Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

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Le cauchemar de This Will Destroy Your Ears…

This Will Destroy Your Ears verse dans le dark wave, puise son inspiration dans la noirceur des sons de l’Angleterre des années 80 tout en y mêlant des notes psyché accrocheuses et des salves soniques noisy. « Funland », son nouvel album, sortira le 10…

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Suikerrock 2022 : vendredi 29 juillet

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Changement de site pour cette nouvelle édition. On passe de la grand place (conviviale mais exigüe) à une véritable aire de grand festival, au pied de la raffinerie tirlemontoise. Après le concert de Zucchero la veille (NDR : quand on vous parle de sucre…), et ceux de Chemicals Brothers et Tom Jones, les deux jours suivants, place à une belle affiche bien rock, ce vendredi soir.

L’organisation s’est bonifiée, elle aussi. Dès la sortie de la gare, des navettes de bus permettent de rejoindre le site en une dizaine de minutes. On appréciera la gratuité des parkings et de ces bus, comparé à des festivals de grande ampleur, comme Werchter. Le nouveau site est impressionnant. Une première découpe met en exergue une grande roue illuminée et une scène sur laquelle les DJs et clubbers se succèdent (c’est devenu à la mode) et où un bon tiers de la foule se masse en permanence. Sur la deuxième, kots de nourriture, boissons, et autres stands des sponsors attirent aussi la foule, et proposent notamment des places assises. Et enfin, tout à gauche, se dresse le podium sur lequel trois groupes vont se succéder ce soir.

Cette soirée débute peu après 20 heures par Therapy ? ‘What else ?’ serait-on tenté d’écrire, tant les fervents Irlandais ont le don de mettre le feu aux planches et l’ambiance dans la foule, toujours le sourire aux lèvres et en balançant leurs traditionnels riffs noisy. C’est par « Nausea », single d’ouverture d’un de leurs premiers albums (NDR : « Nurse » sorti en 1992, qui recèle aussi le single « Teethgrinder » joué aussi ce soir), que le band ouvre les hostilités. Très vite, et tout particulièrement dès « Stories », l’ambiance monte d’un cran (et ne redescendra plus). ‘We help each together’ insiste le leader Andy incitant l’auditoire à reprendre les refrains en chœur. La reprise de Joy Division, « Isolation » puis « Diane », à nouveau scandé par la foule, peut le conforter. Au beau milieu de « Potato Junkie », les comparses du drummer lui demandent :  ‘Nell, let drum like a motherfucker’. Et aussitôt il s’exécute à travers un solo de batterie. Les singles s’enchaînent et le set s’achève en force par « Die laughing », « Nowhere » et « Screamager » avant que le band ne recueille une salve d’applaudissements méritée.

White Lies est une formation rompue aux festivals, en Belgique. C’est donc avec plaisir qu’on la retrouve dans un cadre (un peu) plus restreint. Même recette pour eux aussi, Harry déboule tout sourire comme un jeune premier sur le podium. Et le combo attaque directement par son plus grand tube, « Farewell to the fair ground », enchaînant par les envolées de « There goes our love again ». Avant de traverser une période au cours de laquelle il s’égare dans la banalité, illustrée notamment par les titres issus du dernier opus sortis en 2022. « Am I really going to die » et « I don't want to go to Mars » passent plus difficilement, peut-être aussi par manque de recul par rapport à ce récent elpee. En fait, bien que toujours agréable à écouter sur disque et à voir en concert, le band londonien a toujours du mal à nous épater, à faire sortir l’une ou l’autre étincelle de ses concerts. A l’instar du final « Bigger than us » ; car il aurait été préférable qu’il soit transcendant plutôt que bien maîtrisé.

‘The Circus never dies’ scandait quelques heures plus tôt White Lies. On serait tenté d’utiliser le même slogan pour qualifier les prestations de The Sisters of Mercy. Qu’écrire encore sur un band qui n’est plus que l’ombre de lui-même depuis bien longtemps. A l’image des deux guitaristes multipliant les longues poses et autres mimiques durant le show ; et qui nous font regretter les originels Wayne Hussey et Craig Adams. Pourtant, ce soir, l’ensemble de la prestation est moins catastrophique qu’à l’accoutumée. Comme c’était déjà le cas lors des deux récentes soirées à l’Ancienne Belgique, des titres inédits vont étoffer la set list. Et presque faire oublier que le dernier des trois albums studio date de plus de… 30 ans ! Le ténébreux leader Andrew Eldritch semble de bien bonne humeur multipliant les interventions auprès du public. Et si elles sont brèves, c’est plutôt rare dans son chef. Sa voix ne semble plus défaillir, remballant même son backing vocal à un moment de la soirée. Ce qui confère un caractère un peu plus sympathique et enjoué au show. Même s’il valait mieux être dans les premiers rangs pour s’en apercevoir. Car les traditionnels fumigènes et lumières sombres lardés de spots projetés depuis l’arrière de l’estrade n’offrent que peu de visibilité. Était-ce une exigence du groupe ? En tout cas, aucune image vidéo n’est diffusée ; dès lors, les écrans géants ne projettent que des images sans intérêt tout au long du show (NDR : des extraits de mangas et séries B des années 80). Au niveau de la set list elle ne varie guère des autres dates de cette tournée. On épinglera la trilogie « Alice », « Giving ground » et « Marian » en interlude qui réveille le public et déclenche quelques pogos au sein du noyau dur des fans, dans la fosse. Une large place est laissée au troisième opus (NDR : « Vision Thing », le moins bon des trois, selon l’humble avis de votre serviteur), qui souffre d’accès plutôt métalliques, dont « More », « Doctor Jeep » et « Detonation Boulevard ». En final, l’inévitable « Temple of Love » puis « This Corrosion » déclenchent les derniers pogos. Le public, composé largement de milliers de fans quadras (voire quinquas), toujours conquis d’avance, semble avoir apprécié un show moins pathétique que de coutume.

(Organisation : Suikerrock)

THERAPY ? + WHITE LIES + THE SISTERS OF MERCY

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Les Gens d'Ere 2022 : samedi 30 juillet

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Seconde journée aux Gens d'Ere. Les conditions climatiques tiennent leur promesse. Le ciel est d'un bleu azur. Ce qui semble plaire au public qui préfère la bronzette sur les transats installés partout sur le site. Il y a comme un air de Saint-Trop', le côté prout-prout en moins. Car ici pas question de se prendre au sérieux, la détente est au centre des débats.

Cette seconde journée est essentiellement placée sous le signe des covers. Pour schématiser, c'est le terme employé lorsqu’un groupe réalise une nouvelle version d'un morceau obtenue à partir d'un original.

Ce genre de groupes fleurit. Si certains font preuve d'une technique musicale affutée, d'autres jouent comme des ‘clettes’. Mais, vu la notoriété du festival, les artistes qui se produisent font largement partie de la première catégorie.

Coverqueen s'est désisté la veille au soir pour cause de maladie au grand dam d’une bonne frange qui a fait la file uniquement pour assister à cette prestation. De source sûre, il semblerait que l'origine de cette défection soit plutôt fallacieuse... Mais, on n’est pas ici pour balancer !

Que le peuple se rassure, Achtung Babies prendra le relais. Il s'agit d'un des meilleurs groupes de reprises. Foi de festivaliers, la prestation qu'il va livrer pourrait rendre jaloux Bono himself.

La soirée s'est terminée par le mythique Mister Cover. Un band qui nous bassine les oreilles depuis des années en refourguant les mêmes chansonnettes à deux balles. Bref, même si c'est à vomir, ça attire du monde. Tant mieux pour les organisateurs. Et pour ceux dont la curiosité musicale s’arrêté à NRJ ou Radio Contact. Dont acte !

Aussi, le seul désir de votre serviteur sera la prestation de Lemon Straw, une formation drivée par le charismatique Gianni Sabia.

Le gars, longs cheveux huileux, poils sur la face, est plus en forme que jamais alors qu’il achève une tournée de plusieurs mois.

