Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Un clip d’animation pour le nouveau single d’Σtella

L'artiste grecque Σtella dévoile son nouveau single intitulé « Belinda ». Cette nouveauté s'accompagne d'un clip officiel au format visualizer, dont les illustrations sont nées sous la plume de la chanteuse elle-même, complétées par les animations de Yokanima…

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Frank Black

The Man In Black

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Si Frank Black vient de se mettre au régime, il y a belle lurette que son inspiration est, elle, anorexique. Pourtant, l'empathie l'emporte toujours lorsqu'on rencontre ce très gros nounours gentil, pas amer pour un sou, et dont la foi –catholique mais sans l'Inquisition– dans le rock et sa musique est aussi grande que celle qu'il place dans les petits hommes déjà venus de l'espace...

Pourquoi avoir une nouvelle fois utilisé un deux-pistes pour enregistrer "Pistolero"?

Ça ne coûte pas cher et en plus, le résultat me paraît supérieur, parce qu'il me ressemble... C'est plus brut...

Es-tu parfois frustré par ton statut et le manque de considération dont tu fais l'objet?

Personne ne mérite de considération, en particulier dans le milieu du rock. On n'a jamais raison. On ne reçoit que ce qu'on mérite.

Mais les Pixies avaient inventé un concept ; et en les copiant, des groupes grunge ont gagné beaucoup plus d'argent que vous…

Mais j'ai gagné beaucoup d'argent ! On ne peut pas décemment être fâché parce que quelqu'un gagne plus que soi. Et puis, qu'est-ce qui compte? En ce qui me concerne, je peux me payer à bouffer dans n'importe quel restaurant!

Tu y vas souvent ?

Tout dépend de ce qu'on entend par ‘souvent’. Disons facilement deux fois par semaine. Mais qui n’établit pas le lien entre le plaisir et la nourriture? Pour beaucoup de monde, et j'en fais partie, manger est l'une des choses les plus importantes...

Tu te sens bien dans ta peau de ‘gros’?

Faut croire que non puisque j'essaie de perdre du poids en mangeant moins et en faisant de l'exercice!

Est-ce facile de faire régime?

C'est plus simple quand on a recours à un diététicien. Parce que s’imposer un régime personnellement, c'est dur... J'ai déjà perdu un peu poids –5 kilos, ce qui dans mon cas, n'est pas très significatif.

Et E.T. dans tout ca?

D'où vient cet amour de la langue espagnole que tu utilisais à la fois chez les Pixies et puis dans ta carrière solo?

Je crois que c’est dans ma culture ; je veux dire la culture américaine. Pourtant, je ne suis pas très bon en espagnol. Disons que je me débrouille.

Quel est ton avis sur la musique latino, très à la mode ici actuellement?

A Los Angeles, elle passe beaucoup à la radio ; mais on y entend davantage de trucs chicanos que de la musique cubaine, plus en vogue à New York ou Miami bien sûr. Cette idée de village global me plaît bien, comme d'ailleurs le fait que des musiciens issus de tous les horizons puissent passer leur musique dans des médias du ‘Wonderful West’.

Tu n'as pas de plan, du genre enregistrer un disque en compagnie des Gypsy Kings, par exemple?

Non, parce qu'ils font ce qu'ils font. Et puis, ils sont originaires de Bayonne. Moi je viens de Los Angeles.

Ton avis sur la politique de 4AD qui continue à piocher dans l'héritage des Pixies?

Je ne peux pas vraiment m'en plaindre puisqu’elle me permet de toucher des royalties... Ça ne me dérange franchement pas. C'est comme faire briller une vieille voiture...

Quelle est le point commun entre Billy Radcliffe (un des titres phares du dernier album) et disons… Alec Eiffel?

Les deux sont liés à l'aéronautique. "Alec Eiffel" est une chanson biographique à propos de la relation entre Alec et Gustave Eiffel, le constructeur de la tour Eiffel, considéré comme un pionnier de l'aérodynamique. "Billy Radcliffe" est aussi un récit biographique à propos du premier bébé né dans l'espace. Bien sûr, il vit, souffre et meurt à cause de l'aérodynamisme, étant ce qu'il est là où il vit. Peut-être est-il le fils spirituel d'Alec Eiffel...

La simplicité semble être la base de ce que tu proposes actuellement. Penses-tu que la scène rock est trop cérébrale?

Non (il rit)! Elle ne me semble pas cérébrale du tout. Le rock est ce qu'il est. Je crois au rock'n'roll ; mais je ne crois pas forcément à la scène rock actuelle. Elle est une simple pierre dans la statue du rock.

Penses-tu appartenir au présent, au passé ou être un visionnaire?

Je suis du passé et du présent, mais c'est gentil de dire que je suis aussi du futur!

Tu t'attends à quelque chose de spécial de la part des extra-terrestres pour l'an 2000?

Non, je ne crois pas à cette connerie de l'an 2000!

Mais tu crois aux martiens…

Certains jours oui, d'autres non. Tout dépend de quel côté de mon lit je sors le matin (rires).

Le ‘Jeffe’ et les catholiques vont-ils lancer une inquisition rock'n'rollienne?

Non, non. Nous sommes de mauvais catholiques, à l'esprit ouvert et large, des libéraux... Bien que je doive avouer quelques fantaisies sexuelles, du genre attacher des filles et les ‘torturer’. Mais rien de sérieux comparé à l'inquisition espagnole.

Dernière question: tu as des nouvelles de Kim et des autres ?

Les autres ont aussi un nom, tu sais? En fait, je vois tout le temps Joe. Quant aux autres, pas de nouvelles! Pas une lettre, un coup de téléphone... Rien! Nada!

(Article paru dans le n° 74 de juin 1999 du magazine Mofo)

 

The Hundred in the Hands

Jeunes, beaux, et bientôt célèbres.

Écrit par

Jason Friedman, c’est la demi-tête pensante des Hundred In The Hands. Par un bel après-midi, cet homme affable sirote un Cola et bouquine entre deux interviews. Au fil d'une conversation charmante et non dénuée d'humour, j'apprends que cet ancien étudiant des Beaux Arts et membre fondateur de The Boggs a aussi été guide touristique à Berlin. Entre culture cinématographique et escapade historique, notre conversation navigue au gré des mots. Rencontre avec ce qui pourrait bien être l'attraction de demain.

Jason, première visite sur nos terres, après l'annulation de votre date en avril dernier au Domino Festival?

Exact. Nous avions été contraints d'annuler à cause des émanations du volcan islandais. Ce n'est que partie remise. Nous espérons être bientôt de retour.

The Hundred In The Hands revendique un son qui lui est propre. Ni chaude, ni glaciale, ni sombre, ni aveuglante, votre musique est une synthèse de ces descriptions. Un mix d'émotions et un brassage d'influences diverses. Comment avez vous élaboré ce son spécifique?

Chacun de nous deux possède un vécu historique et musical différent. Nos influences sont également différentes. Et ce que nous créons ensemble, est donc le fruit de ces influences. Dans la mesure où nous ne sommes que deux, il est impossible pour nous de composer comme n'importe quel autre groupe, du genre: on se voit au local, on répète et on crée des morceaux dans cette veine. Non, nous travaillons chacun de notre côté des ébauches de chansons que nous refilons à l'autre, qui à son tour les retravaille. Et nous finissons d'écrire les chansons pendant le processus d'enregistrement. Ce qui engendre une interaction entre Eleanore et moi-même et apporte une certaine homogénéité à l'ensemble. Procéder de la sorte nous procure d’ailleurs beaucoup de plaisir. C'est assez amusant. Et nous permet d'emprunter différentes voies et évite l'évidence de nos influences qui sont alors noyées dans le processus.

Vous accordez-vous avant de commencer sur l'ambiance d'un morceau et la façon dont vous aimeriez qu'il sonne?

Non, en fait, de par cette liberté que nous nous accordons pour la composition de nos chansons, celles-ci peuvent à tout moment prendre une direction ou une autre. Les versions démos sont tout à fait différentes du résultat final, et parfois assez méconnaissables. Par exemple, la première mouture de « Young aren't young », la chanson qui ouvre notre album, était une sorte de version afro-beat des Young Marble Giants : une ligne de guitare posée sur des percussions africaines et un martèlement de batterie. Au final, même si nous avons gardé la mélodie et pas mal de choses, le résultat est sensiblement différent. Ce qui illustre la liberté de direction de nos chansons ; et c'est ce côté imprévisible qui nous excite.

Vous prenez donc votre pied dans l'expérimentation?

Effectivement. Je me souviens, quand nous avons commencé à élaborer le projet, que notre ambition était de travailler en compagnie de différents producteurs aux visions personnelles des choses, d'essayer de tirer un maximum parti de leur savoir et nous en servir en retour.

Ce qui vous éloigne drastiquement du processus de création opéré au sein de The Boggs, votre premier groupe?

Absolument. A l'époque, j'étais le maître à penser, je composais seul les chansons et les autres membres me suivaient à la trace. Même si mes acolytes, en compagnie desquels je partageais cette aventure depuis plusieurs années, épousaient une même conception de la musique, c’est souvent ma vision des choses qui prévalait. En quelque sorte, nous étions esclaves de mes limites. Certaines chansons auraient pu être mieux, plus abouties. Tandis que maintenant, il s'agit d'un projet à deux cerveaux complémentaires ; et c'est ce que j'aime. J'apprends de mes erreurs. Et je me suis amélioré en tant que chanteur ; ce qui me permet d'appréhender les choses de manière différente. Ensuite, il y a l'apport des collaborateurs. Je pense au producteur Chris Zane qui bosse sur nos compos depuis notre premier single « Dressed in Dresden » et dont le travail est fantastique. Toutes ces contributions nous ont permis de forger notre propre identité.

Etre signé sur Warp change-t-il les règles ?

