Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce…

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Veence Hanao

Les robots et les humains…

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Rencontre avec ce jeune emcee hyperactif dont le premier album officiel est paru après une multitude de passionnants projets underground encore téléchargeables gratuitement sur le net. Veence Hanao est passionné par les beats innovants de Madlib et du défunt Jay Dee mais aussi par des fines plumes de la chanson française comme Gainsbourg. Ce qui donne un mélange musical audacieux et prometteur qu’on vous enjoint à découvrir au plus vite !

Pour « Saint-Idesblad », tu t’es passé des beats de ton fidèle complice Noza. Qu’est-ce qui t’a amené à vouloir assurer les parties musicales et les paroles ?

J’ai bossé pendant des années en compagnie de Noza ; et il y aura certainement encore d’autres projets en commun. Ce gars est super talentueux. Simplement, sur celui-ci, j’avais besoin d’être seul dans ma bulle, de m’évader quelque temps, et d’aller au fond de mon univers. Aussi bien pour le fond que pour la forme. Je pense que cette envie se ressent à l’écoute du disque. C’est une ‘tranche de vie’, témoignage plutôt très personnel, relativement ‘fermé’ en ce qui concerne les possibilités de conception. Quant à l’aspect purement pratique, la plupart l’ignore, mais il y a des années que je produis des sons (depuis mon premier groupe SLK). Par exemple : « Midi Pile » sur Autumn I, « Photo de classe » sur Autumn II, « Anal Sex » sur le projet de Claud’French… J’ai senti qu’il était temps que je le fasse.

« Manège » me fait un peu penser à « Where’s my Mind ? » des Pixies, c’est un hommage ou le pur hasard ?

Un pur hasard ! On me l’a fait remarquer à mon retour à Bruxelles, quand l’album était bouclé. Cette allusion ne m’inquiète pas. Au contraire, cette histoire me fait marrer. Puisqu’on m’a déjà posé la question, c’est bien ma voix, et pas un sample grossier. Par contre, le hasard fait bien les choses, si l’on observe que mon premier projet solo s’ouvrait sur un sample de Tyler Durden (du film « Fight Club ») et que « Where’s my Mind » des Pixies a été utilisé pour le climax de ce même film. Etrange…

Pour le clip de « Manège », on te voit déambuler à la Foire du Midi, comment s’est passé ce tournage ?

Très bien ! Et relativement à l’arrache, comme on aime. Toute l’équipe (Florent Sauze – Eve Duchemin) était sur la même longueur d’ondes. On voulait un clip ‘cinéma/docu humain’ dont le grain sente la vraie vie plutôt qu’un clip de ‘graphiste/studio’ trop parfait, tourné sur fond vert, comme beaucoup le sont aujourd’hui. On l’a tourné au feeling, freestyle, caméra épaule, let’s go. On a arpenté la Foire comme si on filmait un docu et ils ont pris les images que la vie nous donnait, plusieurs soirs d’affilée, dont la clôture, le dernier jour, afin de capter le départ des forains. On pensait qu’on nous ferait chier davantage, mais les gens ont été cool. Notre plus gros obstacle, finalement, aura été ma réticence à monter dans certaines machines infernales. J’ai un putain de vertige.

Comme pour le projet « Autmun », le jazz est omniprésent dans « St Idesbald ». Il contribue à l’atmosphère sombre et enfumée de l’album. Dans quels disques puises-tu la matière sonore ? D’où te vient la passion pour cette musique ?

Passionné, c’est un grand mot. J’écoute autant de jazz que de chanson française, de rap ou d’électro. C'est-à-dire en petite quantité (rires). En fait, j’ai un rapport bizarre à la musique. J’ai accroché au jazz et à la soul grâce à des sons Hip Hop signés Jay Dee, Pete Rock, Mos Def, Talib Kweli, Madlib ou même Oxmo, Rocé et consorts. C’est un domaine que j’explore depuis des années. En essayant de savoir ce qu’ils avaient samplé. Puis d’écouter un peu la racine, et au-delà, les grands noms qui m’avaient déjà, c’est vrai, un peu giflés (rires) ! C’est donc un contact indirect. A la base, je suis de formation classique. A 12 ans, stop, j’ai bouffé du Hit Box, comme tout le monde. Puis du rap, comme beaucoup. Puis toujours du rap, mais plus le même. Et ça m’a fait du bien d’écouter un autre genre de Hip Hop. Le jazz et la soul m’intriguent particulièrement, c’est vrai, car ils me renvoient des images, des ambiances, des sensations. Atmosphère sombre, mouais. Enfumée, à mort. Hallucinée, un peu. En quelques notes tu te retrouves dans un film. Le jazz, j’ai l’impression qu’il permet de pleurer en souriant. Ou l’inverse, je ne sais pas. Quant aux disques dans lesquels je puise, bah je fonctionne par heureux/malheureux hasard, m’aventurant dans des vieux bacs, soldes de braderies, brocantes et vieux greniers …

Le grand absent musical du disque, c’est le rock. C’est un genre qui te passionne peu ?

Il y a des choses énormes, mais dans le rock actuel, j’ai du mal, je ne sais pas. C’est peut-être parce qu’en Belgique, l’establishment culturel rock m’a saoulé. Mais j’écoute cependant certains trucs.

« Saint-Idesbald » est un disque où tu saccages et sabotes les formats ‘chanson’. Est-ce que tu as déjà essayé de démarcher les grosses radios de la bande FM pour obtenir quelques passages ? Quelles sont les réactions ?

Et dire que j’ai fait quelques efforts (rires). « Manège » et « Force et Honneur », non (rires) ? Non, sérieusement, il est trop tôt pour que je puisse répondre à cette question. Nous sommes occupés de négocier.

On sent un certain désabusement dans ce disque. Qu’est-ce qui t’inspire ce dépit ? La précarité à laquelle est (souvent) condamné un artiste en Belgique ou la ‘robotisation’ de la société, dont tu parles dans les « Robots » ?

Tout ! Oui, la robotisation, l’abrutissement, la culture imposée, nos références prises pour vérités, nos médias, le côté ‘carotte devant l’âne’, les œillères qui en découlent, la difficulté voire l’impossibilité de se soustraire à ce régime sans passer pour un branleur, un malade ou un danger… Les émissions « Next » ou « Parental Control » diffusées en journée devant des gosses qui n’ont pas nos grilles de lecture ; de quoi devenir crétins et on le cautionne. Le mec lucide en vient à se sentir anormal de n’être pas intéressé par la même chose que les autres, de ne pas vouloir une caisse, un écran de 3 mètres, une baraque, un jardin, un i-Pod… Paraît que j’suis un con parce que je ne veux rien foutre de mes journées sinon de la musique. ‘Je n’ai envie de rien, suis-je normal ?’ Je ne comprends pas pourquoi je devrais passer ma vie à la gagner. On la vit quand alors ? Mais la peur l’emporte. La notion de sécurité est bien ancrée. Salaire, pouvoir d’achat = outils de survie modernes. La peur de tout perdre. L’individu est vraiment un tube, cette fois. Bosser/acheter, gagner/jeter. Poursuivre un idéal vendu. Bouffer, chier. ‘On ne va pas refaire le monde’ ! Et tout paraît normal. Je ne suis pas pessimiste, mais réaliste : il n’y a plus rien ! En tous cas, pas de ce côté-là. Il reste des petits plaisirs du quotidien humain. Je pense qu’une discussion de comptoir vaut toujours mieux qu’un samedi devant Arthur. Rencontrer des gens, le dialogue, les barres de rire, les regards codés, décodés, pas ceux qui fuient en rue, les moments spontanés et privilégiés, les échappées, les filles, le cul, une bonne bouffe, la peau grillée sur du poulet, une Duvel (rires). Non mais c’est sérieux… Il reste l’humain derrière les machines. Dur à trouver, mais il doit être là quelque part.

Est-ce que la multiplication de projets dans le collectif d’artistes que vous formez (Festen, Autumn, Claud’French, Carl) ne crée pas une confusion dans l’esprit des gens qui essaient de vous suivre ?

Bah, au pire ils se disent que les différents projets sont issus de la même ‘famille’ ; mais je trouve que chacun d’entre eux est assez bien identifié et identifiable. C’est la raison pour laquelle on leur a attribué un nom différent. Jusqu’ici, iles étaient underground et touchaient des gens relativement initiés. Sans quoi ils n’auraient pas eu vent de nos activités. Sinon, ouais, faut un peu creuser (rires). C’est possible qu’il y ait une confusion, mais cette situation ne nous tracasse pas. On fait ce qu’on veut et ce qu’on aime, et je pense que les gens ne sont pas cons. D’ailleurs, il aurait été pire de tout regrouper sous une même appellation. Ici, chaque projet a son nom et sa couleur. A ce propos, en faisant abstraction de mon album, un nouveau verra le jour en 2009 : DAWNZONE (Teme Tan et moi-même). On finalise, c’est une méduse, c’est pour bientôt.

Vous n’avez jamais pensé à enregistrer un disque en impliquant tout le collectif, à la manière du Wu-Tang dans les années 90 ?

Je pense que cette idée nous a traversé l’esprit… mais elle n’a pas fait long feu (rires). Plus sérieusement, on aime bosser en binôme ou en trio, mais sinon, c’est trop compliqué. Nos personnalités sont trop complexes et trop chiantes.

Tu es un des rares Mc francophones belges à toucher d’autres personnes que le public hip hop de base. Baloji a pas mal puisé dans la soul et le funk pour pondre un disque très ambitieux et James Deano a privilégié l’humour. C’est quoi ta recette ?

Je ne sais pas. Il n’y a pas de calcul. Heureusement pour l’intégrité de ma démarche. Je n’ai pas cherché à quitter le rap –j’estime d’ailleurs que ce n’est pas le cas– pour un plus grand public. Simplement, je tiens à être fidèle à ce que je suis, sans démagogie, sans me plier aux modes et pressions de mes différents environnements. Résultat, je suis au carrefour de plusieurs intentions. Je veux pleurer et rire, faire du son et du texte, gueuler et chuchoter, parler de robots ou de sexe, que ma musique me fasse du bien, ne soit pas commandée, que mes textes soient des tranches de vie et qu’il se passe un échange.

A l’inverse, comment es-tu perçu dans les sphères de ce que tu appelles le ‘rap social’ ?

Ca dépend. Il y a des mecs fermés, et d’autres pas. J’ai d’excellents rapports avec certains groupes de la scène belge. Pour d’autres, par contre, je fais du rap institutionnalisé, bourgeois, récupéré. C’est leur avis. Qu’est ce que je peux y faire ? J’ai moins d’envie et d’énergie à leur donner pour m’expliquer ou les clasher qu’auparavant... Pour moi, ce sont les rappeurs clichés que je vois à la télé qui ont été récupérés. Pas moi. Les faux clashs, les fausses cailles, le rap français qui fait des pompes et qui roule en berline, ça, pour moi, c’est du rap récupéré qui surfe sur la vague ! Mais à l’époque, quand je parlais de ‘rap social’, et que je disais qu’il me saoulait, je parlais plutôt d’une sorte de rap pseudo militant pas mûr, bidon, sans revendications réelles. Celui qui pataugeait dans un amateurisme décrédibilisant pour tous ou d’un rap d’éducation permanente, où on fait croire tout et n’importe quoi à des gars qui rappent depuis 3 mois.  

Tu es accompagné par Teme Tan sur scène. C’est une formule que tu vas développer/élargir à d’autres musiciens pour cet album ?

C’est une question qui me saute à la gueule chaque matin quand je me réveille. Pour l’instant, la formule fonctionne très bien ainsi. Et j’ai du mal à me dire que j’arriverai à faire entrer quelqu’un d’autre dans la bulle de l’album… Pour l’instant, en tous cas.

