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Wiegedood

Une incroyable exploitation par la violence de la tristesse humaine…

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Les adeptes de la Church of Ra –en l’occurrence, les formations qui gravitent autour du groupe AmenRa– n’avaient sûrement pas manqué de bloquer ce jeudi 25 mai dans leur agenda paroissial. Et pour cause, Wiegedood (mot néerlandais qui signifie mort du nourrisson), emmené par Levy Seynnaeve (bassiste d’Amenra), fêtait ce soir à Courtrai la sortie du troisième tome de son opus, « De Doden Hebben het Goed ». Afin de marquer l’évènement d’une pierre blanche, la formation gantoise avait donc décidé de jouer l’intégralité de ses trois albums. Dans la foulée, sans pause. Tout ce que Wiegedood a pu produire en trois années, il va le jeter en pâture en deux heures intenses de show (sold out). Enfilez vos bottes, on va se promener dans les bois.

C’est à 20h30 pétantes que le trio de Black Metal a fixé rendez-vous à son public afin de voyager dans le temps, au fil de ses trois long playings. Il est un peu moins de vingt minutes avant le début des hostilités et la petite salle De Kreun, d’une capacité estimée à cinq cent âmes, commence petit à petit à accueillir la faune du jour. Un public certes typé du sceau de la communauté Metal, mais néanmoins très hétérogène : le jean côtoie le cuir, le t-shirt n’est pas loin de la chemise, les longs cheveux sont voisins de la calvitie. Un constat à l’image de la musicalité de la Church of Ra, où les codes des communautés musicales sont fréquemment brisés. Côté scène, une machine à fumée emplit doucement et de manière continue l’espace d’un brouillard blanc. Deux longs drapeaux noirs frappés du logo du groupe –un enchevêtrement mystico-païen de branches au sein duquel on peut y déchiffrer chacune des lettres de ‘Wiegedood’– sont disposés de part et d’autre du podium, accrochés aux amplis. Chaque retour est peuplé d’une demi-douzaine de bières et autres petites bouteilles d’eau. La prestation atypique de ce soir n’est pas loin de relever du marathon.

Deux caméras sont braquées vers les backstages, guettant l’arrivée des artistes. L’air sombre et concentré, ils finissent par débouler et prendre position. Pendant que Wim Coopers (qui milite également chez Oathbreaker) fixe les toms, baguettes à la main, de sa batterie, Gilles et Levy (…autre homme fort d’Oathbreaker) achèvent d’accorder leur guitare, tapis dans l’obscurité. Derrière eux, l’intrigant logo du groupe est projeté sur fond noir. Plus les secondes passent, plus la tension est palpable. Soudain Wim entrechoque ses baguettes et donne le coup de départ de cette épopée musicale. « Svanesang » démarre à du deux cent à l’heure. Un véritable coup de poing dans l’estomac. Une impression de vertige vous envahit pendant quelques secondes, le temps de se remettre de ce déferlement de décibels, tel un passage abrupt sous un rouleau compresseur. C’est à présent l’artwork du premier LP qui est projeté sur cette énorme toile blanche tapissant tout l’arrière de la scène. Ses longs cheveux blonds lui barrant le visage, Gilles joue du poignet d’un geste aussi rapide que chirurgical. Aucune émotion ne se lit sur son visage, tellement il est focalisé sur ses cordes. A quelques mètres de lui, vêtu d’un sobre t-shirt noir sans manches, Levy –dont l’épaisse tignasse ondule en pagaille– martyrise tout autant son manche. Il finit par se diriger vers son pied de micro, lève la tête et expulse de sa cage thoracique ce hurlement lancinant et empli de spleen qui mettra l’âme en péril de chacun et chacune pendant ces deux heures de set. Derrière eux, en véritable chef d’orchestre, Wim cogne dur et sec sur son kit de batterie tout en arrosant copieusement la salle de ses blasts dévastateurs. Une moissonneuse batteuse lancée à plein régime.

Wiegedood, c’est l’incarnation autant visuelle que musicale de déclinaisons autour d’un même thème : la perte et la tristesse qui en émane. Si ce combo a d’ailleurs vu le jour, c’est  suite à la disparition d’un très bon ami du drummer. Ce dernier et les deux autres membres ont voulu lui rendre hommage et exorciser leurs griefs par la note. Chaque elpee lui est depuis lors dédié. La continuité, c’est aussi une notion intentionnelle à tous points de vue. Il suffit de voir les trois artworks de leurs albums pour s’en rendre compte : une plaine désolée, grise et froide, sur laquelle est planté un emblème fait de branches entrelacées, tel un totem ou un emblème vaudou. Un exorcisme qui se répète encore et toujours. Il en va de même musicalement : chacun des trois opus recèle quatre titres, dont les structures sont généralement les mêmes, à savoir un déferlement brutal et chaotique de sonorités, brisé net par un souffle d’un calme létal, avant d’être à nouveau emporté par un tourbillon de riffs et de blasts. Le tout sans cesse nourri par des nappes vocales lugubres et hypnotiques en arrière-plan. Un mandala dont les couleurs sont toujours identiques, mais dont les agencements, les formes et les contours offrent sans cesse une perspective nouvelle, une énième déclinaison du manque et du déchirement ressentis suite à la disparition d’un être cher. Il va de soi que la traduction en ‘live’ répond donc à la même logique. Chaque musicien est enfermé dans sa bulle, dès le premier pied posé sur les planches jusqu’au moment de la quitter. Pas de contact avec le public, une pure interprétation des morceaux, sans avoir de réel jeu de scène. Les émotions jaillissent malgré eux, la magie opère avec le public sans qu’il soit pourtant invité. Tout est implicite, l’intellect est mis de côté et les sensations prennent entièrement le contrôle.

