urbaine, pour un résultat au-delà de toutes les espérances. Balancé hype de l'année par la presse anglaise, The Streets devrait sans problème remporter tous les trophées de l'année, tant cet " Originate Pirate Material " dégage classe et énergie, dans un éclectisme des genres à toutes épreuves. L'accent de Skinner, à couper au couteau, rajoute une touche d'authenticité qui renvoie au tapis tous les apprentis rappers d'Angleterre et d'ailleurs, ces " geezers " qui préfèrent l'imposture à la vrai stature. C'est donc ici que se joue l'avenir du hip-hop et du trip-hop, aux détours de ces beats meurtriers et de ce flow rageur, plus proches de la rue que n'importe lequel de ces tubes gangsta d'Hollywood. The Streets porte donc bien son nom, tant la gouaille de Skinner sonne vrai, témoignage-clé des petites frappes des ghettos de Londres, Manchester et Sheffield. " Who's got the funk ? ", lance Skinner, sûr de son coup : lui, sans aucun doute. Du hit " Let's Put Things Forward " au downtempo " It's Too Late " (l'" Unfinished Sympathy " du troisième millénaire), " Original Pirate Material " regorge de trésors d'inventivité et de groove. Voilà un CD qui arrache !

 

Kim

Married on

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Ce musicien bordelais compte déjà la bagatelle de 11 albums à son actif. Un multi-instrumentiste (piano, guitare, basse, claviers, melodica, chant, drums, harmonium, samples,…) qui sévit également au sein de Combinaison, un trio impliquant également Hugo (membre de Calc) et Gwen (de le Havre).

Pour enregistrer cet opus, Kim s'est quand même entouré de quelques musiciens de studio. Pour y jouer de la trompette, de la flûte traversière et du violoncelle. Ainsi que de deux choristes féminines. A l'origine, les 8 titres de ce disque ont été composés au piano. Ce qui explique pourquoi la ligne conductrice de cet elpee repose sur cet instrument. Ce qui n'empêche pas l'expression sonore d'être très riche. Kim traite le thème du titre maître sous trois formes. Ils sont intitulés " Married on ", "Married out (part 1) " et " Married out (part2). Il en conserve, à chaque reprise le refrain. Un refrain contagieux tramé sur le piano/cabaret, qu'il accompagne parfois au chant. Un refrain qui lui sert, en quelque sorte, de rampe de lancement pour s'évader dans l'univers du prog rock. Celui de Robert Wyatt voire de Hatfield and The North, c'est une certitude. A cause des vocaux éthérés, des claviers atmosphériques et des cuivres jazzyfiants. De Weather Report, lorsqu'il s'abandonne dans le free jazz. A l'instar du troisième exercice de style. Même si au beau milieu de cette longue odyssée sonore, la musique glisse dans le monde du King Crimson circa " In the Court of The Crimson King ", voire de " Lizard ". Même la batterie me fait penser à Michaël Giles et la trompette à Ian Mc Donald. Une technique aux drums qu'il reproduit chez la ballade " Rome for lady eight ". Le prog est encore présent pour " Lady eight melodin sane ". Celui du Floyd. Un peu comme s'il voulait réaliser la fusion entre " More " et " Atom heart mother ". Polyphonies vocales, percussions robotiques et piano déchiré entre arpèges symphoniques et expérimentations contemporaines justifiant cette impression. Dans le même style, les 12 minutes du tendre et romantique " Rome for melodin sane " me semblent un peu tirées en longueur. C'est sans doute le seul reproche que l'on puisse faire à ce disque. Car il recèle encore, à travers " Sexy lady lane ", un titre allègre, sculpté délicatement dans le funk blanc, qui ondule sur le postcard d'Orange Juice. Et puis chez " If Molly can work ", un track que Pavement aurait pu écrire s'il avait opté pour le psychédélisme plutôt que la lo-fi. Etonnant que cet artiste soit aussi méconnu…

 

