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La fresque de Vincent Delerm

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dEUS - 19/03/2026
Concerts

Of Monsters And Men

En cherchant à s’infiltrer, à travers les méandres de nos âmes…

Écrit par

En dépit des événements qui secouent le monde actuellement, Of Monsters and Men a accepté de se produire dans l’arène de Forest National, ce dimanche 15 novembre. Après avoir transité par Rock Werchter cet été, la jeune formation indie folk est venue défendre les compos de son deuxième album. Un disque intitulé « Beneath the Skin ». Malgré une sécurité renforcée par une présence policière à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment, la tension était, néanmoins, palpable. La salle n’est pas comble, elle est remplie aux deux tiers. Ce qui n’a pas empêché le groupe de conquérir l’auditoire en douceur.

La première partie est assurée par un autre band islandais, dont les membres semblent du même âge que la tête d’affiche. Pendant quarante-cinq minutes, Mammút s’est approprié la scène et a enflammé une partie de l’auditoire. Le temps a paru long pour certains, se demandant si les héros de cette soirée n’avaient pas disparu dans les abysses des coulisses. (Voir section photos ici)

Puis, discrètement, les projecteurs diffusent une lumière tamisée sur le plateau. Les quatre lettres ‘M’ aux couleurs du drapeau français s’illuminent. Le message est clair. Les neuf musicos veulent rendre hommage aux victimes parisiennes. Le set commence par un angoissant « A Thousand Eyes ». Le timbre de voix plus aigu de Nanna Bryndís Hilmarsdóttir se marie délicatement à celui plus grave de Ragnar ‘Raggi’ Þórhallsson, les deux principaux chanteurs du combo. La première chanson s'appuie sur une présence massive du tambour et de la grosse caisse. Une bonne partie du public est secouée par ce premier titre.

La suite s'annonce plus allègre, même si certaines compos s’avèrent plus mélancoliques, à l'instar de "Empire", présenté il y a quelques semaines lors du show américain d'Ellen DeGeneres ou de « Slow life ». Il faut dire que la troupe a enregistré son deuxième opus chez elle, dans son fief natal ; mais également en Californie, dans les locaux de l’Eldorado Recording Studios. Nanna et Ragnar ont préféré prendre leur temps pour écrire leurs nouvelles chansons. La célébrité soudaine construite autour de leur premier LP ne leur a laissé aucun répit. Les tournées se sont enchaînées sans relâche. On comprend mieux la raison pour laquelle les musiciens sont repartis chez eux, près des leurs, dans leur île natale, afin de retrouver de l'amour, beaucoup d’inspiration et du calme. Une accalmie après la tempête, en somme.

Le public est conquis et tout doucement, les artistes sentent que la tension a disparu. Ils arborent des sourires, échangent quelques regards entre eux et demandent à l’auditoire de chanter à l’unisson. Les extraits de leurs précédents elpees comme « King and Lionheart », « Mountain sound » et « Lakehouse » côtoient les nouveaux titres tels que « Black Water », « Human », « I Of The Storm », « Backyard », « Crystals », « Wolves  Without Teeth » ou « Hunger ». D’un morceau à l’autre, la guitare électrique et acoustique, le glockenspiel, le tambour et la batterie se partagent des interludes musicaux plus sombres et parfois plus solennels. Parfois on se demande, si le groupe n’essaie pas de s’infiltrer, à travers les méandres de nos âmes… Malgré le spleen de leurs compos, l’assistance est sous le charme, subjuguée par les voix angéliques des deux interprètes.

La fin de parcours se révèle plus optimiste, surtout grâce au concours de la trompette, du trombone et de l’accordéon. Le refrain notoire de leur tube planétaire, « Little Talks », est chanté en chœur en compagnie de la foule. La chanteuse Nanna déambule sur l’estrade, poussé par un désir irrésistible de partager sa joie sur le podium. Cependant, avant de conclure ce concert, les deux acolytes, touchés par l’épisode parisien, délivrent un message de paix à travers les trois derniers fragments musicaux intitulés « Organs », « Dirty Paws » et « We Sink ».

Of Monsters and Men est un groupe talentueux qui a mûri au fil du temps. L’insoutenable légèreté du premier opus, symbolisé par une jeunesse insouciante, a laissé la place à une gravité de la réalité, tout au long de son dernier elpee…  (Voir aussi notre section photos )

Setlist : A Thousand Eyes – Empire – King and Lionheart – Black Water – Mountain Sound – Slow life – Human – Backyard – Crystals – Hunger – Little Talks – Six weeks – Organs – Dirty Paws – We Sink.

(Organisation : Live Nation)


 

 

 

 

Simple Minds

Un enfer pavé de bonnes intentions…

Écrit par

Simple Minds se produit presque chaque année, en Belgique. Et en 2015, il est programmé pour le 14 novembre, à Forest National. Le groupe écossais y transite, dans le cadre de sa tournée ‘Big tour music’. Et demain, elle s’arrêtera au Lotto Arena d’Anvers. Le concert est bien sûr sold out. Et les abords de la salle sont bien quadrillés par les forces de l’ordre. De quoi rassurer une foule encore traumatisée par les événements tragiques qui se sont déroulés à Paris, la veille, et notamment au Bataclan. Une fouille est exécutée à l’entrée, et le public se plie de bonne grâce à ces désagréments.

« Theme For Great Cities » a été choisi pour introduire le show. Il est 20h15 et il est décrété une minute de silence en hommage aux victimes de la veille. Les cinq musiciens et les deux choristes s'avancent ensuite en ligne, d’un pas solennel. Ils sont émus. Jim nous salue. Il est applaudi chaleureusement par un auditoire qui ne fait qu'un avec les artistes. Jim prend la parole : 'En général, c’est cool d’être chanteur dans un groupe de rock, mais parfois c’est très difficile quand comme ce soir on doit s’exprimer et qu’on ne trouve pas les mots… Je vous demande de respecter une minute de silence pour tous ceux qui ont perdu la vie hier à Paris, et après nous jouerons !' Un drapeau français est affiché sur les deux 2 écrans placés derrière le combo.

Les musiciens originels ont vieilli physiquement et en particulier le chanteur Jim Kerr, le guitariste Charlie Burchill et le drummer Mel Gaynor. Le bassiste Ged Grimes, également (NDR : il est né au début des 60’s, mais n’a intégré le band qu’en 2010). Le line up est complété par le claviériste Andy Gillepsie, la choriste/claviériste/guitariste Catherine Anne Davies, et à partir de la deuxième partie du set, la très jolie Sarah Brown.

Pas de supporting act. Le spectacle est divisé en deux parties. La set list réunit 28 morceaux. Quatorze pour la première, onze pour la deuxième, sans oublier les trois titres du rappel. Et un entracte de 15 minutes sépare les deux premiers actes, d’une durée de 75 minutes chacun. La part belle est faite au dernier elpee, « Big Music », sorti l'an dernier.