Les morceaux s’enchaînent. Seuls des applaudissements viennent ponctuer les différentes compositions. Quand les lumières blanches et rouges ne viennent pas balayer l’estrade au rythme effréné de la batterie, c’est un large faisceau blanc qui met en exergue l’un des deux guitaristes, et plus précisément lors des moments de respirations plus intimes. A la fin de l’exécution d’un LP, l’arrière de la scène redevient noir, le logo du band réapparaît et les applaudissements deviennent franchement nourris. Le groupe, quant à lui, reste impassible. N’y voyez pas une quelconque forme de condescendance, mais bien un haut degré de concentration afin de pouvoir déballer tout ce que les musicos ont dans les tripes.

Ce show, unique en son genre dans l’histoire du combo, a permis le temps d’un concert de pouvoir ressentir l’évolution de sa musique en trois années de temps, une complexification progressive dans l’écriture des morceaux, une audace de plus en plus marquée, tout en enrobant un même noyau dur de différentes couches aux couleurs et saveurs différentes. Le tout, délivré de manière chirurgicale ; des pans de murs musicaux s’abattant sur une fosse pour le moins envoûtée. L’occasion pour les Gantois de démontrer qu’ils étaient capables de capter l’essence du Black Metal sans pour autant s’y laisser emprisonner. Bien qu’il devienne de plus en plus connu et reconnu, Wiedgedood a déjà laissé sous-entendre qu’il pourrait s’agir là de son dernier opus. Si tel est le cas, nul doute que la saga « De Dodden Hebben het Goed I, II et III » restera comme un projet riche, polysémique ainsi qu’une incroyable exploitation par la violence de la tristesse humaine. Autant en studio que sur les planches…

Plus qu’un concert, une expérience dont on ressort l’âme à vif.

Organisation : Wilde Westen

Louane

Un spectacle pour les petits et les grands…

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Ce soir, la température est tropicale. Que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur de la salle. Les portes s’ouvrent à 18h30, et on constate la présence de nombreuses familles qui ont accompli le déplacement pour aller applaudir Louane : parents, enfants –parfois très jeunes– et même grands-parents. L’artiste ratisse large. La fosse est pleine comme un œuf.

Thomas Caruso assure le supporting act. Il est issu de l’édition 2016 de la ‘Nouvelle star’. Et a composé pour Lisandro Cuxi, Hoshi et Louane. Cette dernière lui renvoie, en quelque sorte, l’ascenseur. Sur les planches, il est épaulé par un préposé à la gratte électrique dont il est capable de tirer des sonorités surf ou country, suivant les circonstances. Thomas est au micro et se sert d’une guitare semi-acoustique. Le duo n’a guère de place sur le podium. Faut dire que derrière le rideau, il y a le matos du groupe de Louane, et apparemment, il est conséquent. Barbu, bonnet rivé sur le crâne, Thomas a une bonne bouille, et surtout possède une belle voix qu’il module comme bon lui semble. Interactif, il invite le public a reprendre les paroles de ses chansons et tout particulièrement celles du single, « Souris Quand Même ». Bref, il a parfaitement joué son rôle d’entertainer…

Le rideau tombe et laisse apparaître deux estrades surélevées. L’une est destinée au préposé aux synthés et l’autre au drummer. Le line up du backing group est complété par une guitariste et un bassiste. Une brume épaisse envahit la scène. Accroupie, Louane semble se soulever du dessous du podium. Puis elle se lève, telle une conquérante, micro en mains. Et déjà, c’est la folie furieuse au sein de l’auditoire. Des milliers d’Iphones illuminent la fosse ; et ce sera le cas tout le spectacle. Sur l’écran central, l’image d’une lune blanche pivote. Louane est vêtue d’une minijupe verte et d’un body noir brillants. Elle est chaussée de bottillons. « Nos Secrets » ouvre le concert. Après « Tourne », elle salue la foule, qui l’applaudit chaleureusement. Elle signale qu’elle est heureuse d’être en Belgique, où l’ambiance des concerts est particulière, espérant que ce soir il soit au zénith, avoir reçu un prix dans l’Hexagone et que le concert est filmé. Elle ajoute encore qu’elle va souvent disparaître afin de changer de tenue. Lorsque les beats électros s’emballent, les lumières flashent l’auditoire. Louane ondule comme un serpent au rythme de la musique, une forme de pop légèrement teintée d’électro, de reggae et de world africaine. Show woman, elle est partout à la fois. Elle monte sur les estrades réservées à ses musicos, pour les affronter. Polyvalents, ils sont tous capables de troquer leurs instruments. A deux ou trois reprises, Louane joue de la guitare, électrique ou acoustique. Mais c’est quand elle est seule, derrière le piano, qu’elle se révèle la plus convaincante. A l’instar d’« Immobile ». Elle nous fait alors penser à Cœur de Pirate… On en a des frissons partout. Le son est excellent. Fait trop rare à Forest National, pour ne pas être souligné. Les gosses sont euphoriques. Les parents également. « Ecchymoses », une chanson signée Benjamin Biolay, enchante le public. « Jours de pluie », également, une magnifique ballade qui aborde le sujet des amours déçus, au cours de laquelle, elle libère l’émotion brute de sa jeunesse. Elle nous réserve une version très électrique du « Toute La Musique Que J'aime » de Johnny Halliday, et l’interprète d’une voix blues vivifiante, comme si elle était hantée par Beth Hart. Et entendre une ribambelle d’enfants reprendre ce morceau est vraiment génial !

En rappel on aura encore droit à deux titres. Au bout de 80 minutes, après avoir été en véritable symbiose avec son public et en toute simplicité, Louane et sa troupe peuvent tirer leur révérence. Le concert était parfaitement réussi…

Setlist : « Nos Secrets », « Tourne », « On Était Beau », « Blonde », « When We Go Home », « Ecchymoses », « Jour De Pluie », « Midi Sur Novembre », « Jour 1 », « Sans Arrêt », « Yellow », « Si T'étais Là », « Toute La Musique Que J'aime », « Immobile », « Pour Oublier L'amour », « Avenir », « Sapés Comme Jamais », « No ». 

Rappel : « Nuit Pourpre », « On Était Beau ».

