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Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

ĠENN dévoile aujourd'hui « Jaguar Sun », un nouveau single en collaboration avec Aidan Moffat d’Arab Strap. Le titre sort au format digital ainsi qu'en 12’’ sur le label Rock Action Records, fondé par Mogwai, et accompagne l’annonce d’une tournée européenne…

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Emily Jane White

Le jardin très secret d’Emily…

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Ce 2 décembre, Emily White Jane se produisait à l’Orangerie du Botanique. Deux heures avant son set, elle nous a accordé un dizaine de minutes d’entretien. Juste le temps de parler de son magnifique second album, de ses influences et de la France, pays au sein duquel elle a vécu presque une année pour y apprendre la langue de Molière (NDR : dont elle a pratiquement tout oublié, faute de pratique) et tutti quanti. Plutôt timide elle manifeste une gentillesse naturelle, mais son discours semble quelque peu bridé par la présence du ‘tour manager’…

Emily, tu as composé la musique du long métrage ‘Wild Tiger I Have Known’. C’est ce qui m’a permis de découvrir ton univers. Mais par quel hasard as-tu été choisie pour décrocher la confection de cette bande sonore ?  

Le réalisateur, Cam Archer, est un ami proche. Lorsqu’il a dû poser son choix afin de composer la bande sonore de son film, il s’est naturellement tourné vers moi. J’ai vécu une expérience simple et agréable que j’aimerai recommencer.

Tu as déclaré aimer répéter dans ta chambre. Y composes-tu également ta musique ? En arrivant en studio est-ce que tout est déjà prêt à être enregistré ?

Ma chambre est mon jardin secret. Et je suis une personne très ‘privée’. Je m’y sens bien et en confiance. Mais de là à dire que j’y compose toutes mes chansons, il y a une marge que je ne franchirai pas ! Je ne m’impose pas de règles préétablies, car je n’ai pas encore finalement tellement enregistré dans ma vie (rires)… Effectivement, quasiment tout est prêt avant d’entrer en studio. Quelques détails sont ajoutés suivant les circonstances ; mais tout est écrit. Je ne suis pas loin du ‘control freak’, en studio…

Malgré ce côté ‘control freak’, y a-t-il certaines personnes particulières à qui tu demandes conseil quand tu composes ?

Je ne demande jamais conseil ! Même si en studio je sollicite parfois l’avis de personnes en compagnie desquelles je travaille. Mais j’accomplis surtout ce que j’estime le plus judicieux. Je n’en fais un peu qu’à ma tête.

Crois-tu au paranormal ? Aux esprits, aux spectres, bref tout ce qui tourne autour du surnaturel ?

Pas vraiment, même si je ne contesterai jamais leur existence. Je suis très intéressée par le sujet, mais ce n’est pas une obsession au quotidien…

Tu parles également beaucoup de la mort dans tes chansons. Ce qui explique sans doute pourquoi la presse te considère comme une chanteuse de ‘Dark Folk’. Est-ce justifié ?

Je me sens proche de la mort, en effet pour certaines raisons d’ordre personnel. Ce sujet transparaît évidemment dans mes chansons, même si ce n’est pas nécessairement voulu. C’est inconscient ! Mais en parlant, on évoque également beaucoup la vie, finalement ! Elle ne m’effraie pas, en tout cas…

Tu sembles influencée par la littérature. Gothique, en particulier. Un auteur comme Flannery O’Connor constitue-t-il une source d’inspiration pour tes lyrics ?

La littérature gothique ne m’attire pas particulièrement mais j’aime bien certains auteurs américains tels que Cormac McCarthy, Edward Allan Poe ou d’autres poètes issus de mon pays, moins connus. Mes lectures influencent inévitablement ma propre écriture.

Tu as milité pour une association destinée à combattre la violence contre les femmes. Tu as déclaré être féministe. Que signifie cet engagement pour toi ?

Je suis féministe et défend les droits des femmes mais j’ai ma propre définition du féminisme. C’est compliqué car il y a tellement de définitions de ce que doit être le féminisme. Je crois à l’égalité des sexes, à la justice sociale et j’ai des opinions bien arrêtées par rapport à la violence conjugale ! J’ai d’ailleurs été conseillère pour couples en crise au sein de cette association. Mais je ne suis pas une porte-parole des féministes, je suis une artiste dont l’avis est très tranché sur le sujet.

Pour revenir à des questions plus légères, en compagnie de quel artiste aimerais-tu partager un duo ?

Je ne sais pas trop. Un ami probablement ! Je préférerai cette formule plutôt que de le réaliser avec quelqu’un que je connais à peine ou pas du tout. Mais les propositions n’ont pas été nombreuses à ce jour, même si j’ai participé, en tant que collaboratrice, à pas mal d’enregistrements.

Es-tu fatiguée d’être comparée à Alela Diane et Cat Power ?

Pas réellement car j’ai confiance en moi et puis j’avoue que ces comparaisons sont flatteuses ! Alela est plus jeune que moi. Elle est aussi californienne et joue de la guitare acoustique en utilisant les cordes mineures. Un peu à ma manière. D’où ces raccourcis faciles, probablement.

Tu as vécu à Bordeaux pendant un an. Est-ce la raison pour laquelle tu as signé chez le label bordelais Talitres ?

Non ! C’est Bernard Lenoir (NDR : le John Peel français sur France Inter) qui m’a révélée à Talitres. Je connaissais cette maison de disques via certains artistes que j’aime comme Swell, Scary Mansion ou The Walkmen ! J’ai vécu à Bordeaux, pour y étudier le français à l’école et j’ai ensuite participé à un programme d’échange dans le Nord de la France. A mon retour en Californie, j’ai rencontré des Français qui m’ont proposé de venir jouer à Bordeaux. En compagnie de Kim par exemple. Un artiste injustement méconnu ! Au cours de ce séjour, je me suis énormément consacré à la musique et j’ai passé beaucoup de temps auprès des artistes sur place. De très bons souvenirs !

Pour finir en douceur. Quel est ton plat français favori ?

Pas facile à poser un choix ! Je dirai le fromage de raclette !!! Et puis les aubergines ; car j’adore la façon dont ce mot sonne en français…

 

Screaming Trees

Une sorte de revanche !

Écrit par

C’est quand même con, parfois, la musique et la façon dont ça marche. Tiens, on n’est pas certain qu’on aurait fait un tel cas des Screaming Trees si, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Seattle n’était devenu la Mecque des rockers patentés en quête de Nirvana (NDR : oui, oui, d’accord, le jeu de mots est bête et facile). Pire encore : il aurait été dommage et injuste! Comme quoi, les Trees méritent bien qu’on s’attarde un peu sur leur sort. Surtout qu’elle n’est pas loin, l’époque où leurs albums se vendaient chichement. Gary Lee Conner, le guitariste de la formation, le reconnaît…

- C'est exact, nous avons connu des moments difficiles. Le groupe a même failli splitter avant d'enregistrer « Sweet Oblivion ». Nous avons, à cette époque, rencontré d'énormes problèmes. Notre batteur est parti et nous avions l'impression de ne plus avancer dans le bon sens. Nous n’étions pas vraiment loin de la rupture ! Nous avons alors modifié notre façon de faire. Auparavant, nous étions du genre à foncer tête baissée pour enregistrer : ‘on écrit, on met en place, on enregistre et c'est dans la boîte’. Eh bien, on a changé ! Pour « Sweet Oblivion », on s'est rendu compte qu'on pouvait aller plus loin en bossant plus posément, plus précisément. Sans perdre l'énergie, la spontanéité qu'on a toujours souhaité garder. Depuis, tout va bien! Fini, le temps où on pensait bien avoir dit tout ce qu'on avait à dire, où on avait même du mal à imaginer de bosser encore ensemble... Cette période est derrière nous et on se sent bien. C'est d'autant plus chouette que la réussite commerciale de « Sweet Oblivion » n’est probablement pas le facteur déterminant de cette évolution. On a relancé la mécanique, redynamisé le groupe, et nos perspectives d'avenir me semblent bonnes.

« Sweet Oblivion » est-il meilleur ou simplement différent des albums précédents?

- C'est toujours une question-piège. Moi, je l'aime bien mais peut-être que dans six mois je ne pourrai plus l'écouter. Par exemple, de cet album, je n'aime pas particulièrement « Nearly Lost You ». Et pourtant pas mal de gens ont craqué sur cette chanson (NDR : ce titre est paru sur la B.O. de « Singles » et a fait un joli petit tabac dans les charts US). Non, ce que j'adore surtout dans ce cd, c'est qu'il soit réellement le fruit d'un travail de groupe. Nous avons tous participé à la composition et le résultat a été géant, vu les événements dont je viens de parler. Une sorte de revanche.

C'est assez amusant, la façon dont vous vous exprimez par l'image. Les pochettes de disques, par exemple. Tout est très fouillé et on y décèle des tas de symboles et d'objets bizarres. Alors que musicalement, justement, vous donnez plutôt dans le ‘vite fait bien fait’...

