Le soleil brille de mille feux en ce samedi, troisième journée du LaSemo, les festivités ayant débuté dès ce jeudi.
Le site est propre, les festivaliers de la veille ont eu à cœur de le conserver comme tel pour les suivants, mais également pour celles et ceux qui reviennent sur les lieux.
Si les activités se veulent familiales, le line up du jour risque de décevoir les plus jeunes, la direction artistique, bien que pop, est davantage élitiste que la veille. Et pour cause, Mika est en tête d’affiche. Enfin, le site semble aussi un peu plus aéré que la veille.
Les quelques précautions d’usage remplies, comme la fouille obligatoire avant de pénétrer à l’entrée du périmètre, votre serviteur arrive ‘franc battant’ aux alentours de 16 heures 30.
Le soleil est encore fort généreux ce jour. Toutefois, les températures sont davantage agréables que caniculaires. Excellente initiative, les organisateurs ont disposé ici et là des points d’eau, histoire d’étancher sa soif.
Warhaus est prêt à en découdre sur la scène du Château.
Warhaus, c'est le patronyme du projet solo de Maarten Devolder, un compositeur, chanteur et multi-instrumentiste, mais également un auteur-compositeur-interprète et producteur belge. Excusez du peu !
Il a entamé sa carrière en 2010, à 22 ans, au sein du groupe Balthazar. Ce n’est qu’en 2015, qu’il s’est également lancé en solitaire.
Après avoir sorti « We Fucked A Flame Into Being » (2016) - inspiré d'une citation du roman ‘Lady Chatterley's Lover’ (‘L'amant de Lady Chatterley’) de D.H. Lawrence, « Warhaus » (2017) et « Ha ha heartbreak » (2022), Marteen et son backing group sont venus défendre leur dernier né, « Karaoke Moon ».
Alors que ses musiciens sont déjà installés sur l’estrade, Maarten avance d’un pas décidé.
Il est habillé de manière classieuse, tout en blanc. Comma le décor de la scène où trône d’ailleurs un énorme rond blanc suspendu (NDR : Jean-Jean - qui rempile (une fois de plus) cette année afin de donner de la joie et de la bonne humeur - le compare à une pastille géante pour la gorge).
Très vite, Devolder empoigne une trompette et le batteur d’un trombone pour attaquer « I’m Not Him ». Le ton est donné.
Sur « Popcorn » ou encore « Jim Morrison. », des compos chargées de spleen et de sensualité, le leader chante à la manière d’un crooner à la voix grave. Le spectre de Nike Cave se met à planer. Et ce sont ceux de Leonard Cohen, Tom Waits voire Lou Reed qui rôdent tout au long de « Zero One Code » ou encore « Where The Names Are Real », des morceaux qui ne manquent pas de charme.
Warhaus crée la surprise auprès des mélomanes. Les yeux écarquillés, le sourire aux lèvres, les spectateurs sont littéralement médusés par la douceur et l’enveloppe musicale d’une forme de jazz langoureux qui baignerait au sein d’une ambiance ‘gainsbourgienne’.
Sur des compos à l’atmosphère feutrée, la formation explore étrangement l’ombre et la lumière de l’âme humaine, les textes de la formation évoquant, de temps à autre, l’Amour et ses affres, comme sur ce langoureux « Loves A Stranger ».
Grâce à des arrangements particulièrement soignés, l’impression de climat ouaté et empreint de nostalgie est accentuée. Une atmosphère qui sied bien à l’esprit du LaSemo.
De son timbre caverneux au phrasé nonchalant, Devoldere livre des chansons profondes et sombres, partagées entre l’amour ou la haine, avec une telle empathie, que l’aspect émotionnel dépasse le spectacle. Une communion s’établit alors avec l’auditoire.
Warhaus est à l’image d’un encéphalogramme, dispensant tantôt des morceaux doux et amers, tantôt plus électriques, à l’instar de « Beaches », stimulé par une ligne de basse grondante. La tension devient palpable et le concert entre dans sa phase la plus intense.
