Death Valley Girls de retour sur terre

Les Death Valley Girls sont une valeur sûre de la scène rock du sud de la Californie. Après avoir détruit la maison de la chanteuse Bonnie Bloomgarden à Altadena, les incendies dévastateurs qui ont ravagé la ville ont été une source d’inspiration poignante…

logo_musiczine

Aucun remboursement de prévu pour les Lambrini Girls

Le duo punk Lambrini Girls sortira son deuxième album, « No Refunds », le 15 janvier 2027 chez City Slang. En attendant, il a partagé un tout nouveau single, « Bang Bang Bang », accompagné d’un clip vidéo. Successeur de leur premier elpee, « Who Let The Dogs…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Ora Cogan
Viagra Boys
Festivals

A Spoonful Of Blues Part 2

Écrit par

Le Centre Culturel René Magritte à Lessines accueille un festival de blues, ce vendredi 17 février. Il s’agit de la deuxième édition, la première remontant au samedi 10 décembre 2022. Une soirée consacrée aux blueswomen. Au programme : Mylene L. Chamblain, Little BIG 6Ster, Ghalia Volt & Band et en tête d’affiche Beverly Jo Scott, également soutenue par son backing group.

Belgo-française, Mylène L. Chamblain est la première à brancher ses instruments. Agée de 41 printemps, elle pratique une musique qui navigue à la croisée des chemins du delta blues et de l’americana. Un peu comme si les cowboys chevauchaient des alligators.

Mylène se consacre à la guitare et au chant. Elle est épaulée par l’harmoniciste Geneviève Dartevelle, qui souffle face à un micro américain. Mais également par le drummer Marc Descamps, le guitariste Ludwig Pinchart et le bassiste Stephan Mossiat.

Le set s’ouvre par « Blues Is Gone ». La voix de Mylène est atmosphérique. Les interventions de Geneviève à l’harmo diatonique sont fréquentes, parfois empreintes de mystère, mais excellentes. « Last Long Road » traverse les grandes plaines du Far West. Mylène brille à la slide sur l’énergique « Something Instead », un extrait du dernier Ep. Davantage acoustique, « Wise and Fool » baigne au sein d’un climat propice à la quiétude. A cet instant, la voix de Mylène touche au sublime ! « So long Blues » revient vers le delta blues, après avoir opéré un petit détour par les Appalaches. Un set bref, mais intense et surtout de bonne facture…

Mylène L. Chamblain assurera le supporting act de Big Country le 15 mars, au Zik-Zak à Ittre.

Setlist : « Blues Is Gone », « Last Long Road », « Something Instead », « Wise and Fool », « So Long Blues », « Belly Song «, « IT Drives Me Mad ».

Place ensuite au combo angevin Little Big 6Ster. Bonnet vissé sur le crâne, Virginie Pinon en est la frontwoman et la chanteuse. Le line up implique également le chanteur/banjoïste/harmoniciste Nicolas Bach (NDR : barbu, coiffé d’un stetson, il a une bonne bouille), le drummer (NDR : très technique, il faut le souligner) Vincent Lechevallier, le bassiste Gilles Théolier et le préposé aux percus et au didgeridoo, Cyril Bach.

Lorsque Little Big 6Ster ne s’abandonne pas à une musique roots aux nuances colorées, il s’attaque à un métal/blues plutôt burné. Son premier elpee, « Cobra » (2017), trahissait des accents à la fois folk et trash. Paru en 2021, son second, « LB6 », est paru en 2021. Il se révèle plus âpre sous sa forme instrumentale.  

Issu de « LB6 », « King » entame la prestation. La voix de Virginie emprunte des accents à Janis Joplin, et c’est surprenant. Plus électrique, « Killer Rif » livre un combat entre les pecus et les cordes huileuses de la gratte. Virulent et tribal, « Me Blind » libère une fameuse énergie rock. Nico se réserve le micro sur le blues « Someday Baby », une compo amorcée par une intervention entraînante à l’harmo. « Dirty » est à la fois dynamisé par les percus et abrasé par la cigar box traitée à la slide. Le didgeridoo dynamite littéralement « Spirit Flies ». Le spectre de Xavier Rudd plane, même si la fin de parcours s’enfonce dans le psyché. Le concert s’achève par « Heavy Soul », probablement une nouvelle compo. A suivre de très près !

Setlist : « King », « Killer Rif », « Me Blind », « Someday Baby », « DIRTY », « Spirit Flies », « Bron Yaur Stomp », « I’m A Woman », « Heavy Soul »

En février 2022, elle s’était produite au l’Espace Toots du Centre Culturel d’Evere, en solo. Expatriée à Nashville, elle est de retour en Belgique, mais accompagnée d’un backing group. En l’occurrence le drummer Bryan Shaw (NDR : il est issu de La Nouvelle Orléans), le claviériste Phil Breen et le bassiste Dean Zucchero (NDR : ces deux derniers sont originaires de Nashville). Ghalia Volt évolue toujours sans setlist.

Le concert s‘ouvre par le « Shake your money more » d’Elmore James, un blues qu’elle traite à la slide. Vêtue de cuir (pantalon noir et veste noire), elle rayonne et se montre toujours très interactive auprès du public.

Elle embraie par une longue et classieuse adaptation du « Wade In The Water » des Fiks Jubilee Singers, une compo qui remonte à 1901. Sa version figure sur son elpee, « Mississippi Blend ». Elle résume là, son riche héritage du blues. « Squeeze » est imprimé sur un boogie/rock. « It Ain't Bad » (NDR : un titre extrait du long playing « One Woman Band ») et « Drag Me Down » sont absolument superbes, mais ce dernier se révèle plus psyché. Elle nous réserve le « You Gotta Move », de Mississippi Fred McDowell, un vieux delta blues.  Ghalia a soif. Elle empoigne une bouteille de gin qui traîne à ses pieds et se rince le gosier au goulot. Elle avoue apprécier l’Orval, la fête, le monde de la nuit et signale être insomniaque. Et puis, un peu de gnole détend et adoucit les cordes vocales. Elle attaque deux compos à la slide : « Shake Your Money Maker » et « Shake Baby Shake ». Au cours du concert, elle s’est frottée au rhythm’n’blues, au rock’n’roll, au boogie, au (delta) blues et aux roots. Et en fin de show, elle se fond dans la foule…

Il revient à Beverly Jo Scott de clore le festival. Tout au long de son set, la native de Deer Park (NDR : c’est en Alabama) va nous entraîner au cœur d’un périple sonore chargé de sensibilité et d’émotion, parcourant ses propres compositions, quelques grands classiques et de belles découvertes. Alternant gratte semi-acoustique ou électrique, elle est épaulée, ce soir, par un guitariste, un claviériste, un drummer, un bassiste et deux choristes.

Le set débute par le très cool et sexy « One Shot Shy », une compo chargée de groove et de spleen qui figure sur l’elpee « Mudcakes ». « Light That Torch » oscille entre rock et funk. « She's Your Woman » est une superbe ballade blues, aux harmonies vocales épurées. Depuis longtemps, B.J. voue une véritable passion pour les harmonies vocales. Et pourtant, rocailleuse, parfois envoûtante, sa voix est capable d’emprunter des inflexions à Janis Joplin. Elle empoigne sa sèche pour la première fois et attaque « Mobile Bay », un morceau country de toute beauté. « Whisky Blues » est un autre blues lent. Après l’énergique « Tolling », elle achève le spectacle par deux remarquables covers de grands classiques de l’histoire du rock, « The House Of The Rising Sun » des Animals et le « With A Little Help From My Friends » des Fab Four. Le festival est terminé. Les divas du blues ont gagné leur pari.

(Organisation : Centre Culturel René Magritte)

 

Les Solidarités 2022 : samedi 27 août

Écrit par

Seconde journée à la Citadelle de Namur. La circulation dense de la veille a fait place à plus de fluidité. Votre serviteur a de nouveau choisi le même point de ralliement, Namur Expo. Cet espace dispose d’un grand parking (gratuit). L'arrêt des bus TEC se situe à proximité. Pas besoin de marcher durant de longues minutes.

La météo est relativement clémente ce samedi. De nombreux nuages envahissent le ciel, mais les températures sont idéales. Il ne fait ni trop chaud, ni trop froid.

Pari tenu, le bus mettra exactement 7 petites minutes pour atteindre le terminus. Sur place, il n'y a pas grand-monde. Mais, il est à peine 15 heures et les artistes plus connus se produisent plus tard, en soirée.

Pourtant, c'est une erreur monumentale. Car en ce début d'après-midi, de belles pépites sont à découvrir. Ne dit-on pas que les absents ont toujours tort ?

RORI est prête à en découdre. Le Théâtre de Verdure est quasi-bondé. Camille Gemoets est soutenue par deux musiciens. L’ex-The Subs, Hadrien Lavogez, à la guitare et Pierrick Destrebecq, à la batterie. Ce dernier n'est pas, non plus, un inconnu ; et pour cause, il a milité chez Recorders, Abel Caine en compagnie des frères Chanis ou encore Mat Bastard (Skip The Use).

La Liégeoise a connu son heure de gloire au sein de Beffroi, l'un des groupes les plus prometteurs de Belgique, notamment lors de la sortie de « Swim », un titre largement diffusé sur les ondes radiophoniques, en 2015, Elle n'a alors que 16 printemps. Malheureusement, sa moitié sur scène (Valentin Vincent) est emporté par la maladie à l'âge de 20 ans. L'aventure qui n'a plus de sens, prend fin. C'était en 2018.

Une période de reconstruction s'ensuit. Parmi les options plausibles : l'arrêt de sa carrière. Mais elle s'accroche. Sa rencontre avec Hadrien donnera naissance au petit RORI.

Elle entame son set par « Gonna Get Mine », son premier single paru en 2020, un morceau brut de décoffrage ; sans la moindre fioriture, si vous préférez.

Alors qu'elle a toujours chanté dans la langue de Shakespeare, la brunette a depuis choisi celle de Voltaire. Ce qui lui permet de se raconter dans le rétroviseur de sa vie. C'est d'ailleurs en français qu'elle embraie en abordant un « C'est la vie » salvateur ». Une compo spasmodique aux relents nostalgiques.

Caractérisé par son phrasé haché, ses sonorités pop et ses appuis rythmiques, la musique de RORI rallie rapidement le public à sa cause et s'inscrit dans l'air du temps.

Charismatique et communicative, elle annonce la sortie d’un premier Ep tout en invitant le public à se le procurer, qu'il aime ou pas son univers.

Elle termine son show percutant et convaincant par « Docteur », une chanson dont la foule semble connaître le refrain.

Première grosse claque de la journée !

L'or Du Commun grimpe sur la main stage. Mais le public ne semble guère réceptif à l'appel des Bruxellois.

Ils sont venus présenter leur dernier petit, « Avant la Nuit ».

Célébrant ses dix années d’existence, le trio implique Swing, Primero et Loxley. Une carrière d'artiste est aussi constituée de moments difficiles, notamment en matière de logistique des concerts. Pour immortaliser ce volet un peu plus négatif, quoi de plus normal d’interpréter « Cassé ».

Proposant des thématiques intéressantes, le crew, pourtant friand d'un flow fluide, mais incisif, bute malheureusement et rapidement devant des écueils bien trop consistants que pour accorder un concert aux desseins parfaits. Rap poétique, conscient ou égo trip ? Quoiqu'il en soit, le côté surjoué l'emporte sur l’aspect naturel de l’interprétation. Pourtant musicalement, le combo s'en sort plutôt pas mal, en nous réservant des compos intéressantes comme « Inertie », qui mérite vraiment d’y prêter une oreille attentive.

