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Grégory Escouflaire

Grégory Escouflaire

samedi, 31 décembre 2005 02:00

The Weight is a Gift

C’est bien que Matthew Caws ait pu arrêter son boulot de disquaire, grâce au succès de « Let Go », l’excellent troisième album de Nada Surf. En même temps, un boulot de disquaire, c’est formidable : être plongé dans ce qu’on aime le plus (NDR : la musique) toute la journée, moyennant dividendes, forcément on aurait tort de se priver. En même temps, se coltiner le fan de Véronique Sanson ou l’aïeul sourd et malpropre qui coche dans sa vieille liste pourrie le 189e disque de Bach qu’il vient d’acheter, les yeux fébriles, la langue pendante, le crâne qui pellicule… Ca le fait déjà moins. D’où l’intermède musical, le groupe de potes qui ‘boeufent’, voire mieux : qui connaît la gloire, puis le succès critique. Nada Surf, donc ? Le malentendu « Popular », la retraite commerciale, le deuxième album perdu dans les limbes de la distribution, le retour inattendu, puis cet album, « The Weight is a Gift »… Un cadeau de poids. Une écriture limpide, pop au sens noble du terme. De la mélancolie, parfois même énergique. Le truc « High Fidelity », en somme… Pas étonnant que Matthew Caws était jadis disquaire ! Alors, quoi ?!?, faut-il être terriblement heureux pour écouter de la musique pop, ou profondément désespéré ? Le mieux est de rester gentil, surtout avec les ‘bons clients’.
mardi, 08 août 2006 03:00

Wishingbone

« Subtil » : « Qui a de la finesse, qui est habile à percevoir, à sentir des nuances, des rapports que la plupart ne discernent pas, ou à agir avec une ingéniosité raffinée ». On ne peut rêver meilleure définition pour décrire la musique de Subtle, l’un des nombreux projets du fantasque Dose One (cLOUDDEAD, Themselves). Après l’album « A New White », le trublion d’Anticon (toujours accompagné de Jel et d’autres potes turbulents) revient avec cet EP d’inédits et de remixes, avant un « For Hero, For Fool » prévu pour l’automne. Le titre d’ouverture, « Swan Meat », sonne comme du Subtle pur jus, bref comme rien d’autre : hip hop, (kraut) rock, electro,… Peu importe : ça dégage les neurones, comme de sniffer de la colle en écoutant Tortoise, De La Soul, Julian Cope, Venetian Snares et Slowdive en même temps. Après un remix pour Beck (« Farewell Ride », de « Guerolito »), la suite de « I Love L.A. » (« I Love L.A. 2 », feat. Hrvatski) se la joue quasi ambient, avant un remix electro-pop (rave ?) du single « F.K.O. » par Console. Ms. John Soda n’est forcément pas loin (le remix de " I... "), et Fog ferme la marche en jouant les backing band (« Swan Song Meat »). En bonus, un DVD réalisé par le trio SSSR (un très beau clip de 15 minutes), des férus d’'anime' qui viennent d’être signés chez Passion Pictures (la boîte de Gorillaz). Une œuvre totale (le digipack !), du vrai travail d’artiste.

 

mardi, 18 avril 2006 03:00

Menteur

Cali est une star. Intitulé « L’Amour Parfait » (et ça n’existe pas), son premier album s’est vendu à plus d’un demi million d’exemplaires chez nos voisins français. Et le type n’a pas arrêté entre-temps de donner des concerts, déversant ses tripes chaque soir comme si sa vie en dépendait. Devant lui, les jeunes (et moins jeunes) filles se pâment en buvant ses paroles, pourtant plutôt caustiques. Elles évoquent l’amour qui part en couilles, et ces hommes qui n’en ont pas vraiment, c’est-à-dire la plupart. La retenue, ce n’est pas son truc, même s’il a piqué pas mal à Brel. « Je sais », triste comptine sur l’être absent, donne ainsi la réplique à la chanson du maître belge, « Voir un ami pleurer », et de fait on verserait bien une larme. Pour le reste, Cali n’a toujours pas repeint sa chambre en rose bonbon, même si son cœur est pris, et qu’au final il n’a pas l’air si terrassé par l’amertume. Autrement dit on barbote toujours en plein désespoir matrimonial, ‘post-coïtal animal triste’, et vas-y que je tombe du balcon en pleine sérénade shakespearienne. Si les textes à l’anglo-saxonne (Brautigan, Fante, Salinger,…) se révèlent ici parfois moins inspirés (le pénible « Roberta »), l’écrin musical, lui, bénéficie des largesses de la maison de disques… Qui mise beaucoup sur Bruno Caliciuri, le phénomène, 500.000 disques, pour rappel. D’où les guitares de M, le duo avec le zombie Daniel Darc, et surtout la présence de Steve Wickham, violoniste chez les Waterboys, le groupe préféré du chanteur. La vie est belle pour Cali, dont beaucoup de gens se soucient malgré le single (« Qui se soucie de moi »), parce que c’est évident : ce type est sympathique. Et peu importe s’il joue de plus en plus au Calimero de la cause masculine : du moment qu’il n’aille pas chez Drucker, l’honneur lui sera sauf.