Jim déambule sur l’estrade de gauche à droite (NDR : ou de droite à gauche, pour ne pas froisser les partis politiques…), au bord du podium, élevant toujours son micro de manière aussi caractéristique. Il va au contact des premiers rangs pour donner et partager sa musique. Il s’accroupit régulièrement, fait le grand écart ou s’agenouille, suivant un même rituel. Pas besoin de lever les mains, la foule applaudit chaleureusement le premier hit : « Waterfront ». Les cordes de guitare sont étincelantes et les claviers généreux, tout au long de cette chanson ténébreuse. Pendant « Up on the Catwalk », des spots de couleur jaune balaient la scène. Par rapport à la version originale (NDR : parue en 1984), la nouvelle est enrichie de claviers particulièrement electro. Le light show passe au bleu et au rose pour « See The Lights » (« Real Life »), une compo plus paisible balisée par le tandem basse/guitare. Placée sur une petite estrade, Catherine Anne Davies a les cheveux roux. Elle est vêtue d’une robe fuschia scintillante et de bas collants verts. Elle a empoigné sa gratte électro-acoustique et se réserve le chant. Sa voix est puissante, mais ne manque pas de charme. Jim en profite pour changer de costume, en coulisses. Dans la foulée, Charlie, lui, troque sa gratte acajou pour une autre de couleur blanche. Et elle adopte des sonorités davantage funkysantes. Le light show déborde du podium et balaie la salle. Une adaptation écourtée de « Promised You a Miracle » (« New Gold Dream ») plus tard, les spectateurs ont de plus en plus de fourmis dans les jambes. Pendant « Mandela day » (« Street Fighting Years »), qui rend hommage à feu Nelson Mandela, Jim tourne son micro vers l’auditoire qui reprend les paroles en chœur. Le chanteur affiche alors un large sourire…

Le premier volet du concert s’achève par  « Don't You (Forget About Me) ». Pour meubler l’entracte, Mr. Kerr nous conseille d'aller goûter des chocolats.

Un petit medley (« Five to One / Book Of Brilliant Things ») annonce le retour de S.M. Catherine s’y consacre aux claviers. A la fin du pot-pourri, Jim remonte sur l’estrade. Il a enfilé sa veste écossaise en tweed. Le combo nous réserve une reprise des Doors : « Five To One ». Bouleversant ! Compo mythique, « Someone Somewhere in Summertime » est un véritable brûlot en ‘live’. Et pourtant, l’enfer y est pavé de bonnes intentions. Surtout celles au cours desquelles Simple Minds et le public entrent en communion. Il ne faut pas oublier que c’est en Belgique que la formation a récolté ses premiers succès. Ravi, Jim lâche un ‘Fucking Forest National’. Ce qui reflète la magie du show vécu ce soir. Jamais l’intensité n’a faibli. Faut dire que le public était chaud boulette…

La pression retombe d’un cran pour « All the Things She Said », un titre remarquablement enrichi par les chœurs. « Let It All Come Down » termine le deuxième acte. Jim remercie longuement l’auditoire.

En rappel, « Big Music » amorce le débarquement des pompiers. Micro placé bien haut devant lui, Jim invite tout simplement la foule à le suivre, une dernière fois. « Sanctify Yourself » clôt ce très chouette concert. Mais en sortant de Forest National, on ne peut s’empêcher de penser aux victimes du Bataclan…

(Organisation : Live Nation)

Voir aussi notre section photos ici

 

 

 

 

Bianca Casady

Un spectacle de transformistes, mais pas seulement…

Écrit par

La moitié féminine et tête pensante du duo infernal américain CocoRosie s'offre une parenthèse en solo lors d’un spectacle original et atypique, mêlant musique et performance scénique dont toute l'attention va se focaliser, tout au long du show, sur un danseur talentueux. Le spectacle est prévu pour 20 heures. Il accuse 15 minutes de retard ; le temps de laisser les retardataires, coincés dans les embouteillages, parvenir à destination. Il a fallu 75 minutes entre Halle et Bruxelles, au lieu des 45 nécessaires en temps normal, pour que votre serviteur atteigne la capitale. Faut dire que le match de football entre les Diables Rouges et l’Italie était également programmé au stade Roi Baudouin. D’ailleurs en début de concert, l’Orangerie est à moitié pleine (NDR : ou vide selon…)

Une immense toile est tirée devant le podium. Elle le dissimule. D’autres –et on ne le verra que plus tard– sont tendues sur cette estrade. Y sont reproduits des clowns d’une autre époque. Tout un décor destiné à entretenir un climat de mystère. Torse nu, un homme vient se planter à l’extrême droite de l’estrade. Il se ventile la tête à l’aide d’une aile d'oiseau. C’est lui le fameux danseur. Son nom ? Biño Sauitzvyi. Il va successivement se transformer en clown, en cheval échappé d'un théâtre Nô japonais, en ballerine déglinguée, en disciple du butō nippon (NDR : une danse avant-gardiste, underground, imaginée par le Japonais Tatsumi Hijikata, dès 1959), en Pierrot néo-romantique (NDR : pensez au « Scary Monsters » de Bowie), en Joker (‘Batman’) ou encore en esprit d’Halloween (NDR : rappelez vous la série d’épouvante, ‘Scary Movie’).

A gauche, un piano à queue a été installé. Il est destiné à Bianca ou à Jean-Marc Ruellan. A côté de cet instru, on remarque la présence de petits amplis vox et de machines. Un matos destiné à passer la voix de Casady au vocodeur. Elle est vêtue d’une chemise de nuit surannée et porte un bonnet, surmonté d’un chapeau melon de couleur noire. Le line up est complété par Michal Skoda (drums), Takuya Nakamura (synthés, trompette, basse) et Doug Wieselman (Antony And The Johnson). Elégant dans son smoking, ce dernier assure les backing vocaux, la guitare, la flûte traversière et les cuivres (clarinette, sax alto, baryton et soprano). Au bout de trois morceaux, l’équipe est rejointe par la choriste, vocaliste et performeuse, Laerke Grontved, accoutrée comme Charlie Chaplin, dans ses films muets. Tout ce petit monde constitue le backing group de Bianca, The C.I.A.

Cocktail subtil de jazz, blues, électro et hard rock, la musique est expérimentale. Elle est hantée à la fois par Berthold Brecht, Tom Waits voire Frank Zappa. Et devrait alimenter les compos de son futur album, dont la sortie est prévue pour 2016.

Bianca chante, slamme ou récite des textes tout en triturant les cordes d’un violon. Elle semble mal à l’aise dans ses frusques. Des images de personnages aux visages blancs défilent sur la tenture, en avant-plan. On dirait qu’elles ont été tournées dans un cimetière. A moins que ce ne soit depuis l’enfer. Le danseur se métamorphose régulièrement ; mais discrètement. Dos au public, il devient une shiva masquée. En remuant les épaules, une déesse. Avant que la toile tombe, il s’est à nouveau transformé. Il grimpe sur un tabouret, puis se jette au sol ; et tel une poupée désarticulée rebondit alors que ses gestes épousent le tempo imprimé par les cuivres, dont une trompette équipée d'une sourdine. On souffre pour lui. Pourtant, malgré ses mouvements apparemment incontrôlés, sa chorégraphie est étudiée. Marlène Dietrich s’est réincarnée en Bianca. A la fois fasciné et stupéfait, j’entre progressivement dans ce ‘cabaret’ surréaliste.