Imagine qu’on te propose 1 featuring pour un artiste français. Tu ne peux en choisir qu’un. Qui choisis-tu entre Oxmo Puccino, Abd Al Malik et Rocé ?

Sans aucune hésitation, Oxmo Puccino. Il a bercé une période-clé de ma vie.

Tu vas tenter de faire sortir cet album en France ?

On a un peu démarché, mais je suis relativement hors format et apparemment ‘pas facile’. Et la musique, en France comme partout actuellement, fonctionne par étiquettes et par images. Si ça se passe bien en Belgique, oui, on essaiera d’aller plus loin. Mais chaque chose en son temps.

Quelles sont tes ambitions/objectifs pour cet album ?

Ce n’est pas très précis, mais on va s’investir à fond : le faire tourner un maximum, gagner en visibilité, aller plus loin que pour les précédents. Essayer, effectivement, de dépasser un peu nos limites, et accorder de bons concerts… La scène, c’est un des objectifs principaux.

Sur certains titres de « St Idesblad », tu es à la limite du chant. T’as jamais pensé à chanter sur tes disques et abandonner progressivement le rap ?

Une nouvelle fois, c’était totalement involontaire. L’adaptation s’est produite super naturellement, sans calcul. Arrêter le rap, ou choisir un camp, je ne prendrai jamais une telle décision. Ca sort comme ça sort. Effectivement, je me suis surpris, sur plusieurs morceaux, à pousser la chansonnette. Ca m’a plu. Hors de question de me mettre un filtre et des barrières. Donc on verra où cette évolution mènera.

 

The Dodos

‘On peut comparer le studio au boulot et le concert à une récréation…’

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The Dodos, un nom à coucher dehors. Mais The Dodos, c’est surtout le patronyme choisi par une formation issue de San Francisco. Devenue un trio depuis peu. C’est-à-dire lors de l’intégration du xylophoniste/percussionniste Joe Haener. Les deux piliers de cet ensemble californien sont cependant le drummer Logan Kroeber et le chanteur/compositeur/guitariste Meric Long. Et c’est ce dernier qui a choisi le nom du groupe. En fait il s’agit tout simplement d’un mot tendre chuchoté par sa maman lorsqu’il était nourrisson. Une Tahitienne. Donc de nationalité française. Ce qui peut expliquer le choix. Avant de nous gratifier d’un set époustouflant au VK de Bruxelles (voir review), le groupe nous a accordé une interview. Au grand complet, même si Joe ne prendra jamais la parole, se contentant épisodiquement de hocher la tête ou de sourire. Et pour entrer dans le vif du sujet rien de tel d’aborder un sujet percutant : les percussions…

Ainsi Meric estime qu’il existe quelque chose de primal et d’universel dans l’art du drumming et des percus. Il est fasciné par les polyrythmes pratiqués à l’Est de l’Afrique, et en particulier au Benin et au Togo, discipline qu’on appelle aussi le West African Ewe (Wikipédia :  http://en.wikipedia.org/wiki/Ewe_drumming). Il s’explique : « Effectivement. De manière générale, les gens apprécient les percussions, les toms qui résonnent. Qu’elles soient jouées en force ou subtilement. Mais ce qui nous intéresse, ce n’est pas uniquement le rythme, mais le rôle ou l’apport du percussionniste dans la mélodie. Ce qui importe, c’est la façon dont le musicien arrange sa chanson plutôt que son niveau technique. En fait, on base notre recherche sur des éléments simples. Exemple : la batterie. Et ensemble, on arrive à tramer le tout de manière à rendre les morceaux intéressants (NDR : en quelque sorte, la somme des interactions est plus importante que les parties individuelles). Ce qui ne veut pas dire qu’on se marche sur les pieds… » Mais dans cet esprit, peut-on dire que Meric joue de la guitare comme des drums et Logan des drums comme de la guitare ? Meric admet : « Sûrement ! Je traite parfois ma guitare comme une batterie et Logan ses drums de manière très mélodique. Enfin, la façon dont nous jouons chacun de notre instrument est très percussive. C’est mon explication. » Meric joue de la gratte depuis son plus jeune âge. Mais il a d’abord commencé sur un ukulélé. Celui de son oncle. Ce qui explique peut-être un certain goût des Dodos pour les instruments insolites. « J’ai même hérité de cet ukulélé. Et il est exact que c’est le premier instrument sur lequel j’ai joué. Je voulais une guitare, et je me suis retrouvé avec un ukulélé… Vu que nous gagnons mieux notre vie aujourd’hui et avons acquis une certaine notoriété, on va pouvoir penser à se payer des instruments insolites. Je connais un luthier qui fabrique des instruments à cordes sur mesure. Et nous allons lui demander d’en confectionner l’un ou l’autre… » N’empêche, pour afficher une telle dextérité aux cordes, Long doit avoir suivi des cours. Pas à l’Académie, mais dans une autre école artistique. Il reconnaît avoir bénéficié des conseils d’un excellent prof. « Mais mon truc, c’était plutôt la dance et la pop. Je compte encore enregistrer trois ou quatre albums, dans le style proposé actuellement par les Dodos, puis j’envisage de reprendre des études musicales. Approfondir mes connaissances, mais dans un autre domaine que la pop. En fait, c’est toujours ce que j’ai fait : jouer, chanter, écrire de la musique. C’est mon truc et un type d’existence que je compte poursuivre… »  Logan est davantage branché sur le metal progressif. Etonnant pour un musicien impliqué dans un tel projet. Il se justifie : « En fait, dans le métal progressif, les drums sont joués très rapidement. Et c’est ce qui m’intéresse. » Pour l’anecdote, Logan et Joe consomment de nombreux sticks durant un concert. Mais c’est ce dernier qui détient le record absolu de bris de baguettes…

A travers les différentes revues de presse, les Dodos sont comparés tour à tour à Tyrannosaurus Rex, Led Zeppelin (album III), Animal Collective, Velvet Underground, The Feelies, High Places, Yeasayer, Indian Jewerly, Magnetic Fields, Sufjan Stevens, Gorky’s Zygotic Mynci, Syd Barrett, Arcade Fire, Beta Band, Tom Waits, Robert Johnson ou Elliot Smith. Les musiciens n’aiment pas trop les comparaisons. Ils préfèrent parler d’influences. Finalement au plus la liste est longue, au plus elles sont diluées. Et au plus leur musique devient originale. Logan est même ravi d’entendre dire que leur musique a atteint un tel niveau de complexité qu’elle pourrait incarner la synthèse des artistes et groupes susvisés. Par contre, aucun des deux interlocuteurs ne connaît Johnny Dowd. Ils n’en ont jamais entendu parler, mais ont promis de prêter une oreille à sa musique. Il est vrai que même si ce Texan émarge à la roots, il est très friand de percus et de bruitages insolites… Dans un autre registre, Meric apprécie beaucoup Orchestral Manœuvres In The Dark. Ce qui méritait une explication. « Effectivement. Les voix, les mélodies. Andy McCluskey et Paul Humphreys étaient de grands compositeurs de chansons. Et la plupart d’entre elles sont devenues intemporelles. »

Qu’est-ce qui botte le plus les Dodos, le live ou le studio ? Logan réagit instantanément : « Sans hésitation : les concerts ! » Meric nuance : « Cela dépend. Ce sont des expériences différentes. Jouer en concert, c’est comme quand tu t’injectes une petite dose. C’est rapide. L’adrénaline te booste immédiatement. Mais la réaction n’est satisfaisante que jusqu’au lendemain matin. Et puis, lorsque tu te réveilles, il faut se remettre au travail. En fait, on peut comparer le studio au boulot et le concert à une récréation… » A propos de ‘live’, le groupe n’a-t-il pas l’intention d’enregistrer en public ? La réponse de Logan fuse : « Un Dvd sort ce mois. Nous l’avons enregistré à Londres. » Pourtant, Logan n’aime pas trop les festivals. Il estime qu’ils projettent une image tronquée du groupe. Il commente : « Lors d’un festival, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. C’est la façade ! Et dans ce gros bazar, il y faut faire passer un maximum d’artistes sur les planches. Imagine le concert que nous allons donner ce soir, dans une petite salle, et transpose-le dans un grand festival. Ce n’est plus la même chose. L’amplification et l’éclairage sont différents. On n’a l’impression de ne plus vivre dans la réalité. Tout le monde est mélangé et on doit même jouer au milieu des rockers… »

Laura Gibson (http://www.myspace.com/lauragibson) est une chanteuse/guitariste américaine qui vient poser sa voix sur le deuxième opus des Dodos. Mais comment l’ont-ils rencontrée ? Meric raconte : « Un an avant que nous enregistrions notre premier elpee, je l’ai croisée dans un studio d’enregistrement à Portland. Nous avons fait connaissance. Elle appréciait notre musique. Elle m’a refilé un cd et on s’est échangé nos e-mails. On s’est ensuite revus à New York. Et je cherchais une voix féminine pour participer aux sessions de ‘Visiter’, notre deuxième opus. J’avais pensé à Diane Krall, mais elle n’était pas disponible. Aussi j’en ai profité pour lui demander et elle a accepté l’invitation. Elle ressent les choses qu’elle chante. Elle a participé aux vocaux pour trois compos. La situation était surprenante, car Logan et moi l’observions de la salle de contrôle. Elle était de l’autre côté de la vitre. Nous ne l’entendions pas. On la voyait simplement remuer les lèvres. Et nous nous inquiétions du résultat. En définitive, nous avons fait le bon choix, car sa voix et belle et très riche… »

Merci à Vincent Devos.

 

Travis

Entre Kubrick et Shirley

Écrit par

On ne parle que d’eux, pour l’instant, en Grande-Bretagne. Faut dire qu’au moment d’écrire ces lignes, Travis passait la barre des 600 000 albums vendus. Rien que dans l’Albion. Chez nous, la radio vous a sans doute permis d’entendre, voire d’écouter, l’un ou l’autre single. Malgré ce succès, le quatuor de Glasgow est resté simple, ouvert, tout en défendant des idées, pertinentes et personnelles. Un groupe très soudé, aussi, qui se présente au complet aux interviews…

Il y a peu, vous déclariez que tout ce que vous vouliez faire, c’était du rock. Mais aujourd’hui, vous n’en êtes plus tout à fait sûrs…

Cela pourrait être du rock, du roll ou n’importe quoi. Ce qui compte, c’est la direction émotionnelle du groupe. Prenons une chaise ; une chaise est destinée à s’asseoir. Or, Marilyn Mansun est une chaise sur laquelle on ne peut pas s’asseoir. En fait, on pourrait tout aussi bien la définir comme une chaise rock’n roll ou une chaise blah blah blah. La chaise pourrait se traduire par des vêtements que vous enfilez pour monter sur une scène de théâtre. Mais cette même chaise, vous n’allez pas l’emporter pour vous rendre au cinéma. Peut-on s’asseoir dessus ? Si oui, faites-le. Si pas abstenez-vous ! C’est un peu une nécessité. Comme si on disait qu’il fallait rejeter tel type, parce qu’il est blanc ou noir. Et pourquoi le rock est mieux que le roll ? D’un côté, il y a le rock et ses émotions. De l’autre, le roll et les siennes. Le public a soif de rock’n'roll et oublie les émotions. Evidemment, certains ont pris le titre de notre premier album (« All I want to do is rock ») au premier degré. Nous aurions tout aussi bien pu l’intituler « Je voudrais devenir un dessinateur de BD » ou « Un chauffeur de taxi ». Ce qui compte, c’est ce que vous voulez faire. Le mot rock, utilisé dans cette phrase, est un mot comme n’importe quel autre. C’est comme lorsque tu utilises le terme sexe. C’est un mot bien connu. Mais on aurait tout aussi bien pu opter pour « All I wanna do is blah blah blah ».

