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Didier Deroissart

Didier Deroissart

mercredi, 21 janvier 2026 16:23

Bref mais intense

Boulevard des Airs (BDA) célèbre ce soir son grand retour au Cirque Royal, sixième étape d’une tournée 2026 qui inaugure véritablement la série des Zéniths et des grandes salles en Belgique, en France et au Luxembourg. La formation tarbaise investit les planches du Cirque Royal sous la bannière de son sixième opus, « Je rentre à la maison », dont elle dévoile de larges extraits à l’auditoire. BDA séduit par ses méga-hits — « Cielo Ciego », « Emmène-moi », « Je me dis que toi aussi », « Bruxelles » ou encore « Allez Reste » (en compagnie de Vianney) —, fusionnant pop, folk, chanson et musiques actuelles. Peines, amour, engagement : le répertoire du combo touche chaque spectateur. Le travail autour du dernier disque explore notamment la thématique du harcèlement scolaire.

Cinq ans après « Loin des yeux », la formation, née dans la cour de récréation du lycée Marie-Curie de Tarbes, revient sur le devant de l’estrade avec « Je rentre à la maison ». Ce long playing, encore plus dansant que les précédents, alterne thèmes intimistes et universels, sonorités world, pop, folk et électro, et permet à BDA de dialoguer avec des invités tels que Carbonne, L.E.J. et Lémofil, un exercice qu’ils affectionnent. Cette fois, Boulevard des Airs, fidèle à son esprit de partage, relève un nouveau défi : le titre éponyme de l’opus devient le socle d’un projet pédagogique destiné aux établissements scolaires et associations. Dans ce disque, le mot ‘maison’ s’entend au sens large du terme : racines, identité, famille, odeurs, images, pays, toit, paysages, amis, attachement à ce qui nous construit — la ‘maison’ dans toutes ses acceptions. Il s’agit d’un refuge intérieur, fait de souvenirs, de visages, de couleurs et de saveurs : une identité-puzzle propre à chacun, en perpétuelle évolution.

Avant le supporting act, un documentaire d’une dizaine de minutes est projeté sur un écran géant, afin d’expliquer le projet pédagogique de BDA. Il est présenté par Florent Dasque et le nouveau chanteur du groupe, Eyal.

La première partie est assurée par une chorale d’enfants et d’adolescents, à savoir la chorale de l’association ’One Star One Destiny’.

Elle est constituée de jeunes gens âgés de 10 à 16 ans. Plus de septante filles et garçons rejoignent l’estrade, entourés par des instrumentistes : un bassiste, un préposé à la guitare électro-acoustique, un violoncelliste, un clarinettiste et une claviériste installée sur le côté droit, dans les gradins supérieurs. L’auditoire demeure clairsemé. La chorale interprète « Emmène-moi », « Bruxelles » puis « Je rentre à la maison ». Belle performance pour ces adolescents et initiative remarquable de la part de BDA, qui a convié cette chorale.

À 20 h 25, lorsque les huit musiciens de la BDA apparaissent devant nous, la salle affiche complet. Le décor s’articule autour de diverses estrades de hauteurs variées, sur lesquelles s’installent les six instrumentistes, protégés par des parois vitrées et ceinturés de rampes de LED. L’ensemble évoque une vaste demeure, sublimée par des jeux de lumière. Au-dessus du podium, en arrière-plan, s’élèvent, au rythme de la musique, six immenses pavillons (anciens conduits d’écoute de tourne-disque, dits gramophones, semblables à celui du célèbre tableau ‘La Voix de son maître’), dont le centre accueille des spots LED.

Le concert débute sur les chapeaux de roue : toutes les lumières convergent vers l’avant pendant l’installation des artistes, notamment le batteur Chacha Angela, positionné au centre et en fond, sur son estrade. À sa droite, les cuivres : Jean-Baptiste Labe (trombone) et Manu Aurousset (trompette). Le guitariste Jean-Noël Dasque se place devant le batteur, tandis que sur les deux estrades de gauche prennent place Jérémie Plante, derrière les claviers, et, juste devant, Laurent Garnier (basse, clavier), laissant toute la place à l’avant pour Florent Dasque, aux six cordes et au chant, accompagné du nouveau vocaliste Eyal, très interactif auprès de la foule. C’est bien sûr l’ADN du duo : interactivité et talent pour chauffer la fosse.

