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Public Image Limited (P.I.L.)

Le côté face de P.I.L.

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Malgré un prix d’entée raisonnable (29€), l’Ancienne Belgique est loin d’être comble ce soir. Elle a d’ailleurs été configurée en Box/Ballroom. Pourtant P.I.L. est un rares groupes-phare qui soit parvenu à naviguer entre punk (NDR : logique, puisque Johnny Rotten est dans la place), post-punk (la ligne de basse tracée par Jah Wobble n’a pas totalement disparue, même s’il ne figure plus dans le line up) et disco (pour l’aspect dansant). 

Un bref historique, d’abord ! Après avoir sévi chez les Sex Pistols, comme chanteur, le turbulent John Lydon, surnommé ‘Rotten’, fonde P.I.L., en 1978. Ou si vous préférez Public Image Limited. Les débuts sont prolifiques, puisque la formation publie trois albums en quatre ans, soit l’année de sa fondation, « First Issue », « Metal Box » (NDR : considéré comme le meilleur par la critique, il constitue une référence pour tout bassiste, à cause de cette ligne dub reggae), en 1979, et « Flowers of romance », en 1981. Mais en 1984, juste avant d’enregistrer « This Is What You Want... This Is What You Get », Jah Wobble est remplacé par Keith Levene. Ce dernier n’y fera d’ailleurs pas long feu. Entre 86 et 92, le combo grave encore quatre opus d’honnête facture, sans plus. D’ailleurs, il va prendre une longue pause entre 1992 à 2009. Une période au cours de laquelle, Lydon va amorcer une brève carrière solo, avant de reformer les Pistols, pour sans doute renflouer sa situation financière. Puis, P.I.L. se reforme et part en tournée, se produisant notamment, en Belgique, dans le cadre du Rock Zottegem en 2010 et, déjà, à l’AB, en 2011.

Le décor est sobre. En fond de podium, une toile représentant un mur de briques, sur lequel figure le logo de la formation, est tendue. « Warrior » est un titre destiné à faire danser l’auditoire ; mais il reste impassible. John éprouve des difficultés à trouver sa voix (NDR : voie ?). En outre, il semble avoir perdu une partie de sa mémoire, puisqu’il doit s’aider de copions, disposés sur un chevalet, pour restituer les paroles de ses chansons. Il les quittera d’ailleurs, rarement des yeux. Vêtu d’une chemise à carreaux et chaussé de lunettes, on dirait qu’il sort de l’hospice. Le début de set est manifestement laborieux. Avant d’attaquer le quatrième morceau, « The one », John empoigne une grande bouteille de bourbon, boit au goulot, et recrache une partie du liquide. Le show démarrerait-il enfin ? « Death disco » semble confirmer cette impression. Une version ‘extended’ au cours de laquelle, la ligne de basse, le drumming tribal, les riffs de gratte saccadés et la voix spasmodique de Lydon font bon ménage au sein d’un climat carrément disco…

Evidemment, c’est lors du méga tube « This is not a love song » que le public sera le plus réactif. D’ailleurs, de timides pogos (NDR : les spectateurs ne sont plus tout jeunes, non plus) se déclenchent. Et tout au long de « Rise ». Ce qui provoque l’intervention d’un garde du corps particulier du band qui doit calmer un gars un peu trop agité, dans la fosse. Dommage d’ailleurs qu’il faille attendre ces tubes pour que celle-ci décide enfin de se remuer.  

Le groupe va quand même accorder un bref rappel, en délivrant l’inévitable « Public Image Limited », et pour clore la prestation, « Open up/shoom », dont les lyrics se bornent à une succession d’injures, rappelant un certain passé punk (NDR : ou la hype plus contemporaine des Sleaford Mods). A la demande de Johnny, la foule est invitée à scander en chœur, des ‘fuck off’. Au bout d’une heure trente, après la présentation des musicos, le spectacle s’achève…

Si la discographie de P.I.L. est toujours aussi incontournable, FACE au public, il fait vraiment pâle figure…

Set list : Warrior, Memories, The Body, The One, Corporate, The Room I Am In, Death Disco, Cruel, I’m Not Satisfied, Flowers of Romance, Fishing, This Is Not a Love Song,Rise

Rappel : Public Image, Open Up, Shoom

Pour les photos, c’est ici

(Org: Greenhouse Talent) 

 

 

 

Romano Nervoso

Une faim de loup…

Écrit par

Les papes autoproclamés du spaghetti rock ont publié un nouvel opus, en février dernier. Intitulé « I don’t trust anybody who doesn’t like rock and roll », ce troisième opus a été mis en forme par le célèbre producteur Pelle Gunnerfeldt qui a notamment bossé pour The Hives, The Knife et Peter Björn. Il y a 5 ans que la formation n’avait plus mis les pieds au Salon de Silly. La soirée promet d’être ‘Sex, drugs and rock’n’roll’.

The Glücks assure le supporting act, un duo ostendais réunissant la drummeuse Tina et le gratteur Alek. Particulièrement populaire et considérée comme le combo le plus rock’n’roll au Nord de la Belgique, la paire est programmée lors de la plupart des festivals estivaux. A son actif trois elpees, dont le dernier s’intitule « Run amok » (NDR : le mot ‘Amok’ est issu du malais ‘amuk’ qui se traduit par ‘rage incontrôlable’, un terme récupéré par les Britanniques pour décrire le comportement meurtrier sans discernement…) Le couple va nous en proposer de larges extraits, ce soir.