Énergiques, ceux qui représentent la jeunesse incarnée 2.0, tentent, tant bien que mal de rallier le peuple à leur cause. Ils y avec parviendront cependant, mais non sans mal, lors de l'iconoclaste « Pansement », où les quelques centaines de personnes alors présentes se plaisent à reprendre en chœur le refrain 'Tant que le suis par terre, je peux le faire' ou encore « Homosapiens » et « Faucon Millenium », ces deux derniers titres provoquant des mouvements de foule mesurés rappelant une fois encore que les Solidarités est avant tout un festival familier et bon enfant. On n'est pas là pour se taper sur la gueule !

Porte-parole du hip-hop belge, L'Or du Commun ne s'en tire finalement pas trop mal et recueille les applaudissement d'un public de fidèles. Quant au spectateur lambda, il est sans doute allé voir ailleurs...

Retour au Théâtre de Verdure, un endroit érigé par l’architecte Georges Hobé en 1908 qui accueillait des opéras, des concerts de la danse et des spectacles de variétés. Un endroit qui a vu naître aussi le ‘Verdur Rock’, un des rares festivals gratuits encore existants qui tente, vaille que vaille, de résister au triomphe du monde marchand en proposant un programme culturel ambitieux et accessible à toutes et tous. Et oui, forcément, tout le monde ne peut pas se payer le prix d'un ticket parfois exorbitant. Malheureusement, cette année, les organisateurs ont dû jeter l'éponge...

Poupie y est programmée. Autrice-compositrice-interprète, elle nous vient de Tours.

Après avoir publié un Ep de 6 chansons, en novembre 2019, ainsi qu’un autre baptisé « Feu », du même nombre de titres, en octobre 2020, elle grave son premier elpee en 2021, « Enfant Roi », qu’elle est venue défendre.

Large pantalon de couleur noire, grosses lunettes blanches et veste de cuir (malgré la douceur printanière qui règne), c'est d'un pas décidé qu'elle grimpe sur le podium décoré de drôles de nappes aux reflets métalliques. On dirait du papier aluminium.

Les gradins sont combles, démontrant que la demoiselle jouit d’une popularité certaine depuis son passage à The Voice.

Elle s'est construite un univers musical qui lui est propre, entre pop, reggae et influences urbaines. Ce n'est d'ailleurs sans doute pas par hasard si « Comme les autres » ouvre le bal (‘Ah, j'suis pas comme les autres/Pas vraiment/J'aurais voulu l'comprendre avant/J'suis pas comme les autres/Tranquillement/J'fais mon chemin, j'veux pas d'ton temps’). Le ton est donné !

Comparaison n'est pas raison, mais son style, son show et sa gestuelle rappellent ceux d'une personnalité bien connue en Belgique, Angèle, dont elle pourrait être une franche rivale dans quelque temps.

Les paroles sont parfois peu perceptibles, l'ingé son éprouvant des difficultés à trouver un bon équilibre entre la voix et les instruments. C'est vraiment dommage car cette situation dévalorise la prestation de cette chanteuse d'un nouveau genre.

Dynamique et excentrique, la musique constituant finalement le meilleur moyen de s'exprimer, elle entame alors le sublime « Vue sur la mer », un message touchant sur la résilience.

Si Poupie réalise un set empreint de sensibilité, elle sait également se montrer convaincante lors de reprises très réussies de Manu Chao (« Bongo Bongo ») ou Dolly Parton (« Jolene »). Cependant, pas question de banales covers, mais plutôt des standards qu’elle se réapproprie…

De sa voix rauque, presque bancale, elle s'est donnée pour mission de communiquer la folie de sa musique au public et de le toucher en plein cœur. C'est donc tout naturellement qu'elle poursuit son set par « Bed Time Story », une compo qui aurait pu tout aussi bien être signée par le couple Gainsbourg/Birkin. Pensez au tube censuré « Je t'aime moi non plus » …

Une artiste complète, convaincue et convaincante responsable de chansons accrocheuses et dont le style est unique en son genre…

Elle est à suivre de très près, c’est une certitude.

La seconde belle surprise de la journée.

Eddy débarque sur la main stage. Pas Eddy Mitchell, mais de Pretto. Son set est parfaitement identique à celui qui a été proposé quelques semaines plus tôt à Ronquières. Bis repetita donc !

Passionné par Brel, Brassens ou encore Barbara, Eddy a, depuis ses débuts, ce pouvoir extraordinaire d’utiliser les mots pour fédérer et inviter l’auditeur à s’interroger sur le monde et autres vicissitudes de l’existence.

Habillé d'un haut et d'un short blanc, on dirait un écolier. Il ne lui manque plus que le cartable sur le dos...

Sa setlist puise au sein de ses deux elpees, « Cure », paru en 2018 (sans doute le plus abouti) et « A Tous les Bâtards », trois ans plus tard. Un second opus parsemé d’obstacle dans sa réalisation. Si l’écriture avait commencé en septembre 2019, la tournée qui va suivre va se solder par de nombreux reports et annulations, suite à la pandémie.

Il n’y a pas à dire, Eddy De Pretto choisit judicieusement ses mots pour torcher des textes poignants sur fond de mélodies accrocheuses. Dont cette « Fête de Trop », évoquant muqueuses, amants de passage, mecs chopés ou encore rails de coke enfilés. Des morceaux douloureux que le public reprend pourtant en chœur entraînant ainsi l’artiste vers un monde meilleur.

Bien souvent, ses chansons s’imprègnent de son vécu tout en dénonçant, sans aucune prétention, les injustices de (sa) la vie comme ce « Freaks » qui s’adresse principalement aux exclus. « Tout vivre » se révèle aussi saignant que cinglant. Une compo autobiographique qui jette un œil dans le rétroviseur pour relater certains grands moments de son existence, traversée d’épisodes ténébreux. Ou encore ce « Kid », titre qui fustige la virilité abusive et l’homosexualité refoulée par le conservatisme sociétal. Le public connaît par cœur ce titre multi radiodiffusé dont certains spectateurs se reconnaissent en lui.

Bien que déjà vue et entendue, la prestation tient parfaitement la route ; et elle s’avère d'autant plus touchante que c'est la dernière d'une saison qui s'achève, l'artiste s'apprêtant à prendre un virage pour la suite de sa carrière... Lequel ? Mystère...

Autre artiste qui s'est produite au Ronquières Festival, c'est Doria D. Elle s'est fait connaître auprès du grand public grâce au titre « Dépendance », issu d'un premier album éponyme, sorti en 2021.

Doria Dupont, à l'état-civil, est une femme frêle d'à peine 22 piges. Son jeune âge contraste mal avec la popularité grandissante dont elle bénéficie aujourd'hui. Les gradins sont en effet bondés (NDR : comme lors du show des Rolling Stones au Stade Roi Baudouin ?). Peut-être que la gent masculine est venue admirer le joli ventre de la demoiselle, découvert par un top trop court.

Son concert sera traduit en langage des signes, une pratique de plus en plus fréquente lors des festivals.

Alors que durant le RF, sa prestation avait été mollassonne, elle semble avoir appris de ses erreurs et va se livrer généreusement.

Un batteur et une belle brune plantureuse l'accompagnent dans cette nouvelle aventure festive et musicale.

Sa voix rauque et envoûtante, parfois plus fluette, son sens mélodique et la puissance de ses textes ne peuvent laisser indifférents à l’instar de cette « Âme dans le néant », d'une sincère incroyable.

Si elle aborde des thématiques universelles, elle y apporte un regard neuf tout en ne négligeant pas l’aspect mélodique des compos. A l’instar de « Hors tempo », au cours de laquelle elle traite du concept contemporain de l'hypersensibilité. Au final, mettre des mots sur les maux reste encore le meilleur moyen de les exorciser.

Dommage que son petit ami n'ait pas pu assister à cette prestation. Il aurait trop fait la fête la veille selon les dires de la donzelle.

Avec un univers directement inspiré par Billie Eilish et Lana Del Rey mais aussi des rappeurs francophones comme Nekfeu et Lomepal. Bref, Miss D (pas en référence à son tour de poitrine) est une artiste qui ne laisse pas indifférent.

Sur fond de sonorités french pop modernes, elle s'inscrit dans son époque en proposant des textes autocentrés qui permettent à la jeunesse de s'y retrouver (« Dépendance » y aborde les relations toxiques).

C'est encore à travers l'emblématique « Jeune et con » de Damien Saez qu'elle s'expose le mieux. Débutant en mode acoustique, elle s'exécute ensuite en version électronique, ses musiciens se laissant totalement emporter par le vent de folie qui souffle alors sur la Citadelle.

Si elle a également souffert de quelques problèmes de réglages sonores, comme Poupie, son show est une réussite et constitue l'un des moments forts, dont on se souviendra.

A la fin du set, il reste quelques minutes. Pourquoi les perdre ? Ni une ni deux, elle s'enflamme, attrape sa gratte et revisite un « Hors tempo », qui prend ici un sens tout particulier.

Enfin, le dernier concert auquel votre serviteur assistera, c'est celui de Benjamin Biolay. Il s'agit de sa seule date estivale belge. Autant dire que le peuple s'est pressé en masse pour (re)découvrir cet artiste unique.

Si sa carrière est parcourue de jolis exercices de style, sa popularité a souvent été battue en brèche par ses frasques et sa grande gueule. Ce qui lui a valu d’être surnommé le mauvais garçon de la chanson française.

Celui qui est régulièrement comparé à Serge Gainsbourg est accompagné, ce soir, d'un bassiste, un batteur, un claviériste et de deux guitaristes. Il a endossé un maillot de basketteur américain.

C'est par le magnifique « La Superbe », titre issu du cinquième opus (NDR : un éponyme), que Biolay entame un tour de chant qui restera dans les annales.

Enchaînant alors une salve de titres plus rentre-dedans, comme « Comme une voiture volée » ou « Parc fermé » (NDR : Adé est en en ‘featuring’ sur le disque), des compos issues de son dernier elpee, « Grand-Prix », le gaillard, quoique ténébreux semble réservé. Une timidité étonnante quand on sait qu’il s’agit d’un artiste complet. Il avait d’ailleurs été sacré artiste masculin et décroché le prix du meilleur album lors des Victoires de la musique, en 2021.

Tantôt dramaturge, tantôt militant, BB épanche sa mélancolie aux accords lyriques à travers laquelle ses thèmes de prédilections (déceptions amoureuses et vicissitudes de la vie) s’expriment à merveille.

Lors de son concert, il (s')offre un catalogue musical impressionnant sous forme de ‘best of’. Subtiles, ses compos sont bien mises en évidence par des riffs tonitruants et une voix d'une profondeur abyssale.

Celui qui reste marginal dans le milieu, car à l'antipode des formats radios actuels, s’appuie sur une musique brute et sulfureuse.

Parcourant les épisodes de sa carrière, l'artiste revisite également des chansons puissantes telles que « Palerme Hollywood » ou « Qu'est-ce que ça peut faire », en y apportant tour à tour un soupçon vaporeux de nostalgie, une forme dansante ou encore pétillante.

D’une nonchalance déconcertante, il semble, ce soir, prendre du plaisir sur les planches et paraît enfin soulagé d'être loin de toutes ces conditions sanitaires qui ont frappé la carrière de tous ceux qui ont œuvré dans le milieu culturel.

Alors que le light show s'était jusqu’alors montré discret, « Comment est ta peine » vient mettre un terme à un rêve éveillé.

Un périple teinté d’exotisme, une ode à l’évasion qui reflète, en quelque sorte, la bande originale de sa vie.