Après une introduction très électro, le set enchaîne sur « Demain de bon matin ». Les sons s’articulent autour du batteur, solidement soutenus par les six cordes et des cuivres omniprésents.

Vient ensuite « Si la vie avance », extrait du long playing de 2018 « Je me dis que toi aussi ». Cette chanson assume pleinement le virage électro. C’est ce versant que votre serviteur savoure : des sonorités ciselées, des claviers parfaitement synchronisés au batteur. Premier extrait du nouvel opus à découvrir sur les planches : l’éponyme. Ici, la connexion entre le band et les spectateurs s’avère totale (l’auditoire est en ébullition). Les deux frontmen expliquent le message avant d’entamer la chanson. La chorale, postée sur les côtés, entonne le refrain à tue-tête, suivie de près par toute la salle. Les lumières inondent le podium et éblouissent la fosse.

« Bruxelles » embraie : ils jouent à domicile, expriment leur amour pour la Belgique et embrasent l’estrade. S’enchaînent « Ce n’est pas si facile » et « Balkan ». Le nouvel elpee invite à la danse et distille une mélancolie, porté par des guitares acoustiques foisonnantes et des claviers. Sur « Balkan », la folie s’empare du public, galvanisé par les cuivres et surtout un immense sousaphone qui mène la danse. L’énergie festive, marque de fabrique de Boulevard des Airs, rayonne.

Le spectacle touche à sa fin, mais le final capte toute l’attention, notamment pendant « Allez Reste ». Le duo de chanteurs s’assied sur le bord des planches et entame la chanson en acoustique. Ils invitent la foule à reprendre le refrain. Cela ne prend pas. Ils se relèvent et laissent carte blanche à l’auditoire pour l’interprétation : d’abord « rock’n’roll », puis « reggae », « afro », « disco » et enfin « rap ». Cette liberté séduit la fosse et la formation prolonge le plaisir. Sans interruption, ils lancent le rappel par « Seul ici », puis « Regarde-moi », et concluent sur « Je me dis que toi aussi ». Voilà, c’est terminé. Bref mais intense.

Toujours portés par une énergie débordante et une interaction directe auprès de la foule, les concerts offrent un mélange de pop et de chanson française. Nous avons profité d’une ambiance scénique soignée, pour un moment festif. Un peu court : rappel inclus, 75 minutes. L’auditoire quitte la salle conquis et joyeux, des étoiles plein les yeux.

Setlist : « Intro », « Demain De Bon Matin », « Si La Vie Avance », « Je Rentre A La Maison », « Bruxelles », « Ce n’est Pas Si Facile + Balkan », « Emmène-Moi + Salsa », Pas Mieux Ailleurs », « Allez Reste »

Rappel : « Seul ici », « Regarde-Moi », « Je Me Dis Que Toi Aussi ».

(Organisation : Live Nation & Next Step)

 

La superbe Salle Baudouin 4 de Braine-le-Comte ouvre ce soir ses portes à la formation bruxelloise Colt, un duo en pleine ascension que votre serviteur suit fidèlement depuis l’Envol des Cités en 2018, époque où ils évoluaient sous le patronyme, tout aussi attachant, de Coline et Toitoine, et dont il ne manque aucun concert en Belgique. Cette année, après avoir enflammé l’Ancienne Belgique et traversé les festivals au pays des ‘moules/frites’ ainsi que ceux de l’Hexagone, le tandem composé de Coline Debry et Antoine Jorissen s’apprête d’ailleurs à retrouver un AB complet en février.

L’estrade accueille en première partie la prometteuse epona.  

Nouveau visage captivant du rock belge, epona (Epona Guillaume – 23 ans) foule les planches dès l’âge de 7 ans, d’abord en tant que comédienne, que ce soit au théâtre ou devant la caméra, entourée de ses sept sœurs. C’est pourtant dans la musique, et plus particulièrement le rock indé, qu’epona choisit de s’exprimer de façon intime, partageant par le chant les textes engagés qu’elle compose. Un thème essentiel s’impose à elle : les violences masculines subies par ses sœurs, ses amies, elle-même et tant d’autres.