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Expander

Quatuor issu de Berlin, Mina mixa benoîtement électro bontempi et rock alternatif. Cet " Expander " n'est d'ailleurs qu'un prétexte à en rajouter une couche, puisqu'il s'agit d'un album remix de leur précédente livraison, " A to B ". Au programme, l'électro-jazz du Notwist Micha Acher (" Boyroc/Lovers Rest "), la techno futée de Freischwimmer (" TBA "), la pop synthétique de Sitcom Warriors, croisement entre PIL et Bryan Ferry (" N° 6 "), l'instrumental samplant jeux vidéo et le " Low " de Bowie (Mina eux-mêmes, avec la reprise du " Theme From Arkanoid "), etc. La scène allemande se porte bien, merci pour elle… Bien que tout de même, il y a ici à boire et à manger. Certes pas mal comme exercice de relecture, mais tant qu'à faire, autant écouter le " Versus " des Kings of Convenience.

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Your Love Means Everything

On avait découvert Faultline il y a trois ans avec "Closer Colder", un album d'électro sombre et torturée, où se mêlaient violons malades, beats dépités et jazz à bout de nerfs. Derrière cet album sorti de nulle part, à des encablures du gotha trip-hop et big beat alors en vogue, se cachait un certain David Kosten, inconnu des pages d'or du monde techno, échoué sans passeport sur le label Leaf et jamais invité aux fêtes médiatiques. Pourtant, ceux qui auront eu la chance de croiser cet homme invisible via leurs platines n'en sortiront pas indemnes, sûrs d'avoir trouvé un nouvel ami pour la vie, timide mais fort attachant. Et voilà qu'aujourd'hui, David Kosten sort de son trou et se fend d'un deuxième album encore plus fort, plus écrit, plus mature. Fini les contrats d'anonymat et les fins de mois difficiles : Kosten se paie les plus grandes voix de la pop pour accompagner ses chansons (Chris Martin de Coldplay, Michael Stipe de REM et Wayne Coyne des Flaming Lips), sans pour cela vendre son âme au show-business. Au final, "Your Love Means Everything" sonne comme un chef-d'œuvre d'électro-songwriting baroque, assez proche en cela des travaux de DJ Shadow et de Brian Eno, mais pourtant sans équivalent ni concurrence. Plus formaté "chanson" que "Closer Colder", mais toujours aussi surprenant, cet album risque fort de devenir un (autre) classique ; et cette fois-ci, c'est sûr, sans passer inaperçu.

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Moments In Dub

DJ basé à Chicago mais de réputation internationale, Jordan Fields sort enfin son premier album, après des années de bourlingue à travers le monde et quelques maxis signés sous divers pseudonymes (Surreal Fields, Tropical Underground, Club Orchestra,…). " Moments In Dub " regorge évidemment de bombes dance-floor (" Paradise Garage " et " We Can Make It " en priorité), mais aussi de titres plus downtempo, comme ce " Soho Loungin " tout en douceur, parfait pour " comater " après s'être trop défoulé. Au rayon des influences, on retrouve Larry Levan, Dave Clarke, voire Roger Sanchez, bref que du beau monde… Mais c'est quand Fields se lâche que l'on passe les meilleurs moments, avec par exemple ce " What You Want " coté hip hop - une tentative étonnante de la part d'un DJ connu avant tout pour ses matraquages de BPMs. Pas mal pour un début, et peut-être le signe d'une renaissance du côté de chez Mo'Wax… On peut toujours rêver.