L'origine du patronyme est relativement iconoclaste. Lemon Straw pourrait se traduire par une paille et un citron. Celle-là même que Gianni servait quand il vivait à New York et travaillait dans un bar pour vivre. C'est aussi là-bas qu'il a vécu ses premières expériences scéniques en chantant des reprises dans le métro ou en rue.

Ce soir, il est accompagné par Grégory Chainis (basse), Boris Lori (Steel) et Martin Moreau (batterie).

Sabia a failli voir ses rêves se briser en 2017, suite au départ du claviériste Xavier Bouillon (qui avait lui-même déjà remplacé Renaud). S'ensuit une période de doutes et de remises en question. L’idée d’un projet solo a même traversé l’esprit du frontman.

L'arrivée de Greg (on a pu le voir au sein de plusieurs groupes qui sévissent dans la région) et de Martin (Minga Wash, Feel) a vraiment permis au combo de prendre un nouvel essor et d'insuffler une nouvelle énergie dans l'orientation musicale.

Boris est coiffé d’un béret à la Bourvil. Il est assis, guitare steel sur les genoux. Parois, il cale un harmo entre les lèvres.

C'est par un « I can't blame you » que les festivités commencent. Un titre issu d'un dernier LP intitulé « Puzzle », paru début mars 2020 ; soit juste avant le premier confinement. Et les confinements successifs ont malheureusement pesé sur la promotion de ce format.

« What's going » prend le relais. Une compo qui permettra au leader, gratte noire en bandoulière, d'explorer toute l'ampleur de ses vocalises chaudes et puissantes. Un instrument qui représente le prolongement de son âme. Une compagne, non pas en chair et en os, mais en bois et en nylon.

Martin est dans une forme resplendissante. Il se murmure qu'il ne va pas tarder à se mettre torse nu. « Out of time » s'immisce alors dans les portugaises des aficionados. Un single imparable issu de « Running Home », un disque constituant un virage important dans le line-up du combo par rapport au premier essai (plutôt réussi) « See You On The Other Side ». En tout cas, une prise de risque qui n'a pas désarçonné les fans de la première heure.

Perlant de sueur, le drummer n'a d'autres choix que de se désaper le haut de son anatomie pour laisser entrevoir un corps sculpté comme un Dieu. Et sous le feu des cris orgasmiques des pucelles présentes en nombre et de quelques mâles déjà bien imbibés (rappelez-vous, il fait chaud).

Hanté par une carrière professionnelle à l'usine dont il se sait à jamais éloigné, l'Italien se déchaîne. Il frappe ses cordes hargneusement et avec une conviction profonde. Entre folk, rock, blues et pop, sa musique reste sans doute le meilleur exutoire pour oublier les affres du passé.

Il s'agit de la dernière date de la tournée. Une parenthèse qui lui permettra de préparer l’enregistrement d’un nouvel elpee. Profitant de ces derniers instants de gloire, la formation donne ce qui lui reste d’énergie et l'offre en guise de cadeau au public fidèle depuis les premières heures.

Un set taillé dans le rock ! « Kick Me Out » permettra à Boris de sortir de sa léthargie. Harmonica en bouche, il livrera une prestation haute en couleurs. Chapeau bas (ou plutôt béret bas) !

Les titres s'enchaînent sans laisser de temps mort. « Which Side Are You » et son versant rock et rageur vient renforcer un peu plus encore cette atmosphère électrique.

Le show tire doucement à sa fin. Malheureusement ....

Le puissant « Run » sera la cerise sur le gâteau lors d’un bridge acoustique avant de reprendre de plus belle en fin de morceau, démontrant une fois encore le côté fédérateur du combo.

Un show du tonnerre.

Dommage que des titres plus gracieux comme la chanson éponyme du premier LP qui raconte une histoire sur l’amitié, n'ait pas été interprétée. Une compo qui figurera aussi sur l’album paru en 2015, mais en bénéficiant d’arrangements plus soyeux. Une ballade douce et amère écrite pour l'arrangeur et musicien multi-intrumentiste bruxellois Renaud Lhoest (Yann Thiersen, Pierre Rapsat, Dominique A), parti trop tôt (en 2014) des suites d'une longue maladie dont il souffrait depuis longtemps.

Son âme planait quand même quelque part aujourd'hui aux Gens d'Ere. De là où il est, il est peut-être fier du chemin parcouru par son ami de longue date.

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Achtung Babies + Mister Cover + Lemon Straw

(Voir aussi notre section photos ici)

Les Gens d'Ere 2022 : vendredi 29 juillet

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Ce qui n'était qu'un prétexte à faire la fête entre quelques amis du village est devenu aujourd'hui un événement qui dépasse les frontières de cette petite bourgade de la région de Tournai.

Aujourd'hui, Les Gens d'Ere sont devenus... légendaires ! Chose peu commune, cette confrérie a su garder cet esprit de simplicité et de camaraderie propres à sa culture. Ici, pas de chichis : un stand VIP réduit à sa plus simple expression, des pintes à seulement deux euros et une équipe de bénévoles passionnés qui œuvrent dans l'ombre depuis plusieurs mois déjà.

Pour cette énième édition, le site est plus aéré. Deux scènes se côtoient, l'une couverte baptisée ‘La ChapitO’ (avec un grand O svp !) et une autre outdoor, ‘Plein Ere’. Elles proposent en alternance un line-up cohérent, laissant aussi quelques minutes à la horde de festivaliers pour se frayer un chemin de l'une à l'autre sans devoir essuyer les coups de coude. Un détail qui peut se révéler réconfortant !

Si le soleil est effectivement au rendez-vous, il a l'intelligence, cette année, de nous épargner de ses rayons. Il fait bon vivre, de quoi se réjouir davantage de ce week-end prolongé.

Gwen Vanzeveren, président des Gens d’Ere et son team ont gardé la formule de trois jours. Pourquoi changer un modèle qui gagne ? La première journée est essentiellement destinée aux (re)découvertes à travers une programmation belge, la seconde est plutôt consacrée aux covers et enfin, celle qui clôt le festival touchera un public plus éclectique. Quoiqu'il en soit chacun y trouvera son compte !

Votre serviteur met le cap, en cette fin d'après-midi, vers le ChapitO. Ykons s'y produit. Déjà l'année dernière, il avait honoré de sa présence ce bien bel endroit champêtre.

Le groupe liégeois réunit Renaud, Yann, Patrick, David et Ben. Il s’est formé il y a pas mal de temps, mais sous un autre patronyme : 'Can D'. Le succès n'étant pas au rendez-vous, il décide de repartir d'une page vierge et choisit un autre signature.

Ce chemin initiatique se produit en 2019. La formation grave un premier elpee la même année, « Reflected ». L’ascension prend forme. Après quelques dates de concerts, accordés ci et là, elle finit enfin par se forger un nom dans le milieu. On connaît la suite : de nombreux festivals, une reconnaissance médiatique et populaire.

C'est « Sequoia Trees » (un message entre l’homme et la responsabilité qu’il a vis-à-vis de tout ce qui l’entoure), publié en 2020, enregistrant 7 000 passages et plus de 400 000 streams, qui lui permet d’acquérir une aura nationale. Les diffusions radios sont de plus en plus nombreuses. Ykons marque alors l'histoire de la musique, de manière indélébile.

Le quintet revient d'une tournée au Japon où les musicos ont ingurgité des tonnes de sushis. Ils sont manifestement heureux de se retrouver en terre sainte. Et si c'était l'occasion de becter des frites mayo ?

Ils sont habillés tout de noir, ressemblant, à s'y méprendre, à des croque-morts.

Debout face aux floortoms posés devant la scène, le frontman et un de ses comparses prennent le pouvoir en martelant avec force et conviction les peaux, pendant que la guitare post-pop aérienne et légère s’envole et que la basse vrombit dans les frontaux en transperçant les corps plantés devant les barrières.

C'est très vif et entraînant. Le public s'emporte et les muscles, jusque-là statiques, sont pris de mouvements saccadés au gré de cette rythmique un brin poussive. Et s’il s’agissait du syndrome Gille de la Tourette ?