Takuya et Doug sont de fameux musicos ; ils changent d’ailleurs constamment d’instruments, sans la moindre difficulté. La voix de Bianca devient diaphonique, une technique adoptée régulièrement chez les Tibétains. Faut dire qu’elle est fascinée par l’Asie. De temps à autre, elle se plante au milieu du podium, pour permettre à Biño d’opter pour un autre look, tranquillement, dans son coin. On entre alors dans un climat cauchemardesque entretenu par une forme de cacophonie, au cours de laquelle l’expression sonore s’emballe. Bianca s'est à son tour changée. En fait, elle a enlevé sa chemise de nuit, pour laisser apparaître un corps moulé dans un collant noir, sur lequel elle a enfilé un calbute trop large, digne du caricaturiste Reiser. Si elle a conservé le chapeau melon sur le crâne, elle a placé une chaîne à grosses mailles autour de son cou, au bout de laquelle est fixée une corde de chanvre. La musique vire alors à l'électro et au hip hop. Un piano désaccordé, un sax baryton et une trompette soutiennent les évolutions de Biño. Devenu funambule masqué et coiffé d’un haut-de-forme, il garde l’équilibre sur un fil imaginaire, en s’aidant d’un vieux parapluie tout déglingué.

Biño nous invite ensuite à Munich. A la fête de la bière. Mais, malgré ses couettes rousses, il ne va pas pasticher le 'Frida Oum papa' d’Annie Cordy. En fait il ressemble plutôt à un épouvantail, abandonné dans au milieu d'un champ de petits pois. D’une durée de 70 minutes, le show est ininterrompu. Attentif, mais interloqué, le public n'applaudit pas. Il apprécie le show, mais ne veut pas en perdre une goutte. En fin de parcours, Bianca Casady présente sa troupe qui est chaleureusement acclamée.

Franchement, je ne m’attendais pas à un tel spectacle. On a vécu un mix entre musique, cinéma (NDR : muet ou sonore, mais datant du début du XXème siècle), théâtre, comédie musicale et transformisme. Et je dois avouer qu’il m’a franchement subjugué. Après un petit rappel, on peut vider les lieux, des petites étoiles plein les yeux.

Mais en sortant du Bota, c’est la douche froide. On apprend ce qui s’est produit à Paris. Et tout particulièrement au Bataclan, lors du concert accordé par Eagles Of Death Metal. Il y a encore des barbares qui au nom d’une religion, se permettent d’assassiner gratuitement des êtres humains. Et notamment des passionnés de musique sans défense. On se croirait revenu au Moyen-âge…

En rédigeant ce compte-rendu, j’ai aussi voulu ne pas oublier les familles éprouvées par ces drames. Je leur adresse donc une pensée émue…

(Organisation : Botanique)

Deerhunter

Comment casser son image de groupe prétentieux et antipathique…

Écrit par

La rumeur le taxe de caractériel, désagréable et froid. Après le concert livré au Grand Mix, on peut le déclarer sans hésiter : Bradford Cox n’est pas la ‘tête de lard’ qu’on veut bien nous laisser croire. Bien sûr, le chanteur de Deerhunter est un fameux personnage. Le nier serait un mensonge. Avez-vous déjà vu un artiste assurer son propre supporting act ? Personnellement, jamais. C’est pourtant sous le pseudonyme d’Atlas Sound que Cox monte sur les planches, vers 20h30. Il ouvre donc la soirée pour… lui-même. Hors norme, il faut l’avouer ! Néanmoins, ce projet solo est anecdotique car trop expérimental. Bradford joue un peu pour se faire plaisir, mais sa prestation est plutôt ennuyeuse.

Il le reconnaît cependant quelques minutes plus tard, après être grimpé sur l’estrade, en compagnie des autres musiciens de Deerhunter. ‘Je vous ai endormi, je vais maintenant vous réveiller !’ Ce n’était pas perceptible lors de la première partie, mais Cox a l’air en pleine forme. Et c’est une excellente nouvelle ! Car non seulement, il est atteint du syndrome de Marfan ; mais en outre, renversé par une voiture début décembre 2014, il a été sérieusement blessé.

C’est le second chanteur du groupe, Lockett Pundt, qui ouvre le bal vocal sur « Desire Lines ». Issu du quatrième opus « Halcyon Digest », le morceau met en valeur les grattes, un des gros points forts de la formation aux multiples facettes. Les styles vont d’ailleurs se mélanger durant tout le concert. On passe ainsi du punk au garage ou encore au rock expérimental, presque sans transition. Deerhunter va d’ailleurs se promener à travers toute sa discographie, plutôt éclectique. Enfin pas vraiment toute. L’excellent album « Monomania » sera complètement oublié. Finalement, le fort sympathique bassiste Josh McKay confiera à votre serviteur, la raison de cette lacune, juste après la représentation. Un guitariste n’a pas pu accompagner le band durant la tournée et personne n’a eu le temps d’apprendre les accords pour le remplacer. Ainsi, ce manquement devrait être rapidement corrigé.

Evidemment, le set réunit une majorité de titres issus de « Fading Frontier », sorti très récemment. Les morceaux sont cependant retravaillés et dévoilent tout leur potentiel. Trop paisible sur disque, « Living My Life » prend même carrément une autre dimension en ‘live’! Il s’agit bel et bien d’un concert rock !

Entre presque chaque chanson, Bradford Cox s’arrête pour discuter avec le public. Ce qui n’est pas habituel, surtout à ce point. Nous avons ainsi droit à des débats sur la qualité de la batterie, la culture du Nord de la France, l’architecture de Tourcoing… Surprenant pour un personnage aussi tourmenté. Les spectateurs finissent même par se demander s’il n’est pas saoul ; mais Cox mettra rapidement fin à toute suspicion : ‘Je sais que j’ai l’air bourré mais je ne bois pas !’

C’est –à mon humble avis– par la meilleure chanson jamais écrite par le combo que la première partie du set s’achève. Extraite du long playing « Microcastle », « Nothing Ever Happened » est une plage d’un peu moins de six minutes. Le quatuor va la développer jusqu’à atteindre près de 20 minutes ! A la fois garage et expérimental, le morceau permet surtout de se rendre compte de la qualité technique des instrumentistes. Cox opère même une démonstration en jouant la fin du titre sur le manche de sa guitare. Remarquable !

Un rappel est bien évidemment réclamé par l’auditoire qui remplissait aux trois-quarts la petite salle du Grand Mix. Deerhunter revient sur le podium, sauf le leader qui plonge immédiatement dans la fosse, pour discuter avec deux jeunes femmes. Bradford Cox qui drague en plein concert, c’est assez cocasse. Après avoir feint un malaise, Cox reprend sa gratte pour terminer son spectacle. C’est finalement sur un morceau des débuts du band yankee que se clôture la soirée. D’abord très doux, « Fluorescent Grey » monte dans les tours avant d’offrir une explosion finale attendue par tout le monde.