Certainement. Par le passé, nous avons eu notre part de frustrations. On a galéré, ce ne fût pas toujours évident. Le label Warp était LE label en compagnie duquel nous rêvions de travailler. Et que les choses se soient passées exactement comme nous n'osions pas l'imaginer, mais que nous espérions de tout cœur, est totalement surréaliste. Ce sont eux qui sont venus à nous, et quand ils nous ont proposé de signer, nous n'avons pas hésité l'ombre d'une seconde. L'image qu'on s'en fait n'est pas usurpée. Il s'agit réellement d'un label de qualité, artistiquement très engagé, dont la vision est ouverte et intelligente. Je suis certain qu'après le mini-succès de « Dressed in Dresden », n'importe quel label aurait été tenté de nous demander de répéter la même recette, encore et encore. Mais pas les gens de Warp. Ils nous laissent carte blanche de A à Z, et cette liberté est vraiment précieuse. Nous ne sommes pas obligés de pondre des chansons en batterie, pas obligés de tourner. Non, ils nous disent ‘prenez votre temps, créez à votre rythme, on s'occupe de tout le reste’. C'est une chance inestimable.

Comment s’est déroulé l'enregistrement de l'album?

Le plus simplement du monde. De juin à septembre 2009, Eleanore et moi nous sommes concentrés sur l'écriture, à l'écart, dans notre coin. A partir de là, nous avons prévu quelles chansons figureraient sur l’Ep, et celles que nous envisagions de mettre sur l'album. Et puis nous nous sommes mis au travail sous la houlette des producteurs que nous souhaitions et finalisé le tout.

Tout en gardant votre mot à dire sur le résultat?

Tout à fait. C'était une réelle coopération entre les différents producteurs et nous-mêmes. Chacun apportant sa touche personnelle, ses idées. De plus, nous avons gardé pas mal du matériel enregistré 'à la maison'. Pour les guitares par exemple, nous n'avons pas eu à les réenregistrer. Mais nous avons profité du matériel haut de gamme du studio pour refaire les voix et certaines programmations.

N'est-ce pas un procédé délicat en prévision de la performance scénique?

Oui et non. En sauvegardant la plupart des prises démo, nous conservions cette perspective à l'esprit ; mais le fait de les jouer en concert me donne à réaliser comment je souhaite que telle guitare sonne ou telle ligne de basse soit. Nous utilisons beaucoup de bandes et nous essayons de trouver l'équilibre afin de restituer chaque chanson dans un contexte ‘live’. Ce qui nous oblige à envisager nos morceaux sous un autre angle, en prenant par exemple en considération le volume du son. Plus puissant sur scène. Et modifie quelque peu l'approche du morceau ; mais ceci rend aussi excitante cette méthode de travail.

Envisagez-vous intégrer d'autres musiciens en concert?

Peut-être bien un percussionniste pour la prochaine tournée. Mais pour les jeux de guitares et autres séquences sur bandes, nous avons trouvé nos marques en duo, alors pour l'instant nous ne pensons pas engager d'autres musiciens.

Ne craignez-vous pas d'être tôt ou tard limité au niveau du son?

Dès le début, nous avons conçu notre musique en duo avec en point de mire la tradition du Sound System, que ce soit en Jamaïque ou dans les débuts du Hip-Hop et cette faculté de transposer un enregistrement à différents volumes, dans différents contextes. C'est donc pourquoi nous possédons notre propre Sound System sur scène. Et il est intéressant de découvrir comment une chanson peut sonner différemment selon l'environnement. Que ce soit en studio, à la maison ou en ‘live’. Je pense qu'en ce qui concerne nos prestations scéniques, notre son est suffisamment puissant, suffisamment étoffé, sans nécessiter d'autres personnes. Donc, d'un côté, ce choix exige beaucoup d'abnégation, pour restituer les chansons dans toute leur ampleur quadriphonique, mais nous apporte une certaine liberté, puisque d'un show à un autre, nous pouvons apporter certaines modifications. En constante évolution. Et la formule du duo me convient parfaitement. A la fin, au sein de mon groupe précédent, je me lassais de devoir changer de musiciens tous les trois mois, leur apprendre les accords, les structures, et adapter mes propres chansons. Je me sens en fait plus libre. Eleanore et moi apprenons et progressons ensemble. C'est un processus qui nous sied parfaitement.

Pour en revenir à l'écriture même de vos chansons, qu'est-ce qui vous inspire?

Et bien, l'Art en général. J'ai accompli des études dans le domaine de la peinture, avant d'être totalement absorbé par mon groupe, The Boggs. Mais de toute façon, je n'y trouvais pas mon épanouissement. Je veux dire, je ne savais pas comment vivre en tant qu'artiste. Je réalisais mes trucs, mais j'ignorais comment diffuser mes œuvres, comment attirer l'attention sur elles. Je ne traînais pas dans les galeries toutes la journée ; par contre, j'adorais passer mes nuits dans les clubs et écumer les salles de concert. C’est ainsi que la musique a pris le pas sur mes prétentions graphiques. Et puis, je n'étais pas assez doué. Je me suis essayé un peu à la vidéo aussi. Finalement, The Boggs était la synthèse de mes aspirations, une sorte d'intellectualisation de mes envies artistiques au travers de la musique. Mais ce qui m'influence profondément dans la conception d'un morceau reste le cinéma et l'art vidéo. Notamment au niveau de la structure temporelle d'une chanson. Un titre comme « Last City » est directement inspiré par les œuvres de cinéastes tels Chris Marker, par exemple. Les textes étant eux plus influencés par la littérature ; même si je n'use pas de ces codes, j'aime l'idée de raconter une histoire. Bien sûr, je n'ai pas la prétention d'être un Alistair Grey ou un Samuel Becket! Il n'en demeure pas moins qu'ils font partie de mes références majeures. Et l'Histoire est un autre moteur d'inspiration. D'où le nom du groupe (NDR : faisant référence à une célèbre bataille américaine, menée par Crazy Horse, fier indien qui allait mener, une fois n'est pas coutume, les indigènes à la victoire sur l'armée US) ou d'un titre comme « Dressed in Dresden » qui parle des premiers essais bombardiers.

En parlant de vidéo, participez-vous activement à la création de vos clips?

Pour « Pigeon », j'avais imaginé un personnage central, dont je parle dans la chanson, cette jeune fille qui vit dans une grande ville et rencontre des problèmes à l'école ; même si au demeurant elle est assez intelligente, elle fréquente des idiots. Elle ne sait pas où elle va, ce qu'elle veut faire, et comme beaucoup, elle sort, boit, couche pour le fun et essaie de s'oublier. Et elle en a conscience. Les pigeons, dans la chanson, constituent son point d'ancrage avec la réalité. Tous les jours, elle se rend au square et regarde ces oiseaux qui inlassablement tournent en rond, stupides et sales. Et elle se dit qu'elle vaut mieux qu'eux. J’en ai donc parlé à la production, et ensemble, nous avons élaboré les traits de ce personnage. Au final, elle est moins misérable que dans mon esprit. Elle possède plus de recul Peut-être est-elle plus arrogante? Quoiqu'il en soit, le résultat est tout simplement incroyable. Et les effets spéciaux vraiment épatants. Le tout dessert bien le propos de la chanson.

Revenons un instant sur votre étiquette? Quelle est la part de gothique qui sommeille en vous?

Le formule ‘summertime Goth’, je dois bien confesser qu'elle vient de moi. En fait, un ami, à l'époque, organisait chaque semaine des soirées qu’il avait baptisée ainsi. Et immédiatement, j'ai pensé qu’elle collerait bien à notre type de musique. Loin des clichés du genre. Je veux dire, je n'ai jamais aimé la façon dont les Cure s'accoutraient, je ne vois pas de rapport entre leurs vêtements et leur musique. A New York, chaque semaine, se déroule au moins une soirée branchée, et les soirées gothiques sont nombreuses. Mais vous n'y croiserez pas de personnages dont les accoutrements sont propres à cet imagier de grenier. De ce fait, nous estimions amusant de dépeindre notre musique comme influencée par l'aspect gothique, mais sans le côté ridicule du concept. Une version plus ensoleillée en quelque sorte. Pour le prochain album, je pense déjà renouveler notre étiquette.

Etes-vous la partie sombre du projet, et Eleanore la touche ensoleillée?

Non, en fait, c’est seulement un juste équilibre entre elle et moi. Parfois, nos chansons prennent une direction trop noire ou trop guillerette, et nous tentons de trouver le juste milieu. Nous peinons quelquefois à égayer nos compositions, mais nous nous efforçons toujours d'appliquer ces deux aspects en une belle harmonie. Si nos chansons ne sonnent pas profondément dépressives, c’est parce que notre palette musicale, au niveau de nos goûts, est large. Il y a un soupçon de R&B dans notre façon de procéder ; et OK, j'admets que ce n'est pas directement audible, mais il nous permet justement d'avoir une approche radicalement différente par rapport à notre côté gothique. Le juste équilibre, c'est notre quête.

Pour conclure, vous semblez promis à un bel avenir. Craignez-vous les lendemains difficiles?

Je suis assez paranoïaque ; alors oui, définitivement, j'ai peur de ce que l'avenir me réserve. Je me focalise donc sur les améliorations à apporter. Par exemple, je souhaite qu'on évolue sur scène, qu'on devienne meilleur. Nous allons beaucoup tourner dans un proche avenir, pour justement aller dans ce sens. Ce qui ne nous empêchera pas de concevoir de nouveaux titres. Mais pour l'instant, nous devons nous concentrer sur cet album. Ce n'est pas évident par exemple de jouer des titres comme « The Beach » devant un public n'ayant jamais entendu la plupart de nos morceaux. J'espère et j'imagine que les choses seront différentes quand l'album sera sorti. Il ne faut pas trop que je pense à demain.

Ne dit-on point que l'avenir sourit aux audacieux?

(Voir également la chronique de l'album dans la rubrique ad-hoc)

 

The Charlatans

Je me vois mal agiter des drapeaux sur scène !

Écrit par

1990. Les Charlatans sont aux anges. Profitant du sillon tracé par les Stone Roses et les Happy Mondays, ils obtiennent confortablement le premier prix décerné par l'école de Manchester. Oui, on sait, ils sont pourtant issus de Wolverhampton. Leur premier album est ainsi directement propulsé à la 1ère place des charts. L'année dernière, cependant, le doute se substitue à l'euphorie. Des problèmes personnels d'un côté (départ du guitariste, John Baker, dépression nerveuse pour le bassiste-compositeur Martin Blunt) et de l'autre, un désintérêt grandissant du public à l'égard de la vague groovy-rock : la descente aux enfers paraît inéluctable. Qui aurait alors encore misé un sou sur le groupe de Tim Burgess? Pourtant, les Charlatans sont toujours dans le coup. Mark Collins a remplacé Baker, Blunt s'est refait une santé et le nouveau maxi « Weirdo » constitue plutôt une agréable surprise. De bon augure avant la sortie de leur deuxième album. Elle est même imminente. Et il s’intitulera « Between 10th and 11th ». Le chanteur Tim Burgess, nous éclaire sur la personnalité d'un groupe qui a tous les atouts en main, pour prouver qu'il porte mal son nom.