 

mardi, 31 décembre 1985 02:00

World of Echo

Personnage culte de l’underground disco/no wave new-yorkais, Arthur Russell s'est imposé dans les années 80 comme l’un des précurseurs du digital dub, de la house garage et de la ‘minimal’ techno en vogue à l’heure actuelle. De Superpitcher à Rhythm & Sound, de DFA à Raster-Noton, nombreux sont les esthètes du beat contemporain qui doivent à ce génie, mort du SIDA en 1992, leur sens du BPM qui dure et de la nappe qui s’étire. ‘C’est la ouate’, comme on dit, et ce « World of Echo » en est la saisissante traduction sonore. Enregistré en 1985-86, cet album méconnu mais séminal est enfin réédité par Rough Trade, en même temps que sort chez Soul Jazz une compile de ses ‘tubes’ écrits sous différents alias (Lola, Dinosaur L, Loose Joint). Compagnon de (dé)route d’Allen Ginsberg, de David Byrne et de Rhys Chatham, Arthur Russell s’est évertué toute sa carrière à remuer l’espace, le temps, en usant de l’écho ou de la reverb comme d’un instrument à part entière. Cette dynamique nouvelle, empruntant à la fois ses idées aux minimalistes (Glass, Reich, Riley) et aux premiers DJ’s (Levan, Kevorkian, Mancuso), provoque à l’audition cette sensation de vague à l’âme extrême, d’étrange dilatation. De l’art de la dilution, de la réminiscence : celle d’un monde prénatal, comme baigné dans un liquide amniotique, qui sauve des maladies. L’oreille ainsi plongée dans un autre espace-temps, ne reste plus qu’au cerveau de divaguer à l’aise, ses synapses caressées par ce ‘cello’ qui vibre. Et la dance, dans tout ça ? Elle frétille sous le panégyrique : si Russell est comparé parfois à un théoricien disco, aimé seulement des têtes chercheuses, sa musique invite aussi nos pieds à taper la cadence. Une cadence étrange, peut-être, mais d’une puissance le plus souvent mystique.



 

 

 

dimanche, 29 juin 2003 03:00

Rock Werchter 2003 : dimanche 29 juin

A peine remis de la veille, nous voilà repartis pour une journée de décibels, de coma sous le soleil et de sprint entre les deux scènes : heureusement qu’avant Cypress Hill, les artistes qui se sont succédés n’étaient pas de ceux qui exigent à leur écoute des boules Quiès et du Nurofen (à l’exception des gamins de Good Charlotte). Le rock burné, c’était hier. Aujourd’hui, c’est le rendez-vous des familles. Pour redémarrer en douceur après trois nuits de camping et trois (deux et demie) journées de festival, rien de mieux qu’un petit Das Pop, ce groupe flamand sans prétention qui allie mélodies catchy et légères touches eighties. Nonobstant le synthé qui faisait des siennes, Bent Van Looy et les autres redoubleront d’énergie pour faire oublier cet incident technique. Tous leurs hits seront passés en revue, plus une reprise sympathique de l’« Abracadabra » du Steve Miller Band.

De quoi se mettre de bonne humeur pour le reste de la journée, et accueillir en fanfare les joyeux drilles de De La Soul, qu’on croyait pourtant définitivement à la retraite. Deux platines, trois MC’s : les rappeurs old school du « Daisy Age » (ce rap hippie, en rien revanchard) n’ont besoin de rien d’autre pour mettre le feu. «  Me, Myself and I », « Ring Ring Ring », « Stakes Is High », « Thru Ya City », « All Good », « Oooh » : autant de hits cool et sympathiques qui s’apprécient à l’aise, assis, debout ou couché.

Idem pour la musique ensorcelante des Hollandais de Zuco 103, qui mixe allègrement samba brésilienne, BPMs exotiques et fiesta latino. Entourée d’un groupe soudé (le percussionniste Stefan Kruger, le claviériste Stefan Schmid, plus un bassiste et un DJ), Lillian Vieira pouvait se lâcher et narguer les spectateurs de ses poses suggestives. En trois quarts d’heure, l’électrisante chanteuse n’aura laissé aucune chance aux festivaliers en bout de course, assommés par la chaleur et le manque de repos. « Vous chantiez ! (Ces trois derniers jours) J’en suis fort aise… Eh bien, dansez maintenant ! », semble-t-elle dire aux endormis qui osent rester de marbre face à ses déhanchements lascifs… La musique elle aussi était chaude comme la braise : d’abord on souffle dessus (le début du concert), puis ça prend doucement, pour finir en brasier (la fin, boombastic avec ses rythmes house, balearic, afro). Zuco 103 sort un album live en septembre, qu’on espère enregistré à Werchter… Ca nous rappellera les vacances, et ce chouette moment qu’on a passé à danser sous le Marquee, trempé et content, la fatigue presque oubliée…