Renaud Godart a marqué là au fer rouge une intro pour le moins percutante.

Il y a chez Ykons une filiation qui brosse de Coldplay à Editors en passant par Imagine Dragons. A la fois auteurs, compositeurs, producteurs et directeurs artistiques, les musiciens communiquent leurs influences dans chacune des chansons. Un mélange hybride qui définit bien la ligne artistique du clan.

Avec des fondements de positivisme et d'une expression sans complexe, chacun joue de manière décontractée, presque à l'intuition, la fluidité du set se révélant une de leurs forces.

Les compos ressemblent à un livre ouvert comme sur "Have a Great Crash", retraçant l’accident dont a été victime le bassiste du groupe.

Grâce à une expression sonore bien dans l'air du temps, le groupe s'approprie les racines du genre et en extrait la quintessence pour accorder une prestation étonnante poussant les uns et les autres à vivre dans cette communion solennelle (Darwin).

C'est techniquement époustouflant, humainement enrichissant et musicalement céleste. Un groupe qui signe le retour à de la bonne musique comme sur ce « Red light », nourri à l’indie-pop et coloré de touches électro.

Il y avait bien longtemps que votre serviteur n'avait pas vu et entendu pareille énergie lors d'un concert. Ykons est parvenu à offrir un show diabolique entre sueur, adrénaline et surprises et a montré qu'il possédait toutes les cartes pour emmener avec lui les plus fidèles dans un tourbillon insensé. Sa seule limite étant l'imagination !

Les plus jeunes se ruent maintenant vers la scène ouverte pour y entendre Kendji Girac, un chanteur et guitariste français, surtout connu pour sa participation à la saison 3 de ‘The Voice’ : ‘La Plus Belle Voix’ en 2014.

Le gars connaît le succès dès son premier titre, « Color Gitano ». Il a depuis publié quatre albums, dont un ‘live’.

Mêlant astucieusement pop et flamenco, le gitan se présente chemise blanche ouverte, laissant apparaître un torse qui plaît aux jeunes femmes hystériques. Faut vraiment peu pour faire des heureuses !

Quelques secondes suffisent à votre serviteur pour lui dicter l'envie de rebrousser chemin. C'est sans intérêt, insipide, incolore et inodore, hormis pour la horde de jeunes pucelles qui se sont entassées, frissonnantes, contre les barrières pour se farcir les élucubrations du gugusse.

En attendant, une grande table se dresse sur l'estrade du ChapitO. On y a posé un tas des platines. Normal, puisque va s’y produire Henri PFR. Un jeune gaillard actif dans le milieu de la musique électronique.

Si, dès l’âge de six ans, il poursuit durant neuf longues années une formation classique de piano et étudie le solfège, c'est véritablement vers l’âge de quatorze ans que le jeune Henri commence à s'orienter vers la musique électronique.

Si le genre ne séduit a priori pas votre serviteur, il est important de s'ouvrir à toute forme de culture musicale. C'est donc derrière l'ingé son, au milieu, qu’il se plante. Faut dire que l'abri est plein à craquer, toutes générations confondues d’ailleurs.

Surnommé ‘le petit prince des platines’, il s’est imposé comme la nouvelle sensation de la scène électro made in Belgium.

Mais pas que, puisque ses titres l'ont amené à s'ouvrir vers l'international. Aujourd'hui, il se transporte au gré des festivals ; depuis Tomorrowland, où il revient chaque année, en passant par l'Ultra Music, Lollapalooza et même Electroland, à Disneyland.

Aux Légendes d'Ere, l'artiste tient ses promesses. Un show dynamique et sans concession où la seule constante est la flexibilité de son matériel.

Entre ‘beatmatching’, ‘drop’ ou encore ‘cue’ (des termes propres à ce genre musical), survitaminé, celui qui se produit au-delà de nos frontières, se livre…

Les titres tels que « Flames » ou encore « I love you baby », entre mix et mashup (Abba, Coldplay ou encore les Daft Punk) s'enchaînent à en donner le tournis, au sein d’un décor riche en prouesses pyrotechniques.

Aucun doute, Mister Peiffer était le king ce soir en s'imposant non pas comme nouvelle sensation, mais en talent confirmé.

Une première journée faite de belles découvertes. Que nous réserve la suite ?

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Ykons + Kendji Girac + Henry PFR

(Voir aussi notre section photos ici)

Les Nuits Secrètes 2022 : samedi 23 Juillet

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Second round. Pour décor, les Nuits Secrètes ont troqué le ciel nuageux de la veille par un soleil de plomb. Si la veille, le public se cherchait un endroit où s'abriter, il en fait de même aujourd'hui, mais pour chercher un paradis ombré.

Votre serviteur a opté pour une casquette ainsi que des baskets, histoire de se fondre dans la masse.

Ce samedi, l'affiche est peut-être un peu plus éclectique. Ce sera forcément l'occasion d'y faire des découvertes.

Commençons donc par KOKOKO ! Qui ? Oui, vous avez bien entendu : KOKOKO ! Derrière, cet idiome, se cache un collectif porté par Xavier Thomas alias Débruit, et le performeur Makara Bianko.

KOKOKO ! est un projet né à la faveur d’un tournage documentant la scène contemporaine du Kinshasa underground, ‘Système K,’ réalisé par Renaud Barret.

Deux hommes noirs sont plantés au milieu de l’estrade ? Leurs vêtements semblent coupés dans une sorte de toile de jute jaune. L'un est préposé aux percus et l'autre au synthé.

Les ambiances sonores polyrythmiques ont rapidement marqué l'identité unique du groupe. Entre world music et afro beat, les codes musicaux sont relativement impropres à la culture occidentale. Eux-mêmes définissent leur genre sous le vocable de ‘tekno kintueni’ ou ‘zagué’ en lingala.

Leur univers est assez brut et loin des configurations habituelles. Les comparses prodiguent une musique d'une modernité brute et bien loin des chants populaires.

L'univers sonore emporte les jeunes demoiselles qui se déhanchent sans vergogne ; ce qui laisse entrevoir par moment un entrecuisse bien dodu. Une musique exotique proche de l'érotisme donc. C'est chaud et endiablé dans une ambiance qui colle parfaitement à la météo. Mais, la curiosité passée et le plaisir charnel satisfait, le côté linéaire du show devient vite ennuyeux.

Le checksound provenant de la « Station secrète » attire la curiosité de votre serviteur. On y entend une batterie, une guitare et une basse. Soit des instruments aussi rares sur la plaine que les cheveux sur le crâne de Kojak.

Satchel Hart s'y produit. Le public s'est couché dans l'herbe. Substance qu'il consomme joyeusement aussi. Pupilles dilatées, fond de l’œil rouge sang et sourire bêta, c'est dans une ambiance Woodstock que le set s’ébroue.

Le leader est un jeune homme multi-instrumentistes. La légende raconte que c'est seul, dans une intrigante cabane au fond de son jardin, que Satchel Hart met au point sa pop cosmico-sexy.

Il est accompagné de quatre comparses en pleine fleur de l'âge. On dirait des ados boutonneux. L'un deux est armé d’une guitare d'un vert douteux et a enfilé une chemise sur laquelle la mappemonde a été imprimée. Une merveilleuse histoire... de goût ?

Bref, le ‘dress code’ est une chose, la musique, une autre ! Dès les premiers riffs, on est plongé au sein d’un univers psyché revivaliste qui flaire les seventies. Un climat qui colle parfaitement à l'odeur de sapin qui enivre l’odorat, 10 mètres à la ronde.

Relativement lo-fi et élégante, la musique de Satchel Hart communique une certaine plénitude. Surtout sous son angle pacifique.

La voix de velours du frontman est hypnotique, et tout particulièrement sur « Liquid Sunshine », un titre dévoilé l'année dernière qui a permis au Belgo-américain de se faire connaître auprès du grand public. Une compo qui sent bon le mojito et la feuille de menthe ! 

Bref, cet artiste parvient à fédérer en remettant en exergue une pop sulfureuse, mais singulièrement source de tendresse et de douceur.

