La première ébauche de Beguiling Junior

Le mystérieux duo Beguiling Junior, formé par Kaya Wilkins (Okay Kaya) et Oli Burslem (YAK), s'apprête à dévoiler son tout premier elpee intitulé « First Cut ». Attendu pour le 2 octobre 2026, ce disque marque la naissance officielle d'une collaboration aussi…

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Rufus Wainwright

The Show Must Go On

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En naissant au sein d’une famille comme la sienne, Rufus Wainwright était voué à devenir l’artiste qu’il est aujourd’hui. Fils de Loundon Wainwright III et de feue Kate McGarrigle, le singer-songwriter, aujourd’hui âgé de 36 ans, publie son sixième album studio, « All Days Are Nights : Songs For Lulu » dont la grande majorité des morceaux est dédiée aux membres d’une famille pour le moins artistique. De passage à Bruxelles, le Canadien a jeté son dévolu sur la superbe salle Henry LeBoeuf, l’âme musicale du Palais des Beaux-Arts, pour y présenter un spectacle particulièrement surprenant.

A quelques sièges près, la salle est comble. Vers 20h30 un collaborateur du Bozar s’avance sur le podium pour annoncer le programme. Plus qu’un simple concert, le public apprend que la représentation de Rufus Wainwright sera scindée en deux parties distinctes. La première est constituée d’un récital d’une heure. Pendant celui-ci, il est demandé au parterre de ne prendre aucune photo et de ne pas applaudir entre le moment où l’artiste apparaît sur scène jusqu’au moment où celui-ci l’a quitté. De quoi attiser la curiosité. La seconde partie, elle, est consacrée à la partie concert ‘standard’.

Seul un piano trône sur les planches. Lorsque les lumières s’éteignent, un silence de mort règne dans la salle. Rufus Wainwright s’avance à pas lents vers l’instrument, vêtu d’une sorte de toge bleue dotée d’une traîne interminable. L’ambiance dans la pièce est unique. A la fois intense et apaisante. Le chanteur s’installe délicatement sur son siège et entame son répertoire, centré essentiellement sur les compositions extraites de « All Days Are Nights : Songs For Lulu ». « Martha », dédié à sa talentueuse frangine, le trio de « Sonnet », « What Would I Ever Do With A Rose ? » ou « Les feux d’artifices t’appellent » s’enchaînent tandis que l’auditoire écoute, dans un respect le plus total. Et, pourtant, ce n’est pas l’envie d’applaudir cette superbe prestation qui manque. Une heure plus tard, Wainwright se retire de la scène. Sa démarche fantomatique communique une atmosphère toute théâtrale à la prestation sans faille de l’artiste.

Après un court entracte d’une vingtaine de minutes, le chanteur est de retour sur scène, souriant, décontracté. Il remercie le public pour le respect qu’il lui a témoigné pendant la première partie et entame une seconde partie de spectacle qui parcourt un large pan de sa discographie. Pas avare en paroles, il évoque son opéra « Prima Donna », son père, ses sœurs, son petit ami et, surtout, sa mère décédée en janvier dernier. Il reprend d’ailleurs « Walking Song », un morceau des sœurs McGarrigle. Le Canadien en profite également pour manifester sa colère, suite à l’attentat déjoué deux jours auparavant, qui s’est produit en plein Manhattan, et rend un vibrant hommage à New York au son de son tube « Going To A Town ». Le deuxième volet du set s’achève au bout d’une heure vingt par une ‘standing ovation’ tout à fait méritée. Wainwright est sans nul doute ce que l’on appelle un artiste accompli.

(Organisation : Live Nation)

Benjamin Biolay

Benjamin, LE Superbe !

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‘Benjamin Biolay ne fait rien comme les autres et pas grand-chose pour qu’on l’aime’ ! J’avais lu cette phrase au sein d’un article, mais je ne me souviens plus de sa source. N’ayant que ma curiosité à opposer à ces paroles pas très ‘sympathiques’, je me demandais qui donc et surtout pourquoi on pouvait bien véhiculer ce genre d’affirmation gratuite… N’étant jamais si bien servi que par soi-même je décidai donc de vérifier la véracité ( ?) de ces propos.

Bien avant son entrée en scène, Biolay avait convié un duo bruxellois plutôt insignifiant pour ouvrir l’appétit d’un public éclectique où jeunes, moins jeunes et pas jeunes du tout même se pressaient afin d’entendre ce ‘mutant’ de la chanson française. Ses géniteurs seraient tous deux… masculins, le premier pourrait être Gainsbourg dont il aurait hérité le don des mélodies, le sens de l’orchestration et… la clope souvent suspendue aux lèvres. Le second pourrait être Bashung à qui il aurait hérité de la voix à la fois chaude et rocailleuse ainsi que la facilité d’écrire des textes d’une beauté et d’une justesse incomparables. Et puis, n’aurait-il pas eu comme ‘nounou’ Etienne Daho qui lui aurait laissé comme bagage le sens du rythme pop des eighties ?