Presque. Parce qu’après la samba, c’est l’heure des ballades écorchées, du coup de pompe au cœur, de la mélancolie possessive : « If words could kill/I’d spell out your name », susurre Tom McRae sur « The Boy with the Bubblegun », en toute fin de concert. Auparavant, l’Anglais dépressif aura plaisanté sur son hamster et sur la pluie qui le poursuit (heureusement pas ici), enchaînant ses perles avec retenue mais délicatesse. « You Only Disappear » ouvre le bal (celui de « Carrie » ?), suivi du tubesque « Karaoke Soul » (et ses violons insistants), puis de « Dose Me Up », « A&B Song », etc. Normalement plus à l’aise en salle, McRae se sera montré bien bavard, et son folk-rock crépusculaire n’aura jamais pâti de la concurrence déloyale des gros décibels de Supergrass, au même instant sur la Main Stage. Gaz et ses trois potes ont beau faire du boucan, rien n’y fait : le soleil a vaincu les plus solides, qui dorment lamentablement entre deux piles de verres en plastique ramassés pendant le set des affreux Stereophonics. Et pourtant, Supergrass aura mis les bouchées doubles: « Sun Hits The Sky », « Lose It », « Mary », « Moving », « Pumping on your Stereo », « Richard III », « Lenny », « Caught by the Fuzz »,… Que des classiques, en plus de quelques morceaux de leur dernier album, « Life On Other Planets ». La chaleur ? Quelle blague ! Même le sang (la cuisse de Danny, étrangement blessée) n’arrête pas ces quatre Anglais, qu’on croirait échappés de la Planète des Singes. Mais que fait la Croix Rouge ?

Peut-être a-t-elle trop de boulot du côté du Marquee, plein comme œuf depuis l’arrivée sur scène de Skin, l’ex chanteuse de Skunk Anansie. Une chose est sûre : si la tigresse a rétracté ses griffes et laissé pousser sa crinière, elle n’en a pas pour autant perdu son sex appeal. « I’d like to shag you all », ronronne-t-elle après une version remodelée de « Weak » (dépucelée ?) : euh, oui, mais, hum, tout le monde en même temps ? Restons-en à la musique, ça vaudra mieux : moins sauvage que le pop-rock-metal de son ancien groupe, plus câline, elle se goûte sans danger, comme si l’amour avait remplacé la colère, les bons sentiments la rancune et la rage. Il est bien fini le temps des « Selling Jesus » : Skin se met à nu, au sens figuré pour une fois. De son interprétation en douceur, on retiendra surtout ce « Trashed » habité, et bien sûr « Twisted » et « Hedonism », qui nous rappellent avec émotion cette époque où la féline rôdait sur la Main Stage en montrant les crocs…

De belles chansons pour les cœurs tendres : c’est aussi la spécialité d’une autre donzelle au physique avantageux, Nina Persson des Cardigans. Avec son beau minois et sa voix caressante, la belle Suédoise aura charmé l’assemblée, faute de mieux. C’est que les chansons des Cardigans passent mal en plein soleil, plus habituées à la tiédeur du soir et aux ambiances feutrées qu’au raout de masse… En plus de tous ses mâles, Nina partageait la scène avec Eva, une charmante nouvelle recrue : encore une, et c’est les Corrs ! Sans blague : ce « Lovefool » mièvre et sucré, c’est bon pour « Tournez Manège »… Seuls « Erase & Rewind » et « My Favorite Game » oseront accélérer la cadence et piétiner les plates-bandes d’une pop-rock plus couillue. Mais le grand huit musical, lui, n’est pas encore au programme. 