Deux concerts se produisent au même moment. Votre serviteur doit donc se dédoubler. Go vers l'Eden pour faire connaissance avec Ibeyi. Surprise, il s'agit de Requin Chagrin.

Le combo est drivé par une gonzesse bonde platine. Marion Brunetto. C’est elle qui a fondé le combo. En 2015. Et elle a choisi son animal-totem (un petit requin présent en méditerranée à qui elle s'est identifiée) comme patronyme.

Self made woman, la nana écrit et compose pratiquement tout elle-même. Le line up du band implique également Grégoire Cagnat (basse), Yohann Dedy (clavier) et Romain Mercier-Balaz (batterie).

Si l'orientation artistique lorgne parfois vers une dream pop qui agrège rock californien et noisy-pop anglaise, le set est plutôt énergique. Métronomique, le drumming insuffle un élan à la fois synthétique et onirique.

L'exercice de style est proche de celui d'Indochine. Pas étonnant lorsque l'on sait que Marion, plus jeune, était fan de Sirkis and Co. Mais pas seulement, puisqu’on y rencontre également aussi des réminiscences de Cigarettes After Sex voire de Cocteau Twins ; à cause de ces sonorités de grattes, de cette voix troublante et de ces lignes de basse chaudes.

Caractérisé par ses riffs entêtants et profonds, « Sémaphore », hymne issu du second album, permet à la fille de fédérer un public, resté jusque-là quelque peu passif.

Si ce gentil Requin s'aventure dans une eau trouble, entre mélancolie et puissance frondeuse, son champ musical explore des chansons plutôt pop.

Une parenthèse inattendue qui ravit votre serviteur.

Diamétralement opposé, les loustics de Dropkick Murphys sont parés pour livrer leur set déjanté. Ils sont vêtus de noir et portent des lunettes fumées. On dirait de vieux mafiosos !

Originaire de Quincy, ce groupe de punk celtique américain s’est formé en 1996. Et depuis, il explore un même style musical, fruit d’un cocktail de musique irlandaise traditionnelle, punk hardcore et folk rock. Quelque chose d'assez pluriel dans son ensemble qui a connu une certaine popularité grâce à « I’m Shipping Up to Boston », morceau qui fait partie de la B.O. du film de Martin Scorsese, ‘Les Infiltrés’.

C'est à la fois étrange et curieusement intéressant sur le plan musical parce que des instruments qui, a priori, ne sont guère compatibles, créent un univers sonore particulièrement mélodieux. Une alliance sympatrique à découvrir.

N'en déplaise à certains, la musique de Dropkick Murphys reste très virile tout en tombant vite dans les travers du genre. Davantage propice aux fêtes de la Saint-Patrick, elle tisse un lien festif et bon enfant entre les humains et les genres, entre universalité et infini...

La Station Secrète accueille maintenant Social Dance. Si votre serviteur définit parfaitement la sémantique de chacune des particules, il reste fort interrogateur quant à l'association des deux.

Ils sont trois sur les planches. La trentaine à peine. Faustine, Thomas et Ange vivent et composent leur musique ensemble. Marseillais, les trois amis unis par la musique se définissent comme incarnant l'amorce qui conjure le mauvais sort à coups de pop décomplexée, mutante et parfois absurde.

Le trio vient tout juste de sortir son tout premier single « Parler », au mois de juin dernier, et a joué à fond sur la force de la communication pour le partager.

La demoiselle se charge des claviers. Un des gars se réserve la gratte. Le troisième alterne chant et clavier. Avec pour résultat, une formule hybride où chacun explore les infimes possibilités de son instrument comme le prolongement de soi.

La combinaison offre un résultat assez surprenant. Les sonorités ratissent large : de Talking Heads à LCD Soundsystem. Et lorsque l'électronique et les beats se conjuguent, la filiation à Underworld (NDR : une formation qui a marqué une étape majeure dans l’évolution de la musique électronique au cours des 90’s, par un mélange d'ancien et de neuf, et dont le « Born slippy » est devenu légendaire) s’éveille. Mais on y décèle également et étrangement un petit côté léger à la Rita Mitsouko.

Enfin, difficile de rester de glace face à cette rythmique sortie d'outre-tombe et de ces beats qui rendent fous.

Direction l'Eden, et au galop. Un duo mexicain y est programmé : Rodrigo y Gabriela. A voir la configuration de la scène, le minimaliste sera de rigueur. Et c'est un euphémisme ! Elle est lui sont simplement assis, sèche à la main. Avec une dextérité sans nom, ils pincent les cordes ensemble pour enrober les Nuits Secrètes d'une pointe latine qui sent bon la moiteur de l'été.

Leur jeu acoustique est vraiment très impressionnant. Auparavant, ils appartenaient à la scène trash-metal. Étonnant non ?

Au-delà du caractère technique, le show de Rodrigo y Gabriela devient vite gnangnan. Une dizaine de minutes d'écoute suffit amplement pour faire le tour de la question. Désolé, mais c'est casse-bonbons !

PNL sera le tout dernier concert de la journée pour votre serviteur. Cet acronyme est très éloigné de l'ensemble de techniques de communication et de transformation de soi. On parle d'un festival et non du cabinet d'un psy. Et puis, il s'agit d’un crew de rap français !

S'ils évoluent dans un premier temps chacun de leur côté, Ademo et N.O.S, de leurs vrais noms Tarik et Nabil Andrieu, forment aujourd'hui un duo qui a connu le début du succès en 2015, lors de la sortie d'un premier Ep intitulé « Que la famille », suivi d'un premier album studio baptisé « Le Monde Chico ».

Son patronyme est assez connu dans le monde judiciaire. Le père, ancien braqueur et figure importante du banditisme, a purgé huit ans à la maison d'arrêt de Poissy. Le rejeton Tarik, quant à lui, en a déjà écopé d’une à Fleury-Mérogis, pour trafic de stup. Enfin, espérons que les dérapages du passé soient bien loin derrière eux. Mais, quoi qu'il en soit, je préfère garder mon portefeuille en sécurité, on ne sait jamais, des cousins pourraient bien être venus se faire la main.

Le show s’ouvre par « Deux frères », une vision autobiographique issu d'un album éponyme sorti en 2019. Un hymne courageux dans sa sincérité.

Ce qui impressionne, ce sont les projections sur le grand écran posé à l’arrière de l’estrade. Elles sont très cinématographiques.

Le visuel sera d'ailleurs, en quelque sorte, la pièce maîtresse du puzzle. PNL a ainsi remporté le prix de la meilleure création audiovisuelle lors de l'édition 2020 des Victoires de la musique, pour le clip du titre « Au DD », morceau qui figure sur le dernier elpee. C'est dire ...

Les frangins originaires de la cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes, sont loin d'être des experts en communication. A ce propos, ils ont toujours mis un point d'orgue à refuser l’exposition médiatique et gèrent eux-mêmes leur marketing, en comptant sur le soutien d’une fan base qui s'enrichit au fil des albums.

Leurs compos sont parfois mélodiques, versus MC Solaar, mais plus dark. Ils décrivent généralement le quotidien de la vie des quartiers sous un angle mélancolique, sans pour autant encourager les jeunes à suivre leurs parcours. Ils y parlent d'argent, de trafic de stupéfiants et de la famille.

Si la figure de style divise le milieu, Ademo et N.O.S apprivoisent le public en proposant aussi des chansons plus douces telles que « A l’ammoniaque » où ils cultivent tout de même cette différence qui fait partie de leur ADN (‘Nous, on est tout l’contraire de Piaf’). Un public ravi qui scande des 'Je t'aime' à la lueur de la lune qui s'est invitée en guet star.

Poétiquement discutable « Onizuka », sur un air down tempo, constitue le socle du cendrier qui permet à Ademo et N.O.S de vider leurs âmes, déçus par l’humanité (‘On n'imagine pas cette vie sans remporter la guerre’).