Plus d’1h45 de concert, un son presque parfait, une sympathie de tous les instants… Aux yeux et aux oreilles des quelques 400 personnes présentes ce lundi soir au Grand Mix, Deerhunter a complètement cassé son image de groupe prétentieux et antipathique ; mais a aussi prouvé qu’actuellement, il méritait bien de trôner au sommet de l’indie rock...

Setlist :

Desire Lines
Breaker
Duplex Planet
Revival
Don't Cry
Living My Life
Rainwater Cassette Exchange
All The Same
Take Care
Nothing Ever Happened

---------

Agoraphobia
Cover Me (Slowly)
Ad Astra

Fluorescent Grey

(Organisation Grand Mix)

The Beatbox

La réincarnation des Beatles par un groupe italien…

Écrit par

Une soirée très particulière se déroule ce lundi 9 novembre 2015. Et pour cause, elle est entièrement consacrée aux Fab Four. En supporting act, le talentueux sixcordiste Antoine Goudeseune, et en tête d’affiche le cover band italien des Beatles, The Beatbox. Il est venu présenter son spectacle 'Revolution The Show - The Best Beatles Experience'. Un quatuor considéré comme le meilleur groupe de reprises des quatre de Liverpool au monde ; et dont le show s’étale sur plus de 150 minutes ! Il doit y avoir plus ou moins 500 personnes dans le Cirque Royal. Un auditoire, dont la majorité est à la fleur de l’âge. On y croise des barbus bedonnants (NDR : comme votre serviteur) et des mammys aux sourires éclatants. Mais également des plus jeunes. Et finalement, on peut affirmer que 4 générations vont assister à ces représentations. Parfait ! 

La première partie est donc assurée par un Binchois, Antoine Goudeseune. Un guitariste qui a adapté l'album « Abbey Road », en fingerpicking (NDR : voir chronique cd ici

Antoine monte seul sur l’estrade armé d’une gratte électro-acoustique. Tout au long du set, il va se servir d’une loop machine, d’une pédale de réverb et d’un accordeur, placés à ses pieds. Il ouvre son set par « Abbey Road » (NDR : il y a des parasites dans l’entourage de votre serviteur, qui décide de déménager). Et embraie par une adaptation sympa de « Lady Madonna ». Il revisite « I Want You » dans une version plus courte. Et explique que sur l’originale, en fin de parcours, il y a tellement d’instruments qui enrichissent les arrangements, qu’elle s’achève dans un chaos indescriptible. Aussi qu’il va essayer de recréer cette finale à l’aide de sa loop machine. Pari réussi ! Il enchaîne ensuite « Golden Slumbers », « Carry That Weight » et « The End », sous la forme d’un medley et achève son set, unplugged, par « Across The Universe », au bord du podium. Bel exercice de style, mais de l’endroit où se trouve votre serviteur, on n’entend rien…

Dans le cadre du quarantième anniversaire de la tournée américaine du plus grand groupe de rock de tous les temps, The Beatbox a créé le magnifique spectacle ‘Revolution’, rehaussé par un light show remarquable, retraçant l’histoire des Fab Four, depuis leurs premiers concerts accordés dans la ‘Cavern’ de Liverpool, jusque leur séparation. La setlist épingle les 40 chansons les plus notoires (“Twist And Shout”, “She Loves You”, “A Hard Days Night”, “Yesterday”, “Help !”, “Michelle”, “Sgt.Peppers LonelyHearts Club Band”, “Lucy in the Sky with Diamonds”, “Let It Be”, “Get Back”, “Revolution”, “Something” et Hey Jude, notamment).

Chargé d’histoire, le show évoque bien évidemment les 8 années d’existence des Beatles, mais également celle du rock. Des films d'époque sont projetés sur deux immenses téléviseurs vintage, placés aux deux extrémités de la scène. Alfio Vitanza, Mauro Sposito, Guido Cinelli et Riccardo Bagnolli ont souhaité que chaque détail soit minutieusement reproduit. Tant musicalement que visuellement. Taillés sur mesure, les vêtements sont à chaque fois adaptés pour l’époque. Depuis les costumes noirs classiques des débuts au look ‘baba cool’ d’« Abbey Road », en passant par les vestes brunes ‘Cosplay’ (NDR : comme celles portées lors du fameux concert accordé au fameux ‘Shea Stadium’, à New York city, en 1965) et les uniformes multicolores circa « Sgt Pepper’s ». Ils ont été confectionnés par la même maison de couture que ceux de la bande de Liverpool. Enfin, les musicos se servent d’instruments identiques et des mêmes amplis Vox. Le spectacle est divisé en deux parties, comme au cinéma ; mais la chronologie de la seconde sera quand même bousculée…

Et il s’ouvre par la diffusion d’images immortalisées dans la ‘Cavern’. Le mimétisme est parfait. L’imperfection du son reproduite. On remarque même les tics de Paul, alors encore très timide. (Setlist : « I Saw Her Standing Here » / « Please Please Me » / « Love Me Do » / « Please Mr. Postman » / « Roll Over Beethoven » / « She Loves You »)

Les artistes s’éclipsent pour enfiler leurs vestes 'Cosplay’. De nouvelles images défilent. Elles se concentrent justement sur celles des concerts filmés aux States, lors de ce périple accompli aux States, en 1965. De retour sur l’estrade, le quatuor transalpin aligne « I Want to Hold Your Hand » (NDR : c’est ce single qui a déclenché ce que les Yankees ont appelé la ‘British Invasion’, dans leurs hit-parades ; une chanson qui est la première des Beatles à avoir figuré au sein du Billboard), « All My Loving », « Can't Buy Me Love  », « This Boy  » et « Yesterday ».

Pas de changement de fringues pour achever la première partie au cours de laquelle se succèdent « A Hard Day's Night  », « Ticket To Ride », « I Feel Fine », « Help », « Day Tripper » et « Twist and Shout ». De 1963 à 1966, c’est la ‘Beatlemania’. Entre deux tournées triomphales, les Beatles tournent deux films ; mais découvrent également les substances hallucinogènes. C’est un tournant dans leur carrière.

De nouvelles vidéos et un changement de décor plus tard, le quartet revient, vêtu d’accoutrements psychédéliques. Tout s’est allongé : les vestes, les cheveux, les barbes et même parfois les moustaches. Un piano a été installé pour le clone de John Lennon (NDR : c’est l’époque à laquelle, ce dernier devient prolifique). Les Fab Four avaient publié « Yellow Submarine  », un dixième elpee. On aura droit notamment au titre éponyme de cet LP, mais également à « All You Need Is Love  », « Magical Mystery Tour » (NDR : la version du film) et d'autres morceaux. « Abbey Road », c’est le onzième et avant-dernier album du groupe. Il s’est vendu à 20 millions d’exemplaires. Et pourtant, c’est l’époque au cours de laquelle, les tensions entre les musiciens se multiplient. Néanmoins, George s’implique davantage dans la composition. Finalement, les sessions accoucheront d’un medley de 8 plages. Du tracklisting, seront extraits « Because », « Get Back », « Let it be », « Come Together» et « The End ».