Noël Gallagher explique que Travis est le groupe qu’il préfère…

C’est sympa. Mais sa réaction n’a rien à voir avec une bénédiction papale. Si le souverain pontife nous avait bénis, le compliment aurait pris une autre dimension. M’enfin, il a un plus grand impact que si c’était une de nos mères qui nous tenait ce type de discours. Ce qui est cool aujourd’hui n’est pas nécessairement ce qui s’écoutera demain. Nous gardons la tête bien sur les épaules…

Peut-on dire que la sensibilité musicale de Travis est féminine, par rapport à celle d’Oasis qui est considérée comme essentiellement masculine ?

Oui, on partage ce point de vue. Tout ce qui est destructeur est masculin. Mais le plus intéressant procède de cette dynamique entre le feeling masculin et féminin. De ce choc entre ces deux mondes.

Apparemment, vous ne voyez pas Bowie d’un très bon œil. Une raison ?

Nous ne sommes pas des inconditionnels de Bowie, mais nous estimons que sa musique est superbe, fantastique. En fait, nous nous demandons si tous les artifices qu’il utilisait n’étaient pas destinés à camouffler la faiblesse de ses chansons. Mais aujoiurd’hui, il s’est débarrassé de tout le tralala, pour redevenir lui-même. Et ça, c’est Bowie ! Il demeure une énigme. Nous ne sommes pas intéressés par ‘fuck the artist’, mais par son œuvre. C’est elle qui est là avant l’artiste. Qu’on s’appelle Bowie ou quelqu’un d’autre. L’artiste est en fait utilisé comme un sachet de thé. On le trempe dans sa tasse pour qu’il infuse. Et lorsqu’on a fini de boire sa tasse de thé, il ne reste plus que le sachet. La musique est plus importante que nous en tant que personnes. Par contre, Marilyn Mansun est plus célèbre que sa musique. Parce qu’il a décidé de se mettre d’abord en évidence…

Y a-t-il une bonne raison pour dédier votre nouvel album à Stanley Kubrick ? Et puis à une certaine Shirley ?

Il y a un tas de spectateurs qui n’ont pas apprécié le film. Mais moi (NDR : Francis), le l’ai trouvé fantastique (NDR : ils ne paraissent pas trop d’accord sur la réponse). En fait, il aurait dû être parolier. Et ce qui transparaît à travers ses films aurait pu se traduire en chanson, en mélodie, en littérature. C’est comme un signal lumineux, comme quelqu’un qui tiendrait un flambeau. Hier, j’ai rencontré un critique de cinéma. Un type qui travaille pour la TV et la presse magazine. Il haïssait le film. Il s’attendait à voir quelque chose de plus sexy. Kubrick a conçu de telles œuvres d’art que le journaliste en fait une interprétation abusive. Il extrapole parce qu’il n’a pas aimé le film, en disant que si le film est nul, Kubrick est nul. En fait, lorsque les gens adorent ce que vous faites ou le détestent, vous êtes dans le bon. Par contre, si la conclusion est toujours accommodante, le résultat ne peut être que médiocre. Il faut que l’artiste soit un déclencheur. Son œuvre doit susciter une réaction. Il en est de même pour la musique. Il faut l’écouter avant de l’apprécier ou de la détester. L’œuvre n’existe pas si personne ne l’écoute, ne la sent, ne la touche. Toutes les tendances artistiques partagent cet objectif. Ce qui explique pourquoi nous avons rendu un hommage à la créativité de Kubrick.

Et Shirley alors ?

C’est un chien qui frétille la queue, lorsqu’il est heureux. Et nous, notre esprit vagabonde quelque part entre celui de ce chien et celui de Kubrick.

Merci à Vincent Devos.

Interview parue dans le n°79 (décembre 99) du magazine MOFO.

My Bloody Valentine

Creation nous a flanqués à la porte!

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Héritiers perdus de la ‘punktitude’, My Bloody Valentine incarne aujourd’hui une référence pour toute la scène noisy-pop (pensez à Ride, Chapterhouse, Blur, Lush, etc.). Pourtant, ce mythe s’est développé indépendamment de leur volonté. Et paradoxalement alors que leur création prenait une nouvelle orientation. Après trois années de relative léthargie, MBV s’est décidé à sortir « Loveless », un album ‘post-néo-psychédélique’ (et le mot est faible). Un disque qui joue avec les ondes mélodiques. S’ils sont particulièrement bruyants sur scène, les musiciens utilisent beaucoup le flou artistique lors de l’épreuve de l’interview. La formation est au grand complet, mais seuls le drummer Colm Ó Cíosóig et le chanteur/guitariste Kevin Shields (NDR : ce sont aussi les membres fondateurs) répondent aux questions…

Comment est née l’aventure My Bloody Valentine ?

Colm : Tout a commencé à Dublin. La scène rock y était tellement ennuyeuse que nous avons voulu lui donner un coup de fouet. Comment ? En montant un groupe, un groupe capable de faire du bruit, beaucoup de bruit, mais du bruit mélodique. Nous avons joué un concert, puis un autre concert… mais comme cela ne marchait pas très fort, nous avons décidé d’émigrer sur le Vieux Continent. Un périple aux Pays-Bas, puis surtout en Allemagne où nous avons enregistré un mini-album. Finalement, nous sommes revenus à Londres pour nous y fixer…

Pourquoi jouez-vous si fort en concert ?

Kevin : Au cours de notre adolescence, nous recherchions les concerts de rock qui faisaient le plus de bruit. Nous en avions marre de cette musique calme, sans punch, au sein de laquelle se complaisaient des artistes atteints par le syndrome de la nonchalance. Ceux qui fréquentent les night-clubs savent combien il est excitant et juvénile de se laisser inonder sous le flot de décibels… J’ajouterai même que les groupes qui pratiquent aujourd’hui le hard-core et le heavy metal ne sont pas assez bruyants. Nous prenons notre pied en jouant fort sur scène. C’est un exutoire face à la monotonie de la vie quotidienne. Et puis, nous ne voulons pas plaire à tout le monde. Nous visons un public bien spécifique, un public qui s’éclate autant que nous.

Pensez-vous qu’il soit possible de jouer plus fort que MBV ?

K. : Oui, pourquoi pas ? Nous développons un niveau de puissance appréciable, mais il est toujours possible de le dépasser. Nous pourrions d’ailleurs en faire la preuve ce soir (NDR : Help !)

Que pensez-vous de tous ces wagons ‘noisy’ qui restent accrochés à la locomotive ‘My Bloody Valentine’ ?

K. : La presse est responsable de cette façon de mettre des étiquettes. Tous les groupes sont différents, même si nous devons admettre avoir exercé une certaine influence sur certains d’entre eux. Etait-il vraiment nécessaire de transformer l’idée de base ‘noisy’ en scène homogène ?

Vous ne croyez pas à cette scène ?

K. : Elle ne concerne que Ride, Lush et Blur. Pas pour des raisons musicales, mais parce que leurs musiciens fréquentaient les mêmes clubs londoniens. Evidemment, les journalistes n’ont pas manqué l’occasion de photographier leurs rencontres, et puis, ils se sont mis à monter en épingle un concept…

Les Pale Saints nous ont raconté qu’il existait, quelque part dans les Midlands, une grande maison où les groupes de ‘noisy’ se rencontraient pour écrire des chansons ensemble. Est-ce exact ?

K. : Non, c’est une plaisanterie.
C. : Ou une légende, peut-être…

Pensez-vous qu’il soit encore possible d’inventer de nouveaux sons dans la musique rock ?

K. : J’espère que oui, mais je ne suis pas tout à fait sûr…

Qu’est-ce que la musique psychédélique représente pour MBV ?

K. : A l’époque, les groupes psychédéliques pouvaient se permettre de décrocher un hit tout en conservant leur originalité. Peu à peu, tout s’est déglingué, et au milieu des eighties les artistes rock ont même été forcés de se prostituer au marketing ou de suivre la mode pour espérer entrer dans les charts. Heureusement, les firmes de disques se sont enfin rendu compte que la musique alternative pouvait se vendre. Elles se sont mises à encourager la création. Faut dire aussi que le public en avait marre de se faire rouler dans la farine. Et puis la ‘house’ a donné une nouvelle impulsion à la pop. D’ailleurs, ceux qui n’ont rien compris sont tombés de très haut. Et ils ne sont pas près de s’en remettre. La house a permis une régénération de la création musicale…

Vous avouez donc avoir été influencés par la house ?

K. : Absolument. C’est même une influence fondamentale, surtout pour le rôle exercé par les guitares.

Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps avant la sortie de notre nouvel album ?

K. : Nous préférons concentrer nos idées et notre énergie sur un seul album plutôt que de ressasser indéfiniment la même mixture. L’enregistrement de « Loveless » a nécessité sept semaines. C’est assez long, mais cela se justifie par les changements successifs de studio. Relativement peu onéreux, ils étaient le plus souvent de piètre qualité. Mais ce qui nous a vraiment assommés, ce sont les bobards d’Alan Mc Ghee (NDR : le boss de Creation). Il est allé raconter que nous avions exagéré les dépenses pour l’enregistrement de l’album. Il a avancé des chiffres largement exagérés. Non seulement nous avons dû bosser sur du matériel peu performant, mais cette opération n’a coûté que 14 000 £ (NDR : 21 000 €). Cette somme peut paraître importante, mais elle est dérisoire par rapport aux investissements engagés pour les autres groupes.

Vous n’étiez pas satisfaits de votre label ?

K. : Non. Creation a fait preuve d’un manque flagrant de professionnalisme. Et nous nous sommes exprimés en conséquence. Alan McGhee l’a très mal pris ; il s’est senti blessé dans son amour-propre et nous a flanqués à la porte. Pourtant, nous avons toujours beaucoup de respect pour les gens qui travaillent chez Creation. Ils sont tellement passionnés par la musique ! Mais beaucoup trop de leurs groupes se sentent frustrés parce que l’aspect promotionnel n’est pas suffisamment approfondi. Depuis notre départ, plusieurs labels nous ont proposé un contrat. Mais nous ne sommes pas pressés. Nous ferons un choix après mûre réflexion…

L’album ne serait-il pas à la hauteur de vos espérances ?

K : Il constitue une nouvelle étape dans l’évolution du groupe. Il a été produit par un DJ. Teenage Fan Club est trop vieux pour confier la finition de son travail à un DJ. Pas que ce soit mal d’être vieux jeu, mais avant de se remettre en question, sans prendre certains risques, il serait illusoire d’envisager le moindre souffle d’air frais sur la musique.

En Grande-Bretagne, les différences sociales sont particulièrement marquées. Pensez-vous que ces inégalités se reflètent à travers la musique ? Noisy d’un côté, groovy, baggy, de l’autre ?

K. : Effectivement, mais chez les ‘baggy’, cette différence n’est pas aussi marquée. Tous n’appartiennent pas à la classe ouvrière. Quoique ! Peut-être Happy Mondays. Et encore ! Le père de Bez est officier de police. Ride et Chapterhouse correspondent probablement le mieux à la ‘middle class’. Mais la plupart des groupes sont composés de musiciens issus de tous les milieux sociaux. ‘Middle class’ ou ‘working class’, qu’importe ! Encore une fois, ces étiquettes ont été fabriquées par les médias. Par exemple, nous comptons de nombreux fans à Newcastle, une cité ouvrière…

Pourtant, votre style musical attire surtout les étudiants !

K. : Non, il n’y a pas d’âge pour apprécier notre musique. Aussi bien le concept visuel que musical intéresse les jeunes de quatorze (NDR : divisez par deux) à septante-sept ans. Lors de nos concerts, vous rencontrez des teenagers, mais également des quadragénaires qui retrouvent une certaine relation avec la musique des sixties.