 

Mwouais. C'était peut-être un moyen de rétablir un certain équilibre! (il se marre)... Disons qu'on a toujours cherché à ne pas présenter de pochette de disques débile, mettant nos tronches en avant et tout le tremblement. On n'a pas vraiment des faciès de jeunes premiers et les pochettes à la Poison n'étaient donc pas pour nous. Nous avons toujours invité l'auditeur à aller plus loin. Des illustrations un peu complexes, c'est un bon moyen d'y parvenir. Je signalerai aussi qu'enregistrer rapidement ne signifie pas qu'on se contente d’une musique creuse, vide de sens.

Vous êtes associés à cette vague ‘Made in Seattle’ et vous tournez actuellement en compagnie d’Alice ln Chains. Cette assimilation géographico-musicale est-elle un avantage ?

Certainement sur le plan de la popularité, ne nions pas l'évidence. Néanmoins, il faut que nous ne devenions pas prisonniers d'une telle situation! Il se passe des choses superbes à et autour de Seattle parmi des groupes que tout le monde connaît mais il ne faut pas que ce climat  devienne un cauchemar pour les artistes. Si ceux-ci perdent le sens de leurs idées, tout s'écroulerait en deux secondes...

(Article paru dans le n° 11 du mois de mars 1993 du Magazine Mofo)

 

 

ZZ Top

Toujours peur qu’on mette le feu à ma barbe…

Écrit par

Ils figurent, à l’instar de Léopold Il, le capitaine Haddock et Leonard de Vinci, parmi les barbus les plus célèbres de la planète. A tel point même que les barbes respectives de Dusty Hill et de Billy F. Gibbons sont devenues quelque chose comme des griffes, des images de marque, à la façon du cheval cabré de Ferrari ou de l'étoile de Mercedes Benz. Ces barbes, elles symbolisent peut-être, en fait, toute l'intelligence de ce trio (NDR : n'oublions tout de même pas que malgré son nom, Frank Beard n’est que moustachu) ; car conscient de l’impact grandissant de l’image, le combo s’est mis en tête, au début des années 80, de se servir de l’énorme impact planétaire provoqué par MTV…

ZZ Top a donc, alors, déclenché le mouvement, l'incroyable mouvement qui va l'emporter au sommet. Le duo de vieux guerriers (c'était déjà le cas à l'époque) et le batteur imberbe devenaient des monstres de popularité. "Antenna" –le titre de leur tout nouveau Cd– c'est un peu cette histoire. Une histoire qui traite d'une bande de joyeux rockers mangeurs de blues devenus célèbres en un rien de temps. Dusty Hill, le bassiste de Harley Davidson, s’est plié de bonne grâce à notre interview…

- Pour une fois, notre nouvel album est sorti en diffusion mondiale le même jour. Tant à Bruxelles, Buenos Aires ou encore Sidney. Un peu comme une antenne radio hyperpuissante qui diffuserait ses ondes sur toute la planète à la même seconde. Le phénomène de la radio nous a toujours captivés autant qu'il nous a d'ailleurs servis. C’est aussi la radio qui nous a appris, à Frank, Billy et moi-même combien nous pouvions être proches l'un de l'autre. Lorsque nous étions gosses, nous écoutions, sans le savoir bien sûr, la même radio mexicaine. Elle proposait des émissions très particulières et surtout des chansons que les autres stations ne diffusaient pas. Je me souviens encore de ces programmes blues que j'écoutais religieusement en pleine nuit. A l'époque, c'était mon paradis. Plus tard, j'ai découvert que c'était aussi celui des autres.

"Antenna" semble être un Cd un peu moins exubérant qu'"Eliminator". C'est un disque très mûr, très sûr, très posé. On a l'impression que depuis "Eliminator", vous pensez plus votre musique...

- C’est une fausse impression. Nous veillons justement à ne pas trop analyser le produit de notre création. Analyser son travail est utile, à partir du moment où on est capable de garder une certaine distance et de conserver sa personnalité. Notre musique doit continuer à véhiculer du plaisir, du fun, de la chaleur. Tu me dis qu"'Antenna" est un album mûr. OK, mais il est aussi un album naturel et direct. Nous avons utilisé moins la technologie pour ce cd que pour "Afterburner", par exemple. Nous voulions créer quelque chose de très frais, de très spontané. Néanmoins, nous avons beaucoup préparé, beaucoup lustré les chansons de l'album. Nous avons laissé, repris, relaissé, re-repris certaines chansons un bon nombre de fois. Tout simplement parce que nous estimions qu'il fallait qu'il en soit ainsi. Peut-être finalement, avons-nous mélangé spontanéité et réflexion?

Comment définirais-tu "Antenna"?

- Comme un disque de pur rock & roll très influencé par la musique blues. Mais c'est toujours l'aspect rock qui prime. "Antenna" est un Cd très guitare, très net.

Tu crois qu'il contient l'un ou l'autre gros hit?

- Impossible à dire ! Je ne suis jamais parvenu à prévoir ce type de phénomène. A l'époque où "Eliminator" est sorti, j'estimais seulement que "Legs" était un titre qui devait bien passer en radio. J'étais loin de me douter du tabac qu'il ferait et quelques autres chansons dans la foulée. Sérieusement, nous sommes incapables de nous installer confortablement et d'écrire avec certitude un hit single. Dès lors, pourquoi se compliquer la vie ?

Trois bonnes années entre chaque album, c'est devenu votre rythme depuis "Eliminator", vous avez vraiment besoin d'autant de temps pour enregistrer un long playing ?

- Tu rigoles? On n'arrête pas un jour ou presque. Bon, c'est vrai qu'on est lents, mais le truc c'est qu'on a toujours le chic de se lancer dans des tournées gigantesques. Nous avons accordé près de 240 concerts depuis la sortie de "Recycler". OK, on adore ça, on ne vit que pour ça. On prend un pied du tonnerre. Pour te dire: on ne se lance jamais dans une tournée parce qu'on a sorti un album, on sort un album pour pouvoir partir en tournée. C'est vraiment ça l'essence de notre vie.

Vingt-cinq années de carrière n'ont donc pas fait de vous des robots du business...

- Ha, ha ! Sûrement pas. On est restés les mêmes musicos amateurs. Comme il y a vingt ans. Sauf qu'on est un peu plus à l'aise financièrement.

ZZ Top était-il, à ton avis, tellement différent avant "Eliminator"?

- Pas du tout. On a accompli une très longue tournée en 76 et je me souviens m'être fait la remarque récemment : à l'époque, on était déjà prêts à connaître tout ce que nous avons vécu depuis "Eliminator". L'habillage de notre rock a quelque peu évolué mais c'est surtout l'aspect ‘image’, le côté visuel qui est devenu crucial. Mais nous sommes loin d'être le seul groupe qui ait connu cette évolution.

Au niveau visuel, vous avez élaboré quelque chose de spécial pour "Antenna"?

- Evidemment. Mais je ne peux pas en parler. Vous verrez bien.

Quelle serait ta définition du bon concert?

- Un concert où le public entrerait dans la salle, le sourire aux lèvres et l'envie de s'amuser ; et la quitterait avec le même sourire et le sentiment de s'être bien amusé. C’est pas plus compliqué que ça. On n'est pas là pour faire la morale ou éduquer les gens. Nous sommes des entertainers, des guignols, des mecs qui traversent des villes pour y mettre de l'ambiance.

Vous avez dû jouer "La Grange" et "Tush" des milliers de fois. Vous parvenez encore à les interpréter  sans vous ennuyer?

- Mais bien sûr. On le fait pour le public qui nous demande invariablement ces chansons. Et aussi pour nous puisqu'elles font partie intégrante de notre existence. Ces titres sont pour moi comme des chapitres de ma vie ; ils vivent en moi comme des organes.

Comment perçois-tu vos relations avec le succès, la réussite commerciale. Comment gérez-vous cette situation ?

- Nous ne sommes pas des flambeurs. On n'a jamais déconnecté. On a de la pression sur les épaules chaque fois qu'on pose nos fesses en studio mais c'est normal. Le musicien prétendant ne pas ressentir cette pression doit être un type qui n'a pas le sens des responsabilités. Parce que bon, à chaque fois, tu remets tout de même certains acquis en cause. Tu ne sais jamais vraiment comment les événements vont se dérouler.

Vous jouez très rarement en compagnie d'autres musiciens ; pourquoi?

- Bah, il faut qu'on en ait vraiment envie. On l'a fait avec Clapton. Trois concerts. En Angleterre. En faveur du mouvement SHARP (NDR : le ‘Self Help Addiction Recovery Program’) ; mais cela reste une exception. On était en studio quand Eric nous a appelés. Il nous a expliqué le projet et on a dit: ‘OK’. C’est tout !

Jamais, non plus, eu l’envie d'une escapade en solo?

- Pour quoi faire? Je me sens, pour ma part, à 100%, comblé par ZZ Top, alors pourquoi chercher ailleurs? J'exprime tout ce que j'ai envie d'exprimer au sein du groupe. Rien n'est plus important pour un musicien.