Il est un peu plus de 22 heures. Les concerts ne sont pas terminés, mais la raison l'emporte sur la passion. Direction Namur Expo pour reprendre la route.

Une édition qui aura marqué bien des esprits.

RORI + L'or Du Commun + Poupie + Eddy De Pretto + Doria D + Benjamin Biolay

(Organisation : Les Solidarités)  

Les Solidarités 2022 : vendredi 26 août

Écrit par

Les Solidarités sont devenues, au fil du temps, un événement majeur dans le paysage musical belge, dont l’initiative et le succès croissant est à attribuer à la mutualité Solidaris.

Si l'année 2020 avait été marquée par une enfilade d'annulations dues à la Covid, les organisateurs avaient pris le contre-pied l’année suivante en proposant une version intimiste rebaptisée pour l'occasion Nuits Solidaires. Mais last, but not least…

Si, depuis huit ans, les festivités se déroulaient sur le site de la Citadelle, une colline au confluent de la Sambre et de la Meuse, il faudra attendre 2023 pour de nouveau se rendre sur le zoning Ecolys à Suarlée, des travaux rendant inaccessible ce lieu séculaire. Pour une durée de trois ans paraît-il …

Comme de coutume, des navettes TEC, disséminées à travers toute la ville, sont spécialement planifiées pour permettre aux festivaliers d’accéder au site. Les plus courageux (ils sont rares) peuvent cependant s’y rendre à pied ; de quoi rendre leurs fessiers un peu plus fermes après une période estivale arrosée (de rosé) pour certains.

Ce vendredi, la circulation est assez dense. Si d’ordinaire, le trajet est estimé à 7 minutes depuis Namur Expo, votre serviteur atteindra sa destination environ trente minutes plus tard.

Ce festival est très particulier. Si la musique est bien évidemment au rendez-vous, des espaces sont également prévus pour d’autres activités, dont des débats sur les enjeux de notre société, des expositions, un village associatif et une kyrielle d'animations. Sans oublier la terrasse estivale installée sur une pelouse, sa grande roue et le tourniquet qui fait le bonheur des petits… et des grands.

L'offre culinaire est aussi impressionnante, de nombreux stands placés aux endroits stratégiques permettent de se ravitailler sans devoir pratiquement faire la file.

Etrangement, aucun ‘cashless’ (terme qui désigne de manière générique l’ensemble des moyens techniques de paiement qui permettent d’utiliser un support comme porte-monnaie) n'est adopté. Il faut donc aller chercher des tickets, comme au bar d'une kermesse de village, ce qui est un peu dommage au vu de l’évolution technologique.

Grâce à une programmation au spectre fin, familial et populaire à la fois, les aficionados auront à cœur de s’enivrer de l’univers sulfureux d’artistes à la renommée internationale. Qu'ils en profitent, parce que les Solidarités sonnent aussi le glas d’une fin de saison, rappelant doucement la rentrée des classes...

Direction, l'Esplanade. La grande scène accueille Hoshi (étoile en japonais), une femme/artiste dont le physique a essuyé de vives critiques de la part du journaliste-chroniqueur Fabien Lecoeuvre. Détail cocasse, Grand Corps Malade qui partage l'affiche du jour, a réalisé le morceau « Des Gens Beaux » afin de lui porter secours et lui montrer tout son soutien face à ce déversement de haine issu d'une autre époque.

La demoiselle a offert une prestation de la même veine qu'à Ronquières, quelques semaines auparavant ; un concert d'une intensité rare avec ce brin de folie qui la caractérise. Sans oublier, cet amour pour son public et cette générosité communicative.

Arborant fièrement un t-shirt à l’effigie de Nirvana, Hoshi impose un style musical bien à elle. Des textes simples, mais touchants, une musique entraînante et une aura exceptionnelle. Sans oublier cette voix haut-perchée qui peut perturber les non-initiés. Pas étonnant donc que ce soit devenue l’une des révélations de la chanson française de ces dernières années.

Femme blessée au plus profond d'elle-même, sa prestation de « J'te pardonne » en piano-voix vous flanque des frissons partout. Titre rempli d'émotion au sujet du pardon face aux infidélités de la personne qu'elle aime.

Souffrant de la maladie de Ménière (un mal qui la poursuit depuis toute petite et provoquant des acouphènes et des pertes d'audition), elle s'avoue à demi-mot vaincue par cette affection sur l’époustouflant « Fais-moi signe », véritable appel de détresse auprès d’un public qui ne peut que l’encourager en applaudissant par le langage des signes. Il n’en faudra pas plus pour que les larmes ruissellent sur les joues de la jeune femme. Sans doute, est-elle convaincue qu’elle ne parviendra pas à éteindre ce fléau qui la brûle lentement.

« Amour censure » hymne à la tolérance, adopte des allures de manifeste lorsque la jeune chanteuse s'empare d’un drapeau arc-en-ciel dans le public. Une chanson qui prend un sens tout particulier puisqu’elle-même a été victime d'agression homophobe, devenant ainsi au fil du temps, la porte-parole de la cause homosexuelle. Sans doute, malgré elle.

Si « Ta marinière » est repris en chœur par un public particulièrement enchanté par cette extraterrestre, « Etoile Flippante », version électro, mettra un terme à une prestation sublimement marquante pour une première journée de festival.

Fabien Marsaud est fin prêt pour une consultation ! A la suite d'un accident de plongée l'obligeant à renoncer à une carrière sportive prometteuse, il découvre le slam en octobre 2003, lors d'une scène ouverte dans un bar de la place de Clichy, à Paris, où il déclamera ‘Cassiopée’, son premier texte ‘de scène’. C'est à cette époque qu'il choisit comme patronyme, Grand Corps Malade (GCM), en référence à son handicap et à sa grande taille.

Il est presque 23 heures, lorsque ce détraqué textuel déambule sur la main stage. Après la diffusion d'un clip léché explorant étrangement le cerveau (si, si !), le set peut débuter. Surprise, parmi les musiciens figure Quentin Mosimann, tour à tour DJ's, présentateur télé, chanteur et un multi-instrumentiste. Pas étonnant lorsqu'on sait que « Mesdames », album de duos, est issu de la rencontre entre le DJ et le slameur.

Alors que le soir est tombé, GCM interprète paradoxalement « Le jour se lève », un morceau aux penchants électriques pour ensuite s’épancher sur les femmes. Pas seulement pour en parler, mais aussi les entendre puisque de très jolis duos virtuels seront proposé, dont « 24 heures », en compagnie de Suzanne, « Derrière le brouillard », de Louane, et « Nos plus belles années », de Kimberose. Sans oublier, le touchant « Mais Je T’aime » avec une Camille Lelouche très convaincante. Une manière efficace de dénoncer harcèlement sexuel et inégalités. 

Soutenu par un light show percutant, Marsaud, tantôt pourfendeur, tantôt militant effréné, manie sa verve avec une précision et une flexibilité étonnante. Il dépeint les paraboles de l'existence sans jamais tomber dans les poncifs du genre, mais en les abordant à travers un second degré bien à lui.

D’une voix rauque, l'homme aux yeux d'un bleu profond mais au regard empreint de compassion, s'est livré avec une grande générosité dans une joute musicale d'une richesse et intensité rares.

Véritable showman, Mosimann livre encore un hommage vibrant au regretté Grand JoJo, tout en sollicitant le public à reprendre en cœur le célèbre ‘Chef Un P’tit Verre…’

Alors que « Pas Essentiel » sonne la fin de la récréation, le site est plongé dans le noir, invitant les chauves-souris qui se mettent alors à tournoyer afin de chasser leurs proies…

Peut-être que sur la route du retour, votre serviteur rencontrera Nyx, la déesse de la nuit... Qui sait ?

Hoshi + Grand Corps Malade

(Organisation : les Solidarités)

 

Hear Hear Festival 2022 : dimanche 14 août

Écrit par

Première édition du Hear Hear qui se déroule sur une seule journée. Il est organisé par l’équipe du Pukkelpop, festival qui s’étale, cette année, du 18 au 21 août. Trois des six scènes (sous chapiteau) du festival de Chokri Mahassine sont réquisitionnées aujourd’hui. Le nom de ‘Heat Heat’ aurait sans doute été plus judicieux, car le thermomètre va constamment dépasser les 30 degrés, même en soirée ! Mais qu’importe, les fans de rock se réjouissent de cette affiche 100% pure et dure, mêlant gloires des 90’s et étoiles montantes (NDR : quel bonheur de vivre un festival complet sans se coltiner du rap, r’n’b et autres DJ sets que nous imposent les affiches des plus grandes manifestations). Compte rendu d’un programme riche et chargé du début à la fin...

Une fois l’entrée et les contrôles de sécurité passés, on a droit à une distribution gratuite d’eau. Très appréciable vu la chaleur !

Cap à droite vers la scène baptisée ‘Yeah Yeah’, pour assister au concert de Sons. Ne comptant que quelques années d’existence et deux albums à son actif, la formation flandrienne jouit d’une belle popularité et remplit le chapiteau. Une popularité renforcée par un concours de jeunes talents, organisé par Studio Brussel, et remporté à ses débuts. Responsable d’un rock garage, le combo affiche un look qui colle à sa musique. Dans un style proche du band californien Oh Sees. Le batteur donne le ton et les guitares tapent aussi fort que le soleil sur nos têtes. Bref, la sauce prend sur chaque titre. A l’instar de son premier single, « Ricochet », qui clôt une prestation saluée par une belle ovation de la foule. Une notoriété qui pourrait bien dépasser les frontières de la Belgique, depuis que la formation a enregistré une live session KEXP…

Vu la richesse de l’affiche, on doit opérer des choix cornéliens. Ce sera Anna Calvi ou Billy Nomates programmés au même moment. Dommage pour cette dernière, car cette jeune Anglaise est la nouvelle sensation en Angleterre. Et pour cause, elle a été notamment propulsée par Sleaford Mods qui l’a invitée à participer à l’enregistrement de son son single « Mork n mindy ». Son concert prévu pendant la pandémie au Botanique en 2021 avait dû être annulé. Il faudra guetter son retour en salle.

Anna Calvi avait réalisé des débuts tonitruants, en publiant deux elpees chez Domino en 2011 et 2013, et en accordant un concert mémorable à l’AB, en novembre 2011. Avant de disparaître des radars jusque 2018, année au cours de laquelle elle va graver « Hunted ». Sobre, elle débarque sur l’estrade, vêtue d’un chemisier blanc et d’un pantalon de couleur noire. Tenant fermement sa guitare en main, elle n’est secondée que par un batteur et une claviériste, plantés sur les côtés, en arrière-plan. Tour à tout haut-perchée ou douce et murmurée, sa voix navigue sur une musique qui oscille entre soul/blues de girl power (à la PJ Harvey) et rock gothique plus ténébreux (réminiscent de Siouxsie). Quant aux références masculines elles sont davantage à aller chercher du côté de Richard Hawley, Jeff Buckley voire du duo Nick Cave/Blixa Bargeld, même si elle une attitude beaucoup plus pondérée et statique sur les planches. En fait, elle n’a pas besoin d’en faire des tonnes, sa réserve contrastant avec cette voix dont les montées en crescendo sont impressionnantes. A l’instar de « Desire », morceau-phare dont on aimerait chanter le refrain avec elle, mais où on se sentirait ridicule face à cette diva des temps modernes.