Comment s’est déroulé la ‘Rollercoaster’ entreprise en compagnie de Dinosaur Jr, Jesus & Mary Chain et Blur ?

K. : Il est toujours intéressant de faire une tournée avec d’autres groupes. Mais pour la ‘Rollercoaster’, nous n’avons pas recueilli les fruits de cette expérience. La demande de tickets était tellement forte que nous avons été obligés de jouer dans des arènes (NDR : des endroits comparables au Cirque Royal de Bruxelles qui permettent de concentrer 2 000 à 3000 places debout). Ce sont des salles inadaptées qui empêchent toute communication entre le groupe et le public. En Angleterre, il n’existe pas de salle appropriée au-delà de 1 000 personnes.

Si vous deviez mettre au point votre propre tournée, quels groupes choisiriez-vous ?

K. : Certainement des groupes qui s’inspirent de notre démarche. Des groupes progressifs tels que Mercury Rev, Pavement. Nous allons d’ailleurs tenté de les engager pour notre tournée américaine.

Est-ce que les problèmes socio-économiques qui rongent l’Irlande vous touchent encore ?

C. : C’est une question qui concerne tous les Irlandais, et elle me touche personnellement. J’essaie de ne pas trop y penser, parce que la politique ne m’intéresse pas. Les exactions commises par l’IRA me répugnent. Il est quand même malheureux de voir les gens mourir pour des mobiles politiques. Je pense aussi à cette foutue guerre du golfe qui n’aurait jamais dû se produire. N’est-ce pas ridicule de faire la guerre pour imposer ses opinions.

Merci à Christophe Godfroid.

Interview parue dans le n° 4 du magazine Mofo de juin 92.

 

 

Blondie

La Vengeance d'une Blonde

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Ressorti du frigo après 16 ans d'absence, Blondie n'est pourtant pas un produit périmé. A plus de 53 balais, Debbie Harry collectionne encore les... cheveux, laissant au caillou de Chris Stein, la pérennité de la coupe grisonnante. Les hommes noirs qui flanquent la toujours pulpeuse ‘baby doll’ sont certes un peu plus ventripotents qu'au début des années 80, mais grâce à "No Exit", cette bande de quinquas a repris son parcours musical là où elle l'avait laissée...

Ils proposent toujours une pop légèrement aseptisée qui a du goût lorsqu'elle est bien dégelée. Avec l'âge, voilà même qu'elle en devient succulente... Alors quoi, Blondie reformé, c'est à nouveau pour pouvoir garnir le garde-manger? Et puis d'abord, était-ce difficile de faire sonner ce nouvel album comme les anciens?

Debbie Harry: Non, c'était très naturel, puisque nous avons toujours eu un son bien à nous.

Il semble un peu plus poli, plus doux qu'autrefois...

Chris Stein: C'est peut-être un peu ‘glossy’, à cause du rap qui a entre-temps percé. Pourtant, j'avoue aimer cet album, et même le préférer à certains anciens. Mais c'est vrai qu'il est moins trash que les précédents.

Est-ce un résumé de ce que vous avez fait auparavant?

Jimmy Destri: Yeah, exactement. Nous avons eu la même démarche que pour les anciens albums, c'est-à-dire que nous voulions y mettre les influences que nous avons subies. Et en 16 ans, elles ont été nombreuses.

Blondie For All

Croyez-vous bénéficier du revival punk qu'on observe actuellement?

C.S.: Non, parce que nous n'avons pas l'impression de faire du revival mais de reprendre notre travail là où nous l'avions laissé. Les Sex Pistols m'ont déçu quand ils se sont reformés ; je pensais vraiment qu'ils allaient entrer en studio pour pondre un nouvel album. La différence entre la musique des Pistols et la nôtre, c'est que la leur est plus limitée en terme de hits. Et puis, Blondie pratique des musiques multiples comme le ska, la dance... Tous les genres qui nous viennent à l'esprit se retrouvent dans ce disque.
D.H.: La chanson qui traite, par exemple, des vampires se voulait une contribution de Blondie à la scène gothique. Pour nous, Coolio était le choix évident pour interpréter le côté rap de celle-ci.

Tu te considères comme la mère du rap?

D.H.: Oh yes (rires)! Non!
C.S.: Yo! Mother!
D.H.: Quelque part, je suis très fière du fait que nous ayons contribué à en faire quelque chose de légitime et de populaire. Mais je pense que le rap était tellement puissant qu'il y serait parvenu sans notre intervention. C'est tout simplement arrivé plus tôt grâce au succès de "Rapture".
Clem Burke: Pour ma part, j'ai contribué à une chanson reggae et un morceau plus jazzy inspiré du travail de Debbie chez les Jazz Passengers.

Qui espérez-vous ce disque va-t-il intéresser ? Les gens qui avaient 20 ans en 82 ou... 

C.S.: Tout le monde et chacun! J'espère que ce disque touchera des gosses qui n'ont jamais entendu parler de Blondie. Notre désir le plus cher est d'apercevoir plus de kids dans les salles. Mais beaucoup de gens viennent aussi nous voir parce que durant notre première époque, nous étions un groupe assez limité en termes de concerts et beaucoup de fans n'ont jamais eu l'occasion de nous voir jouer live. Mais le public des premiers rangs semble déjà plus jeune que celui qui se tient derrière... C'est le Blondie Viagra Tour (rires)! D'ailleurs, on est tous sous Agra, sauf Debbie bien sûr!

Vous sentez-vous toujours Blondie, comme à l'époque, lorsque vous montez sur scène ?

C.S.: Oui! Malheureusement, la réalité est très différente (il se marre)!

Debbie dans le ‘Muppet’

Debbie, ton rôle dans les Jazz Passengers était-il très différent de celui que tu as au sein de Blondie?

D.H. : Oui. Ma position était plutôt celle de l'artiste invitée. Leur routine était établie depuis 11 ans. Sur la scène jazz, c'est plutôt un groupe culte sur lequel le succès populaire a peu de prises. C'est donc un univers totalement différent du milieu rock. En termes d'idéologie aussi: leur vie est véritablement dédiée à la musique. Ils pensent vraiment que la pop music n'est qu'une blague. C'était donc très facile pour moi, et très élégant aussi puisque que je n'avais qu'à penser à la musique et me considérer comme une artiste. Formidable!

Blondie avait beaucoup plus de succès en Europe qu'aux Etats-Unis...

J.D.: Sauf à New York, notre ville. Mais c'est vrai, beaucoup de gens du Midwest croyaient que nous étions un groupe anglais. Nous appartenons à la pop culture. Chris et Debbie étaient très proches d'Andy Warhol.

Voyez-vous un lien entre vous, Sonic Youth et les Pixies, un autre groupe américain plus populaire en Europe qu'aux States?

D.H.: Oui, bien que nous ayons eu plus de succès aux States que les Pixies. Mais nous avions une collection de chansons plus variées, certaines marchant là-bas et pas du tout ici, et inversement. "Denis", par exemple, a cartonné ici mais n'a rien fait aux States.

Debbie, quels souvenirs as-tu de ton travail en compagnie d’Iggy Pop? Ensemble, vous aviez enregistré "Swell Party" de Cole Porter...

D.H.: J'adore travailler avec lui! C'est un type formidable et une inspiration pour tous!
C.S.: Oui, moi j'ai de grands souvenirs de l'enregistrement de "Zombie Birdhouse", l'album d'Iggy Pop auquel j'ai participé. Nous avons de terribles souvenirs des premières parties que nous faisions pour lui dans les années 70.

Debbie, de quoi es-tu la plus fière: d'avoir travaillé comme Bunnie dans un bar ou d'être apparue dans le "Muppet's Show"?

D.H.: D'avoir participé à l'aventure du "Muppet's Show", bien sûr. Les Muppet's constituaient une expérience fabuleuse. Jim Henson était génial, à la fois très créatif et professionnel. C'était instructif de voir comment il travaillait. Les marionnettistes avaient de si jolies mains et n'arrêtaient pas de parler entre elles d'ailleurs.

Interview parue dans le n° 71 de mars 99, du magazine Mofo.

Mercury Rev

Le mariage de la nature et de la technologie...

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Ce 29 septembre paraîtront donc deux albums de Mercury Rev. Le premier, « Snowflake Midnight », sous une forme matérielle, et le second, « The Strange Attractor », uniquement téléchargeable via leur site. Ce qui demandait évidemment quelques explications. Mais la surprise procède du style musical proposé par le groupe sur ces deux œuvres. Une conclusion née de l’écoute de leur ‘advanced cd’. En fait, la formation a décidé de se frotter à la musique électronique. Une démarche comparable à celle de Radiohead pour « Kid A » et « Amnesiac », même si manifestement la perspective est différente. Un tremplin idéal pour entamer un entretien en compagnie du guitariste Grasshopper et du drummer/claviériste Jeff Mercel.

Et justement, pourquoi s’être plongé dans la musique électronique. Grasshopper argumente : « C’est un peu les circonstances qui nous ont poussé à s’y intéresser. Et puis c’est dans l’air du temps. En fait, on avait déjà exploré ce style auparavant. En utilisant des synthétiseurs moog. On a donc cherché à créer. On a expérimenté l’électronique sous son aspect le pus large possible. Grâce aux programmes informatiques, on peut construire des sonorités à la manière d’un designer. On peut inventer des sons. Et c’est un domaine qui nous a toujours intéressés. C’est en quelque sorte notre révolution électronique et je ne peux en dire plus. » Pourtant, aujourd’hui, il devient de plus en plus difficiles de concevoir de nouvelle sonorités dans ce type musical ; parce que c’est plutôt la technologie qui crée les nouvelles tonalités qu’une réelle recherche. Il faut donc croire qu’ils ont utilisé des logiciels de pointe : « On a essayé des tas de choses neuves. Beaucoup de softwares de la nouvelle génération. Et en particulier des générateurs de notes aléatoires. Tu introduis les paramètres dans l’ordinateur et le programme va concevoir la mélodie. Il vous appartient ensuite de l’interpréter. En quelque sorte, il est exact que nous avons laissé la technologie dicter notre démarche. Mais on a toujours pris le soin d’en garder le contrôle… » Etonnante réponse, puisqu’après avoir écouté ‘Snowflake Midnight’, j’ai eu la nette impression qu’ils s’étaient imprégnés des eighties. De l’indus et de l’ambient, notamment. Puisant apparemment leurs sources chez Tangerine Dream, Depeche mode circa ‘Violator’, Ryuichi Sakamoto, Boards of Canada et surtout John Foxx. C’est toujours Jeff qui tient le crachoir : « On ne peut pas ignorer les influences. Nous écoutons de la musique comme tout le monde. Ce n’est pas parce qu’on vit dans un endroit isolé du monde, qu’on est hermétiques aux influences externes ; surtout quand ce qu’on écoute est pertinent. Notre isolement nous permet simplement d’avoir une manière très personnelle de travailler. Mais si certains de nos morceaux concèdent des influences, il n’était pas dans nos intentions de jouer comme tel ou tel groupe. Comme Tangerine Dream, par exemple. Nous considérons ces sources comme un cadre de référence et notre imagination joue le rôle de filtre. » Mais comment comptent-ils reproduire ce type de musique en ‘live’. Avec de vrais instruments ? Jeff poursuit : « Il y aura aussi des guitares, de la basse et bien sûr des synthés. Ce sera une combinaison des deux. En y ajoutant, bien sûr des effets visuels… »