Il doit y avoir plus ou moins 200 âmes dans le Salon. « Why Do I Love You » entame le set ; c’est également le morceau qui ouvre le dernier long playing. La frappe de Tina est sauvage, tribale même, un peu dans l’esprit des Cramps, voire de The Experimental Tropic Blues Band, mais à la sauce noir-jaune-rouge. Garage/punk/rock, la musique est chargée de testostérone, brute de décoffrage, sans concession. Elle évoque tour à tour celle de Ty Segall, des Stooges, de Metz et même du Clash ! Le tandem est particulièrement fusionnel. D’un simple hochement de tête ou d’un regard, ils se comprennent instantanément. Alek est intenable aux cordes et quand il n’ondule pas sur place, il vient régulièrement affronter sa partenaire dont le traitement infligé aux fûts est impitoyable. Quand il hurle pour libérer toute sa rage, le spectre de Jon Spencer rôde. Et lorsque Tina se consacre au chant, à l’instar d’« Uninvited », l’expression sonore vire au psychédélisme voire à la noisy. La température grimpe inévitablement au fil du show qui s’avère finalement, une excellente mise en bouche, avant la tête d’affiche…   

Setlist : « Why Do I Love You », « Uninvited », « Cu Cu Cool », « Youth On Stuff », « Kill The King », « Tough Luck », « Dig !Dig !Dig ! », « A World You Do No Own », « Generation Undefined », « Don’T Want To Be Like  You », « Shoot Myself », « Under The Gun ».

Lucas Lepori s’installe derrière ses fûts et assure le tempo d’une frappe métronomique, en attendant que ses acolytes débarquent. Enfin, Fabrice Giacinto (basse), Chainis et Rugerio Catanio (guitares) font leur apparition. Giacomo Panarisi, le leader, arrive en queue de peloton. Vêtu de son habituel pantalon à paillettes, il dépose le panneau ‘La Louvière’, à ses pieds. Il réajuste son froc, empoigne son micro fétiche et attaque « American dream », extrait du nouvel opus. Le ton est donné ! Un titre bien rock’n’roll qui reflète ce rêve américain auquel le band aspire depuis si longtemps. Et de rock’n’roll, il en est encore question tout au long de « Sex, Drugs, Rock n Roll & Dolce Vita », un morceau qui adresse un clin d’œil à feu Ian Dury. Davantage garage/pop, mais bien électrique, « Rocking Machine » le réserve à Blur. Chaussé de lunettes fumées, Giac est une vrai rock star, une bête de scène si vous préférez.

Imprimé sur un tempo 4/4, « Rather Kill A Man » déborde d’énergie. Le spectre des Ramones plane. Tout comme pour « Blues Is The Teacher », un titre qui monte dans les tours et fonce même pied au plancher. Le titre le plus radiophonique du dernier LP. « Thursday Night Fever » lorgne vers le Slade au sommet de son art. Il et vrai que Romano Nervoso puise également ses influences dans les seventies. Et pas seulement pour l’attitude glam. Surf, « Meet The 300 Sicilians » baigne au sein d’un climat digne d’un film western spaghetti. Inévitablement, des images de grandes chevauchées à travers les plaines du Far West galopent dans votre esprit. Mais les pâtes sont servies al dente. Faut dire que ce soir, le groupe à une faim de loup… Et ce set de haut vol de s’achever par «  In The Name Of The Lord ».

En rappel, la formation va nous réserver trois titres dont la cover du « Orgasm addict » des Buzzcocks, démontrant ainsi qu’elle reste un des fers de lance du rock, en Wallifornie…

Setlist : « American Dream », « Sex, Drugs, Rock’n’Roll & Dolce Vita », « Rocking Machine », « Party Time », « Rather Kill A Man », « The Story », « Thursday Night Fever », « Superstar », « Blues Is The Teacher », « Meet The 300 Sicilians », « Looking For The Sun », « Televised », « In The Name Of The Lord ». 

Rappel : « The Fleming », « Orgasm addict », « Mangia Spaghetti ».

(Organisation : Silly Concerts ASBL)

Rolling Blackouts Coastal Fever

Tôt ou tard, ce sera le retour de la Guitare…

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Considéré comme un des groupes les plus prometteurs sur la scène indie antipodale, Rolling Blackouts Coastal Fever a choisi un patronyme à rallonge. Votre serviteur avait déjà flashé sur son Ep, « Talk tight », et a de nouveau été séduit par son tout premier album, « Hope downs ». La formation implique deux frères et deux cousins, mais surtout trois chanteurs/guitaristes (NDR : deux grattes électriques et une acoustique !). Et pratique une musique qui rappelle les Go-Betweens ainsi que la scène néo-zélandaise du label Flying Nun (NDR : pensez à The Bats, The Chills ou encore Jean-Paul Sartre Experience). On reviendra plus tard sur ce nouvel opus, mais place au compte-rendu du concert…

En débarquant dans l’AB Club, Stella Donnelly est encore sur les planches. Très jolie, portant un pantalon aux motifs probablement empruntés aux aborigènes, elle est armée d’une six cordes électrique et possède une superbe voix, dont les tremolos sont très susceptibles d’évoquer Jeff Buckley. Elle a beaucoup d’humour et déclenche régulièrement des rires dans un auditoire, constitué alors d’une cinquantaine d’âmes. Quand elle gratte ses cordes, les compos sont plutôt arides. A contrario, en picking, elles passent beaucoup mieux la rampe. Elle s’autorise une reprise de la chanson la plus insipide des Beatles, « Across the universe ». Ce qui ne va pas l’empêcher de recueillir, avant de quitter l’estrade, de chaleureux applaudissements. A revoir en compagnie d’un véritable groupe…

