Fence n’en a rien à foutre…

Le combo rock limbourgeois Fence sortira son nouvel album, « Nobody Gives A Fuck », le 16 octobre 2026. Un titre qui laisse peu de place à l'imagination, quoique... Propulsés par un nouveau batteur, Wim Coppers, installé derrière les fûts, les musiciens de…

Musiczine recherche des collaborateurs.

Tu as une très bonne connaissance musicale et tu souhaites participer à l’aventure Musiczine.net ? Tu es passionné, organisé, ouvert, social, fiable et appliqué ? Tu as une bonne plume ? Alors n’hésite plus : rejoins-nous ! Vu l’ampleur prise par Musiczine et…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

garbage_olt_rivierenhof_1...
Guns N Roses

Former une famille, continuer à composer de la musique et toucher plusieurs générations représente le plus beau cadeau que la musique puisse offrir !

Écrit par - -

Si le latin ‘superbus’ désigne ce qui est fier, voire altier, rares sont les formations françaises à avoir porté aussi haut, et aussi longtemps, un nom aussi exigeant. Né en 1999, Superbus a imposé sa pop-rock solaire sur les ondes comme sur les scènes de festivals, de « Butterfly » à « Travel the World », jusqu’à la consécration d’une Victoire de la musique en 2007 pour « Wow » (2006). Si ce triomphe aurait pu figer le combo dans une image d’Épinal, Jennifer Ayache et les siens ont préféré les virages aux certitudes, des influences électro teintées années 80 à la douceur plus posée de « Sunset » (2012). Un quart de siècle plus tard, « OK KO » signe un retour aux fondamentaux : guitares, basse et batterie reprennent leurs droits, tandis que les classiques de la formation sont revisités aux côtés de Hoshi et de Nicolas Sirkis, voix d’Indochine. Entre industrie du disque bouleversée, place des femmes dans le rock et destin d’un tube devenu bien commun, la chanteuse se livre sans détour pour Musiczine sur un parcours placé sous le signe de la fierté, de la franchise et de la fidélité. Superbus, ou l’art de durer !

Superbus s’est formé en 1999. Le rapport à la musique a changé considérablement suite à l’émergence des plates-formes de streaming, la diminution drastique des ventes de disques ou encore les difficultés financières liées au monde culturel. Comment puiser encore la motivation nécessaire pour poursuivre ce qui, j’imagine, représentait un rêve de gosse ?

Je dirais que cette motivation est quasi innée. J’ai fondé ce groupe alors que j’atteignais à peine 15 ans. J’ai grandi dans ce milieu, notamment par le biais des concerts et tournées. Aujourd’hui, Superbus continue à réaliser des albums pour pouvoir se produire en live. Jouer devant un public nous anime toujours autant. L’idée même de créer de nouvelles chansons devient alors exaltante. Mais, effectivement, l’industrie du disque a bouleversé la donne depuis le début de ma carrière. Je perçois Superbus aujourd’hui comme une équipe ou une famille. Continuer à réaliser des disques et se produire est devenu naturel en quelque sorte.

Superbus a-t-il toujours proposé une musique de fête et d’énergie plutôt que de discours, en tentant de mettre à distance les sujets plus graves ?

Oui, sans doute ! Mais pas mal de chansons véhiculent quand même un fond et peuvent toucher les gens de manière différente. Les relations humaines au sens large du terme m’inspirent, de même que la manière dont on se comporte et les émotions qui en découlent. Ce sont des sujets qui m’émeuvent et qui n’en demeurent pas moins importants que les sujets sociétaux. J’estime qu’il s’agit d’un tout. Une chanson comme « Lola » a peut-être pu toucher des gens et les guider dans leur orientation sexuelle ou dans leur vie émotive. Même si la ligne de conduite reste pop et festive, la sensibilité demeure.

Puisqu’on parle d’engagement, en 2018, tu as participé à la reprise de « Debout les femmes », sous l’initiative du duo Brigitte, au profit de la Fondation des femmes. Il s’agit de l’un des rares moments où ton nom se trouve associé à un engagement explicitement politique. Pourquoi ce projet-là en particulier, et pourquoi si peu d’autres depuis ?

Je poursuis ce combat à ma manière ! Je reste une fille dans un band de garçons. Il s’agit d’une question qui se pose régulièrement. Je viens d’un milieu très masculin. J’ai dû forger mes armes. Lorsque le duo Brigitte a monté ce projet, exclusivement composé de filles, je m’y suis sentie légitime. J’aime aussi l’équilibre des genres. L’idée qu’au sein de Superbus, la douceur et ce côté plus brut se côtoient me convient parfaitement. La dominance ne doit pas s’inviter dans l’équation. Personne ne se montre plus fort ni plus intelligent que l’autre. Aujourd’hui, pourtant, la condition des femmes reste compliquée à bien des égards. Voilà pourquoi j’ai participé à ce projet. C’est une manière d’apporter ma petite pierre à l’édifice. Je peux moi aussi incarner la « girl power ».