Après un bref entracte de 10 minutes, on change à nouveau de panorama. Il est coloré et en toile de fond, juste derrière le double de Ringo, juché sur une estrade surélevée, est projetée l’image de la pochette de l’incontournable « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band ». Le drummer bénéficie de davantage de visibilité. (NDR : Ringo est parvenu à vaincre sa timidité et s’exprime plus souvent). Ce volet se consacre à la période 1967 - 1970 ; ce que les médias ont décrit comme ‘les années studios’. Un claviériste se place à l’extrême droite (NDR : coiffé d’une casquette, il réincarne Billy Preston). La musique est devenue davantage expérimentale. Les musicos lancent des bandes préenregistrées au sol et les recollent au hasard ; ils passent ce même type de support à l’envers (NDR : à l’instar de « Rain »), en accélèrent la vitesse ou encore ont recours à de multiples instruments, dont des violons ou des instrus folkloriques, et en particulier hindous. Défilent alors « With A Little Help From My Friends », « Lucy In The Sky With Diamonds », « Hello Goodbye  », « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (reprise) » et « A Day In The Life », piste qui termine l’interprétation de ce concept album essentiel.

Le quatuor italien a accordé un rappel. Après un film aussi vivant, je quitte le spectacle, les yeux plein d'étoiles. Mais il se fait très tard, et ce matin, mon réveil va me rappeler à l’ordre dès 6 heures. The Beatbox se produira au Palais des Beaux-Arts de Charleroi le 17 novembre et au Théâtre Le Forum de Liège le 21 du même mois.

(Organisation: Dan Events Booking et I Live Genova)

Coeur de Pirate

Ne pas briser son cœur… de Pirate…

Écrit par

Née en 1989 à Montréal, Béatrice Martin, aka Cœur de Pirate, est devenue une artiste québécoise incontournable. Eponyme, son premier opus, est paru en 2008 au Canada, puis en 2009 en France. Et il faut reconnaître qu’il a fait un tabac. Saluée par la critique pour son écriture à nu, sa poignante sincérité et sa lumineuse douceur, elle écrit des chansons à la première personne du singulier, des chansons qui trouvent un écho différent chez chacun. Cependant, c’est au fil des tournées que la jeune artiste s'est affirmée… Elle se produisait donc ce dimanche 8 novembre à l’AB de Bruxelles. Compte-rendu.

Béatrice a choisi Charles Arkadin (NDR : il a tiré son pseudonyme d'un long métrage réalisé par Orson Welles qui relate les voyages accomplis, en Asie et en Amérique, par Gregory Arkadin, richissime marchand d'armes devenu soi-disant amnésique). Né en France, ce féru de cinéma et d'expérimentation pratique une forme d’électro/pop pointue, fortement influencée par le r’n’b yankee, qu’il chante dans la langue de Voltaire. C’est également le vainqueur du dernier crochet 'On a les moyens de vous faire chanter’, diffusé sur France Inter, qui s'est déroulé d'octobre 2013 à juin 2014. A son actif deux Eps 4 titres : « Valhalla », paru en 2014 et « Six nuances », en juin dernier.

Arkadin s’installe au milieu du podium. Il est soutenu par deux collaborateurs. Les deux musicos se servent des machines et des boîtes à rythmes. L’un d’entre eux se consacre également aux claviers et à la guitare.

Arkadin entame son set par « Valhalla », une ballade électro entraînante aux lyrics teintés d'érotisme. La voix est chaude, langoureuse, sensuelle même. Il filtre sa voix via le vocodeur sur « Danse-Moi », un morceau balisé par des accords de piano limpides. « Judith » est un titre plus paisible.

Il adapte le « Can't Feel My Face » de The Weeknd (NDR : c’est un Dj canadien), une cover qu’il se réapproprie superbement. Et le set de s’achever par « La pluie la nuit », une chanson imprimée sur des beats électros. Une belle surprise !

En 2015, Coeur de Pirate grave un quatrième opus (NDR : si non ne tient pas compte de la B.O. de « Child of light »). Intitulé « Roses », il est précédé par le single « Carry On / Oublie-moi », un titre remixé pour les ‘dancefloors’ par Martin Kierszenbaum, patron du label Cherytree (NDR : qui héberge notamment Sting et Feist), sur lequel elle signe d’ailleurs ses deux derniers elpees. Ce qui explique sans doute pourquoi, sur « Roses », elle opère un virage électro et chante en anglais.

Le retour de Coeur de Pirate était très attendu par les aficionados, tant de la première heure, que ceux qui l’ont découverte plus récemment. L’AB est d’ailleurs sold out.

Sauvageonne, copieusement tatouée et gentiment rebelle, Béatrice grimpe sur l’estrade. C’est sa seule date belge de sa tournée. Visiblement plus mûre, plus glamoureuse, plus belle et plus femme, elle va siéger régulièrement derrière un piano à queue de couleur noire, planté au centre de l’estrade. Ce qui ne veut pas dire qu’elle restera statique tout au long de son show. Au contraire, régulièrement, elle esquisse quelques pas de danse, suivant une chorégraphie particulièrement soignée (NDR : le spectre de Michael Jackson planerait-il encore ?). A sa gauche, s’est installée une préposée au synthé. Destiné à mettre davantage en relief, les titres les plus électro. Un drummer s’est posté en retrait, à l’extrême droite. Et puis, il y a aussi un bassiste et un guitariste.

Elle attaque son set par « Oceans Brawl », aux ivoires. Un spot de couleur bleue se focalise sur l’artiste. Tiens, des cuivres ! Ben non, ce sont des sonorités dispensées par le synthétiseur. La chanson terminée, Béatrice se présente (‘Je suis Coeur de Pirate’… on ne la connaît pas). Elle signale être de retour dans une salle mythique, qu’elle aime énormément. Au bord de l’estrade, elle évoque son nouvel opus, micro à la main, pour introduire « Undone ». Un titre plus électro, soutenu par la solide section rythmique. Béatrice remue les bras, se contorsionne et exhibe ses tatouages.