Girls Against Boys s’était montré tout aussi discret, depuis la sortie de son dernier Ep (« Ghost List ») et son passage aux Nuits du Bota, en 2013. C’est donc enthousiaste que votre serviteur file retrouver l’une des formations les plus ‘underrated’ des 90’s. Une vraie injustice pour ce groupe initié par le batteur de Fugazi, en regard de ses prestations scéniques, et ses albums parus sur le label Touch and Go (NDR : nonobstant un séjour sur le major Geffen, afin de publier « Freak on Ica », peu apprécié par le band qui n’interprètera d’ailleurs aucun titre de cet elpee, sur les planches). Et cet après-midi force est de constater que sa musique n’a pas pris la moindre ride, libérant une énergie directe et intacte sur le podium ‘Gimme Gimme’ (‘shock treatment’ serions-nous tentés d’ajouter). Scott McCloud au chant et à la guitare, Eli Janny aux claviers et en backing vocal, alignent rapidement les tubes entre punk/hardcore et noisy. A la basse, Johnny Temple est moins excentrique mais tout aussi efficace, se réservant notamment des solos sur « Crash 17 ». Derrière ses fûts, Alex Fiesig se charge de soutenir l’ensemble. Le tout dans un climat de bonne humeur. Une bonne humeur qui contamine les premiers rangs du public. Ainsi, quand Scott s’emmêle les pinceaux en annonçant « Disco 666 » au lieu de « Distracted », il se reprend avec humour (‘Oh yeah sorry we are playing « Distracted », I’m really… distracted’). « Superfire », « Bullet proof cupid » et l’inévitable « Kill the sex player » en final ont littéralement achevé votre serviteur qui avait presque oublié la chaleur suffocante, transpirant autant que le band, mais savourant pleinement ce come-back attendu. Le band clôturait ainsi sa tournée de festival européens, avant d’affronter les USA. Et, il a promis de revenir dans des salles du Benelux et européennes rapidement. Il faudra donc scruter les dates de concerts pour ne pas rater ce retour…

‘Tout a été dit 100 fois, et beaucoup mieux que par moi’ indiquait Boris Vian.  On se servira de la même formule pour Whispering Sons, l’une des formations belges qui tourne le plus dans les salles et festivals noir-jaune-rouge. Vous n’aurez aucune peine à retrouver un de ses comptes rendus qui lui est consacré sur Musiczine.

Car le set suivant, celui de Parquet Courts, beaucoup plus rare en Europe, embraie. Après avoir été bluffé lors de son passage aux Inrocks, en 2014, ses prestations scéniques suivantes avaient un peu moins convaincu, malgré la confection d’albums de bonne facture, enregistrés le plus souvent sous la houlette d’illustres producteurs. Des échos de son dernier concert, accordé au Grand Mix de Tourcoing, avaient toutefois incité votre serviteur de revoir son jugement. Et effectivement, les New-Yorkais vont livrer le set le plus surprenant et tonique de la journée. Exit le côté exclusivement punk/garage lassant des débuts et place à des pistes étonnantes qui se prêtent bien à l’atmosphère poussiéreuse du festival. D’un côté le chant punk, la voix rauque et les accords de guitare rugueux d’Andrew Savage. De l’autre, les accès électro-psychédéliques d’Austin Brown abordés dans l’esprit de Happy Mondays. « Walking a downtown pace » (issu du dernier « Sympathy for life » sorti en 2021) interprété en milieu de set en est la parfaite illustration. D’autres compos encore se nourrissent de percus en tous genres, de la clarinette et des sifflets dans un climat de carnaval. Pas étonnant dès lors qu’un morceau intitulé « Mardi gras beads » figure dans la setlist. Même s’il est étonnamment plus paisible est proposé en fin de parcours. Quoiqu’il en soit la sauce a bien prise et si le public n’avait répondu qu’à moitié présent, il était enthousiaste et semblait totalement ravi de la performance.

Plus de monde paradoxalement se masse devant la ‘main stage’ pour le show de Wolf Alice. Alors, certes, la jeune Ellie Rowsell est responsable d’un pop-rock rafraîchissant et parfois énergique. Mais à l’image de son look et maquillage cosplay, elle semble plutôt plaire à un public bien plus jeune. Ce qui n’est pas plus mal, afin que ce festival ne se cantonne pas aux quadras ou quinquas déjà très nombreux.

Mais l’attention de votre serviteur se focalise sur un autre band de jeunes en devenir : Squid. Outre-Manche, il constitue une des nouvelles sensations aux côtés de Fontaine DC, Black Country New Road et autre Shame. Après un premier passage au Sonic City, fin 2019, et un autre encore plus attendu à l’Orangerie du Botanique deux ans plus tard, l’intérêt pour ce groupe ne cesse de croître (NDR : d’où sa programmation en ce début de soirée). Pourtant, la setlist de ce soir va décontenancer. Moins directes que d’habitude, les compos sont tirées en longueur (sept morceaux en tout et pour tout). De quoi décourager bon nombre de spectateurs. Et pourtant les plus patients seront récompensés lors du final, « G.S.K. », un titre cuivré caractérisé par son superbe envol à la trompette, et « Narrator », dont la montée en crescendo est particulièrement vivifiante. Dommage donc pour cet allumage tardif ainsi que l’absence de standards comme « Houseplants » qui auraient pu faire exploser le set. Mais l’audace de ce jeune combo est à saluer.

Car si la foule quitte peu à peu Squid, c’est aussi pour se placer idéalement devant la Main Stage afin de profiter pleinement du concert de Liam Gallagher. Pour le peu, on se croirait dans l’enceinte d’un grand stade mancunien (NDR : non pas United, l’autre), face à un auditoire chaud bouillant ; mais curieusement ici, réunissant une majorité de jeunes. Lumières tamisées sur l’estrade et écran géant disposé en arrière-plan, c’est le concert de la journée où il y a le plus de matos déployé. Le trublion de la britpop est entouré d’un band conséquent et de deux choristes black, plutôt charmantes. Elles lui seront bien nécessaires, sa voix rencontrant régulièrement des moments de faiblesse. La rampe qui s’avance au milieu de la fosse, en revanche, ne servira à rien, puisque le chanteur adopte sa posture habituelle, mains dans le dos, le micro incliné et collé entre ses lèvres et son nez. Et comme s’il revenait tout droit d’une matinée à la pêche, il est vêtu d’un chapeau qui cache une partie de son visage, et d’un parka/coupe-vent qu’il ne quittera jamais, malgré la chaleur étouffante ; ainsi, ses auréoles sous les bras vont s’étendre au fil du temps. Il fallait s’en douter, les quelques titres dispersés parmi les reprises d’Oasis ne provoquent pas la même euphorie. Pourtant le récent « Better days » (issu du dernier opus sorti cette année) est joué avec entrain, maracas à la main. Mais non ce que le public veut, c’est scander en chœur des hymnes (NDR : quand on vous parlait d’une ambiance de stade), à l’instar de « Rock’n’roll star ». Et surtout lors final « Wonderwall », entonné en partie par ce public. Ce qui rendra le cadet des Gallagher un peu moins bourru que d’ordinaire (‘Yeah it’s pretty good’ s’exclame-t-il avant de se remettre à chanter). Bien que tiré en longueur, son énième tube, « Champagne supernova », va pourtant enchanter un public qui balance les bras avant de réserver une ovation à William John Paul (NDR : c’est son véritable prénom !). C’est sûr, à l’applaudimètre, il était la grande vedette de ce festival.

Que dire alors des deux autres têtes d’affiche qui se succèdent sur la scène principale ? Les Pixies semblent déjà moins attendus. Sans doute parce qu’ils se sont déjà produits sur la plaine de Werchter, un mois plus tôt, et une semaine plus tard, à l’Atelier du Luxembourg. En outre, la setlist réunit une majorité de morceaux moins connus et même quelques covers dont on se serait bien passé (NDR : en final, celle de Neil Young va asséner un véritable coup de massue au public). De quoi décourager bon nombre de spectateurs lambda. Fan du groupe, votre serviteur assiste à l’intégralité du concert, mais Frank Black semble vraiment décidé à se la jouer folk, ce soir. Ne lâchant sa guitare acoustique, pour empoigner une électrique, que trop épisodiquement. Pour peu que l’ambiance décolle un peu, elle rechute aussi vite. D’ailleurs le « Where is my mind », scandé en compagnie des fans en fin de parcours, ne parviendra pas à atteindre ce que Liam Gallagher était parvenu à récolter juste avant. Et il ne fallait pas compter sur la communication des musicos qui, même lors des adieux, marquent un moment d’hésitation avant de s’avancer sur l’avant-scène afin de saluer son auditoire...

Pour Editors en revanche, l’entrain et la sympathie sont toujours au rendez-vous. Les derniers singles « Heart attack » (en ouverture) ou « Karma Climb », aux sonorités plus electro, tout en parvenant à conserver cette ligne de basse et ses accès post-punk, passent assez bien la rampe. Pourquoi, dans ce plat pays, ce groupe récolte autant de succès et est systématiquement programmé en haut de l’affiche, alors qu’il se produit dans des plus petites salles ou des festivals mineurs, ailleurs ? Néanmoins, le band tient la route et a contrario des Pixies, incorpore judicieusement des singles tout au long de son set. Maintenant, si on souhaite écouter une musique plus originale, il est préférable de s’aventurer du côté de l’une des deux autres scènes...

En assistant au concert de Thurston Moore, par exemple, qui ne doit cependant compter qu’un petit millier de fans aujourd’hui, en Belgique… Mais comme le veut l’adage ‘les absents auront tort’ ! Tout comme Squid qui foulait les mêmes planches auparavant, il est nécessaire de s’armer de patience et d’être ouvert d’écoute ; car seuls six à sept titres seront dispensés sur la bonne heure de concert. Aux guitares, l’ex-leader de Sonic Youth et l’ancien This Is Not This Heat, James Sedwards, tissent méticuleusement leurs riffs hypnotiques. Mais surtout, il y a cette ligne de basse, discrète mais efficace, qui vient taquiner cette texture, empêchant ainsi les morceaux de sombrer dans la répétition et la lourdeur. En faisant remarquer cette nuance à un confrère, ce dernier me précise que cette bassiste n’est autre que Debbie Googe, celle de My Bloody Valentine. Pas étonnant dès lors que ses interventions soient épatantes. Et s’il fallait épingler un titre du concert de Thurston Moore Group, le choix se porterait sur « Hashes » qui passe particulièrement bien en live.

Petite parenthèse le seul DJ set de la soirée répond au patronyme de The Avalanches. Certes on aurait préféré la présence de Vitalic comme initialement prévu (surtout après son show époustouflant à l’AB et la sortie d’un dernier double album de bonne facture, intitulé « Dissidænce »), mais les organisateurs l’ont au final fait glisser à l’affiche du festival qui se déroule ici dans quelques jours. Pourtant, les réservistes assurent parfaitement le remplacement. Ces deux Australiens mixent et bondissent derrière leurs platines. Et arrivent à encore faire bouger une foule de clubbers que l’on n’avait pas trop remarquée sur la plaine jusque-là.

Une première édition plutôt réjouissante donc, même si l’on pouvait légitiment se poser la question de savoir si une deuxième édition pourrait encore se dérouler l’année prochaine ? Ce n’est malheureusement pas une certitude, vu qu’il n’a enregistré que 12 000 spectateurs sur la journée…

(Organisation : Pukkelpop)

Sons, Anna Calvi, Girls Against Boys, Whispering Sons, Parquets Dourts, Wolf Alice, Liam Gallagher, Thurston Moore Group, Pixies, The Avalanches, Editors

Voir aussi notre section photos ici

 

 

 

Lokerse Feesten 2022 : mercredi 10 août

Écrit par

Le Lokerse feesten arrive à mi-parcours. Le soleil commence à taper dur et la chaleur va devenir de plus en plus étouffante au fil de la journée. Heureusement des fontaines d’eau sont mises à la disposition des festivaliers. Et elles sont gratuites.