Encore tout auréolé de son trophée aux victoires de la musique et à peine sorti d’un scandale médiatisé à souhait par la presse people, le plus mélancolique des sombres chanteurs français avait mis les petits plats dans les grands jeudi soir à Lille. Devant une salle comble (NDR : deux mille personnes entièrement dévouées à sa cause), l’ex-mari de Chiara Mastroianni, en compagnie de laquelle il avait signé un elpee de duos piquants et amoureux, nous l’a joué dandy, tendre et sensuel à souhait.

Benjamin sait que le public sera chaud/bouillant dès les premières notes et mots qui émergeront de l’obscurité. Et il se fait désirer pendant près de 40 minutes. Après les petits zakouskis sans saveur servis par le supporting act, de quoi encore faire monter la pression. Et inévitablement, dès les premiers accords de « Pour écrire un seul vers », c’est le délire dans les travées de l’Aéronef. Pari gagné pour ce beau brun un peu timide, réservé, qui remercie gauchement, et dix fois plutôt qu’une, ses admirateurs.

Un piano à queue noir trône au milieu de la scène devant un décor romantico-baroque, dont les pans de murs aux hauteurs différentes sont recouverts de feuilles d’aluminium qui scintillent aux rythmes des ballades chaloupées du ‘quintet biolesque’. Cinq, ils sont cinq pour donner vie au monde musical de Benjamin.

Une harpiste/violoncelliste/choriste, deux guitaristes, un batteur et un claviériste/touche à tout (utilisant le theremin, espèce de scie musicale) démontrent par cette richesse instrumentale, toute l’étendue du talent affiché par le beau Lyonnais. Le sixième c’est lui, seul au piano pour quelques morceaux plus intimes dont le sublime « Ton héritage » et une fois, une seule à la trompette, dos au public comme gêné de souffler, peut-être, dans un instrument un peu ringard aux yeux de ses fans…

Il faudra cependant plus d’une demi-heure pour que la tension, espèce de vernis dont est recouvert Benjamin, se craquelle. Enveloppé dans une timidité, une gêne quasi palpable, le trentenaire ténébreux lâchera enfin les chevaux à partir de « Lyon presqu’île » mais surtout « Prenons le large », repris en chœur par une salle en ébullition. 

Jouant à saute-mouton dans son répertoire, alternant le piano-voix (« Nuage Noir », « Novembre toute l’année », « Négatif »), les ambiances vaporeuses (« Même si tu pars »), la pop eighties (« Si tu suis mon regard », « Qu'est-ce que ça peut faire ? »), le déchirement glacé (« Night shop »), les boucles électro (« L'espoir fait vivre ») ou la nostalgie dansante (« Lyon Presqu'île »), Benjamin se remue, complètement décomplexé à présent, levant le poing plus souvent, et sur « A l'origine », finit même par se rouler par terre en vociférant, dans un tonnerre de guitares-batterie très réussi.

Deux heures passent hélas très (trop) vite et au vu du catalogue musical de Benjamin Biolay, on aurait volontiers écouté une dizaine de morceaux en plus ; car c’est réellement un très grand compositeur, un musicien hors pair et un arrangeur exceptionnel qui nous fait face ce soir.

Quatre rappels seront accordés dont le splendide « Padam », mais en guise de clôture, définitive cette fois, en duo avec sa complice harpiste, il nous délivre le déjà mythique « Brandt Rapsodhy » évoquant une liaison par post-it interposés ; et il met le doigt là où ça souffre, passant des éclaboussures d’un grand amour à une déchirure brutale.

Une fin dramatique pour un spectacle tout en nuances, sombre et lumineux, mélancolique et mélodique.

Quel est le con qui a dit : ‘Benjamin Biolay ne fait rien comme les autres et pas grand-chose pour qu’on l’aime’ ?

(Voir aussi notre section photos)

Organisation Vérone Prod 

Renan Luce

Spectacle tous publics…

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Vu l’immense succès de « Repenti », son premier album, sorti en 2006, Renan Luce s’est fait une place au soleil dans le milieu de la chanson française. Le public est charmé par les accords simples et les textes à la fois authentiques et fantaisistes de « La Lettre », des « Voisines », de « Monsieur Marcel » ou encore de « Repenti ». La tournée/révélation qui s’en suit est une réussite même si à cette époque, découverte oblige, ce sont les ‘petites salles’ qui sont privilégiées.