Tu peux décrire ta maison?

- J'en ai plusieurs. Je vais t'en décrire deux de manière à illustrer un aspect important de ma personnalité. Je possède une maison, en ville, qui est bourrée de technologie. Une maison très très moderne avec toutes les nouveautés en appareillages électroniques et gadgets divers. J'en ai aussi une autre en pleine campagne, à une heure de route de là. Une maison presque vide, au bord d'une baie très calme et douce, en bordure d'une route peu fréquentée et proche des terres où je peux faire galoper mes chevaux. Je m’y rends pour faire vrombir ma Harley, loin du trafic et des flics. Lorsque je suis en ville, je travaille. Mais je suis incapable de bosser à la campagne. Ces deux maisons sont très complémentaires. Je pense que la vie, en général, est comme cela pour beaucoup d'entre nous et chacun l'exprime, le matérialise à sa façon.

Tu t'occupes beaucoup de ta barbe?

- Non. Je la coupe juste assez pour éviter qu'elle gonfle trop (il se tâte les joues !) et qu'elle m'empêche de jouer de la guitare. Je n'ai pas de très longs bras !

Tu prends des précautions?

- Je ne demande jamais à personne d'allumer la clope qui me pend au bec. J'ai toujours peur qu’un inconscient foute le feu à ma barbe !

Tu as une basse fétiche?

- Ouais, une Telecaster qui date de 68, par là. Une merveille de basse géniale. Je dois en avoir 40 ou 50 ; mais c'est celle-là que j'aime !

Avant d'engloutir un bon cognac, Dusty nous dira encore que ZZ Top viendra jouer en Belgique en juillet. Il ne sait pas encore ni ou ni comment mais ce sera en juillet.

Article paru dans le n° 20 du magazine Mofo de février 1994

Inspiral Carpets

Proche de l’esprit des Doors

Écrit par

Détonateur (involontaire) du mouvement ‘baggy’ mancunien, au même titre que Stone Roses et Happy Mondays, Inspiral Carpets avait soufflé tour à tour le chaud et le froid en enregistrant le superbe "Life" en 1990, puis le controversé "The Beast Inside", l'année suivante. Novembre dernier, le quintette a gravé "Revenge of the Goldfish", un troisième opus frais, pétillant, qui nous a complètement réconciliés avec le groupe, une oeuvre qui s'inscrit dans le mouvement néo pop du début des nineties. Pourtant, le Carpets aiment les Doors, et ils ne s'en cachent pas ; mais ils réfutent toute implication dans le revivalisme sixties. Tom, le chanteur, et Graham le guitariste, nous ont accordé une longue interview. Nous vous en proposons les extraits les plus intéressants, mais également les plus loufoques...

A la fin des eighties, vous avez été assimilés par la scène ‘baggy’ de Manchester? Ce phénomène a-t-il favorisé votre succès?

Graham : Au départ, c'était un avantage d'appartenir à cette scène, parce que Manchester polarisait toute l'attention des médias. Il est exact que si nous avons été emportés par le mouvement, nous ne nous en sommes jamais réclamés. D'ailleurs, fin 1990, lorsque notre deuxième album est sorti, cette situation s'est retournée contre nous. "The Beast Inside" était un disque ‘anti party’, et en tous cas, à des miles de la musique de danse qui sévissait alors à Manchester. En fait, la presse nous avait déjà enterrés avant même d'avoir écouté le cd. D'autre part, le public qui ne jurait que par le ‘baggy’ trouvait le contenu trop sérieux, pas assez ‘fun’, si vous préférez. Ainsi, l'avantage, s'est transformé en désavantage.

Que penses-tu de groupes comme Happy Mondays et Stone Roses qui relevaient de cette scène?

Tom : Avant 1988, personne n'avait jamais entendu parler de ‘baggy’. Ce sont les journalistes, et en particulier ceux du Melody Maker qui ont inventé ce vocable. La première fois que j'ai assisté à un concert de Stone Roses, c'était en 1987. Nous n'avions pas les mêmes, idées, et certainement pas celle de fonder une scène homogène. Bien sûr, à partir de 1988, nous avons tourné avec les Stone Roses et les Mondays ; et il est inévitable, dans ce contexte, que nous ayons exercé une certaine influence sur chacun de ces groupes, comme chacun d'entre eux a exercé une certaine influence sur nous. Mais toutes ces formations ont tenu à conserver leur propre style, leur propre identité. Personne n'a jamais comparé les Smiths à Happy Mondays, parce qu'ils sont de Manchester, que je sache!

Bien que de Wolverhampton, les Charlatans ont également été confondu avec cette scène ; même qu'au début, vous étiez souvent mis en parallèle avec eux, à cause de la sonorité très ‘Doors’ des claviers. Comment réagissez-vous à ces allusions?

T. : Je pense que si nous sommes inspirés des Doors, les Charlatans se sont inspirés de nous. Et pas seulement à cause des claviers; mais également du look et du light show. Bien qu'inconsciemment, le contraire soit peut-être tout aussi vrai... Notre perspective du rythme est quand même totalement différente ; c'est la raison pour laquelle nous nous sentons plus proche de l'esprit des Doors que les Charlatans. Attention, mon raisonnement est loin d'être péjoratif, car le fait de s'inspirer des autres favorise la création, et permet d'élargir son audience. Je m'explique. Les Happy Mondays ont bâti leur succès en tirant parti de la popularité des Stone Roses. Et puis nous avons bâti le nôtre en séduisant ceux des Happy Mondays et des Stone Roses. Mais à l'inverse, notre succès aux USA a permis aux Mondays et à Stone Roses de se créer une ouverture outre-Atlantique. Finalement, dans ce mécanisme, tout le monde s'y retrouve.

Qu'est ce qui vous attire chez les Doors?

G. : Tout! Les textes d'abord. Jim Morrison était à la fois capable de raconter des histoires très ‘noir et blanc’, mais également très ‘hard’, du style ‘Hey baby, viens, nous allons coucher ensemble ce soir, etc., etc.’, des images lascives que nous avons réutilisées sur l'album The Beast Inside. Pour nous, Jim n'est pas seulement un symbole, mais aussi un grand compositeur qui peignait les moeurs les plus tabous de ses contemporains... Et puis il y a les claviers. Parce que cet instrument constitue un élément clef de notre musique, comme chez les Doors. D'ailleurs si tu compares David à Ray (NDR : Manzarek), il prendra cela pour un compliment. Et c'est la même chose si tu compares Jim à Tom. Pour nous les Doors, c'est très important!

Que penses-tu du film sur les Doors, réalisé par Oliver Stone?

T. : Pure fiction!
G. : C'est un film intéressant, mais il montre les facettes les plus excessives du personnage. Jim n'avait pas que des mauvais côtés, même s'il ne devait pas être facile de vivre avec lui au sein du groupe. Mais s'il est devenu un mythe, ce n'est certainement pas à cause de ses débordements, mais surtout parce qu'il reflétait le mal être de sa génération...
T. : Le film est quand même fort romancé, un peu comme celui qui relate l'assassinat de John Kennedy...

Quel est le style musical qui a le plus marqué Inspiral Carpets? La house, la pop, le psychédélisme, le punk, le garage ou autre chose?

G. : Toute l'histoire du rock. Depuis Elvis Presley jusqu'à Alice Donut, en passant par les Pistols, Can, Talking Heads et bien sur les Doors. Personnellement, la house ne me botte pas trop, mais elle est indispensable à notre section rythmique.
T. : Depuis que la house est devenue une tendance dominante en Grande-Bretagne, elle a perdu toute sa stimulation, tout son crédit. A Manchester, la house est devenue un produit de consommation tout à fait banal. Des tas de jeunes se rendent chaque soir dans les boîtes pour y fumer un joint et danser sur de la house. Où sont donc la passion et l'excitation nécessaires à l'émulation, je vous le demande?...

Vous affichez une tendance plutôt revivaliste alors?

T. : Pas du tout! Nous ne sommes pas des revivalistes. Nous explorons le plus large éventail de formes musicales possible pour en retirer le maximum de feeling. Le revivalisme est totalement étranger à Inspiral Carpets!...

Comment avez-vous fait pour dénicher ce fabuleux orgue ‘farfisa’? Combien l'avez-vous payé?

T. : Cent livres dans une brocante à Londres!

Que représente pour vous le 19 avril 1986?

G. : La première fois que le groupe a perçu un cachet après avoir donné un concert. Ce jour restera longtemps gravé dans notre mémoire...

Quelles sont les différences marquantes entre vos trois albums? Sur votre dernier, les textes font allusion à Dieu et à l'amour, mais d'une manière désenchantée, pourquoi?