Andy Timmons

And-Thology 1&2

Que tous les fans de guitar-heroes se lèvent pour Andy Timmons ! Si le nom ne vous dit rien, sachez seulement qu'Andy n'en est pas à ses premiers (mé)faits guitaristiques. Après avoir officié du manche dans le groupe de hard-rock Danger Danger dans les années 80, il entame une carrière solo dans les années 90, que tout fan de Steve Vai ou de Richie Blackmore se devrait de connaître sur le bout des doigts. Et justement, les bouts de doigts d'Andy font des merveilles : donnez lui une Rickenbacker 12 cordes et il vous fait le requiem de Mozart version prog' les yeux fermés. Normal quand on sait que le bonhomme a étudié la guitare classique à l'université d'Evansville en Indiana, puis la guitare jazz à Miami. De quoi rajouter toujours plusieurs cordes à son arc (une guitare, en fait). Pourtant, à bien écouter cette compilation de morceaux rares et inédits, on reste circonspect : où sont ces enseignements précieux, acquis sur les bancs de l'unif, où sont vraiment le jazz et le classique ? A moins d'avoir une conception bien différente de ces termes certes galvaudés, il est difficile de voir dans ces morceaux à rallonge une quelconque maîtrise de la note bleue et encore moins un renvoi à Varèse ou à Beethoven. Celui-ci était sourd… Marrant, ça, car faut vraiment être dur d'oreille pour écouter ce genre de pantalonnades à 12-24-36 cordes, etc. Pour chevelus très éclairés.

 

Tunnel Rats

Tunnel vision

Écrit par

Les tréfonds le l'underground hip hop grouillent d'artistes prometteurs ; et ces Tunnel Rats en font très certainement partie. Après avoir gravé " Experience ", ce collectif venu de la cote ouest des USA nous propose son second album. C'est donc bien d'un collectif dont il est ici question : LPG, New Breed, Sev Statik, Peace 586, Raphi, Zane, Wizard Dert… Aussi nombreux soient ils, ils réussissent à donner à cet album son homogénéité et à laisser sur chacune des 21 pistes cette touche propre aux Tunnel Rats. La production en devient donc un peu répétitive, mais reste efficace ; on appréciera aussi l'abondance de MC femmes aussi douées que leurs partenaires masculins. Si l'opus se révèle un peu long, il devrait ravir les amateurs de hip hop underground à la recherche de collectifs prometteurs...

 

The Stranglers

5 live 01

Écrit par

Depuis le départ de Hugh Cornwell, les Stranglers ont entamé une longue descente aux enfers. Pas que Paul Roberts soit un mauvais chanteur, mais il ne possède pas le baryton profond, menaçant, de Cornwell. N'empêche, sur les 25 titres de ce double CD, on se rend compte que cette formation est demeurée une formidable machine de scène. La célèbre section rythmique Jean-Jacques Burnell (basse)/Jet Black (drums) est toujours aussi viscérale, pulsante, efficace, le groove irrésistible, et les claviers fluides, doorsiens de Greenfield continuent de filtrer les mélodies. Surtout sur les classiques tels que " Nice and sleazy ", " 96 tears ", " All day and all the night ", " Hanging around " ou " No more heroes ". Et si les chansons les plus accessibles, telles que "Golden Brown" ou "Always the sun", ne possèdent plus cette précision auriculaire, elles n'ont rien perdu de leur pouvoir contagieux. Je ne vous apprendrai rien en vous annonçant que les fragments issus des quatre derniers opus sont les moins intéressants. Mais paradoxalement, joués en public, ils tiennent mieux la route. Et si vous n'êtes toujours pas convaincus par les Stranglers new look, il ne vous reste plus qu'à remettre sur votre vielle platine, vos vieux vinyles de " No more heroes ", " Rattus Norvegicus ", " The raven " et consorts. Et ce n'est pas de la provocation !