Mais pourquoi sortir deux albums le même jour ? Jeff s’explique : « Nous disposions d’énormément de compos. On a beaucoup bossé pour disposer d’un large répertoire. Mais au moment de faire des choix, on s’est rendu compte qu’il serait dommage d’écarter une telle somme de travail. Surtout aussi valable. Aussi, on a donc imaginé cette formule pour satisfaire le plus possible le public. En fait, ce n’est pas la première fois que nous avons recours à cette formule. Mais précédemment, nous nous limitions à un ou deux morceaux. Donc il suffira de vous rendre sur notre site le jour de la sortie de l’album et vous pourrez télécharger ‘The Strange Attractor’. » La pochette de ce dernier est illustrée par un chat qui se reflète dans un miroir et celle de ‘Snowflake Midnight’ par un lapin noir. Des animaux qui éveillent inévitablement une sensation de tendresse, de quiétude…. Jeff précise : « En fait, le lapin est très sombre. Tout le monde imagine être en présence d’un animal doux, mignon, etc. Mais ce n’est pas le cas ici. Pas qu’il soit sinistre, mais il est plutôt mystérieux. Et cet aspect me plaît bien. Quand au chat, il est reflété dans le miroir, à l’infini… » Grasshopper ajoute : « Le chat et le lapin sont des créatures assez étranges. Pourtant ils font partie du décor. De notre entourage. Ce qui ne les empêche pas de manifester des attitudes singulières. Pour nous, ils symbolisent le passage vers un autre monde. Notre musique objective ou subjectivise ce voyage. Ce sont des symboles inconscients… » Mais ce chat reflété dans le miroir, qui reflète ce chat dans le miroir, etc., n’est-ce pas la vision de l’infini ? Grashopper confesse : « Je ne sais pas, mais je pense que oui. On essaie de saisir le dernier, mais on n’y arrive jamais. Quand on imagine parvenir au but, ce n’est qu’une illusion. » Jeff ajoute : « Il y a ici une allusion. Une chanson dans la chanson va se répéter. Mais pas de la manière attendue, car il y aura toujours une fraction qui sera différente… » Une symbolique du miroir qu’on retrouve dans le film de Jean Cocteau, ‘Orphée’. Grassphopper clarifie : « Plutôt chez le poète de la beat generation, William S. Burroughs… »

Ce qui permet de passer à un autre chapitre : les compositions de Mercury Rev. Et tout d’abord les lyrics. Un domaine au sein duquel, on retrouve de plus en plus de métaphores relatives à la nature. Mais est-ce uniquement pour donner une face plus poétique aux compos ou simplement parce que la nature est devenue leur nouveau credo ? Il faut savoir que Sean et Jonathan (Donahue, le chanteur) vivent aujourd’hui dans les montagnes de Castkill, au nord de New-York. On suppose donc que cet environnement doit influer sur l’imagerie des chansons. Grassphopper admet : « Oui, le fait de vivre là-bas insinue l’environnement dans les paroles. Mais j’ai tendance à y devenir de plus en plus claustrophobe. Cependant, si dans nos chansons, vous décryptez le thème de la nature, il y a également celui de la technologie. En fait, nous essayons de les lier intimement. » Des chansons qu’on pourrait décrire comme des contes de fées surréalistes destinés à célébrer l’irrationnel. Une réflexion qui déclenche de grands éclats de rires. Jeff confirme : « Tu as tout dit ! » Tout comme Grasshopper : « Pas grand-chose à ajouter ! » Jeff confie : « Lorsque nous sommes allés en Espagne, l’année dernière, nous avons visité le musée consacré à Salvatore Dali. Et nous avons été impressionnés… » Finalement, hormis William S. Burroughs, les auteurs n’influencent les textes de Mercury Rev, que très indirectement. Grasshopper commente : « La beat generation est une référence incontestable. On utilise ainsi l’inconscient. Ce qui est aussi une manière surréaliste de travailler. Plus les événements deviennent chaotiques, plus l’esprit tente de s’y engager, y est sensibilisé… » Ce qui explique sans doute pourquoi Mercury Rev vit aujourd’hui dans sa propre petite bulle… Grasshopper réagit : « Mercury Rev n’existe pas du tout… » (rires) Jeff en remet une couche : « Est-ce que quelque chose existe ? Tu sais ce que font deux bulles quand elles se rencontrent ? Soit elles éclatent, soit elles fusionnent. » Grasshopper embraie : « Oui, il existe une petite bulle au sein de laquelle nous créons. Mais on a bien souvent fait aussi éclater cette bulle. Une bulle peut ainsi devenir dix bulles… » Sans doute une allusion à une de leurs déclarations qui n’était pas passée inaperçue. Et pour cause, ils avaient avoué que les accidents heureux rendaient les événements plus humains et favorisaient la découverte… Jeff s’explique : « Si vous connaissez d’avance ce qui va se passer en studio avant d’y entrer, vous allez vous y ennuyer mortellement. Vous avez parfois besoin de frictions, de vous engueuler. D’échecs aussi. Cela appartient au processus de création. Peut-être que si le résultat n’est pas concluant, il faudra retenir l’expérience acquise, qui elle aura un impact positif. Et puis on a rencontre régulièrement des incidents en studio, car la technologie n’est pas toujours à la hauteur de nos attentes. » L’origine de la création et le Big Bang sont apparemment des sujets qui fascinent les musiciens de Mercury Rev. En fait, c’est ce qu’on croit comprendre lorsqu’on voit les projections visuelles utilisées pendant les concerts. Est-ce la raison pour laquelle, ils pensent qu’il est possible d’organiser le chaos ? Grasshopper réagit : « Ce n’est pas nous qui organisons le chaos, dans la mesure où le chaos est déjà organisé. Le chaos se situe à un autre niveau. Ce que vous pensez être un système chaotique respecte un ordre. Epouse des structures ». Jeff embraie : « Et pour voir cette structure chaotique émerger, il faudrait avoir un grand angle de vision qui dépasse l’échelle humaine. »   

Dans la musique de Mercury Rev, il y a quelque chose de symphonique. Une majesté, un sentiment de grandeur, susceptible de provoquer une élévation de l’âme. Jeff répond : « Je ne nie pas les influences symphoniques. Car nous écoutons des tas de styles musicaux. Depuis le rock’n roll à la musique de chambre. Dans celle que nous jouons actuellement, nous ne pouvons pas exclure ces références. Pas que nous soyons férus en la matière. Mais nous écoutons tous de la musique classique. En fait, on essaie de repérer dans ce genre musical ce qu’on pourrait utiliser pour notre création. » Ce qui devrait dès lors permettre au groupe de jouer en compagnie d’un orchestre symphonique ? Jeff réagit : « Nous avons tenté l’expérience à plusieurs reprises en Belgique. En fait l’idée est excellente, mais au lieu de la développer à l’aide d’un orchestre symphonique, je préfèrerai la limiter à la musique de chambre. Toujours dans le but de combiner les éléments naturels et l’électronique. Juxtaposer les deux. La plupart du temps, dans ce type d’expérience, les groupes sont soutenus par une armée de violonistes. Mais nous on préfère être prudents. Ne pas être trop présomptueux. Car il faut que le résultat de cette combinaison soit réussi » La formation a d’ailleurs travaillé sur un projet de musique de chambre imaginé par James Joyce. Trente-six musiciens y ont participé. Mais qu’est-il devenu ? Grasshopper répond : « Ca date de longtemps. Au moins cinq ans. Mais c’est vrai qu’il doit bientôt sortir » Jeff embraie : « Le retard est consécutif à des problèmes de droits d’auteur » Et Grasshopper d’avouer : « Je ne me souviens plus des artistes qui avaient collaboré au projet. C’est loin ! Mais on aime bien James Joyce… »

Les Flaming Lips et Mercury Rev bossent en compagnie du même producteur, Dave Fridmann. Mais partagent-ils la même vision de la musique ? Jeff répond : « D’une certaine manière. Nous avons une approche aventureuse de la musique comme eux. Mais leur style est personnel. Ils ont leurs propres règles. Ils ont le besoin de créer des choses excitantes. Parfois risquées. Ce n’est pas que notre musique ressemble à la leur, mais c’est surtout notre philosophie qui est semblable. » Mais ont-il encore des contacts avec Wayne ? Grasshopper répond « Occasionnellement. » Jeff précise : « On se croise plutôt. Et on s’envoie de temps autre des petits messages. » Grassphopper confirme : « Ce n’est pas que nous le voyons. C’est lui qui nous voit… » Dans le même ordre d’idées, ont-ils encore des contacts avec l’ancienne flûtiste Suzanne Thorpe et l’ex-chanteur David Barker. Grashopper répond : « Suzanne Thorpe a émigré sur la côte Ouest des Etats-Unis. Son travail est encore plus expérimental que le nôtre. Elle joue de la musique vraiment avant-gardiste. Pour l’instant elle bosse en compagnie de Pauline Oliveros. David Barker s’est établi à Chicago. Il est toujours impliqué dans le monde de la musique, mais plus comme musicien. Il est producteur et ingénieur du son. »

Merci à Vincent Devos

En concert le 24 novembre à L’Ancienne Belgique de Bruxelles.

Friendly Fires

D.I.Y. : le crédo de Friendly Fires…

Friendly Fires est une formation britannique. Issue de St Albans, dans le Hertfordshire. Fin 2007, le groupe avait édité un single fort intéressant : "Paris". Depuis, le combo s’était enfermé dans son studio pour enregistrer son premier elpee. Un accouchement difficile. Et pour cause, non seulement les musiciens sont des perfectionnistes, mais ils ont voulu tout contrôler. Même la pochette. De passage à Bruxelles, Ed Macfarlane, Jack Savidge et Edd Gibsonnous se sont expliqués sur leur manière de concevoir l’enregistrement d’un album ; mais également, nous ont parlé de leur parcours accompli depuis maintenant un peu plus de deux ans…

Pour l’instant, vous vivez un peu un rêve éveillé, non? Je m’explique : vous êtes signé chez XL (Radiohead, The White Stripes, Adele), votre single “Paris” a été élu meilleur single par le Guardian et le NME, vous avez joué en première partie d’Interpol à Dublin et même Bono a été impressionné par votre performance. Cette situation vous est-elle tombée soudainement sur la tête ou est-elle le résultat d’une lente et longue progression ?

Ed : Je pense qu’elle est le fruit d’une progression constante. Nous avons commencé à composer vers l’âge de quatorze ans. Mais nous avons dû attendre des mois avant de pouvoir monter sur les planches des clubs locaux. Car, en général, ce sont souvent des groupes de reprises qui s’y produisent. Et, enfin, quand on a commencé à y jouer, il n’y avait qu’une trentaine de personnes pour assister à nos sets. No potes ! Mais on a recommencé l’expérience plusieurs fois. Jusqu’au moment où on a décroché quelques concerts à Londres. C’était, super, géant même. Nous partions cependant dans l’inconnu. Le public potentiel avait peut être écouté quelques chansons sur MySpace ; cependant, il se demandait surtout ce que nous avions dans le ventre. Mais ce parcours nous a permis de nous frayer un chemin jusqu’ici.
Jack : En fait, depuis que nous sommes devenus Friendly Fires, soit plus ou moins deux ans et demi, notre itinéraire a été graduel. Nous avons eu besoin de beaucoup de temps pour sortir un album. Un cheminement bien plus progressif que celui de la plupart des autres groupes. Aujourd’hui, dès qu’une formation manifeste un peu de potentiel, on tente de forcer les événements. Tout va alors trop vite. Nous n’avons jamais voulu accepter de marcher dans ce système.
Edd : On est plus à l’aise ainsi. On ne se sent pas lâché dans un rêve au sein duquel on ne maîtrise plus rien.
Ed : C’est clair. Au départ nous ne disposions que de deux bonnes chansons. Or nous voulions, au moins, en écrire une dizaine. Tu sais, de bonnes chansons, susceptibles de plaire au public

Oui, d’ailleurs j’ai lu que vous aviez passé des heures et des heures à enregistrer... (rires)

Ed : Ouais, on a vraiment pas mal de trucs qui sonnent bien. Mais, bon ce sont surtout des jams ; et si les lignes de basse sont vraiment chouettes, tu ne peux pas vraiment transformer ces morceaux en chansons pop.