Ce mercredi 10 août, la Grote Kai accueille la formation belge Portland, Seasick Steve, une icône du blues/rock qui a côtoyé de nombreuses stars du rock, le band issu de Cincinnati, The Afghan Whigs, et en finale, le groupe insulaire, Snow Patrol.

Portland n’est pas seulement une ville de l’Oregon aux States, mais aussi un band issu du Nord de la Belgique. Finaliste de l’édition 2016 du Humo’s Rockrally, lauréat de la cuvée 2018 de ‘De Nieuwe Lichting’, concours organisé par Studio Brussel, il pratique de la dream pop (NDR : enfin, c’est ce que déclare le combo). Originaire d’Hasselt, il réunit Jente Pironet (lead vocal, guitare), Sarah Pepels (claviers, chant), Gill Princen (claviers, basse) et Arno De Bock (drums). Pour ce concert, il a engagé un guitariste de tournée.

La formation va nous proposer de larges extraits de son dernier elpee, « Your Colours Will Stain », paru en 2019, mais également de nouvelles compos qui figureront sur le nouvel album, dont la sortie est prévue pour cet automne. 2022). Pas de setlist.

Plutôt sexy, Sarah est vêtue de noir. Elle a ainsi opté pour un pantalon et une chemise légèrement transparente. Elle est également chaussée de lunettes fumées. Pour se protéger du soleil ou pour le look ? A vous de choisir ! Elle excelle derrière ses claviers et son IPad dont elle extirpe de superbes sonorités électro. Tout comme sur le percutant « You Misread Me ». Les voix de Sarah et de Jente sont parfaitement complémentaires, et celle de ce dernier semble hantée par Matt Bellamy (Muse). Mélancolique, la musique de Portland s’appuie sur un drumming métronomique et des grattes puissantes. En outre, le band a le bon goût de soigner le sens mélodique. Et il n’oublie pas d’interpréter son single, « Lucky Clover ». Un groupe à suivre de très près…

Place ensuite à Seasick Steve. Agé de 75 balais, il est issu d’Oakland, en Californie. Il porte une barbe imposante, à la ZZ Top. Il a eu des amis prestigieux. Dont Janis Joplin dans les années 60 et Kurt Cobain, au cours des 90’s. Et il a joué en compagnie de multiples légendes du blues et du rock, parmi lesquelles figurent John Lee Hooker, Lightnin' Hopkins, Son House, Albert King, Joni Mitchell, John Paul Jones et on en passe, mais également des groupes et artistes contemporains comme Modest Mouse ou encore KT Tunstall…

En toile de fond, on remarque la présence de la pochette de son dernier elpee, « Love & Peace ». Le disque, il va l’extraire, au cours du set, d’un emballage en carton. Et c’est un vinyle sur lequel est mentionné les inscriptions ‘Only On Vinyle‘, geste qu’il va accompagner d’un petit discours sur cet LP qui ne sort ni en cd, ni en MP3 et n’est pas disponible sur les plateformes de streaming….

Ce hobo sympa se sert d’une gratte différente à chaque chanson, une guitare artisanale ou une cigar-box, et notamment sa légendaire ‘3-String Trance Wonder’. Elle avait été confiée à Steve alors qu’il ne lui restait que trois cordes et il l’a gardée ainsi depuis. Mais aussi une ‘One-Stringed Diddley Bow’. Soit un manche avec une seule corde. Il a même fabriqué une dobro à l’aide d’un gros manche de brosse et d’une plaque minéralogique du Mississipi, terminée par une boîte de conserve en fer blanc.

Il est vêtu d’une chemise de bûcheron (qu’il va vite ôter, vu la température), d’un jeans rapiécé et coiffé d’une casquette ‘John Deere’, marque de tracteur notoire.

Malgré son âge, le papy est un séducteur. Il a repéré une jolie roussette aux premiers rangs. Elle s’appelle Mathilde. Coïncidence, il signale qu’il avait baptisé son camping-car de ‘Mathilda’. Il va la chercher et l’entraîne sur les planches, faisant même mine de se rendre en backstage avec elle. Une plaisanterie qui déclenche un fou rire général. Finalement il l’installe sur un siège et lui déclame une chanson d’amour en se servant d’une gratte semi-acoustique classique. Il propose même de lui envoyer le dernier album si elle lui envoie un mail. La chanson terminée, assez émue, elle est renvoyée aux premiers rangs sur la Grote Kai.

Sans quoi, parlons quand même de musique. Un cocktail de blues, boogie de country qui baigne au sein du Delta. Seasick est uniquement soutenu par un drummer à la barbe respectable, dont les interventions sont régulièrement sauvages, voire tribales.

Son set terminé, Steve, toujours aussi interactif, mais humble, serre des mains, signe des autographes mais, incorrigible, continue à draguer Mathilde…

Setlist : « Don't Know Why She Love Me but She Do », « Self Sufficient Man », « That's All », « Soul Food », « Walkin' Man », « Shady Tree », « Summertime Boy », « Roy's Gang », « Bring It On », « Put That in Your Pipe and Smoke It », « Barracuda '68 », « Thunderbird ».

Rien à faire, quand on parle de The Afghan Whigs, on pense aux nineties. Enfin, presque, puisqu’entre 88 et 1999, la formation américaine va graver 6 albums, dont l’incontournable « Gentlemen », dans un style soul/rock particulièrement alternatif, l’aspect soul s’exprimant surtout à travers la voix écorchée de Greg Dulli.

Un Dulli qui est bien sûr le leader et fondateur du groupe légendaire issu de Cincinnati, dans l’Ohio. Outre The Afghan Whigs, Il a également monté deux projets parallèles. Tout d’abord The Twilight Singers, mais également The Gutter Twins en compagnie du regretté Mark Lanegan, dont on suppose la fin de parcours du projet, suite à sa disparition.

Le line up de la formation a quand même mal changé depuis ses débuts. Ce soir, il implique un multi-instrumentiste (basse, claviers, violon, percus), un drummer et trois sixcordistes, dont Greg. Ils sont tous habillés de noir…

Pour votre serviteur, il s’agit d’une découverte. La setlist va privilégier des extraits de l’inévitable « Gentlemen » et de « Black Love ». Mais également de « How Do You Burn ? », le nouvel opus, qui paraîtra en septembre. Dont le morceau d’entrée « I'll Make You See God ».

La musique libère une fameuse intensité. Les trois grattes y sont pour quelque chose, mais également la section rythmique, boostée par un drummer à la frappe aussi technique que sauvage. Parfois, le spectre des Pixies voire de Pearl Jam se met à planer. Mais le combo nous réserve quelques surprises, dont le célèbre blues de Bo Diddley, « Who Do You Love ? » ou la cover de « There Is A Light That Never Goes Out » des Smiths. Pas de trace cependant du hit « Going To Town ». Peu d’interactivité entre les morceaux, de manière à rendre le set le plus compact possible, mais vraiment un superbe concert…

Setlist : « I'll Make You See God », « Matamoros », « Light as a Feather », « Oriole », « The Tide » (Greg Dulli song), « Gentlemen », « Who Do You Love ? » (Bo Diddley cover), « Fountain And Fairfax », « Algiers », « Heaven On Their Minds » (Andrew Lloyd Webber cover), « Somethin' Hot », « A Line Of Shots », « John The Baptist », « Summer's Kiss », « My Enemy », « Into The Floor », « There Is A Light » (The Smiths cover).

Formation indé insulaire, Snow Patrol implique des musicos issu d’Irlande du Nord et d’Écosse. Elle réunit de Gary Lightbody (chant, guitare), Jonny Quinn (drums), Nathan Connolly (guitare), Paul Wilson (basse) et Johnny McDaid (claviers, guitare). Le peuple attend impatiemment le début du show et votre serviteur également. Il y a du monde et on est un peu serré comme des sardines.

Côté discographie, le combo est plutôt discret pour l’instant, puisque hormis un remix baptisé « Reworked », paru en 2019, le dernier elpee, « Wildness », remonte à 2018. Par contre, cette année il se produit un peu partout. Il y a 3 jours, il était à l’affiche du festival de Ronquières.

Ce groupe-phare des années 2000 a écoulé plus de 12 millions d’albums.

Le concert s’ouvre par deux hits : « Chocolate » et « Take Back the City ». Lightbody (NDR : qui a surmonté son addiction à l’alcool) se consacre au chant et se sert tour à tour d’une guitare électrique ou semi-acoustique (une Martin’s !).

Particulièrement mélodieuses, les chansons sont régulièrement chantées par les spectateurs, qui connaissent les paroles. « Open Your Eyes » et « Shut Your Eyes » font trembler la plaine. Et à la demande de Gary, « Chasing Cars » est intégralement repris en chœur par la foule. C’est à la fois beau et bouleversant. L’attitude du claviériste préposé aux backing vocaux évoque Chris Martin. Il remue derrière ses ivoires comme une puce. Des images de « Reworked » sont projetées sur l’immense écran situé derrière les artistes, alors qu’un impressionnant light show est projeté sur les artistes depuis l’arrière scène...

L’apothéose de la soirée…

Setlist : « Chocolate », « Take Back the City », « Crack The Shutters », « Run », « Empress », « Set The Fire To The Third Bar », « Open Your Eyes », « Life On Earth », « Shut Your Eyes », « Chasing Cars », « You're All I Have ».

Rappel : « What If This Is All the Love You Ever Get ? », « Just Say Yes ».

(Organisation : Lokerse Feesten)

Voir aussi notre section photos ici

 

 

Ronquières festival 2022 : dimanche 7 août

Écrit par

Clap de fin pour cette dixième édition qui a tenu toute ses promesses et attiré la grande foule. Et pour cause, depuis plusieurs jours déjà, le sold out avait été décrété.

Il fait très étouffant ce dimanche. Les températures deviennent insupportables. Heureusement, une brise légère vient apporter un brin de fraîcheur.

Retenu par des obligations familiales, votre serviteur n'arrive qu'en fin d'après-midi. Juste à temps pour le concert de Snow Patrol.

La foule s'est pressée devant la mainstage. Les festivaliers y sont serrés comme des sardines, et l’expression est loin d’être abusive…

Si l'actualité musicale de Snow Patrol est au point mort depuis 2018, le groupe britannique continue néanmoins d'assurer des tournées un peu partout en Europe. 

Sa popularité va prendre son envol à partir de 2003, soit à l’issue de la sortie de son troisième elpee, « Final Straw ». Depuis, le combo est considéré comme un des groupes majeurs de la scène britannique des années 2000. Il a ainsi écoulé plus de 12 millions d’albums depuis sa formation.

Drivé par Gary Lightbody, le combo va livrer un set de toute bonne facture et bien maîtrisé. Cependant, sans fioriture ni éclats. Une prestation qui va permettre à la foule de faire redescendre une pression accumulée depuis 48 heures.

« Chocolate » ouvre les hostilités. Une compo rugueuse, pleine d'énergie, au cours de laquelle les guitares s'en donnent à cœur joie.

Manifestement les Britanniques ont conservé leur savoir-faire légendaire. Caractérisé par ses ‘whoh oh oh oh’ et ses riffs de grattes déchiquetés, « Take Back The City » constitue le point d’orgue du set.

Pas de temps mort, SP enchaîne les morceaux, entrecoupés par les interventions baragouinées de Lightbody.