Heureusement qu’il y avait Cypress Hill pour réveiller enfin cette foule anesthésiée : qu’ils soient là reste certes un mystère (ils n’ont plus rien sorti depuis un bail), mais au moins leur set aura eu le mérite de faire trembler la plaine, sous les coups de boutoir de bonnes grosses basses et d’appels festifs à la défonce. « I Wanna Get High », « Hits From The Bong », « Stoned Is The Way » : il n’en fallait pas plus pour remuer les fumeurs de haschisch mais aussi les autres, tout aussi défoncés par les rayons U-VB qui filtrent à travers la couche d’ozone. Aaah, que ça tape dur sur nos têtes ! Mais B-Real et Sen Dog n’ont rien à faire de nos malheurs : ils balancent leurs bombes de « stone-rap » sans interludes – 14 titres en 50 minutes ! Des hits, pour la plupart : « Ain’t Going Like That » en ouverture, puis « Pigs », « Cock the Hammer », « Dr Greenthumb » (illuminé par un solo de percus très impressionnant), « When The Shit Goes Down », et bien sûr « Insane In The Brain », avec pour terminer le terrifiant « Rock Superstar » et ses riffs métalliques (samplés) qui laissèrent le public à genou… Au loin, tandis que se dispersaient déjà les spectateurs à la recherche d’un désaltérant bien mérité, les premiers nuages de la journée voilèrent enfin le soleil, rafraîchissant l’atmosphère juste avant le début du concert des Audio Bullys, sous la tente.

Simon Franks pourrait bien être le cousin de Mike Skinner : même dégaine de vacancier british débonnaire, même accent de « lad » ayant grandi dans la banlieue de Londres (ou d’ailleurs), même attirance pour la Jupiler… Sauf qu’ici les beats cognent davantage, et les refrains sentent plus l’Axe « fraîcheur pour hommes » : les Audio Bullys, avec leur « hooligan house » de comptoir et leur look de « trainspotters », ne font donc pas dans la dentelle… Sur CD (voir chronique), c’est plutôt limite, mais en live ça dérouille les guiboles. Les mains en l’air, yeaaaahhh ! ! ! Et même si le MC était parfois à la masse, et sa voix sans relief, on aura bien dansé, bien sué, bien ri. Le clou du spectacle : un « We Don’t Care » hénaurme, qui nous mit sur les rotules. LE concert bourrin du festival, bref un grand moment, que l’on s’empressera de raconter aux potes. La prochaine fois (au Pukkelpop), on prendra notre sifflet et nos fumigènes achetés au Fan Shop du Sporting Club d’Anderlecht.

Après telle bamboula, le rock à papa de Coldplay aurait pu casser l’ambiance : c’était sans compter sur le professionnalisme des quatre fils préférés de l’Angleterre, et surtout sur le charisme de Chris Martin, devenue une véritable bête de scène en l’espace de quelques mois de tournée intensive. Pour rappel, Coldplay avait joué à Werchter l’année dernière, en fin d’après-midi, devant un public à peine attentif. Douze mois plus tard, la donne a fort changé : les Britanniques sont maintenant des stars, prêtes à rivaliser avec, au hasard, REM… selon Martin « le deuxième meilleur groupe du monde » ! Rarement en tout cas aura-t-on vu plus belle ascension : dire qu’il y a trois ans, ils jouaient dans la tente Club du Pukkelpop à 13h00 tapantes ! Et si Chris Martin devenait le nouveau Bono (mais un Bono des quartiers riches, un peu coincé et trop lettré) ? C’est bien parti pour lui, au vu du tour de son col de chemise, qui ne cesse de s’élargir… Oui, le leader de Coldplay attrape la « grosse tête » : pendant « Everything’s Not Lost », c’est à peine s’il obligea le public à chanter, vexé qu’il ne s’y soit pas mis plus tôt… Non mais, gros mégalo ! Mis à part ça, le concert fût de très bonne tenue : tous les hits, en plus d’un inédit (« Your World’s Turned Upside Down », très… U2) et d’une face B qui n’en avait pas l’air (« One I Love »). Coldplay semble un groupe fait pour durer, dont la popularité ne cesse de grandir. Reste à espérer que Chris Martin ne deviendra pas une rock star imbuvable, et qu’il arrêtera de nous pomper l’air avec son « World Trade Fair ».