En 2023, elle grave un premier EP de quatre titres, « Help I’m Fine », un opus centré sur des histoires personnelles. Se dévoiler exige du courage et une profonde introspection ; peut-être s’agit-il, pour elle, d’une manière pudique de rendre hommage à toutes ces victimes, voire d’exorciser une douleur enfouie. Le 7 novembre 2025, elle publie un nouvel elpee de cinq morceaux, « Traumas », dont elle nous propose quelques extraits ce soir. Pour la découvrir davantage, la release party de ce disque aura lieu le 30 janvier 2026 à la Rotonde du Botanique.

Le set débute sous l’impulsion de l’éponyme « Trauma » : une formule guitare/voix solide. epona alterne entre la langue de Voltaire et celle de Shakespeare, maîtrisant les deux univers. Positionnée à droite sur l’estrade, elle chante, accompagnée à gauche par un guitariste. Aujourd’hui, elle nous réserve ne prestation particulièrement intimiste. Sa voix, douce et aérienne, touche à la fois les cœurs et les entrailles.

Moment fort, la compo « Peine Pour Toi », interprétée en français, où elle raconte l’histoire d’un homme ayant tenté de la salir en lui subtilisant des photos personnelles, que l’on devine intimes. Plus loin, l’ambiance glisse vers une électro légère qui incite la fosse des premiers rangs à se déhancher, faisant grimper la température.

En fin de set, deux nouvelles compositions, encore sans titre définitif, sont dévoilées. À revoir, cette fois accompagnée d’un band au complet, pour une expérience encore plus riche (page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : « Trauma », « Peine Pour Toi », « Pour Toujours », « Naked Man (in the Forest) », « Voice », « Oubli » (titres temporaire) », « Simple Envie » (titre temporaire), « Ta Faute A Moi ».

Des lumières nourries enveloppent le duo dès leur arrivée, sous les hurlements de l’auditoire. Toitoine s’installe à gauche, sur le podium, devant ses synthés et ses machines. Les hurlements redoublent. Derrière Antoine, une claviériste/bassiste prend place sur une estrade élevée, tandis que le drummer Gaspard occupe le centre, accompagné à sa droite d’une autre claviériste. Mazarine et Charline, les deux claviéristes, vont enrichir le chœur et soutenir la voix de Coline. La foule s’embrase : ça trépigne, ça crie, ça interpelle. Dès les premières notes, l’alchimie entre Coline et Antoine s’impose. Antoine, pianiste depuis l’enfance et diplômé en composition de musiques de film, insuffle une profondeur mélodique à chaque morceau, tandis que Coline, forte de son expérience en chant lyrique et en comédies musicales, fascine par sa voix envoûtante et sa présence scénique énergique. Réunis sur l’estrade, ils excellent dans leur art : jouer et chanter ensemble, comme le rappelle « Mille Vies », première chanson du spectacle :  ‘Tu sais, à nous deux, on a lancé sans le savoir l’histoire que plus vieux on se racontera tous les soirs’. Colt, formation électro-pop intense et envoûtante, conjugue poésie et énergie brute.

« Premier » embraie, une compo qui ouvre l’opus « Saveur Cœur Abîmé ». Antoine s’anime derrière ses machines, tandis que Coline arpente le podium de gauche à droite, crie, sautille, lève les bras. Elle partage ses premières fois et son parcours depuis l’adolescence : ses premiers concerts, ‘les premiers 10 ans’. Les beats s’accélèrent, les claviers s’enflamment, suivis de près par le drumming tribal, alors que les lumières inondent le duo et les premiers rangs.

Après « Lionnes », le set se poursuit par « Oublie pas Ok » (une chanson d’amour), puis le titre éponyme du long playing, « Saveur Cœur Abîmé », qui explore la relation avec la mère et la famille de Coline. « ODIO » s’interprète en chant lyrique et dans la langue de Verdi, Antoine aux ivoires, sous un faisceau lumineux bleu focalisé sur lui.

Une attention particulière est accordée à « Sensible A retardement », un morceau paru il y a deux semaines, où Coline partage le chant avec son frère Diégo, absent ce soir. La chanson atteint 100 000 vues sur la toile : un véritable succès.

Coline signale qu’une personne — dont le duo a déjà beaucoup parlé sur les réseaux sociaux — ne parvient pas à être présente. Ce fait illustre « Reboot », qui clôt le set et embrase à nouveau la fosse. Coline et Antoine savourent un bain de foule bien mérité.

« Mille Vies » révèle la diversité et la maturité de leur art, tandis que des moments plus introspectifs, comme « Insomnies » offert en rappel, captivent l’auditoire par leur sincérité émotionnelle.