(Organisation : Live Nation)

Car Seat Headrest

Le rock à guitare(s) a encore de beaux jours devant lui…

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L’éclosion de Car Seat Headrest, opérée il y a quelques années au sein du paysage musical pop/rock, a fait l’effet d’une véritable bouffée d’air frais pour tous les amateurs de ce style. Et pour cause, ce groupe s’est jamais senti obligé de tapisser ses compos de claviers, pour être dans l’air du temps. En outre, il est devenu d’autant plus intéressant, que non seulement, il incarne le chaînon manquant entre les Strokes et Nirvana, mais il a consacré Will Toledo. Ce fameux songwriter, qui se cache derrière ce projet, est ainsi capable de torcher des pépites sonores, à la pelle. Alors qu’il n’a pas encore 20 printemps, il avait déjà publié sept albums autoproduits, sur son Bandcamp. Et trois autres dans la foulée, avant de graver son premier LP sur le label indépendant Matador, en 2015. Son troisième opus, « Twin Fantasy », est sorti en février sur la même écurie. Et à l’instar des précédents long playings, c’est un condensé de hits… 

Un an après être passé par le Botanique, Car Seat Headrest était donc de retour en Belgique ; mais, pour la circonstance, à l’Ancienne Belgique. Une belle occasion de se rattraper, pour toutes celles et tout ceux qui avaient manqué le précédent concert.

Après une première partie assurée par Seattle Naked Giants, un trio punk issu de Seattle, les lumières s’éteignent. Il est 21 heures. Les musicos de Car Seat Headrest grimpent sur les planches. Will Toledo se plante au centre du podium derrière son micro ; ce qui ne va pas l’empêcher d’empoigner une gratte, à plusieurs reprises. Un batteur et un percussionniste s’installent derrière lui. Il est en outre, épaulé par un bassiste. Ainsi que deux guitaristes, c'est-à-dire les 2/3 du supporting act. Chaussé de lunettes, Will Toledo a un look d’adolescent adepte de jeux vidéo. On dirait même qu’il sort tout droit du lycée. Difficile d’imaginer qu’il s’agit d’un des compositeurs les plus brillants de sa génération. Tout en maîtrise, Toledo enfile les morceaux issus de ses différents long playings. Malgré un manque de charisme sur les planches, il parvient à séduire l’auditoire. A contrario, hormis le batteur, ses acolytes sont plutôt mobiles. Energiques, les passages instrumentaux sont parfaitement maîtrisés. Mais surtout, certaines compos sont de véritable hymnes ; à l’instar de « Drunkdriver/Killer Whales » ou encore « (Joe Gets Kicked Out of School for Using) Drugs With Friends (But Says This Isn’t a Problem) ». Ce qui ne va pas empêcher le combo de puiser au sein de son ancien répertoire. Faut dire qu’il y a du choix ! Après une bonne heure, toute l’équipe vide les lieux.

Will Toledo revient flanqué d’un guitariste pour attaquer "Sober Death ". Il est bientôt rejoint par les autres membres du band. Et le morceau s’achève par la reprise en chœur du refrain par la foule : ‘You and Me won't be Alone no more’. Après un deuxième titre intitulé « Stop Smoking », le concert prend fin. Pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, les spectateurs risquent fort de siffloter les mélodies des chansons de Car Seat Headrest. Contrairement à ce qu’une certaine presse, de plus en plus de labels et certains organisateurs de concerts affirment, le rock à guitare(s) a encore de beaux jours devant lui…

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

 

Cali

Les choses sont toujours bien défendues…

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Ce dimanche de Pentecôte, la ‘Caravane des solidarités’ faisait une étape dans la ville d’Ath, la cité des géants, à deux pas de la grand-place, sur le site de l’Esplanade. Une soirée toute en couleurs est programmée dans Le Magic Mirrors, un chapiteau dont l’art déco des années 20 se distingue par son parquet en chêne, ses miroirs incorporés dans de magnifiques bois sculptés, ses velours rouges et ses lustres de cristal. En outre, incomparable, l’acoustique est digne d’un studio d’enregistrement. A l’affiche, ce soir, un duo entre Cali et Steeve Nieve.

Les portes s’ouvrent à 20 heures. Un public nombreux et multigénérationnel s’est déplacé pour assister au spectacle. Il y a même une octogénaire, sa fille et sa petite-fille, ainsi que de jeunes adolescent(e)s et des aficionados venus spécialement de l’Hexagone…

Steve Nieve (NDR : il a accompagné Elvis Costello, pendant près de 20 ans, mais également et notamment bossé pour Robert Wyatt, Daniel Darc, Morrissey et David Bowie) ouvre le bal, derrière son piano. Et nous réserve un instrumental de toute beauté.

Cali débarque lors du deuxième morceau, sous un tonnerre d’applaudissements. Il va alors proposer de larges extraits de son dernier elpee, « Les Choses défendues ». Son expression est toujours aussi théâtrale, se servant de l’énergie des mots à travers ses chansons qu’il interprète avec une sincérité et une générosité notoires. Et c’est devenu une tradition, en cours de show, il se laisse porter à bout de bras par la foule… avant que des fleurs ne lui soient offertes. Steve Nieve est à nouveau sous le feu des projecteurs, en chantant un titre, derrière les ivoires. Et il y démontre encore tout son talent sur son instrument. Cali revient ensuite accompagné de deux ados, Guillaume et Alexandre ; et ces derniers vont fredonner quelques réponses aux paroles du Perpignanais… Un grand moment d’émotion ! A deux reprises, il veut mettre un terme au concert ; mais en liesse, le public réclame des prolongations… Elles seront accordées à travers une remarquable reprise du « Perfect day » de Lou Reed, qui pour rappel, était un ami de Steve… Une superbe soirée que Cali a eu le bon goût de proposer sous la forme d’un nouveau projet…

(Organisation : Solidarités)