Sans quoi, vivez-vous de votre musique ou exercez-vous d’autres jobs, en parallèle ?

Jack : Non, c’est notre job, pour l’instant on n’a que ça.
Ed : Qui a dit ça ?
Jack : C’est moi, Jack (rires)

Donc vous avez réussi votre pari, vu que vous ne vouliez pas bosser chez HMV ?

Ed : Oui ! HMV est un magasin de disques à St Albans. Notre plus grande crainte était de se taper un job de routine. Mais finalement les circonstances nous ont été favorables. On a eu de la chance, quoi…

Militez-vous au sein d’un seul groupe ou certains d’entre vous participent-ils à d’autres projets ?

Ed : Non ! D’abord l’écriture de cet album a exigé beaucoup de temps. Et puis on veut beaucoup tourner. Aussi, si on veut vraiment s’impliquer à fond, on ne peut pas se disperser. Pour nous, multiplier les projets est impossible. Du moins pour l’instant. Quand on aura rôdé tout ce gros travail dans le groupe, on pourra donc y penser ; mais pour l’instant, l’objectif qui focalise notre attention, c’est Friendly Fires .

Votre premier album sort début septembre. J’imagine que votre excitation est à son comble ?

Tous : Absolument !
Jack : Par contre, on y croira vraiment que lorsque nous pourrons tenir le boîtier et la pochette en mains. L’enregistrement physique, comme objet naturel. Pour l’instant il n’existe pas vraiment. Les fichiers PDF et le booklet sont ‘congelés’ dans un ordinateur.
Ed : Je serai vraiment content lorsqu’il sortira. C’est le résultat de deux ans de travail.

A ce sujet, vous déclarez, dans votre bio, que cet album est ‘le produit fini de deux ans d’inspiration, de frustrations, de dur labeur et de passion’. Voulez-vous préciser votre idée ?

Ed : Comme nous avons produit le disque nous-mêmes, dans notre garage, nous éprouvons un sentiment de frustration. A force de réécouter tes chansons, tu finis par conclure que tel ou tel passage aurait pu sonner un peu mieux. Si quelqu’un d’extérieur produit ton album, il débarque au studio pendant quelques heures. Il fait l’une ou l’autre prise, puis décrète qu’elle est bonne. Un producteur t’emballe des chansons pop en buvant son café. Pas nous ! En nous réservant personnellement cette tâche, nous avons voulu que le résultat soit le plus parfait possible. Nous sommes des perfectionnistes. En ce qui me concerne, j’ai passé un temps fou à écouter et réécouter ma propre voix. Mais je crois que cette méthode a fini par payer.
Edd : Parfois, on écrit des chansons de bonne facture. Mais pas assez valables à notre goût. Aussi, on bosse dessus pendant des heures, en espérant l’améliorer. Et finalement, on se rend compte qu’il est impossible de rectifier le tir. Aussi, on l’abandonne… 

Vous enregistrez dans votre garage. Hormis une compo (NDR : "Jump In The Pool", produite par Paul Epworth), vous avez mis en forme l’intégralité de l’opus. Ce choix est-il dicté par une éthique DIY (Do It Yourself = Fais-le toi-même) ou est-ce plutôt une volonté de vouloir contrôler la moindre décision ?

Ed : Nos EPs et nos singles sont parus en édition limitée. Et nous nous étions chargés du design de la pochette. On a fait le choix de tout contrôler. Ainsi, tu risques moins de te faire ‘baiser’, si je puis m’exprimer de cette manière. Tu es responsable de tout. Finalement, l’artwork va aussi refléter ton identité en tant que groupe.
Jack : Nous avons une vision très particulière de notre création. Nous voulons tous être impliqués à tous les niveaux ; parce qu’il est vraiment fondamental de bien maîtriser les événements. De ne pas devoir accepter la manière de voir ou de penser d’une personne extérieure.

Ces choix étaient-ils partagés par votre label ou avez-vous ressenti de la résistance à cet égard ?

Ed : Totalement. Je crois qu’ils étaient derrière nous à 100%.
Jack : En même temps, lorsque le label est entré en jeu, nous avions déjà réalisé 70% de l’album. Maintenant, il est vrai que d’autres labels nous ont proposé de réenregistrer les pistes dans leur studio. Mais ce n’était pas dans notre projet. XL a accepté notre choix. Notre son. C’est la manière dont on perçoit les choses. Et ils ont marqué leur accord à ce sujet.

Edd : En fait, nous avions établi cette règle avant qu’un label ne se manifeste. Et certains concurrents on voulu changer la donne. Pas XL.
Ed : XL montre vraiment beaucoup de respect pour ses artistes. Il admet qu’ils puissent avoir une autre manière de travailler. De penser. Pourvu que le résultat soit à la hauteur.  

Votre répertoire est assez éclectique. Quelles en sont les raisons ? Votre humeur du moment ? Une évolution de vos influences consécutives aux deux années nécessitées pour l’écriture et l’enregistrement du disque ou est-ce simplement un choix ?

Ed : Lorsqu’on écrit une chanson, il n’y a jamais de plan préétabli. Par exemple, quand on a composé « Paris », on aimait vraiment la rythmique. On a ajouté plein de mélodies ; et le résultat était probant. Nous étions satisfaits du résultat et nous étions prêts à reproduire la même recette. Mais finalement, à l’issue des sessions d’enregistrement, la chanson était totalement transformée. En fait, on a simplement commencé à jammer et quand on s’est arrêté, la compo n’était plus la même.
Jack : Je pense aussi qu’inconsciemment, personne ici ne veut repasser les plats.
Ed : En fait, je crois qu’on est incapables de répéter une bonne partie des morceaux qu’on a construits. J’espère que je me que je me fais bien comprendre.
Jack : Je pense tout à fait le contraire…
Ed : Bien sûr, on pourrait écrire un deuxième « Paris » ; mais quand on arrive en studio avec une chanson, elle est systématiquement modifiée par les jams. Et dans 99% des cas, le résultat final est différent.
Edd : Oui mais par contre, on peut facilement reprendre deux accords percutants comme base d’une chanson, et construire un truc distinct ensuite.
Ed : Personnellement j’écoute rarement un album de 45 minutes de bout en bout. Mais si quelqu’un est capable d’y parvenir de A à Z, il doit ressentir une drôle d’impression. Surtout si la musique est totalement linéaire. D’ailleurs je pense que la nôtre baigne dans un univers tout autre que celui de la house et de la dance, car elle fluctue constamment. Et comme tous les titres sonnent distinctement, tu es obligé de les écouter attentivement. Si c’est répétitif, au bout d’un certain moment, tu déconnectes et tu n’y prêtes plus guère attention.

J’évoquais tout à l’heure Bono qui avait été impressionné par votre performance. Estimez-vous que Friendly Fires est un groupe qui prend toute sa dimension en live ?

Ed : Oui ! Nous avons dû modifier certaines composantes pour les adapter à la formule ‘live’. En concert, nous sommes quatre ; et certaines partitions sont impossibles à recréer sur scène de manière totalement identique. Il y a la version studio et la version ‘live’. Je pense d’ailleurs que c’est positif. La version ‘live’ est beaucoup plus agressive, trashy, brute. Nous ne nous contentons pas d’interpréter le titre exactement comme sur le disque. Il reflète davantage l’esprit de nos 15 ou 16 ans. On y injecte toute notre énergie, toute notre détermination à remuer. On y met les guitares bien en avant. Bref, on cherche à rendre notre excitation très perceptible, parce que si un groupe est à fond dedans lors des concerts, c’est déjà 60% de gagné. C’est plus important que la perfection de la musique ou du son.
Edd : Donc au cours de toutes ces années, tu essayais seulement de bien paraître ? (rires)
Ed : Non, je ne dis pas qu’on essaye de bien paraître, mais je pense que cette attitude impulsive est très importante en ‘live’ ; parce que la plupart du temps, en concert, les retours sont quasi inexistants, et tu tentes désespérément de percevoir ce que tu joues. Aussi, si le groupe semble s’investir à fond dans son trip, le public va être beaucoup plus impressionné.

Donc on arrive à ma dernière question, plus bateau : quels sont vos projets pour l’année prochaine, hormis tourner pour promouvoir l’album ?

Jack : Nous n’avons pas beaucoup de choix pour l’instant. Nous sommes ‘bookés’ jusque fin octobre. Au moins !
Ed : Même décembre, si on tient compte de la tournée américaine et de quelques autres concerts... Sinon, on va se remettre à composer ; mais je crois qu’on va s’y consacrer lorsqu’on sera de retour en studio ; car sur la route on est dépendant d’un portable. Pas l’idéal ! Je veux dire que sur un ordinateur, tu te contentes d’enchaîner des sons ; et ce n’est pas la meilleure manière d’écrire des chansons. Il est toujours plus judicieux d’utiliser nos instruments pour accomplir cette tâche. Mais on verra plus tard…

Jack : Oui, plus tard. Enregistrons un album pour Noël...
Ed : Oui, un Christmas Album... (rires)

 

Mogwai

La musique, ça se passe dans l’oreille plutôt que le cerveau…

John Cummings et Stuart Leslie Braithwaite, membres de Mogwai, sont plus à l'aise derrière une guitare que devant un journaliste. Ils balbutient deux mots, se regardent et replongent dans leur mutisme... Durs à décoincer, les deux Ecossais, âgés respectivement de 21 et 23 ans! Mais on croit y être arrivé. Après avoir sué...

Evacuons d'abord la question obligée sur l'étiquette ‘post-rock’, puisque Leslie ne manifeste aucun enthousiasme à fournir une réponse: "Pff... Si les gens veulent utiliser ‘pop-music’, c'est bon aussi. Et ‘music’, tout court, me paraît encore mieux". "Avant, nous étions égoïstes, auto-satisfaits", finit par avouer John. "mais demain, nous serons des requins durs et déterminés". "Ouais," rigole Leslie "notre ambition est de devenir fameux et d'avaler la concurrence". Pour arriver à bâtir leur mur de guitares, tous deux mettent en avant les vertus du travail, presque exclusivement. "On a énormément bûché", avouent-ils, la bouche en cœur. "Et si c'était si facile, tout le monde aurait créé cette musique avant nous. Pour ‘Young Team’, notre premier véritable album, on n'avait pas assez écrit de chansons en entrant en studio. Aussi, en prenant du recul, on s’est rendu compte que le résultat n'était pas satisfaisant. Ici, on a le sentiment de s'être vraiment pris en mains, d'avoir consacré beaucoup de soin à ce projet. Ce qui, paradoxalement, nous a semblé plus facile". Ah oui? "Il doit y avoir plusieurs raisons. La principale est sans doute que nous avions enregistré ‘Young Team’ à Glasgow, une ville où on avait évidemment nos habitudes. Résultat: on n'était pas totalement concentrés. Pour la circonstance, nous sommes allés à Buffalo, près de la frontière canadienne, un endroit très tranquille qu'on ne connaissait pas. On y a bossé douze heures par jour".