Au fil du temps, Superbus est devenu une formation populaire au sens noble du terme. Un morceau comme « Butterfly », par exemple, a fini par t’échapper, en ce sens qu’il appartient autant à ceux qui l’ont dansé qu’à toi qui l’as écrit. Ce phénomène modifie-t-il ton rapport à l’écriture, sachant qu’une chanson peut te survivre en tant qu’auteure, tout en continuant de vivre sans toi ?

Cette situation recèle une certaine étrangeté, oui. Lorsqu’on joue cette chanson en live, j’ai l’impression qu’elle ne nous appartient plus. Le public se l’est complètement appropriée. Elle produit toujours le même effet alors qu’elle affiche 20 ans d’âge. C’est très touchant. Lorsqu’on écrit une chanson, on ne peut s’imaginer l’impact qu’elle va susciter. Je l’ai écrite en un quart d’heure à peine. Elle exprime le sentiment d’être amoureux, toutes ces sensations subtiles qui vous traversent le corps. C’est un sujet universel qui va nécessairement toucher tout le monde à un moment de sa vie. Savoir qu’une chanson peut être écoutée en masse guide parfois tant sa mélodie que ses paroles. Et il faut parfois faire preuve de prudence.

Le rock au féminin à la française reste une niche. Comment Superbus a-t-il négocié sa place dans ce paysage musical qui a beaucoup évolué depuis vos débuts ?

Tout est question d’équilibre, je crois. Je dirais que Superbus représente sans doute le combo le plus rock parmi les formations pop grâce à ce savant mélange entre les sons bruts de la guitare électrique qui accompagne la frappe de la batterie, et la douceur féminine que j’apporte au sein de la bande. J’ignore les raisons pour lesquelles les formations féminines restent si peu représentées.

Et si l’idée de contrer le phénomène de sous-représentation par l’imposition de quotas se trouvait mise sur la table ?

Oui, pourquoi pas ! J’ignore si l’instauration d’un tel mécanisme s’avère possible, mais l’idée d’une parité stricte entre 50 % de combos de garçons et 50 % de formations de filles demeure tentante.

« OK KO » mélange des titres inédits et des reprises de vos propres classiques. Je pense ici notamment à « Lola ». Qui a tranché ce dosage, et selon quels critères, artistiques ou plus stratégiques ?

Le choix s’est opéré assez naturellement. Nous avons consacré cinq ou six ans à concevoir cet opus. Nous ressentions le besoin de revenir aux fondamentaux en réduisant l’usage de l’informatique, de l’électro et des synthétiseurs, afin de privilégier une dimension plus organique alimentée par les guitares, la batterie et la basse. Il fallait que l’on puisse retrouver l’ADN originel du band, tel qu’il s’exprimait dans notre studio de répétition. C’est à ce moment-là que l’idée a germé : il devenait intéressant de reprendre les titres les plus connus de Superbus pour les partager avec des amis. Cette démarche constituait un exercice auquel nous ne nous étions jamais livrés auparavant. Hoshi et Nicolas Sirkis, dont je me sens très proche, ont accepté immédiatement.

J’imagine aussi que cette orientation a incité les fans de la première heure, pour qui l’aspect organique de la musique conserve une certaine importance, à fréquenter vos concerts ?

Oui, la colonne vertébrale de l’elpee consistait à préserver cette authenticité organique, et ce dès les premiers essais. Nous sommes même allés exhumer de vieilles démos datant de 2005 pour les retravailler. L’équipe a testé de nombreuses formules pour constituer les douze titres de cet album.

D’« Aéromusical » à « OK KO », en passant par le virage plus posé de « Sunset » en 2012, quel a été le tournant le plus difficile à assumer artistiquement ?

Peu d’étapes ont suscité de réelles difficultés artistiques. Je dirais que lorsque nous avons publié les deux premiers disques, nous nous sommes vite retrouvés propulsés dans les magazines rock, pour ensuite être catalogués au sein d’une scène pop-punk et nous produire en festival aux côtés de formations de ska. Lorsque le troisième opus « Wow » et son titre « Butterfly » sont parus, notre style s’est davantage tourné vers l’électro pour façonner un univers marqué par les années 80. C’est à cet instant précis que le virage s’est opéré. Évidemment, le public historique a manifesté pas mal d’interrogations quant à l’identité de la formation. Si nous avons conquis un nouveau public, certains fans se sont forcément éloignés. Alors, oui, je qualifierais de déroutant ce basculement entre le deuxième et le troisième album.

On peut parler d’une véritable prise de risques comme il en existe peu…

Oui, nous avons tenté de séduire une plus grande frange de la population… Et cette audace fait partie intégrante de l’histoire de Superbus.

En 2015, Greg Jacks (batteur de la formation depuis 2006, année du disque « Wow » qui t’a révélée au grand public grâce à « Butterfly » et « Travel the World ») a été licencié par Universal. La raison invoquée à l’époque résidait dans son manque d’implication dans la promotion de l’elpee, une version qu’il avait lui-même publiquement contestée. Qu’est-ce que cet épisode t’a appris sur la manière de gérer un conflit interne sur la place publique ?