Les haut-parleurs diffusent le « Rock you baby » de George McRae. Puis les musicos de Rolling Blackouts Coastal Fever montent sur l’estrade. Il doit y avoir maintenant plus ou moins 120 personnes dans la salle. Les trois chanteurs/guitaristes se posent en front de scène. Joe White (NDR : il est roux !) à gauche. Fran Keany (NDR : un hybride entre Jim Morrison et Bryan Ferry), au milieu (NDR : c’est lui qui joue de la sèche électrifiée) et Tom Russo, à droite. Son frère, Joe Russo, le préposé à la basse, tourne régulièrement le dos au public. Il se tient près du drummer, un peu comme pour faire bloc avec son partenaire. Bien post/punk voire cold wave, ses interventions sont aussi ténébreuses et vibrantes que celles des bassistes de ce style tellement prisé au cours des eighties. Episodiquement, il s’autorise un petit pas de danse. Mais le chef d’orchestre, c’est le drummer, Marcel Tussie. Il donne le départ des compos, de deux coups de sticks et achève en catimini, chaque morceau, avec un soin particulier. Son drumming est à la fois ample et fédérateur. Le show s’ouvre par « Clean Slate ». Le son est parfait. Les voix sont extrêmement complémentaires, et le plus souvent se répondent comme dans l’univers du hip hop (NDR : du hip hop pareil, je veux bien en écouter toute la journée !), mais se conjuguent également en harmonies. Et le drumming talonne judicieusement ces harmonies sur « The Hammer » et tout au long du ‘byrdsien’ « Sick Bug », une chanson qui relate l’histoire d’un gars qui se sent comme un insecte infectieux à la vue de son amant. Chargées d’intensité, les sonorités de guitares sont tour à tour carillonnantes, cristallines, savoureusement discordantes, vertigineuses ou enchanteresses. Elles deviennent même orgiaques pendant « Mainland » et lors du titre qui clôt le set, « French press ». Ensoleillées, presque californiennes, les mélodies ondulent comme des vagues qui s’abattent sur les récifs coralliens. Pendant « Colours run », Tom casse une corde de sa Gretsch. Stella Donnelly se mue en roadie. Elle lui branche une autre guitare, mais les tonalités ne semblent pas plaire au musicien. La Miss fonce alors en coulisses pour remplacer cette corde et la repose sur le rack. Pendant ce temps, les autres musicos se lancent dans une jam débridée. Et lorsque l’instrument est à nouveau au point, le band reprend le morceau en cours. Manifestement, il y a une parfaite osmose chez ce quintet. Le tempo est constamment enlevé ; il est même rapide tout au long de « Wide eyes ». Les mélodies sont soignées, parfois même contagieuses, à l’instar de « Talking Straight ». Le public jubile. Il est chaud. Remue, danse ou dodeline de la tête, et surtout savoure ce concert exceptionnel qui libère un doux feeling. On n’a pas envie de regarder sa montre. Ou alors on oublie d’y jeter un coup d’œil. On voudrait que le concert se poursuive encore pendant des heures. Mais vers 22h15, il s’achève. La formation revient quand même accorder un rappel. Un seul titre. En vitesse ! Puis elle s’éclipse. Avant de réapparaître quelques minutes plus tard, dans la salle, pour démonter son matos, écouler son stock de merchandising, signer pochettes ou tickets du concert, faire des selfies, mais aussi discuter avec les spectateurs, parfois pendant de longues minutes. Des gars talentueux et vraiment sympathiques. Mais surtout impressionnants sur les planches ! Un grand groupe vient probablement de naître…

Rolling Blackouts Coastal Fever se produira dans le cadre du Pukkelpop, ce samedi 18 août (voir aussi notre section photos ici)

Setlist

Clean Slate
Talking Straight
Julie’s place
Wither with you
Carreer
The H
ammer
Sick bug
Colours run
A/C Man
Bellarine
Mainland
Fo
untain of good fortune
Wide eyes
French press

(Organisation : Ancienne Belgique)

Chad VanGaalen

Sur la piste d’un cartooniste… guitariste…

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Canadien, Chad VanGaalen se produit rarement en concert. Aussi, quand il passe dans le coin, il ne faut surtout pas le manquer. Et il était programmé ce mardi 29 mai au Club de l’AB. Responsable de six albums à ce jour dont le dernier, « Light information », est paru en 2017, le natif de Calgary est également cartooniste. Il a également réalisé des clips pour Holy Fuck et Timber Timbre. Et c’est justement une de ses productions qui est projetée en première partie. Si ce dessin animé semble s’inspirer de ‘Star Wars’, pour le spectateur lambda, cette expérience d'animation improvisée et conceptuelle aligne une série d'histoires qui traitent de différentes espèces imaginaires. Intitulée ‘Translated Log of Inhabitants: Tarboz’, elle nous invite à voyager à travers une réalité alternative suggérée par sa propre vie et ses propres rêves (c’est à découvrir ici).

Il y a une centaine de personnes dans la salle, lorsque Chad VanGaalen et sa section rythmique, dont le bassiste de Women, Mathew Flegel, grimpent sur le podium. Pas de setlist en vue. Si, quand même, une que Chad a conservée dans l’arrière de son pantalon et qu’il pose devant lui. Il se sert d’une sorte de guitare box électrique difficile à accorder. Il lui faudra d’ailleurs plusieurs minutes avant qu’il n’y parvienne. Mais quand tout est en ordre, le son est vraiment cristallin. Les vocaux sont dispensés en trois couches. Chad discute souvent avec ses musicos avant d’entamer un morceau. On a l’impression qu’il choisit ses titres instinctivement. Et pas de problème quand le combo se lance dans l’impro ; il est suffisamment soudé pour maîtriser la situation.

