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Dernier concert - festival

dEUS - 19/03/2026
Gavin Friday - Het Depot
Concerts

Chilly Gonzales

The Unspeakable Genius

Écrit par

Il n’est pas idéal d’assister à deux concerts, en autant de soirées d’affilée ; car lorsque le spectacle parvient à me transporter, il me faut plus de 24h pour le digérer… Et ce sera le cas pour l’Unspeakable Chilly Gonzales programmé à la Volksbühne. Etait-ce de la musique contemporaine ? Un one-man show ? Une leçon d’éthique ? Ce que j’ai retenu, c’est que je ne me suis pas emmerdée une seconde. Le concert était ultra sold-out ; mais on a récupéré des cartes de ‘désistement’ après 3/4h d’attente à la caisse. D’un seul coup, 10 places se sont libérées (NDR : oui, je sais, j’aurais dû m’y prendre plus tôt ; et pareil pour les Foo Fighters).

L’homme est mégalomane : il se déclare légèrement dictateur à l’égard du Fuck Luck Orchestra (sic) qu’il ‘paie pour qu’ils fassent ce qu’il dit’.

L’homme est humble : en pantoufles et peignoir, comme à son habitude, il aspire avant tout à se décarcasser ostensiblement pour le public. Dans son interview sur Motor FM le lendemain, il expliquait que seuls les vrais artistes sont ceux chez qui on sent les années-misères, le vrai ‘job alimentaire’ de musicien de studio/d’ambiance/prof derrière eux, qui ont acquis assez d’humilité pour ne pas jouer les invincibles ‘même pas mal quand je joue’ une fois sur la scène du succès. Chilly Gonzales transpire, postillonne, s’obstine et s’essouffle. Il a parfois le profil du pianiste dans ‘Shine’.

L’homme est génial : il définit le musical genius comme la simple faculté d’entendre des choses et de les rejouer. Cela ne signifie pas le talent. Mais avant tout, l’unspeakable genius de Gonzales procède de l’invention d’un langage musical drôle et compréhensible qui demeure dans la finesse. Un piano s’exprime. Des incises au semblant improvisé donnent l’impression qu’il nous parle à tous, et pas seulement dans un jargon destiné aux musicos, même dans son trip extatique.

L’homme est un poète : il a peut-être pensé que les gens l’écouteraient plus que ne le liraient et a intégré ses poèmes, voire son pamphlet, dans sa musique. Résultat : du rap blanc qui ne parle ni de misère, ni de fric, ni de sexe et baston, mais résonne tel un article de Slate. Pourquoi le rap ? Parce que ‘si vous n’aimez pas le rap d’aujourd’hui, vous n’aimez pas aujourd’hui’.

L’homme souhaite vivre dans son temps: ‘I want to be a man of my time with my old-fashioned skills. (…) Find a way in. Find your way in’. Le pianiste tambourine de la pédale et va dans les cordes, mais accuse les musiciens classiques contemporains d’avoir tué la musique classique et se met à jouer n’importe quoi, ‘What I’m playin’ is bullshit, you know, just make the face so as to make it credible’.

L’homme est capitaliste : ‘Vous savez, ceux qui aiment ce que je fais achèteront mes disques et viendront à mes concerts, c’est comme ça que ça marche, je suis capitaliste’. ‘I’m a lot of things, but a left-wing singer songwriter I’m not.’

L’homme est arrogant, atypique, légèrement démoniaque, et complètement barge…

(Organisation Volksbühne)

Tindersticks

Tindersticks playing Claire Denis Film score : ‘A marriage made in heaven’

Écrit par

A pas de velours, la musique des Tindersticks prend corps le temps de quelques soirées d’exception à travers le monde, grâce aux images de Claire Denis (juste renvoi d’ascenseur, puisque l'inverse est vrai au cinéma depuis 1996). Si les compositions de Stuart Staples et des siens marient pour le meilleur et jamais le pire la filmographie de cette dernière depuis quinze années maintenant, ce n’est pas un hasard. Sorte de communion solennelle des sens et des sons, l’union sacrée entre ce groupe de classe et la réalisatrice française se fait charnelle et douloureuse, triste et passionnée, sensible et tumultueuse. L’interprétation live captivant les sens tandis que les images déclinées en patchwork illustrent les notes qui elles-mêmes renvoient aux images.

Ce jeudi, Bruxelles jouissait à son tour de cet immense privilège, après Istanbul, Paris, Londres ou encore San Francisco.

Aperçu d’une soirée en seize neuvième.