Et puis vint le miracle, la béatitude, la huitième merveille du monde, la bénédiction « urbi et orbi » : Moloko et son électro-pop-funky-jazz de bazar, Roisin Murphy et son air mutin, tous ces tubes enchaînés repris à tue-tête par un public déchaîné. Une ambiance incroyable. Une chaleur tropicale. Un concert torride. Une sacrée claque. Moloko n’était jamais arrivé à cette perfection, atteinte ici en deux tours de passe-passe : dès les premières notes de « Familiar Feeling » la joie du public explosa ; comme si toute la journée il avait fallu attendre le moment opportun pour se laisser aller, pour jouir tous ensemble, pour s’oublier dans le « nous », en vibrant aux beats groovy de la sexy Roisin, seule maîtresse à bord de cette Pyramide qui tangue, qui chavire, qui transpire. Quelle femme ! Cette voix ! Qui passe sans problèmes du blues langoureux (sur « I Want You ») aux gémissements lascifs du dance-floor extatique (le reste). « Come On », « Fun For Me », « Pure Pleasure Seeker », « Forever More », « Cannot Contain This » : autant de hits exutoires qui nous auront emmenés au septième ciel… Dommage d’ailleurs qu’il n’en existe pas un huitième, parce qu’avec « The Time Is Now » et « Sing It Back », on serait bien monté encore un peu plus haut… Il reste encore REM, Gotan Project et Buscemi, mais pour nous le festival pourrait s’achever là, à genoux, les mains jointes, devant Roisin, notre Madone du week-end, Sainte protectrice des festivaliers à bout de souffle, tannés par le soleil mais contents de cette quasi-fin mémorable.

A peine nos esprits retrouvés, voilà qu’on hallucine devant trois lettres rouges qui semblent clignoter au loin, sur la Main Stage : L.U.V. Mais voilà que déboule Michael Stipe, et l’on finit par comprendre : c’est REM, et tout est AMOUR. Le concert commence par deux vieux morceaux bien remuants, « Get Up » et « Begin the Begin ». C’est la cinquième fois que REM nous rend visite à Werchter (85, 89, 95, 99, 03), cette fois pour promouvoir un best of (1989-2001) qui sort à la rentrée. Stipe, aidé par Peter Buck, se souvient : les Ramones, Jeff Buckley, Lou Reed,… Ils étaient là eux aussi. Quelques années plus tard, il ne reste qu’eux trois, amputés d’un batteur mais encore au top : la marque des grands groupes. « Drive » fait tomber sur la plaine une ambiance religieuse… Mais un nouveau morceau, « Animal », replonge les VU dans le rouge : apparemment, le prochain album sera plus rock (une impression confirmée plus tard par « Bad Day », un deuxième inédit). « The One I Love », « Finest Worksong » (tous les deux de « Document »), « Daysleeper », « What’s the Frequency, Kenneth ? » : il faudrait trois heures au groupe pour jouer tous ses hits…  Mais c’est aux premières notes de « Losing My Religion » que le public s’enflamme vraiment, reprenant les paroles en chœur, le sourire aux lèvres, les yeux fermés pour certains. Ces moments-là, quand tout le monde vibre en même temps, sont souvent inoubliables. C’est le moment pour Stipe, Mills et Buck de calmer le jeu, avec « At My Most Beautiful » et « Electrolite », deux belles chansons qui montrent l’étendue de leur talent… Ces gars-là peuvent aussi bien écrire un hymne pop sans âge qu’une ballade simple et touchante : très fort. Après une brève incursion dans leur dernier album, « Reveal » ( « She Just Wants to Be » et « Imitation of Life »), « Man on the Moon » et « Walk Unafraid » finissent de nous séduire… En rappel, « Everybody Hurts » (interrompu par une fan hystérique) et « Cuyahoga » (de « Lifes Rich Pageant », paru en 87) montrent une dernière fois à quel point REM joue toujours sans filet, étalant une classe impressionnante (et quel talent !). « It’s the End of the World… » clôture le spectacle en beauté, avec un Stipe survolté qui semble rajeuni de 20 ans. Pour une fois la pluie n’aura pas gâché la fête : alors que les trois lettres L., U., V. clignotent et s’éteignent, il est temps pour nous de baisser pavillon et de plier bagage. Quatre jours de décibels, de bières et de coups de soleil, ça fatigue… L’année prochaine, c’est certain, on louera un mobil home. 