 

Ozark Henry

Birthmarks

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En général, les spécialistes s'accordent à dire que le troisième elpee d'un groupe ou d'un artiste, est celui de la maturité. Une conclusion qui prend toute sa signification sur " Birthmarks ". Un album dont vous avez certainement déjà entendu, sur l'une ou l'autre station radiophonique, " Rescue ", " Sweet instigator " ou l'hypnotique " Intersexual ". Et bien, toute l'œuvre est de la même veine. Dix fragments (16 sur l'édition limitée) qui baignent dans une trip hop mâtinée d'électro, de new wave, de jazz, d'indus, d'ambient, et surtout de pop ; une trip hop capable de s'adapter à n'importe quel biorythme. Dix chansons aux mélodies irrésistiblement mélancoliques, gorgées d'émotions, riches en harmonies et complexes dans leurs structures et leurs arrangements partagés entre chœurs gospel, section de cuivres et de cordes. Dix compositions bercées par la voix ample, soul, légèrement nasillarde de Piet Goddaer. Un Courtraisien, qui a conçu son opus comme la bande sonore d'un film qui n'existe pas… Ou peut être à inventer. Une chose est sûre, ce " Birthmarks " est un superbe album…

 

J.F. Muck

Playgrounds

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Pour enregistrer leur troisième album cet ensemble belge a de nouveau reçu le concours de Bob Weston, le bassiste de Shellac, à la production. Un disque de lo fi atmosphérique, sombre, ténébreuse, dominée par une instrumentation basique minimaliste, torturée, ébréchée, aride, voilée par une légère brume de claviers et écorchée par une voix terne, déclamatoire. Sur les onze titres que composent ce " Playground ", seul " White middle class " élève quelque peu le tempo, mais pour épouser une forme plus convulsive, plus sinistre. Coldcore !

 

Centro-Matic

Peindre des images avec des phrases...

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Will Johnson a fondé Centro-Matic en 1995. Mais à l'époque, ce n'était qu'un projet alternatif au groupe Funland. Chez qui il jouait des drums! Aussi, lorsque la formation a splitté, il a décidé de transformer son projet en véritable concept. Au sein duquel il joue, tout naturellement, de la guitare, chante et surtout compose. A une cadence frénétique ! En cinq à six années, il doit avoir écrit plus de 200 chansons. Dont il n'a pu, à ce jour, reproduire l'intégralité sur CD. Faut dire qu'à ce régime, il en aurait sorti près de 20 ! " All the falsest hearts can try " constitue donc et seulement le quatrième opus de Centro-Matic. M'enfin, Will semble avoir trouvé une solution pour écouler son stock de compos, puisqu'il a créé un nouveau projet alternatif : South San Gabriel. En compagnie duquel, il avait sorti un excellent opus essentiellement acoustique, " Song / Music ", début de cette année. " All the falsest hearts can try " explore la face la plus électrique de l'esprit de Johnson. Will n'a d'ailleurs pas besoin de moyens extraordinaires pour composer des chansons qui sortent de l'ordinaire. Et il s'en explique…

" Centro-Matic demeure mon dessein principal ; mais j'ai toujours pensé qu'il était judicieux d'imaginer de nouveaux débouchés pour créer de la musique. Une alternative qui me permet d'éviter la routine. De m'extraire d'un canevas rigide au sein duquel beaucoup de groupes se sont enfermés. Nous avons fondé South San Gabriel, parce que nous disposions d'un tel stock de chansons qu'il était devenu quasi impossible de toutes les enregistrer. J'ai donc choisi de réserver les plus électriques à Centro-Matic, et les plus calmes au projet parallèle. En outre SSG nous a permis d'inviter des amis en compagnie desquels nous avions toujours eu envie de jouer… " Will s'est même lancé dans la musique électronique. Mais il n'aime pas trop en parler : " Elles sont bien cachées sous mon lit ", précise-t-il. ‘Songs/Music’, l'album de South San Gabriel a très bien été reçu par la presse. Une réaction qui a beaucoup touché Will. Parce que si au départ cet opus n'a guère suscité de réactions, au bout de quelques semaines, elles ont commencé à se multiplier. " En fait, ce disque nécessite un cadre bien spécifique pour être apprécié. Parce qu'il est beaucoup plus calme et dégage une atmosphère intimiste… " Essentiellement acoustique, il contraste très fort avec celui de Centro-Matic. En fait, pour Will, le meilleur test pour une chanson, c'est de pouvoir la jouer aussi bien très fort que très doucement. De voir si au volume minimum ou jouée en acoustique, elle passe encore. " Les deux styles interpellent l'auditeur, mais de manière différente. Il est amusant et enrichissant de pouvoir aborder ces deux perspectives. Puissante, rock qui apporte une satisfaction physique ou bien calme, sans scratches ni feedback … "