Le band embraie par « Run », une plage extraite de l’opus Final Straw (2003) qui lui a permis de se faire connaître du grand public, et notamment aux États-Unis. Un titre qui a aussi été diffusé sur les radios françaises, au cours de l'été 2004.

Des lignes mélodiques, des refrains qui restent ancrés dans la tête, un chanteur au charisme fou : ce sont les recettes de ces patrouilleurs des neiges aux regards langoureux.

Le band parvient à fédérer à travers des morceaux comme « Empress », « Set the Fire » ou encore « Open your eyes ». Des titres familiers, truffés de sonorités de grattes, à la rythmique imparable dont l’atmosphère est très susceptible de devenir éthérée…

On reprochera sans doute le manque d'audace du show. Il est trop calibré, trop prévisible. Mais il tient parfaitement la route.

Imprimées le plus souvent sur un rythme soutenu, les compos s'enchaînent et font mouche.

Pop song, « You could be happy » met bien en exergue la voix veloutée de Gary Lightbody. Plus fragile, « Make this go on forever » bénéficie d’un refrain soutenu.

Le set tire à sa fin. L’enivrant « Chasing car », tube radiophonique, incite les festivaliers à se déhancher et à frapper dans les mains, encouragés par le drummer aux gestes d'une amplitude impressionnante.

Snow Patrol entame son rappel par « What If This Is All The Love You Ever Get ? », un morceau curieusement down tempo qui brise la belle dynamique qui s'était alors installée.

Mais le glorieux « Just Say Yes » remet les pendules à l’heure, plongeant la fosse dans l’effervescence et permettant au groupe de quitter dignement le sol belge. Espérons qu'il ne s'agisse que d'un au revoir…

Il est minuit. Les spectateurs regagnent progressivement leurs véhicules, tandis que les stands ferment leur porte. Il est déjà quasi impossible de consommer un dernier verre. Dommage... mais laissons toutes celles et tous ceux qui œuvrent dans l'ombre de ce festival reprendre le cheminement de leur vie...

Vivement l'année prochaine !

(Organisation : Ronquières festival)

Snow Patrol

Voir aussi notre section photos ici

 

 

Ronquières festival 2022 : samedi 6 août

Écrit par

Seconde journée pour le Ronquières festival. Les stigmates de la veille sont à peine perceptibles. Le site a retrouvé sa belle couleur verte (plutôt grise au vu de la sécheresse).

Les bénévoles ont œuvré sans ménagement pour nettoyer la plaine. Les festivaliers sont pour la plupart des gens responsables : des couples, des amis venus se détendre après une semaine de travail ou encore des parents avec les bambins. Quoiqu'il en soit, la très grande majorité est attentif à son environnement. Et hormis, l'un ou l'autre déchet, presque rien ne traîne au sol.

Le soleil s'est invité sur cette bourgade de la ville de Roeulx. Après tout, lui aussi a le droit de s'en mettre plein les portugaises. Mais pour lui, ce sera gratuit !

Il fait relativement chaud ce samedi du mois d'août. Dire que certaines années, fallait prendre son K-Way.

Les aficionados se sont pressés en masse. Normal, le line-up est davantage éclectique et risque de plaire au plus grand nombre.

Il est un peu plus de 14 heures, lorsque votre serviteur passe les portillons de sécurité. Une petite fille aux cheveux de couleur bleue se pointe. Il s'agit de Doria-D. Elle doit avoir à peine 22 berges.

En arborant une coiffure pareille, on dirait la schtroumpfette. La gonzesse s'est fait connaître auprès du grand public grâce au titre « Dépendance », issu d'un premier album éponyme, sorti en 2021.

Elle est accompagnée d'un drummer et d'une jolie dame au clavier, une brunette au rouge à lèvres éclatant. C'est son Birthday. Elle doit avoir un peu plus de quarante ans !

Grâce à sa voix rauque et envoûtante, son sens mélodique et la puissance de ses textes, Miss Dupont ne laisse pas indifférent. Son univers est directement inspiré par Billie Eilish et Lana Del Rey mais aussi des rappeurs francophones comme Nekfeu et Lomepal.

Sur fond de sonorités french pop modernes, la demoiselle s'inscrit dans l'air du temps en proposant des textes autocentrés, mais qui permettent à la jeunesse de s'y retrouver (« Dépendance » y aborde le thème d’une relation toxique).

Fière de sa sensibilité, elle exhorte le public à en explorer tous les sens. C'est alors qu'elle se livre à un « Hors tempo » endiablé.

Mais c'est à travers sa reprise du titre emblématique « Jeune et con » de Damien Saez qu'elle se hisse comme véritable porte-drapeau de toute une génération.

Bandit Bandit et sa chanteuse sexy se produisent à Bâbord. La fille est fringuée comme vieille pute bon marché. Bas résilles, tenue transparente et culotte montrant un galbe du tonnerre (le trou dans son collant au niveau des fesses ne passe pas inaperçu). Sacré nom de Dieu, il n'aura fallu que quelques petites minutes de ce spectacle pour que Bandit... banda !

Maeva aime jouer ce rôle trouble et diabolique. Elle s'amuse à caresser son corps de bas en haut, insistant sur ses parties intimes. De quoi faire frissonner votre serviteur qui ne tient plus en place.

La chanteuse est accompagnée de Hugo aux guitares ainsi que d’une section rythmique réunissant le drummer Anthony Avril et le bassiste Ari Moitier, qui se charge également parfois de la six cordes. Anthony joue torse nu et montre un corps taillé comme un Apollon. Ce n'est pas les filles debout au premier rang qui s'en plaindront !

D'emblée, ces bandits de grand chemin multiplient les riffs ténébreux et les rythmiques plombantes. Maëva utilise le micro comme un défouloir, à l’instar de « Désorganisée », un morceau puissant qui permet à la donzelle de délivrer un message (NDR : un massage ?) sincère ; ses expériences multiples l'ayant inspiré profondément.

La musique du combo est acide. Elle stimule la voûte plantaire. Elle creuse vos veines et se retire en les marquant au fer rouge. Ça pue la rage et ça transpire la fumette. C'est du rock'n’roll actuel, teinté de psyché ou du stoner lourd et sensuel, selon.

Il y a ce petit côté Dolly (groupe de rock français actif de 1995 à 2005 et dissout à la mort de son cofondateur et bassiste Michaël Chamberlin), non seulement dans l'intention, mais aussi dans les sonorités de guitares poisseuses. 

La musique de Bandit Bandit ne s'écoute pas, elle se vit. En live, c’est une expérience intense, puissante, un pur moment de bonheur.

Assumant pleinement la langue de Voltaire, la bande à Baader s'exécute avec rage et excentricité. Les musicos en maîtrisent parfaitement les codes. Il y a une complicité folle entre la leader et son guitariste. A cause de leurs échanges de regards lancinants et des frôlement de lèvres à la limite du flirt. Pourtant, les deux tourtereaux (?!?) évacuent leurs frustrations et leur colère à travers la musique de BB.

Avant de vider les lieux, le combo entame les propos d'une chanson qui colle parfaitement à l’esprit de la formation ; un « Bonnie and Clyde » profond, d'une sincérité pure. Gainsbourg aurait été fier de cette reprise interprétée en guise d'hommage.

Delta prend le relais. Votre serviteur avait assisté au son set, la semaine dernière, dans le cadre du festival Les Gens d'Ere. Il profite donc de cette petite parenthèse pour s’octroyer une pause bibitive.

Noé Preszow (NDR : prononcez ‘Prèchof’ comme le chanteur aime à le rappeler) vire à Bâbord. Petit et trapu, il arbore une veste en velours de couleur bleu foncé, trop grande pour lui. A s'y méprendre, on dirait l'arrière-petit-fils de Demis Roussos (sans la barbe).

Après une intro plutôt vaporeuse, le Bruxellois décide de prendre la direction des opérations. A même pas trente balais, ses écrits littéraires et poétiques ont déjà conquis pas mal de monde.

Parfaitement ciselées, ses chansons sont d'une fluidité extrême. Elles sont le fruit d'une conjugaison entre pop immédiate et poésie à fleur de peau. Les mélodies sont accessibles, le phrasé est parfait et le sens du rythme, précis.

Le gaillard a un don pour torcher une chanson, à l'instar du tubuesque « A Nous ». Une compo qui lui a permis d'acquérir ses lettres de noblesse auprès des critiques et du public. Les médias la considèrent comme ‘prémonitoire’, car elle a été écrite bien avant la vague de la pandémie de la Covid-19…

L’inspiration de Preszow semble héritée des plus grands songwriters français et américains. Ses textes ont la profondeur de ceux signés Dominique A. En outre, sa voix emprunte des inflexions à Gaëtan Roussel.

Très en phase avec le présent et ce qui l'entoure, le gaillard entame alors « Un monde à l'envers » aussi impudique que généreux, une compo écrite alors qu'il participait à une manif 'Santé en lutte', le jour de ses 26 ans.

Le plus jeune héritier de la chanson française est un avant-gardiste. Ses thématiques sont humaines et s’adressent au plus grand nombre.

Alors qu'il chante « Faire les choses bien », il rappelle que faire correctement les choses, ça ne veut pas dire grand-chose, mais il encourage l’auditoire à mettre tout en œuvre pour rendre le monde meilleur. Une belle compo qui explore le champ du possible des relations humaines.

Il s'agira de l'avant-dernière date de sa tournée. Mais Ronquières sera sa dernière date belge.

Noé Preszow est un artiste, un vrai. Un de ces gars dont il faut parler. Ses histoires personnelles mériteraient toutefois d'être davantage chuchotées dans un endroit approprié, comme au sein d’une salle culturelle, que criées lors d’un festival où les mots perdent de leur sens.

Charles (référence à son papy dont elle vouait une admiration sans faille) se tient prêt à assurer côté Tribord. La petite a teint ses cheveux en rouge. Malgré de grosses godasses aux semelles compensées, elle paraît toute petite sur cette grande estrade.

Un peu grassouillette, elle semble intimidée devant les centaines de badauds qui se sont pressés pour découvrir cette ancienne candidate de The Voice Belgique.

Elle crèche à Braine-le-Château, un bled à une encablure d'ici. Elle s'exprime artistiquement dans la langue de Shakespeare.

Elle explore un univers qui lui est propre et qui ne ressemble à aucun autre. Des chansons pop, sensuelles, qui observent la courbe de son existence. Des titres qui racontent ce qu'elle vit ou qu'elle observe dans son entourage. Vu son jeune âge, cette conception risque évidemment d'évoluer rapidement.

De son grain de voix chaud et éthéré, elle embrasse une pop glamour sur « For gone », une chanson qui parle notamment de violences conjugales dont elle a été victime à seulement 16 ans.

Globalement, même si l'intention y est, elle parvient difficilement à rendre dynamique le set. Et ce n'est pas « Wasted Time », un morceau caractérisé par une ligne de basse lancinante (qui communique un aspect un peu plus mystérieux et dark au titre mélancolique) qui y parviendra.

« Without You » constitue le moment solennel de la soirée, une chanson où elle demande au public de reprendre le refrain. Un exercice facile selon ses déclarations. A ce moment, elle s'exerce en maîtresse de cérémonie qui vient de prendre le pouvoir.

« Until We Meet Again », issu de son dernier opus, semble comme salvateur dans l’esprit de celle qui révèle avoir traversé énormément d’épreuves.

Moment émouvant lorsque Charles interprète « Didn’t Get To Say Goodbye », en hommage à son directeur artistique Gilbert Lederman, tout récemment décédé.