Que l'on soit réceptif ou non face à ce genre musical dans l'air du temps, il faut admettre que le duo s'en tire bien. Des textes châtiés, à fleur de peau, un flow parfaitement maîtrisé, une projection d'images ciselées et un public fidèle qui s'identifie au travers des compos.

Une belle journée s'achève. La nuit plane sur cette bourgade du nord de la France. Le reste de l'affiche est propice au dance floor.

Les articulations de votre serviteur ne lui permettent plus de se déhancher. Une ribambelle de jeunes, boissons énergisante, à la main se préparent maintenant à veiller jusqu'au petit matin.

Il est temps de mettre les voiles et de rejoindre le plat pays. Mais avec des étoiles plein les yeux…

(Organisation : les Nuits Secrètes)

KOKOKO ! + Satchel Hart + Requin Chagrin + Rodrigo y Gabriela + Dropkick Murphys + Social dance + PNL

 

 

Les Nuits Secrètes 2022 : vendredi 22 Juillet

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Déjà trois longues années que le sol des Nuits Secrètes n'avait pas été foulé par votre serviteur.

Situé dans la petite ville post-industrielle d'Aulnoye-Aymeries, une bourgade du nord de la France nichée au creux du bassin de la Sambre, ce festival est devenu, au fil du temps, une véritable institution et propose un line up de plus en plus solide.

S'il y a quelques années encore, on pouvait se rincer les portugaises sans mettre la main au portefeuille, il faut désormais allonger les biffetons pour obtenir le précieux sésame. Mais, ici, le prix des billets d'entrée sont encore relativement accessibles contrairement à beaucoup d’autres festivals. Les coûts liés aux cachets des artistes et à la sécurité se révélant de plus en plus conséquents, cette politique pourrait prendre un autre visage lors des prochaines éditions.

Pour les moins chanceux (et les plus radins), il reste une poignée d'artistes qui se produisent dans les rues sinueuses de cette ville, théâtre de son événement annuel le plus marquant.

Les Nuits Secrètes fêtent leurs 20 ans d'existence. Les organisateurs n'ont pas fait dans la dentelle. Des nouveautés, il y en avait donc. A commencer par la réorganisation complète. Et un nouvel accès mieux agencé pour permettre d'agrandir le site.

Et qui dit plus d'espace, signifie plus de confort, de tranquillité et de musique évidemment. La programmation a elle aussi été repensée et amorce un virage vers le hip-hop, le rap et l'électro, une tendance empruntée par le Dour Festival depuis quelques années et qui rencontre une certaine hostilité dans la frange de public plus âgée. Gageons que les Nuits Secrètes ne tombent pas dans les mêmes travers.

Les NS misent désormais davantage vers le durable et le circuit court. Les nombreux stands proposent des produits locaux en tout genre. N'y cherchez donc pas du soda pétillant noir, c’est peine perdue…

La main stage a été déplacée, permettant une meilleure visibilité. L’Eden, infrastructure métallique surmontée d'un toit rouge, initialement conçue pour accueillir le pôle régional des musiques actuelles, est également en place. C'est le seul endroit où s'abriter lorsqu’il pleut. Par temps ensoleillé, des brumisateurs permettent de profiter d’un peu de fraîcheur.

Une nouvelle scène trône désormais aux côtés de ses deux petites sœurs, ‘La Station Secrète’, de taille plus modeste. Un autre endroit propose également de diffuser de la musique. Il s'agit de l'’Oasis’, niché à un endroit un peu plus décentré.

Ce qui fait l’originalité des Nuits Secrètes est toujours d’actualité : les parcours secrets, ces lieux insolites découverts par le public de manière fortuite ou encore les Agents Secrets, c'est-à-dire tous ceux qui, postés aux endroits stratégiques, œuvrent pour que les festivités se déroulent sans encombre.

En cette première journée, le ciel est maussade. Pourvu que Dame nature retienne sa vessie. Ce serait une catastrophe pour bon nombre de festivaliers, car pour des raisons de sécurité, les parapluies sont interdits…

Il aura fallu pratiquement trois heures à votre serviteur pour accéder au site : entre manque d'information, absence de fléchage et défections d'accréditation liées au manque de réseau internet, les raisons de déserter étaient plurielles.

Enfin, il paraît que ce sont les aléas de tout événement de ce genre...

Bref, à peine arrivé sur place, force est de constater que la foule est relativement jeune. Trainings ‘Adidas’ et paires de baskets ‘Nike’, on dirait, à s'y méprendre, une compétition sportive. Les casquettes sur la tête sont aussi légion, palettes sur le côté svp. Il faut dire qu'une des têtes d'affiches attire ce type de public.

Direction l'Eden. L’abri est bien rempli. Au loin, les rythmiques électroniques retentissent. Pas vraiment la tasse de thé de votre serviteur. Mais la curiosité le pousse à franchir le pas.

Une gonzesse se tient au milieu de l'estrade. Il s'agit de SHYGIRL. Provocante à souhait, minois pas dégueu, elle semble cacher une certaine pudeur. Son esthétique, aussi bien musicale que vestimentaire, détonne. Elle apprivoise la scène avec une aisance inopinée.

Elle a gravé, il y a maintenant pratiquement deux ans, un album intitulé « Alias » qui a bien tourné dans les boîtes branchées de la cité londonienne.

Très énergique, impétueuse même, elle livre un set étonnant, chargé de beats industriels et féroces.

Nouvelle figure de la scène musicale underground londonienne, co-fondatrice du label NUXXE aux côtés de Sega Bodega et Coucou Chloe, Blane Muise, à l'état civil, pratique une électro mi-sombre, mi-acide sur fond d'érotisme débridé.

Elle a convaincu un public qui ne semblait pas pourtant, a priori, très ouvert à ce genre de lecture musicale. Pari gagné.

Direction la grande scène, pour assister au show de Damso. La foule est compacte. Faut dire que le grand black est une figure de proue de la scène rap. Et reconnaître que dans cette région du nord de la France, sa popularité est incontestable.

Sa musique est inspirée de son enfance, vécue à Kinshasa, ainsi que son adolescence, dans le quartier bruxellois de Matonge, en Belgique.

Actif dans le milieu depuis 2006, il a vu sa carrière véritablement décoller en 2015, lorsqu'il est repéré par Booba.

Lorsque le compte à rebours commence, haletante, la foule sait qu'il reste à peine 10 secondes avant que l’artiste grimpe sur le podium. Une éternité pour certains au vu des cris stridents perçus ici et là par des centaines de jeunes filles prépubères. Probablement en chaleur...

Faut dire que le gus est le rappeur francophone le plus écouté au monde. Son dernier album, « QALF Infinity », paru l'année dernière, a battu des records sur Spotify en comptabilisant seize millions d’écoutes en un jour. Une prouesse impensable pour un artiste belge qui ne fait pas carrière sur le plan international comme son compatriote Stromae, par exemple.

A ‘0’ pile poil, un vaisseau de lumière envahit le podium. Des jets de feu jaillissent de toutes parts. Le spectacle est d'une précision millimétrée. Une prestation digne des plus grands de ce nom.

Le frontman apparaît. Il est le seul aux commandes. Ni musicien, ni DJ à ses côtés. Pas vraiment expansif, il se contente de déblatérer ses chansons ponctuées d'un ‘ok’, forme de mimétisme verbal. Comme s'il s'agissait de la seule manière de s'adresser au public !

Peu importe, l'artiste se suffit à lui-même pour remplir l'espace scénique. Il pioche dans un répertoire dont la palette est particulièrement large, histoire de combler ses fans. Des compos tirées aussi bien de « Batterie Faible », que de « Ispéité » ou encore de « Lithopédion » (Feu de bois). Sans oublier « QALF Infinity » (« Morose », une chanson plus douce). Des featurings, il en sera aussi question, comme cette histoire de « Rencontre » avec Disiz.

Si ses textes sont relativement crus et empruntent de temps à autre des propos sexistes (qui lui ont d'ailleurs valu les foudres du Conseil des femmes francophones), Damso mise avant tout sur l'intensité. Entre un côté rageur et une forme de tranquillité subversive, il cultive une forme de paradoxe. Les aficionados aiment et lui rendent bien en s'exaltant à chacune de ses interventions.