Isaac Gracie

Un avant-goût de Rock Werchter…

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Isaac Gracie avait fait forte impression en supporting act d’Angus et Julia Stone, tant à Forest National qu’au Zénith de Lille. Agé de 22 ans, il possède une voix qui campe un hybride entre feu Jeff Buckley et Damian Rice, et vient de publier un premier opus. Un éponyme. Un disque qui fait suite à une pluie d’Eps, gravés depuis deux bonnes années. Ce soir, l’AB Club est soldout pour accueillir le Londonien. Et au sein de l’auditoire figurent pas mal de néerlandophones…   

Emy assure la première partie. Elle avait décroché la troisième place lors de l’édition 2017 du Humo Rock Rally. Seule, armée d’une gratte semi-acoustique, elle chante d’une voix soul qui évoque, tour à tour Tracy Chapman, Amy Winehouse ou encore Lianne La Havas. Elle n’a que 18 printemps et a encore une belle marge de progression. Mais en solitaire, son set manque de relief. En cause ? Des compos construites, pour la plupart, sur un même rythme…

Setlist : « The love », « Talk », « Divine », « Hurricane », « Confinished », « Hold My Breath », « Down The Lonely », « Star », « I Dunno », « See What’S Real », « Youth ».

Isaac Gracie, belle gueule d’ange à la longue tignasse blonde est vêtu d’une chemise à fleurs et porte un impressionnant crucifix autour du cou. A ses pieds, on observe la présence d’un verre rempli d’un liquide de couleur jaune, probablement pour le rebooster. Il est accompagné d’un bassiste et d’un drummer. Le set s’ouvre par « All In My Mind », une compo aux tonalités gospel, qu’il susurre en libérant une énorme dose de spleen. Rien d’étonnant dès lors que la foule l’écoute religieusement. Isaac signale que c’est la dernière date d’une tournée éprouvante. Il est fatigué mais affirme qu’il va accorder un concert exceptionnel. En général, dans ce cas de figure, l’artiste se lâche et donne tout ce qu’il a dans le ventre. « That Was Then » est un morceau empreint d’une grande douceur. Uniquement épaulé par son bassiste, il attaque « Love (Ain’t Always So Good) », une chanson d’amour empreinte d’une grande sensibilité. Si son toucher en picking est impressionnant, Isaac brille également sur la gratte électrique. A l’instar de « Reverie », un titre enrichi par les interventions du piano et de la batterie. Fragile, sa voix fait craquer le public féminin, tout au long de « Terrified ». Plus nerveux et surtout électrique, « The Death Of You And I » adopte un format folk/rock réminiscent de Mumford And Sons voire de The Lumineers. Une compo où il parvient à communiquer ses émotions, qu’elles soient d’amour ou de colère, à l’aide de sa voix. Et c’est « Last Words », single qui a précédé la sortie de l’opus, qui clôt le show. Avant de vider les lieux, Gracie remercie la foule. 

En rappel, il va nous réserver trois morceaux, en s’accompagnant à la gratte semi-acoustique, dont une version respectueuse de l’originale, du « No surprises » de Radiohead. Isaac se produira dans le cadre de l’édition 2018 du Rock Werchter.

Setlist : « All In My Mind », « That Was Then », « Terrified », « All The Burning Lovers », « Love (Ain't Always So Good) », « Telescope », One Night », « Silouettes Of You », « Hallow Crown », « Death Of You And I », Running On Empty », « Reverie », « Last Words ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

Equal Idiots

Volcanique !

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Equal Idiots est un des finalistes de l’édition 2016 du concours ‘Nieuwe Lichting’, organisé par Studio Brussel. Ce soir, il est venu défendre son premier elpee, « Eagle Castle BBQ », paru en juin 2016.  

Le supporting act est assuré par Robbing Banks, un Batave bien sympathique. Véritable homme-orchestre, il est originaire d’Utrecht. Il chante, joue de la guitare et de la batterie. Un kit composé d’une grosse caisse, d’une claire et de pédales montées sur cymbalettes, qu’il manœuvre à l’aide de ses pieds. Ce soir, il va nous proposer de larges extraits de son long playing, « This and that ». Nerveux, son garage/rock est largement teinté de glam. On se croirait revenu au tout début des seventies. Lorsque sa voix monte dans les aigus, on ne peut s’empêcher de penser à Noddy Holder, le chanteur de Slade. Il est particulièrement impressionnant aux percus, qu’elles soient tribales, sauvages ou imprimées sur un tempo à deux temps. Rockabilly, « Let's go home » est chargé de testostérone. Il nous réserve une version plus folk et plutôt paisible du « Bad Man » d’Oblivians, un combo garage/punk yankee. Et le show s’achève par le judicieux « Let's All Go To The Bar », une nouvelle compo. Et pour cause, l’artiste déclare qu’il nous y attend…

Setlist : « Head For The Coast », « Let'S Go Home », « Bad Man », « Search And Destroy », « Sleep This Off », « God Love Need Money », « Lilyfield », « Time Bomb », « Best Friend », « Let's All Go To The Bar ».

Le rideau rouge est fermé. A 21h00 précises, la Koninklijke Harmonie Sint-Cécilia de Westmalle grimpe sur le podium. Soit une section de cuivres de 7 musicos (sax, bugles, trompettes, flûte à bec et, clarinette) et en retrait, un drummer équipé d’un kit, réduit à sa plus simple expression. Et cet orchestre attaque alors une adaptation du « Escape (The Piña Colada Song) » de Rupert Holmès, que l’auditoire, constitué d’une majorité de néerlandophones, fredonne...

Puis, le team se retire pour laisser la place à Equal Idiots, un duo réunissant le chanteur/guitariste Thibault Christiaensen et le drummer Pieter Bruurs.