T. : "Life" notre premier disque, était bien dans l'air du temps. "The Beast Inside"  baignait dans une atmosphère plus progressive, paradoxalement plus sereine et plus sensuelle, même s'il recelait deux morceaux plus dansants. Nous avons voulu insuffler à "Revenge of the Goldfish" un son et un format plus pop. Chaque titre dépasse rarement les trois minutes, et pourrait figurer sur un single. Quant aux textes, c'est une forme d'ironie. Nous n'avons certainement pas l'intention de disserter sur l'existence de Dieu ou sur la religion. Laissons ces élucubrations philosophiques à l'Amérique et aux Américains. Ils raffolent de ces concepts. Nos lyrics sous-entendent des choses très terre à terre comme la tentation, le désir sexuel, la libido, des desseins plutôt charnels que nous tentons d'inoculer dans nos compositions avec une forte dose d'humour...

Sur ce disque, il existe une chanson qui porte le titre "Here come the Flood", alors que le producteur de l'album, du groupe S Express, s'appelle Pascal Gabriel. C'est aussi une autre forme d'humour?

T. : Hein!...
G. : (Il éclate de rire). A non là, on l'a pas fait exprès, c'est une drôle de coïncidence!

Croyez-vous à la réincarnation?

T. : Trois mille ans avant notre ère, je vivais dans la peau d'un pharaon qui régnait sur la grande Egypte...
G. : Je souhaiterai me réincarner sous la forme d'un chien. Oui, un chien! Un chien ou une radio. Plutôt une radio, car c'est plus facile pour se faire comprendre, ah, ah, ah...

Est-ce que les poissons rouges (NDR : par référence au titre et à la pochette de l'album) sont prisonniers dans leur bocal?

G. : C'est une existence très triste!...
T. : C'est une très triste existence!...
G. : Vraiment triste comme existence! Etc.

N'avez-vous jamais pensé vous procurer un tapis volant?

G. : Oh mais si, nous en possédons un. Il nous permet de nous rendre de Grande Bretagne aux quatre coins du globe. Surtout ne le répétez à personne!...

Quelle est la couleur d'Inspiral Carpets?

G. : Bleu mer et orange ; nous avons pourtant vécu une période pourpre...

Avez-vous peur du silence?

T. : Non, il constitue le refuge de notre imagination. Il ne nous effraie pas, mais nous permet  de nous pencher sur notre conscience. Le silence nous inspire...

Interview paru dans le n°10 de février 93 du magazine Mofo

Peter Astor

Concrétiser ses propres idées…

Écrit par

Poète introverti, cet ex leader de Loft, puis de Weather Prophets a décidé de faire cavalier seul en 1989. Depuis, il nous a livré quatre albums différents, "Submarine", "Zoo", "Paradise", et aujourd'hui "God and other short stories". En évolution constante, puisque de la morosité et de l'intimisme, il est parvenu aujourd'hui  à traduire ses émotions sous une forme de pop plus optimiste. Rencontre avec un Peter Astor détendu, souriant, décidé à faire table rase du passé, et surtout très satisfait de son dernier disque, pour lequel nous avons voulu tout savoir. Ou presque! 

Avais-tu l'intention, dès ta plus tendre enfance, de devenir un artiste? As-tu suivi des études en conséquence? Que ferais-tu si tu n'étais pas musicien?

A l'âge de onze ans, je rêvais de devenir un footballeur célèbre. Sinon, je passais mon temps à jouer avec des petits soldats ou à assembler des modules de tanks. J'ai terminé un cycle d'études consacré à la littérature anglaise. J'étais à la fois intéressé et motivé, parce que j'y ai gagné plus d'argent que lorsque je suis devenu chômeur! En Grande Bretagne, le chômage est un grave problème. La plupart des musiciens ont connu cette situation difficile à leurs débuts. Si je n'étais pas devenu musicien, je ressemblerais à ces bâtards qui, pour oublier leur condition misérable, se saoulent la gueule toute la journée dans un bar, en espérant une hypothétique providence...

Avant d'entreprendre une carrière solo, tu as joué au sein de Loft et des Weather Prophets. A quelle formule donnes-tu la préférence?

A celle que je mène pour l'instant. Cela me paraît le choix le plus honnête, le plus adapté à ma sensibilité. Prends l'exemple d'Andrew Eldritch, il a conservé le patronyme Sisters of Mercy, alors qu'il est devenu le seul maître à bord. Et il y en a beaucoup d'autres dans le cas. J'estime qu'il est plus correct de jouer sous son propre nom lorsque tu es seul responsable de la création. Faire partie d'un groupe, c'est apprendre à vivre ensemble, à faire des concessions, des compromis. Parfois, tu te rends compte que tu fais fausse route, mais tu n'oses pas l'exprimer de peur d'exacerber les susceptibilités. Attention, cette aventure est enrichissante, mais elle ne correspond pas à ma nature. J'ai choisi délibérément de poursuivre une carrière individuelle, et j'en suis très heureux. Ce qui n'exclut pas la participation de collaborateurs sur scène et sur vinyle. Mais je ne tiens plus à appartenir à un groupe, car je n'aurai plus le sentiment d'interpréter ma propre création, de concrétiser mes propres idées.

Est-ce que tu reprends parfois des chansons de Loft et de Weather Prophets en concert?

Quelques unes. Mais pas trop! Mais cela n'a guère d'importance... (NDR : il a l'air embarrassé). Ce serait trop ennuyeux d'interpréter ces vieux morceaux. En fait, je me limite à l'une ou l'autre chanson de Loft ou des Prophets. Des faces ‘B’ de singles méconnus. Le reste ne m'intéresse plus. Je préfère me consacrer au nouveau répertoire!

Comment s'est déroulé l'enregistrement de ton dernier album? Es-tu satisfait du résultat?

Il a fallu deux mois et demi pour le terminer. Je dois avouer que son enregistrement n'a pas été facile. J'y ai travaillé très dur. J'ai voulu tirer un maximum de moi-même, et j'ai fait preuve de la plus grande sévérité quant au choix des morceaux. Mais je suis content du résultat. Maintenant, ne me demandes pas d'analyser ma propre création, c'est un peu comme si tu devais décrire ta propre maison, alors que tu l'occupes depuis plusieurs années. Disons qu'il est plus optimiste, plus pop, par rapport à ce que j'ai réalisé jusqu'à présent...

Moins dramatique que "Submarine"?

Absolument! "Submarine" développait des thèmes très sérieux, réalistes même. "God and Other Short Stories" se veut plus positif. Et je suis enchanté que tu l'aies compris dans ce sens.

Est-ce que Dieu est plus important que les autres petites histoires?

Non! Que veux-tu dire par là?

Que représente Dieu dans la vie et dans l'œuvre de Peter Astor?

C'est une question difficile. C'est un peu comme si tu me demandais le chemin qui mène au ciel, alors que j'ai égaré le plan...

Tu crois en Dieu? A la religion?

Non! Je voudrais bien, mais non!

"God and Other Short Stories", c'est seulement un titre?

Oui! Un titre ironique...

Sur ce disque, de nombreuses plages relatent des histoires qui se déroulent le week-end. Est-ce une nouvelle fascination pour Peter Astor?

Pas seulement les week-ends! En fait, après avoir enregistré les chansons de cet album, je me suis rendu compte qu'il y en avait une qui concernait le mercredi, une autre le jeudi, etc. jusqu'au dimanche. Et je me suis dit qu'il serait intéressant de les aligner sur le Cd. Mais au départ, ce n'était pas du tout intentionnel.

A quoi accordes-tu le plus d'importance, aux paroles ou à la musique?

Aux deux! La conjugaison des deux éléments est très importante. Une bonne chanson ne se limite pas à de bons mots!

Es-tu d'un naturel pessimiste?

C'est relatif. Je suis un romantique, et cette sensibilité imprègne mes chansons. Mais je ne suis pas un pessimiste. Pas toujours quoi! Disons que je trouve de la beauté dans la tristesse. Cela donne une signification à la poésie. Je ne suis d'ailleurs pas le seul artiste à y puiser l'inspiration...

Romantique, cela fait très conservateur britannique! Pourtant, tu ne portes pas de chapeau-melon?

Conservateur? Certainement pas dans le domaine de la politique! Traditionnel? C'est très relatif. Peut-être parce que je critique tous ceux qui détruisent l'environnement ou ces nihilistes qui foutent la merde partout. Mais aussi marginal parce que j'aime toutes les formes d'art contemporain, et que je suis tolérant en matière de sexualité. On ne peut donc dire que je sois un véritable conservateur...

Au cours de ton adolescence, tu appréciais tout particulièrement Patti Smith, Television et le Velvet Underground. Que penses-tu du dernier album de Television?  De la reformation du Velvet?

Je n'aime pas du tout le dernier Cd de Television. Il se limite à des riffs de guitares, et pas très subtils en plus! Il ne recèle aucune bonne chanson. L'aura de Television appartient au passé! Le Velvet? Sterling Morrison a sans doute besoin de fric. Pas les autres, je suppose. Lou Reed est devenu le personnage le plus pompeux et le plus ennuyeux du monde musical. Il n'a plus aucun talent et je ne parviens pas à comprendre comment il parvient encore à avoir du succès. "New-York" était son chef-d’œuvre. Le reste n’est que détritus. "Magic & Loss" ne mérite même pas les immondices. Il est dégoûtant! Je n'ai jamais rien entendu d'aussi mauvais! John Cale? Au cours des seventies, il a beaucoup apporté à la musique underground. Depuis, à ma connaissance, il n'a plus fait grand chose d'intéressant. Cette reformation n'est motivée que par l'appât du gain. A moins qu'elle ne soit destinée à leur procurer de la compagnie (rires). Je hais ce style de reformation. Tout comme celle des Buzzcocks. Elles sont totalement ridicules.