Hormis, les effets visuels et les écrans sur lesquels des extraits de ses clips sont projetés, le concert est resté minimaliste. Mais peu importe, Damso, visiblement en grande forme, a cette capacité de fédérer et d'offrir un spectacle haut en couleurs

Il est 22 heures lorsque le concert s'achève. Il fait nuit noire.

Une première journée qui commence fort. Peu d'artistes découverts, mais d'une grande qualité. Les Nuits sont décidément bien secrètes sur la plaine d'Aulnoye-Aymeries…

(Organisation Nuits Secrètes)

SHYGIRL + Damso

 

LaSemo 2022 : dimanche 10 juillet

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Dernière journée d'un triptyque haut en couleur. Il est effectivement déjà temps de se dire au revoir.

Si la veille, les températures étaient plus que supportables, ce dimanche, les rayons de soleil ont décidé de cogner dur. Autant dire que les fontaines dispersées sur le site vont avoir une tâche bien ardue. C'est gratuit, alors autant en profiter !

C'est par Fleur que les festivités commencent. Le combo exécute sa prestation sur la scène de la Tour. Une jeune demoiselle est vêtue d'une robe verte à gros motifs ; des fringues probablement empruntées à son arrière-grand-mère.

Elle semble ingénue, baragouine quelques mots en français, mais c'est dans la langue de Shakespeare qu'elle s'exprime le mieux. De ses aveux, elle trouve que le français reste la plus belle langue de l'univers.

Une petite fille de 6 ou 7 ans semble carrément tombée sous le charme de la roussette et de ses trois comparses. En retour, elle recevra un vinyle dédicacé en plein concert sous les applaudissements du public.

L'univers du groupe nous replonge dans les années yéyé, un courant musical qui a sévi en France au début des années 1960. Et un morceau aussi décousu que décalé comme « Mon ami martien », en est un parfait exemple. Un peu gauche, la nymphette s'exerce en flash-back. Sa voix est fragile et posée. Ce petit accent accentue encore un peu plus le charme de cette artiste.

C'est sympa, mais le show s’avère un peu trop linéaire. Les spectateurs sont couchés dans l'herbe, brindille dans la bouche et chapeau de paille sur la tête, dans une ambiance qui rappelle, quelque part, Woodstock…

Ne retenons que le positif, cette brise musicale fraîche est la bienvenue, compte tenu de la température.

Friday Frida se produit à La Guinguette. Il s'agit de neuf gonzesses issues de la région de Liège. Elles reprennent de gros standards de la pop des années 2000 et des morceaux de folk américain.

Pas de musicos sur scène. Une des demoiselles se charge de donner le rythme à l’aide d’un gros tambour tandis que ses comparses se chargent de l'accompagner avec leur corps (elles utilisent leur torse, les doigts ou toute autre partie susceptible de produire du bruit). Bref, un résultat détonnant.

Si musicalement, ce set n'apporte rien de très particulier, la magie opère tout de même. Le public est conquis. Les filles sont satisfaites. Que demander de plus ?

La scène de la Tour accueille son plus fervent invité en la personne de Cédric Gervy. Il est présent au LaSemo depuis des années.

En ce dimanche, il a troqué sa casquette de prof de néerlandais pour revêtir celle de troubadour/chansonnier.

Hormis la présence de sa mascotte favorite (une espèce de peluche déglinguée), il est seul sur les planches.

Alors qu'il y a quelques années, il militait au sein d’un projet collectif : Cedric (et les) Gervy, impliquant Mr Chapeau, le gratteur RenRadio et le drummer Tyler Von Durden (remplacé en 2019 par The Robot), il se produit désormais en solo.

Lors d'une des dernières éditions, il avait invité le collectif à l'accompagner en ‘live’, ce qui avait débouché sur un set très performant.

Armé d'une gratte acoustique (qui elle aussi a déjà bien bourlingué), il revisite des sujets brûlants, dépeignant l'injustice de ce monde en format très second degré.

Lui, ce n’est pas du sang qui coule dans ses veines, mais un savant mélange de bonne humeur et de joie de vivre.

Autant dire que ses concerts sont synonymes de franche rigolade (« George est content », « « Que c'est chiant le reggae, etc.). C’est une thérapie contre la morosité ambiante à lui tout seul.

Bon, on ne peut pas dire que le gars possède un organe vocal très développé. Dès lors, considérez Gervy, n'en déplaise à l'artiste, comme un amuseur et non un chanteur.

Même si Cédric apporte un soin particulier lors de chacune de ses prestations, son set commence doucement à sentir la naphtaline. Ce sont toujours les mêmes carabistouilles, les mêmes jeux de mots, les mêmes sujets à dépeindre. On dirait un vieux sénile qui répète sans cesse les mêmes propos.

Un changement de line-up dans la programmation du festival serait de bon goût, car Gervy une fois, ça va, plusieurs années de suite, bonjour les dégâts.

Bon allez Cédric, ‘Bonne année quand même et à l’année prochaine !’ Enfin, si tu pouvais passer ton tour, quand même ...

Retour à la scène de la Tour pour y découvrir Ladaniva.

Pas question de bagnole, mais du groupe multiculturel fondé par la chanteuse arménienne Jacqueline Baghdasaryan et le multi-instrumentiste français Louis Thomas.

La rencontre tient d'un conte de fée. Baghdasaryan a 19 ans lorsqu'elle débarque en France avec sa mère. Arménienne qui a grandi en Biélorussie, elle est logée dans un foyer à Tourcoing.

Lors d'une jam organisée au bar ‘l’Intervalle’, dans le Vieux-Lille, un de ces endroits miteux où il encore possible de s'exprimer musicalement sans trop de souci, elle rencontre Louis Thomas, enfant de Quesnoy-sur-Deûle, trompettiste touche-à-tout et ouvert sur le monde et ses musiques.

Ladaniva naît ce soir-là. Un mini-concert sur Radio Nova est repéré par la suite par Michka Assayas (ce célèbre dénicheur de talents est également le maître d'œuvre d’une bible du rock, parue en 2000,) les propulsera vers l'autel du succès.

Leur popularité croît encore davantage lorsqu'en 2020, en plein Covid, Ladaniva publie deux vidéos qui vont générer plus d’un million de vues chacune sur YouTube.

La musique de Ladaniva est plurielle. Elle oscille du folk arménien à la musique traditionnelle des Balkans, en passant par le maloya, le jazz et le reggae.

Jacqueline est à l'image de la musique qu'elle produit : joyeuse et évasive, entre histoire, tradition et modernité.

Parfois un brin nostalgique, elle ne peut s'empêcher de revivre son vécu à travers l'une ou l'autre composition.

Direction la scène du Château pour le dernier concert de cette édition 2022.

Il s'agit de Ben Mazué. Promis à une carrière de médecin, Benjamin Mazuet à l'état-civil, opte pour la musique alors qu'il n'a que 25 ans.

Il est accompagné de deux musiciens multi-instrumentistes. Lui se réservera la sèche sur l'un ou l'autre titre.

Un écran blanc géant trône sur le podium qui permettra d'habiller en images le show qui s'annonce excellent.

D'emblée, amis des mots et de l’émotion, Ben Mazué aime se dévoiler à travers ses compostions. Ses joies, ses peines, ses émotions, ses états d'âme, ses paroles retentissent au gré de ses maux.

Auteur-compositeur-interprète, Benji couche ses sentiments sur le papier pour en construire des mélodies qui ont du sens. Pour lui et pour les autres. Ses récits sont tout simplement familiers, sincères et véritables.

L'amour est au centre des débats. Celui qu'on a perdu. Celui que l'on va retrouver aussi. Il parle ouvertement de la femme qui l'a quitté. Les chansons de son album « Paradis » ont été directement inspirées de cette période lorsque sur l'Ile à la Réunion, il se levait à 4 heures du matin faire son jogging, histoire d'évacuer toutes ces histoires obsédantes, tandis que son ex dormait paisiblement.