La ‘Blitzkrieg’ est déclarée. Titre d’ouverture, « Seduction Of Judas » dégouline de riffs en fusion. La voix de Thibaut semble hantée par Ty Segall. La frappe de Pieter est à la fois primaire, instinctive, sauvage, tribale et métronomique. Mais dès « Hippie Man, un spectateur monte sur l’estrade. Il se retourne, regarde Thibault qui hoche la tête. C’est le signal. Ce spectateur se jette alors dans la foule. Et on est parti pour une séance interminable de crowdsurfing. Thibaut va à son tour s’y lancer. Il exécute même un aller-retour entre le podium et le fond de la salle. Il est facile à repérer, à cause de sa tignasse rousse. Le public est très jeune. Quelques parents ont cependant accompagné leur progéniture. Il y a une ambiance de feu dans le cratère de l’AB. La montée en température est éruptive et phréatomagmatique, surtout lors des hits « Salmon Pink » et « Toothpaste Jacky », que l’auditoire reprend en chœur. Soudain une voix puissante émane du fond de la salle. Dvtch Norris saute au-dessus des barrières dévolues à la protection des consoles. Il traverse la foule et monte sur les planches pour se joindre au duo afin d’aborder « Money Man Midas ». Le flow est rapide. Cordes et fûts alimentent un rap punkysant digne d’une compo de Run DMC. La prestation terminée, le rapeur de Coely Dvtch s’éclipse, sous les acclamations d’un public… bouillant. Pendant « Fuck the politicians ! » et « Fuck the N-VA! », le public semble ravi. Thibault nous demande s’il peut chanter en français. Pourquoi ? Pour nous réserver le « Ca Plane Pour Moi » de Plastic Bertand. Et le délire atteint son apothéose dès les premières mesures de « Butter (Up Down) ». Robbing Banks débarque et empoigne la gratte de Thibaut. Ce dernier s’installe derrière un tom bass. Dieter Beerten, le drummer de High Hi, rejoint l’équipe, et se consacre à l’autre tom bass. Les percussions alimentent un climat véritablement volcanique. Fin du set ? Pas vraiment ! Le public applaudit à tout rompre. Et le duo revient en rappel pour accorder deux compos. Tout d’abord le titre maître de l’album « Eagle Castle BBQ », puis un « Put My Head In The Ground » littéralement sismique…

En une heure, Equal Idiots nous a proposé un show terriblement efficace tout en laissant vagabonder notre imagination à travers des références qui ont oscillé des Ramones (Ces ‘Ho, ha’ caractéristiques) à Nirvana, en passant par Pearl Jam, et pour les combos les plus contemporains, Metz, Idles, voire Black Box Revelation…   

Setlist : « Escape », « Seduction Of Judas », « Styx », « Cover The Corpse », « Hippie Man »,  « What You Gonna Say », « I Know », « Toothpaste Jacky », « Salmon Pink », « Money Man Midas », « Ca Plane Pour Moi », « Butter (Up Down) ».

Rappel : « Eagle Castle BBQ », « Put My Head In The Ground ».    

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Sohn (SOHN)

Chamane de l’électro…

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Prévu en octobre dernier, le concert de Sohn a été reporté ce lundi 14 mai. La pression était trop forte. L’artiste a préféré prendre du recul, postposer sa tournée et présenter un set pertinent. De son vrai nom Christopher Taylor, ce producteur et musicien insulaire est originaire de Londres, mais s’est exilé à Vienne depuis 2012, année où il a signé sur le label 4AD. Outre son talent de remixeur pour Disclosure et The Weeknd ainsi que compositeur pour Rihanna, ce maître de l’électro/soul a publié deux albums à ce jour, « Tremors » en 2013 et un « Rennen » en 2017.

Nouvelle sensation pop/r’n’b danoise, Goss assure le supporting act. Il débarque dans l’obscurité totale. Puis, on remarque la présence d’une dizaine de projecteurs qui partent depuis le bas de son pied de micro vers le haut, disposés en cercle. Elles se focaliseront exclusivement sur le Scandinave. Il chante en s’appuyant constamment sur des samples dispensés par un ordinateur. Mais il a beau avoir une belle voix, les morceaux se suivent et se ressemblent sur un ton, bien trop monocorde…

Trois estrades sont disposées sur le podium. L’une est destinée à un bidouilleur coiffé d’une casquette de rapeur, la deuxième à un préposé aux percus électronique, et la troisième à Sohn, un bonnet rivé sur le crâne, qui se consacre aux claviers ou à la guitare, et bien sûr au chant. La formation est disposée en triangle, afin de renforcer la cohésion du band.

Le set débute par le tout nouveau single, « Hue ». La voix est tour à tour puissante, écorchée ou délicate, mais en général, elle est surtout incantatoire et cristalline ; et quand elle devient atmosphérique, propices aux harmonies visionnaires, on ne peut s’empêcher de penser à l’Islandais Ásgeir. Tout au long de « Fool » (« Tremors »), le cerveau est torturé par des boucles électroniques oppressantes dispensées par les claviers, alors que le martèlement des percus nous plonge dans une forme d’angoisse. Et manifestement, les arrangements électroniques sont bien maîtrisés. Dignes de James Blake voire Brian Eno. La voix sublime l’instrumentation sur l’électro/pop, « Oscillate », une compo mélancolique. Sohn adresse un timide remerciement à l’auditoire. Minimaliste et vaporeux, « Signal » constitue le point d’orgue (?!?!?!) du set. Pourtant, l’électro y domine les vocaux. Les battements des percus électroniques sont rapides. Généralement, troisième élément de l’expression sonore, le synthé s’impose par ses samples répétitifs, mécaniques même, se succédant comme un vieux vinyle rayé. Eblouissant (NDR : dans tous les sens du terme), parfois démesuré (NDR : Orbital et White Stripes en avaient également abusé au sein de cette même salle), le light show est parfaitement modulé en fonction de la musique et atténue heureusement son intensité, lorsque le Londonien est au micro. Ainsi, sur le slow langoureux, « Nil », flip side du dernier single, il met en exergue sa voix soul et pleine de groove.

En 70 minutes, ce chamane de l’électronique est parvenu à envoûter son auditoire. Cela valait la peine d’attendre plus de 6 mois pour un vivre un concert aussi exceptionnel.

(Organisation : Live Nation + Ancienne Belgique)

 

 

Roger Waters

Wish you were there...