Riche et ténébreux, le garage/rock de VanGaalen est aussi expérimental que celui de Deerhof. Il y injecte psychédélisme, americana et southern rock, tout en s’inspirant aussi bien de Bruce Springsteen, Ty Segall, Bob Dylan, Eagles, Nirvana, Pearl Jam que des Beatles circa « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band » (NDR : et la liste est loin d’être exhaustive). D’ailleurs la voix de Van Gaalen semble parfois hantée par feus John Lennon ou George Harrison.

Après nous avoir transporté au sein d’un univers peuplé de visions étranges, ce guide spirituel et ses deux disciples vident les lieux. Avant de revenir accorder deux morceaux en rappel. Chad recupère alors sa setlist et la troupe s’éclipse sous les acclamations nourries de l’auditoire. Chad VanGaalen est un artiste talentueux, peu accessible, rare, mais tellement génial lorsqu’il se produit en ‘live’…

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Beechwood

Un fameux potentiel !

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Située à Roubaix, en proche banlieue de Lille, la Cave aux Poètes est une salle de concert qui permet d’accueillir un peu plus de 200 personnes. Située en sous-sol, un peu comme ‘L’os à Moelle’, à Bruxelles, mais en plus sombre, elle est caractérisée par un plafond de plus ou moins 2m20. Impossible donc de pogoter. Et puis de prévoir un podium pour les musicos qui se produisent au même niveau que l’auditoire. Mais l’endroit est assez sympa… Quand on vient de la région de Tournai, il faut entre 35 minutes et 45 minutes, pour accomplir une vingtaine de kilomètres, avant d’arriver à destination. Finalement, la salle est située non loin de la gare. Avantage, un parking est disponible dans une cour, juste devant l’établissement.

Ce soir, deux groupes sont programmés, en supporting act (drôle d’idée !), Beechwood, un trio new-yorkais, et en tête d’affiche, Exploded View, une formation drivée par la chanteuse britannique Annika Henderson (NDR : c’est également une ex-journaliste politique), exilée à Mexico. Au sein de son backing group militent le Suédois Martin Thelin, qui a, notamment bossé pour Crocodiles, également établi dans cette capitale, ainsi que deux musiciens mexicains, une fille et un gars qui a vraiment le profil latino…

Ethérée, glaciale, oscillant quelque part entre la prog, l’indus et le trip hop, la musique d’Exploded View tombe un peu à plat, après un groupe du style de Beechwood. L’absence d’interactivité n’aide, en outre, certainement pas. Il y a des loops, des drones, des sonorités métalliques et synthétiques, dispensées par le drummer, une fille aux synthés ou à la gratte et un guitariste ; et le tout se superpose en nappes, sur lesquelles émerge la voix diaphane d’Annika, responsable de textes sociopolitiques (NDR : fallait s’en douter). Plutôt statique, froide, ignorant presque la foule, Annika est penchée sur son micro, comme la tour de Pise. Les applaudissements sont polis et après une vingtaine de minutes d’ennui, on préfère s’éclipser…

Beechwood publie un nouvel album, ce 6 juin. Plus pop et plus acoustique, il est surtout mieux produit. Les puristes y verront sans doute, une volonté de devenir plus accessible, voire commercial. Mais, manifestement, il démontre surtout la capacité du band américain de briller ailleurs que dans le garage et le punk. Parce qu’en ‘live’, le combo ne fait aucune concession. Dès les premiers accords on est soufflé par la puissance du son. Pas vraiment une bonne idée. Nonobstant ses imposants tatouages, Isa, le drummer est élégamment vêtu et est coiffé d’un stetson (NDR : qu’il ôtera après quelques titres). Mais il frappe sur ses fûts comme un malade ! Sid, le bassiste, porte un pantalon de couleur blanche et est chaussé de pompes de la même teinte. Gordon, le guitariste, a enfilé un sweater partiellement à résilles, notamment sur les bras, largement ouvert en ‘V’ sur le devant, laissant apparaître sa poitrine. Ces deux derniers portent des cheveux longs, dans le style de feu Brian Jones. Après trois ou quatre morceaux, Gordon et Isa troquent leurs instruments, mais dès le premier morceau, la lanière de gratte de ce dernier se détache et le groupe doit tout reprendre à zéro. Précision, après l’intervention de la tour manager qui remet la sangle dans l’encoche de la guitare. Au bout de deux titres, chacun reprend son rôle. Progressivement, on commence à mieux discerner le son, surtout quand on prend du recul. Et manifestement, les harmonies vocales passent de mieux en mieux la rampe. Il y a même une belle osmose entre la voix du chanteur et celle du drummer. Mais paradoxalement, c’est dans le bar, à côté, que ce son est le meilleur. La setlist aligne des titres des deux derniers opus, mais les plus garage/punk, dont la cover du « I’m not like everybody else » des Kinks. Et même celles plus glam ou pop du nouvel opus sont attaquées de manière plus énergique. Extrait du dernier elpee, l’instrumental « Nero » crée le lien manquant entre le Jon Spencer Blues Explosion et les Stooges. Régulièrement, Isa pousse des cris sauvages, comme… Iggy Pop… Les deux gratteurs sont constamment en mouvement, mais on les sent à l’étroit sur l’espace qui leur est réservé. Et pas question de bondir sur place, sans quoi, la tête des deux gratteurs perceraient le plafond. Un spectateur, qui doit largement dépasser les deux mètres de hauteur, a la sienne qui l’effleure. Au bout de 30 minutes, le groupe salue la foule et se retire. Malgré la sensation de trop peu, et les problèmes de balances, manifestement, le groupe a un fameux potentiel. Faudra d’abord penser à engager un ingé-son exigeant et pro (NDR : suffit de demander à Didier, il en connaît quelques uns…) Et puis laisser un peu de temps au trio pour acquérir de l’expérience ; car vu la qualité de ses compos, il ne serait pas étonnant que d’ici deux ou trois ans, il fasse un fameux tabac. On reviendra sur Beechwood, lors de la chronique de son troisième LP, « Inside the flesh hotel », et puis à travers une interview accordée à Musiczine, à l’issue du show…