Si Centro-Matic, à l'instar de Sebadoh, Pavement ou Silkworm émarge à la lo fi, c'est beaucoup plus par manque de moyens que par volonté de respecter une quelconque ligne de conduite. " En vérité, lorsque nous avons commencé à enregistrer, nous avions tellement peu de thunes pour entrer en studio, qu'on a effectué le boulot chez nous. Avec des moyens limités. D'ailleurs, avant que le groupe ne commence, c'était déjà ma manière de procéder. Aujourd'hui, c'est le drummer qui s'occupe de cette tâche. Et vu les conditions au sein desquelles il travaille, j'estime qu'il fait du bon boulot. Nous ne sommes pas des musiciens hors pair, mais nous faisons le maximum pour produire la meilleure musique, tout en gardant notre identité. Et puisque le public semble apprécier notre son rugueux, je ne vois pas pourquoi nous lui arrondirions les angles… " Des conditions qui ne sont probablement pas favorables à l'engagement éventuel d'un Ric Ocasek pour assumer la production. En outre, vu le rôle d'ingénieur du son, joué par le batteur, Will pense qu'il serait sain d'en discuter au sein de la formation avant de prendre la moindre décision. Et puis, il y a toujours cette question d'argent…

Will n'est pas du tout gêné de parler des artistes et des groupes qu'il aime, qui l'influencent et qui l'ont influencé. Neil Young, tout d'abord. Qu'il considère comme une grande star et dont les albums ‘Rust never sleeps’ et ‘Tonight the night’ constituent des références incontournables. " Il n'y a que quelques années que je me rends compte de l'influence qu'il a exercée sur moi. Pas seulement à cause de ses chansons et de sa manière de jouer. Mais par rapport à ce qu'il représente dans l'histoire de la musique. De ce qu'il a réalisé au cours de ces 30 dernières années. De l'intégrité qui le caractérise et qui m'impressionne… " Avant chaque tournée les musiciens de Centro-Matic ont même pris l'habitude de regarder le film ‘The year of the horse’. " Rien que regarder le Crazy Horse jouer me stimule, m'enflamme. Personne n'a jamais joué comme eux. C'est vraiment un des groupes les plus inspirateurs, même si cet avis n'engage que moi… " Autre influence majeure : les Replacements. " J'étais encore très jeune, et un cousin m'a prêté un de leurs disques. Après l'avoir écouté une seule fois, j'ai vraiment flashé. C'est devenu mon idole ! Il était très populaire à l'époque. Tu sais à l'école secondaire on s'identifie souvent à un artiste ou un groupe. Celui-là est nul et par contre celui là est génial. Et j'ai commencé alors à collectionner toute leur discographie. Je suis originaire d'un bled où il n'y avait pas de disquaire. Donc toutes les raisons étaient bonnes pour acquérir ses disques dans une grande ville voisine ou par correspondance. Ma platine doit s'en souvenir… "  