Ce soir, le duo est parvenu à captiver l’auditoire le plus éclectique grâce à une fusion singulière d’électro-pop et de rock urbain

Setlist : « Milles Vies », « Premier », « Lionnes », « Oublie pas Ok », « Saveur Cœur Abimé », « Chaos », « Invincible », « ODIOS », « Demi-Mot », « Désolée », « Sensible A retardement », « Reboot ».

Rappel : « Insomnies »

(Organisation : Centre Culturel de Braine-le-Comte)

Dimanche 26 avril 2026 – Stephen Sanchez – La Madeleine, Bruxelles

Jeudi 28 mai 2026 – Madison Beer – Lotto Aréna, Anvers

Mercredi 01 juillet 2026 – BTS – Stade Roi Baudoin, Bruxelles

Jeudi 02 juillet 2026 – BTS – Stade Roi Baudoin, Bruxelles

Mardi 25 août 2026 - A$AP Rocky – ING Aréna, Bruxelles

Lundi 12 octobre 2026 - Ólafur Arnalds – Cirque Royal, Bruxelles

Mardi 13 octobre 2026 - Ólafur Arnalds – Cirque Royal, Bruxelles

http://www.livenation.be/

 

 

 

25 mars 2026 - TUFF GUAC - Botanique, Bruxelles

04 avril 2026 - CLAIRE ROUSAY - BRDCST, Bruxelles

04 avril 2026 – YOUNISS - BRDCST, Bruxelles

13 avril 2026 - AURE AMOR - De Roma, Anvers

01 mai 2026 – YOUNISS - Trix, Anvers

07 mai 2026 – YOUNISS - De Vooruit, Gand

15 mai 2026 – TRIGGERFINGER - Clamotterock, Herenthout

16 mai 2026 – SARAH BLASKO Rock Lobster, Anvers

17 mai 2026 - C.W. STONEKING - Reflektor, Liège

18 mai 2026 - C.W. STONEKING - Missy Sippy, Gand

23 mai 2026 - SUUNS Les Nuits Botanique, Bruxelles

30 mai 2026 - DE MENS 'T - Zingt en Swingt, Arendonk

25 septembre 2026 - THE SLACKERS - De Roma, Anvers

https://peterverstraelen.com/

 

mardi, 09 septembre 2025 18:33

Au-delà d’un simple voyage nostalgique…

Formation emblématique du rock néo-progressif britannique, Pendragon investit ce mardi 9 septembre les planches du Zik-Zak à Ittre pour une soirée attendue par toute la communauté prog. Considérée comme mythique, la formation menée par Nick Barrett attire une foule enthousiaste, le concert affichant complet. Et étonnant, en débarquant devant la salle, le tour bus occupe la moitié du parking.  Pour la seconde fois sur l’estrade du Zik-Zak, le band promet un voyage musical intense, porté par l’énergie renouvelée de Rog Patterson à la guitare à douze cordes. Toujours fidèle à son esprit progressif, le groupe continue de marquer l’histoire du genre, offrant à l’auditoire une expérience inoubliable sous le signe de la passion et de l’excellence.

La première partie est assurée par le guitariste de Pendragon, Rog Patterson, reconnu pour son jeu de guitare à douze cordes et ses textes percutants. Ancien manager de tournée et collaborateur de longue date du combo, il est parvenu à enflammer la foule en dispensant un set folk convaincant avant de retrouver le band sur les planches (page 'Artistes ici).

Setlist : « Ergo Sum », « Gondwanaland », « Vital Signs », « Flightless ».

Depuis trois décennies, Nick Barrett façonne la prog sous l’étendard de Pendragon. Ce quatuor principal — Nick Barrett (chant, guitare), Clive Nolan (claviers), Peter Gee (basse) et Jean-Vincent Velazco (batterie) — accueille Patterson à la guitare et deux choristes, qui enrichissent parfois les arrangements par la flûte et le violon. Chacun imprime sa marque : Barrett séduit par ses solos lyriques et sa voix chaleureuse, Nolan enveloppe l’auditoire de nappes majestueuses, Gee insuffle une basse à la fois mélodique et robuste, tandis que Velazco ancre l’ensemble sous une rythmique précise et dynamique. Les voix et instruments additionnels confèrent une profondeur inattendue à la formation.