Le succès de son premier opus n’est pas encore froid qu’il enregistre déjà une seconde plaque, « Le Clan des Miros », en compagnie de ses compagnons de scène. Une nouvelle fois, le succès est au rendez-vous grâce à « La fille de la Bande » et « On n’est pas à une bêtise près » (générique du film « Le Petit Nicolas »). Et notre Renan de repartir sur les chemins afin de rencontrer les attentes d’un public de plus en plus nombreux. C’est donc au cœur d’enceintes un peu moins discrètes, cette fois, qu’il opère son retour.

Ce mercredi, près de 2 500 personnes ont réservé leur sésame pour aller écouter ce nouveau genre de poète. L’auditoire est en grande partie féminin et de tous âges, même si on croise également quelques messieurs qui, soit accompagnent madame, soit ont décidé d’emmener toute la petite famille pour un spectacle tous publics. Les isolés sont plus rares, quoique ; tassé près de la scène un instit de la région est visiblement fan. Et pour cause, pour la onzième fois en quatre mois, il a fait le déplacement… Alors que le Zénith peut plus ou moins contenir le double de monde, c’est avec une légère impression de vide, surtout dans les gradins, que la soirée débute.

Pour ouvrir le bal, Benoît Dorémus, ami personnel de Renan, nous interprète seul à la guitare acoustique la dizaine de chansons qui peupleront bientôt son nouvel album en gestation. De jolis textes très actuels (écologie, Obama, …), de non moins jolies mélodies nous font patienter gentiment en attendant la vedette annoncée.

Sans aucune manifestation d’impatience, le public bon enfant attend sagement les premiers accords joués à la gratte par le trentenaire. Et c’est parti pour une petite vingtaine de titres, rappels compris. Comme lors de la tournée précédente, les quatre mêmes acolytes accompagnent le Breton d’adoption : un batteur, un guitariste/ukulélétiste, un contrebassiste et un homme à tout faire (guitare, percussions, claviers). Tous apportent également leur contribution vocale lorsque le besoin s’en fait sentir. Si la majorité du répertoire est relativement calme, des titres tels que « La fille de la bande », « Les voisines », « On n’est pas à une bêtise près » invitent cependant à une participation plus active, ce que les spectateurs comprennent rapidement.

Pour tout décor, tout en douceur, et en parfaite harmonie avec le répertoire proposé, Renan dispose un léger voile de perles permettant un jeu subtil d’ombres chinoises et susceptible également de servir d’écran sur lequel figurent, au fil des chansons, les personnages et les scènes évoqués. Les maîtres mots de la soirée sont charme et tendresse.  En effet, charmant et tendre à la fois, Renan Luce, non sans humour, parvient à faire frémir son public. Tous, quel que soit leur âge, fredonnent de temps en temps un couplet. Certains parfois chantonnent discrètement une chanson complète, la palme revenant sans conteste à Juliette, neuf ans, juste à côté de moi qui connaissait intégralement les paroles de « Repenti ». Entamée timidement, la prestation ira crescendo et on en dira de même de l’attitude des fans qui termineront la soirée en acclamant longuement et méritoirement leur favori qui, visiblement aime beaucoup être ovationné...

Une petite fête de la musique a déjà eu lieu hier à Lille. Bon enfant, familial, sans prétention outrancière, le programme proposé a véritablement fait des heureux. Il suffisait de voir les yeux étincelants des enfants pour s’en convaincre…

Mais il est près de 23 heures. Il est donc grand temps pour tous ces marmots d’aller au lit. Heureusement, comme s’il avait prémédité son coup, Renan a chanté un mardi soir. Mais comme le mercredi, il n’y a pas d’école pour les petits fans français... Et puis de toute façon, on n’est pas à une bêtise près !

(Voir aussi notre section photos)

Organisation A Gauche de La Lune 

LCD Soundsystem

Presque au 7ème ciel…

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2010 sera l’année LCD Soundsystem. Après trois années d’absence, faisant suite à la publication du sublime « Sound Of Silver », James Murphy, tête pensante du combo newyorkais, revient au galop pour présenter son troisième et très probablement dernier opus. Il s’intitulera « This Is Happening » et est déjà annoncé comme l’album de l’année. Le leader de DFA se produisait ce mercredi 5 mai, à l’AB, pour un show qui a tenu toutes ses promesses. Ou presque…