Setlist (sous réserve et dans le désordre)

“Melting over you”, “I Don't Wanna Be the One You Love”, “I'm Not Like Everybody Else” (Kinks cover), “Flesh Hotel”, “Heroin Honey”, “Amy”, “Bigot in my bedroom”, “C/F”, “Boy Before”, “This Time Around”, “Nero”

(Organisation : La Cave aux Poètes & Bains De Minuit Productions)

 

 

Wiegedood

Une incroyable exploitation par la violence de la tristesse humaine…

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Les adeptes de la Church of Ra –en l’occurrence, les formations qui gravitent autour du groupe AmenRa– n’avaient sûrement pas manqué de bloquer ce jeudi 25 mai dans leur agenda paroissial. Et pour cause, Wiegedood (mot néerlandais qui signifie mort du nourrisson), emmené par Levy Seynnaeve (bassiste d’Amenra), fêtait ce soir à Courtrai la sortie du troisième tome de son opus, « De Doden Hebben het Goed ». Afin de marquer l’évènement d’une pierre blanche, la formation gantoise avait donc décidé de jouer l’intégralité de ses trois albums. Dans la foulée, sans pause. Tout ce que Wiegedood a pu produire en trois années, il va le jeter en pâture en deux heures intenses de show (sold out). Enfilez vos bottes, on va se promener dans les bois.

C’est à 20h30 pétantes que le trio de Black Metal a fixé rendez-vous à son public afin de voyager dans le temps, au fil de ses trois long playings. Il est un peu moins de vingt minutes avant le début des hostilités et la petite salle De Kreun, d’une capacité estimée à cinq cent âmes, commence petit à petit à accueillir la faune du jour. Un public certes typé du sceau de la communauté Metal, mais néanmoins très hétérogène : le jean côtoie le cuir, le t-shirt n’est pas loin de la chemise, les longs cheveux sont voisins de la calvitie. Un constat à l’image de la musicalité de la Church of Ra, où les codes des communautés musicales sont fréquemment brisés. Côté scène, une machine à fumée emplit doucement et de manière continue l’espace d’un brouillard blanc. Deux longs drapeaux noirs frappés du logo du groupe –un enchevêtrement mystico-païen de branches au sein duquel on peut y déchiffrer chacune des lettres de ‘Wiegedood’– sont disposés de part et d’autre du podium, accrochés aux amplis. Chaque retour est peuplé d’une demi-douzaine de bières et autres petites bouteilles d’eau. La prestation atypique de ce soir n’est pas loin de relever du marathon.

Deux caméras sont braquées vers les backstages, guettant l’arrivée des artistes. L’air sombre et concentré, ils finissent par débouler et prendre position. Pendant que Wim Coopers (qui milite également chez Oathbreaker) fixe les toms, baguettes à la main, de sa batterie, Gilles et Levy (…autre homme fort d’Oathbreaker) achèvent d’accorder leur guitare, tapis dans l’obscurité. Derrière eux, l’intrigant logo du groupe est projeté sur fond noir. Plus les secondes passent, plus la tension est palpable. Soudain Wim entrechoque ses baguettes et donne le coup de départ de cette épopée musicale. « Svanesang » démarre à du deux cent à l’heure. Un véritable coup de poing dans l’estomac. Une impression de vertige vous envahit pendant quelques secondes, le temps de se remettre de ce déferlement de décibels, tel un passage abrupt sous un rouleau compresseur. C’est à présent l’artwork du premier LP qui est projeté sur cette énorme toile blanche tapissant tout l’arrière de la scène. Ses longs cheveux blonds lui barrant le visage, Gilles joue du poignet d’un geste aussi rapide que chirurgical. Aucune émotion ne se lit sur son visage, tellement il est focalisé sur ses cordes. A quelques mètres de lui, vêtu d’un sobre t-shirt noir sans manches, Levy –dont l’épaisse tignasse ondule en pagaille– martyrise tout autant son manche. Il finit par se diriger vers son pied de micro, lève la tête et expulse de sa cage thoracique ce hurlement lancinant et empli de spleen qui mettra l’âme en péril de chacun et chacune pendant ces deux heures de set. Derrière eux, en véritable chef d’orchestre, Wim cogne dur et sec sur son kit de batterie tout en arrosant copieusement la salle de ses blasts dévastateurs. Une moissonneuse batteuse lancée à plein régime.