La soirée s’ouvre sur une interprétation intégrale de l’opus « The World » (1991), véritable tournant dans la trajectoire du band, comme le souligne Barrett sur le podium. Ce disque marque l’émancipation du combo, qui s’affranchit des premiers espoirs du néo-prog des années 1980 pour s’affirmer par une identité singulière. « Back in the Spotlight » lance le set sous une énergie éclatante, suivi par l’exubérant « The Voyager ». « Shane and Prayer », plus introspectif, installe une atmosphère empreinte d’émotion, tandis que la trilogie « Queen of Hearts » se déploie tel un mini-opéra rock. Le dernier morceau, « And We'll Go Hunting Deer », plonge la fosse dans un silence feutré, illustrant la capacité du sextuor à captiver autant par la subtilité que par la grandeur. Après ce long playing fondateur, la formation explore d’autres facettes de sa discographie.

Un « King of the Castle » acoustique (« Not of This World », 2001) distille une ambiance intimiste, avant que le band ne retrouve toute sa puissance pour offrir « Eternal Light » (« Not Of This World », 2001) et surprendre l’auditoire par un retour à « Kowtow » (« Kowtow », 1988), plus lourd et vibrant sur l’estrade que sur vinyl. « Alaska » (« The Window of Life », 1993) déferle telle une vague d’énergie, suivie de nouveaux joyaux comme « 360 Degrees » et « Explorer of the Infinite » (« Love over Fear », 2020).

Le moment fort survient lorsque la foule plébiscite « Indigo » (« Pure », 2008) au détriment de « Paintbox ». Son intensité sombre envahit la salle, témoignant de la volonté du combo d’adopter la spontanéité et de tisser des liens auprès de ses fans. « Afraid Of Everything » (« Love over Fear », 2020) conclut le set principal sur une note à la fois fragile et enivrante.

En rappel, « Breaking The Spell » (« The Window Of Life », 1993) offre un final majestueux : la guitare s’exprime avec émotion, les claviers luxuriants s’entrelacent à une section rythmique précise, tandis que les voix et instruments additionnels aboutissent à un climax puissant.

Ce que Pendragon a proposé au Zik-Zak dépasse largement le simple voyage nostalgique. La formation rayonne par sa vitalité, son élégance et sa pertinence, déroulant un set qui retrace plus de trente ans de création musicale. Dans une salle quasi comble, à l’acoustique remarquable et à l’ambiance chaleureuse, leur prestation rappelle pourquoi Pendragon demeure l’un des grands survivants — et innovateurs — du rock progressif. Le sextuor a livré une performance magistrale, mettant en lumière son évolution musicale et la virtuosité de ses membres.

Setlist :

The World : « Back in the Spotlight », « The Voyager », « Shane », « Prayer », « Queen of Hearts, Part I », « Queen of Hearts, Part II » : ...A Man Could Die Out Here...

Queen of Hearts, Part III : The Last Waltz

And We'll Go Hunting Deer

Acoustique : « Fall Away », « The King of the Castle ».

Full band :« Not of This World, Part 3 : Green Eyed Angel », « Kowtow »

Rappel : « Water »

(Organisation : Zik-Zak et Rock Nation)

Avant de s’élancer sur les planches européennes pour une tournée automnale reliant la Suède à la Roumanie, la New-Yorkaise Sari Schorr s’est arrêtée au Zik-Zak d’Ittre pour une date unique en Belgique. Soutenue par sa formation, la chanteuse – reconnue parmi les voix majeures du blues-rock contemporain – va électriser l’auditoire par une présence volcanique et une tessiture impressionnante, forgée auprès de figures telles que Popa Chubby ou Joe Louis Walker. Sur le podium, l’alchimie musicale qui l’unit à son guitariste Ash Wilson promet une soirée sans première partie, où la setlist s’annonce mémorable et la fosse, comblée. Après avoir gravé « Joyful Sky » en compagnie de Robin Trower – un elpee couronné par le Billboard Blues –, Sari Schorr dévoilera en exclusivité plusieurs titres inédits issus d’un disque à venir, offrant ainsi à la foule du Zik-Zak un moment rare, sous le signe de l’authenticité et de la passion.