Plus pop et sucré, « Golden Baby » (« Blonde ») opère un retour à un plus ancien répertoire. Ses accords au piano lorgnent vers Supertramp. Ses textes ont de quoi interpeller ‘Je t'ai vu d'un oeil solitaire. Le pied dans l'arène pour te plaire. Et briller aux regards que j'ignorais’. Ses lyrics traitent souvent de la vie de couple. Ses hauts et ses bas. Des épreuves rencontrées au cours de l’existence. Un titre magnifié par les superbes harmonies vocales. Lors de « Drapeau blanc », elle exécute une danse endiablée. En outre, elle semble habitée par son chant. Un peu comme Björk. Sans doute fatiguée, elle revient derrière son piano pour aborder « The Climb », un intermède au cours duquel les autres musicos se sont éclipsés. Mais ils sont déjà de retour pour « I Don't Want To Break Your Heart ». Et manifestement, elle ne veut pas briser son cœur… de Pirate…

Elle nous parle de sa fille qui visite les Châteaux de La Loire, de ses parents qui l'accompagnent. Elle parle également de sa ville et du fleuve qui la traverse. « Saint-Laurent  » (« Blonde ») est un morceau plus tendre. Propice au slow même. Tout comme le crapuleux « Francis ».

Elle ose une cover du « Dead Flowers » des Stones, après nous avoir signalé que la chanson parle de drogue. Ce n’est pas la première réflexion cocasse qu’elle s’autorise, pour détendre l’atmosphère. Et l’adaptation est classieuse. « Cast Away » se révèle à nouveau intimiste, alors que « The Way Back Home » adopte le format électro, une compo qui relance notre Béatrice au cœur (NDR : de Pirate ?) de la danse. Au bout de 75 minutes, le set s’achève par « Crier Tout Bas ».

Avant d’attaquer « Comme Des Enfants », titre de son opus éponyme, lors du premier rappel, elle demande si le public connaît cette chanson. Eclats de rires dans l’auditoire. Qui reprend le refrain en chœur. Après six ans de scène, manifestement, Béatrice a acquis une fameuse expérience. Pour clore le spectacle mémorable, elle nous réserve le single « Oublie-Moi », puis la reprise du « Hold On, We're Going Home » de Drake.

(Organisation : Live Nation + Astérios)

IAMX

Un come-back triomphal...

Victime d’une grave dépression, dont il a souffert il y a un an et demi et qui aurait pu l’emporter, Chris Corner, alias IAMX, est de retour. Musicien et producteur anglais, il a débuté sa carrière en gravant trois opus au sein de Sneaker Pimps ; et, ensuite, en a publié six pour son projet solo, IAMX. Le grand public le connaît surtout grâce au hit « Spit It Out ». Aujourd'hui, Chris Corner vient présenter son (excellent) nouvel LP : « Metanoia ». La soirée commence très bien, car le petit prince de l'électro-rock a accordé une interview à Musiczine (lire ici ). Les échos recueillis sur Internet et dans la presse pour sa tournée en cours sont très favorables ; ce qui laisse augurer un concert mémorable...

L'Ancienne Belgique est quasi-remplie quand la formation monte sur les planches. La ferveur des inconditionnel(le)s de Corner est déjà bien palpable ; car de nombreux cris de joie retentissent parmi les premiers rangs. Lors du premier titre, « I Come With Knives », on reconnaît les différents protagonistes : Chris Corner se plante au centre, en prince noir, caché dans un sweat à capuche. A droite, s’est installée l'inséparable Janine Gezang, la claviériste, bassiste et choriste allemande qui le suit déjà depuis plusieurs années. A gauche, l'Américaine Sammi Doll (NDR : elle avait accompagné le combo lors du périple d’IAMX, en 2013). Elle se consacre aux claviers et backing vocals (NDR : cette jolie brunette milite également chez Bullet Height et Losers). Enfin, à la batterie, siège un autre ressortissant de L.A., Jon Siren (NDR : jouissant d’un background heavy metal / industrial, il drive Mankind Is Obsolete et a joué pour une pléiade de formations : Information Society, Early Man, Psyclon Nine, Dismantled, God Module, ...)

Le concert vient à peine de commencer et c'est déjà la folie dans l'AB. Ca bouge énormément sur scène et dans le public. Les compositions prennent en ‘live’ une dimension très électro, et même carrément 'club remix'. Ici, on a ajouté une introduction semi-acoustique, là, adopté des progressions empruntées aux musiques 'dance'. Le résultat est irrésistible et on se rend compte de l'incroyable aptitude dont dispose Chris Corner pour signer des titres que l'on peut chanter à tue-tête, sans que ce ne soit de la pop mainstream.

La setlist est facile à suivre vu qu'IAMX joue la même depuis le début de sa tournée. « Metanoia » en constitue tout naturellement la composante principale et on est très heureux de constater que « Happiness », « No Maker Made Me » et « Surrender » passent très bien la rampe.

Mais c'est bien sûr « Spit It Out » qui constitue le premier point culminant de la prestation. L'introduction, exécutée quasi a capella, est un teaser parfait avant le déferlement des synthés et des drums. Emporté par une vague électronique, la foule chante à l'unisson le refrain : ‘And it breaks my heart...’ Chris Corner excelle également dans l'art de la performance. Il tient littéralement le public dans sa main. Sa prestance naturelle, subtilement androgyne, focalise tous les regards. Le front bordé de paillettes et le visage maquillé de blanc, il ressemble à un Bowie glamoureusement fantomatique. Le chant est précis, juste et puissant ; et une relation de profonde connivence s’établit entre les spectateurs et l’artiste.  ‘Thank, you ! It's good to be back’, confie-t-il, avant de murmurer ‘Let's get dirty !’.

Pendant « Volatile Times », il commence à taper sur les fûts en compagnie de Janine. Soudain, il soulève le t-shirt de son acolyte, révélant une poitrine cachée par de l'adhésif noir : ‘dirty’, en effet ! Après le superbe « Bernadette », IAMX se lance dans ce qui constituera le climax du concert : « After Every Party I Die » et « Aphrodisiac ». La salle est transformée en énorme dance-floor et on entre comme dans une transe tribale, éblouis par les stroboscopes.

Au cours de l'interview réalisée avant le concert, votre serviteur avait demandé à Chris Corner pourquoi il n’invitait plus les fans à monter sur le podium, comme à ses débuts. Me prenant au mot, il avait promis de s'exécuter et de renouer avec cette tradition le soir même, à l'AB. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, en plein milieu du dernier titre, « Your Joy Is My Low », il s'avance au bord de l’estrade et me pointe du doigt en disant : ‘Come on the stage, let's dance !’ Pas question de se faire prier pour se retrouver en compagnie d’une dizaine d’aficionados, afin de danser. Un moment inoubliable, immortalisé dans cette vidéo (voir

Au cours du premier rappel, l'ambiance monte encore d'un cran grâce à un autre hit d'IAMX : « Kiss + Swallow ». A nouveau, la composition est magnifiée par son adaptation 'live' et les fans reprennent tous en choeur : ‘Echo echo, I know it's a sin to kiss and swallow’. IAMX accordera enfin un second rappel, sous la forme du très émouvant « I Am Terrified ».

Bref, on a assisté à ce qui peut être considéré comme un des concerts de l'année, si pas ‘le’ concert de l'année. On a rarement vu une association aussi réussie entre qualité musicale, performance scénique, et surtout, une telle intensité émotionnelle ; un peu comme une communion orgasmique entre les artistes et le public. Le petit prince de l'électro-rock est de retour et c'est un retour... triomphal.