 S’invitant dans les plus belles salles pour ces représentations hors-cadre, les Tindersticks découvrent ce soir le Palais des Beaux Arts, dans le cadre de la neuvième édition du Brussel Film Festival.

En ce lieu élégant et quelque peu daté, seyant parfaitement à la musique des Anglais, les spectateurs, peu habitués à ce type de cadre, savourent l’atmosphère théâtrale. Elle emplit le microcosme avant que les lumières ne s’effacent. Sous les applaudissements se découpent alors les huit silhouettes du groupe sur la toile blanche qui ce soir, leur servira de tremplin. Absorbée par les images de « Nénette et Boni » et baignant dans les reflets aquatiques de cette scène miroitante de la piscine, doucement, la bande son prend possession de l’espace. Pour ne plus s’en défaire, jusqu’à la dernière note, suspendue quelque part dans l'infini.

Défilent sur la toile: trains à destination de l'abandon, chevaux lancés à bride abattue, dans la virginité opaque de campagnes enneigées ou paysages d'Afrique à la terre rouge sang.

Se succèdent, scènes chagrines ou sensuelles, tantôt bercées, tantôt malmenées ou encore transfigurées par la sublime musique de ces ombres se dessinant en contrebas de l'immense écran.

Violence et tourments, personnages en perdition, amour, haine et sexe se côtoient ainsi dans une orgie fantasmagorique dont la bande son illustre avec brio chaque imperceptible mouvement. La flûte traverse hier, le mélodica s’appuie sur deux mains, et le violon scelle son destin.

Alors que les dialogues se décalquent sur les nuances tissées au fur et mesure, le temps s'arrête, happé par cette ambiance feutrée.

Quand plus de septante minutes plus tard, en guise de remerciements, le groupe offre deux titres en rappel, dont l'incontournable "Tiny Tears", le voile se lève sur ce concert événement qui situe un peu plus les Tindersticks dans la sphère de ces groupes précieux considérés comme indéfinissables et dont la trempe n'a d'égal.

Standing ovation et saluts théâtraux clôturent cette bien belle soirée contrastant drastiquement avec la dernière fois que j'avais pu assister à un de leurs sets.

C'était à Eindhoven, l'an passé et après une trentaine de minutes, le concert s'était achevé  prématurément, Stuart Staples tournant les talons à un public irrespectueux et à la langue trop bien pendue.

Et oui, les Tindersticks jouent une musique qui s’écoute, mais comme aujourd’hui, se regarde aussi.

Organisation: Bozar

 

William Fitzsimmons

Simple Kind Of Man

Écrit par

Le 8 février dernier, le sympathique William Fitzsimmons bluffait un Witloof Bar plein à craquer, en délivrant un concert acoustique de plus d’une heure, alors qu’il souffrait d’un mal de gorge. Un handicap qui n’avait en rien entaché son excellente prestation. Le chauve barbu avait alors promis de revenir faire un tour sur nos terres, lorsqu’il serait rétabli, à la sortie de son album, « Gold In The Shadow ». Chose promise, chose due, Fitzsimmons présentait pour la seconde fois, sa dernière œuvre, sur les planches du Botanique, ce 21 juin.

C’est donc effectivement en pleine forme que le bonhomme nous est revenu. ‘Upgrade’ oblige vu le succès de son précédent passage, William Fitzsimmons se produisait cette fois sur la scène de l’Orangerie. Les Slow Runner, trio originaire de Caroline du Sud, assuraient deux fonctions : celle de première partie et celle de ‘backing band’ de leur compatriote. La salle est loin d’être comble. La faute aux exams. Mais l’ambiance est à la bonne humeur. Et, vu son sens de l’humour et de l’autodérision, le Pennsylvanien accroche un sourire sur le visage de son public, sans le moindre effort.

Côté setlist, Fitzsimmons peut se permettre un peu plus de fantaisie que lors de son précédent passage, grâce à ses acolytes de Slow Runner. « Wounded Head », « If You Would Come Back Home », « It’s Not True » et leurs nappes d’electronica passent haut la main le test du ‘live’. L’Orangerie est littéralement envoûtée par le Ricain, qui a tout du bon pote. Qu’il soit devant 150 ou 500 personnes, le grand Will est toujours tranquille et interprète ses chansons de la même manière qu’il le ferait autour du feu en compagnie de 2 ou 3 amis proches. Toute la discographie du bonhomme y passe, d’« Until When We Are Ghost » à « Gold In The Shadow ». Il effectue un véritable tour d’équilibriste en restant constamment perché sur la ligne fine entre tristesse et allégresse. Ses prestations scéniques lui permettent également d’exorciser son passé (« You Broke My Heart », « Psychastenia ») avec esprit et un humour imparable. Après 1h30 de concert, Fitzsimmons et son équipe se retrouvent face au public, au stand merchandising, décontractés, souriants, naturels, abordables. Que demander de plus ?