La formation se réunit sans cérémonie avant le premier titre : d’un geste rapide, chacun prend place, ouvrant la voie à Sari Schorr. La batterie de Phil Wilson fusionne à la basse de Chris Cliff, grondant sous les doigts des musiciens, tandis que la Les Paul d’Ash Wilson vibre, surgissant des terres désolées, juste avant l’arrivée de Sari sur les planches. Arborant un large sourire communicatif, elle salue et applaudit la foule du Zik-Zak, manifestant une sincérité rare dans l’univers musical. Le concert s’ouvre sur le rock arénacé de « The New Revolution » (extrait du second opus Never Say Never [2018]), dont les sonorités rauques et envoûtantes captivent instantanément l’auditoire. Ce morceau met en lumière la ferveur du Dr Martin Luther King. D’une simplicité désarmante, la chanteuse désigne sa droite, invitant Ash à un solo de guitare fulgurant, particulièrement inspiré.

Le quatuor enchaîne sans transition : une intro à six cordes, stridente et flamboyante, lance « Ain’t Got No Money », extrait du premier elpee A Force of Nature (2016), produit par le génial Mike Vernon (Peter Green’s Fleetwood Mac, John Mayall & The Bluesbreakers, Eric Clapton, Blue Horizon — que de belles références !). L’auditoire embarque aussitôt, emporté par une énergie d’ouragan. Sari possède une voix d’une puissance incroyable : rauque, musclée, à la texture fascinante, évoquant Beth Hart, Janis Joplin ou Tina Turner. Elle assène ses phrases vocales tel un boxeur décochant des uppercuts, puis métamorphose sa voix pour la rendre presque langoureuse. La soirée se poursuit par une reprise puissante de Mott The Hoople, « Ready For Love », première d’une série.

« Freedom » embraie, morceau le plus honky-tonk, aux accents country des années 1940-1950. Sari y aborde la problématique de la violence armée aux États-Unis. La formation repart sur « Oklahoma », un blues pur et dur où Sari et ses musiciens excellent. Les rythmes incisifs, sublimés par des chœurs précis et dynamiques, s’accordent à la voix cristalline de Sari, qui s’harmonise à merveille avec ce blues raffiné. La soirée se prolonge par un enchaînement : « Cat and Mouse », suivi de « Hit the Road Jack », hommage vibrant à Ray Charles. Enfin, la reprise de T-Bone Walker, « Call It Stormy Monday (But Tuesday Is Just As Bad) », conclut ce segment, rappelant l’importance de ce pionnier de la guitare électrique dans le blues.

Bien qu’elle annonce « Highway 69 », les trois musiciens de Sari restent fidèles à la setlist et entament « Have You Ever Loved Somebody ». Sari, amusée par cette petite confusion, plonge dans le blues sensuel du morceau. À la fin, elle interroge la fosse : ‘Quelqu’un veut entendre un morceau intitulé « Highway 69 » ?’ puis plaisante : ‘Je crois que ça arrive bientôt !’ Ce hard rock dépouillé, inspiré par le bitume noir, dévore l’essence avec l’intensité d’une beuverie ; l’espace d’un instant, tout semble parfait.

« Valentina », au rythme entraînant et irrésistible, prolonge la soirée, bercée par le blues du bayou et la technique remarquable d’Ash Wilson à la guitare. Le final s’impose, percutant : la meilleure reprise de Led Zeppelin, « Rock and Roll », le morceau préféré de votre serviteur. La voix de Sari rivalise avec celle de Beth Hart dans cette interprétation. Anecdote : Nicolas Sand, arborant un tee-shirt à l’effigie de « Gallows Pole », lors des balances, avait entendu de la part de Sari : ‘I like Led Zeppelin, my final is Rock And Roll’. Encore une soirée mémorable au Zik-Zak, dont la programmation, toujours plus pointue, ne cesse de surprendre agréablement.

Setlist :

« The New Revolution », « Ain’t Got No Money », « Ready For Love » (Mott The Hoople cover), « Freedom », « Oklahoma », « Cat And Mouse, Hit The Road Jack », «  Call It Stormy Monday But Tuesday Is Just As Bad » (T‐Bone Walker cover), «  Love The One You're With », «  Joyful Sky » (Robin Trower cover), « Highway 69 « , « King of Rock and Roll », « Ordinary Life « , « Damn The Reason », « Black Betty » ([traditional] cover), « Valentina », « Rock and Roll » (Led Zeppelin cover).

(Organisation : Live Nation – Zik-Zak)

 

 

Julie Rens aka Julie Rains dévoile « lentement », un premier EP 7 titres empreint de douceur, de patience et de profondeur. Connue jusqu’ici comme moitié du duo bruxellois Juicy, Julie Rains ouvre ici un chapitre plus intime et contemplatif de sa carrière.