Depuis belle lurette le concert est sold out et les petits veinards détenteurs d’un ticket ont la chance, ce soir, d’assister à une soirée 100% DFA. En première partie, YACHT, l’une des dernières signatures du label, ouvre les festivités. Un combo originaire de Portland, emmené par le duo Jona Bechtolt/Claire Evans. Très rapidement, il trouve ses repères et en un clin d’œil, les musiciens balancent la sauce. Responsable de l’excellent « See Mystery Lights », YACHT transpose ses titres avec une énergie extravagante. Qui de mieux que cette paire entourée de trois autres musicos pour débuter cette soirée ? Leur tracklisting va notamment inclure « Ring The Bell », « The Afterlife » et le torride « Psychic City (Voodoo City) ». YACHT nous quitte malheureusement trop tôt ; mais à l’issue d’une demi-heure jouissive ! La nuit est chargée de promesses…

Entre les deux prestations la période est douloureuse. Certains ont les nerfs qui lâchent tandis que d’autres, plus patients, attendent religieusement la venue de la bande à Murphy. Sans se faire pourtant prier, LCD débarque sur les planches. Vêtu de son immanquable short de plage, Pat ‘Drum Machine’ Mahoney, donne le tempo. « Us V Them » est propulsé telle une boule de neige balancée en pleine face ! Eclairage disco et énorme globe à facettes : que la fête commence ! Le son est impeccable. Pas le moindre dérapage. James assure les vocalises et tâte de quelques percussions tandis que Nancy, Tyler et encore Gavin Russom (oui, oui le bonhomme à l’horrible coupe de cheveux) assurent respectivement la basse, la guitare et les machines ! « Yr City’s A Sucker », « Daft Punk Is Playing In My House », « Movement », « Tribulations », « Someone Great », « All My Friends » et même la tuerie « Yeah (Crass Version) » s’enchaînent sans jamais s’égarer. On en prend plein la gueule. Le public titube et n’hésite jamais à mouiller sa chemise. Pourtant, on a parfois l’impression que le combo ne se livre pas à fond. Sans doute à cause de cette attitude nonchalante des musiciens. Mais manifestement, le cœur y est. Est c’est inévitablement sur « New York I Love You But You’re Bringing Me Down » que James Murphy et ses comparses terminent un concert rondement mené ! Véritable génie, et à mes yeux, le mec du siècle dans sa catégorie, c’est avec un petit pincement au cœur qu’on le voit s’en aller pour peut-être ne plus revenir au sein de LCD Soundsystem.

Si j’ai un reproche à émettre, c’est vis-à-vis de la sortie du nouvel elpee. Bien trop tardive. D’ailleurs, les Newyorkais n’ont interprété que trois titres de leur nouveau long playing, dont la sortie est prévue pour ce 17 mai ; c’est-à-dire « Drunk Girls », « I Can Change » et « Pow Pow ». Néanmoins, cette soirée du 5 mai constitue pour la majorité du public présent ce concert, un remake –peut-être un rien moins parfait– de leur set accordé sur les mêmes planches, un certain 16 mars 2003. Quoiqu’il en soit, la performance était fabuleuse ; et puis, James Murphy est âgé de 40 balais. Sa vie est déjà bien remplie. Et il n’a plus rien à prouver. Chapeau bas James…

(Organisation : Live Nation)

 

Eagle Seagull

De drôles d’oiseaux…

Écrit par

Eagle Seagull (traduction littérale, l’aigle goéland) est un curieux patronyme choisi par une formation issue du Nebraska, fondée en 2004. Responsable d’un excellent second opus, en mars dernier (« The Year of the How-To-Book »), elle se produisait au Witloof Bar du Botanique, ce 27 avril. Pas la grande foule cependant pour accueillir ce combo yankee. Et pour cause, leur notoriété dépasse à peine la zone crépusculaire de l’underground. Pourtant, il affiche un fameux potentiel, susceptible de drainer un large public. Il faudra cependant faire preuve de patience, avant de le voir concrétiser ses rêves…

Eli Mardock et sa compagne Carrie ‘Eddie Sedgwick’ Butler sont les leaders du band. Ils se plantent au beau milieu de la scène, entourés d’une multitude de claviers. J.J. Idt s’installe à gauche. C’est le guitariste. Il affiche un look de bûcheron. Le jeune Mike Overfield se poste du côté droit. Il est vêtu d’un sweater à capuche. Le drummer prend un certain recul, par rapport au podium. C’est apparemment le musicien le plus âge de l’équipe. Les attitudes du couple sont très rock’n’roll. Glamoureuses, même. Ou si vous préférez, professionnelles. Les meilleurs titres de leur dernier elpee défilent. Le timbre vocal d’Eli rappelle, manifestement, celui de l’ex-chanteur de Pulp, Jarvis Cocker. Quant à la musique, pop et dansante, elle navigue quelque part entre le Bowie des 70’s et Arcade Fire. Jusqu’alors tout baigne. Mais progressivement, on ressent un certain malaise. Le climat entre les musicos du groupe ne semble pas au beau fixe ; et ils ne cherchent guère à établir la moindre communication avec le public. On a même parfois l’impression qu’ils (se) font la gueule. Et J.J. Idt, le guitariste, tout particulièrement. A moins qu’il ne s’em*****. Quand à Eli, son regard se perd dans les méandres de son étonnante tignasse. De quoi plomber l’ambiance. D’autant plus que les compos se révèlent, au fur et à mesure, de moins en moins contagieuses. Seul le violon de Carrie Butler parvient alors à maintenir le fil conducteur. Heureusement, la fin de parcours est bien plus excitante. Et le set de s’achever en force par « You’re the Reason Why I’m Afraid to Die », c'est-à-dire le meilleur morceau de « The Year of the How-To-book ». On aura même droit à un rappel, au cours duquel les membres de la formation vont enfin esquisser un sourire.