Organisation : Botanique

Crystal Stilts

Jeux de miroirs

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Le temps est au beau fixe et on entre en période de blocus. Il ne serait pas sérieux de se taper Gand, situé à plus de cent trente bornes de mon domicile. D’autant plus que le soleil aura disparu à l'heure où les Crystal Stilts envahiront la scène du Charlatan ; d’ailleurs, je n'ai plus rien à étudier depuis belle lurette. Alors au diable les kilomètres, Crystal Stilts, j’arrive...

Les rues du centre ville sont animées et les terrasses sont peuplées de jeunes gens sympathiques. Chaque sourire traduit l’ambiance et l'atmosphère au sein de laquelle baigne cette ville, un climat qui contraste singulièrement avec d'autres métropoles où les individus hautains et déjà halés s'exhibent fièrement sur les devantures des cafés. Il est agréable de se retrouver ici. C'est la première fois que je pénètre dans cette salle, sise à l'arrière du café ; et je dois dire que le décor est parfait. Manifestement, la culture flamande sait s'habiller. Sirotant ma bière et contemplant la faune locale, je m'approche du podium et découvre la première partie.

Le duo sexy Too Tangled tire énormément parti de son image et abuse un peu des clichés du genre, pour au final délivrer un Rock & & Roll somme toute bien ficelé, mais au demeurant guère original. Le jeu de scène du ménage, s'il a le mérite d'être rôdé et divertissant, distrait néanmoins du principal. Les compositions du groupe, aussi bien interprétées soient-elles, restent tout de même assez passe-partout ; et s'il se dégage de ce concert une énergie positive, il n'en demeure pas moins que Too Tangled ne réinventera pas un concept qui des Kills aux Kills, a déjà fait le tour de la question. Sympathique, sans plus.

Il est passé vingt-deux heures quand les quatre silhouettes déglinguées de nos New-yorkais montent sur l'étroite estrade en escalier. A contrario du premier groupe, Crystal Stils se fout royalement de son image. Pantalons trop courts et coupes de cheveux improbables, leur look se profile entre nihilisme vestimentaire et nouvelle Mod(e), à mi-chemin entre Johnny Marr et Jean Peuplu. Car c'est dans la musique que le groupe fait la différence. Non seulement il est hors norme, mais il est surtout excellent.

Entamant son set par le titre qui ouvre le dernier opus (le hautement recommandable « In Love With Oblivion », chroniqué ailleurs en ces pages), une intrigante ballade posée au pied d'un « Sycamore Tree », le combo embraie par le débonnaire « Through the floor ».

Crystal Stilts revisite sa pop en la saupoudrant de psychédélisme spécifique. Et en l’espace d’une heure, le band va se fendre d’un concert généreux mais pourtant assez économe, dans son répertoire, brillamment exécuté. Un vieux synthé analogique qui ne paie plus de mine, peu de pédales d'effets et une batterie réduite à sa plus simple expression alimentent la solution sonore. Et pourtant le résultat est hautement plus probant que celui réservé par nombre de groupes noyant leurs faibles compos sous de multiples effets lourdingues, pour mal cacher leur manque d'inspiration ; car le génie de CS procède de leur capacité à composer des chansons évidentes et fichtrement bien balancées. De petites perles déposées dans un écrin sonore qui porte définitivement leur griffe.

« Crystal Stilts » l'éponyme, « Silver Sun » ou l'imparable « Shake the Shackles », sont interprétés avec ce détachement improbable, à mi-chemin entre attitude Baggy et Cool, portée à son paroxysme.

En premier rappel, à la demande du public, « The SinKing » surprend une set list écrite à la hâte sur un carton de tarte (NDR : parfaite illustration d’une non-attitude désarmante). Et cerise sur le gâteau, le final est réservé à « Half a Moon », une plage dont l'aura va scintiller au cœur des dernières réverbérations propagées par des amplis surchauffés.  Pour une première apparition de Crystal Stilts sur le sol belge, le combo de Brooklyn a fait très fort. Pas de « The Dazzled », cependant ; dommage, mais qu'importe!

La salle se transforme alors en dance-floor et le DJ prend les commandes. Les jolies filles affluent de partout ; et votre serviteur s'esquive dans la nuit, un sourire béat suspendu à ses lèvres cristallisées.