Vous êtes originaires du Nord de l'Angleterre (Wolverhampton). N'auriez-vous pas préféré appartenir à la scène de Manchester?

Non.

Pourquoi?

Parce que j'aime l'endroit d'où je viens. On y est heureux. Et puis, je suis fier de ma ville natale.

Les Stone Roses et les Happy Mondays sont-ils vos rivaux?

Absolument pas.

Vos amis?

Non plus. Il n'existe pas de compétition ni de rivalité entre ces groupes. S'ils ont du succès, tant mieux pour eux. Ca me fait plaisir. Je ne suis pas jaloux des formations qui marchent bien.

Etes-vous des revivalistes sixties ?

Nous apprécions certains disques des sixties. J'aime ceux du Who. Mais également la musique des 70’s, 80’s et 90’s. En général, celle de toutes les époques. Une chose est sûre, on ne veut pas ressusciter le passé ; mais il nous influence, c'est évident.

Qu'est-ce que les Doors, Spencer Davies et les Stranglers représentent à vos yeux?

Les sixties !

Et les Beatles et les Stones?

La même chose! Je n'ai que 24 ans et je ne possède pas de souvenirs précis de ces groupes. Je ne connais que leurs disques.

Aimes-tu la ‘house’ ?

Oui, mais pas celle qui s'adresse au grand public. Je la considère comme appartenant à la culture des jeunes. A la fin des années 80, elle était underground, intéressante. Aujourd'hui, l'industrie musicale s'en est emparée pour la commercialiser. Elle ne correspond plus vraiment à ce qu'elle représentait au départ. Elle a été vidée de sa substance, falsifiée. J'aime la musique de danse pure, intègre.

Qu'est-ce qui te vient à l'esprit lorsqu'on te parle de psychédélisme?

Pas grand-chose. Plein de couleurs ! J'associe le psychédélisme à San Francisco, à la fin des 60’s et à une grande consommation de drogues. Une période qui évoque pour moi des groupes comme Quicksilver Messenger Service, Jefferson Airplane ou encore Moby Grape.

A quelle époque avez-vous commencé à jouer ?

On a séjourné dans plusieurs formations avant de fonder les Charlatans, des ‘teenage punk groups’. Un apprentissage qui s'est fait à travers ces différentes expériences. J'avais 20 ans lorsque nous avons créé les Charlatans. John en avait 19.

Et qu’incarnent pour vous les Sex Pistols et les Clash ?

Beaucoup plus que les Beatles et les Stones. Le punk a influencé des artistes que j'écoutais alors, comme Joy Division, Wire ou Gang of Four. Des groupes nés en 79 et 80, qui ont été pour moi les révélateurs de mon destin musical. J'ai, par exemple, suivi Wire à la trace, que ce soit au niveau des concerts que de l'achat de leurs disques. Je ne me suis procuré « Never Mind the Bollocks», qu'en 1980, soit trois ans après sa sortie. Je voulais comprendre leur message. Les groupes punk m'ont beaucoup inspiré...

Pensez-vous devenir un jour un ‘stadium band’ ?

Non. Je ne le crois pas. C'est curieux, les ensembles qui se produisent dans des stades se voient associés à un son bien spécifique. Personnellement, quand on me parle de ‘stadium rock’, je pense à U2 et Simple Minds. Or, je n'aime pas ce genre de musique. Je ne pense pas que nous pourrions adapter voire arranger notre son pour qu'il convienne à un stade. D'autre part, je ne considère pas les Charlatans comme un groupe indie. Il est pop, mais véhicule une image venimeuse, malveillante. Je me vois très mal agiter des drapeaux sur scène! Je préfère jouer face à un public de plus ou moins 2.000 personnes. J'aime aussi me produire dans des vieux cinémas ou dans des petites salles. Le public peut entrer en communion avec nous. A l'inverse des concerts donnés dans des stades où l’assistance se situe à l'écart, à l'extérieur de l'événement. A nos débuts, nous étions satisfaits de nous produire devant une vingtaine de personnes. Et puis progressivement, les salles se sont remplies. Un an plus tard, notre set se déroulait devant 500 personnes. C'était très excitant!

Que feriez-vous si vous n'étiez pas musicien?

De la radio. De la photo ou du journalisme. Pas quelque chose d'ordinaire, je crois!

Quel est ton rêve le plus insensé ?

Je crains les araignées et l'eau. Je ne voudrais pas me retrouver sous l'eau. Ces rêves m'effraient! J'ai peur de me noyer ou d'être avalé par une araignée géante

Est-ce possible, pour un groupe, de connaître une vie familiale?

Beaucoup d’histoires ont été racontées au sujet des groupes rock du passé. Mais à mon avis la réalité a été un peu déformée. Je pense qu'il est possible de faire partie d'un groupe rock et d'avoir une petite amie en même temps. C'est parfois difficile, mais il faut savoir ce qu'on veut. Les groupies et tout ce qui enveloppe ce mythe, ça n'arrive jamais!

Est-ce que tu étais un étudiant modèle ?

Non. Je me défendais très bien en anglais. Mais je voulais quitter l'école le plus rapidement possible.

Quelle est la plus grosse connerie que tu aies jamais commise ?

A l'âge de 14, 15 ans, j'étais accro aux solvants. Je sniffais du bleu, de l'essence, du gaz aussi...

Comment réagissez-vous aux critiques négatives?

Nous n'avons jamais essuyé des critiques réellement violentes. Parfois, elles nous font rire. Mais lorsqu'elles sont justifiées, nous essayons d'en retirer le positif.

Te sens-tu concerné par les questions écologiques?

Oui. Elles me touchent tout particulièrement. Au sein de notre communauté, nous nous efforçons de recycler le papier. Nous ne conduisons pas de voitures. Mais nous n'en parlons pas ; c'est parce que tu as posé la question! Les budgets destinés à la protection de l'environnement sont peu importants en Angleterre. Les fabricants de produits qui se soucient de la protection de l'ozone disposent de très peu de parts du marché publicitaire. Leurs moyens financiers sont limités. Les grosses boîtes se foutent de la pollution...

(Merci à Véronique Vivier)

Article paru dans le n°2 du magazine Mofo de mars 1992

Hurricane # 1

De Stones Roses à Oasis…

Ride, c’était avant tout Mark Gardener et Andy Bell. Aussi, lorsque le premier cité a décidé de quitter le groupe, Andy n’a plus eu la force de poursuivre l’aventure. Il a préféré décrocher quelque temps, histoire de remettre de l’ordre dans ses idées. Quelle n’a pas été notre surprise d’apprendre qu’il avait déjà repris du service au sein de Hurricane # 1. Quoique, après avoir écouté leur premier album, nous devons avouer qu’il n’a pas manqué son retour. D’abord, l’opus est excellent, et puis, sur les planches, la formation a vraiment la pêche. A un tel point qu’on se demande si un nouveau super groupe n’est pas occupé de naître. Accompagné de Gareth Farmer, son drummer, Andy s’est enfin décidé de rompre le silence ; bien que de confidences, il en soit toujours aussi avare…


Qui est responsable du split de Ride ? Mark ou Andy, Et pourquoi ?

A : Officiellement, Mark est responsable de la séparation, puisqu’il a quitté le groupe, mais d’une manière générale, nous sommes tous responsables, parce qu’il doit exister une raison à son départ. Je pense qu’il a quitté le groupe parce que personne n’a eu le courage de dire que nous ne partagions plus son point de vue. En fait, l’origine de ce conflit remonte déjà à la naissance de la formation. A cette époque, les personnalités des différents musiciens s’accordaient à la perfection. Et nous n’avons jamais imaginé que nos conceptions de la musique auraient pu un jour, nous diviser. Aussi, plutôt que de parler, nous sommes restés polis, calmes, refoulant nos ressentiments, nos secrets, au plus profond de nous-mêmes. Et ce comportement a perduré jusqu’au moment où on a plus été capables de se supporter. Personnellement, j’ai beaucoup souffert de cette crise, dont le point culminant s’est situé au cours de la tournée que nous avons effectuée entre 92 et 93. C’était vraiment très pénible à supporter. Et puis curieusement, les choses ont commencé à s’améliorer. La vie d’un groupe est une situation que l’on ne peut constamment maîtriser. C’est à la fois étrange et difficile à expliquer. Parce que le public ne comprend pas toujours bien les raisons d’une séparation. Lorsqu’on a été heureux et fier de faire partie d’une formation comme Ride, on tombe de haut de tout voir s’effondrer. En plus, à ce moment là, je ne m’y attendais vraiment pas…

Andy, tu as déclaré que “Tarentula” aurait pu être le premier album de Hurricane # 1. Un regret ?

A : Aujourd’hui, j’ai changé d’avis. C’était un disque curieux pour moi, et je ne suis toujours pas convaincu, même pour l’instant, d’avoir pris la bonne décision en le sortant. Nous vivions, tous les membres, des moments difficiles, et on ne donnait pas cher de la peau de notre album. Aussi, un doute subsistera toujours dans mon esprit ; mais je ne pense pas que les regrets puissent changer quelque chose. Tu dois décider sur le moment ce que tu veux faire et vivre avec…

On suppose que lorsqu’un journaliste s’est permis d’écrire, lors de la sortie de cet album : ‘Oublie Ride, ils étaient occupés de revenir au style du premier album des Stone Roses !’, cela n’a pas dû te faire plaisir ?

A : Qui a écrit cela ?

Le Melody Maker !

A : Je suis incapable de répondre quoi que ce soit à ce propos. Cela ne veut rien dire. Sans commentaire.

Pourtant, tu as déclaré tout récemment que Hurricane # 1 était un secteur de la ligne qui va de Stone Roses à Oasis. A ce propos, tu parlais de britpop ou de Manchester ?