Le titre de ce deuxième album, dont la sortie est imminente, s’intitule ‘Come On Die Young’. En référence au vieux mythe du rock? "Non", corrige John, "ce n'est pas vraiment sérieux. Ce titre s’inspire de l’histoire d'une bande qui a sévi plusieurs décennies dans les rues de Glasgow. Mon père en faisait d'ailleurs peut-être partie... On est vite tombés d'accord entre nous pour utiliser cette expression de gang. C'est un peu sarcastique". Après ‘Young Team’, on a encore droit à un titre incluant le mot ‘Young’. Pour insister sur leur jeunesse? "C'est une coïncidence. Oui, nous sommes jeunes. Mais le fait d'être jeune induit forcément une comparaison avec d'autres personnes, ce que nous ne souhaitons pas spécialement".

L'intervention d’Iggy

On reproche souvent à la musique de Mogwai, presque totalement instrumentale, de verser dans une sorte d'intellectualisme. Ils sont d'accord? "On n'est pas des intellectuels", intervient John, "ce qui n'empêche pas de penser. A mon sens, la musique doit d'abord être brute, émotionnelle et naturelle. Si on doit réfléchir à la musique, c'est peut-être qu'elle n'est pas aussi bonne qu'on pourrait le croire. La musique, ça se passe dans l'oreille plutôt que dans le cerveau. Malgré tout, lors des interviews, forcément, on est amenés à la théoriser. Mais ce n'est pas nécessairement sans intérêt, c'est plus intellectuel qu'athlétique en tout cas". "Au collège", continue Leslie, "j’ai dû analyser la musique classique et c'est cette étude qui m'en a éloigné. On peut réfléchir bien sûr, mais il ne faut pas aller trop loin, l'important c'est d'écouter"

Le nouvel album de Mogwai s'ouvre sur ‘Punk Rock’, un titre où on entend une sorte de discours prononcé par... Iggy Pop! "Il est très intelligent et très sage", estime John. "On a piqué ses propos lors d'une interview accordée à la  télé. Elle collait parfaitement au feeling de notre album. C'est aussi un bon résumé de notre opinion sur notre musique". "En fait", renchérit Leslie, "on avait enregistré ce morceau comme un instrumental. On a collé le bout d'interview et le résultat sonnait impeccablement bien. C’est tout ! Non, on n'a pas demandé d'autorisation, mais on fait appel à la sagesse d'Iggy. De toute façon, ce n'est sûrement pas de notre part une recherche de profit. Alors...".

Défi et séduction

Ont-ils quand même l'impression que leur musique est accessible? "Certains éléments le sont", estime John, "Mais tout le monde possède un avis différent sur la question, non? Personnellement, je ne pense pas que le ‘country & western’ soit particulièrement accessible ; et pourtant, il y a plein de gens qui en écoute". "Parfois", précise Leslie, "on essaie d'être élémentaires, de garder les chansons en un état fort simple, mais celles-là, on ne les aime pas particulièrement. Pour moi, chaque chanson doit être un défi, et si elle n'est pas accessible au grand public, ce n'est pas rédhibitoire. Le tout est de combiner le défi et la séduction. C’est ce qui est difficile à réaliser, aussi bien d'un côté que de l'autre d'ailleurs".

On conclura l'entretien sur le côté surréaliste d'une tournée promotionnelle à laquelle le groupe est confronté pour la première fois. "On doit parfois faire face à des questions inattendues. Un journaliste américain nous a demandé un truc bizarre où il était question d'un Tampax qu'on trempait dans un verre de vodka. Je n'ai pas tout compris. Mais de toutes manières, cette question n'était pas aussi étrange que la réponse que nous luis avons réservée."

"Très souvent, lors des interviews, une question revient régulièrement sur le tapis : quand allons-nous nous décider à composer une musique de film. Mais ça, c'est quand on veut! Moi, je me verrais bien composer pour un film d'horreur ou pour un James Bond. Ou mieux encore pour un Batman réalisé par Tim Burton". Quand on lui dit que la place est prise par Danny Elfman, le visage de Leslie s'illumine: "C'est vrai que c'est un des rares bons compositeurs de musique de film".

Interview parue dans le n° 72 (avril 99) du magazine Mofo

 

Perverted

Du finnois dans un bouge de Molenbeek...

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Etait-ce prémédité? Atterrir dans un bouge de Molenbeek pour faire l’interview de Perverted By Desire relevait du fantasme. C’est pourtant l’aventure (ou la mésaventure, si vous préférez) que nous avons vécue en compagnie des deux tiers de l’ensemble limbourgeois, en l’occurrence Guy (alias Genis) et Bo Lemaître.

Le titre de votre album est plutôt curieux : « Kuvun Huuto ». Vous ne trouvez pas ???

Guy : C’est du finnois ! Il traduit le spleen et la nostalgie que l’on éprouve lorsque loin de chez soi, on désire rentrer au bercail. Comme l’enfant qui veut revenir dans le ventre de sa mère. Comme l’être humain qui veut retrouver son passé, sa jeunesse. Mais plutôt que d’aborder le sujet sérieusement, nous l’avons traité tantôt par l’absurde, parfois avec ironie. Et humour.

« Kesytetty » est une chanson dans la même langue ?

G. : Oui, c’est un extrait du ‘Petit Prince’ de St Exupéry (la serveuse vient réclamer le paiement des consommations). Le passage où le Petit Prince commence à dialoguer avec le Loup (la serveuse insiste). Le morceau est interprété par une chanteuse finlandaise qui a une très belle voix (la musique d’ambiance monte d’un cran). On paye et puis on nous boycotte… le finnois et le néerlandais possèdent des caractéristiques semblables. Peu usités, ils dégagent une même atmosphère, un même mystère (le flux sonore s’amplifie encore). Nous essayons de combiner des styles, des genres, des cultures (les clients commencent à se déhancher en compagnie de deux serveuses au milieu du bistrot : fou rire).

Vous êtes polyglottes ? Combien de langues pratiquez-vous ?

G. : Six, mais je ne les maîtrise pas toutes : néerlandais, anglais, finnois, espagnol, français et allemand.
Bo : moi seulement quatre !

C’est pour ça qu’on retrouve souvent dans vos chansons des mots étrangers ?

G. : Le monopole de l’anglo-saxon dans le rock est une absurdité. La langue la plus pratiquée sur la planète, c’est le chinois. Je prends souvent pour exemple Arno qui combine les langues avec beaucoup de talent. Lorsqu’il a recours au français, c’est parce que la chanson est plus adaptée à ce mode d’expression ! Le finnois a un certain exotisme, et même si peu de gens comprennent les paroles, il se dégage parfois une atmosphère unique.

Vous dites cultiver l’ironie, l’humour dans vos textes. Pourtant, les thèmes on l’air contemporains et même profonds : la religion, le mysticisme, la mythologie, le nationalisme, la peine de mort. Dans le livret, on retrouve même une grande tirade en néerlandais sur la mort…

G. : Ce passage a été écrit par un écrivain flamand qui est capable de faire passer des émotions dans ses textes semblables à celles que nous essayons de mettre dans notre musique…

Par quel hasard êtes-vous entrés en contact avec Kramer ?

G. : C’était au VK, voici trois ans, lors du concert de Galaxie 500 : il assurait le mixing. Nous lui avons refilé notre premier disque. Nous l’avons revu au Lintfabriek à Kontich où il se produisait avec son groupe, Bongwater. Là, il nous a dit avoir apprécié l’album : il envisageait de produire notre disque suivant. Il a tenu parole, puisqu’entre 91 et 92, on est entré en studio à Amsterdam pour enregistrer « La Sigla » sous sa houlette. Et quelques mois plus tard, nous renouvelions l’expérience pour « Kuvun Huuto »…

Ce n’était plus à Amsterdam. Pourquoi ?

G. : Le studio n’existait plus. L’immeuble avait été squatté et la police a flanqué tout le monde dehors. Nous avons cherché un autre studio en Europe. Mais ce n’est pas facile à dénicher un tel endroit, à la fois bon marché et de qualité. Kramer venait de monter son ‘24 pistes’ à New Jersey. Le coût semblait raisonnable. On y est donc allés.

Vous y êtes restés longtemps ?

G. : Non, seulement une semaine. On a dû rentrer pour reprendre le boulot.
B. : On n’a rien vu de New York. Rien du tout !
G. : Je comprends que Bo et Karel se sentent frustrés. Moi, j’y étais déjà allé il y a 10 ans… Et puis nous avons logé chez Kramer, dans un très beau site, à une demi-heure de NY. La région était recouverte de neige. On a évité les frais d’hôtel et de restauration ; en outre, l’atmosphère était très chouette… Tout a été très vite : l’album a été enregistré et mixé en cinq jours. Si nous étions de véritables perfectionnistes, nous aurions eu besoin de plus de deux mois pour le terminer. Ce n’est pas qu’un choix pécuniaire : lorsque tu gamberges trop longtemps en studio, tu commences à accorder trop d’importance aux détails. Ca se fait au détriment de l’émotion et de la sensibilité.  
B. : Si nous avons pu mettre en boîte l’album en si peu de temps, c’est que les chansons étaient prêtes. Il ne restait plus à Kramer qu’à remodeler le son.
G. : C’est un personnage ambitieux, mais qui relativise les événements. Il veut gagner de l’argent en s’impliquant dans des projets à la fois insolites et créatifs. Il a joué un peu de claviers, de basse et de congas, aussi.

Le timbre vocal de Guy est proche de Johnny Rotten, non ?

G. : Au cours des cinq premières années, Bo assurait le chant. Depuis qu’il s’est converti à la basse, il se contente des backing vocaux (on vient de tirer les rideaux !)
B. : il est trop difficile de se concentrer sur le chant et de jouer de cet instrument, en même temps. Mais c’est un bordel ici (grands éclats de rires) !
G. : C’est parce qu’il se complique l’existence. Avec un peu plus de simplicité, il y arriverait (rires). Au début ce rôle ne me bottait pas trop, mais aujourd’hui, je commence à bien le maîtriser (dans la pièce, il n’y a plus que les jeux de lumières pour nous éclairer…)

 
Pourquoi vous produisez-vous si peu ‘live’ ?

G. : Notre musique n’est pas suffisamment commerciale pour séduire les organisateurs de concerts. D’un autre côté, nous ne courons pas après les concerts. Nous nous limitons à dix/quinze prestations par an dans le Benelux. Bien sûr, on participe à l’un ou l’autre périple hors-frontières. Comme cette tournée européenne que nous commençons en ami prochain (le son couvre maintenant complètement nos voix ; le temps de vider ses consommations et nous vidons les lieux, un peu louches, il faut le reconnaître…)

Article paru dans le n°21 du magazine Mofo de mars 1994.

 

 

James Deano

Grand frère malgré lui

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Spa, le 17 juillet 2008, 19h10. Les Francofolies de la ville d’eau ont commencé quelques heures plus tôt. De stratus en crachin, de gouttelettes en averses, les premiers participants font la file un peu partout, surtout où il reste des zones à l’abri. Aux stands bracelets et aux échoppes, le monde s’agglutine, sans opérer le moindre mouvement de foule incontrôlé. Un début de festivités donc, un peu froid et humide ; mais il en faut plus pour anéantir l’esprit ardennais. J’ai rendez-vous à 19h15 avec Emilie, attachée de presse auprès de la maison de disques Warner. Motif : une interview de James Deano. Dans le sas de l’hôtel Radisson, c’est l’effervescence à la réception. Armés de laissez-passer, de caméras, de micros et d’appareils photos, les journalistes se ruent sur l’accueil. Tout est goupillé à la minute près. Il s’agit de ne pas louper la sienne. Emilie me reçoit en affichant un grand sourire, aussi chaleureux que la couleur de veste ‘flashi’ qu’elle porte. ‘Je gère’ me dit-elle. ‘Tout est nickel. Tout est dans les temps’. Les interviews s’enchaînent. La séance de dédicaces reste d’actualité, même si Deano n’apprécie que très peu ce genre d’exercice. Il semble ne pas encore réaliser l’intérêt qu’on lui porte. L’entretien se déroulera dans le petit salon. Entre quatre yeux et deux cafés. ‘Bien chauds les cafés svp’…

Salut Olivier (NDR : Olivier Nardin est le véritable nom de James Deano). Comment vas-tu, dis moi ? Tu m’as l’air un peu ‘cassé’.