Si Eagle Seagull veut vraiment décoller, il a tout intérêt à soigner son jeu de scène. Les compos de leur long playing, ont beau se révéler superbes, dansantes et lyriques, leur transposition en ‘live’ ne m’a pas vraiment convaincu. Les natifs de Lincoln ont tout intérêt à se secouer les puces, s’ils veulent vraiment s’extraire de l’anonymat. Suffit pas d’avoir le potentiel, il faut aussi vouloir le démontrer…

Organisation Botanique.

These New Puritans

Drum’s Not Dead

Écrit par

En 2008, These New Puritans se produisaient à l’Ancienne Belgique, dans le cadre des Now:Series sur la scène d’une ABBox comptant une cinquantaine de curieux tout au plus. Forts d’un nouvel LP à l’ambiance sombre et ‘tranchée’ ainsi que d’une tournée aux côtés de The XX, les quatre Anglais récoltent les fruits de la hype en se produisant à guichets fermés sous la coupole de la Rotonde du Botanique.

En guise de mise en bouche, These New Puritans propose « Time Xone », suivi immédiatement de « We Want War », le premier extrait de « Hidden ». Un morceau long de plus de sept minutes, magnifié par un emballage très cinématographique. Le genre de compositions qu’un réalisateur de film glauque en quête de fond sonore ne renierait pas. Outre la tendance à produire des morceaux pop déconstruits, le son caractéristique de la formation originaire de Southend-On-Sea procède essentiellement de l’effet fulgurant des grosses caisses. George Barnett, préposé à la batterie, tape très fort. Et lorsque les percussions de Thomas Hein viennent s’y greffer, les chansons de These New Puritans prennent une dimension presque oppressante. Dans le bon sens du terme. A cela s'ajoutent les instruments insolites tels le hautbois ou encore des couteaux (!) qui procurent toute leur richesse aux écrits de la bande. Et il faut l’avouer, sans cette instrumentation, These New Puritains ne serait qu’un groupe pop parmi d’autres.

« Three Thousand », « Numbers (AKA Numerology) », « Orion », « Fire-Power », « Attack Music », « Infinity Ytinifni » s’enchaînent en toute cohérence. Mais certains morceaux souffrent d’une similarité flagrante, ce qui rend la prestation moins percutante. Jack Barnett s’adresse à plusieurs reprises à la foule avec un accent à couper au couteau et un chouia trop de reverb’ dans le micro. Le mec aurait pu parler en chinois que l’effet aurait été identique… Le set s’achève sur le single « Elvis », en guise de rappel. Un concert d’une heure tout rond. Une prestation pas désagréable mais manquant cruellement de relief.

(Organisation : Botanique)

Crystal Castles

Thunderstruck

Écrit par

Tout au long de leur premier LP, Crystal Castles était parvenu à donner une nouvelle dimension au ‘chiptune’, en l’assénant d’un électrochoc punk bien balaise. Les Canadiens, réputés pour leurs shows chaotiques, ne se sont pas laissés impressionnés par un vulgaire nuage de cendres. Ils ont donc, comme prévu, posé leurs semblants de bagages sur la scène de l’Orangerie et terrorisé l’assemblée au son des tueries qui composeront leur deuxième œuvre éponyme, à paraître ‘incessamment sous peu’.

Sur le coup des 21 heures, l’Orangerie du Botanique est bondée. Peut-être même davantage que d’ordinaire. Et le public bouillonne déjà. Ce qui explique peut-être les barrières placées devant le podium. Oui, oui, des barrières de sécurité ! Au Botanique ! Ca promet… Alice Glass et Ethan Kath vont être servis en matière d’ambiance. La salle est soudainement plongée dans une obscurité intégrale. Un son strident marque le début des hostilités. Le duo, accompagné en mouture ‘live’ d’un batteur, apparaît sur les planches et engage un premier extrait de son nouveau recueil. Seul un subtil jeu de lumière éclaire la scène par intermittence. Alice malmène le micro d’une main, et un stroboscope de l’autre. Pas plus de 5 minutes plus tard, on comprend que Crystal Castles est un véritable rouleau compresseur en matière de prestation ‘live’.