La presse rock te rapproche souvent de Nick Drake. Comment réagis-tu à ces comparaisons? Ce personnage est-il si important pour Peter Astor?

Ce n'est pas parce que j'apprécie l'œuvre de Nick Drake qu'il faut nécessairement me comparer à lui. Il est mort! Alors, je préfère être comparé à des artistes comme Metallica, Nirvana, Screamin' Trees ou Babes In Toyland. Au moins eux sont toujours vivants...

(Interview parue dans le n°13 du magazine Mofo de mai 1993)

 

The Afghan Whigs

Pas un long fleuve tranquille

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ll émane de Greg Dulli, le leader d'Afghan Whigs, un impressionnant charisme. Rien à ajouter, le gaillard en impose. Il a de l’âme, de la soul... Surtout quand il est en grande forme, comme c'était le cas, il y a quelques semaines lors du concert de son groupe au Botanique. Greg –qui se présente comme un ‘accident né d'une femme de 18 ans et d'un homme à peine plus âgé’– était heureux ce soir-là. Le concert bruxellois était le dernier de la série européenne, et le chanteur allait pouvoir rentrer chez lui à Cincinnati (Ohio), avant de revenir ici, notamment pour le festival de T/W.

Paranoïa

‘Black Love’, le dernier album en date, est le sixième d'un groupe qui a mis longtemps à décoller, mais qui voit ses œuvres de jeunesse rééditées aujourd'hui. Pour ‘Black Love’, dont le titre est emprunté à une marque d'encens américain, Dulli s'est une nouvelle fois replié sur lui-même : par besoin, mais aussi sans doute un peu par obligation. "Peux pas faire autrement, dit-il. L'époque où j'ai composé les chansons de l'album est parmi les plus noires de mon existence. Je sortais d'un moment difficile, d'une période trouble. Je venais de rompre avec une copine que j'avais aimée énormément. Je suis un fataliste, mais aussi un romantique... Même si je me dis que l'amour est précaire, surtout quand on veut entretenir la passion, j'avais quand même tendance, après coup, à sombrer dans une déprime difficile à assumer!" Et puis, selon ses propres dires, Greg a souffert de ‘paranoïa’ à la suite d'une attaque en justice qu'il n'attendait pas. Une demoiselle qui avait été blessée –par un verre de bière– lors d'un concert du groupe il y a 5 ans au Texas, a tenté de faire cracher les Afghan Whigs, une fois qu'ils sont devenus célèbres. "Je ne sortais pratiquement plus de la maison, je m'y terrais, j'étais comme blessé dans ma chair. Le fait de pouvoir écrire de nouvelles chansons m'a permis de me libérer, d'expulser ces sentiments négatifs qui me démangeaient. J’étais mal dans ma peau, mais d'un autre côté, ces épreuves m’ont servi. Ce n'est pas pour rien si les chansons de ‘Black Love’ sont aussi intenses, aussi fortes, aussi poignantes. Elles sont à l'image des émotions que je ressentais à ce moment. "

Clarinettes et violoncelles

Il n'arrive donc pas à composer quand il est bien dans sa peau. Greg : « Je n'écris en tout cas jamais quand je traverse un vrai moment de bonheur. D'ailleurs, il ne sortirait probablement que des idioties. Mais quoi qu'on en pense et même si ça ne se voit pas, je suis capable de ressentir le bonheur et la joie, à très forte dose qui plus est... " S'il a fait son examen de passage, Greg a quand même réussi à concocter des chansons qui sonnent étonnamment spontanées et basiques dans un tel contexte. "C'est vrai qu'il reste au final des éléments très purs, très épidermiques qui existaient à la base de mes chansons. Mais nous avons aussi intégré des nouveautés qui amènent le disque dans de nouvelles directions. Je pense aux parties de clarinettes ou aux violoncelles de ‘Night By Candlelight’. Il y a aussi des percussions qui me semblent atypiques pour nous... ‘Black Love’ est un album tout en contrastes, ce qui m'est sans doute imputable à 100%. Je n'ai pas une vie qui est un long fleuve tranquille... Mais en tant que musicien, j'y trouve certainement une source d'inspiration."

Article paru dans le n° 44 du magazine MOFO de juin 1996.

Julian Cope

Médium, mellotron et chapeau pointu…

La scène se passe durant une belle après-midi de la fin de l'été bruxellois. Les lunettes noires sur le nez, Dorian (NDR : la femme de Julian) porte une robe de lin très classe. Elle promène les gosses du couple : la petite Avalon qui n'a que 15 mois et l'aînée, Albany, qui va vers ses 4 ans. La place Rogier est sous le soleil, les passants sont nombreux devant l'immeuble que certains continuent à appeler le ‘Martiny’ : Julian Cope, lui, se fait photographier... Et il ne passe guère inaperçu! Pensez, l'homme arbore son chapeau pointu d'un jaune fluo parfaitement assorti à l'orange pétant de son fuseau. En plus, il prend des poses pas possible : accroupi ou les bras en croix ! C'est tout ce qu'il y a de plus discret. On a vu plus d'une tête se retourner en lui adressant un regard en forme de point d'interrogation : ‘Il est fou, ce mec?’ Si Julian est très très gentil –et visiblement très papa-gâteau aussi– il a l'air quand même un peu fêlé. Confirmation à 1’écoute de son discours, disons un peu décalé... Et on vous épargne les déclarations tonitruantes sur les alignements de pierres d'Avebury (NDR : le sujet favori de Julian date de 6.000 ans!) Pas de round d’observation, on entre immédiatement dans le vif du sujet…

J'ai eu un moment de lucidité, ma première ‘vision’. C'était un 22 décembre. Lisa St John est une amie et une sorcière blanche. Elle nous a conviés à une séance de transe, dans son appartement. Une heure d'enfer ! Après coup, je lui ai dit que tout ça, c'était de la foutaise. Comme j’avais faim, j'ai quitté 1’appartement. Tout à coup, en haut des escaliers, j'ai eu un flash. Une lumière blanche a dégringolé les marches ; et, là-bas à l'autre bout de l'escalier, je me suis vu à 15 ans. J'ai regardé ce petit garçon qui n'était autre que moi... En fait, j'étais occupé de réinterpréter un rêve que j'avais vécu à 15 ans. Trois mois après sa mort, j'avais vu mon grand-père en haut d'un escalier, sur le point de descendre. A l'époque, je pensais qu'il avait été chassé du paradis et venait chercher de l'aide. Ou alors, il descendait les marches du purgatoire. Et 17 ans plus tard, je me vois dans un rêve futur ! J'étais habillé de la même façon que mon grand-père, avec des lunettes à la Andy Warhol et un chapeau d'ouvrier anglais. Curieusement, cette vision ne m'a pas fait peur, au contraire, je me sentais joyeux! Et depuis ce jour-là, je suis une autre personne. Certains sont capables d'ignorer ce genre d'expérience. Moi pas. Je veux comprendre. Et plus, plus je suis confronté à des événements étranges, plus je fais d'efforts pour comprendre ; un peu comme si, depuis 5 ans, j'étais poursuivi par une malédiction ou par une révélation venant du ciel, de la terre, de tout ce que tu veux... Je ne suis pas devenu dogmatique ou mystique pour autant ; ce n'est de toute façon pas une vision du Christ que j'ai eue. Mais ce que j'ai vu me poursuit encore. En 1991, pendant 6 mois, cette image m'est apparue sans arrêt, partout. Le chemin de la vérité n'est pas celui qu'on t'impose, mais celui qui se présente spontanément à toi.

- Bien, bien, Julian. Ce n'est pas trop difficile d'affronter ceux qui ne croient pas un mot de ce que tu racontes?

Mais ce que j'ai vécu est bien réel ! C'était un trip (NDR : mot favori de Julian) concret, tangible. La preuve ? Mon dernier single « Try Try Try » est entré dans le top 30 britannique. C'est un signe, je dois continuer à chercher dans cette voie ! Je dois tirer avantage de cette situation : avoir un pied dans l'underground et l'autre dans une position commerciale intéressante. Je dois sortir de l'ombre, libérer progressivement mon trip et le révéler au monde. Mais je ne dois surtout pas me dépêcher, ça foutrait le trip en l'air. Avant 1989, je ne suivais aucune direction précise, je tournais en rond...

-Ah oui ?