Ce conflit m’a beaucoup instruite à mes dépens ! Greg était reparti aux États-Unis rejoindre son épouse américaine. Je suis consciente d’avoir perdu un musicien talentueux. C’est aussi à ce moment-là que notre label nous a abandonnés. Cette période s’est révélée compliquée pour nous tous. Nous nous sentions complètement perdus face à ces démêlés internes, juridiques ou encore face à la maison de disques. Nous avons mis des années à nous reconstruire. Depuis, j’ai appris à mieux maîtriser les situations de crise. Ces turbulences appartiennent au passé depuis maintenant quinze ans. Nous accordons aussi davantage d’attention aux personnes qui nous entourent.

Tu as aussi écrit pour d’autres artistes, comme David Hallyday ou pour des comédies musicales. Est-ce que ce travail de commande a influencé ton écriture pour Superbus, ou s’agit-il de deux réflexes complètement séparés ?

Ce sont deux approches radicalement distinctes. S’imprégner de la personnalité d’un autre artiste ou composer pour une comédie musicale relève d’un véritable exercice de style. Lorsque je rédige un texte ou que je compose une mélodie pour un interprète, une complicité doit s’établir. Un courant doit circuler entre nous, une authentique sympathie. C’est une expérience amusante.

Au sein de la formation, comment se répartissent aujourd’hui l’écriture et la composition des morceaux ? Le partage est-il resté équilibré entre les membres au fil de ces 25 ans ?

J’ai toujours composé seule. Mais, un peu plus fréquemment désormais, il nous arrive de créer certains morceaux à deux. Les autres musiciens proposent ensuite leurs arrangements et leur jeu. Oui, à cet égard, notre méthode demeure assez similaire.

En 2007, Superbus a obtenu une Victoire de la musique du meilleur album pop-rock pour « Wow ». En prenant du recul, qu’est-ce que ce prix a réellement changé dans votre carrière, mais aussi dans les rapports au sein de la formation ?

Oui, évidemment. Décrocher une Victoire de la musique transforme profondément la trajectoire d’un artiste. Vous recevez des propositions plus stimulantes, les festivals qui vous programment gagnent en envergure, les billets de concerts s’écoulent mieux et les disques se vendent plus facilement. Décrocher une telle distinction équivaut en quelque sorte à un label de qualité.

Tu possèdes un vrai talent pour les reprises : « Heart of Glass », « Boys Don’t Cry », « Diabolo Menthe » ou encore le tout récent « All About Us ». Où places-tu la limite entre le respect de la chanson et de son auteur et la réinvention ?

Cet exercice s’avère complexe car ces titres s’apparentent à des monuments quasi intouchables. Je me suis posé beaucoup de questions quant à ma légitimité face à ces grands standards de la musique. Finalement, je me suis efforcée de respecter leur esprit tout en les adaptant. D’une manière générale, il convient de veiller à ne pas dénaturer des œuvres majeures. Personnellement, cette démarche me plaît énormément.

« All About Us » demeure un titre associé à t.A.T.u, un duo qui a construit son identité sur la provocation, avec notamment la mise en scène d’une relation homosexuelle. En l’interprétant pour la première fois en français, qu’as-tu voulu garder de cette audace, et qu’as-tu délibérément laissé de côté ?

« All About Us » représente un texte que j’aurais adoré écrire. J’admirais t.A.T.u lorsque j’étais adolescente. J’ai transposé cette composition en français du mieux que je le pouvais, en évitant au maximum de trahir son message. Au-delà de cet aspect, je trouve que ces filles possédaient un univers propre. J’ai appris plus tard que la formation constituait en réalité un leurre, qu’on l’avait échafaudée de toutes pièces et que les chanteuses ne partageaient pas de relation amoureuse. Malgré tout, j’adorais le concept. Une atmosphère dérangeante émanait d’elles. Elles me fascinaient d’une certaine manière.

Qu’aimerais-tu que les prochaines générations d’artistes retiennent de Superbus ? Je ne parle pas nécessairement des tubes, mais plutôt de la manière d’exister dans la musique française.

J’aimerais que l’on retienne notre longévité, même si cette perspective s’avère plus difficile à entrevoir pour les artistes émergents. Si notre combo devait percer sur le devant de la scène aujourd’hui, je nourrirais davantage de doutes quant à la pérennité du projet. Je garde cette petite fierté de me dire que nous sommes arrivés au moment opportun. À l’époque, le paysage musical ne comptait pas encore cette pléthore de formations, et s’inscrire dans la durée demeurait une option accessible. Aujourd’hui, la donne a changé, c’est vrai. Mais il faut continuer d’y croire. On peut former une famille, continuer à composer de la musique et toucher plusieurs générations. Et cela représente le plus beau cadeau que la musique puisse offrir !

 

Informations supplémentaires

  • Band Name: Superbus
  • Date: 2026-09-07
  • Rating: 8
Lu 111 fois
Plus dans cette catégorie : « Dans l'engrenage du succès