Les nouveaux morceaux produits par Paul Epworth (Bloc Party, The Rapture, etc.) emballent le public presque autant que les extraits du premier éponyme. « Baptism», « Celestica » ou l’incendiaire « Doe Deer » passent sans encombre l’étape de la scène. Mais ce sont essentiellement les vieux tubes qui font péter les plombs de l’assistance. Ainsi, les premières notes de « Air War », « Courtship Dating », « Crimewave » ou ceux de « Alice Practice » soulèvent instantanément  l’Orangerie. Et pourtant, certains demeurent statiques. Incompréhensible…

Ethan est plutôt discret, dissimulé derrière ses manettes. A l’inverse, Alice chauffe le public comme pas deux. A plusieurs reprises, elle s’élance au cœur de la foule. La petite Canadienne est simplement impressionnante. Le set de Crystal Castles est plutôt dark et d’une intensité rare. Un vrai show ‘in-your-face’. Mais la fin du concert survient brusquement, au bout d’une heure pile. La formation se retire sans crier gare et les lumières de la salle rappellent le public à la réalité. Pas de rappel. Les salauds ! Il faudra attendre cet été et le Festival Les Ardentes pour obtenir une nouvelle dose de Crystal. Et le manque se fait déjà ressentir.

(Organisation : Botanique)

 

Caribou

Free As A Bird

Écrit par

En 2008, les drôles d’élans ont parcouru les plaines d’« Andorra » et ont suscité, sans vraiment le vouloir, la curiosité de plusieurs milliers de "tree-hugging hippies" de tous bords. Les yeux tournés vers l'horizon, ces derniers attendaient impatiemment le retour de l’espèce convoitée. En 2010, c’est chose faite depuis la publication de « Swim », un troisième LP au cours duquel Caribou est parvenu à s’élancer encore plus loin. Au cours de son périple, le gibier Canadien n’a pas oublié de poser ses pattes dans nos contrées, du côté du Beurskaffé, en plein centre de Bruxelles.

La salle affiche complet depuis quelques jours. La capacité du lieu est assez moyenne, ce qui le rend d’autant plus convivial. Il est 21h15 lorsque Derwin, le panda d’Essex débarque sur les planches. Derrière ses manettes et son laptop, Gold Panda est tout content. Normal, il a été désigné par la BBC comme l’un des grands espoirs de 2010 aux côtés d’une dizaine d’artistes dont la carrière a déjà bien décollé, à coups de buzz (Delphic, Two Door Cinema Club, The Drums, Owl City, Marina & The Diamonds, etc.) Sous son déguisement, Gold Panda exécute une électro à la fois minimale, planante et engageante, extraite de ses nombreux Eps. Le petit dernier, « You », sera d’ailleurs disponible dès le 10 mai, soit 6 jours avant sa prestation sur la scène du chapiteau aux Nuits Botanique. Le Briton jouera aux côtés de The Field. Et il y a fort à parier que les fans de ces derniers se rallieront sans hésiter à la cause du panda doré.

Sur le coup des 22h, Dan Snaith et ses trois musiciens prennent place sur la (petite) scène du Beurskaffé. Tout de blanc vêtus, les quatre hommes ne perdent pas une seconde et plongent immédiatement le public dans le vif du sujet. Il est loin le temps où Snaith portait encore le sobriquet de Manitoba. Ce soir, Caribou célèbre la sortie de « Swim » et souligne cet événement en jouant la quasi intégralité de l’œuvre. Le set est donc à l’image du disque : une ode à la liberté mariant électro, rock et psyché. Un retour aux sources plutôt bien négocié. Les morceaux « Bowls », « Kaili » et « Odessa » valent à eux seuls leur pesant d’or. Derrière les musicos, leur incontournable écran diffuse en continu l’artwork de « Swim », modulé par des couleurs trippantes. Les stroboscopes n’en finissent pas de crever les yeux des spectateurs tandis que Snaith élance ses splendides complaintes. L’une des rares incursions dans le passé se produira lorsque le combo se lancera dans l’interprétation de « Sundialing » et l’essentiel single « Melody Day ».

Après une petite pause, Caribou revient pour un bis repetita au cours duquel des « Swim » et « Barnowl » majestueux plongent le public dans un océan de beats magistraux. Un set parfait en tous points. Lors de ses pérégrinations estivales, l’oiseau rare survolera la plaine de Kiewit, le temps d’un passage au Pukkelpop. Et si vous n’y êtes pas, c’est que vous êtes fous.