Mais à en croire ses propres propos, il vaut mieux une belle histoire qui se termine trop tôt, qu'une médiocre qui dure toute une vie (« Le cœur nous anime »).

Intellectuellement trituré (« Quand je marche »), Mazué reste un artiste qui rend à la chanson française ses véritables lettres de noblesse.

Agé de 41 ans, en pleine crise, l'homme se cherche et tente de se réinventer pour mieux se retrouver. Et si cette crise avait commencé plus tôt pour ne jamais prendre fin ?

Quoi qu'il en soit, Mazué s’épanouit dans ses chansons qui content la vraie vie. Fondamentalement curieux, la nature humaine le rend interrogateur. Mais les questions fusent, sans nécessairement trouver de réponse.

Durant toute sa prestation, il ne cessera de prendre le public à partie sur des sujets qui lui tiennent à cœur : la vie, la mort, les rencontres, les amis, etc.

Après plus de 10 ans de carrière, Ben Mazué est l’un des artisans de la chanson française. Un enfant aussi en quête de réponse.

Il est 22 heures 15 lorsque le show se termine. Une bien belle édition. Un site formidable. Des jeux. Des concerts. Une ambiance bon enfant. Un soleil radieux. De quoi attendre impatiemment l'édition 2023…

(Organisation LaSemo)

(Voir aussi notre section photos ici)

 

 

LaSemo 2022 : samedi 9 juillet

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Depuis 2013, le Parc d'Enghien, domaine de 182 hectares situé sur les communes belges d'Enghien et de Silly, accueille le LaSemo.

Caractérisé par ses espaces verts exceptionnels, ses pièces d'eau, ses jardins et des bâtiments qui couvrent près de 400 ans d'histoire, le site est propice à la découverte ainsi qu’au lâcher-prise et convient donc parfaitement bien à ce type de festival.

Après avoir traversé plusieurs crises sanitaires successives, le LaSemo revient sous sa version originale. Suite à la pandémie, les organisateurs avaient dû se contenter de versions épurées baptisées ‘Ceci n'est pas le LaSemo’ en 2020 et ‘Ceci n'est pas encore le LaSemo’, l'année suivante.

Contrairement aux deux années précitées, les masques ont totalement disparu reléguant au passé (?!), les vicissitudes atroces causées par les incertitudes épidémiologiques. Situation paradoxale puisque à l'heure d'écrire ces lignes, les contaminations reprennent de plus belle ...

Quoi qu'il en soit, pour cette nouvelle édition, tout y est : le Château est magnifiquement mis en évidence et on y retrouve les jeux pour les têtes blondes, les spectacles pour les plus grands enfants ou encore un espace ‘Amusoir’ basé sur le modèle intergénérationnel. Et cerise sur le gâteau, le temps est de la partie.

Autant de détails faisant du LaSemo un événement unique en son genre. Mais pas que, puisque ce festival mise aussi sur le développement durable. Vous cherchez du neuf ? Rebroussez votre chemin, vous n'y trouverez rien ! Tout est recyclé ! De vieilles bécanes qui permettent de recharger son portable à la force des guibolles, les chaises de mamy dispersées ici et là, histoire de poser son popotin, des casquettes faites de boîte en carton, sans oublier les toilettes sèches, évidemment. Inutile de préciser que cette liste est loin d'être exhaustive.

La vraie seule grosse déception sera l’absence de Jean-Jean, l’habituel géant givré de service chargé d’introniser avec humour, décadence et légèreté les artistes. Ce n'est pas sa première défection. Déjà en 2018, il avait été remplacé au pied levé par une Schtroumpfette qui ne lui arrivait pas à sa cheville (au sens propre comme au figuré).

Le festival se déroule à nouveau sur trois jours. Votre serviteur n'a malheureusement pu se rendre à temps sur le site le vendredi, là même où se sont produits notamment Fugu Mango et Girls In Hawaii.

Les hostilités débutent donc ce samedi par Barcella sur l’estrade de la Tour.

Homme de scène, il a décroché plusieurs prix émérites : championnats de France de ‘Slam Poésie’, prix ‘Jacques Brel de Vesoul’, récompense auprès de l'académie ‘Charles Cros’ pour son spectacle ‘Charabia’, etc.

Très à l’aise sur les planches, il jouit d’une longue expérience, puisqu’il a notamment assuré le supporting act de Jacques Higelin, Francis Cabrel, Sanseverino, Cali, Tryo, Zebda ou encore Thomas Dutronc.

Mathieu Ladevèze, à l’état civil, est un amoureux de la langue de Voltaire. Il aime le mot, le détourne de son contexte, l’utilise comme matière première, le façonne, l’envie, l’élève, le fait grandir, trie le bon grain de l’ivraie, avant qu’il ne renaisse dans chacun de ses textes, sur une musique dont la poésie moderne colle parfaitement à la chanson française.

Une évidence ! Il propose un ‘live’ où n’ont droit de cité que l’humour et la joie de vivre. Le gaillard rend festif ses propos, les malmène, les triture, les enjolive parfois, mais sans tomber dans la mièvrerie. Les seuls maîtres mots : bonheur et onirisme !

Cataloguer cet artiste de bouffon serait lui faire honte. C’est plus que ça. Bien plus ! Toujours en recherche d’exigence et d’inédit, sa conception musicale est concise et précise, entourant des jeux de mots percutants et réfléchis, tout au long d’un flow soutenu par des textes rageurs et affûtés, qu’il dispense en manifestant une autodérision majeure et éphémère.

Moment fort du spectacle, lorsque dans un élan de courage, il adresse un message au public féminin venu en masse. Lors d’un discours éloquent, il rend hommage aux… ‘salopes’.

Mesdames, ne le prenez pas pour vous ! Il sous-entend derrière cet idiome, les maladies, les catastrophes, etc. Bref, toutes ces saloperies qui nous empoisonnent la vie et qu’il qualifie ainsi…

Le public, pris au jeu, scande de plus en plus fort, cette expression rendue vulgaire aux oreilles des plus jeunes, présents eux aussi. Que les parents ne s'offusquent pas, c'est pour la bonne cause !

Autre scène, autre genre. Les membres de What The Funk se pressent à la Guinguette.

C'est sans doute l'endroit le plus atypique. La scène est constituée de palettes de bois. De vieux vinyles ont été cloués sur le pourtour du site, histoire de feindre un espace cosy. Si l'objectif final n'est peut-être pas atteint à cent pour cent, l'idée est originale en tout cas.

Ce podium bénéficie d’un bel espace ombragé car il se situe au milieu d'un espace arboré. Les spectateurs se sont installés au centre de l'hémicycle et attendent patiemment, une chope à la main.

Énergiques et passionnés, les membres de What the Funk sont au nombre de neuf. Leur truc, ce sont les reprises qui s’étalent des années 60 à aujourd'hui.

S’inspirant du meilleur de la black music, WTFunk mêle rythmes groovy et vibrations brûlantes : un cocktail bien frappé qui balance du lourd !

S’appuyant sur un répertoire judicieux et intergénérationnel, le groupe a offert un spectacle complet en visitant les gros standards du genre, le tout dans une bonne humeur contagieuse. Fallait voir le public se déhancher au gré de la basse syncopée et des guitares triturées par les pédales wah wah.

Bien que les formations de reprises soient dans l'air du temps, on peut quand même regretter l'absence de compos originales pour un festival de cette trempe.

Quoi qu'il en soit, le combo n'avait qu'un seul objectif : réveiller la pulsion rythmique qui sommeillait au plus profond de chacun de nous. Pari plutôt réussi et définitivement funky.

Retour à la scène de la Tour pour faire connaissance avec un jeune gaillard qui répond au nom de Tim Dup. Il est venu présenter les couleurs d'un nouvel album « La course folle ».

A vrai dire, cet artiste constitue la première belle surprise de la journée.

Agé de seulement 26 ans, ce garçon a tout d'un grand.

Il embrasse un univers où se marient volupté et mélancolie, le tout aiguisé par des textes empruntés à la langue de Molière.