Oh oui : ceux qui n'étaient pas présents vont le regretter en lisant ce compte-rendu. Affichant déjà 74 printemps, ce brave Roger reste un des artistes les plus impressionnants à voir en 'live'. Est-il nécessaire de rappeler qu'il est un des fondateurs et le chanteur/bassiste/compositeur de Pink Floyd, un des groupes majeurs de l'histoire du rock, qui a vendu plus de 250 millions d'albums ? Ce soir, au sein d’un Sportpaleis archi-comble, le Britannique accorde le premier des deux concerts programmés à Anvers, dans le cadre de sa tournée mondiale baptisée ‘Us+Them’...

La période d'attente est rythmée par une musique ambient et, sur l'écran géant disposé en fond de scène, par une vidéo, très relaxante d'une femme assise sur une dune, devant la mer. Vers 20h20, le ciel dans cette projection commence à rougeoyer et le décor idyllique se transforme en cauchemar alors que des sons effrayants retentissent... Les musiciens sont à peine montés sur le podium qu’une explosion assourdissante et en quadriphonie éclate, avant de déboucher –et c’est un contraste absolu– sur les deux accords harmonieux et célestes de « Breathe », le classique de Pink Floyd. Une entrée en matière époustouflante, qui laisse présager un show spectaculaire...

Sur les planches, on reconnaît, bien entendu Roger Waters, traditionnellement vêtu d'un jean et d'un t-shirt noirs. A droite de l’estrade, Jonathan Wilson a la lourde tâche de prendre en charge les parties vocales de David Gilmour, mission dont il s'acquittera avec maestria tout au long du set. Au passage, signalons que le musicien californien mène une carrière solo très intéressante, dans un style proche du Floyd mais également de The War On Drugs.

La première partie de la setlist fait tout naturellement la part belle aux chefs d'oeuvre du Floyd, enfilant « Time », « One of These Days », « Welcome To The Machine » et un superbe « A Great Gig in The Sky » interprété en duo par les deux chanteuses, Jess Wolfe et Holly Laessig (également dans Lucius). Les nouvelles compositions de Waters, parues l'année dernière sur l'excellent opus, « Is This What We Really Want », tiennent parfaitement la route pendant le show. « Dejà Vu » et « The Last Refugee » font mouche et « Picture That » surprend par sa puissance et son côté engagé. Ici, comme à de nombreuses reprises, Donald Trump en prend pour son grade et ses photos sont copieusement conspuées par la foule.

La première partie du set se clôture par un grand moment : « Wish You Were Here » enchaîné à « The Happiest Days of Our Lives » et enfin « Another Brick in The Wall part 2 & 3 ». Suivant une tradition désormais bien établie, Waters a invité des enfants à rejoindre la formation pour un premier final endiablé. ‘Merci, les enfants ! Magnifique’, ajoute-t-il, en français, avant de se retirer…

Au cours de la pause, des inscriptions et des slogans tels que ‘Resist’ sont projetés sur l'écran géant. Dès le début du second acte, on comprend l’affectation de l'énorme rail disposé à l'avant du podium, au-dessus du parterre. Durant les premières notes de « Dogs », une structure semble sortir du rail pour s'élever jusqu’au plafond : c'est un gigantesque écran en huit parties qui s'installe ainsi perpendiculairement à la scène et projette l'image de l'usine iconique de l'album « Animals ». A la fin du track, les musiciens enfilent un masque de cochon et organisent un petit intermède ‘champagne’ sur les planches : très fun ! Waters saisit ensuite une pancarte sur laquelle est mentionné ‘Pigs Rule The World’, un geste qui introduit la version complète (plus de 11 minutes quand même !) de « Pigs (Three Different Ones) », une compo qui lui permet de fustiger tous les dictateurs et les puissants de ce monde. A l’avant du podium, il adopte une posture quasi-christique, les deux bras tendus devant lui, comme pour exhorter le public à prendre conscience de la situation et à agir ! Les images récentes projetées sur les écrans confirment que le morceau (NDR : il remonte à 1977 !) n'a pas pris une ride et son propos est, plus que jamais, d'actualité. Jolie surprise en fin de parcours, lorsque s’affiche sur l’écran l’inscription, en néerlandais, ‘Trump is een idioot’ (Trad : Trump est un idiot) !

En toute logique, Waters poursuit dans la même veine par « Money », une autre pure merveille de Pink Floyd, au cours de laquelle Dave Kiliminster et Jonathan Wilson exécutent à l'unisson le solo de David Gilmour et ce, avec une précision chirurgicale. Coup de chapeau au passage à Kiliminster, qui, d'une façon générale, reproduit à la perfection les parties de Gilmour, même si, dans le legato et certains sons, le génie de Gilmour reste inimitable. Pendant « Us and Them », les images sélectionnées par Waters font clairement allusion au conflit syrien et aux réfugiés. On a la gorge serrée, bouleversés par la beauté de la musique et la tristesse véhiculée par les images.

Mais ce diable de Waters nous réserve encore de belles surprises ! Après avoir goûté au sublime « Brain Damage », place au titre de clôture, « Eclipse ». Soudain, des lasers blancs installés devant l’estrade s’élèvent, dessinant une monumentale pyramide. L’auditoire clame son émerveillement ; et lors de la partie finale de la composition, hypnotique et solennelle, d'autres lasers, colorés ceux-là, descendent pour épouser la forme du dessin de la célèbre pochette de « The Dark Side of The Moon ». L'effet est tel qu'au moment de la dernière note, le public, assez calme jusqu’alors, se lève comme un seul homme et laisse échapper une clameur inouïe…

Au bout de quelques minutes, le groupe revient sur les planches et Roger Waters reste de longues minutes debout dans la lumière, baignant dans les applaudissements, les deux poings serrés en croix sur le coeur. ‘Merci...’, murmure-t-il, visiblement ému. ‘Cet amour que nous ressentons ici ce soir est palpable. Lui seul peut nous aider à changer le monde...’ Il se saisit ensuite de sa guitare acoustique et entame seul le très beau « Mother », un autre grand moment avant l'orgasme final, qui est, comme prévu, procuré par un « Comfortably Numb » d'anthologie.