Organisation: Democrazy

Zazie

Three Times A Lady

Écrit par

Plutôt trois fois qu’une, Isabelle Marie Anne de Truchis de Varennes (oui, rien que ça…) alias Zazie effectuait en cette fin de mois de mai une inspection générale des salles bruxelloises de taille moyenne. Il faut dire que la demoiselle comptait pas moins de 49 titres à promouvoir, tous issus de son ‘petit’ dernier, intitulé « 7 », et découpé en autant d’Eps thématiques. Après un premier passage opéré au sein d’une AB bondée, ce sont les planches des Halles de Schaerbeek qui accueillaient la brune et ses musiciens pour un show, à l’image de la personnalité de la chanteuse, simple, amusant et chaleureux. Humain, tout simplement.

Pas de pitié pour les retardataires, Zazie démarre quasi pile à l’heure indiquée sur le ticket. La salle est encore occupée de se peupler, qu’elle achève déjà « Des Rails », le deuxième morceau de la soirée. L’ambiance, entretenue par la bonne humeur de la chanteuse, est électrique. Entre deux morceaux, cette dernière adresse systématiquement la parole à ses fans, toujours avec humour. Pratiquant l’autodérision comme un art, la Française nous offre un One-Woman Show partagé entre morceaux de son dernier ouvrage, « 7 », ainsi que certains de ses classiques comme « Rodéo », « Rue de la Paix », « Sur toi » et « Aux armes citoyennes ».

Avant d’entamer un duo avec son guitariste, Philippe Paradis, Zazie déclenche l’hystérie auprès de ses fans les plus fervents en interprétant une version acoustique de « Zen », repris évidemment en chœur par l’assemblée. Assis sur l’estrade, cette dernière et ses musiciens tournent le dos à un décor sans artifices. Une seule fantaisie: un écran découpé en 4 bandelettes surplombant la scène. Le moment-phare du spectacle est atteint lors de l’interprétation du tube « Je suis un homme », repris à gorge déployée par quelques surexcités dans l’assistance.

Après un petit rappel accordé en bonne et due forme, la plus captivante des chanteuses de variété française exécute « 3 petits tours » et puis s’en va, après s’être livrée à 100% durant près de deux heures. Lors d'un second et dernier rappel, elle s’attaque à son hymne anti-fachos, « Tout le monde » durant lequel elle laissera le soin au public de fredonner le refrain. Après que la chanteuse et son équipe ait tiré leur révérence, le spectacle se clôture de manière originale. Sur les écrans défile une sorte de générique de fin présentant toute l’équipe, technique et autre. Cette même équipe que la brunette aura respectueusement remercié plus d’une fois au long du show.

Le lendemain, c’est au Cirque Royal que Zazie bouclait sa tournée bruxelloise, avant d’écumer les festivals d’été. Et vu l’énergie dispensée, nul doute que la tournée ne s’arrêtera certainement pas en si bon chemin.

A (re)voir aux Francofolies de Spa le 23 juillet et au Tempo Festival de Tournai le 30 juillet.

Organisation : Live Nation

Explosions In The Sky

Le feu sans artifices

Écrit par

Les saisons passent, le temps s’égrène, les catastrophes pullulent, les oiseaux migrent, l’actualité s’invente chaque jour un nouveau sujet croustillant, mais certains groupes affichent la même constance, la même brillance et la même volonté, immuablement.

La formation texane Explosions in The Sky, dont le dernier album (« Take care, take care, take care ») est la suite logique d’une discographie vouée à une esthétique sans faille et sans esbroufe, en est certainement une des plus belles illustrations. Un groupe rare, émergeant d’une constellation en mouvement.

Ça tombe bien, le combo était de retour sur nos terres, ce mardi, pour nous présenter leur dernier opus et nous rassurer sur ce point : malgré un succès sans cesse grandissant, il est demeuré d’une incroyable simplicité. 