Ambassadrice (comme Doria D) sur Equal, la plateforme mise en place par Spotify pour remédier à la non-représentativité des femmes dans la musique, Charlotte Foret, entre mysticisme et ballades mid-tempo, est parvenue à conquérir un parterre de quelques milliers de personnes…

Louane débarque : soutif rose, veste bleue pailletée et jupette jaune canari. Que de mauvais goût !

La petite a été révélée lors de la seconde saison de The Voice. Actrice à ses heures perdues, c'est surtout son rôle dans ‘La famille Bélier’, pour lequel elle a remporté un César, qui lui a permis d'obtenir cette reconnaissance médiatique.

Elle entame son tour de chauffe par « Donne-moi ton cœur », un cri de détresse chargé d'émotion. Le public est majoritairement constitué de petites filles prépubères pour qui la gonzesse reste, semble-t-il, une icône de la chanson française.

Très franchement, ses chansonnettes à deux balles ne prennent qu'un essor tout relatif dans les portugaises de votre serviteur. C'est niais et ennuyeux à s'en décrocher la mâchoire.

Mais, pour critiquer objectivement une artiste il faut poursuivre malgré tout l'analyse de son concert. C'est donc avec un entrain à peine dissimulé que se poursuit l'écoute des compos de la belle.

Selon ses dires, le public belge serait le plus chaud d’Europe. Menteuse va !

Elle embraie par le tubuesque « Jour 1 » et son refrain est chanté par une bonne frange de la populace. Une petite fille au premier rang ne peut contenir cette émotion aussi soudaine qu'inattendue. Les larmes chaudes coulent sur ses petites joues roses. Une image qui prend tout son sens aujourd'hui. Ces instants fragiles portés hors du temps, ces petits riens qui rendent les gens heureux.

Manifestement, Louane prend du plaisir et entraîne la foule dans son jeu infantile.

« Thérapie », compo traitant de la santé mentale, lui permet d'entamer une communion (solennelle ?) avec le peuple. Elle demande le silence car elle crée des boucles avec sa voix et s’en sert tout au long du morceau.

Il s'agit de l'une de ses trois dernières dates à Ronquières. Elle quitte la scène des étoiles plein les yeux.

Hoshi restera l'une des prestations les plus intéressantes de ce festival. L'une des plus émouvantes également. Un show rarement égalé. Un brin de folie, beaucoup d'amour et une femme à l’énergie communicative.

L'artiste commence le piano à l'âge de six ans et la guitare à quinze ans. À la même époque, elle écrit ses premières chansons.

Hoshi effectue ses premiers pas dans la musique au sein du groupe amateur TransyStory, formé en septembre 2011. Passionnée par la culture japonaise, elle choisit comme nom de scène Hoshi Hideko, puis simplement Hoshi qui signifie ‘étoile’ en japonais.

C'est l'une des révélations de la chanson française de ces dernières années ; et pour cause, elle est parvenue à imposer son style musical bien à elle. Des textes simples, une musique entraînante et une aura exceptionnelle, des valeurs qui ont rendu cette femme sympathique.

En dévoilant ses préférences sexuelles, elle est devenue, au fil du temps, la porte-parole de la cause homosexuelle. Bien malgré elle d'ailleurs.

« Enfants du danger » donne le ton ce qui restera un concert marqué au fer rouge de cette dixième édition. Une compo rythmée par la recherche du sens de la vie.

Elle avoue être heureuse de pouvoir revenir en Belgique pour la troisième fois. Elle prévient immédiatement l’auditoire qu’elle souffre d'un tic de langage en ponctuant chacune de ses phrases par un ‘Allez hein !’ Elle s'amuse en ajoutant qu'elle le convertira en future chanson.

C'est alors qu'elle attaque « J'te pardonne » en mode piano-voix. Une chanson particulièrement émouvante, sur fond de rupture amoureuse, au cours de laquelle elle se met à nu.

Elle achève doucement une tournée de plus de 150 dates, ce qui est loin d'être évident pour celle qui souffre de la maladie de Ménière. Un mal qui la poursuit depuis toute petite, provoque des acouphènes et entraîne des pertes d'audition. Vous vous doutez évidemment la difficulté de concilier ce genre de maux lorsque l'on preste un métier comme celui-ci...

Ce qui ne l’a pas pas empêché, à 25 ans, de réaliser son rêve et de devenir chanteuse. Mais à certaines conditions : pas plus de deux concerts par semaine, car des vertiges peuvent apparaître rendant alors impossible ses prestations.

Et comme aucun traitement n'existe, elle ne peut que compter sur le soutien du public. Et c'est un peuple très enjoué qui l'encourage via des applaudissements en langage de sourd. Les yeux embués, Hoshi n'a pu retenir ses larmes lors de son « Fais-moi signe ». Un moment exceptionnel et d'une intensité rare, la jeune artiste ayant perdu la moitié de sa capacité auditive à cause de cette affection, justement.

Sachant que plus elle accorde de concerts, plus elle jouera avec le feu, elle sait qu'un jour, elle n'entendra plus suffisamment pour faire de la musique, son métier.

« Et même après je t'aimerai », texte poignant sur l'après-rupture, rend à la chanson française ses heures de gloire. Un titre qui ne peut laisser indifférent. Bref, des thématiques qui parlent au plus grand nombre. Et cette musique qui donne envie de danser, de se lâcher.

Appel au manifeste, « Amour censure » constitue un véritable hymne à la tolérance et à la sincérité des sentiments amoureux. Hoshi, elle-même victime d'agression homophobe, a écrit cette chanson en réaction à une certaine libération de la parole discriminatoire, notamment après la ‘manif pour tous’. Une compo qui malheureusement a encore des raisons d'exister auprès des biens pensants...

La chaleur est de plus en plus accablante. Hoshi invite à s'hydrater. Mais à la seule condition de boire de l'eau. C'est alors qu'elle fredonne 'plus je bois, plus je bois, plus je bois, plus je bois' sous le couvert d’une « Femme à la mer » … de bon aloi.

Douée pour les métaphores et autres figures de style, elle achève son jeu par « Ta marinière ».

Hoshi reste bel et bien l'étoile montante d'une fine fleur de la chanson française. A cause de cette recherche constante d'accroche, de dynamique et de refrains entêtants. Gageons que son étoile continue de briller afin qu’elle puisse dispenser des messages qui nous touchent en plein cœur.

S'il est un autre chanteur qui n'a pas hésité à faire son coming out, c'est Eddy De Pretto.

Biberonné par Brel, Brassens ou encore Barbara, Eddy a, depuis ses débuts, ce pouvoir extraordinaire d’utiliser les mots pour fédérer et inviter l’auditeur à s’interroger sur le monde et autres vicissitudes de l’existence.

Il s'était déjà produit en 2019. Il était juste accompagné d'un drummer. C'est en compagnie d’un groupe qu'il se présente aujourd'hui. Une formule qui lui permet de remplir et se s'approprier l'espace scénique.

Vêtu d’un Marcel et d’un short/training, il fait vraiment vieille France. Manque plus que la baguette sous le bras et le béret (ici remplacé par la casquette).

Il puise ses chansons au sein de ses deux albums. Dont cette « Fête de Trop », évoquant muqueuses, amants de passage, mecs chopés ou encore rails de coke enfilés. Un titre qui lui avait d’ailleurs permis de décrocher une nomination largement méritée aux Victoires de la musique, en 2018. Si cette recette n’est pas à mettre entre les mains de n’importe qui, elle reste néanmoins taillée pour le live ! Et « A quoi bon » traite également de l’addiction.

De Pretto choisit judicieusement ses mots pour torcher des textes poignants sur fond de mélodies accrocheuses.

Une belle prestation, mais Eddy (re)fait du De Pretto. Et c'est dommage ! Pas vraiment de surprises donc ! L'artiste s’adresse de nouveau à une frange de la population aussi large que possible. A cette seule différence près, c’est qu’ici, il parle surtout de lui-même de manière grave et primaire. C'est une prestation très autocentrée.

Fidèle à lui-même, ce jeune écorché vif offre là encore une belle palette de ses capacités lyriques et musicales. Trempée dans le vitriol, sa plume demeure encore sa plus belle arme…

Il encourage le public à suivre sa propre voie, lui qui a toujours écouté davantage son cœur que la raison.

Plutôt bien ficelées dans l’ensemble, les chansons s’imprègnent de son vécu tout en dénonçant, sans aucune prétention, les injustices de (sa) la vie comme ce « Freaks » qui s’adresse principalement aux exclus. « Tout vivre » se révèle aussi saignant que cinglant. Une compo autobiographique qui jette un œil dans le rétroviseur pour relater certains grands moments de son existence, traversée d’épisode ténébreux.

L’expression sonore est maîtrisée et le flow est bien canalisé. On passe aisément de la pop au rap, tout en s’autorisant un petit détour via l’électro.

Eddy n'oublie pas ce « Kid », titre qui fustige la virilité abusive et l’homosexualité refoulée par le conservatisme sociétal. Le public connaît par cœur ce titre multi radiodiffusé dont certains spectateurs se reconnaissent en lui.

Entre sujets crus et autodérision, son set ressemble à un livre ouvert sur sa vie. A l'instar de ce « Bateaux-Mouches » où il se remémore ses débuts d’apprenti chanteur.

On aurait aimé un peu plus de liberté dans le champ d'action artistique. Un peu de lâcher-prise et une communion avec le public. Il n'en a rien été. Il est resté froid et austère.

Si cette bande-son ressemble davantage à un ‘best of’ et ravit le plus grand nombre, elle frustre les plus exigeants qui regrettent la trop grande prévisibilité du show.

La prestation de Julien Doré constitue sans doute l’apothéose de cette dixième édition du Ronquières Festival. Faut dire que le gaillard à la chevelure… dorée, s’est révélé en se présentant au casting de l'émission ‘Nouvelle Star’, en France, il y a quinze ans déjà, pour y interpréter « Excellent », une compo signée Sharko...

Cette reprise a ainsi permis à David Bartholomé et ses acolytes de rencontrer un nouveau public ; et à ce titre, de récolter un succès ‘culte’ propagé par de nombreux joueurs de ukulélé, sur internet. « I Need Someone » subira le même sort.

Et depuis, il n'a cessé de surprendre en publiant des disques iconoclastes, des clips bestiaires et des messages percutants sur les réseaux sociaux.

Marquant son quatrième passage au pied du Plan Incliné de Ronquières, Doré opère une entrée fracassante depuis les bachotages. Et c'est en costume rose qu'il se présente devant une foule fidèle et dévouée, venue fredonner les nouvelles chansons d'un dernier album intitulé « Aimée », paru il y a deux ans déjà.

‘Il sera notre Bruno Vandelli ce soir’ (le chorégraphe de l’émission ‘Popstars’), lance-t-il devant le peuple hilare, laissant supposer que l’on va assister à des chorégraphies des plus surprenantes…

« Le lac » ouvre le bal. Ce morceau sonne comme un retour aux sources, suscite la réflexion et glorifie l'amour, le féminin et la nature. Réaliser un travail d’écriture introspectif, en solitaire, et dévoiler ses pensées intimes à un max de personnes, constitue une démarche ambivalente… A chacun ses choix après tout !

Très professionnel, le show est parfaitement maîtrisé. Tous les codes y sont. Des images sont projetées sur un écran posé au milieu du podium.

Le light show est particulièrement judicieux lui aussi. Les techniciens accomplissent un travail remarquable. A la moitié du ‘live’, des canons sis à proximité de la ‘stage’ tirent une tempête de serpentins géants. De quoi galvaniser l’ambiance un peu plus...

Bref, c'est véritablement un show à l'américaine auquel l’artiste se livre aujourd'hui pour le plus grand bonheur de ceux qui sont parvenus à se procurer le précieux sésame.