Aux côtés du producteur Rowan Van Hoef, elle explore une zone de rencontre rare entre jazz, soul et electronica, où chaque morceau s’étire dans le temps, porté par la répétition et la lente intensité du minimalisme. Parmi les titres du projet, « Je ne veux pas » illustre parfaitement l’univers de « lentement » : une chanson suspendue entre douceur et tension, où la voix de Julie se fond dans les textures électroniques de Rowan Van Hoef. Elle en livre ici une version intime et immersive, captée par Vinco Zone, qui prolonge visuellement la lente intensité du morceau.

La release party a eu lieu le 29 novembre au Beursschouwburg à Bruxelles Julie Rains a interprété « lentement »  sur scène entourée d’artistes proches de son univers.

 

Lundi 05 mai 2026 – Simple Plan – Forest National, Bruxelles

Lundi 25 mai 2026 – Goose – La Madeleine, Bruxelles

Mardi 09 juin 2026 – Patrick Watson –Le Cirque Royal, Bruxelles

Vendredi 12 juin 2026 – Patrick Watson – De Roma, Anvers

Mardi 23 juin 2026 – Beat – Cirque Royal, Bruxelles

Dimanche 04 juillet 2026 – Niels Destadsbader – OLT Rieverenhof, Deurne

Jeudi 01 octobre 2026 – Last Train – Ancienne Belgique, Bruxelles

http://www.livenation.be/

 

 

 

samedi, 15 novembre 2025 19:51

Un concert généreux…

Seconde soirée à guichets fermés au Cirque Royal pour Piet Hendrik Florent Goddaer, alias Ozark Henry. Face à l’engouement, une date supplémentaire a été ajoutée, attirant un public multigénérationnel. Après huit ans d’absence, l’artiste présente de larges extraits de son dixième album, « August Parker », sorti le 10 octobre 2025. Sur scène, Piet transcende les genres grâce à un spectacle immersif, où la thématique centrale est le changement et la résilience. Le morceau phare, « Light », s’inspire d’une expérience personnelle sur la perception du progrès. Le concert, divisé en deux parties d’une heure, bénéficie d’un univers visuel conçu par le cinéaste Lukas Desmet, inspiré par l’art du Kintsugi : la beauté naît de l’imperfection, chaque fissure raconte une histoire, et la musique rassemble les fragments.

La première partie s’ouvre à 20 heures précises. Les quatre artistes grimpent sur le podium, silhouettes noires se détachant sous les premiers faisceaux. Le batteur s’installe de biais, entouré d’une impressionnante constellation d’instruments : triangle, clochettes, bongos, sistres, cymbales, castagnettes… Piet prend place au centre, derrière ses ivoires, tandis que deux claviéristes — également choristes et multi-instrumentistes — se postent à sa droite, légèrement en retrait. Piet porte une veste de type bomber, constellée de plumes, sans doute d’autruche. Très rapidement, il s’adresse au public, chaleureux et visiblement ému, expliquant combien il est heureux de retrouver la scène après huit ans d’absence. Il vient présenter de larges extraits de son nouvel opus.

Le set s’ouvre par « Don’t Go Jerusalem ». Piet, immense et pourtant si calme, reste assis derrière son clavier. Le morceau est délicat, traversé d’une voix douce et prenante, peut-être inspirée par la guerre entre Israéliens et Palestiniens. Premier titre du nouvel elpee « 1970 » embraie : une voix aérienne, tandis que les deux choristes se balancent en rythme derrière lui, l’accompagnant aux ivoires.

Pour « In The Wild », Piet demeure derrière ses touches. Sa choriste s’avance et chante à ses côtés, pieds nus — détail habituellement réservé à Piet qui, ce soir, est chaussé de baskets montantes. Leurs voix s’entrelacent dans une parfaite symbiose. Le batteur, attentif, suit chaque nuance des ivoires. Il est d’ailleurs notable qu’aucune guitare ni basse n’est présente : Piet ne saisira sa six-cordes qu’une ou deux fois, pas davantage. « Christmas Eve » installe une atmosphère quasi-sacrée : on se croirait dans une cathédrale tant le recueillement s’impose. Le jeu des lumières, si présent, devient presque un cinquième musicien, suivant pas à pas les mouvements sur les planches. Pendant « Word Up » (« Birthmarks », 2022), un nouveau relief apparaît : la claviériste de gauche saisit un violoncelle, et ses cordes langoureuses transpercent âme et cœur. Le morceau semble réarrangé dans la douceur, moins percutant que sur disque, mais d’une grande finesse. A partir de « Sun Dance », l’énergie monte d’un cran. Piet se lève, abandonne sa veste, et le set vire vers un électro plus vif. Il saute sur place, fidèle à son geste fétiche. La première partie s’achève par « King Kong » : ivoires, cordes du violoncelle, clochettes et mélodica se mêlent, tandis que la choriste soutient Piet à la voix.