Wiegedood, c’est l’incarnation autant visuelle que musicale de déclinaisons autour d’un même thème : la perte et la tristesse qui en émane. Si ce combo a d’ailleurs vu le jour, c’est  suite à la disparition d’un très bon ami du drummer. Ce dernier et les deux autres membres ont voulu lui rendre hommage et exorciser leurs griefs par la note. Chaque elpee lui est depuis lors dédié. La continuité, c’est aussi une notion intentionnelle à tous points de vue. Il suffit de voir les trois artworks de leurs albums pour s’en rendre compte : une plaine désolée, grise et froide, sur laquelle est planté un emblème fait de branches entrelacées, tel un totem ou un emblème vaudou. Un exorcisme qui se répète encore et toujours. Il en va de même musicalement : chacun des trois opus recèle quatre titres, dont les structures sont généralement les mêmes, à savoir un déferlement brutal et chaotique de sonorités, brisé net par un souffle d’un calme létal, avant d’être à nouveau emporté par un tourbillon de riffs et de blasts. Le tout sans cesse nourri par des nappes vocales lugubres et hypnotiques en arrière-plan. Un mandala dont les couleurs sont toujours identiques, mais dont les agencements, les formes et les contours offrent sans cesse une perspective nouvelle, une énième déclinaison du manque et du déchirement ressentis suite à la disparition d’un être cher. Il va de soi que la traduction en ‘live’ répond donc à la même logique. Chaque musicien est enfermé dans sa bulle, dès le premier pied posé sur les planches jusqu’au moment de la quitter. Pas de contact avec le public, une pure interprétation des morceaux, sans avoir de réel jeu de scène. Les émotions jaillissent malgré eux, la magie opère avec le public sans qu’il soit pourtant invité. Tout est implicite, l’intellect est mis de côté et les sensations prennent entièrement le contrôle.

Les morceaux s’enchaînent. Seuls des applaudissements viennent ponctuer les différentes compositions. Quand les lumières blanches et rouges ne viennent pas balayer l’estrade au rythme effréné de la batterie, c’est un large faisceau blanc qui met en exergue l’un des deux guitaristes, et plus précisément lors des moments de respirations plus intimes. A la fin de l’exécution d’un LP, l’arrière de la scène redevient noir, le logo du band réapparaît et les applaudissements deviennent franchement nourris. Le groupe, quant à lui, reste impassible. N’y voyez pas une quelconque forme de condescendance, mais bien un haut degré de concentration afin de pouvoir déballer tout ce que les musicos ont dans les tripes.

Ce show, unique en son genre dans l’histoire du combo, a permis le temps d’un concert de pouvoir ressentir l’évolution de sa musique en trois années de temps, une complexification progressive dans l’écriture des morceaux, une audace de plus en plus marquée, tout en enrobant un même noyau dur de différentes couches aux couleurs et saveurs différentes. Le tout, délivré de manière chirurgicale ; des pans de murs musicaux s’abattant sur une fosse pour le moins envoûtée. L’occasion pour les Gantois de démontrer qu’ils étaient capables de capter l’essence du Black Metal sans pour autant s’y laisser emprisonner. Bien qu’il devienne de plus en plus connu et reconnu, Wiedgedood a déjà laissé sous-entendre qu’il pourrait s’agir là de son dernier opus. Si tel est le cas, nul doute que la saga « De Dodden Hebben het Goed I, II et III » restera comme un projet riche, polysémique ainsi qu’une incroyable exploitation par la violence de la tristesse humaine. Autant en studio que sur les planches…

Plus qu’un concert, une expérience dont on ressort l’âme à vif.

Organisation : Wilde Westen

Louane

Un spectacle pour les petits et les grands…

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Ce soir, la température est tropicale. Que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur de la salle. Les portes s’ouvrent à 18h30, et on constate la présence de nombreuses familles qui ont accompli le déplacement pour aller applaudir Louane : parents, enfants –parfois très jeunes– et même grands-parents. L’artiste ratisse large. La fosse est pleine comme un œuf.

Thomas Caruso assure le supporting act. Il est issu de l’édition 2016 de la ‘Nouvelle star’. Et a composé pour Lisandro Cuxi, Hoshi et Louane. Cette dernière lui renvoie, en quelque sorte, l’ascenseur. Sur les planches, il est épaulé par un préposé à la gratte électrique dont il est capable de tirer des sonorités surf ou country, suivant les circonstances. Thomas est au micro et se sert d’une guitare semi-acoustique. Le duo n’a guère de place sur le podium. Faut dire que derrière le rideau, il y a le matos du groupe de Louane, et apparemment, il est conséquent. Barbu, bonnet rivé sur le crâne, Thomas a une bonne bouille, et surtout possède une belle voix qu’il module comme bon lui semble. Interactif, il invite le public a reprendre les paroles de ses chansons et tout particulièrement celles du single, « Souris Quand Même ». Bref, il a parfaitement joué son rôle d’entertainer…

Le rideau tombe et laisse apparaître deux estrades surélevées. L’une est destinée au préposé aux synthés et l’autre au drummer. Le line up du backing group est complété par une guitariste et un bassiste. Une brume épaisse envahit la scène. Accroupie, Louane semble se soulever du dessous du podium. Puis elle se lève, telle une conquérante, micro en mains. Et déjà, c’est la folie furieuse au sein de l’auditoire. Des milliers d’Iphones illuminent la fosse ; et ce sera le cas tout le spectacle. Sur l’écran central, l’image d’une lune blanche pivote. Louane est vêtue d’une minijupe verte et d’un body noir brillants. Elle est chaussée de bottillons. « Nos Secrets » ouvre le concert. Après « Tourne », elle salue la foule, qui l’applaudit chaleureusement. Elle signale qu’elle est heureuse d’être en Belgique, où l’ambiance des concerts est particulière, espérant que ce soir il soit au zénith, avoir reçu un prix dans l’Hexagone et que le concert est filmé. Elle ajoute encore qu’elle va souvent disparaître afin de changer de tenue. Lorsque les beats électros s’emballent, les lumières flashent l’auditoire. Louane ondule comme un serpent au rythme de la musique, une forme de pop légèrement teintée d’électro, de reggae et de world africaine. Show woman, elle est partout à la fois. Elle monte sur les estrades réservées à ses musicos, pour les affronter. Polyvalents, ils sont tous capables de troquer leurs instruments. A deux ou trois reprises, Louane joue de la guitare, électrique ou acoustique. Mais c’est quand elle est seule, derrière le piano, qu’elle se révèle la plus convaincante. A l’instar d’« Immobile ». Elle nous fait alors penser à Cœur de Pirate… On en a des frissons partout. Le son est excellent. Fait trop rare à Forest National, pour ne pas être souligné. Les gosses sont euphoriques. Les parents également. « Ecchymoses », une chanson signée Benjamin Biolay, enchante le public. « Jours de pluie », également, une magnifique ballade qui aborde le sujet des amours déçus, au cours de laquelle, elle libère l’émotion brute de sa jeunesse. Elle nous réserve une version très électrique du « Toute La Musique Que J'aime » de Johnny Halliday, et l’interprète d’une voix blues vivifiante, comme si elle était hantée par Beth Hart. Et entendre une ribambelle d’enfants reprendre ce morceau est vraiment génial !