(Organisation : VK*)

Birdy Nam Nam

A Rush Of Blood To The Head

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Les quatre ‘Turntablists’ aux doigts de fées étaient de passage à l’Ancienne Belgique après avoir remporté, quelques semaines plus tôt, la ‘Victoire de la Musique’ du meilleur album électro de l’année. Il faut dire que « Manual For A Successful Rioting » envoie une claque sans concession, à coups de beats bien bourrins, assénés où il faut, quand il faut. Après s’être produits lors des festivals Polsslag, Pukkelpop et I Love Techno, en 2009, Birdy Nam Nam présentaient leur ‘scud’ pour la première fois en salle en Belgique, sous le toit de l’AB.

Les Liégeois de Partyharders Squad étaient chargés de préparer le terrain. Rien de bien excitant au programme. Le duo enchaîne les clichés du DJing, et chauffe donc la salle en se contentant de cliquer sur la touche ‘next’ de son laptop et de hurler à chaque montée de BPM. Et on n’échappera pas au quart d’heure dubstep, histoire de démontrer qu’on est bien ‘aware’ des tendances émergeantes. Au moins, ça a le mérite de faire danser les kids des premiers rangs. On a beau ne pas adhérer au style des Liégeois, impossible de nier que leur cible est bien atteinte et conquise.

Cinq minutes de répit à peine avant que les Parisiens n’entrent en scène. Ce soir, l’AB affiche complet. Crazy B, Little Mike, DJ Need et DJ Pone, tout sourire, ont l’air motivés. Le public, lui, l’est davantage. Et une énorme installation light-show démontre que la formation joue désormais dans la cours des grands. C'est certain, celles et ceux qui recherchaient la simplicité de leurs premières prestations vont être servis en matière de déception. Le set démarre sur quelques bons souvenirs de l’éponyme, à l’époque où les quatre gaillards privilégiaient les scratches aux bleeps. Mais les extraits du premier opus sont soit retravaillés (ou torturés, c’est selon), soit rapidement passés sous silence, au profit des bangers de la grosse machinerie « Manual For A Successful Rioting ». Ainsi, même le tubesque « Abbesses » n’est plus ce qu’il était. Birdy Nam Nam est désormais une infernale machine à danser et assume très manifestement son statut. Même si le groupe donne parfois l’impression de réaliser à quatre, ce qu’il pourrait facilement exécuter à deux…

Les pieds entre le sol et le plafond, le public adhère à donf et se laisse entraîner sur les beats carnassiers de « Worried », « TransBoulogne Express » ou l’excellent « Red Dawn Rising ». Il faudra deux rappels pour calmer les ardeurs de la foule, chaude comme la braise. Après tout, c’est samedi soir. Un « The Parachute Ending » aux allures de seringue d’adrénaline, vient achever le travail entamé une heure et demie plus tôt. Tandis que ses trois camarades se retirent, Little Mike en profite pour caresser son public dans le sens du poil et exhiber le drapeau belge qu'il s’est fait tatouer au bras. Avant de se retirer, il prend encore le temps de charrier les ‘footeux’ en scandant le nom de son équipe fétiche (NDR :  information qui n’est restée gravée dans mon esprit, que quelques millièmes de secondes) tandis que DJ Pone remonte furtivement sur les planches, en brandissant le maillot de la football team en question. Un final bon enfant qui résume assez bien l’ambiance générale entretenue, tout au long du set des turntablists passés pros du bidouillage.

(Organisation : AB + Live Nation)

Blood Red Shoes

Le feu et la glace

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Beaucoup de monde pour assister à la prestation de Blood Red Shoes (NDR : à la limite, le spectacle aurait pu glisser du club vers la salle principale). Un duo qui vient de publier son deuxième elpee, « Fire like this ». Les mauvaises langues avancent que cette formation serait la réponse US aux White Stripes voire aux Kills. Si la formule du line up est identique, le combo de Detroit est dominé par le brillantissime guitariste Jack White (NDR : Meg se contente de frapper sur les peaux comme une dératée), et puis sa musique est surtout contaminée par le blues, alors que chez les seconds, elle est davantage ancrée dans le garage punk. Au sein de Blood Red Shoes, si l’énergie est aussi explosive, elle est aussi et surtout plus raffinée…

Il revenait à la formation parisienne, King of Conspiracy, d’ouvrir les hostilités. Et le set démarre en trombe sur un tempo psychobilly digne des Cramps. Le son est pourri. La voix du chanteur l’est tout autant. Le drummer et le guitariste essaient de suivre le rythme effréné dicté par le soliste (c’est également le chanteur). Il en impose par sa grande carcasse et maltraite sa guitare, en lui faisant subir les pires sévices, même à l’aide d’un stick de batterie. Il gesticule dans tous les sens et tournoie sur lui-même. Il est King of Conspiracy. Pendant une bonne demi-heure, la formation française va nous balancer un punk’n’roll furieux, bruitiste, énergique, décapant, mais un peu trop brouillon pour convaincre votre serviteur. Etonnant, lorsqu’on sait que le combo tourne régulièrement en Angleterre, et y a reçu de flatteuses comparaisons avec Mclusky. A mon humble avis, ce soir, le trio a confondu vitesse et précipitation.