En première partie, place au surprenant Robert A Lowe (aka Lichens) et sa drôle de machine. C’est le projet solo du chanteur/bassiste de 90 Day Men. Cet univers étrange, Munaf Rayani des EITS le décrit comme une ‘supernatural space journey’. Les boucles vocales pourraient servir d’incantations chamaniques. Un set intriguant, mais sans guère de mise en scène, qui procure néanmoins un sentiment de curiosité légitime (initié par cet instrument conçu comme une centrale téléphonique d’un autre âge, dont tous les câbles sont reliés pour former une structure complexe) ainsi qu’un sentiment de plénitude et de ravissement. De quoi subjuguer ! L’artiste entre littéralement en transe ; les yeux révulsés et les gestes spasmodiques allant de concert. Un seul et unique morceau construit en pyramide, dont les sonorités graves se répercutent en échos lointains, comme si elles émanaient de couloirs d’un monde parallèle…

Peu après, et selon un timing scrupuleux établi par l’AB, le band d’Austin fait son apparition. Après une introduction humble et fidèle aux préceptes du combo (‘Yes, they’re explosions in the Sky, yes, they come from Texas, USA’), place à la première surprise : un cinquième doigt est venu se greffer à la main de maître. Venu renforcer la rythmique, un grand chevelu aux boucles agitées tient à présent la (les) corde(s) à (de) la bas(s)e.

L’intro de « Last Known Surroundings » s’élève lentement avant que les premiers larsens ne viennent déchirer le ciel et que le jeu de batterie de Christopher Hrasky ne prenne ses marques et impose sa cadence.

« Yasmin the Light », issu de « Those who tell… », opère la jonction entre passé et présent et démontre que le groupe et sa musique ont mûri en l’espace d’une décade, sans pourtant trop modifier le canevas, à savoir un jeu constant sur les oscillations produites, entre fureur et douceur, calme et tempête, tristesse et beauté.

Partagé entre anciens (« The only moment we were alone », « Your hand in mine », « Greet Death ») et nouveaux morceaux, le set s’achève au bout de 70 minutes par « Let me back in ». Caractérisé par son ambiance inquiétante et parcourue par ses voix samplées et fantomatiques, cette plage ponctue le concert de belle manière. Douze minutes d’envolées célestes illuminées de feux d’artifice dont les retombées pailletées étincellent encore alors que les lumières de la salle se rallument.

Pas de rappel, et pour cause, c’est l’un des crédos d’Explosions In The Sky qui préfère se donner en entier et d’une seule pièce. Et dont la générosité n’est jamais prise en défaut.

Un lien pour re(voir) ce concert: http://www.abconcerts.be/fr/abtv/p/detail/explosions-in-the-sky

Organisation : AB + Toutpartout

Das Racist

Blame It (On The Alcohol)

Écrit par

Das Racist, ce sont trois rigolos issus de Brooklyn qui, en 2010, avaient publié deux mixtapes distribuées à l’œil. Une première, « Shut Up Dude ! », alliait à merveille Hip Hop satirique et beats électroniques savamment contrôlés. La seconde, « Sit Down, Man », démontrait que le trio était capable de bien s’entourer en quelques mois à peine, tant il rassemblait du beau monde (e.a. Diplo, Chairlift, Teengirl Fantasy, El-P, Quincy Jones, etc.). A l’aide de ses textes percutants et ses mélodies grisantes, Das Racist a réussi à gagner les faveurs du public et des critiques. Mais si, couché sur disque, les beats de la formation sont imparables, il en est tout autre chose en ‘live’. Le show Grand Guignol du trio s’arrêtait à l’ABClub ce 16 mai. Chronique d’une soirée décevante à souhait.

Ce soir à l’ABClub, triple affiche Hip Hop, avec Kraantje Pappie, Speed Dial 7 et Das Racist. Arrivée dans la salle à 21h. Le Hollandais Kraantje Pappie a déjà rangé ses valises et c’est au tour du Coutraisien Speed Dial 7 de prendre les commandes. Les beats que balance son DJ tapent très fort mais quelque chose cloche. A bien l’observer, Tom De Geeter, alias Speed Dial 7, semble complètement à bloc. Il court de gauche à droite frénétiquement, entame des phrases qu’il ne termine jamais et se montre particulièrement agressif (verbalement) envers son DJ. Un peu à la ramasse, le jeune MC belge tente de couvrir ses fausses notes et son flow imparfait en blâmant son collègue, qui esquisse un sourire gêné mais enchaîne sans se laisser démonter. Au final, ce dernier est parvenu à délivrer une bien meilleure prestation que Speed Dial 7. Ce n’est pas ce soir que ce dernier va se faire de nouveaux amis sur facebook…