A : Si je dois opter entre la britpop et Manchester, je vous laisse le choix. Mais je suis d’accord pour admettre l’idée que nous faisons partie d’une ligne directe qui mène Stone Roses à Oasis.

Stone Roses et Primal Scream sont des références pour Hurricane # 1. Quels sont leurs disques que vous préférez ?

G : Des influences ? Certainement. Le premier opus des Stone Roses, parce qu’il est aujourd’hui considéré comme un classique.
A : Je préfère le single qui est sorti juste après l’album. Sur ce disque figurent les deux meilleures chansons qu’ils n’aient jamais composées. Quand à Primal Scream, j’ai surtout un faible pour “Vanishing point” et “Screamadelica”.

Quelle est la composition des Beatles la plus importante pour Hurricane # 1, “Tomorrow never knows” ou “Magical mystery tour” ? Et pourquoi ?

A : “Tomorrow never knows”, définitivement ! C’est l’époque où la musique nous a rattrapés, et en même temps c’est le moment où le reste du monde a rattrapé les Beatles. Je pense que Chemical Brothers nous donne aujourd’hui un nouvel exemple de ce phénomène. Et c’est en même temps un souvenir important. J’avais 12-13 ans lorsque j’ai entendu cette chanson pour la première fois, et je n’envisageais pas les Beatles capables de créer une telle musique. Je les imaginais toujours occupés à ressasser des trucs comme “Please, please me” ou “Help”. Et soudain, il y a eu cette chanson, vraiment différente. Je ne pensais pas que c’était permis. Quelque part, c’était peut-être criminel…

Dans les textes de vos chansons, on retrouve souvent des invitations au rêve. Quelle place prennent-ils dans la musique de Hurricane # 1 ? Composez-vous en rêvant ?

A : Lorsqu’on écrit les chansons, on est supposé être responsable de ce phénomène. Donc, il m’appartient de répondre à cette question. Je ne compose pas encore en rêvant. Mais je voudrais essayer ces ‘rêves lucides’. J’étais presque sur le point, un jour, d’acquérir une de ces ‘machines à rêver’. Mais alors quelqu’un m’a dit que Kurt Cobain en avait une, et qu’elle était responsable de son état dépressif. Quand il l’utilisait, il s’enfonçait de plus en plus, et s’approchait du suicide… Mais j’aime l’idée…

Avez-vous un goût particulier pour les tournesols ?

A : Pas particulièrement.

Pourtant, sur de nombreuses photos destinées à la presse, vous êtes entourés par ce type de fleurs.

G : Il s’agissait simplement d’un décor destiné à meubler les poses prises à Amsterdam…

Paul Oakenfoald a remixé la meilleure chanson de votre album, “Step into my world”. Etes-vous satisfait du résultat ?

A : Nous avions toujours rêvé de travailler avec lui. C’est chose faite aujourd’hui. Mais le plus fantastique, c’est qu’il était ravi du résultat. Autant que nous, si pas plus !…

Merci à Jean-Baptiste Ducrotois et à Tim Rowan.

Version originale de l'interview parue dans le n°60 de février/mars 1998 du magazine Mofo

The Young Gods

Notre musique s’adresse plutôt à l’arrière du cerveau

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Futur du rock façon métal ou empereurs d'un concept mélodico-visuel minimaliste ? L'avenir nous dira ce qu'il faut voir en ces Young Gods aujourd'hui. Quelle est la vraie substance de ce trio d'Helvètes esthètes? Leur rock impulsif et scientifique est coincé entre le barbare (agressivité brute) et le progressif (recherche incessante de la confrontation avec des éléments intérieurs ou extérieurs). Une chose est sûre : les Young Gods sont un des groupes les plus passionnants du moment, qu'ils provoquent l'extase ou la déception. Néanmoins, ils se moquent un peu de leur statut actuel, pourtant enviable, de groupe à qui on accorde un crédit certain. Franz Treichler, le leader/chanteur s’explique…

L'important n'est pas vraiment dans le jugement des uns et des autres. La façon dont nous sommes perçus par ceux qui nous abordent relève, à chaque fois, d'un processus individuel établi à partir d'éléments différents comme les goûts, la culture, la sensibilité. Chacun se fait donc sa propre opinion et tout le monde peut avoir raison. Nous nous basons, pour estimer notre musique, sur nos propres sentiments par rapport à nos ambitions, que nous sommes bien sûr les seuls à pouvoir fixer et évaluer. Je ne pense pas que nous soyons le meilleur groupe du monde, ni le pire. Notre but est d'être le plus conséquent possible par rapport à nos idées, le plus proche de notre projet. Je ne vois, de toute façon, pas quel besoin il pourrait y avoir d'instaurer une sorte de compétition à notre niveau, par rapport à qui ou à quoi que ce soit.

Vous avez le sentiment de progresser ?

Oui.

De quelle manière ? Vous améliorez-vous sur le plan technique, matérialisez-vous mieux vos idées ou en avez-vous de meilleures ?

Je crois qu'on matérialise mieux, c'est vrai. Au départ, c'était le contraire en ce sens que les possibilités intrinsèques des outils dont nous nous servions nous donnaient des idées. On a inversé ce schéma aujourd'hui et c'est sans doute un bien, même s'il est évident qu'une partie de la spontanéité, de la naïveté de notre travail des débuts a été progressivement gommée par l'apport conscient ou inconscient de l'expérience, de la maturité. A titre d'exemple, je ne pourrais plus jamais refaire « Comme si c'était la dernière fois », de la même façon que nous l'avons réalisé, même si je pense que cette chanson reste l'une de nos meilleures. Notre tactique est d'avoir une vision des choses la plus globale possible, avec tout ce que cela peut comporter comme remises en cause inévitables.

« TV Sky » est votre quatrième album. Quel est sa place dans votre discographie ?

Je pense que c'est notre album qui met le mieux en évidence la puissance du côté atmosphérique de notre musique. Mais c'est normal. C'est normal parce que nous sommes plus forts et que nous gérons de mieux en mieux notre souhait d'arriver à dépasser le stade de la communication classique, d'utiliser un langage qui dépasse celui qui mène au constat logique de la compréhension. Notre musique s'adresse plutôt à l'arrière du cerveau. C'est la raison pour laquelle nous devons aller plus loin.

Vos trois premiers albums vous ont donc servi à apprendre à parler votre propre langage ?

En quelque sorte... Mais bon, on n’est pas partis de rien. Tu peux d'ailleurs constater que chacun de nos albums possédait en même temps que des qualités et des défauts, une identité propre. Notre premier album (« Young Gods ») est très spontané, très avant-gardiste ; notre second (« L'eau rouge/Red Water ») est, par contre, bien plus clinique et le « Kurt Weill » (« The Young Gods Play Kurt Weill ») est comme une sorte de ‘best of’ des Young Gods, mais réunit des chansons écrites par quelqu'un d'autre. On y détecte cependant, sans peine, notre son, notre démarche.

Quelle est votre marge de progression ?

Je ne la connais pas. Je ne pense jamais à cela.

Bien, quelles sont vos limites alors ?

Je crois que tout est un problème de créativité. Notre musique ne naît pas d'un travail mécanique. Or, ta créativité, tu ne la contrôles pas. Tu peux, au mieux, la canaliser, l'apprivoiser, la provoquer mais pas la déclencher.

Sampler des sons de guitare, c'est une attitude créative ?

Pas plus qu'une foule d'autres choses. Sampler une guitare et la rejouer, c'est un peu comme inventer une nouvelle pédale de ‘disto’. Nous considérons que nous donnons un autre niveau à notre son, un autre impact, en utilisant cette technique. Nous nous attribuons d'autres alternatives sonores mais elles ne sont pas sans limites.

Les Young Gods, c'est avant tout un groupe qui produit de l’énergie ?

L'énergie est, c'est sûr, l'aspect primordial de notre travail. Cette énergie n'est, finalement, rien d'autre qu'une réaction chimique par rapport au courant et à l'esprit du moment. Mon discours est peut-être un peu minimaliste, mais il est sincère. En fait, nous adorons surfer sur la tempête (NDR : Franz doit adorer cette formule, il l’utilise constamment), être secoués sans arrêt, tout en gardant le contrôle.

Si tu devais pousser quelqu'un à découvrir les Young Gods, de quelle façon lui conseillerais-tu de s'y prendre ?

De venir à un concert en premier lieu et puis d'écouter un disque ensuite. Un concert, c'est une expérience à première vue éphémère mais qui peut te filer la ‘banane’ (NDR : image utilisée par Treichler pour exprimer la bonne humeur qui entraîne l'énergie positive) et aussi la pêche. C'est un cocktail de fruits, en somme ! Ecouter un disque est une action plus intimiste que tu gères et conduis toi-même puisque tu as les rênes.

« TV Sky » est un album dont les textes sont en anglais. Tu en as marre de t'exprimer en français ?

Pas du tout, il se fait juste que j'ai passé trois mois aux States récemment et que machinalement je me suis mis à penser en anglais puisque je communiquais dans cette langue à ce moment-là. C'est ma perméabilité qui a provoqué ce choix...

A propos de perméabilité, par quel type de musique t'es-tu laissé imprégner avant d'engendrer la tienne ?

Bof, je suis passé par des tas de choses. A 15 ans, j'étais fan de Pink Floyd, des Doors. A 16/17 ans, j’avalais du punk à longueur de journée. Je n'écoutais que les Pistols, les Stranglers… Ensuite, je suis passé à la vague avant-gardiste allemande. Des groupes comme D.A.F. ou Neubauten. J'écoutais tout. Je passais des heures chez les disquaires à écouter des tas de trucs sans rien acheter. Comme un vrai emmerdeur. J'ai aussi beaucoup écouté Hendrix, tout comme Alain, notre guitariste, Lui, il a même fait partie d'un groupe qui ne jouait que du Hendrix et s'appelait Experience. En fait, aujourd'hui, on rend un peu hommage à tout ça. Je ne crois pas qu’en samplant des sons de guitare, on trahisse quoi que ce soit. Sûrement pas!

Article paru dans le n°3 du magazine Mofo de mai 92.