Will considère Guided By Voices comme un exemple à suivre ; parce que nonobstant les difficultés qu'ils ont rencontrées à leurs débuts, ils ont réussi à prendre leur propre destin en main, à créer leur propre univers. " Leur production est phénoménale. Ils symbolisent l'histoire d'un succès américain. A leur place, beaucoup de formations, auraient attendu qu'un label les prenne en charge. Ils sont parvenus à enregistrer de superbes disques avec très peu de moyens. Ils sont uniques en leur genre… " Dinosaur Jr, Uncle Tupelo et les Flaming Lips constituent des références communes aux musiciens de Centro-Matic. Ils ont assisté à de nombreux concerts de ces groupes. " Au début des 90's, il n'était pas évident de rencontrer un bon combo capable d'écrire de bonnes chansons. Car le mouvement grunge, qui était plutôt une histoire de son, avait écrasé les véritables auteurs/compositeurs. Dinosaur Jr, les Replacements et les Flaming Lips avaient été épargnés par ce mouvement. Ils sont devenus, en quelque sorte, des précurseurs. Et c'est grâce à eux que la musique a pris une nouvelle impulsion. Alors, tu comprends que lorsque tu apprends à écrire des chansons, il est difficile d'ignorer de telles influences. Surtout au début ! "

Les musiciens de Big Star habitent un bled sis juste à côté de celui où Will a passé son enfance. " Nous sommes voisins. Nos chiens mangent ensemble… " Mais pourquoi leur a-t-il fallu près de 20 ans de travail pour atteindre un peu de notoriété ? " Ils possèdent une sensibilité pop incroyable. Mais ils ne sont pas arrivés au bon moment. C'est ce qui explique, sans doute, pourquoi leur succès a été si tardif… " Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce sont les grands parents de Will qui lui ont communiqué le goût de la musique country. En lui faisant découvrir, tout gosse, des artistes comme Johnny Cash ou Hank Williams, dont ils possédaient tous les disques. " C'est à eux que je dois mon approche musicale de l'écriture. Une approche qui s'est gravée dans mon subconscient depuis cette époque. Et cet aspect sombre, meurtrier, des chansons, se retrouve plus présent dans le répertoire de South San Gabriel. Des chansons qui consomment un tas de pedal steel, un orgue hammond, et d'autres instruments spécifiques à cette musique. A une certaine époque, j'avais peur de les jouer devant ma mère. Et puis je me suis rendu compte que c'était ces chansons là qu'elle préférait. Je ne remercierai jamais assez mes grands-parents pour m'avoir fait écouter un tel répertoire, plutôt que Village People… "

Mais venons-en justement aux lyrics de Will. Très difficiles à décortiquer, voire à comprendre, ils sont aussi ambigus que ceux de Michael Stipe du REM. Ce qui provoque, instantanément, un grand éclat de rires chez l'intéressé. De nombreux journalistes lui ont déjà posé cette question. Et lorsqu'il leur explique le sens qu'il veut leur donner, ils s'en retournent déçus. Ainsi, il a décidé de ne plus donner d'explications à ce sujet. Parce que pour Will, le plus important est l'expérience que chacun peut retirer de la chanson. " Au lieu de décrire quelque chose en noir et blanc je tente de suggérer plutôt des images. Un peu comme si on peignait des images avec des phrases. Et puis on s'arrête. On s'assied. Et on remet une couche… " C'est sans soute la raison pour laquelle ses lyrics sont souvent comparés à ceux de Stipe. " Il y a même des chansons qui prennent même, après un certain temps, un sens nouveau. Une signification que je ne m'imaginais pas lorsque je les ai écrites. Oui, je sais, ce n'est pas évident. Mais c'est aussi le plaisir que l'on peut tirer lorsqu'on entretient le mystère qui les entoure. Mais je n'écris pas que des textes ambigus. J'en ai également composé de plus directs… " (Il cherche, mais ne trouve pas)

Issu de Denton, donc du Texas de George Bush, il était intéressant de poser une petite colle à Will : son avis sur la peine de mort. Il n'est pas encore parvenu à se faire une opinion définitive sur le sujet. " Je crois que c'est une prise de conscience individuelle. La question est aussi importante que la réponse. Et ma réponse n'est pas définitive. Je suis conscient qu'il y a eu des erreurs. Tout dépend des cas. Parfois c'est justifié. Parfois, pas du tout. Mais je suis encore occupé de réfléchir à la question… "

Merci à Vincent Devos

 

Lunascape

My 2nd skin (single)