22h. Victor Vazquez, Himanshu Suri et Ashok Kondabolu ainsi que leur DJ montent sur l’estrade, bouteille de rhum à la main. Le concert démarre sur les chapeaux de roue. Le public est clairsemé mais chaud comme la braise tandis que le trio envoie ses bombes « Hugo Chavez », « Who’s That? Brooown! » et, un peu plus tard, « You Oughta Know ». Mais très vite, le spectacle commence à ressembler à une réunion de potes bourrés qui font la fête entre eux, sans vraiment prêter attention aux invités. En outre, les morceaux tirés de « Sit Down, Man » sont plus lents et s’accordent plutôt mal à ceux de l’excellent « Shut Up, Dude! ». Das Racist a placé la barre haute lors de son arrivée sur les planches. Mais la frénésie des premières minutes retombe assez rapidement. Notamment lorsque le trio et le DJ s’offre un délire rock’n’roll qui aurait pu être drôle et suivi par le public s’il n’était pas tombé comme une touffe de cheveux dans une soupe déjà froide. Au bout de 30 minutes, Himanshu Suri semble enfin se rendre compte que la sauce ne prend pas et tente de raviver l’étincelle des premiers instants du concert. Mais la formation de Brooklyn continue d’emprunter la pente descendante en enchaînant des versions mollassonnes de leurs compos. Cerise sur le gâteau, le trio entame leur tube « Combination Pizza and Hut Taco Bell », acclamé par l’assistance, avant de l’arrêter au bout d’environ une minute et demie pour s’en aller sans se retourner. N’est pas OFWGKTA qui veut.

Organisation : AB       

Saxon

C’est dans les vieilles casseroles qu’on fait la meilleure soupe…

Écrit par

C'est la première fois que je mets les pieds au Splendid de Lille. J'espérais y entraîner mon fidèle pote métalleux dans l’aventure, mais il a décliné l’invitation pour raisons familiales. S'il croit que je vais me laisser démonter par sa défection, il rêve. Je parviens à embrigader Guillaume, un de mes jeunes collègues qui n'a jamais assisté à un concert de métal. Je pense que pour une première, il ne sera pas déçu par les mythiques Britons…

La salle devait servir de cinéma, il y a quelques années. Derrière la console son, on y retrouve d’ailleurs toujours des sièges. Elle est déjà bien peuplée lorsque la formation batave Vanderbuyst monte sur les planches. Et tout au long de leur set évalué à une trentaine de minutes, elle va se remplir. Le combo pratique un heavy metal old school de très bonne facture caractérisé par ses jolis soli de guitare et ses titres chantés à deux voix. Une guitare, une basse et une batterie : tout ce qu'il faut pour concocter du heavy de qualité quand on a le feu sacré ; et manifestement ces gaillards l'ont. Un reproche ? Un air de déjà entendu ; mais bon, quand on se réclame du metal old school, difficile de ne pas marcher sur les traces de ses maîtres…

Place ensuite à Crimes of Passion. On est carrément replongé dans les 80’s. Même le look du chanteur, dont la crinière blonde est retenue par un bandana, nous le rappelle. Leur set est destiné à présenter leur dernier album. Leur tracklisting alterne sympathiques ballades heavy et morceaux plus lourds et rapides à la fois. Quarante minutes de prestation ponctuée par un bel hommage à Ronnie James Dio. Le public ne s'y trompe pas et quelques chevelus commencent à s'agiter le bocal, autour de nous.

Il fait chaud. Dans la salle, une moiteur commence à envahir l’atmosphère et elle baignera la foule jusque la fin du concert de Saxon. Si le métal était une religion, je proposerais Biff comme pape, tant le bonhomme et ses comparses incarnent l'essence même du métal depuis ses premières heures. Leur tournée, baptisée ‘Call To Arms World Tour 2011’, effectue une halte lilloise le lendemain d'un concert accordé à Paris, et quatre jours avant de conquérir le Trix d'Anvers. Et c'est à un véritable best of, parsemé de quelques nouveaux titres qu'on a droit ce soir. D'entrée de jeu, le ton est donné : "Hammer Of The Gods", "Heavy Metal Thunder" et "Never Surrender" accompagnent ma séance de shooting photos. Des titres les plus divers sont présentés ce soir, parmi lesquels le nouveau "Call To Arms" au milieu de classiques comme "Dallas 1PM" et "Eagle Has Landed". C'est au moins la troisième fois en trois ans que votre serviteur assiste à un de leurs sets et celui-ci est certainement le plus énergique. Mon jeune collègue se prend une de ces claques. Il a d’ailleurs bien du mal à revenir sur terre. Les têtes de mes voisins de salle s'agitent en tous sens. Biff, s'il n'a plus la fougue de ses jeunes années, semble cependant s'éclater comme un gamin sur les planches. Douglas Scaratt gratte son manche tout en discrétion et efficacité. Dès que Biff a terminé de nous conter les aventures de Sweeny Todd, Nigel Glockler, caché derrière ses fûts hauts perchés, nous balance un de ses soli de batterie pas possible. Les guitares et la basse nous réserveront encore également chacun un solo, celui de Tim Carter se révélant le plus dispensable, bien qu'énergique à souhait. Comment ce gars a-t-il encore des doigts alors qu'il pince ses cordes comme un malade à mains nues ? Mystère. Notre ami Paul Quinn semble de nouveau vouloir cacher sa calvitie en début de parcours, mais bien vite, il laisse tomber le foulard et exhibe son crâne lisse comme un oeuf. Les envolées de Biff et les duels de grattes se succèdent à un rythme effréné.