En rappel on aura encore droit à deux titres. Au bout de 80 minutes, après avoir été en véritable symbiose avec son public et en toute simplicité, Louane et sa troupe peuvent tirer leur révérence. Le concert était parfaitement réussi…

Setlist : « Nos Secrets », « Tourne », « On Était Beau », « Blonde », « When We Go Home », « Ecchymoses », « Jour De Pluie », « Midi Sur Novembre », « Jour 1 », « Sans Arrêt », « Yellow », « Si T'étais Là », « Toute La Musique Que J'aime », « Immobile », « Pour Oublier L'amour », « Avenir », « Sapés Comme Jamais », « No ». 

Rappel : « Nuit Pourpre », « On Était Beau ».

(Organisation : Live Nation)

Car Seat Headrest

Le rock à guitare(s) a encore de beaux jours devant lui…

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L’éclosion de Car Seat Headrest, opérée il y a quelques années au sein du paysage musical pop/rock, a fait l’effet d’une véritable bouffée d’air frais pour tous les amateurs de ce style. Et pour cause, ce groupe s’est jamais senti obligé de tapisser ses compos de claviers, pour être dans l’air du temps. En outre, il est devenu d’autant plus intéressant, que non seulement, il incarne le chaînon manquant entre les Strokes et Nirvana, mais il a consacré Will Toledo. Ce fameux songwriter, qui se cache derrière ce projet, est ainsi capable de torcher des pépites sonores, à la pelle. Alors qu’il n’a pas encore 20 printemps, il avait déjà publié sept albums autoproduits, sur son Bandcamp. Et trois autres dans la foulée, avant de graver son premier LP sur le label indépendant Matador, en 2015. Son troisième opus, « Twin Fantasy », est sorti en février sur la même écurie. Et à l’instar des précédents long playings, c’est un condensé de hits… 

Un an après être passé par le Botanique, Car Seat Headrest était donc de retour en Belgique ; mais, pour la circonstance, à l’Ancienne Belgique. Une belle occasion de se rattraper, pour toutes celles et tout ceux qui avaient manqué le précédent concert.

Après une première partie assurée par Seattle Naked Giants, un trio punk issu de Seattle, les lumières s’éteignent. Il est 21 heures. Les musicos de Car Seat Headrest grimpent sur les planches. Will Toledo se plante au centre du podium derrière son micro ; ce qui ne va pas l’empêcher d’empoigner une gratte, à plusieurs reprises. Un batteur et un percussionniste s’installent derrière lui. Il est en outre, épaulé par un bassiste. Ainsi que deux guitaristes, c'est-à-dire les 2/3 du supporting act. Chaussé de lunettes, Will Toledo a un look d’adolescent adepte de jeux vidéo. On dirait même qu’il sort tout droit du lycée. Difficile d’imaginer qu’il s’agit d’un des compositeurs les plus brillants de sa génération. Tout en maîtrise, Toledo enfile les morceaux issus de ses différents long playings. Malgré un manque de charisme sur les planches, il parvient à séduire l’auditoire. A contrario, hormis le batteur, ses acolytes sont plutôt mobiles. Energiques, les passages instrumentaux sont parfaitement maîtrisés. Mais surtout, certaines compos sont de véritable hymnes ; à l’instar de « Drunkdriver/Killer Whales » ou encore « (Joe Gets Kicked Out of School for Using) Drugs With Friends (But Says This Isn’t a Problem) ». Ce qui ne va pas empêcher le combo de puiser au sein de son ancien répertoire. Faut dire qu’il y a du choix ! Après une bonne heure, toute l’équipe vide les lieux.

Will Toledo revient flanqué d’un guitariste pour attaquer "Sober Death ". Il est bientôt rejoint par les autres membres du band. Et le morceau s’achève par la reprise en chœur du refrain par la foule : ‘You and Me won't be Alone no more’. Après un deuxième titre intitulé « Stop Smoking », le concert prend fin. Pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, les spectateurs risquent fort de siffloter les mélodies des chansons de Car Seat Headrest. Contrairement à ce qu’une certaine presse, de plus en plus de labels et certains organisateurs de concerts affirment, le rock à guitare(s) a encore de beaux jours devant lui…

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

 

Cali

Les choses sont toujours bien défendues…

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Ce dimanche de Pentecôte, la ‘Caravane des solidarités’ faisait une étape dans la ville d’Ath, la cité des géants, à deux pas de la grand-place, sur le site de l’Esplanade. Une soirée toute en couleurs est programmée dans Le Magic Mirrors, un chapiteau dont l’art déco des années 20 se distingue par son parquet en chêne, ses miroirs incorporés dans de magnifiques bois sculptés, ses velours rouges et ses lustres de cristal. En outre, incomparable, l’acoustique est digne d’un studio d’enregistrement. A l’affiche, ce soir, un duo entre Cali et Steeve Nieve.