Avant, c'était de la pure intuition, ce qui est bien d'ailleurs, quand on ne recherche qu'un trip intéressant. Mais lorsque tu es à la recherche d'un trip vraiment excitant, tu as besoin d'une éducation. Quand j'ai commencé à partir à la rencontre de la vraie connaissance, je me suis rendu compte, à ma grande surprise, qu'elle était terriblement vaste. J'ai pris conscience de mon ignorance. J'ai éprouvé le besoin de réfléchir sur les objets de ma croyance. Aujourd'hui, à condition de ne pas avoir bu de bières, je suis capable d'écrire exactement ce que je ressens, et qu'importe si on rit de moi. Ca fait partie de mon rôle social d'être montré du doigt. J'essaie de faire mon boulot du mieux que je peux. Moi, tout ce que je dois faire, c'est écouter ce que mes intuitions me disent. Ce n'est pas vraiment à moi de décider, ça doit venir de l'intérieur.

Une chanson sur Kurt et Courtney

- Venons-en à ton album (1). Dans le titre « Queen Mother », il y a une ligne qui dit ‘I hate myself and I want to die’. C'est vraiment une allusion à Nirvana?

Ben ouais, je sais que ça ne me ressemble pas, mais c'était mon intuition. Je ne pourrais vraiment pas te dire pourquoi j'ai écrit ce morceau. C'est une vision que j'ai eue, cette chanson sur Kurt et Courtney. J'avais l'impression d’être dans leur chambre quand je l'ai composée. Mais je ne peux pas prouver qu'il s'agit d'un vrai trip, parce que Courtney et moi sommes de vieux amis. On s'est retrouvés plus d'une fois ensemble dans la même pièce.

- Ce qui frappe à l'écoute de "20 Mothers", ce sont toutes ces sonorités démodées, ces bruitages d'une autre époque...

Tu veux parler de l'emploi du mellotron, par exemple? Je voulais que les gens écoutent d'abord l'album d'un point de vue strictement musical, qu'ils soient immédiatement accrochés par les sonorités. J'ai volontairement exagéré la balance entre les instruments : si le mellotron est très présent, il faut que le synthé s'entende encore plus fort. Le studio était rempli d'instruments. J'ai acheté deux superbes mellotrons jaunes fluorescents... Enfin, je suis conscient que mon trip est assez bizarroïde et qu'il peut étonner.

- Sur le dernier album il y a des éléments psychédéliques et punks. Recherches-tu un certain équilibre?

Non, pas du tout. Cet album est complètement déséquilibré. C'est un disque cosmique, de science-fiction. Tous les morceaux sont d'une longueur raisonnable, sans remplissage instrumental mais malgré tout, il s'y produit des tas de choses. Pour utiliser une image, disons que j'ai déplacé le piquet de but ; je l'ai éloigné, ce qui m'a laissé davantage de possibilités. Le son est balayé, les chœurs sont euphoriques, il y a du mellotron...

- La presse anglaise te décrit comme un barde. Ca te convient?

Ca ne me dérange pas. Je suis originaire de l'Ouest de l'Angleterre. Je suis préceltique, en quelque sorte, dans mon attitude. Je dirais que chez moi, il y a 50% de tradition et 50% d'innovation. Ma conception de la nouveauté est harmonieuse, ce qui est un état d'esprit typiquement ‘barde’. J'ai la chance de pouvoir enregistrer des chansons depuis l'âge de 19 ans. A partir de là, c'est mon devoir d'y mettre une signification, de les remplir de sens. Je veux que ma musique provoque une sensation d'harmonie dans la tête des gens qui l'écoutent.

(merci à Christophe Godfroid)

Article paru dans le n° 37 du magazine MOFO d’octobre 1995

 

Rebellion

La rébellion silencieuse.

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Sans être la découverte de l’année, “Arise: From Ginnungagap To Ragnarok - History of the Vikings, Vol. III”, le nouvel album des Allemands de Rebellion, est intrigant. Aussi, on ne s’est pas fait prier lorsque leur label (Massacre Records) nous a proposé une interview. C’est Tomi Göttlich le bassiste qui s’y est collé. Entre les choses qu’il ne préférait pas dire, les choses qu’il ne voulait pas dire et celles qu’il ne pouvait pas dire, on ne peut pas dire que cette rébellion-là soit des plus bruyantes. Interview sympathique d’un rebelle, qui manifestement ne veut se fâcher avec personne.

Musiczine.net est un magazine musical d’intérêt général. Nos lecteurs ne sont pas forcément des fans de Heavy Metal. Pourrais-tu leur présenter Rebellion ?

Tomi Göttlich : Rebellion est un groupe qui pratique un certain type de Heavy Metal. Il est même difficile à décrire. D’ailleurs, j’estime que cette analyse est davantage du ressort des journalistes. Nous venons définitivement des eighties, car nous ne sommes plus des teenagers ; mais nous avons essayé d’incorporer quelques influences plus modernes pour créer notre propre style et notre propre identité. A l’auditeur de juger si nous y sommes parvenus.

“Arise: From Ginnungagap To Ragnarok - History of the Vikings, Vol. III” constitue votre cinquième album, et le troisième d’une trilogie consacrée aux Vikings. Pourquoi avoir porté votre dévolu sur les célèbres guerriers scandinaves. N’était-il pas beaucoup plus intéressant, en tant qu’Allemands, de parler de l’histoire de votre propre pays ? Un album concept sur les chevaliers teutoniques, par exemple ?

T.G. : D’une manière générale, nous pensions que les Vikings étaient un sujet passionnant quand nous avons décidé de démarrer cette trilogie. A présent, il semble qu’énormément d’autres groupes ont aussi choisi d’écrire sur ce sujet. Nous avons cependant décidé de l’achever, au risque de se voir taxer de suiveurs. Bien sûr, on pourrait penser qu’un groupe allemand est mieux placé pour parler de sujets autochtones ; mais, en tant que professeur d’histoire, j’aime bien creuser profondément des matières que je ne connais pas encore. Ce qui ajoute un peu de piment à ma vie professionnelle.

« Thor » est vraiment une chanson épique extraordinaire. Un pur moment de magie. Avez-vous un jour rêvé d’interpréter ce genre de titre, soutenu par un orchestre symphonique, comme certains groupes contemporains de métal l’ont réalisé ?

T.G. : Effectivement. Ce serait un rêve. Mais c’est surtout une question d’argent, car il faut payer tous ces musiciens.

A l’écoute d’“Arise: From Ginnungagap To Ragnarok - History of the Vikings, Vol. III”, on peut sans conteste entendre l’influence de deux groupes principaux dans votre musique: Grave Digger et Iced Earth. Y en a-t-il d’autres ?

T.G. : Il est assez difficile de se juger soi-même. Je préfère ne pas émettre de commentaires sur ce sujet et laisser à d’autres le soin de le faire.

Je n’ai pas trouvé de dates de concerts sur votre site web  (http://www.rebellion.st) ou sur votre page MySpace (http://www.myspace.com/rebellionfromhell). Vous vous produisez en ‘live’ ?

T.G. : Absolument ! Nous sommes occupés de mettre à jour notre agenda. Nous serons sur la route dès le début de l’année prochaine.

Tomi et Uwe, vous avez tous les deux milité chez le groupe métal culte Grave Digger. Pourquoi êtes vous partis ? Êtes vous toujours en bons termes avec Chris Boltendahl (NDR : Le leader de Grave Digger) ?

T.G. : Nous ne sommes en aucuns termes avec lui, et nous ne voulons pas l’être. Tu peux donc en conclure que le split n’a pas été amical et c’est pourquoi, une fois de plus, je ne désire rien ajouter en à ce sujet. Il n’y a pas de choses gentilles à dire et je n’aime pas dire du mal des gens qui ne sont pas là. (NDR : Suivant cette source pas toujours fiable à 100% qu’est internet, il semblerait qu’il y ait un litige entre Chris Boltendahl et Uwe Lulis parce que ce dernier aurait voulu garder le patronyme ‘Grave Digger’ quand il a quitté le groupe ; ce qui est à notre humble avis un peu ridicule, puisque Boltendahl est l’âme du ‘Creuseur de Tombes’, et que sans son timbre de voix unique, le combo ne pourrait probablement pas exister).

Est-ce qu’un groupe comme Rebellion peut vivre de sa musique ou bien exercez-vous une profession en parallèle, pour joindre les deux bouts ?

T.G. : Non, nous ne pouvons pas vivre de notre musique. Nous sommes déjà très contents quand les royalties couvrent nos dépenses.

Simone est une des deux guitaristes de Rebellion. N’est-ce pas trop difficile pour une fille d’exercer ce rôle dans le monde plutôt misogyne du Power Metal ? Lorsqu’elle est sur scène, les remarques irrévérencieuses ne doivent certainement pas manquer. Les considère-t-elles comme offensantes ou comme relevant du grand ‘Cirque du Heavy Metal’

T.G. : Simone n’est pas présente et je ne peux pas répondre à cette question à sa place. Nous sommes très heureux cependant de son implication dans le groupe et elle se débrouille vraiment bien.

En compagnie de quelle formation majeure aimeriez-vous tourner ? Vous êtes-vous déjà produits hors du Vieux Continent ?

T.G. : Rebellion n’a jamais joué hors de l’Europe. Nous n’aimons pas vraiment nous produire en première partie. Nous préférons la tête d’affiche.