Manic Street Preachers

Seule une révolution changerait la société

Manic Street Preachers est actuellement un groupe qui déchaîne les passions tout en alimentant régulièrement les colonnes de la presse d'outre-Manche. Au centre de toutes les controverses : des rockers-terroristes gallois qu'on trouve délicieusement arrogants. Tandis que d'autres ne voient en eux que de lamentables marionnettes. James Dean (ça ne s'invente pas !), Richez, Nicky et Sean rejettent le capitalisme, luttent contre l'exploitation et détestent la plupart des autres musiciens. Ce qui ne les empêche pas d'avoir signé chez Columbia, de vouloir vendre plus de disques que Guns 'n 'Roses et d'exécuter des concerts de quarante minutes. Avouez que la suspicion dont ils sont l'objet est légitime. Alors, les M.S.P. sont-ils un produit préfabriqué ou les Stooges des années 90 ? A vous de juger ! C'est Nicky Wire qui répondra à nos questions, dans un hôtel bruxellois. Allions-nous être accueillis à coups d'extincteur ou de tessons de bouteilles ? Surprise : le manager nous sert la main et affirme que la finale de la coupe d'Angleterre opposera Liverpool à Norwich (il s'est trompé). Encore plus fort, le redoutable bassiste porte jogging et baskets, mange du chocolat blanc et sourit timidement. Les journaux racontent vraiment n’importe quoi

Rebel ! Rebel !

Les Manic Street Preachers véhiculent une idéologie sociale et politique rebelle. Les textes traitent de suicide, d’aliénation, de décadence et de rock’n’roll. Reflétez-vous un cliché ou vous nourrissez-vous de la littérature contestataire du XXème siècle ?

Nous sommes un cliché, dans la mesure où depuis le début, nous avons toujours voulu devenir un groupe de grande envergure. A une époque où la télé, les magazines, la littérature occupent ne place de plus en plus importante dans la culture moderne, nos réflexions, réactions deviennent forcément symptomatiques,

Dans la chanson « You need stars… », vous semblez détruire l'idéal punk. Est-ce une négation de vos idées ou une révolte délibérée ?

Une révolte délibérée ! Un jeune a besoin de vedettes, de modèles. Personnellement, j'étais autant influencé par les écrits de Jack Kerouac (NDR : guide spirituel du mouvement ‘beatnik’) que par le rock'n’roll. Aujourd’hui, les kids doivent terriblement souffrir de l’extinction de la bonne littérature. La musique est trop indulgente vis-à-vis d'elle-même. La politique nous casse les pieds. Les grands leaders ont disparu. Le commun des mortels pense que l'ouverture de l'Europe vers le capitalisme est un bien. Dorénavant, cette population fréquentera le Mc Donald et rencontrera une autre forme de pauvreté. Rien de bien réjouissant ne se profile pour eux à l’horizon.

Si les socialistes prennent le pouvoir en Grande-Bretagne, le labour party a raté un rendez-vous…

Aucun parti britannique n’offre la moindre alternative. Les socialistes copient de plus en plus les libéraux. L’idée de nationalisation ne les effleure même pas. Et puis il faudrait changer le système. La monarchie ne sert à rien, ne représente plus rien à notre époque. Seule une bonne révolution pourrait véritablement changer la société. Au Pays de Galles, les charbonnages ferment les uns après les autres, Il y a cinq ans, on y dénombrait encore 30 000 mineurs. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 2 000 ! La région est rongée par près de 55% de chômage. Si les femmes parviennent à dénicher un emploi, c'est parce que les employeurs peuvent se permettre de leur accorder des salaires de misère. Blackwood, notre ville natale, ressemble aujourd'hui à un musée vivant, les usines sont pratiquement toutes fermées. Il n'y a même pas de cinéma. Quant aux perspectives d'avenir, n'en parlons pas… Avant de fonder M.S.P. nous étions tous chômeurs. Ce n'était pas la joie. Pourtant, aujourd'hui, je reviens volontiers chez moi. Ce retour au bercail me permet de rester les pieds sur terre. Finalement, j'y suis mieux qu'à Londres. Dans cette ville, les gens sont tellement hypocrites ; ils ressemblent à des robots, des snobs qui ont perdu tout sens de la communication.

It’s only Rock’n’Roll

Quelle est la définition de la jeunesse ?

L’éclat, le sexe, la mort, la violence.

Vous dites que votre musique n’est pas punk. Avez-vous peur des fantômes ?

Non, mais les Sex Pistols et les Clash constituent les seuls groupes punk qui ont exercé une certaine influence sur nous. J’aime également les bons groupes de rock’n’roll tels que les Stones et les Who. Avec le recul, le punk n’était rien d’autre que du rock. Nous en avons conservé l’esprit, l’attitude, mais nous ne voulons pas être étiquetés ‘punk’. Le punk, c’était en 77. Aujourd’hui, c’est fini. Nous sommes un groupe de rock. C’est tout.

Est-il exact que vous détestez tous les autres groupes ?

Oui, à part Clash, Who, Stones et Pistols, les autres groupes ne nous intéressent pas.

Vous semblez ne pas apprécier l’avant-garde. L’originalité est-elle un mythe ?

Je le crois sincèrement. Dans ce siècle, rien ne peut être original. Tout est triste, y compris la musique. C’est prétentieux de vouloir expérimenter de nouveaux sons. Les nouveaux sons n’existent pas. La musique de My Bloody Valentine est comparable au bruit que produit le train. A quoi ça sert de reproduire ces sons sur un disque ? C’est de l’autosatisfaction ; d’autant plus que leurs paroles sont stériles. Ils me font penser à Emerson Lake & Palmer ou à Yes. Leur public est constitué d’étudiants issus de la classe moyenne qui n’ont rien d’autre à faire que d’écouter ce style de musique. Les gens de la rue n’aiment pas cette musique.

Etes-vous des ‘Working class heroes’ ?

Nous sommes de souche ouvrière, mais pas des héros ; pas encore…

Etes-vous attachés à la vielle imagerie du rock’n’roll, celle de la décadence, de l’autodestruction, incarnée par Bolan, Bowie et d’une manière plus contemporaine par Morrissey ?

Au cours de notre jeunesse, nous aimions bien Morrissey. Mais ses textes n'ont jamais évolué. Il est devenu de plus en plus décevant. Bolan, Bowie et Reed n'ont jamais vraiment véhiculé de message. Ce qu'ils racontaient est toujours demeuré vague. Il m'est impossible d'admirer quelqu'un, simplement parce qu'il se détruit à l'aide de drogues. La plupart de ces soi-disant héros sont des imposteurs. Par contre, Keith Richards est toujours resté authentique et sincère à mes yeux. Il a toujours respecté sa ligne de conduite. Lou Reed ne veut même plus se souvenir de son passé...

Croyez-vous à la doctrine autodidactique ?

Ritchey et moi avons fréquenté l’université pour y étudier la politique. Plus tu lis, plus tu apprends, mais plus tu te rends compte que tu as été manipulé, exploité. Les livres sont parfois plus enrichissants que les disques. Mais la conscience en prend un coup. Le gouvernement anglais a ruiné tout notre système d’éducation.

Parvenez-vous à établir des limites entre votre vie professionnelle et votre vie privée ?

Plus maintenant. Tout s’emmêle. Nous ne disposons plus de temps libre. Cette année a vraiment été folle. Nous ne sommes pas rentrés à la maison. Nous vivons dans un vase clos et perdons le sens des réalités. C’est le danger de faire partie d’un groupe rock. Partout où on va, on a l’impression d’être investi d’un droit divin ; on se croit tout permis et on fait des conneries. Tu ne peux pas t’imaginer les changements qui influent sur ta personnalité lorsque tu pénètres dans le monde du rock. C’est terrifiant !

En voulant changer le monde, ne pensez-vous pas reprendre les idées d’un certain Jim Morrison ?

Jim Morrison était un con, un alcoolique. Je n’ai aucun point commun avec lui. Ce n’est pas avec sa cervelle d’oiseau qu’il aurait pu changer le monde ! Lorsque l’aventure du groupe a commencé, nous aspirions naïvement à changer le monde. Nous y croyons toujours, mais notre idéal s’est quelque peu dilué. Lorsque tu appartiens à une firme de disques, il y a de réalités dont tu dois tenir compte.

Que peut-on encore attendre du rock’n’roll, alors ?

Plus grand-chose, malheureusement. Les Stones, au cours des sixties et les Pistols, fin des seventies, symbolisaient pour les teenagers, des groupes qui allaient changer le monde. De nos jours, la culture est tellement stylisée, indolente, que les gens attendent d’un artiste soit musicalement excellent plutôt qu’il ne manifeste une conscience sociale. C’est décevant ! Le message d’un groupe est aussi important que sa musique. Nous n’écrivons jamais des chansons romantiques, par exemple. C’est un choix que nous avons défini lors de la formation de M.S.P. Les groupes devraient davantage s’adresser à tous ces jeunes qui en ont marre de toutes les conneries qu’on leur bassine…

Vous avez déclaré vouloir vendre plus de disques que Guns’n Roses, pourquoi ?

Si 10 millions de personnes pouvaient écouter notre disque, et surtout le message qu'il véhicule, je pense que quelque chose de positif pourrait se produire. Nos paroles renferment autant d'alternatives à un autre mode de vie. Je suis encore assez naïf pour croire que le rock'n'roll peut améliorer l'existence des gens. Le but du rock'n'roll, c'est d'apporter un peu de chaleur à l'être humain, de le rendre moins solitaire...

L'album a coûté beaucoup d'argent. Est-ce une forme d'exploitation?

Une crasse! Tout est de notre faute. Nous avons consacré trop de temps à l'enregistrement. Il y avait trop de pression sur nous. Dès la signature, nous savions que nous allions être exploités. Mais nous allons récupérer l'argent ; alors on s'en fout!

Que répondez-vous à ceux qui prétendent que vous faites l'objet d'un coup médiatique ?

Ca m'est égal ! Ce qui est sûr, c'est que nous réalisons tout, nous-mêmes ; aussi bien la musique, les paroles que la pochette. Notre origine galloise fait rire pas mal de monde. Ceux qui pensent que nous ne sommes qu'un coup monté n'ont rien compris. Nous n'attachons pas d'importance à ce qui est raconté à notre sujet dans les journaux. On est toujours obligé de se prostituer face aux médias. Tous les groupes sont des produits de consommation, mais peu le reconnaissent.