Quand les lumières s'éteignent, une chape de plomb s'abat sur la salle. Les Anglais nous gratifient de deux rappels, au cours desquels Biff fait encore monter la pression comme s'il voulait que les fans présents ce soir s'arrachent les cordes vocales. Il se donne tellement que Guillaume se demande si le groupe ne va pas remonter sur les planches pour recommencer un set complet. Malheureusement ce n'est pas le cas, et au terme de "Crusader" et "747 Strangers" en premier rappel et "Strong Arm" puis "Wheels Of Steel", lors du second, la bande à Biff s'en retourne définitivement dans sa loge. Nous, on quitte le Splendid le sourire aux lèvres. On vient de se prendre une bonne claque. Que demander de plus ?

(Voir également notre section photos)

Organisation Diva Productions

 

 

 

Moon Duo

Lune de Miel dans une volière

Écrit par

J'aime cette salle du Belgïe. Outre l'incontestable confort offert et l'ambiance sereine au sein de laquelle baigne l'endroit (c'est quand même un centre culturel), et au-delà du fait que différentes formes d'art s'y côtoient (certes pas toujours du meilleur goût, mais c'est c’est un centre culturel), l’atmosphère qui y règne est incontestablement propice aux plus belles découvertes. Alors, assis au bar en compagnie de mes amis, tout en sirotant une Blanche ou dégustant les apéritifs mis à notre disposition, j'entre lentement dans l'univers sonore de cette soirée placée sous le signe de l'hypnose.

Si l'électro minimale de Dolphins Into The Future s'immisce difficilement dans mon subconscient, c'est peut-être que je suis trop intrigué par ces pots-pourris au goût de chips sucrés, mais sans doute aussi parce que la musique dispensée par ces deux charmants demoiselles manque d'intérêt.

Sympathique mais guère excitant, le set s'écoule paisiblement lors de cette première partie de soirée, sous les applaudissements polis d'un public néanmoins attentif. Attention qui me fait défaut, je le concède du reste.

Unanimement, le nom de Lali Puna reviendra sur plusieurs lèvres, et c'est bien dans ce registre qu'évoluent ces deux prétendantes à la couronne, mais vouées au statut d'éternelles dauphines dans le futur.

Pour ma part, je continue mon initiation aux plaisirs exotiques qui font honneur à mon palais quand s’installe un moustachu face à une configuration complexe de pédales d’effets posées sur une table. Les piaillements d’oiseaux en tous genres se répercutent en échos lointains et je m’évade alors dans l’arrière-salle abritant les œuvres plastiques d’artistes étudiants. Quand je reviens, rien ne semble avoir évolué dans l’univers sonore de notre mystérieux bonhomme dont la pilosité nasale semble être le seul élément capable de susciter la moindre curiosité dans mon chef. Je repars pour une tournée de Blanches.

Le projet solo suivant se montre vaguement plus abouti, mais les syncopes loopées  de synthétiseurs en mode ‘redondances cycliques’ me paraissent encore trop évasives et bien trop insipides. Le public reste assis face à la scène (une des caractéristiques du Belgïe est son espace café), courtois et concentré. Perso, j’attends le clou du spectacle.

Arrive donc le tour de Moon Duo, lune de miel hypnotique s'il en est, mise en scène par Ripley Jonhnson et Sanae Yamada, soit le leader de Wooden Shijps et sa comparse californienne.

Les compos de ce couple nous assènent de grands coups de poing dans les tripes, les agrippent et les secouent à grand renfort de bruit addictif.

Aucune attitude ou jeu de scène ne vient distraire l'attention et c'est uniquement dans sa musique que le groupe génère un sentiment extatique et hypnotique.

Dans la lignée de son projet principal mais en privilégiant une approche axée sur l’utilisation répétée de motifs binaires, le barbu de San Francisco irradie l’espace sonore avec la densité spectrale de ses déclinaisons solos enivrantes et teintées de Fuzz.