Au moment de quitter la salle, on a l’impression d’avoir assisté à un concert d'exception, magistral à tous points de vue. Musicalement, bien sûr, même si l'on connaît la difficulté de produire un bon son dans le Sportpaleis, mais surtout visuellement grâce à un show multimédia et multimodal particulièrement innovant. Enfin, il y a le contenu, car ce que Waters nous a apporté ce soir, c'est une vision acerbe, sans concession de notre société et un regard profondément humain sur notre condition...

Pour les photos, c'est ici

Setlist:

Set 1:

Speak to Me
Breathe
One of These Days
Time
Breathe (Reprise)
The Great Gig in the Sky
Welcome to the Machine
Déjà Vu*
The Last Refugee*
Picture That*
Wish You Were Here
The Happiest Days of Our Lives
Another Brick in the Wall Part 2
Another Brick in the Wall Part 3

Set 2:

Dogs
Pigs (Three Different Ones)
Money
Us and Them
Smell the Roses*
Brain Damage
Eclipse

Encore:

Mother
Comfortably Numb

* From Roger Waters' latest album (all the other songs are from Pink Floyd)

Organisation : Live Nation

Angèle Van Laeken

Avec en filigrane, une stigmatisation, à peine voilée, des réseaux sociaux…

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Abandonnée à son triste sort, suite au déclin de l'industrie sidérurgique, l'usine de ‘La Providence’ renaît depuis quelques années. En effet, les anciennes forges ont été réaménagées en un centre urbain dédié aux cultures populaires, sociales et alternatives. Ce soir Angèle Van Laeken s’y produit. Dans la grande salle. C’est la dernière date de sa tournée et la seule qui ne soit pas soldout.

Lorsque Juicy grimpe sur l’estrade, il y a déjà un bon millier de spectateurs dans le Rockerill. Réunissant Julie Rens et Sasha Vonck, ce duo belge pratique un r’n’b insolite et complètement déjanté. Il s’était produit en supporting act de La Chiva Gantiva, à la Rotonde du Botanique, en novembre 2017. Depuis, il a publié un premier Ep, intitulé, « Cast A Spell », en mars dernier, un disque dont deux plages ont été traduites en clips, « Count Our Fingers Twice » et « Die baby Die ». Issues du conservatoire de Bruxelles, les deux artistes cherchent à remettre au goût du jour le r’n’b et le hip-hop des années 2000, dans un style minimaliste et électrique.

Sasha se réserve la guitare et Julie, la boîte à rythmes. Les deux filles se consacrent également aux synthés samplers et au chant. Plutôt jolies, elles montent sur le podium presque tout de rouge vêtues, y compris la fourrure à longs poils et les chapeaux ornés de rubans ! Elles s’installent derrière leurs instruments et attaquent « Bollywood », un titre de hip hop insolent, traversé par un air de flûte arabisant…

Il fait de plus en plus chaud. Les donzelles se débarrassent de leurs vestes et de leurs couvre-chefs. Tout au long de « Mouldy Beauty », elles se tortillent sensuellement, comme des geishas. Même les mains ondulent sur les instrus. Mélodieuses, les voix semblent habitées. Conjuguées, elles libèrent des mélodies qui font mouche. On a parfois l’impression que le tandem est fusionnel, tellement il est homogène. Après l'imparable « Count Our Fingers Twice », elles changent de place pour proposer un instrumental à quatre mains. « Something Is Gone » est un r’n’b mélancolique, tragique même. Insolite et ponctué de noms de volatiles, « Didn't Knock » baigne dans une forme de nu soul, mais surtout vise un certain Théo Franken. Alors que Sasha empoigne sa gratte, Julie caresse délicatement les lamelles des chimes (NDR : utilisé comme accessoire de batterie, notamment dans l’univers du r’n’b, cet instrument percussif est composé de tubes en laiton de longueurs différentes tenus par une barre ; et c’est la matière métallique qui produit un son chromatique et cristallin). Les deux filles rappent pour aborder le sujet du GHB. Et « For Hands On As », celui des agressions sexuelles. A l’avant de l’estrade, elles continuent d’ondoyer lascivement, tout au long de la nouvelle compo qui clôt le set, « Da Beat »…

Place ensuite à la tête d’affiche. Les musiciens –un drummer, un bassiste et un claviériste– débarquent théâtralement sur les planches et s’installent derrière leurs instruments respectifs. Angèle arrive à son tour. Elle a enfilé un pantalon rouge et un body blanc, sur lesquels elle a revêtu, de nouveau, un manteau de geisha. « Les Matins » ouvre le show. Angèle campe derrière ses claviers. Entre ombre et lumière, elle ondule sur place. Dès la fin de la chanson, elle vient s’asseoir sur un siège, juste devant votre serviteur. Le band embraie par son futur single, « La Thune », un titre qui traite des dégâts causés par les réseaux sociaux et les smart phones. Elle demande de ne pas filmer afin de simplement vivre le moment présent. Angèle se déhanche et arpente les planches de long en large, comme si elle était sous le soleil de Kingston. Indolent, « Oh Non » adopte un profil beaucoup plus électro. Même le drummer utilise ses drum pads. Le discours de la Bruxelloise affiche une grande maturité, alors que constant, son flow est empreint de sensualité. Elle excelle (NDLR : ça rime !) en mode piano/voix. A l’instar du lent « Jalousie », même si apparemment, il n’y a pas de jaloux dans la salle. A cet instant, sa voix semble hantée par Béatrice Martin, aka Cœur de Pirate. Pendant « Balance Ton Koi », elle susurre qu’elle n’aime pas casser les codes et qu’une fille qui rappe n’est pas stylée. Elle présente ses musicos (NDR : Sam à la batterie, Brieux à la basse et Géronimo aux claviers), avant que ceux-ci s’autorisent, chacun leur tour, un petit solo. Brûlot co-écrit par Veence Hanao et Matthew Irons, le chanteur de Puggy, « La Loi De Murphy » met littéralement le feu. L’interactivité entre Angèle et le public est totale. Le public connaît les paroles du refrain et les reprend en chœur. Pas de « J’ai Vu » au programme, ni de Roméo Elvis sur les planches. Elle parle de son succès dû à Instagram, mais malmène, une nouvelle fois, les réseaux sociaux à travers « Big Shit », une compo qui oscille entre lounge et jazz. Pendant « Je Veux Tes yeux », l’auditoire est invité à exécuter des exercices de fitness. C’est un rituel ! Tout le monde se prête au jeu puis se lève au signal d’Angèle. Elle ajoute ironiquement que la gym c’est bon pour le cul. Le set s’achève par « Troubles ».