La suite du set va aligner une déferlante de tubes : « Kiss Me Forever », « Coco Câline », « Chou Wasabi », sans oublier les moments plus tendres, dispensés sous un format piano/voix, comme ce « Moi Lolita » ou encore cette reprise succulente de Montagné, « Sous le sunlight des tropiques ». Un titre qui prend tout son sens suite aux chaleurs tropicales de ce mois d'août.

La mer était également au rendez-vous, les décors de plage apparaissant régulièrement derrière l'artiste, histoire de coller un peu plus encore à ses thèmes de prédilection.

Que ce soit sur ses titres les plus stimulants ou les plus calmes, Julien y met la même dose de générosité. Le contraste entre la douceur des vocalises et le caractère dansant des chansons est assez frappant. L’alchimie fonctionne pourtant à merveille.

Responsable d’un ‘live’ puissant, énergique et sincère, même s’il y ajoute une pointe d’introspection, Juju ne cherche pas à jouer un rôle.

Lorsqu’on force le déroulement des événements, on les abîme… Il est égal à lui-même, très second degré et proche d'un public qui l’adore depuis les premiers jours. L’artiste serait davantage dans un abandon et une incarnation, mais pas dans un jeu…

Le graal du spectacle sera atteint lorsque son complice de toujours, Eddy de Pretto, viendra le rejoindre sur les planches pour interpréter un truculent « Larme fatale », en mode piano-voix.

Même si l'ami Doré nous avait habitués à ses turpitudes visuelles en introduisant des animaux dans ses clips, il s'offre ici le luxe d'invités de marques très spéciaux, sous la forme d'affectueux diplodocus. Sans oublier le panda ou encore de ses deux chiens Jean-Marc et Simone. Mais virtuellement celle fois ! Et oui, Ronquières est un festival et non une bétaillère !

Même si le Sieur Doré est tombé dans le piège du spectacle surdimensionné, il a offert ce soir, un spectacle surprenant, généreux, loufoque, mémorable et complémentent surréaliste. 

Bref, un concert qui colle parfaitement à l'esprit du pays dans lequel il s'inscrit.

(Organisation Ronquières festival)

Voir aussi notre section photos ici

Doria-D + Bandit Bandit + Delta + Noé Preszow + Charles + Louane + Hoshi + Eddy De Pretto + Julien Doré

 

 

Lokerse Feesten 2022 : samedi 6 août 2022

Écrit par

Après deux années sans festival, c’est le grand retour des Lokerse feesten sur la Grote Kaai de Lokeren. A l’affiche l’Anversoise Coely, dont c’est la quatrième apparition sur le site, la Batave Froukje, la native de Vilvorde, Emma Bale, et en after party, DJ Licious. Sans oublier, bien sûr, en tête d’affiche, la machine américaine The Black Eyed Peas.

Les hostilités débutent à 19h00.

Du haut de ses 21 ans, Emma Bale est rayonnante. Elle est vêtue d’une jupe en jeans de type fourreau et d’un top blanc recouvert d’un soutien-gorge en laine de couleur jaune. Elle est soutenue par deux claviéristes dont l’un se consacre parfois à la guitare électrique ou semi-acoustique et d’un drummer.  

Elle va nous proposer de larges extraits de son album, « Retrospect », paru en avril 2021.

Le set s’ouvre par « Amsterdam », un morceau inondé de sonorités de claviers. Emma arpente les planches de long en large. Elle embraie par un ancien hit, « Run ». La chevelure ‘blond platine’ d’Emma est bien mise en valeur par le light show. Plus paisible, « Mind Games » se nourrit progressivement d’électro. Tout aussi calme, « Kom Pas » est interprété dans la langue de Vondel. La voix de Bale est superbement soulignée par la gratte semi acoustique que l’un des claviéristes vient d’empoigner tout au long de « The Woman I Am Today ». Et lorsqu’il passe à la six cordes électriques, c’est pour nous nous proposer quelques titres plus funkysants, dans l’esprit de Nile Rodgers.

Emma n’en oublie pas son tube, « All I Want », une reprise de Kodaline. « Cut Loose » et « Curaçao » communiquent une ambiance tropicale au show qu’elle achève seule, armée d’une guitare semi-acoustique.

Grâce à son cocktail de pop, de r&b et d’électro, Emma Bale marche sur les traces d'icônes de la pop comme Ellie Goulding ou Dua Lipa. Une belle entrée en matière…

Setlist : « Amsterdam », « Run », « Mind Games », « Bad », « Long For », « Trust Issues », « Orange Tree », « Get Back », « Kom Pas », « The Woman I Am Today », « All I Want » (Kodaline cover), « Cut Loose », « Curaçao »

Place ensuite à Foukje. Originaire de Rotterdam, elle chante en néerlandais.  Agée de 21 printemps, elle compte à son actif un mini album 6 titres, « Uitzinning », paru en 2022 et un Ep 6 titres « Licht En Donker », en 2021.  

Affichant un sourire timide et coiffée de mèches rouges pulpeuses, elle est vêtue d’un jeans et d’un corset qui lui confère une taille de guêpe.

Dès qu’elle se met à chanter, on reconnaît immédiatement l’accent batave. Et il faut reconnaitre qu’en optant pour sa langue maternelle, elle n’a pas choisi la facilité. Néanmoins, le courant semble bien passer auprès du public. Sur le podium, elle est épaulée par trois filles et un garçon. Soit deux claviéristes, une guitariste et un drummer. Toujours pas de bassiste dans le line up.

Elle invite la foule à sauter sur place, à s’accroupir avant de bondir, mais aussi à balancer les mains de gauche à droite et inversement.

Les claviéristes descendent dans la fosse et incitent les spectateurs à applaudir.  

A travers ses chansons, la jeune femme n'a clairement pas peur d'exprimer ses inquiétudes et celles du reste de sa génération, face à la crise climatique.

Grâce à son enthousiasme juvénile et son charisme inné, elle a très vite pris le contrôle de la Grote Kaai…

Setlist : « Groter dan ik », « Onbezonnen », « Goud », « 17 », « Licht en donker », « Uitzinnig », « Een man die nooit meer huilt », « Is dit echt ? », « Heb ik dat gezegd ? », « Zonder gezicht », « Niets tussen », « Ik wil dansen »

Coely pratique du r&b teinté de de hip hop. Et elle a vraiment un look de rappeuse : veste lardée d’objets métalliques dont d’imposantes épingles à nourrices, des bottes d’aviateur et des tas de bagues argentées aux doigts. Même si la veste n’a tenu que le temps des deux premières compos…

La diva s’appuie sur une formation impliquant deux claviéristes, un drummer, un bassiste et un guitariste. Un excellent backing group dont un guitariste impressionnant, responsable de quelques solides solos. Deux vocalistes ont également prêté leurs voix, parmi lesquels on reconnaît le très fidèle Dvtch Norris.

Sa setlist va puiser généreusement dans son album « Different Waters », paru en 2017. Très soul, sa voix est puissante. Le light show est imposant. Et pour cause, on la devine parfois derrière le mur de lasers placés devant le podium. Mais sur les planches, elle ne tient pas en place. Et il faut reconnaître qu’elle est parvenue à mettre le feu à la Grote Kai. « Celebrate » met ainsi tout le monde d’accord, avant que le concert ne s’achève par une séance de beatbox.

Setlist : « Different Waters », « My Tomorrow », « Run It Up », « Can't Get Away », « Regulator », « No Way », « Alive »,

Avec DVTCH NORRIS : « Don't Care », « Magic Carpet » (DVTCH NORRIS cover)

« The Rise » (Together with her 2 brothers), « Is Everybody Out There » (Followed Band Introduction), « Celebrate », « Beatbox ».

Après deux ans de pandémie et plusieurs reports dus à la crise sanitaire, The Black Eyed Peas est parti en tournée tout l'été, à travers l’Europe. L'occasion pour Will.I.Am, Taboo et Apl.de.ap de venir défendre leur dernier opus, « Translation », gravé en 2020. Ce groupe phare des années 2000, actif depuis 1995, se distingue par son mélange de hip hop et d’électro. Mais il est surtout connu pour ses tubes, et tout particulièrement par « I Gotta Feeling », « Pump It », « Boom Boom Pow » et « The Time ». Et puis, le band californien a marqué toute une génération. En novembre 2011, après le périple mondial organisé dans le cadre de la promotion de l'album « The Beginning », au succès en demi-teinte, le groupe annonce une pause de quelques années. Mais en 2018, il annonce son retour ; cependant, sans sa chanteuse phare, Fergie. L'Américaine se consacre désormais à sa vie de famille. Une absence de taille, tant la chanteuse était la force des refrains cultes. C'est l'artiste philippine J. Ray Soul qui la remplace désormais. Un sacré défi à relever...

Le huitième long playing du band, « Translation », en est revenu à des sonorités plus latino, les premières influences du combo. Un LP qui a bénéficié du concours de grands noms, comme DJ Snake ou Shakira.

Le show accuse 25 minutes de retard.

Trois grands écrans en hauteur et un immense placé à l’arrière laissent la place aux quatre chanteurs, à un guitariste et un drummer. Pas d’autre musico, le reste est diffusé par des bandes préenregistrées, y compris les basses ronflantes. Mais, il faut le reconnaître, le son est excellent. Il est même puissant et californien sur « Let's Get It Started ». Entre rap et pop, ce titre ne pouvait mieux entamer leur prestation, une compo reprise en chœur par un public déchaîné.

Des effets pyrotechniques grandioses et des fumigènes en abondance enflamment le hit phare du band, « Pump It ». Dans le même esprit, tout au long du show, on aura droit à des murs de LED flottants, des lance-flammes, des canons à CO2 et confettis, dont une véritable avalanche s’est abattue sur la Grote Kaai, lors du final, un « Medley ».

Pendant les samples, Will I Am, Taboo et Apl.de.ap posent leurs voix tour à tour ou ensemble. J. Rey Soul, la remplaçante de Fergie, prouve qu’elle a trouvé sa place au sein du line up qui revisite tout son répertoire. Des extraits d’autres tubes (« Time Of My Life ») servent parfois à propulser les morceaux du groupe.

Les quatre vocalistes déménagent comme des puces surexcitées. Mais lors de ce set très dansant et participatif, manifestement, c’est Will.I.Am. qui tire son épingle du jeu.

Le gratteur se prend parfois pour Jimi Hendrix, à moins que ce ne soit Alex Van Haelen. Redoutable, la frappe du batteur est sauvage, tribale même. La nouvelle chanteuse remplace très bien Fergie et mérite sa place dans ce band de fous furieux dansants. Mais rien à faire, Fergie a laissé un vide. Son image apparait sur les vidéos projetées sur les écrans. Ce qui peut accentuer des regrets, car elle était l’âme vivante du crew qui a eu l’intelligence de combiner des hits et des morceaux du dernier opus, afin d’illuminer cette soirée très latino et dansante.

En 60 minutes, entre nostalgie et découverte, on en aura eu pour son argent.

 

Setlist : « Let's Get It Started », « Mamacita », « Pump It », « Love Tonight » (Shouse cover), « This is Love, #thatPOWER, Scream & Shout », « Don't You Worry », « Girl Like Me », « Don't Stop The Party », « The Time (Dirty Bit) », « Where Is the Love ? », « Meet Me Halfway », « I Gotta Feeling » (The whole crew on stage), « Medley »

(Organisation : Lokerse Feesten)

DJ Licious + The Black Eyed Peas + Coely + Froukje + Emma Bale

Voir aussi notre section photos ici

 

Page 9 sur 77