« Motorcycle, I Love You » et « Stumbling 22nd St », issus du dernier Elpee (« Mazes ») écrasent tout sur leur passage, tout comme sur support audio, et si le résultat semble à certaines oreilles trop conforme aux enregistrements, force est de constater qu'il est difficile de sortir du canevas des machines.

Ouvrant une baie dans le paysage cérébral, les compositions de Moon Duo répandent des mantras aux effluves psychédéliques qui enfoncent les portes de la conscience.

On adhère ou pas, mais force est de constater qu’une fois les sens imprégnés de cette aura quasi mystique, il est difficile de ne pas se laisser emporter par les drones obsédants de ces deux là.

Malheureusement trop bref, le set de ce soir méritait à lui seul le détour. Une sacrée bonne expérience.

La fin de soirée s’amorce, alors que monte sur scène James Daniel Emmanuel vêtu d’une chemise hawaïenne improbable.

Introduit par un discours empreint d’humilité, le concert de ce vieux sage féru de vieux synthétiseurs remis au goût du jour s’égrène gentiment, me laissant récupérer lentement de mes émotions.

La route m’appelle, et dans le halo diffus d’une lune dédoublée, je m’enfonce dans la nuit.

Wizards Night : JD Emmanuel + Moon Duo + Köhn + Kim Ki O + Dolphins into the Future

(Organisation : Kraak)

 

Metronomy

Feels Just Like It Should

Écrit par

Changement de direction pour Metronomy qui délaisse (un peu) les sonorités electro-disco au profit de mélodies pop, laid-back et ensoleillées. Le magistral « The English Riviera » tombe à point. Et c’est au cœur d’un Vk* surchauffé que le quatuor est venu défendre sa nouvelle galette, ce 6 mai.

La dernière fois que Metronomy avait frôlé les pavés bruxellois, c’était aux Nuits Botanique, en 2009. A cette époque, Joseph Mount, le cerveau du projet, était accompagné sur les planches par son cousin saxophoniste Oscar Cash et le bassiste/claviériste Gabriel Stebbing. Quelques semaines plus tard ce dernier quittait les rangs de la formation, obligeant Mount à repenser son projet. Il a donc accueilli un nouveau bassiste en la personne de Gbenga Adelekan et s’est également offert les services d’Anna Prior, ex-Lightspeed Champion et préposée aux grosses caisses. L’arrivée des deux nouveaux membres a d’ailleurs donné des ailes à Metronomy qui signe « The English Riviera », l’un des disques les plus excitants de cette année.

L’examen approfondi de la plaque s’effectuait sur la scène du Vk*, à guichets fermés. Evidemment. Celles et ceux qui ont déjà fréquenté la salle molenbeekoise le savent, l’adage ‘tout vient à point qui sait attendre’ pourrait être gravé sur ses quatre murs, sans surprendre grand monde. Ce n’est donc qu’à 21h30 que Joseph Mount et ses musiciens apparaissent sur scène, devant un public des plus enthousiastes. La salle est pleine à ras-bord. Les premières notes de l’intro « The English Riviera » greffée, comme sur LP, à « We Broke Free » donne le ‘la’ d’un set particulièrement bien pensé. Ainsi, les Anglais enchaînent sur « Love Undefined », morceau le plus disco et donc le plus proche de « Nights Out » dont ils extraient ensuite « Back On The Motorway » et « Holiday » qui ne laissent personne indifférent. Il fait bien 30 degrés sous le toit du Vaartkapoen et le mercure continue de grimper tandis que Metronomy s’attaque aux tubes « She Wants », « Heartbreaker », l’instrumental « You Could Easily Have Me » et l’énorme « Holiday ».

Metronomy semble avoir enfin trouvé sa vitesse de croisière. La présence de deux nouveaux membres apporte à la prestation live de la formation une dimension beaucoup moins carrée qu’auparavant. Un changement que le public accueille de toute évidence à bras ouverts, tant l’ambiance est bon enfant. Le refrain de « A Thing For Me » est repris en chœur par le parterre que les Britons continueront de faire suer sur des « The Look » et « On Dancefloors » d’avant-rappel. Le rideau se ferme sur le son de l’ultime et tubesque « Radio Ladio », aux textes hurlés à plein poumons par les premiers rangs. Un sans-faute pour Mount et ses trois acolytes dont le retour a le mérite d’être à la hauteur de toutes les attentes.

A ne pas manquer le 14 juillet sur les planches du festival de Dour.

(Organisation : Vk*)

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