En fait, je suis malade comme un chien. Mes cordes vocales sont bousillées ; et je sens bien que techniquement, ce soir ça va être chaud.

Manifestement, j’entends bien que ta voix est plutôt ‘loin’ (NDR : le timbre de Deano est plutôt rauque, et pour bien le comprendre, il faut bien tendre l’oreille)

Ouais, mais c’est Spa. Les gens m’attendent. Certains au tournant d’ailleurs. Je dois donc jouer. J’ai failli laisser tomber ; mais je vais le faire. Il y a quelques années que je tourne et je n’ai jamais annulé une seule date. Je vais me produire ce soir. Mais ça risque d’être très chaud, c’est clair.

Tu n’en a pas un peu marre de toutes ces interviews ? Il faut presque se battre pour fixer un rendez-vous. A moins peut-être que ce rythme de vie te grise ?

Je vais t’avouer sincèrement : je sors d’une année faste. J’ai accordé des interviews partout. Je devais répondre non stop. J’en étais gavé. Mais là, il y a deux heures que je suis occupé, et je le vis bien. C’est sympa !

C’est vrai que la presse belge regorge de tes interviews…

Le pire, c’est que ma maison de disques ne me trouvait pas assez convaincant. Pas assez vendeur. Déjà que, je ne suis pas toujours à l’aise dans ce genre d’exercice. Mais si tu veux avoir confiance en toi, la pression ne t’aide pas. Surtout de leur part. Cette situation n’est pas drôle, tu sais. Aussi, je me suis posé pas mal de questions.

Oui, mais c’est de bonne guerre !

Exact, c’est de bonne guerre. Quoiqu’on en pense, c’est le jeu.

C’est le business quoi.

Il n’y a pas le choix de toute façon !

La sortie du « Fils Du Commissaire » date de janvier 2008. Mais il y a un bon moment que tu te sers des mêmes morceaux qui y figurent. Ca va, tu tiens le coup ?

Je t’avoue que je tourne avec les mêmes chansons depuis quatre grosses années. A force, c’est saoulant, oui. Je ne prends plus le même plaisir qu’au début, c’est certain. Heureusement il y a l’adrénaline du public. Elle se renouvelle constamment. Ce n’est jamais la même chose. Raper toujours les mêmes chansons devient obsessionnel, limite chiant.

Justement, au fil du temps, j’ai l’impression que tu t’es adouci dans tes sets. Tu semble moins tranchant, moins underground dans la manière de les jouer.

Oui et non. Les chansons sont toujours les mêmes. Elles n’ont pas pu changer du tout au tout. C’est pareil depuis le début. Du son au flow. J’ai du mal à croire que le changement soit si radical. A la limite, lors de la réinterprétation des textes sur l’album, il est possible que des adaptations soient intervenues. Sur scène, non !! Le truc qu’il faut se dire, c’est que quand tu composes un morceau, tu l’enregistres d’abord sur du ‘home studio’, un pc ou un autre support. Tu invites les gens qui gravitent autour de toi à écouter la maquette pour voir si elle plaît. Mais d’office quand tu passes en studio, tu radoucis l’ensemble. Ceux qui sont susceptibles de se rendre compte de cette situation n’appartiennent qu’à un cercle privé d’amis.

Si on compare tes compos actuelles, à l’esprit « Branleur de Service », tu avoueras que la métamorphose est quand même flagrante !

Ouaiiiiis, ça c’est clair. « Branleur de Service » date de 2003 !! Mais on n’est quand même pas si loin de ce que je fais actuellement ?? A savoir que c’était déjà un thème, une histoire, quelque chose d’un peu choquant,… tu vois ce que je veux dire ? Mais quand à cette époque, j’ai compris ce que ce morceau impliquait, je n’ai plus jamais voulu reproduire ce genre de truc. C’est tombé dans des oreilles de personnes que je ne ciblais pas. Je ne veux plus être aussi hardcore. Mais oui, c’est une critique qui revient souvent : ‘Ouais on te préférait comme t’étais avant, t’étais plus underground, plus hardcore, blabla…’ Ils ont raison. Personnellement, je n’ai plus envie d’être drôle ou doux. J’ai envie de retirer cette étiquette. Je souhaite quelque chose de plus violent. En plus, je suis quelqu’un de très violent, à l’intérieur de moi. Si je devais être fidèle à moi même, mon rap le serait beaucoup que ce qu’il est maintenant.

Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu parles de ton avenir ?

Oui, il se peut que j’emprunte cette direction. Mais je ne renierai jamais mes choix. Il fallait adopter une stratégie, au début. Quelque part, si ce style a bien marché, c’est que j’ai pu bénéficier d’un support médiatique. Ma carrière à beaucoup évolué grâce à ce soutien. Ce n’était pas si mal joué de notre part. Ta carrière, heureusement, tu ne la fais pas que sur un seul album.

A ce moment précis, Michel Fugain fait son apparition devant le salon ou Deano et moi même nous entretenons. Il a une tête à faire peur. Il se rend à une interview, celle qui va le rendre un peu moins populaire pendant ce festival. Mais ça c’est une autre histoire.

Le gros buzz de James Deano, c’est quand même « Les Blancs ne Savent pas Danser ». Pourtant, ce morceau est tellement peu représentatif du reste de l’album. Dommage que ce soit celui-là qui ait été le plus médiatisé, non ?

Le problème, c’est que tu ne sais pas faire autrement. Mais moi, « Les Blancs ne Savent pas Danser », c’est un morceau que je kiffe. Et que je kiffe encore aujourd’hui. Où que j’aille en Belgique, en France. Quelle que soit la commune ou la profondeur du quartier, tout le monde la fredonne. Donc fatalement, c’est une chanson qui a plu, sinon les gens ne la connaîtraient pas. Même plus besoin de chanter le refrain. Je trouve son thème original, même si ce n’est pas ce que j’ai écrit de plus profond. Stratégiquement, tu ne peux pas vendre tout un album d’un coup. Tu dois choisir un extrait à la fois, et le balancer. Le boss de Skyrock France (NDR : Pierre Belanger) avait bien flashé dessus et a décidé de le booster. Immédiatement, ma maison de disques et moi même avons marqué notre accord. Il y a une brèche qui s’ouvre, on fonce ! C’est logique, tu essayes à un moment de vivre de ce que tu fais. Tu veux que ça aille plus loin.

Je comprends, mais tu ne m’ôteras pas l’idée que « Les Blancs… » n’est pas représentatif de l’elpee.

C’est clair. L’album n’a rien à voir avec « Les Blancs ne Savent pas Danser ». C’est le tout dernier morceau que j’ai écrit. Je voulais le concevoir dans un esprit ‘club’, mais ne pas faire du krunk, genre rap américain qui tourne pas mal pour le moment. C’était plutôt une envie de créer quelque chose de plus populaire, plus camping. Un esprit disco populo, avec un refrain où tout le monde chante dessus. J’ai bossé dessus dans cette optique. Je n’ai pas ‘vendu mon cul’ à qui que ce soit. Il est de la même veine que « El Playboy », ou « Tu t’es Vu ? ». Le but est purement commercial… Le revers c’est que pas mal de mamans et de petits ont dû être déçus. Ce morceau les a touchés ; et le reste de ce que je fais, n’est pas vraiment le même.

C’est ce qui explique un peu l’éclectisme de ton public ? Pas toujours habillé Adidas peau de pêche et casquette Lacoste. C’est devenu plus familial, grâce à ce morceau ?

Tout à fait, les petits viennent accompagnés de leur maman. J’ai flashé. Je ne connais pas leurs goûts ou ce qu’ils veulent. Je n’ai pas de petit frère ou de petits cousins, ça m’est complètement inconnu. Ca fout la trouille. Quand tu comprends que les familles viennent avec en tête « Les Blancs… », ils doivent se dire en voyant le set, que je suis plus violent, plus trash. Ils ne s’attendent pas à ça.

Et ça te bride ?

Non ça ne me bride pas, mais je me dis quand même, que certaines personnes ont dû être déçues en assistant à mes concerts.

Personnellement, je kiffe plus des morceaux comme « Le Son Du Cosmos » ou  « Loin de la Vérité ». Ils sont vraiment excellents ! C’est le genre de titre auquel je pense plus, quand je réfléchis à ton album. Pourquoi ne les joues-tu jamais en live ?

Le « Son du Cosmos », je t’explique. Un soir j’ai fait la première partie de Diam’s à l’Ancienne Belgique. Le public n’a rien compris. Il est resté interrogatif. Depuis, je ne le joue plus sur scène. C’est un morceau, qui n’est ni rap, ni slam. C’est un truc un peu bâtard. Peu de monde le comprend vraiment. Ca me fait plaisir de rencontrer quelqu’un qui l’aime bien.

A l’époque de « Branleur …», tu avais le soutien de Soprano, par exemple. Lors d’une émission sur Skyrock, où tu étais l’invité, des mecs du milieu rap français appelaient la radio pour t’encenser. Ils sont toujours là à te soutenir, maintenant que t’as modifié un peu ton style ?

Je ne sais pas. Soprano, il nous a supportés quand il fallait le faire. Il a raconté des bribes de l’aventure. Maintenant, je crois qu’il nous apprécie, sans plus. Le truc qui a peut-être perturbé l’avis des gens, c’est qu’à un moment, il fallait enregistrer un clip. Et que nous avons eu l’occasion de le réaliser pour deux morceaux. « Les Blancs ne Savent pas Danser » était un choix imparable. Il tournait en radio, il fallait le concrétiser. Pour le deuxième, par contre, nous aurions peut-être dû choisir une compo plus sombre, plus travaillée. Mais nous avons dû choisir le « Fils du Commissaire », pour justifier le titre de l’album. Tout le concept qu’on a mis en place, tournait autour de cette chanson. Ce sont deux plages ‘comiques’ qui sortent du lot. Du coup, bing ! Etiquette ! Mais on le savait. On a les couilles. Cette étiquette, je la retire quand je veux.

Ce qui laisse présager un deuxième album plus ‘travaillé’ ? Destiné à un autre public, du coup.

C’est clair, l’humour je ne m’en sens plus capable. Sincèrement, je n’ai plus envie de rire… ni de faire rire. Et encore moins de passer pour un bouffon. Je souhaite passer à quelque chose d’un peu plus violent. Attention, mes propos sont étrangers à toute incitation à la violence. Ce serait plutôt l’interprétation de ce mal-être qu’on a en nous, ce besoin de sortir ses tripes. Quelque chose qui correspond davantage à l’image que l’on a de moi : drôle et enjoué. Je suis plus torturé qu’enthousiaste et positif. Il y a une incohérence dans ma démarche.

Ton futur sera donc plus sincère ?

Pour être franc, le rap commence à me saouler un peu aussi ; tout cette subculture, cette expression de la rue ne me touche plus de la même façon. Pour le prochain album, je vais sans doute m’orienter vers une formule plus chantée. Proposer plus de vibrations et d’enchaînements. Un truc beaucoup plus musical.

On va te laisser certainement moins de temps que le premier, pour le concevoir. Tu vas être sous pression, gars !

Complètement, mais je le suis déjà maintenant tu sais. En plus, je n’ai pas encore un seul texte. Je n’ai rien. Pas une idée, pas une piste. Wellou. Je ne sais même pas si ça va être possible.

En tout cas, nous espérons bien te retrouver sur une deuxième galette !

Ben espérons… (rires)

 

 

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