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Deux titres sur le nouveau single de cette formation belge, au sein de laquelle on retrouve l'ex chanteuse de Hooverphonic, Kyoko Baertsoen. Une chanteuse dont le timbre limpide, cristallin, éthéré, évoque tantôt Karin Oliver (la première vocaliste de His Name Is alive), tantôt Heather Nova. Heather Nova, c'est également le groupe auquel me fait penser le plus le morceau maître de ce disque. A cause des cordes de guitare chatoyantes, bringuebalantes, qui découpent littéralement la mélodie de cette chanson pop contagieuse, presque hymnique. Quant au deuxième fragment, il trempe dans une forme de trip hop atmosphérique, que ne désavouerait pas… Hooverphonic. Nous en saurons plus lors de la sortie de leur premier album…

Lonnie Mack

From Nashville to Memphis

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Lonnie Mack est une véritable légende de la guitare. Un statut qu'il s'est forgé à l'aide de sa superbe Flying V. Un géant qui a influencé des stars comme Eric Clapton, Keith Richard ou Stevie Ray Vaughan. Il est né en 1941 à Harrison dans l'Indiana, non loin de Cincinatti. Avec le temps, il est devenu de plus en plus discret. Ce qui explique, sans doute, pourquoi le label Ace a décidé de le rappeler à notre bon souvenir. En immortalisant des enregistrements destinés au label Fraternity, commis au cours des 60s.

Après " Lonnie on the move " et " Memphis Wham ", il lui consacre aujourd'hui un 3ème album. Un disque, bien évidemment, destiné à nous entraîner sur ses routes de prédilection. Dans le Tennessee, entre Nashville et Memphis. Une collection largement instrumentale qui s'ouvre par la reprise du " Soul serenade " de King Curtis, rebaptisée pour la circonstance " Beau Dollar & the Coins " ; et embraie par un fragment millésimé 64, " Dallas ". Sur les 26 plages de cet opus, quelques morceaux valent vraiment leur pesant d'or. Et en particulier le bluesy " Tonky-go-go ", au cours duquel il accorde de sa Flying V, une brillante partie de guitare. Ou encore " I left my heart in San Francisco " ainsi que la remarquable reprise du célèbre " Honky Tonk 65 ", enregistrée à Miami en….65. Sans oublier " Omaha ", un fragment pompé sur " The stumble " de Freddie King et abordé exactement dans le style qu'on lui connaît. Un blues perdu intitulé " The Circus song ". Un titre à la mélodie très Far West, récupéré d'une autre session perdue : " Wildwood flower ". " Teacha ", auquel il inflige un traitement latin sur le thème de " What'd I say ". Et enfin " Coastin ". Tout aussi excellent, " Doggin " remonte à 64. Un morceau au cours duquel sa guitare établit un dialogue avec un piano électrique. Enrichi par le chant de Max Falcon, " I'm so satisfied " date des 1ères sessions réalisées en 63. Un blues lent de bonne facture ! Et bien entendu, au bout du périple, nous arrivons à Memphis pour y célébrer le thème du même nom, créé par Chuck Berry. Une tranche d'histoire !

 

-M-

Le tour de M

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Ce double album live permet de mesurer combien M sait manier sa guitare électrique avec des solos bien percutants. Plus largement, la scène donne à ses chansons le groove et la pêche voulus. On apprécie aussi, mais cela on le savait déjà, les modulations parfois surprenantes de la voix de Mathieu. Tout cela compense les travers récurrents des disques en public : les quelques propos démagogiques qui échappent forcément à la vedette en cours de concert et les refrains repris en chœur passent moins bien sans la magie du direct. C'est le cas du célèbre " Je dis Aime ", brandi " Comme un emblème " pour ouvrir et fermer le disque et dont la reprise entend être " la version du public ".

Heureusement, ils ne sont pas très nombreux sur ces albums. " Le tour de M " est donc une bonne entrée en matière pour découvrir le travail à la fois populaire et hors-normes de ce véritable artiste. Notre préférence sur ces 110 minutes de musique bien énergiques ira au tempo irrésistible du " Complexe du corn flakes " (" Tous les matins, ça me vexe ").