Pour la section photos, c’est ici 

Pour lire l'interview de Chris Corner, réalisée avant le concert, c’est là 

Pour commander « Metanoia », c’est encore ici 

 

 

 

 

Jaga Jazzist

Un sentiment de frustration…

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C’est en 2005, lors de la sortie de « What We Must », que le collectif norvégien Jaga Jazzist s’est réellement fait connaître hors des frontières scandinaves. Un premier excellent elpee publié sur le célèbre label électronique anglais, Ninja Tune. A l’époque, sa musique privilégiait l’originalité. Mêlant subtilement jazz et post-rock, elle avait ainsi donné naissance au style ‘nu-jazz’. Depuis lors, les musiciens se sont quelque peu dispersés. Plusieurs d’entre eux ont quitté le navire. Des tas de nouveaux ont débarqué. Les changements de line up sont d’ailleurs impressionnants. Et ceux qui sont restés multiplient les projets. Deux albums studio en 10 ans (« One-Armed Bandit » en 2010 et « Starfire » en 2015), ce n’est pas Byzance ! En outre, aucun n’est arrivé à la cheville de « What We Must ». N’empêche, ce samedi 7 novembre, la troupe se produisait au Vk de Bruxelles. Une belle occasion de la découvrir, en ‘live’…

La salle molenbeekoise est cependant loin d’être remplie pour accueillir la formation nordique, démontrant que sa notoriété est en déclin. Le supporting act est assuré par un duo électro belge répondant au doux patronyme de Seizoensklanten.

Le concert de Jaga Jazzist débute vers 21h. Sur l’estrade, une forêt de néons ont été posés à la verticale ; et en arrière-plan, une toile aux motifs psychédéliques a été tendue. Les huit musicos grimpent sur le podium : un drummer, deux claviéristes, un bassiste, deux guitaristes ainsi que deux préposés aux cuivres (trompette, tuba, trombone, …) Ce sont, en outre, tous des multi-instrumentistes capables d’échanger leurs instruments d’un morceau à l’autre. Ainsi, par exemple, un des claviéristes joue également du xylophone et de la gratte. Le combo norvégien est parfaitement en place. Il enchaîne des morceaux issus de ses trois derniers opus. Le light show entretient un climat cosy. Mais au fil du set, on se rend compte que l’expression sonore manque de punch et de relief. Se complaisant dans une atmosphère monocorde. Et puis, les cuivres sont beaucoup trop en retrait. Ils sont même carrément noyés, lors des interventions de claviers. Conclusion, après une petite heure de concert, l’auditoire est au bord de l’assoupissement. Or, lors du dernier titre, Jaga Jazzist va le réveiller, en lui réservant un superbe « Oslo Skyline ». Un horizon que le mélomane aurait préférer davantage voir explorer, celui-ci éprouvant logiquement un sentiment de frustration, à l’issue du concert… 

(Organisation VK)

 

Banane Metalik

Vivre ou revivre, au sein d’un univers macabre…

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Pour la deuxième fois cette semaine, votre serviteur opère un retour au sein de l’antre du rock alternatif bruxellois, le Magasin 4. Il y a déjà 21 ans que l'institution privilégie une programmation undergound. Ce soir, on y fête –sans doute–  Halloween avec 5 jours de retard. Banane Metalik est une formation rennaise responsable d’un style qu’elle a créé début des nineties, et qu’elle pratique depuis plus d’un quart de siècle : le gore'n'roll. Soit un punk/rock dont la forme théâtrale est mise au service de l’épouvante.

La soirée est presque sold out. Parmi l’auditoire on y croise des vieux punks, toujours aussi tatoués et les cheveux en crête. Ils peuvent impressionner, mais ne craignez rien, ils ne mordent pas. Mais aussi des métalleux aussi bedonnants qu’inoffensifs. Sans oublier les curieux de tout poil, qui recherchent des spectacles susceptibles de leur communiquer de bonnes sensations. Votre serviteur n’a cependant pas croisé de fantômes, ni de zombies. Faut dire que la crémation devient de plus en plus souvent la norme, dans le monde contemporain…

Le supporting act est assuré par Pipes and Pints. Un quintet issu de Prague réputé pour ses prestations ‘live’ bordéliques, sculptées dans un punk/rock/metal celtique. Pas de kilt, cependant, mais des cornemuses et des grattes explosives. Des tatouages aussi, mais ce n’est pas vraiment un scoop… 

Il est 19h30 pétantes, lorsqu’un musicien, le crâne rasé, surmonté d’une plume d'Iroquois, vêtu d’un jeans déchiré et d’une parure d’indien, monte sur le podium, armé d’une cornemuse.  Il est suivi d’un bassiste (NDR : gaucher comme Macca !), un guitariste (NDR : la casquette retournée, il a un look de rappeur) et enfin d’un vocaliste… tatoué. Il dispose de deux petites estrades qui, éclairées par un gros spot led, le rendent mystérieux. Car lorsqu’il n’y est pas juché, il se multiplie aux quatre coins de la scène. Festive, la musique de Pipes and Pints se célèbre le plus souvent dans les pubs où la bière coule à flots. Aussi, tout au long du set, les ‘round circles’ et les ‘circles pits’ vont se succéder. Et on est rapidement contaminé par cette ambiance entretenue par 20 morceaux aussi courts qu’intenses. Ils ne dépassent d’ailleurs jamais les 2 minutes. Une bonne mise en jambes ! 

Setlist : « Intro, Let' Go » / « City By The Sea » / « Calling Me » / « Stereo » / «Live And Thoughts  » / « One Connection » / « Fear Is First A Feeling » / « She'S The One » / « Different Way » / « Right Or Wrong » / « Run Away » / « Found And Lost » / « Bad Times » / « Never Let You Done » / « We Are Pipes And Pints » / « Brave Hearth » / « Heaven And Hell » / « USA » / « Warpath 82 »

Changement de matos. Les roadies apportent des cercueils (NDR : au dessus desquels des cierges seront allumés) qui dès leur ouverture vont laisser apparaître des amplis ‘Marshall’. Les micros sont affublés de membres humains qui pendouillent. Des crânes humains sanguinolents jonchent le plancher. Une imposante contrebasse est déposée devant la batterie. Deux grosses boîtes sont posées sur les énormes baffles disposés à chaque extrémité de la scène. Sur la première est mentionné le mot 'Gore' en rouge, et la seconde, 'Roll' en bleu.

Banane Metalik est une formation bretonne. Depuis septembre elle est en tournée pour 35 dates. Un périple qui transitait donc par le Magasin 4. Et chaque concert est rapidement décrété sold out. Ce soir, elle va certainement nous présenter des extraits de son nouvel Ep, « The Gorefather ».

Le line up implique le chanteur Ced666, les guitaristes Boris XxX et Yann Ripper, le contrebassiste Rico et le drummer PunkyBones. Hormis le vocaliste, tout de noir vêtu et dont les bretelles permettent de retenir son futal (NDR : soutien indispensable, sans quoi il terminerait à hauteur des chaussettes), les musicos portent des costumes rayés digne de l’époque 'prohibition' et sont coiffés de borsalinos.

