Sparks, le duo américain formé par les frères Ron et Russell Mael, voit le jour à Los Angeles en 1968. Après avoir été l’un des groupes clés du glam rock, Sparks décide d’évoluer vers la synthpop et la new wave, s’inspirant notamment des productions disco. Produit par Giorgio Moroder, son huitième album, « No. 1 in Heaven », devient un succès critique et commercial en 1979. Toujours en constante évolution, changeant de style à chaque nouvel elpee, le tandem continue de sortir des disques avec régularité et se produit toujours sur les planches, plus de cinquante ans après ses débuts. Ron, impassible derrière son clavier, vêtu de son éternel costume noir, n’a pas changé à 80 ans. Son frère Russell (77 ans) est réputé pour sa voix impressionnante ainsi que ses prestations scéniques flamboyantes et hyperactives, contrastant fortement avec la rigidité de Ron Mael. Il arbore toujours des tenues excentriques et colorées.
Malgré une actualité pesante, notamment aux États-Unis, les frères Mael ont donc gravé un vingt-huitième opus, baptisé « Mad ! », ce 23 mai 2025, dont ils vont aujourd’hui nous présenter de larges extraits. » Un disque qui joue habilement sur la polysémie du mot : à la fois synonyme de folie et d’une colère sourde - un reflet juste de notre époque troublée. Le contexte est tendu : les incendies qui ont ravagé Pacific Palisades, leur quartier natal à Los Angeles, et la présidence controversée de Donald Trump nourrissent leur inspiration.
Comme en 2023, lorsqu’elle était venue présenter son avant-dernier long playing, « The Girl Is Crying In Her Latte », la paire revient au Cirque Royal, pour défendre son dernier opus. Il s’agit peut-être de sa dernière apparition en Belgique : Russell Mael signale lors d’une interview qu’aucun nouvel album n’est prévu pour l’instant. Le duo préfère désormais se concentrer sur la sortie et la production de son film « X Crucior ».
Aucun supporting act n’est prévu. De nombreuses lampes leds à l’intensité lumineuse puissante sont insérés dans des énormes box rectangulaires entourés de barrettes de petites leds placées en hauteur par quatre et neuf rangées à l’arrière, entourent les artistes.
Une musique orchestrale symphonique intense résonne dans la salle et marque l’entrée du groupe. Sur une estrade surélevée au fond de la scène, prennent place en ligne : deux guitaristes, un bassiste et un drummer. Ron s’installe en front de podium, assis devant son clavier. Russell Mael s’adresse alors au public bruxellois en français, comme d’habitude : ‘Bonjour Bruxelles, est-ce que nous pouvons commencer le show ? Nous sommes les Sparks. Je vous présente mon frère Ron, et moi, je suis Russell ‘ avant d'entamer le très approprié « So May We Start », extrait de la musique du film « Annette », qui a été primé au Festival de Cannes.
Mais, c’est le très nerveux « Do Things My Own Way » qui donne le ton : un véritable cri du cœur, une déclaration d’indépendance artistique. En concert comme en studio, une chose est sûre : les Mael restent fidèles à eux-mêmes et ne cessent d’innover.
Le groupe prend une direction radicalement différente dès « Reinforcements », un virage audacieux mais fidèle à l’esprit de sa discographie, qui regorge de ces ruptures inattendues. Cette compo nous entraîne dans une sorte de vaudeville décalé, contrastant vivement avec l’explosion de tempo de « Academy Award Performance ».
« Goofing Off » est porté par un délicieux riff de guitare, évoquant des instruments venus tout droit du Moyen Âge. Un contraste saisissant, surtout à cause de ces cordes enregistrées sur bande en introduction. Un choix aussi étrange qu'intrigant. Sparks revient ensuite à l’univers de « No. 1 Song In Heaven », caractérisé par ses rythmes dansants et ses synthétiseurs entraînants, sur l’énergique « Beat The Clock ».
« Suburban Homeboy », déclamé par Ron Mael, s’avère d'une ironie cinglante et « All You Ever Think About Is Sex » est tout simplement hilarant. On a également droit à la célèbre marche robotisée de Ron ; ce moment où il se lâche brièvement, pour ensuite retourner bien sagement vers ses claviers, impassible comme toujours.
Certaines des nouvelles compositions du dernier LP passent mieux en ‘live’ que d’autres. « Running Up A Tab At The Hotel For The Fab » sonne différemment de la version studio, et il faut un certain temps pour s’y habituer. Et que ce soit sur « MAD » ou en public, « JanSport Backpack » reste un peu agaçant. Il n’est pas facile à facile à digérer en concert, même si l’interprétation live s’avère légèrement supérieure.
Cependant, parfaitement choisi, « Music That You Can Dance To » fait littéralement exploser la fosse en une joyeuse ébullition dansante.
Le set, brillamment construit, accompagne l’ambiance avec des sonorités électroniques irrésistibles, notamment sur « When Do I Get To Sing "My Way” ». Même le stoïque Ron Mael se laisse emporter, esquissant quelques-uns de ses meilleurs pas de danse sur « The Number One Song In Heaven », pour le plus grand plaisir du public. Un moment aussi hilarant qu’inattendu. D’autant plus que ressentant des bouffées de chaleur, il a besoin d’un ventilateur pour se rafraîchir.
Grâce à l’énergie entraînante propre à la formation et à la voix toujours remarquable de Russell, « The Girl Is Crying In Her Latte » rallie, une nouvelle fois, tous les suffrages.
A l’instar des trois shows précédents accordés en Belgique, « All That » sert de clap de fin. Un ultime adieu livré avec intensité et une émotion palpable.
Sparks a présenté, au Cirque Royal, plusieurs morceaux inédits, inégalement appréciés. Mais pour le reste du concert, le duo a exploré sa vaste discographie, proposant, une nouvelle fois, une sélection de chansons largement différente de celle des tournées précédentes…
Setlist : « So May We Start », « Do Things My Own Way », « Reinforcements », « Academy Award Performance », « Goofing Off », « Beat The Clock », « Please Don’t Fuck Up My World », « Running Up A Tab At The Hotel For The Fab », « Suburban Homeboy » (lead vocals by Ron), « All You Ever Think About Is Sex », « Drowned In A Sea Of Tears », « JanSport Backpack », « Music That You Can Dance To », « When Do I Get to Sing "My Way" », « The Number One Song in Heaven », « This Town Ain't Big Enough For Both Of Us », « Whippings And Apologies « , « Lord Have Mercy ».
Rappel : « The Girl Is Crying In Her Latte », « All That »
(Organisation : GRACIA LIVE)