Article paru dans le n°3 du magazine Mofo de mai 92.
 
 

Clichés

God Save The Queen !
Le meilleur single de tous les temps

The Queen is dead !
Inutile, nul

Margaret Thatcher
Notre mère à tous

Manic
Stupide

Street
Classe ouvrière (working class)

Preachers
Des escrocs

No future
Ma phrase préférée

L’argent
Je n’ai pas bien compris la question

 


 

Super Furry Animals

Le rock (des nineties) est mort

Écrit par

Si des prénoms comme Gruff, Guto ou Huw libèrent pour vous un parfum d'exotisme plus appuyé que d'autres comme Liam, Noel ou Damon, ne changez rien, vous avez zappé sur la bonne chaîne. Le rock anglais ne se limite heureusement pas à la Britpop et à ceux que le NME ou le Melody Maker décrivent comme incontournables. Les plateaux et les vallées du Pays de Galles abritent en effet quelques groupes précieux, comme les Super Furry Animals par exemple, dont les Gruff, Guto et autres Huw sont justement les principaux membres...

Etait-ce la bière belge, la chaleur, la fatigue ou autre chose de plus répréhensible, toujours est-il qu'au moment où Gruff le chanteur et Daffyd le batteur nous ont rejoints après avoir assuré la première partie d'Echo And The Bunnymen sur la scène de l’AB, en février dernier, ils étaient tous deux bien explosés. Par charité, l'interview a donc démarré par quelques questions simples...

Beau ? Qui ?

Que pensez-vous de votre prestation accordée ce soir?

Gruff : Je suis très content d'avoir pu jouer ici. Ce n'est pas toujours facile de devoir assurer une première partie et de ne pouvoir dispenser que des sets réduits ; mais le public était assez réceptif. Une situation agréable.

Qu’est-ce qui est essentiel chez Super Furry Animals et dans sa musique?

G. : Sans vouloir faire de généralisation hâtive, euh....
Dafydd : Nous nous intéressons aux sons, à leurs fréquences, aux mots....
G. : Aux textes aussi, aux mélodies, aux harmonies vocales....

Certaines de vos chansons me rappellent les premiers disques de David Bowie...

G. : Tu sais, je pourrais te citer une quinzaine d'artistes qui nous ont influencés. Nous n'idolâtrons pas David Bowie. Je dois avoir deux ou trois de ses albums des années 70, dans ma collection ; mais j'en possède aussi de Lou Reed, John Cale, des New York Dolls, d'Iggy Pop. Cette période nous intéresse beaucoup.

Et Tom Jones, alors ?

Certaines de vos chansons sont écrites en gallois; vous les jouez parfois quand vous êtes en tournée hors de chez vous?

G. : Oui, absolument. Il arrive parfois que nous modifiions notre set et qu'accidentellement, il n'en comporte aucune ; mais ce phénomène ne se produit pas souvent. A tout casser, je dirais que nous avons dû accorder cinq ou six concerts sans aucune chanson en gallois. Evidemment, c'est cool pour nous de pouvoir chanter dans notre langue, mais il n'y a rien de particulier qui nous pousse à le faire ou non.

Vous êtes célèbres au Pays de Galles?

D. : Ça dépend de ce que tu entends par célèbres. Tom Jones est célèbre au Pays de Galles, oui.
G. : Nous avons déjà joué dans de grands festivals, chez nous comme en Angleterre.

Qu'avez-vous de plus original que d'autres groupes britanniques?

G. : Ce n'est pas le genre de question que nous nous posons. Nous raisonnons plutôt en termes de musique. Nous ne nous voyons pas comme un groupe britannique ou gallois, même si nous avons le sentiment d'appartenir à notre communauté. Nous aurions pu venir de Belgique, du Japon ou même d'ailleurs et sortir des disques similaires ou posséder des collections de disques semblables à celles d'autres gens de par le monde. Nous avons grandi avec des disques que bien d'autres gens possèdent: de la musique anglaise, américaine, française, même belge, pourquoi pas?

Vous connaissez la musique belge?

G. : Oui, de l'industriel, Front 242 et des trucs du style…

Vous sentez-vous proches de groupes essentiels issus des années 80?

G. : Pas psychologiquement. Disons que s'il fallait faire un lien, ce serait plutôt au niveau des mélodies pop. Mais ce qui nous plaît le plus, c'est de pouvoir jouer devant un public qui n'a jamais entendu parler de nous et voir ce qu'il en pense. Dire que nous pratiquons une musique britannique, est quelque peu offensant. La musique est la musique, d'où qu'elle provienne. Elle ne doit rien aux nationalismes. C'est ce qui pourrait faire sa force, motiver les gens. Il y a des mélodies, des rythmes qui te font bouger, des émotions, ça oui.

A écouter vos disques et vos concerts, on dirait que vous accordez de l'importance aux sons bizarres que vous pouvez tirer de vos claviers...

G. : Je ne dirai pas ‘bizarres’.

Mais vous n'êtes pas seulement un guitar band ?

G. : Exactement! Nous sommes intéressés par tous les sons. Le bizarre n'a rien à voir là-dedans. Pour nous, tous les sons sont valables. Nous essayons simplement d'être inventifs, de faire fonctionner notre imagination. Il y a tellement de guitar bands chiants, des chansons qui n'en finissent plus, qui se ressemblent toutes, tu vois ce que je veux dire? On dirait qu'il y a une formule nineties, un rock nineties. Nous essayons d'écouter tout ce qui nous passe entre les mains. C'est chouette de pouvoir jouer à l’aide de différents instruments, de recourir à différentes techniques et de les pousser le plus loin possible, de mixer des idées pour notre seul plaisir.

Quel est le disque le plus chiant que vous ayez entendu ces dernières semaines?

D. : Pfff, il y en a des tonnes, tu sais.
G. : Je préfère essayer de penser aux bons trucs que nous avons entendus. Disons que la proportion de bon par rapport aux conneries doit être de 20/80. Cette semaine, j'ai entendu un auteur/compositeur américain dont le nom m'échappe à l'instant mais qui joue des trucs acoustiques vraiment accrocheurs. Ryuichi Sakamoto, c'est pas mal non plus. Je suis tombé l'autre jour sur un groupe de Bruges qui s'appelle Khon, tu connais?
D. : Ce sont vraiment des aliens. Ils jouent des trucs bizarres, très lents comme ça, plein de bruits étranges... Manifestement, ils doivent avoir une bonne raison. C'est le genre d'attitude que nous voulons aussi manifester. Habituellement, nos concerts ont un peu plus de sens parce que nous pouvons les mener à terme.

C'est frustrant de devoir assurer une première partie?

G. : Ce n’est déjà pas mal. Mais un supporting act ne peut s’exprimer qu’à moitié.

Sacrés Anglais!

A quoi peut-on s'attendre de votre part, au cours des prochaines semaines ?

G. : Je ne sais pas exactement ce qui est déjà disponible ici en Belgique. Ce mois-ci (NDLR : en mai) nous sortirons un nouvel Ep, un peu différent de ce que nous avons enregistré jusqu'ici. En septembre devrait paraître une compilation de singles devenus difficiles à se procurer. Et ensuite, nous commencerons à travailler sur notre nouvel album.

Avec une idée particulière derrière la tête?

G. : Nous aimerions pouvoir nous exprimer de manière plus ambitieuse, surtout en dehors de la Grande-Bretagne. L'Angleterre n'est jamais qu'une île à la con plantée à quelques kilomètres de 1’Europe et complètement obsédée par elle-même.

Comment jugez-vous cette manie, dont souffre la presse britannique, d'encenser tout ce qui vient d'Angleterre?

G. : Tu sais, la presse britannique a besoin de créer une nouvelle scène chaque semaine. C'est comme dans un comics: vite, il faut imaginer l'épisode suivant. Il ne faut pas prendre tout ce que les journalistes écrivent au sérieux. Mais elle manifeste quand même un certain sens de l'humour. C'est très amusant de lire toutes ces conneries.
D. : Bien sûr, nous avons eu droit à de bons articles dans cette même presse, mais ça ne veut pas tout dire. L'important reste de pouvoir se faire une opinion personnelle de ce qu’on écoute…

(Interview parue dans le n°64 du Magazine Mofo de Juin/Juillet 1998).

 

Biohazard

Humanistes et extrêmes

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Biohazard respire la grande forme. ‘New World Disorder’, le dernier Cd studio en date, tend en tout cas à prouver que le groupe a clairement retrouvé toutes ses ‘ressources’. Pas mal pour un combo extrême annoncé plus d’une fois à la dérive...

« Je partage ton avis! Ce cd-là est vraiment une bombe », nous lance gaillardement Billy Graziadei (guitariste furieux de métier). « J’estime d'ailleurs qu'on n'avait jamais réussi aussi fort. ‘New World Disorder’ c'est vraiment Biohazard à son meilleur niveau. Cet album nous pose d'ailleurs un problème, car nous nous demandons franchement comment nous allons pouvoir faire mieux » (NDR : affirmation suivie d'un rire gras). Il est vrai que des titres tels que ‘Resist’ (rien à voir avec feu Sepultura), ‘Salvation’, ‘Skin’ ou ‘Dogs Of War’ constituent de véritables ‘missiles’ de hardcore métallisé et flambé de la plus virulente espèce. Pas de doute, Biohazard a repris le mors aux dents avec rage, après un ‘Mata Leao’ qui en a laissé pas mal sur leur faim.