En se servant de mots puissants, modernes et intimes à la fois, Tim brasse des thématiques vives et ensoleillées sur un lit de sonorités variées et audacieuses.

Des chansons qui invitent à l'évasion, tantôt avec légèreté, tantôt avec cette pointe d'autodérision. Il y parle de ses soirées d'apéros, de copains ou encore de l'Italie. Bref, une fraîcheur qui sent bon la jeunesse insouciante.

Devenu aujourd'hui une figure marquante de la scène française, le gaillard est aussi bien à l'aise devant le piano que le micro ; et il impressionne par la maturité de ses compos.

Si vous appréciez l'univers d'un Dominique A, vous devriez assez naturellement succomber au charme de Tim Dup.

L'heure est à la prestation de Patrice maintenant. L'artiste avait marqué les esprits en 1999 en publiant un elpee intitulé « Lions ». Pas étonnant donc que les groupies se soient pressées en masse devant le podium du Château.

L'homme dispose d'une large palette musicale. On passe de la soul au reggae et du blues au folk mélancolique en un tour de main.

Objectivement intéressant, l'homme ne parvient cependant pas à attirer l’attention de votre serviteur qui préfère remplir une fonction physiologique en se rendant au stand food.

Ce sera le dernier concert ‘organique’ de la journée, le reste étant consacré à la musique électronique. Un genre aux antipodes de ce que votre serviteur se met dans les portugaises. Curieux de nature, il prend la peine de jeter œil et une oreille au set de Thylacine.

Si dernière ce nom barbare se cache le loup de Tasmanie, ici, il en est tout autre puisqu'il s'agit de William Rezé, un musicien et compositeur français de musique électronique.

Issu du conservatoire, il prête ses talents de saxophoniste dans divers groupes et devient véritablement actif dans le milieu électronique, en 2012.

Si l'artiste se dit proche artistiquement de Fakear, Superpoze, Massive Attack, Four Tet ou Moderat, il s'inspire surtout de ses voyages pour composer sa musique qu'il façonne comme de la pâte à modeler.

La nuit vient de tomber. Des néons d'un bleu profond viennent s'immiscer subrepticement, faisant de ce moment de grâce, une parenthèse inattendue.

Planté au milieu de tout ce bidouillage électronique, Rezé est soutenu, sur certains morceaux, par un préposé aux ivoires. Et ses interventions sont subtiles. D’un noir étincelant, le piano à queue est planté au milieu de l'estrade.

Le jeune Français et son comparse sont d'une précision impressionnante. Tout est millimétré et calibré. Pourtant, par moments, lorsque l'on y est attentif, il semble que cette rigueur s’estompe pour laisser place à l'improvisation ; ce qui leur permet à la fois de revisiter, mais aussi de se forger un style unique.

Cette approche artistique permet au moins à Thylacine de renouer avec son passé de musicien du conservatoire.

Un vrai régal pour les yeux et les tympans.

Il est temps maintenant de regagner ses pénates, la dernière journée du LaSemo s'annonçant, elle aussi, très riche en découvertes et en surprises.

(Organisation : LaSemo)

(Voir aussi notre section photos ici)

Festival Au Carré 2022 : dimanche 3 juillet

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Triggerfinger était à l’affiche, ce dimanche 3 juillet 2022, dans le cadre du festival Au Carré de Mons qui se déroule, cette années, du 1er au 10 de ce mois. Six salles accueilleront les spectacles ‘indoor’, dont l’Arsonic, la Maison Folie, le Théâtre Royal, l’auditorium Abel Dubois, le 106 et le Théâtre le Manège où est programmé ce soir la formation anversoise. Trio anversois, Triggerfinger pratique un blues-rock, tendance stoner, particulièrement percutant. Il réunit le chanteur/guitariste Ruben Block (qui mène, en parallèle, un projet solo), le bassiste Paul van Bruystegem (surnommé Lange Polle ou Monsieur Paul, il a notamment sévi entre 86 et 94 chez les Wolf Banes) et le drummer Mario Goossens (producteur et également impliqué, suivant son temps disponible chez Angelico, Hooverphonic et Sloper). Le trio avait d’ailleurs accordé des interviews à Musiczine, en 2008, 2011 et 2014 (à lire ou à relire ici)

C’est en assurant les premières parties de pointures comme Iggy and The Stooges, Motörhead et Jim Jones Revue ou en se produisant dans de nombreux festivals belges et étrangers, qu’il a acquis une réputation de groupe de scène. Et il est enfin de retour sur les planches après 3 ans de pandémie…

Giac Taylor se charge du supporting act. Le Louviérois Giacomo Panarisi est considéré comme le parrain du ‘spaghetti rock’. Le leader de Romano Nervoso, a enfin réalisé le projet dont il rêvait : enregistrer quatre albums solos, chacun en moins d’une semaine, dont la sortie est imminente. Sur scène, il se charge du micro et de la batterie. Il est soutenu par Mick Torres à la six cordes, Angelo Guttadauria à la guitare, aux synthés et aux backing vocaux ainsi que Greg Chainis à la basse.

La setlist va privilégier les nouvelles compos. Sculptées dans un rock bien carré, elles sont le fruit d’un cocktail entre punk, metal et garage. Pas de temps mort ni de bavardages inutiles entre les morceaux. Pas de reprise ni de plages extraites du répertoire de Romano Nervoso, non plus. Hypnotique, la rythmique est empruntée aux Ramones. Ronflante, la ligne de basse libère un fameux groove. La frappe sur les fûts est à la fois métronomique et puissante. Les sonorités de gratte sont huileuses. Et le tout est généreusement nappé de claviers. Bref, toutes proportions gardées, ce flux d’énergie rappelle parfois le John Spencer Blues Explosion voire l’Experimental Tropic Blues Band. Un set bien sauvage comme votre serviteur les apprécie…

Setlist : « Armchair Warrior », « Mr Hollywood », « The Witch », « May Satan Bless Your Soul », « I Hate Drums », « Italian Abduction ».

Costards/cravates, les musiciens de Triggerfinger grimpent sur le podium. Ruben a chaussé des santiags de couleur blanche. Et côté costume, Mario a opté le bleu et Paul, pour le noir. Mais il semblerait que le line up soit passé à un quatuor, puisque Geoffrey Burton, un guitariste gantois, accompagne de plus en plus souvent les trois autre musicos, sur les planches.

Mario est planté au centre de la scène, sur son estrade, entouré de son imposant kit de batterie : deux énormes toms basse, une grosse caisse, une caisse claire et quelques cymbales. Dès que le band débarque, le light show se braque sur lui. Et manifestement, il semble en pleine forme. C’est même lui qui va faire le show, ce soir. Il martèle ses fûts pour lancer « I’m coming for you », le titre qui ouvre le set.

Geoffrey intègre parfaitement ses interventions à la guitare au répertoire de Triggerfinger. En fait, il permet à Ruben d’exprimer totalement son potentiel sur sa gratte ; que ce soit dans le domaine technique ou pour libérer des sonorités graisseuses, huileuses, sauvages ou métalliques.

Le back catalogue est revisité à une cadence infernale. Depuis « First Taste » à « Let It Ride », en passant par « Short Term Memory Love » et « By Absence Of The Sun ».  

Ruben ne manque pas d’humour. Il avoue que son slip est mouillé comme une piscine, avant de laisser tomber… son veston. Geste qu’imite dans la foulée, Mr Paul. Mais malgré l’énergie dépensée et la transpiration, Mario conserve le sien. Après « Is It » et « All That Dancing Around Again », le groupe clôt le concert par « Colossus ». Pas vraiment un morceau frénétique.

Au cours du rappel, le combo nous réserve le « Dancing Bearfoot » de Patti Smith. Une version un peu trop paisible au goût de votre serviteur, mais au cours de laquelle Ruben impressionne en chantant à la manière de la native de Chicago. En ‘live’, Trigggerfinger n’a rien perdu, ni de sa vitalité, ni de son efficacité. Du rock comme on l’aime !

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(Organisation : Mars Mons et Classic 21)

Triggerfinger + Giac Taylor

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