C’est alors que Marteen annonce à la foule qu’il va interpréter une chanson en français. Il s’empare d’une grosse caisse en bois, descend dans la fosse, comme un lion prêt à dévorer une antilope, grimpe sur le caisson, et de la main droite saisit une télécommande pour allumer un vieux téléviseur avec tube cathodique placé sur le côté de scène. C’est alors qu’il entame façon karaoké, sur fond d’une bande-son, un tube de Christophe paru en 1979, « Aline ». Foi de festivalier, jamais une chanson n’avait fédéré autant de spectateurs (NDR : des milliers !) s’épanchant sur une chanson pratiquement disparue de la circulation.
Le set prend doucement fin. Sur « Mad world ». Maarten se détache du personnage statique qu’il incarnait en début de parcours pour se lâcher en virevoltant.
Et en apothéose, « Open Window » clôture le show.
Les musicos saluent chaleureusement le public, alors que l’orgue de barbarie boucle leur sortie. A défaut d’adieu, un au revoir, qui, espérons-le, sera de courte durée.
D’un bout à l’autre de la prestation, un constat : l’instrumentation du band est riche. Trompette, trombone, clavier, violon, guitare électrique et sèche, batterie ainsi que flûte. En outre, chaque musicien est un virtuose…
Direction la Guinguette pour y découvrir Uwase, une artiste talentueuse et polyvalente, originaire de Bruxelles.
Bien qu'encore nouvelle sur la scène indie pop belge, elle s'est déjà distinguée par sa maîtrise de la production et de l'écriture, construisant un univers musical intimiste qui reflète ses pensées et émotions les plus profondes. C’est cette singularité qui a attiré l’attention de Jasper Segers (Sylvie Kreusch, Jaguar Jaguar), avec qui elle a collaboré pour coproduire son nouvel Ep.
Avant l’été, Uwase a dévoilé un premier aperçu de cette coopération à travers le single "Chorus Baby", suivi de "Fine", à l’avant-goût prometteur.
Elles sont trois sur scène. Des blacks. Une préposée au chant, une à la batterie et la troisième à la basse.
Elles sont relativement jeunes, la trentaine à tout casser. Il va donc falloir jouer des coudes et bousculer les codes, afin d’assurer une crédibilité artistique auprès d’un public qui n’est pas forcément venu pour les découvrir. C’est ça aussi la force et la faiblesse des festivals, métisser le plus grand nombre pour satisfaire la franche la plus large.
Après quelques couacs techniques ayant entraîné environ quinze minutes de retard, « Pls Don’t Take It Away » confirme le style dans lequel s’inscrit l’artiste. Un univers sonore empreint de sensibilité, une forme de dreampop mélancolique traversée d’instants groovy.
« Surprise », « Rover » ou encore « On My Cloud » mettent en exergue l’organe vocal de la demoiselle qui respire l’authenticité, mais manque encore d’assurance.
Poursuivant son concert intelligemment, elle alterne chansons douces et languissantes et compos un peu plus énergiques, tout en se frottant au blues et la soul, à l’instar de « Perfect Blue », qui fait mouche auprès de l’auditoire.
La connivence entre les musiciens est belle à voir, au vu des regards complices qu’ils s’échangent fréquemment.
Débordant d’énergie, la dame embraie par « Pedestal, un morceau d’une puissance équivalente à la droite décochée par un boxeur dans les gencives de son adversaire. Une chanson à laquelle elle accorde une certaine importance. Elle y raconte le moment où elle s’est retrouvée à courir après quelqu'un, presque à mendier d'être aimée et prise en charge. Un hymne qui doit parler à la plupart d’entre nous et qui l’a catapultée en tête des charts.
Durant environ quarante-cinq minutes, la formation aura livré un set rempli d’humanité, de douceur, de paix.
Un concert simple et sobre, mais d’une puissance artistique étonnante. Bref, de l’extase et le paradis à portée de main.
Retour à la scène du Château pour le tant attendu Ghinzu. Le peuple s’est déplacé en masse. Il faut dire que le groupe assure seulement deux concerts cet été, dont un ce soir.
Chaussé de lunettes fumées, John Stargasm grimpe sur le podium. Il a pris un sacré coup de vieux, ventre légèrement bedonnant et cheveux grisonnants. Il est suivi par une bande de joyeux drilles. En l’occurrence le bassiste Mika ‘Nagazaki’ Hasson, le guitariste Greg Remy, le drummer Antoine Michel et le claviériste/guitariste Jean Montevideo, également préposé aux backing vocaux.