La sonnette retentit vers 20h00 alors qu’on vient à peine de tremper nos lèvres dans un gobelet de mousse, et surprise : c’est Keren Ann qui déboule sur la scène du Cirque Royal, en robe H&M et tongs brésiliennes. A peine un ‘Bonjour’ plus tard et voilà les trois premiers titres emballés et pesés, « In Your Back », « The Harder Ships of the World » et « It Ain’t No Crime ». Trois morceaux tirés du nouveau disque de l’Israélienne, plus rock, moins intimistes : il semblerait que l’exil de la chanteuse en Amérique l’ait poussé à rogner un peu les angles, à limer tout particularisme. Finies les cocasseries ambient-folk à la Lady & Bird, Keren Ann joue désormais du rock country à la sauce Emmylou. « Sailor & Widow » suivi de « Nolita » nous rassurent pendant 10 minutes : le public, attentif, ose enfin lâcher un premier râle de satisfaction. Le nez dans son Fender, Albin de la Simone remplit correctement son contrat de travail, tout comme Thomas Semence (du backing band de Jean-Louis Aubert) à la guitare et (parfois) à la basse. Soupirs et bâillements dus à la position assise, et à ces nouveaux titres (« Where No Endings End », « Lay Your Head Down ») qui souffrent d’une nonchalance conservatrice. Keren Ann n’interprétera aucun de ses morceaux ‘en français dans le texte’, même si elle est à Bruxelles et non pas à New York, nouveau terrain promotionnel. Heureusement « Chelsea Burns », « Not Going Anywhere » et « Spanish Song Bird » rappelleront à notre bon souvenir que la Française d’adoption a sorti par le passé de bons petits disques. Depuis lors la roue a tourné et Keren Ann n’occupe plus le devant de la scène… D’ailleurs il est 21h00 et c’est déjà fini : comme apéro on espérait quelque chose de plus fort.

Auréolé du Prix Constantin et boosté par une presse dithyrambique, Abd Al Malik entretient une relation des plus fécondes avec la Belgique : c’est ici qu’il a eu l’idée de son premier album solo (« Gibraltar »), et c’est sûrement pour ça qu’il est si souvent dans la place. ‘Bruxelles… Je t’aime !’ seront d’ailleurs ses derniers mots à l’égard du public, debout pour l’acclamer. Entouré du jazzman Laurent De Wilde et d’autres musiciens acquis à sa cause humaniste et rebelle, le slammeur raconte ses histoires avec une belle persuasion et un sens chaloupé du groove. « Soldat de Plomb » démarre les festivités, suivi de « M’Effacer » mais sans le support vocal de Keren Ann, ‘partie rejoindre son amoureux’, dixit Abd Al Malik : dommage, l’occasion était belle et franchement attendue… En matière d’effacement la chanteuse aura prouvé une heure plus tôt qu’elle sait de quoi elle parle, mais en fin de compte peu importe : la vedette, ce soir, c’est Abd Al Malik, un type vraiment sympa. Après « 12 Septembre 2001 » notre homme se fait grave (« La Gravité »), avant de balancer un « Gibraltar » fiévreux qui emballe l’assemblée. Un hommage à Jacques Brel plus tard (« Ce grand rappeur »), Abd Al Malik entonne « Les Autres », « Céline » et « L’Alchimiste ». Le public est conquis par ce mix de jazz, de hip hop et de chanson française, même si l’on cherche des yeux les b-boys de service. ‘Vive la Belgique arc-en-ciel et débarrassée de toutes ses peurs’, lancera le jeune homme cagoulé en début de concert : en programmant sur la même scène Keren Ann, Truffaz et Malik, le Botanique a bien compris le message. Relever le défi de l’ouverture d’esprit, voilà une belle bataille à laquelle nos salles de concert devraient plus souvent se résoudre. Le Botanique l’a fait, le public a suivi : on ne pouvait rêver mieux pour le démarrage de ces Nuits.

Keren Ann + Abd Al Malik (Cirque Royal)

 

jeudi, 24 mai 2007 18:36

Visqueen

Aaaah, on l’attendait comme le messie, ce nouvel album de Channel Zero ! Onze ans, dites-donc, et pas un poil blanc sur la luette de notre ami Franky ! Sans déconner : ce nouvel album d’Unsane sonne comme du metal bleu blanc belge d’il y a perpette. Et l’on se demande encore qui a peur d’Unsane et de son artwork sanglant, de ses refrains noise-rock pépères et de ses textes censés nous provoquer. Sorti chez Ipecac, ce nouveau disque d’Unsane ne donne pas plus la chair de poule qu’une épilation de la verge et du scrotum -et surtout ça fait beaucoup moins mal. Nous éviterons donc de nous salir les mains en reposant ce disque dans notre lecteur cd. Même pas peur, et même pas visqueux.

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