En rappel, on aura droit à trois chansons, dont l’excellente reprise du « Bruxelles » de Dick Annegarn, limité aux ivoires et à la voix. Et deux titres électro. D’abord « Nombreux », au cours duquel les musiciens vont modifier la position de leur tête en fonction des sonorités dispensées. Puis, en final, « La flemme », sous les lumières qui flashent. Bref, on n’a pas vécu le même concert qu’au Botanique. Moins de pression et une setlist mieux équilibrée. 

(Organisation : Rockerill)

Saule

Ce soir, Saule était dans son Salon…

Température tropicale au Salon de Silly pour accueillir Saule (NDLR : idéal quand on cherche de l’ombre…) Et pour cause, le concert est soldout. C’est la quatrième fois que la bande à Baptiste Lalieu s’y produit. Faut croire qu’il s’y plait bien. Et puis, il est venu, notamment, présenter quelques nouvelles compos d’un nouvel album à paraître…  

Lisza assure le supporting act. Fondé en 2014, ce projet réunit Lisa Debauche et Vincent Liben. En 2015, lors du BSF, cette comédienne assurait les chœurs au sein du backing group de Vincent. Le couple, sur scène comme à la ville, est venu défendre son premier elpee, « La Vie Sauvage », paru en février 2017. C’est un peu le Bruxellois qui l’a poussée à se lancer dans une carrière musicale. Souvenez-vous, avant d’embrasser une carrière solo, il a milité au sein de Mud Flow, de 1994 à 2010. 

« Orphelin » ouvre le concert. Un titre douloureux mais également lumineux et aux mots empreints de délicatesse. Amoureuse des mots, passionnée de littérature, Lisa s’est détournée des pages pour écrire sa propre histoire en quelques couplets finement ciselés. Le phrasé dans sa voix est précis et épanche un sentiment de mélancolie. « Les Rives Rouges » évoque la perte de l’innocence. Les textes portent le poids des souvenirs et des sentiments douloureux. Le dialogue est permanent entre le chant et les instruments.

Lisza est accompagnée par deux excellents guitaristes. Vincent et son ami Fred, ce dernier se chargeant également des claviers. Et ce sont ces deux musicos qui assurent la rythmique des compos. Quant à Lisa, elle me fait parfois penser… à feu Barbara… qui aurait été plongée dans un environnement contemporain…  

Setlist : « Orphelin », « Cendres », « Les Rives Rouges », « La Confession » (reprise de Lhasa, « Accident », « Faux Semblants ».

Saule a composé de nouvelles chansons. Enfin Baptiste Lalieu. Il se sert du public, un peu comme un laboratoire, avant d’en réaliser les versions définitives… La dernière fois que le groupe s’était produit au Salon, il avait adopté une configuration scénique atypique et originale. En fait, il ne s’était pas installé sur le podium, mais au milieu de la salle, pour s’y entourer de l’auditoire. C’était en 2016. Aujourd’hui, il a opté pour une autre disposition. Ainsi, lorsque le set démarre, Baptiste est assis dans un sofa, planté sur une avancée scénique. Il est accompagné par son guitariste. Le duo attaque alors « Maman Seul », à la sèche. Une entrée en matière paisible et atmosphérique, au cœur d’un décor insolite.

Véritable bête de scène, Lalieu a la pêche ce soir. Et il est en totale interactivité avec son public qu’il va faire participer tout au long de son set. Mr Bio vient nous parler en toute intimité et humilité de sa crise de la quarantaine à travers ses « 40 Ans ». Un cap qui n’est parfois pas facile à vivre, car on a l’impression d’être entre deux âges…

En ‘live’ la version de « Comme » est bien nerveuse. Un morceau dont la musique lorgne vers Charlie Winston, alors que le texte est aussi soigné que chez de Dominique A.  

En milieu de set, Saule invite les rappeurs Céo et Bâti sur les planches. Et ils vont électriser la foule de leurs impulsions vocales (NDR : ces artistes apportent leur soutien à Baptiste, au projet destiné aux enfants ‘Zombie kid’, une histoire de zombies qui nous plonge au sein d’un univers effrayant, sis à la croisée des chemins de Tim Burton et de Gorillaz, mais se termine bien). Camille Bazbaz est également convié à grimper sur l’estrade comme guest, pour chanter et donner un coup de clavier. Saule va nous réserver 4 titres issus de son futur opus. Outre « Maman Seule » et « 40 ans », il interprètera encore « Troue » et « De L'Autre Côté De La Route ».

Face à un public survolté et participatif, Saule va accorder deux rappels, dont le fameux hit « Dusty Man », mais sans Charlie Winston. On soulignera, une fois de plus, la qualité du son. Saule l’a promis, il reviendra à Silly. Cool, quand on est dans son Salon…

Setlist : « Maman Seule », « Je Reviens », « Mieux Nous Aimer », « Delove Song », Type Normal », « Comme », « (Elle Sait) LC », « Eclaircie », « 40 Ans », « Des Mots », « Troue », « Infini Solitude », « Personne », De l’Autre Côté De La route ».

Rappel 1 : « L’Homme Bio », « Inventaire », « Breath ».

Rappel 2 : « Dusty Man », « Silent ».

(Organisation : Silly Concerts ASBL)

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