Les portes s’ouvrent à 20 heures. Un public nombreux et multigénérationnel s’est déplacé pour assister au spectacle. Il y a même une octogénaire, sa fille et sa petite-fille, ainsi que de jeunes adolescent(e)s et des aficionados venus spécialement de l’Hexagone…

Steve Nieve (NDR : il a accompagné Elvis Costello, pendant près de 20 ans, mais également et notamment bossé pour Robert Wyatt, Daniel Darc, Morrissey et David Bowie) ouvre le bal, derrière son piano. Et nous réserve un instrumental de toute beauté.

Cali débarque lors du deuxième morceau, sous un tonnerre d’applaudissements. Il va alors proposer de larges extraits de son dernier elpee, « Les Choses défendues ». Son expression est toujours aussi théâtrale, se servant de l’énergie des mots à travers ses chansons qu’il interprète avec une sincérité et une générosité notoires. Et c’est devenu une tradition, en cours de show, il se laisse porter à bout de bras par la foule… avant que des fleurs ne lui soient offertes. Steve Nieve est à nouveau sous le feu des projecteurs, en chantant un titre, derrière les ivoires. Et il y démontre encore tout son talent sur son instrument. Cali revient ensuite accompagné de deux ados, Guillaume et Alexandre ; et ces derniers vont fredonner quelques réponses aux paroles du Perpignanais… Un grand moment d’émotion ! A deux reprises, il veut mettre un terme au concert ; mais en liesse, le public réclame des prolongations… Elles seront accordées à travers une remarquable reprise du « Perfect day » de Lou Reed, qui pour rappel, était un ami de Steve… Une superbe soirée que Cali a eu le bon goût de proposer sous la forme d’un nouveau projet…

(Organisation : Solidarités)

Isaac Gracie

Un avant-goût de Rock Werchter…

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Isaac Gracie avait fait forte impression en supporting act d’Angus et Julia Stone, tant à Forest National qu’au Zénith de Lille. Agé de 22 ans, il possède une voix qui campe un hybride entre feu Jeff Buckley et Damian Rice, et vient de publier un premier opus. Un éponyme. Un disque qui fait suite à une pluie d’Eps, gravés depuis deux bonnes années. Ce soir, l’AB Club est soldout pour accueillir le Londonien. Et au sein de l’auditoire figurent pas mal de néerlandophones…   

Emy assure la première partie. Elle avait décroché la troisième place lors de l’édition 2017 du Humo Rock Rally. Seule, armée d’une gratte semi-acoustique, elle chante d’une voix soul qui évoque, tour à tour Tracy Chapman, Amy Winehouse ou encore Lianne La Havas. Elle n’a que 18 printemps et a encore une belle marge de progression. Mais en solitaire, son set manque de relief. En cause ? Des compos construites, pour la plupart, sur un même rythme…

Setlist : « The love », « Talk », « Divine », « Hurricane », « Confinished », « Hold My Breath », « Down The Lonely », « Star », « I Dunno », « See What’S Real », « Youth ».

Isaac Gracie, belle gueule d’ange à la longue tignasse blonde est vêtu d’une chemise à fleurs et porte un impressionnant crucifix autour du cou. A ses pieds, on observe la présence d’un verre rempli d’un liquide de couleur jaune, probablement pour le rebooster. Il est accompagné d’un bassiste et d’un drummer. Le set s’ouvre par « All In My Mind », une compo aux tonalités gospel, qu’il susurre en libérant une énorme dose de spleen. Rien d’étonnant dès lors que la foule l’écoute religieusement. Isaac signale que c’est la dernière date d’une tournée éprouvante. Il est fatigué mais affirme qu’il va accorder un concert exceptionnel. En général, dans ce cas de figure, l’artiste se lâche et donne tout ce qu’il a dans le ventre. « That Was Then » est un morceau empreint d’une grande douceur. Uniquement épaulé par son bassiste, il attaque « Love (Ain’t Always So Good) », une chanson d’amour empreinte d’une grande sensibilité. Si son toucher en picking est impressionnant, Isaac brille également sur la gratte électrique. A l’instar de « Reverie », un titre enrichi par les interventions du piano et de la batterie. Fragile, sa voix fait craquer le public féminin, tout au long de « Terrified ». Plus nerveux et surtout électrique, « The Death Of You And I » adopte un format folk/rock réminiscent de Mumford And Sons voire de The Lumineers. Une compo où il parvient à communiquer ses émotions, qu’elles soient d’amour ou de colère, à l’aide de sa voix. Et c’est « Last Words », single qui a précédé la sortie de l’opus, qui clôt le show. Avant de vider les lieux, Gracie remercie la foule. 

En rappel, il va nous réserver trois morceaux, en s’accompagnant à la gratte semi-acoustique, dont une version respectueuse de l’originale, du « No surprises » de Radiohead. Isaac se produira dans le cadre de l’édition 2018 du Rock Werchter.

Setlist : « All In My Mind », « That Was Then », « Terrified », « All The Burning Lovers », « Love (Ain't Always So Good) », « Telescope », One Night », « Silouettes Of You », « Hallow Crown », « Death Of You And I », Running On Empty », « Reverie », « Last Words ».

(Organisation : Ancienne Belgique)
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