Le batteur est installé en retrait, de manière surélevée, comme souvent dans cette configuration live.
Le bassiste a opté pour une position à l’extrême gauche (NDR : la position sur le podium, pas l’orientation politique). Lunettes de soleil vissées sur le nez (lui aussi), il porte un costume ‘classique’ de couleur noire. Il ressemble à Kévin Bacon, un acteur, producteur, réalisateur et compositeur américain notoire pour son film musical ‘Footloose’ ou encore pour avoir endossé le rôle de méchant dans une kyrielle de longs métrages, dont ‘Sleepers’ et ‘Hollow Man’.
Le look du sixcordiste ne passe pas inaperçu, non plus ! Il porte de longs cheveux. De dos on pourrait le confondre, soit avec Jésus Christ, soit avec une belle demoiselle. Une illusion ! Car lorsqu’il se retourne, c’est sûr, on est effectivement bien en présence d’un mec.
Le set débute par « Wowa », un nouveau morceau qui annonce la sortie d’un quatrième long playing studio. En tout cas, une compo toute droite tirée de l’univers énergisant de la bande à Stargasm.
Mais c’est encore « Cold Love », issu de « Mirror Mirror », aux riffs de guitare tranchants et à la rythmique schizophrénique, qui recueille tous les suffrages au sein de la foule. L’ambiance en est déjà à son paroxysme alors que le concert vient de commencer.
Très inspirés, « Jet Sex », « Cockpit Inferno » ou encore « Dragon » maintiennent la pression.
Le set ne manque certainement pas d’énergie. Punk dans la démarche, des titres emblématiques tels que « Do You Read Me ? » ou « The Dragster Wave » ne sont pas oubliés.
Alors que le sixcordiste a habituellement tendance à en remettre une couche, il parait bien calme ce soir, ne (s’)accordant que l’une ou l’autre rare pitrerie. Presque aussi sage qu’un enfant de chœur. On le surprendra cependant, couché sur le sol, tout en triturant ses cordes.
La tension monte d’un cran lorsque le quintet interprète le trépident « 21st Century Crooners », le frontman se laissant aller à quelques pas de danse osés. Il semble en transe parfois, les yeux révulsés et la langue pendante. A ce moment, le guitariste posté à droite de la scène, fou furieux, s’empare de sa gratte et la torture afin d’en faire jaillir un son crasseux, dense et intense. C’est jubilatoire et sans vergogne.
John accuse visiblement le coup de ses fantaisies lunaires. Le front dégoulinant, il prend place devant le clavier Roland placé à front de scène et dès les premières notes, on comprend rapidement qu’il s’agit de « Blow », plage d’ouverture de l’elpee éponyme. Rien d’étonnant puisque le combo vient de célébrer le vingtième anniversaire de sa sortie. Toujours aussi punchy, cette compo conserve une place de choix dans le répertoire de la formation.
Le concert prend fin. Reste à savourer ce qui constituera un dessert de choix. En l’occurrence « Mine », un titre explosif pour lequel Stargasm s’empare de la basse de son acolyte, lui-même se chargeant désormais des six cordes électriques. Un cross-musical en quelque sorte qui prouve, une nouvelle fois, que les artistes, souvent, sont de vrais virtuoses.
La fin est digne de l’apocalypse, les musiciens se livrent à fond pour marquer de leur empreinte une prestation qui restera dans les annales. Après plusieurs minutes d’exaltation, le chanteur finit par balancer, sous le regard médusé de l’auditoire, l’instrument de son comparse. C’est spectaculaire, mais honteux, lorsqu’on connait le prix d’un tel instrument. Et elle a dû morfler sec…
Le public, quant à lui, peu habitué à de telles frasques, est sorti ravi. Et c’est finalement, ce qui compte le plus.
Malgré le poids des années, Stargasm n’a ni perdu de sa verve, ni de son énergie. Plaisir intense, satisfaction immense : et si Stargasm avait cette faculté de provoquer des orgasmes ?
Votre serviteur déambule ici et là, en quête de bonheur musical. Les scènes proposent désormais un style convenant peu à votre vieux serviteur qui préfère soigner ses lombaires, plutôt que d’encore le faire souffrir…
A demain !
(Organisation : LaSemo)

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