Faire Big mais pas simple

« Nous avons abordé l'album avec l'envie de réaliser quelque chose de grand, mais aussi de simple », explique Billy. « En fait, nous tenions absolument à bénéficier du son le plus live, le plus net, le plus direct et le plus percutant possible. Nous avons donc tout simplifié au maximum. Peu de temps en studio, pas de fioritures, juste la hargne de nos compos et un son qui canonne un maximum. Biohazard, c'est ça. Notre meilleur visage, il est là. Nous n'avons besoin de rien d'autre. Notre énergie est notre meilleur message et notre meilleur moyen de communication. En concert, j'adore ressentir les vibrations qui animent le public lorsque nous passons la surmultipliée. C'est géant, c'est grandiose. C'est ce que nous avons voulu approcher sur disque, au maximum: le contact direct en moins, bien évidemment... Je conseille donc vraiment à ceux qui veulent ‘ronronner’ d'écouter autre chose !» Billy se marre, à nouveau, toujours délicatement. Ceci dit, son discours est sans doute adéquat. D'une part, il est vrai que Biohazard n’est jamais aussi percutant que lorsqu’il preste en toute simplicité mais fermeté. Et, d'autre part, la production de l'album, signée Ed Stasium, est adroite de discrétion et de justesse. Juste les paramètres essentiels, et on y va ‘à fond les manettes’. « Ed nous a bien compris, il a bien pigé qu'il devait juste bien nous ‘rendre’. Il avait affaire à des fauves et il devait juste capter leur énergie ». Pari tenu, sans aucun doute...

Du premier jet

Au niveau de ‘l'expression’, le groupe n'a pas fait dans la dentelle non plus, comme d'habitude: « Notre but n'a jamais été de révolutionner le monde, ni même de donner des leçons. Nous livrons nos sentiments, nos sensations, nos perceptions. A l'auditeur d'en faire ce qu'il veut. Nous nous sentons concernés par ce qui se passe autour de nous, comme tout un chacun je crois. Nous livrons donc nos états d'âme. A notre avis, nous vivons une époque très désordonnée, avec son lot imposant d'inepties. Il faut en parler, car les gens doivent être conscients. Or, on les incite à ronronner et s'isoler. On les pousse vers des cultures de masse et, dans le même temps, on perd le respect de l'individu. J'ai, pour ma part, vraiment horreur de ce système. Ce n'est pas normal. Nous en parlons, nous nous exprimons sur ces sujets. C'est important pour nous ». Côté textes, Biohazard travaille également dans la simplicité et la netteté. « Le premier jet est toujours le meilleur », prétend Billy. « C'est comme pour les lignes principales des compos en général. Pas besoin de tourner autour du pot, de faire et de refaire les prises ; le message principal est souvent livré en l’état, sans qu'on y repense et qu'on y repense, qu'on le retravaille dix fois. En fait, dans notre genre, nous sommes des humanistes », explique-t-il encore. « Nous sommes très concernés par ce qui touche à l'espèce humaine, aux individus en général. Nous n'avons aucun pouvoir à faire valoir, mais nous parlons de ce qui les concerne. En voyageant à travers le monde, nous avons découvert des situations dramatiques. A l’origine, nous ne connaissions que celles qui sévissent à Brooklyn! Aujourd'hui, notre vision des événements, sur cette planète, est bien plus large ».

Bye Bob!

Dans son fonctionnement, Biohazard est un groupe terriblement démocratique et il le revendique. « Nous travaillons vraiment très fort en commun », affirme le guitariste. « Nous ne pourrions pas œuvrer autrement. Le groupe rencontre richesse dans l'apport de chacun. Nous composons, nous développons nos chansons ensemble, chacun trouvant la place nécessaire à son expression dans le répertoire du groupe. Nous nous sentons vraiment à l'aise au sein de cette formation, surtout depuis le départ de Bobby (NDLR : Bobby Hambell, parti il y a trois ans) ». Tout baigne donc pour un Biohazard qui, plus que jamais, s'érige en véritable empereur de son registre. « Nous n'avons pas besoin de dominer qui que ce soit », clame pourtant Billy Graziadei. « Nous voulons juste être très forts pour notre public et lui apporter ce qu'il est en droit d’attendre de nous ». A l’écoute de ce nouvel album, il est servi. C'est une évidence!

Article paru dans le n° 78 de novembre 99 du magazine Mofo.

Duke Special

Ambitieux, pas suicidaire…

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Peu d’artistes sont capables d’adapter des œuvres aussi obscures que celles de Brecht et Kurt Weill. Peter Wilson, alias Duke Special, s’y est frotté ; et ma foi, a fort bien réussi son challenge. D’autant plus qu’il se traduit par la sortie d’un triple cd baptisé ‘The stage, A book & The silver screen’. Un box luxueux incluant deux elpees et un Ep. Peter est un personnage fort sympathique, loquace. Et n’élude aucune question. Dès la première, il se lance même dans une sorte de monologue pour bien expliquer ce qui l’a poussé à se lancer dans cette aventure…  

Le premier disque s’intitule ‘Mother Courage and her children’. C’est aussi le plus théâtral, dramatique et ambitieux. Il s’agit de la bande-son d’une des neuf pièces de Berthold Brecht. Signée Paul Dessa, elle a été revue et corrigée par Wilson, en 2009, après une nouvelle traduction opérée par Tony Kushner. 100 000 personnes ont assisté à la représentation de ce spectacle au Théâtre National irlandais. Et l’an prochain, elle sera jouée à Broadway. « Non seulement on m’a demandé d’écrire la musique, mais on m’a taillé un rôle sur mesure : celui d’un hybride entre un cheval et un cavalier grec. J’ai joué cette pièce, l’automne dernier. Une expérience qui a duré 4 mois… » Oui mais lorsque Brecht a écrit ces vaudevilles, c’était pour stigmatiser la montée du fascisme et du nazisme. « Mon job était de mettre en musique, des lyrics existants. Il fallait que je sois en parfaite adéquation avec les paroles. De nombreuses compos parlent de personnages qui ont vécu avant la guerre, alors qu’ils étaient encore purs, intègres. Les textes sont empreints de nostalgie. Par exemple sur ‘Yvette’, on y parle d’une femme qui sortait en compagnie d’un militaire. Il la battait. Elle l’a quitté. Et a voulu se suicider. Puis s’est tournée vers la prostitution, pour pouvoir protéger, élever ses enfants. C’est la guerre, mais il existe également un conflit entre les individus, à l’échelle sociale, humaine. Une tension entre l’égoïsme et l’amour, le don de soi. C’est cette étude conflictuelle, qui est la plus intéressante… »    

‘Huckleberry Finn’ est un Ep partagé en cinq titres, un disque plus léger consacré à des chansons inachevées de Kurt Weill. Le compositeur allemand s’était inspiré du chef-d'œuvre de Mark Twain, pour les écrire, mais elles n’avaient jamais été traduites en musique, ni enregistrées. « J’ai travaillé sur ce projet pendant un an et demi, en plusieurs étapes. Je suis tombé sous le charme de ‘Catfish song’, qu’il avait composée. C’est ainsi que j’ai découvert son œuvre. Et cette comédie inachevée. J’y ai ajouté des cuivres et du piano. Les morceaux ont été enregistrés à la maison. Les paroles, à Belfast. Et les cordes à New York… » Des chansons enjouées, insouciantes, susceptibles de nous replonger dans le rêve américain… Peter précise : « Oui, c’est quelque chose de beau et d’innocent à la fois. Quand j’ai écrit ‘Mother Courage’, je baignais dans l’univers musical de Kurt Weill. ‘Huckleberry Finn’ était une sorte de récréation. Weill était capable d’écrire des mélodies simples, malgré les aspects dramatiques de la pièce. Ces compos coulent de source. C’est le plus candide des trois enregistrements… » Et le plus amusant. La mélodie d’‘Apple Jack’ aurait pu servir de B.O. à un dessin animé de Walt Disney. Dans le ‘Livre de la Jungle’, certainement. « Elle est facile à chanter. Mais elle raconte d’une manière imagée, l’addiction à l’alcoolisme du père d’Huckelberry, et la difficulté d’en sortir… Kurt écrivait cette autre comédie musicale, quand il est mort. Je suis allé visiter le studio d’enregistrement où il travaillait. C’est devenu un musée. Il y a encore sa chaise. Des lettres. Des compos en friche. Quelque part, c’est un hommage à ce mythe ; et en même temps cette expérience m’effraie. Je porte une forme de responsabilité dans cette aventure… »

Mais le plus fort et le plus cohérent des concepts est manifestement ‘The Silent World of Hector Mann’. Mann était un obscur acteur de cinéma muet mis en scène par le romancier Paul Auster, dans son livre ‘The book of Illusions’. Wilson a composé la première chanson, inspirée par le titre du film ‘Mister Nobody’. Puis, il a eu l’idée de transmettre le bouquin à onze amis musiciens, pour les inviter à écrire une chanson sur un des autres titres de films, au sein duquel figurait Mann. Leur précisant que ces compos étaient destinées à être interprétées par trois stars de la musique rock. Ce processus a très bien fonctionné, puisqu’elles sont rentrées en un laps de temps assez court. Trois jours, suivant les déclarations de Peter. Et finalement, chacune d’entre-elles est marquée par la plume de chaque collaborateur.

Parmi les artistes qui ont coopéré à ce dernier projet, figurent Neil Hannon, le leader de The Divine Comedy et le Londonien, Ed Harcourt. En ce qui concerne le premier, on devine que c’est parce qu’il partage les mêmes sensibilités musicales. Pour les compositeurs allemands du XXème siècle comme Kurt Weill. Mais aussi Scott Walker, Burt Bacharach, le music-hall et le cabaret. Chez le second, on imagine, qu’il doit apprécier sa vision du romantisme. Peter s’explique : « J’ai effectué une tournée en compagnie de Neil, en 2006. Qui est passée par la France, l’Angleterre et la Belgique. J’admire cet artiste depuis longtemps. Il vit à l’extérieur des courants et des modes ; et c’est ce que j’aime chez lui. C’est d’ailleurs ce que j’apprécie toujours chez les artistes. Il est intemporel comme Jacques Brel ou Scott Walker. Je pense que nous partageons les mêmes influences. Et le goût de cette musique d’une autre époque. Mais l’essentiel, c’est qu’il fait ce qu’il a envie et aime. Qu’il reste lui-même. Tous les compositeurs qui ont participé à l’écriture de ‘The Silent World of Hector Mann’, je les ai choisis, parce que je savais qu’ils étaient capables de composer à l’ancienne et comprenaient ce que j’attendais d’eux. Comme Ed Harcourt, qui a écrit ‘Jumpin’ Jack’… » Certaines plages de cet elpee épousent même la forme dansante de l’époque : tango, valse ou charleston. Un feeling qui reflète parfaitement les années 20. Peter admet : « C’est un peu comme si ces artisans peignaient un tableau de l’époque. Mais le plus passionnant, c’est que chaque chanson recèle l’ADN de son compositeur… J’ai demandé à Bob Weston de tout mettre en forme, afin que l’ensemble sonne comme du Duke Special. Car le but, c’était que le mélomane ait l’illusion d’écouter du Peter Wilson… »