Je suppose que la “Trilogie Viking” est terminée. Quel sera le sujet du prochain album ?

T.G. : Certaines idées trottent déjà dans nos têtes ; mais il n’est pas encore possible d’en parler pour l’instant.

De nos jours, beaucoup de musiciens jouent dans plusieurs groupes ou projets en même temps. Qu’en est-il des membres de Rebellion ?

T.G. : Nous participons à l’aventure d’autres groupes et projets, mais Rebellion est notre groupe principal.

En Allemagne, le Power Metal est une institution. Il existe des centaines de bons groupes issus de votre pays. Qu’est-ce qui, à ton avis, fait la différence entre vous et eux ? Que dirais-tu à nos lecteurs pour les décider à acheter ton disque plutôt que celui d’un autre groupe allemand ?

T.G. : Beaucoup de groupes jouent de la bonne musique, mais en général, ils préfèrent ce qu’ils créent. Chaque musicien estime sa musique meilleure que celle des autres. Je ne désire pas vraiment déprécier les autres artistes et préfère donc laisser le choix aux auditeurs.

Un dernier mot pour vos fans belges ?

T.G. : Keep it heavy, Metal is Rebellion.

Radiohead

Expatriés culturels

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Ces Anglais-là trouvent le répertoire de Suede aussi excitant qu'une pub pour poudre à lessiver, affirment que la musique pop est morte, que son salut viendra d'eux et dans le même temps, en profitent pour décrocher un hit avec une chanson qui, ironie du sort, dénonce l'hypocrisie et l'absurdité des charts, « Anyone con play guitar ».

Influencée tant par U2 et Julian Cope que par Elvis Costello, The Only Ones et même Nirvana, la pop caustique de Radiohead a au moins le mérite de ne se rattacher à aucun courant musical actuel, s'inscrivant plutôt dans une tradition ‘songwriter’ typiquement anglaise. Excellents 45 tours, dont le fabuleux "Creep", et premier album rafraîchissant ("Pablo Honez"), le groupe d'Oxford –comme Ride et Candy Skins– est à ranger dans la catégorie des outsiders, aux côtés de PJ Harvey et des Auteurs. Gare au hype ? Nos interlocuteurs : Thom Yorke (chant/guitare), flanqué des frères Greenwood, Colin et Jan, respectivement bassiste et guitariste.

Ce qui frappe d'abord à l'écoute de vos morceaux, c'est le pessimisme et le côté ‘loser’ qui en émane. Vous pensez être représentatifs de votre génération?

Colin Greenwood: en Angleterre, on aime les chansonnettes propres et gentilles. Sous prétexte que les nôtres sont plus sombres, parfois dépressives, les programmateurs, conformément à leur code moral, refusent de les diffuser sur antenne. Ils estiment qu'elles sont subversives, dangereuses pour la jeunesse; ils craignent des suicides. Pourtant, ils n'hésitent pas à passer les disques de REM qui sont, eux aussi, assez noirs. Mais bon, on n'a pas le statut de REM. "Creep" s'est quand même vendu à 20.000 exemplaires, ce qui n'est pas mal, puisqu'il n'a bénéficié d'aucune promotion radio.
Thom Yorke: Nos paroles sont peut-être dépressives mais elles reflètent simplement la réalité à laquelle nous sommes confrontés. On vit une époque particulièrement morose.

Sur votre 45 tours "Pop is dead", vous proclamez la mort d'un genre qui vous fait vivre. Paradoxal non ?

Jon Greenwood : C’est une constatation. Les maisons de disques exploitent de plus en plus les fonds de tiroirs. Les disques qui se vendent le mieux sont ceux d'artistes décédés ou artistiquement morts. Comme Rod Stewart, par exemple.
T.Y.: La dimension artistique de la musique est en train de disparaître, au profit du marketing. La plupart des productions actuelles ne touchent plus la sensibilité des gens, elles sont complètement aseptisées. Certains groupes s'étonnent que leur disques ne se vendent pas; c'est normal, ils sont trop éloignés des préoccupations des jeunes, ils vivent sur un nuage.

C'est quand même le public qui décide, non?

T.Y.: On peut les manipuler facilement. Beaucoup de produits musicaux sont de véritables insultes adressées à l’auditeur ou au spectateur. L’industrie du disque prend les gens pour des imbéciles. Radiohead va à l’encontre de cette croyance : on respecte le public. Tout est ciblé de nos jours. Acheter un disque de Janet Jackson ou un carton de lait demi-écrémé au supermarché, c’est du pareil au même. Tu sais exactement ce que contient le produit avant même de l’avoir ouvert ! La curiosité et l’intelligence de celui qui l’achète ne sont pas sollicitées. Si tu prends REM, par exemple, chaque album est différent du précédent. Ce groupe se remet en question.
C.G. : De toute façon, si une firme dépense 5 millions de FB pour la promotion d’un 45 tours, c’est un hit garanti.

La musique pop n’est-elle pas reléguée au second plan au profit d’une culture plus vaste ?

T.Y. : La culture pop est récupérée par les médias, par la publicité notamment. Elle n’exerce plus aucune fascination sur le public en tant que telle. C'est devenu un phénomène de masse. Auparavant, la musique créait les modes, aujourd'hui, c'est le contraire.
C.C.: Si tu te retrouves sur la couverture du Melody Maker ou du NME, alors tu as toutes les chances de réussir. Ce n'est pourtant pas un critère objectif. On vend beaucoup plus de disques que certains groupes qui font la une de ces journaux. Radiohead ne fait pas l'objet d'une grande attention médiatique mais cette situation ne nous empêche pas d'avoir du succès. C'est le public qui juge, pas la presse spécialisée.

Vous vous reconnaissez parfois dans le film "Spinal Tap" (NDR: racontant les narrant les déboires d'un groupe en tournée, "Spinal Tap" est une satire du rock et de ses clichés) ?

C.C.: On a parfois du mal à trouver le chemin de la scène ou celui des loges! (rires). C'est surtout aux Etats-Unis qu'on se prend au piège du star-system. Tu descends de l'avion, tu quittes l'aéroport et là, une limousine t'attend. Il paraît que ça coûte moins cher que le taxi! On est plongés dans un univers artificiel. Il faut garder les pieds sur terre, éviter de se laisser tenter par la facilité et l'autosatisfaction.
J.C.: La seule façon de garder ses distances par rapport aux excès du show-business, c'est d'être conscient des règles du jeu. Sinon, c'est la chute. En tant que groupe pop, nous avons des obligations: répondre aux lettres de nos fans, aux questions des journalistes... La promotion fait partie du jeu, il faut l'accepter et surtout, ne pas perdre son sens de l'humour.
C.G.: Aux USA, tout le monde donne l'impression d'être cool avec toi. Alors, pendant une semaine, tu dois sourire et serrer la main de centaines d'inconnus. Fatiguant!

Une anecdote particulière sur la démesure américaine?

C.G.: On était invités à une émission radio et l'animateur nous a proposé de répondre, par téléphone, aux questions des auditeurs. La plupart des appels provenaient de jeunes filles nous priant de résoudre leurs problèmes sentimentaux et sexuels. On ne savait vraiment pas quoi dire! Au début, on pensait que c'était un programme humoristique mais non, pas du tout, c'était très sérieux. Je ne vois pas comment 5 musiciens anglais peuvent venir en aide à une jeune Américaine de 14 ans qui prend de l'acide parce qu'elle vient de se faire jeter par son petit ami. Heureusement, nous avons un batteur spécialement entraîné pour répondre au courrier du cœur... (rires)

Comment jugez-vous la musique anglaise des années 90? Est-elle facilement exportable?

T.Y.: La plupart des groupes anglais actuels sont nombrilistes, ils se fichent éperdument de l'Europe continentale. Pour eux, se rendre en Allemagne ou en Italie pour y faire de la promo, c'est une perte de temps. Ce n'est pas notre attitude, on se considère comme des expatriés culturels : chaque fois qu'on se rend dans un pays étranger, on s'y plaît et on n'a pas envie de rentrer à la maison. Ca fait plaisir de voir que des journaux belges ou hollandais parlent de notre musique. Pour nous, réussir une carrière ne se limite pas à la conquête du marché britannique. Le rock doit être universel. Cette conviction est renforcée par le fait que les médias anglais nous ignorent. Dès le début, on a été obligés d'aller voir ailleurs. Certains groupes attendent trois ans avant de mettre les pieds en Europe!

Une de vos chansons s'intitule "Anyone can play guitar". Vous visez quelqu'un en particulier ?

T.Y.: Les gens prennent le rock trop au sérieux. C'est avant tout un divertissement. Dommage qu’on en ait fait un business. Il ne faut pas être un génie pour jouer de la guitare ou pour chanter. Je pense particulièrement à des groupes comme Therapy? ou Quireboys. Cela dit, nous sommes réellement les suiveurs du rock anglais! (NDLR: C'était la pensée du jour).