Laura-Marie et Steven montent à leur tour sur les planches. Coiffée d’un chignon élégamment négligé, elle est vêtue d’un t-shirt de couleur noire et d’un jeans. Comme je l’avais déjà souligné, c’est une très jolie fille. Lui, arbore un polo rayé marine vert et blanc (NDR : un supporter du Celtic de Glasgow ?) et fonce derrière ses fûts, installés de profil, à droite du podium. Le set s’ouvre par « It’s getting by the sea », un extrait de “Box of secret”, leur premier elpee. En fait, la tracklisting va alterner compos issues du premier opus et du tout dernier, “Fire like this”. Les harmonies vocales sont soignées, limpides, impeccables. Laura-Marie maîtrise sa guitare avec une aisance époustouflante, libérant des accords tantôt féroces, sauvages ou fiévreux ; mais concédant aussi régulièrement des notes aussi astucieuses que mélodiques. Parfois on a l’impression qu’elle joue de la basse en même temps. Son visage est impassible. Pas un sourire. Elle ne semble pas vouloir communiquer avec le public, et préfère apparemment se concentrer exclusivement sur son sujet. Elle focalise pourtant les regards (NDR : peut être les désirs les plus cachés…) Une beauté glacée, dans l’esprit de Catherine Deneuve (NDR : pensez à « Belle de jour » de Luis Buñuel). Elle déambule régulièrement, manche à la main, pour se diriger vers son partenaire. Steven est plus extraverti. On sent qu’il éprouve énormément de plaisir sur scène et ose quelques mots en français. Il se balance sur son siège. Son jeu est ample, souple, précis et lorsqu’il le faut, puissant. Le mouvement imprimé à ses sticks crée un effet de décomposition de la lumière, dont l’esthétisme vaut à lui seul le déplacement. Bref, il est impressionnant ! Les titres s’enchaînent, tous plus magistraux les uns que les autres. Le plus souvent hymniques. Et surtout excitants. Le jeu de lumières est assez sobre. Quatre ou cinq longs tubes en néon de couleur bleue sont plantés verticalement, au fond de la scène. Et au-dessus quelques gros projecteurs, en forme de fleur, baignent le show dans les teintes cobalt, parfois jaune ou rouge. Les riffs décapants du nouveau single, « Light it up », sont manifestement découpés dans le grunge. Lors de cette compo, Laura-Marie pose son timbre vocal, alors réminiscent de Kim Deal. Un timbre qui évoque quand même parfois aussi celui de Siouxsie Sioux. Tout en crescendo, « Keeping it close » constitue probablement le sommet du concert. Un morceau plus complexe. A l’instar du tout aussi excellent, « You bring me down », caractérisé par cette alternance entre climats dynamiques et plus calmes. Plutôt réservé, le public commence enfin à réagir. Et quand même à s’enflammer. Ce serait dommage, vu la qualité de la prestation. Et puis du titre du dernier album de Blood Red Shoes : « Fire Like this ». Bourré d’énergie punkysante, « Heart sing » clôt le set. On n’a pas vu le temps passer. Acclamations. Il était temps ! Un roadie règle les instruments, le duo va revenir, c’est sûr !

Quelques minutes plus tard, le couple remonte sur le podium. Au cours de ce bref rappel, ils interprèteront l’autre single « Colour fade », un morceau hymnique dont le refrain est repris en chœur par la foule. Le morceau s’achève dans un déluge de décibels. Laura-Marie dépose délicatement sa gratte contre son ampli, de manière à libérer une bonne dose de feedback, puis se barre, après avoir esquissé un semblant de sourire. Steven la rejoint, après avoir exécuté un léger signe de la main, avant de prendre congé de son auditoire. Vu la perfection du set, il ne faudra pas deux ans pour que Blood Red Shoes soit programmé à l’affiche des plus grands festivals mondiaux, et en particulier celui de Werchter. Et si vous voulez en savoir plus sur le duo de Brighton, je vous invite à lire l’interview que le duo a accordée récemment, à Musiczine…

Organisation Aéronef

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