Après une courte pause de trente minutes, la seconde partie commence. Ozark revient vêtu d’une djellaba noire ; les trois autres musiciens n’ont pas changé d’apparence. Cette sobriété crée une atmosphère plus dramatique encore, amorçant un crescendo qui traverse toute la suite du concert. Ce second volet se tourne principalement vers des morceaux plus anciens, plus dansants, qui revisitent l’histoire musicale du groupe. Tous les hits sont dispensés.

Une parenthèse spéciale pour « We Can Be Heroes », où il rend hommage à celui qu’il adulait (David Bowie) — et c’était réciproque. Piet accomplira, bien sûr, un tour de salle en allant au contact de la foule. Il n’y a pas de projection d’images sur la toile de fond, mais le light show s’anime au son des percussions et des beats électro. En fin de set, Ozark demande au public de se lever et de danser. Il est clair qu’il était plus réactif pour cette seconde partie plus électro.

Lors du rappel, on aura droit à trois morceaux, dont le magnifique « Martyr ».

Un concert kilométrique d’Ozark Henry qui donne envie de retourner voir l’artiste une autre fois. En attendant, ravi, l’auditoire est reparti, de petites étoiles dans les yeux.

Setlist :

Première Partie : « Don’t Go Jerusalem », « 1970 », « In The Wild », « Christmas Eve », « La Donna E Mobile », « Word Up », « Sun Dance », « Hope Is A Dope », « Plaudite Amici Comedia Finita Est », « Dancer In The Dark », « Eight », « Pharaoh », « King Kong ».

Seconde partie : « Memento », « Intersexual », « Light », « Learn To Love Me », « Out Of This World », « At Sea », « Sweet Instigator », « Indian Summer », « We Can Be Heroes », « This One's For You », « Dreamer », « I’m Your Sacrifice ».

Rappel : « We Will Meet Again », « Martyr », « The End ».

(Organisation : FKP Scorpio)

Thomas Sarrodie & Bi-Polar Blues

Une guitare enracinée dans le blues, qu’il mêle une énergie rock contemporaine et d'échos psychédéliques des années 60, Thomas Sarrodie & Bi-Polar Blues captive par ses slides envoûtants, un accordage baryton, une contrebasse surprenante et un rythme de batterie tourbillonnant. Il se forme il y a douze ans en compagnie de Thomas Sarrodie (guitare, chant) et Sylvain Blanquiot (basse), le Thomas Sarrodie Group qui s’impose sur les scènes d'Occitanie avec divers batteurs, jusqu'à ce que Jérémy Cazorla prenne place derrière les fûts. Influencé par Stevie Ray Vaughan et Jimi Hendrix, Sarrodie y ajoute une touche personnelle, évitant les clichés, comme en témoignent trois albums studio et un enregistrement live vibrant. Désireux d'évoluer, le trio intègre la contrebasse, le slide et des accordages barytons, redessinant son son vers un blues roots tout en conservant une énergie rock. Rebaptisé Thomas Sarrodie & Bi-Polar Blues, le groupe se lance dans une nouvelle tournée et l'enregistrement d'un nouvel opus éponyme. Ce dernier reflète leur ambition de repousser les limites, grâce à des compositions évoquant le Delta ou les Hills, teintées de l'influence de R.L. Burnside, tout en rendant hommage à une tradition des années 60 avec une approche moderne.

Ce voyage presque initiatique au cœur du Blues et du Rock enflamme l'énergie et l'âme qui font de cet opus le travail d'un trio inspiré (guitare/chant, contrebasse, batterie), porté par l'expérience considérable du groupe, tout en restant unique et original.

Le vidéo clip de "It All Comes To An End" est disponible ici

 

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