La messe des morts-vivants peut commencer. Et elle va durer plus de 75 minutes. Venue d’outre-tombe, l’intro vous glace le sang, alors que « Les Enfants Des Ténèbres » vous remue les tripes. Ced666 demande de monter le son et de fermer la tenture destinée à masquer la porte d'entrée. A l’instar de Vincent, chez Aqme, la voix de Ced est hurlée, mais plutôt mélodieuse. Il chante également dans la langue de Voltaire. Il est partout à la fois : devant, derrière, sur les côtés, dans la foule. Les sonorités de grattes sont graisseuses et incisives. La section rythmique (contrebasse/ batterie) est solide. Mais surtout, le band donne tout ce qu’il a dans le ventre. Et le public réagit au quart de tout. Dans la fosse, la folie devient communicative. Les spectateurs sautent, jumpent, pogotent ou forment des ‘circle pits’… Ced666 remercie les responsables du Magasin 4 de leur avoir permis de caler une date au sein de cet endroit magique. Il signale également avoir récupéré le patrimoine français, à savoir Serge Gainsbourg et France Gall. Et notamment en leur consacrant une chanson à la danse. Ajoutant que les filles ne sont pas des putains de potiches. Avant d’attaquer une version au second degré du célèbre « Poupée de cire, poupée de son ». Les filles sont invitées à monter sur le podium, dans un chaos invraisemblable. Et personne n’est capable de les empêcher de grimper sur l’estrade. « Pussycat » est un morceau de punkabilly énervé, vitaminé et énergique. « Ride In Peace » est interprété dans la langue de Cervantès.

Un nouveau titre : « Funeral March ». De quoi réveiller les défunts. « Viva Gorr'N'Roll » est un véritable brûlot, susceptible de nous incinérer. C'est probablement leur hymne à la joie. Les punks, les skins et les métalleux devraient se reconnaître à travers cette chanson. Le setlist prévoit un rappel mais, le band enchaîne sur « The GoreFather » et ponctue finalement sa prestation par « Zombie ».

Lors d’un spectacle de Banane Metalik, le public n’est pas que spectateur ; il en fait également partie intégrante. Une forme de célébration, au cours de laquelle il devient un acteur privilégié. Et finalement, au sein de cet univers macabre, il se sent vivre ou revivre…

(Organisation : Magasin 4)

Jozef Salvat

Sans grand relief…

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Après avoir accordé un premier concert, en mars dernier, à la Rotonde du Botanique, Jozef Salvat est programmé à l’Orangerie. Progression logique pour cet Australien dont le succès est croissant. Et pourtant, au départ, il devait se produire au Bar à Chicons. Mais vu l’engouement pour ce spectacle, une salle mieux adaptée était vraiment nécessaire, même s’il ne manquait que quelques spectateurs pour qu’elle soit sold out. Il est venu défendre son premier elpee, « Night Swim », paru ce 23 octobre 2015.

Le supporting act est assuré par Two Kids On Holiday, un trio issu de la Cité Ardente. Enfin, sur les planches ; car en studio, le line up est réduit à un duo. C’est-à-dire le drummer/chanteur Gil Chevigné et le chanteur/claviériste Julian Arlia. Le troisième larron n’est autre que Romain Cruppa, également impliqué dans un autre groupe issu de la Cité Ardente, Leaf House. Les artistes hébergés au sein du collectif Jaune/Orange n’hésitent pas à s’entraider ou apporter leur collaboration, c’est connu. Pas beaucoup de place pour le matos des 3 Liégeois. Ils s’installent donc en triangle, à l’instar de BRNS. Ce qui permet de resserrer les liens entre les différents musicos. Il s’agit du dernier concert accordé sous la forme d’un trio (NDR : Gil l’a annoncé sur son Facebook). Mister Alex est derrière les manettes. Donc le son sera nickel !

Depuis que les White Stripes et The Black Box Revelation ont pérennisé la formule guitare/batterie, de nombreux duos ont adopté un même principe. Mais des duos qui optent pour la combinaison batterie/synthé, c’est plus rare. Hormis Cats On Trees, je n’en connais guère d’autres.

« Aloha » sert de mot de bienvenue. Un mot hawaïen qui se traduit par affection, amour, compassion, pitié, au revoir ou bonjour. On comprend mieux pourquoi de petits palmiers (NDR : en plastique) entourent le drummer. Les harmonies vocales conjuguées par les trois musicos sont remarquables. Une compo pop à la mélodie sucrée caractérisée par des accords de gratte lo fi, des interventions subtiles de claviers et des bruits de clochettes. « Future Is Bright » est un morceau destiné à séduire le public féminin. Faut dire que la voix de Romain est très susceptible de faire chavirer le cœur des filles. « The Leaves Are Falling » vous incite à esquisser quelques pas de danse ; mais il y a peut-être un peu trop de monde pour pouvoir s'extérioriser. « Pirate » est dynamisé par des beats électro. Et si « Sunset » rencontre l’assentiment général de l’auditoire, c’est surtout « The Waves » qui se révélera le titre le plus ravageur du set.

A 21 heures pétantes, Jozef Salvat grimpe sur l’estrade. Son regard est perçant. Son nez effilé. Il rejoint son backing group déjà en place. Et la troupe entame les hostilités par « Night Swim », le titre éponyme du premier elpee. Les accords de gratte son limpides. Jozef ferme les yeux, comme s’il voulait s’évader dans un monde de rêves…

« Paradise » (Le Paradis Nous Trouvera) est davantage électro. Si les déplacements sur les planches de Jozef sont parfaitement exécutés, sa chorégraphie semble très inspirée de Michael Jackson. Son chant est clair. Son timbre chaud. Ses intonations sont irréprochables. Une voix empreinte d’émotion, qui émeut surtout la sensibilité féminine. Jozef remercie le public. Il est content d’être là aujourd’hui et le signale. Nonobstant son refrain entraînant, « Constant Runners  » ne parvient pas à accrocher. Il attaque « Secret » et « In The Audience », au piano. C’est mieux, mais pas encore transcendant. Sa reprise du « Diamonds » (NDR : elle figure sur l’Ep « In My Time ») de Rihanna est magistrale. Bien mieux que la version originale. Un bon point ! Les trois musicos qui accompagnent Salvat sont excellents. Mais définitivement, je ne parviens pas à me plonger dans le climat du set. Sans grand relief, il faut le reconnaître. En fait, le problème procède de la construction des compositions. Elles adoptent presque toutes un même schéma. Ce qui rend le concert monotone. D’autant plus que les chansons manquent cruellement de punch. Il y aura bien un rappel de trois morceaux, pour un show qui aura duré en tout 70 minutes ; mais franchement, ce soir, hormis lors de la prestation accordée par TKOH, votre serviteur s’est fermement ennuyé. 

(Organisation: Botanique)

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