(Article paru dans le n°16 du magazine Mofo d’octobre 1993)

Blur

Néo-mod / anti-mode

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A l'heure où bon nombre de ses compatriotes se tournent vers l'Amérique, Blur glorifie le patrimoine musical de son pays, l'Angleterre. ‘Modern Life is rubbish’, le 2e album du groupe, aborde les années 90 avec une imagerie presque désuète, célébrant la mémoire d'un passé recomposé pour l'occasion. Dans le sillage des Kinks, Small Faces, Jam et Smiths, le quatuor assure la pérennité d'un genre indémodable: la pop immédiate, harmonique, acidulée, teintée d'humour et de cynisme; l'expression la plus raffinée de l'esprit anglais. Rencontre avec deux brillants archivistes: le chanteur Damon Albarn et le guitariste Graham Coxon.

Damon prend la parole "Ce qui caractérise notre époque, c’est le recyclage des déchets pour en fabriquer d’autres. Si on étend cette considération à notre musique, on peut dire que Blur fait du neuf avec de l’ancien. La pop d’aujourd’hui n’est plus aussi révolutionnaire qu’il y a 10 ans, elle ne possède plus le même degré de créativité. Elle est devenue une institution, mais ça ne nous préoccupe pas trop."

Gardiens de la tradition

Pour mieux assurer son rôle de gardien de la tradition, Blur a décidé de ne rien laisser au hasard. Pas même l'image. Finis les jeans larges et les cheveux tombant sur les yeux, le quatuor affiche aujourd'hui un look néo-mod résolument anti-mode. Retour en arrière. Remarqué en 90 grâce à des mélodies sixties et des rythmiques dansantes, le groupe n'a pas hésité à monter dans le train baggy, au moment où celui-ci emmenait son chargement d'opportunistes vers des destinations inconnues. Acclamé par le public (NDR : baggy) mais descendu par la critique, ‘Leisure’, le premier album, n'est pas exempt de tous reproches, malgré sa fraîcheur (trop) évidente.

Damon poursuit : "On ne renie pas cet album mais il faut reconnaître que depuis lors, nous avons progressé. Nous n'avons pas régressé, du moins! On n'a pas vraiment pris le train en marche à l'époque, je dirais plutôt qu'on faisait notre apprentissage. On était conscients d'appartenir à une mode musicale, à la différence de plusieurs de nos contemporains qui ont réellement cru que le baggy ou la noisy allaient durer une éternité"

A la mort du baggy, Blur retombera sur ses pattes grâce à la vague noisy-pop à laquelle, il fut assimilé, un rapprochement qui doit plus aux fréquentations du groupe (musiciens, clubs branchés) qu’à son attitude… Damon et compagnie n’ont jamais pris leur pied à fixer leurs chaussures en jouant. N’empêche qu’à cette époque, ils n’en mènent pas large, l’alcool et la drogue aidant. C’est dans le courant de l’été 92 que s'amorce la métamorphose. En tournée aux Etats-Unis, les 4 Anglais on le mal du pays. De plus, ils ne supportent plus que le public américain les compare à EMF et aux Happy Mondays. C’est le point de départ d'une formidable remise en question. Les chansons du nouvel album, presque toutes écrites là-bas, portent les traces de cette amertume. Elles sont en quelque sorte des anticorps fabriqués pour éloigner toute influence US, ce qui explique leur couleur typiquement britannique.

"Sans changement radical. Blur n'avait aucun avenir", confesse Damon. "‘Leisure’ allait un peu dans toutes les directions pour n'aboutir nulle part. On s'en est rendu compte pendant la tournée qui a suivi sa sortie. On s'est vite lassés de ces chansons. C’est là qu'on a décidé de revoir notre copie. Qui plus est, lorsqu'on se trouve dans un pays étranger, on a t'occasion de s'interroger sur sa propre identité, Ensuite, on peut comparer. Plus de la moitié du dernier album a été composée aux Etats-Unis, on a ressenti le besoin de se protéger du dragon américain, incarné par son industrie musicale. C’est peut-être la raison pour laquelle ‘Modern Life’ dégage un parfum si ‘british’."

Et l'audace?

‘Modern Life is rubbish’ est un exercice de style magistralement exécuté (sous l'égide de Stephen Street (producteur des Smiths). Mais l’audace, direz-vous ? Les chansons, le concept et la pochette du disque (reproduisant une vielle locomotive à vapeur) trahissent un certain conservatisme empreint de nostalgie. Blur aurait-il étouffé toute volonté de révolte contre l’ordre établi?

Damon argumente : "Le grunge a remis à mode cette idée selon laquelle les enfants n'écoutent pas la musique de leurs parents, pour, soi-disant, affirmer leur personnalité. C’est un leurre: les parents écoutaient Black Sabbath, les enfants écoutent Soundgarden! Franchement, où est la différence? De nos jours le rock ne peut plus s’opposer à l'ordre établi, puisqu’il en fait partie. C’est un combat perdu d'avance. Dans l’expression ‘pop music’, pop signifie populaire". La pop n'a pas été inventée pour diviser les générations, mais pour les rassembler. Les vieux, les moins vieux et les plus jeunes devraient tous chanter ensemble. De toutes façons, les jeunes n'ont plus l'énergie pour être rebelles."

Coca colonisation

Si 92 avait été dominée par le rock US, 93 a marqué le réveil de la pop britannique (Suede, Dodgy, Auteurs, James, Radiohead et... Blur). Cependant, l'américanisation de l'Europe en général, de la Grande-Bretagne en particulier continue d'inquiéter Damon qui parle même de ‘coca-colonisation’; un sujet d'actualité à l'heure où les Européens revendiquent l'exception culturelle dans l'économie de marché. Initialement, l’album devait s’appeler ‘England Vs America’, puis ‘British Image’, des titres militants…

Damon ajoute : "Aujourd'hui, la plupart de nos compatriotes se concentrent sur leur propre héritage musical et culturel. C’est une réaction naturelle face à l'invasion du rock américain. Le succès de Suede est peut-être dû à une réaction patriotique de la part du public mais surtout des medias. La presse musicale anglaise est excessive. Pendant un an, elle a rabâché les mêmes groupes américains ; maintenant, des numéros entiers du Melody Maker ou du NME sont consacrés au renouveau anglais avec des titres racoleurs comme ‘L'Empire contre-attaque’. C’est ridicule ! Lorsqu'on parle d'exception culturelle, je suis pour, d'une certaine manière mais d'un autre côté, ce serait dommage que le public arrête d’acheter des disques africains, indiens ou sud-américains. En tous cas, il faut empêcher qu'une nation ait un monopole culturel dans le monde entier, particulièrement les USA, qui ne sont pas un modèle en la matière. C’est un sujet délicat parce qu'il ne faut pas cloisonner les différentes cultures mais il n'est pas bon non plus de les enchevêtrer sauvagement, au risque de perdre toute identité. Une chose est sûre: la musique, le cinéma, l'art en général, ne doivent pas être mis au même niveau que les autres produits parce qu'il constitue la mémoire des générations futures."

La culture européenne est-elle réellement en danger devant la menace américaine?

"Pas vraiment", poursuit Damon. "C’est normal qu'une culture évolue; l'Angleterre a été enrichie par de nombreux apports étrangers. Le problème avec l'Amérique, c'est qu'elle veut vendre ses produits et renforcer son hégémonie économique dans le monde entier. De plus, cette culture imposée n'est pas le résultat d'une pensée multiraciale ; la différence entre les hispaniques, les noirs et les blancs est énorme là-bas. Ce n'est pas un exemple à suivre, l'Europe est en avance à ce niveau-là."

MTV cristallise dans une certaine mesure la culture américaine des années nonante. La cible idéale donc.

Graham réagit : "C’est une chaîne ennuyeuse, abrutissante et dénuée de créativité mais ce n'est pas une raison pour interdire sa diffusion en Europe."

Damon n'est pas d'accord: "MTV devrait être bannie dans le monde entier, non pas parce que c'est une télé américaine mais parce qu'elle offre peu par rapport à ce qu'elle reçoit, c'est une sorte d'éponge. En outre, quand on dit que Nirvana a changé le visage du rock, ça me fait bien rigoler... C’est le lavage de cerveau exercé par MTV qui a poussé les gens à bouffer du grunge. Le meilleur moyen d'échapper à cette chaîne est de ne pas la regarder, ce qui est le cas en Angleterre."

Selon les dires du producteur Stephen Street, le troisième ouvrage de Blur, dont les deux tiers sont déjà écrits et enregistrés, prendra place parmi les plus grands albums de rock anglais de ces 15 dernières années, aux côtés du ‘Ali Mod Cons’ de Jam, du ‘The Queen is dead’ des Smiths et du ‘London Calling’ des Clash.

Mais qu'en pense Graham? "Aujourd'hui un groupe qui veut réussir doit être composé d'excellents musiciens, capables d'assimiler une multitude de styles musicaux différents. Notre dernier album montre clairement qu'on s'est donné les moyens d’atteindre nos ambitions."

Article paru dans le n°19 du Magazine Mofo de janvier 94

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