Les sessions d’enregistrement de ‘The Silent World of Hector Mann’ se sont déroulées sous la houlette de Steve Albini. Etonnant pour ce type de projet, quand on sait que le producteur fait pratiquement tout en une seule prise. Peter clarifie : « C’est vrai qu’il est plus notoire dans l’univers du rock. Au service de groupes ou d’artistes qui privilégient la guitare. Comme chez Shellac. Finalement, on pensait que le choix n’était pas si insensé, car c’est avant tout un remarquable ingénieur du son. Il n’est pas vraiment producteur. Nous étions trois. Un joueur de banjo et de mellotron. Et moi. Puis on a loué les services d’une section rythmique à Chicago. On a tout exécuté. N’ont été overdubbées que les paroles. Le reste était en ‘live’. C’est la meilleure méthode d’enregistrement, car elle te force à bien jouer. Et ces compos ont été mise en boîte rapidement. Les sessions étaient très intensives. Mais j’ai apprécié cette manière de travailler… »

A premier abord, on pourrait penser que ce concept est un véritable suicide commercial. Pas tant que ça. En fait, Peter s’est tourné vers ‘Pledge music’ pour le financer. Oui, mais ‘quekcèqça’ ? « Traditionnellement, un groupe ou un artiste signe chez un label. Il dispose d’un budget pour l’enregistrement. La maison de disques doit payer les salaires et prendre sa marge bénéficiaire. ‘Pledge Music’ est un nouveau système pour recueillir des fonds. Les gens achètent les œuvres avant qu’elles ne sortent. J’ai réussi à récolter entre 42 et 43 000£ (+ ou - 40 000€), lors de cette prévente. J’ai aussi écrit des poèmes pour les souscripteurs. Certains d’entre eux m’ont demandé de leur consacrer des covers. Et je me suis fait rétribuer pour ce boulot. Tout un arsenal de moyens pour lever des fonds. L’industrie du disque est en pleine tourmente et chacun essaie de trouver des idées et des solutions. Il y a tellement de gens qui écoutent de la musique gratuitement. Comment voulez-vous gagner votre vie ? »

En 2006, j’avais eu le plaisir d’assister à un concert de Duke Special. A l’Aéronef de Lille, très exactement. Un chouette concert, amusant même, qui m’avait également permis de découvrir un fantastique percussionniste (NDR : il n’hésite pas à se servir de toute une batterie de cuisine, comme instruments de musique) répondant au nom Chip Bailey Wilson. Sera-t-il de la prochaine tournée ? « Il s’agira d’un autre spectacle impliquant d’autres partenaires. Je bosse en compagnie d’une dizaine de musiciens différents. Donc il ne participera pas à cette nouvelle tournée… Et on va d’abord se concentrer sur ‘The silent world of Hector Man’. Puis ‘Mother courage’. On va y ajouter des éléments visuels, des interviews qu’on projettera lors des intermèdes, etc. »

Dernière question qui s’écarte complètement du sujet, mais qui méritait d’être posée, qu’est ce que Wilson aime chez les Dresden Dolls ? Et la réponse reflète parfaitement l’état d’esprit de notre interlocuteur. « En fait, j’étais en tournée, quand j’ai découvert ce groupe. J’aime beaucoup le concept cabaret de leur spectacle. Leurs déguisements, leur maquillage, le chapeau melon de Brian… sans oublier le talent de pianiste, de compositrice et de chanteuse d’Amanda. Mais j’apprécie aussi leur manière indépendante de gérer leur carrière. Tant d’un point de vue artistique que financier. A l’écart du circuit conventionnel des labels » (NDR : on y revient…)

Merci à Vincent Devos

 

Born Ruffians

Du rythme et des voix…

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Interviewer Luke LaLonde, le chanteur de Born Ruffians, relevait, pour votre serviteur, de l’enchantement. Et pour cause, le dernier opus de la formation canadienne, « Red, Yellow & Blue », était manifestement celui qui avait le plus tourné dans mon IPod, en 2008. Faut dire que cette rencontre entre le sens mélodique de Franck Black et le profil rythmique de Talking Heads, parcouru par le feeling unique du vocaliste, avait de quoi séduire. Luke est venu défendre le nouvel elpee du trio, « Say It ». Ses arguments ne manquent pas de conviction, mais le disque risque fort de décevoir les fidèles aficionados. A contrario, il pourrait conquérir de nouveaux fans. Motif ? « Say It » recèle bien moins de hits que le précédent opus ; mais il est bien plus cohérent. De quoi alimenter notre conversation…

Luke, tu ne débarques pas en Belgique, pour la première fois. Content de revenir à Bruxelles ?

Absolument ! Malheureusement nous ne disposons que de trop peu de temps libre pour visiter la capitale. En outre, aucun concert n’a été programmé dans l’immédiat. Faut absolument que j’en parle à notre manager, pour rectifier le tir…  

Les origines de Born Ruffians seraient très secrètes. Possible de lever un coin du voile ?

Pour être honnête, elles n’ont vraiment rien de bien secrètes (rires)… Notre aventure a commencé alors que nous n’avions que 16 ans. Au sein d’une petite ville sise dans Ontario (NDR : c’est au Canada), répondant au nom de Midland. Après avoir ramé pendant des années, s’être obstiné à répéter des compos bancales, on a décidé de déménager à Toronto. Où nous avons opté pour le patronyme de Born Ruffians. C’était en 2004. Deux ans plus tard, après y avoir accordé quelques shows, un manager mandaté par Warp est venu nous voir et nous a proposé de rejoindre leur label. D’abord pour enregistrer un Ep ; et puis accomplir une tournée américaine. Le reste appartient à l’histoire… 

Oui mais Warp est un label surtout notoire pour ses artistes électro. Il y a bien quelques exceptions comme !!!, Battles, Maxïmo Park, Gravenhurst et Grizzly Bear. Mais ils ne sont pas légion. Et puis, il faut croire que pour rejoindre cette section indie, il faut quand même respecter certains critères. Vous aviez l’impression de faire partie de leurs desseins ?

Warp était le label qui semblait le plus croire en nous à l’époque. Peu importe qu’il soit considéré comme électro ou pas. Je suis d’ailleurs grand fan des Boards Of Canada et de Jamie Liddle ! Je pense que Warp cherchait tout simplement à élargir son champ d’action, sur la scène pop/rock. Et nous ne pouvons que nous réjouir de leur soutien jusqu’à présent.

Pourquoi avoir confié à Rusty Santos (NDR : Animal Collective, Panda Bear, Owen Pallett) la production de votre nouvel album ?

Nous étions réellement satisfaits de son travail sur « Red, Yellow & Blue ». Rusty apporte une perspective unique à notre musique et nous pousse jusque dans nos derniers retranchements, en studio. Nous ne souhaitons pas une production standardisée et son approche non-conventionnelle nous convient parfaitement.

Qu’y a-t-il de fondamentalement différent entre « Red, Yellow & Blue » et « Say It » ?

Je pense que nous étions plus relax, mais aussi concentrés lors de la confection de « Say It ». Nous disposions de plus de temps (2 semaines !) et avions une meilleure idée de ce que nous voulions. Chaque morceau devait être construit lors des répétitions en studio. Il était important pour nous de ne pas se baser sur une démo préalablement enregistrée, mais de tout composer en live. L’évolution de jeunes gens d’à peine 20 ans est également un facteur important … (rires). Au cours des derniers mois, le line up de la formation a dû faire face à de nombreux changements. Une situation qui finalement nous a beaucoup rapprochés et même soudés ! Je crois que chaque petit changement dans la vie d’un artiste influe sur son art…

En enregistrant ce nouvel opus, aviez-vous, consciemment ou pas, une idée de votre nouvelle orientation musicale. Certaines découvertes récentes vous ont-elles influencées?

Nous désirions communiquer davantage d’émotion dans nos compos et écrire de véritables chansons pop dont les refrains seraient hérités en ligne droite de la fin des années 70 et du début des années 80. Nous les avons composées en nous imprégnant de l’esprit d’artistes comme Van Morrison, Amon Düül, les Beach Boys, Roy Orbison ou encore Tom Petty...

A l’instar des Talking Heads, la plupart de vos morceaux sont basés sur les rythmes. Une ligne de conduite ?

En studio, lorsque nous travaillons sur un morceau, nous précisons bien nos rôles. Sauf pour l’aspect rythmique dont nous partageons la même passion. Steve ne bosse pas beaucoup sur le sens mélodique, mais bien le rythme, la précision et la concision des morceaux. La mélodie est plutôt du ressort de Mitch ; mais il participe également à l’empreinte rythmique. Perso, je me concentre sur les harmonies vocales, qui elles aussi, sont fortement marquées par le rythme ! Lors des répétitions, nous ressentons instinctivement lorsqu’il est nécessaire de renforcer la ligne vocale et quel instrument doit mener le tempo. Néanmoins, malgré l’omniprésence de ces rythmes, je pense que « Say It » met surtout l’accent sur le travail des voix, tout en permettant aux chansons d’être fredonnées. Mais chassez le naturel…

Quels sont les artistes ou groupes que vous appréciez le plus, sur la scène contemporaine ?

J’avoue avoir beaucoup écouté le dernier album de Caribou… que j’ai eu la chance de recevoir avant tout le monde, car je chante le dernier morceau ! Mon ami Dave, de Tokyo Police Club, m’a également récemment envoyé son dernier cd et je le trouve superbe. J’adore aussi les Nurses de Portland. Nous allons d’ailleurs tourner avec eux, dès septembre. Je vous conseille l’écoute de Magic et des Slim Twig. Ils sont issus de Toronto. A côté de ces récentes découvertes, j’écoute surtout James Holden, Four Tet et Joy Orbison…

La communauté artistique de Toronto, c’est toujours d’actualité ?

En fait, j’ai déménagé. J’ai quitté Toronto pour Montréal! Mais j’y retourne bien entendu régulièrement ; non, non, rien n’y a changé !

 

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